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15 mars 2015 7 15 /03 /mars /2015 21:56

La confusion autour de l’individualisation, conduit-elle à fabriquer des individus sans âmes ?

Aujourd’hui le phénomène récurant, même le monde rural qui s’amenuise veut ressembler à l’homme des cités urbaines dans son «impersonnalisation » et/ou sa variété. Par «impersonnalisation » il faut comprendre le désintérêt plus ou moins marqué pour et par l’existence de son voisin dû à une forme de croyance en un «culte de l’individu ». Culte de l’individu, car la société, présente aujourd’hui et, réduit l’individu à un être devant s’accaparer seulement toutes choses, avec lesquelles certes il va peaufiner sa singularité (personnalisation). Mais si cette singularité ne trouve pas les moyens de la reconnaissance, d’une identification collective différenciée, si personne ne peut s’y reconnaître, alors elle n’est qu’une «impersonnalisation », et il ne restera sur terre qu’un regroupement d’individus sans «âmes ».

Ceci conduit à une individuation faible, anomique, par le désir affiché de vivre le sentiment commun «d’un égoïsme ».

Également «culte de l’individu » incité et favorisé par des consommations de biens et de services individualisants qui malgré leurs variétés conduit à l’anonymat, car ils sont finalement communs à tous. Cette pseudo personnalisation, qui devrait être l’affirmation des capacités de l’individu tout en étant au service du groupe, mène en définitive également à une individuation faible, car elle n’est plus issue d’un sentiment émotionnel relationnel, mais induite par une démarche à finalité mercantile qui organise les émotions, en partant de la connaissance que nous avons d’elles.

Illusion d’un individualisme devrions-nous dire, car les individus possèdent et utilisent des biens et des services issus le plus souvent de productions de masse qui leur ôtent de fait cette originalité individuelle qu’ils recherchent. Raisonnement schizophrénique qui pousse chacun à rechercher une individualisation qui le déçoit dès qu’il la découvre chez les autres, tout en invitant les autres à souscrire à ses propres choix qu’il juge être les meilleurs, et pour lesquels l’adhésion du plus grand nombre lui apporte une certitude réconfortante. D’une certaine manière cela nous conduit à un ensemble de comportements stéréotypés débouchant sur une individuation faible, qui limite la source d’autonomie de pensée et d’action par une forme de «croyance dans la loi du marché » qui exerce sa répression uniformisante grâce à la consommation et nous amène à tendre, à pratiquer ce que Durkheim appelait une solidarité mécanique, avec l’image d’une solidarité organique.

Si bien que cette perception toujours présente, rassurante et sécurisante de «communauté de famille » est réclamée par les citoyens. Mais l’État, ancré dans une idéologie libérale, renvoie cette demande à l’initiative personnelle privée. De fait les individus qui constituent l’état se retournent vers la valeur refuge qu’est la famille et également les amis (dont les moyens sont inégaux), mais aussi vers ce qu’ils reconnaissent comme assurant leurs ressources : « l’Entreprise ».

De telle manière que nous assistons à la cohabitation paradoxale de choix politiques libéraux et d’une demande sociale sécurisante pour compenser l’isolement dans lequel la forme d’autonomie contrainte imposée par l’organisation libérale a plongé la famille. Il s’ensuit une dichotomie du raisonnement engendrée par la recherche d’un égoïsme valorisant et d’un lien familial affectif sécurisant et vital, propre à la «communauté de famille » organisée autour de l’activité économique.

Ce besoin organique s’exprime par la recherche d’une appartenance à un «corps » spécifique qui se manifeste par des symboles : tel la reconnaissance vestimentaire ou un mode de consommation qui n’ont plus rien à voir avec le phénomène de mode. Car ils relèvent de la recherche d’une identification d’appartenance à un groupe différencié, du besoin de recomposition d’un lien social en compensation de la quasi-disparition du groupe familial élargi ou de souche, et de son substitut représenté par un des rôles régulateurs de l’État qui est de proposer des projets communs, malgré les antagonismes de classes, dont la disparition laisse croire qu’il y a égalité de but entre l’employeur et le salarié Il ne s’agit plus d’un comportement marginal original comme il en a toujours existé, mais d’une lutte contre l’isolement affectif par la poursuite de buts matériels, d’une course à l’activité en tout genre, d’un mode de vie, devant la disparition de projets idéologiques fédérateurs pourvoyeurs de débats que l’entreprise à monopolisé comme structuration universelle de la vie.

L’homme n’a plus à rechercher un sens à son existence l’économie la lui dicte, il n’a pas à s’interroger sur l’utilité de ce qu’il réalise, si cela lui permet de déboucher sur l’obtention d’un revenu. S’il s’interroge c’est la monnaie qui va lui dicter les choix qu’il doit faire. Nous vivons donc cet étrange paradoxe d’un homme qui clame de toute part sa liberté, son libre arbitre et qui en fait conditionne ses choix aux disponibilités de la monnaie d’échange, dont les détenteurs sont les arbitres de nos existences. En fait quand l’on apporte une attention particulière à la formation de la valeur d’un échange nous nous rendons rapidement compte que rarement nous parvenons à un accord. Alors que faisons-nous, nous faisons appel à la monnaie et c’est elle qui va déterminer notre choix, que nous dirons volontaire, histoire de se convaincre que nous disposons d’un choix qui n’est pas imposé par notre environnement. Mais pas sous n’importe quelle condition, dans un but grégaire celui de devenir puissant, de devenir le dominant seulement par le jeu du dynamisme enclenché, afin de ne pas avoir à s’interroger, à analysé moralement, le bien fondé de nos choix, vu que nous parvenons rarement à un accord s’il n’y a pas un intermédiaire décisionnaire qui s’impose à nous. Ce besoin d’arbitrage constant annihile en fait cet individualisme de référence où se confond, être un être singulier unique qui va se trouver une place dans la collectivité dont il est interdépendant, et celui qui croit que tous les autres sont un marché à sa disposition, et ils seront des individus sans âme.

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Published by ddacoudre - dans critique
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