Terrorisme, fabriques de héros
Publié le 11 Avril 2018
Depuis le 23 mars les passions émotionnelles sont tombées. Arnaud Beltrame est redevenu un oublié des maestrems, la SNCF déroule ses rails d’informations en lieu et place. Là il n’y aura pas de héros. L’on peut donc émettre quelques critiques sur le comportement héroïsé de ce gendarme, qui l’espace d’un éclair est devenu le héros de la France sans que soit permis ni accepté la moindre critique ni observation ou interrogation. Jamais homme n’est devenu héros unanime aussi rapidement à l’annonce de son décès. L’étudiant et les deux militaires américains qui avaient désarmé un terroriste dans le Thalys, eux joueront leur rôle dans un film à la gloire de l’événement.
Ce ne sera pas le cas de Poussier qui c’est fait vilipender en se félicitant de cette mort du gendarme, en mémoire de son ami Rémi Fraisse mort sous l’intervention de ces mêmes héros gendarmes fiertés de la France, comme l’a exprimé le ministre de l’intérieur Colomb.
Si les messages de Poussier sont provocateurs et peuvent soulever l’indignation à se féliciter le la mort de quelqu’un, l’on peut comprendre qu’il puisse voir dans sa comparaison avec la mort de son ami Fraisse des poids et des mesures différents. Et que dire de cette femme, militante « végane » mise en garde à vue pour s’être félicité de la mort du boucher symbole du tueur d’animaux. Tout deux soumis à une enquête pour apologie du terrorisme. En fait l’on peut se féliciter de la mort de personnage comme Kadhafi, reçus en grande pompe à l’Élisée et poignardé dans le dos après notre adhésion à l’OTAN et retourner la même intervention manqué en Syrie, pour éliminer Bachar el-Assad, en se présentant victime du terrorisme que nous avons refait surgir par notre nouvelle politique extérieure au moyen orient.
Ainsi, tous ceux qui sont tombés sous les asseaux des terroristes, ne sont pas des victimes innocentes, ce sont les victimes du choix d’une politique extérieure pour laquelle certains ont voté. Nous sommes en droit de nous faire des ennemies pour défendre nos convictions, (même si cela est discutable), mais ceux-ci ont le même droit que nous de nous regarder comme des ennemies et ne pas vouloir se contenter de subir nos interventions. Nous devons donc assumer nos choix politiques
Ainsi, sommé de prendre position, ce que nous haïssons sont fêtés en héros chez eux, comme nous nous héroïsons ceux qui tombent sous leurs coups et malheur au vaincu.
Alors, que dire de ce gendarme qui c’est proposé comme remplaçant de l’otage. S’il y a certainement acte de courage pour prendre un risque certain, il espérait bien s’en sortir indemne après avoir maitrisé le terroriste, si non nous sommes dans le pur altruisme ou plus exactement dans le suicide altruiste.
De sorte que, soit il a manqué son coup en voulant maitriser le terroriste, soit il était suicidaire et ce n’est pas ce qui est demandé aux gendarmes d’aller se faire tuer à la place d’un autre.
Il me semble donc que cette héroïsation se soit faite dans la précipitation et soit devenu un jeu politique dont deux personnages auront fait les frais. Poussier et la militante végane, deux « sots » qui font la démonstration que les lois anti terroristes peuvent s’élargir de leur cadre et devenir dictatoriale ou totalitaire quand l’on se félicite pas de la mort consensuelle de ceux qui ont été défini comme nos ennemies.
Cette remarque n’est pas anodine de ma part. Dans le développement rampant du fascisme l’état de guerre est un élément qui fait déraper la démocratie vers une forme latente de « totalitarisme ».
La liberté de penser emporte d’avoir des convictions et nul n’est sensé être puni ou mis en cause si celles-ci ne font pas l’apologie du crime ou du crime de guerre. C’est ainsi que l’on est toujours tenté d’écarter ou d’enfermer dans des centres de rééducation ceux qui ne pensent pas comme nous. Si l’on ne peut accepter que le droit de penser emporte celui de tuer, l’on peut tout de même considérer que la pensée unique est une énormité politique qui nourrira des opposants et qu’il vaux mieux avoir des débats d’idées que des fabriques de héros.