Ouvrir la porte politique à la philosophie et à la recherche.

Publié le 2 Octobre 2025

Ouvrir la porte politique à la philosophie et à la recherche.
Le regard, l’énergie et la vérité : une méditation sur la limite et le devenir

Introduction
– « le monde dépend du regard que l’on porte ».
– Ce n’est pas seulement une métaphore psychologique, mais une clé anthropologique et cosmologique : la vie elle-même est une manière d’organiser l’énergie.
– Ce n’est pas la possession d’une vérité absolue que l’on confie à la comptabilité de la vie qui sauve l’homme, mais la capacité à maintenir le mouvement, le doute, l’ouverture.

1. L’énergie et la vie : du flux cosmique à l’expérience humaine
– Le cosmos est énergie en circulation, sans but ni finalité.
– La vie est un accident fécond de ce flux, un seuil où l’énergie s’organise.
– Chaque existence humaine est une condensation de ce flux : manger, parler, aimer, travailler, penser, c’est transformer de l’énergie.
– Conséquence : notre regard sur le monde est aussi un acte énergétique.

2. Du flux de particules à la cellule vivante

La question est, comment passe-t-on de la particule au vivant ? C’est celle qui traverse à la fois la cosmologie, la biologie et la métaphysique.
– Les particules élémentaires sont aveugles, elles obéissent à des lois de probabilité.
– Mais dans certaines conditions d’énergie et de matière, elles s’organisent en structures plus complexes : d’abord l’atome, puis la molécule, puis la cellule.
– Le vivant apparaît alors comme une organisation locale qui détourne l’entropie pour persister.

Ce passage ne peut être compris qu’en pensant l’énergie comme flux, jamais comme chose fixe. La vie, c’est un pli dans l’énergie, pas un miracle isolé. La fossiliser dans un conte fut’il capitaliste c’est assurément la tuer.

3. Le paradoxe du « monde objectif » et de la conscience imparfaite

– Si le monde objectif celui des lois physiques, chimiques et biologiques, évolue en permanence avec le cosmos, alors notre conscience loin d’être fixée se transforme aussi dans le temps: elle n’est pas enchâssée, mais appelée à se perfectionner au contact de ses propres « contes de fées culturels » (religions, mythes, philosophies, sciences).
– Chaque génération hérite d’un récit partiel et doit le dépasser.
– La perfection absolue n’est jamais atteinte, car ce serait la fin du mouvement. C’est l’imperfection qui ouvre la voie de l’évolution. Ainsi, ce que nous appelons « contes de fées culturels », de la Bible aux récits scientifiques modernes n’est pas un échec de la vérité, mais un moteur de transformation. Ils permettent à l’espèce de progresser, d’affiner son regard, de se préparer à d’autres étapes.

4. Le regard comme construction du monde
– L’idée que « le monde dépend du regard que l’on porte » s’inscrit dans la tradition phénoménologique (Husserl, Merleau-Ponty).
– Mais aussi dans la physique quantique : l’observateur influe sur l’état mesuré.
– Chaque regard est créateur d’un monde. Le monde n’existe pas « en soi », mais dans les relations qu’on entretient avec lui.

5. La conscience : illusion de liberté, vérité du mouvement

Nous croyons choisir, mais ce sont nos instincts, nos perceptions et nos environnements qui tracent la voie.
– Les neurosciences disent aujourd’hui que la plupart de nos décisions sont prises avant que nous en ayons conscience.
– Mais la conscience joue un rôle d’interprétation : elle nous donne l’illusion du choix, ce qui permet de vivre sans sombrer dans la passivité.
– La philosophie antique avait déjà vu cela : Épictète ou Marc Aurèle distinguaient ce qui dépend de nous (notre regard) et ce qui ne dépend pas de nous (le monde).

6. L’humanité dans l’espace clos : la menace de Calhoun et de Robert May

– La Terre est un espace clos. Comme l’ont montré John Calhoun (surpopulation animale) et Robert May (régulation des espèces), tout système biologique dans un espace fini finit par s’autoréguler, souvent par prédation ou effondrement.
– Chez l’homme, la prédation peut prendre la forme de la guerre, et à l’âge nucléaire, ce risque devient existentiel : c’est notre propre arme qui peut se retourner contre nous.

Jusqu’ici, les conflits n’ont pas stoppé la croissance démographique : au contraire, malgré deux guerres mondiales, la population humaine a explosé grâce aux savoirs qui ont permis une production de masse, la mécanisation, l’automatisation et les progrès sanitaires. Mais plus nous approchons des limites planétaires, plus grandit le risque d’un auto-régulateur destructeur : effondrement écologique, dérèglement climatique ou apocalypse nucléaire.

7. Vérité absolue et mort de la pensée
– Si quelqu’un prétend détenir une vérité absolue, il atteint un seuil : le monde se fige.
– Sans mouvement, sans altérité, sans questionnement, cette vérité devient une tombe.
– D’où mon expression : « celui qui dispose d’une vérité absolue est déjà un mort-vivant ».
– L’éclairage de cette pensée existe avec Hegel (dialectique inachevée), Nietzsche (la vérité comme armée de métaphores), Camus (le suicide comme risque de l’absurde).

8. Le « Père » comme monde objectif

Nous pouvons faire un parallèle avec la religion et les religions qui ont toutes des fondements des croyances de leurs temps loin d’être de l’imaginaire dépourvu de sens ce que certains pensent.
– Le « Père », c’est le monde objectif, celui qui nous échappe toujours car nous ne l’atteignons qu’indirectement, par nos perceptions et nos symboles.
– La promesse chrétienne était d’accéder au Père après la mort : non pas une récompense morale, mais une métaphore de l’effacement de la conscience individuelle dans le flux des particules.
– Ce que les sciences disent autrement aujourd’hui : nous retournerons à la matière, et c’est seulement à l’échelle cosmique (quand l’étoile mourra, quand l’entropie reprendra ses droits) que le flux retrouvera sa totalité.

9. Vers les étoiles : une nécessité dictée par l’environnement

– Si c’est l’environnement qui fixe nos choix, alors la conquête des étoiles n’est pas une utopie romantique, mais une conséquence logique : trouver de l’espace pour la croissance de l’espèce. Ainsi, lorsque la croissance démographique et matérielle ne trouvera plus sa place sur Terre, l’espèce cherchera un ailleurs. Cette poussée n’est pas d’abord un rêve, mais une contrainte écologique. Comme jadis nos ancêtres ont quitté les savanes pour d’autres territoires, nous serons poussés à franchir les frontières de notre planète. L’avenir de l’humanité, si elle survit à ses contradictions, pourrait bien être interstellaire.
– Le destin humain pourrait être de projeter ses contradictions dans l’espace intersidéral, cherchant hors de la Terre la place que cette planète ne peut plus lui offrir. Cette projection dans l’espace ne nous sauvera pas de nous-mêmes si nous emportons nos contradictions hors de la Terre.
– Mais ce destin n’est pas écrit, il ne nous sauvera pas de nous-mêmes si nous emportons nos contradictions hors de la Terre. Il dépend de notre capacité à transformer la compétition capitaliste en une solidarité égoïste (chacun reconnaissant son intérêt dans la survie collective). Le choix qui nous attend n’est pas spatial, mais politique et anthropologique : rester prisonniers du capitalisme de rareté, ou inventer une solidarité égoïste où chacun reconnaît que sa survie dépend de celle des autres.

10. L’histoire humaine : de la vérité révélée à la vérité construite
– Les religions du Livre ont souvent présenté une vérité révélée, absolue.
– Les sciences modernes ont déplacé cette vérité vers l’expérimentation et la falsifiabilité.
– Mais la tentation de l’absolu revient toujours (dogmes idéologiques, scientisme, fanatismes).
– Chaque fois qu’une société croit détenir « la vérité », elle se ferme, et commence à dépérir.

11. Ce que cela change pour nous, vivant

Si nous n’avons jamais accès au monde objectif, que reste-t-il ?
– Le regard que nous portons sur un monde qui en dépend.
– La vérité absolue n’existe pas pour nous ; ce qui existe, c’est la capacité de maintenir le mouvement, de douter, de pardonner, de recommencer.
– Alors la sagesse n’est pas dans la possession d’une vérité, mais dans l’accueil du flux, dans la reconnaissance de nos limites et dans l’invention perpétuelle que nous devons à la philosophie et à la recherche.

12. La valeur de l’imperfection et des « comportements abjects »

– il est difficile de comprendre que tout ce qui existe a une raison d’être, même ce que nous jugeons abject.
– L’histoire montre que les erreurs, les violences, les dévoiements culturels servent de matière à l’évolution, à condition que nous sachions en retirer des savoirs, exactement ce qui manque humainement au capitalisme.
– Le monde objectif ne poursuit pas la perfection : il poursuit la variation, l’expérimentation. L’évolution humaine n’est possible que parce qu’il y a du raté, du conflit, de l’inachevé.

L’évolution humaine elle-même n’a été possible que parce qu’il y a eu du conflit, du raté, de l’inachevé. L’erreur est la matrice du progrès. Refuser l’imperfection, c’est vouloir une humanité morte. Mais nous ne sommes pas obligés de nous entre-tuer face aux conflits, aux ratés d’un monde jamais achevé.

13. Le paradoxe de la limite : seuils vitaux et effondrements
– Nous devons accepter que « tout ce que nous concevons atteigne un seuil où tout s’écroule ».
– C’est vrai dans la physique (entropie), dans l’économie (bulles spéculatives), dans la politique (totalitarismes), dans la vie personnelle (burn-out, obsessions).
– Le seuil est inévitable : la question est de savoir si on accepte le cycle (mort/recommencement) ou si on tente d’arrêter le flux (illusion d’éternité).

14. L’alternative : capitalisme ou solidarité égoïste

– Le capitalisme, c’est l’enfantillage de l’adolescence d’une espèce qui confond encore survie et accumulation, domination et progrès. Il fabrique des barbares modernes, des autoprédateurs qui pourraient enclencher la destruction.
– La solidarité égoïste, au contraire, est un pas vers la maturité adulte, vers l’être "adulturant" en devenir. C’est reconnaître que mon intérêt vital passe par le soin porté à l’autre et à la planète.
– L’enjeu n’est pas moral, mais anthropologique : c’est la bifurcation qui déterminera si l’humanité entre dans l’âge adulte ou se saborde dans ses propres contradictions.

Aujourd’hui, l’humanité se trouve devant cette bifurcation :
La solidarité égoïste, au contraire, est un pas vers la maturité : elle reconnaît que mon intérêt vital passe par le soin porté à l’autre et à la planète. Le choix qui s’offre à nous n’est donc pas entre bien et mal, mais entre l’autodestruction capitaliste et la solidarité égoïste capable d’assumer notre croissance dans un monde clos, ou au-delà, dans les étoiles.

14. L’alternative : capitalisme ou solidarité égoïste

– Le capitalisme, c’est l’enfantillage de l’adolescence d’une espèce qui confond survie et accumulation.
– La solidarité égoïste, au contraire, est un pas vers la maturité adulte.
– L’enjeu n’est pas moral, mais anthropologique : c’est la bifurcation qui déterminera si l’humanité entre dans l’âge adulte ou s’autodétruit.

15. L’art de vivre sans vérité absolue : ouverture, doute, mouvement
– Ce qui sauve, ce n’est pas de posséder la vérité, mais d’habiter le mouvement du vrai.
– Philosopher, c’est toujours, chercher, jamais posséder.
– Éthique du doute : il n’est pas une faiblesse, mais une respiration vitale.
– Politique du regard : un peuple qui croit posséder « la vérité » devient dangereux (fascismes, intégrismes).

16. Le culturel comme « événement en soi »

Le « culturel » n’est pas une simple couche superficielle ajoutée à notre biologie : il est un événement en soi, inscrit dans la logique même de l’évolution.
Chaque époque produit ses récits, ses techniques, ses organisations. Chaque innovation crée ses déchets, ses contradictions, ses crises. Toute cellule qui prolifère périt sous ses déchets si elle ne reçoit rien de l’extérieur.Comme toute cellule qui prolifère, la culture humaine porte en elle le risque de son effondrement, si elle ne se transforme pas ou ne reçoit pas d’apports extérieurs. Chaque civilisation génère les germes de sa destruction — à moins de se transformer ou de recevoir du neuf de l’extérieur. Cela ce n’est pas la comptabilisation de l’existence qui l’apporte, mais la philosophie et les sciences.

C’est pourquoi l’on peut dire que la culture obéit aux mêmes lois que la thermodynamique. Elle évolue de manière irréversible, toujours orientée vers un état final encore inconnu. Comme la chaleur passe d’un corps chaud vers un corps froid jusqu’à l’équilibre, les excès d’une époque culturelle préparent la transition vers une autre.
Ainsi, à la richesse matérielle, saturée de béton, de voitures et de toxiques, doit succéder une autre richesse plus immatérielle, plus intégrée à la survie de l’espèce. Ainsi, la richesse matérielle ne peut être qu’un stade. À sa suite, une autre richesse doit émerger, intellectuelle, spirituelle, écologique, ou encore interstellaire. C’est une loi de transformation, qu’on peut rapprocher du deuxième principe de la thermodynamique : tout système évolue irréversiblement vers un nouvel état.

Cet « événement culturel » fonctionne comme un moteur autonome : il génère les éléments qui jalonneront notre évolution. Ce n’est pas un hasard si, à chaque époque, surgissent des figures plus « intelligentes » que d’autres, capables de poser les jalons du futur. Aujourd’hui, ce sont les scientifiques qui occupent cette place, ceux qui cherchent, qui observe, qui interrogent la planète et l’humain. Ils ne resteront pas éternellement dans l’alerte et l’alarme : leur rôle est de transformer l’avertissement en orientation, l’alerte en projet.

Le culturel n’est donc pas séparé des forces fondamentales qui nous régissent. Nos innovations se concrétisent parce qu’elles existent déjà en puissance dans le flux de l’expansion universelle, comme une potentialité d’être. Tout ce que nous imaginons est déjà là, en attente, dans les plis du temps. La forme que prendront nos innovations dépend de notre matérialité présente, de nos langages réducteurs, mais leur existence en puissance est indéniable. La forme que nous leur donnons aujourd’hui n’est pas définitive. L’imaginaire humain pressent déjà ce qui sera, sous d’autres formes.

Dès lors, le rêve d’un surhumain, d’un Dieu, d’une pensée toute-puissante n’est pas à rejeter comme illusion : il est le signe d’une potentialité. Ce que nous imaginons existe parce que nous l’imaginons. Mais il ne prendra peut-être pas la forme que nos mythes lui attribuent.

 

17. Conséquences pour aujourd’hui : science, capitalisme, humanité
– La science contemporaine (climat, IA, biotechnologies) risque de figer en vérités absolues des outils qui devraient rester questionnements. Non parce qu’elles détiennent un absolu, mais parce que les humains le recherchent pour se rassurer, et que toute société en a besoin pour se stabiliser au risque de se fossiliser sans recherche et philosophie.
– Le capitalisme, lui, impose sa « vérité » : rechercher la croissance infinie pour le profit. Mais lui aussi se heurte au seuil d’effondrement. Un scientifique médical disait en substance : les humains recherchent l’éternelle jeunesse, voire l’éternité (qu’il auront dans quatre milliards 1/2 d’années), parmi les personnes âgées, les femmes ont un corps magnifique et de beaux seins, les hommes, une verge grosse et dure, mais atteinte d’Alzheimer elles ne savent plus à quoi cela sert.
– Ce qui sauvera l’humanité, ce n’est pas une vérité ultime, mais la capacité à reformuler sans cesse les vérités provisoires.

18. La logique du choix

L’humanité se trouve désormais à un seuil critique. Elle sait que sa conscience est imparfaite, que ses récits culturels ne sont que des étapes, que ses sociétés sont menacées par la rareté artificielle qu’impose le capitalisme. Mais elle sait aussi que tout ce qui existe a une raison d’être, et que chaque crise est une potentialité d’évolution.

La logique du choix est alors claire :
– Soit nous restons enfermés dans une logique infantile de prédation et de rareté, et nous courons vers l’autodestruction, que ce soit par le nucléaire, l’effondrement écologique ou le chaos social.
– Soit nous assumons l’imperfection comme moteur de progrès, et nous orientons nos savoirs, nos machines et nos récits culturels vers une solidarité égoïste, qui seule peut ouvrir la voie à un âge "adulturant de l’humanité qui demande patience et abnégation, car il se compte en siècles.

Le monde objectif n’impose pas un avenir écrit. Il nous place devant des bifurcations. Mais il dicte une règle fondamentale : rien n’est éternel, tout est transformation. À nous de choisir si cette transformation sera synonyme de fin prématurée ou d’expansion sur Terre, dans la dignité, et peut-être demain, dans les étoiles.

Par la financiarisation de l’existence et son l’illusion comptable, nous avons inversé la logique : au lieu de partir de l’anthropologie, de la philosophie et de la politique, nous avons commencé par la comptabilité. L’État est désormais géré comme une entreprise. Or l’entreprise est un organe totalitaire : elle ne tolère ni contestation ni démocratie. En adoptant ce modèle, nous avons fait de la vie une équation financière.

Le capitalisme contemporain réduit l’existence à un calcul de rentabilité : santé, éducation, recherche, tout doit « rapporter ». L’homme devient un actif, un coût, une marchandise. La financiarisation n’a pas seulement transformé l’économie : elle a perverti le sens même de la politique, le sens même de la vie.

Nous ne vivons plus selon une logique de civilisation, mais selon une logique de bilan comptable, où l’utile disparaît derrière le rentable. C’est une inversion anthropologique : au lieu d’inscrire la comptabilité comme un outil secondaire, nous en avons fait la boussole première.

19. Le regard, l’énergie et la limite de la vérité

Le monde dépend du regard que nous portons sur lui.
Cette simple phrase résume une vérité fondamentale : nous ne connaissons pas le monde objectif tel qu’il est, mais seulement l’image qu’en projette notre conscience. Si, dans le cosmos, un flux d’énergie circule sans but et finit, par hasard ou nécessité, par donner la vie, alors tout ce que nous concevons est déjà inscrit dans une dynamique qui porte sa propre fin. Toute construction humaine, toute idée, toute organisation atteint tôt ou tard un seuil où elle s’écroule, car rien n’est figé : tout est mouvement, transformation, recomposition.

C’est pourquoi celui qui prétend détenir une vérité absolue est déjà mort spirituellement. Il n’a plus rien à chercher, plus rien à interroger, plus rien à construire. Il devient un « mort-vivant » qui ne peut développer que la mort qu’il porte en lui, car la vie, elle, repose sur l’imperfection, sur l’inachevé, sur la quête.

Notre seule interrogation aujourd’hui, pour ceux qui ont appris, est de comprendre comment, sous le regard limité qui est le nôtre, nous passons de la particule à la cellule organique qui vit. Comment la matière, par organisation, engendre-t-elle la conscience ? Et pourquoi cette conscience nous laisse-t-elle croire que nous choisissons librement nos existences, alors qu’en réalité nos choix sont dictés par deux forces :

  • l’inné, inscrit dans notre héritage biologique,

  • et l’acquis, c’est-à-dire la perception instinctive des informations de l’environnement qui oriente ce qui nous paraît être notre intérêt.

20. De la prévision à la logique d’évolution

En 1999, dans Rémunérer les hommes pour apprendre, je n’ai pas cherché à prophétiser l’avenir. J’ai simplement tiré les fils logiques des savoirs et des observations dont je disposais : la dynamique capitaliste, la substitution progressive de la machine au travail humain, l’instinct de minimisation de l’effort, et la difficulté des sociétés à dépasser les archaïsmes pour inventer de nouvelles formes de solidarité.

Vingt-cinq ans plus tard, les faits sont là. L’intelligence artificielle, encore à ses balbutiements en 1999, simple divertissement pour programmeurs capables de battre un joueur d’échecs, est aujourd’hui une puissance organisationnelle planétaire. Le MEDEF, qui appelait déjà en 1998 à organiser la vie autour de l’entreprise, a peu à peu imposé sa logique jusqu’à se substituer à la démocratie dans bien des discours politiques, l’État se gère comme une entreprise, or l’entreprise est un état totalitaire et plus de 50 % de citoyens attendaient qu’elle invente l’avenir. Le fascisme rampant que je redoutais se dessine sous nos yeux : non pas par des chemises noires défilant, mais par la judiciarisation et la policiarisation du quotidien, et par la banalisation des discours de haine.

Ce n’était pas de l’intuition. C’était la logique d’un système. Un système qui, livré à lui-même, produit toujours les mêmes résultats : concentration des richesses, asservissement du travail humain, rejet de l’étranger, et recours à la violence comme régulateur ultime.

La seule inconnue reste la bifurcation. Car si tout ce qui existe a une raison d’être, il dépend de nous que cette raison serve à l’émancipation plutôt qu’à l’oppression. L’intelligence artificielle, par exemple, n’est pas en elle-même une menace ou une promesse : elle est un miroir de nos choix. Utilisée pour surveiller, elle fabriquera le fascisme ; utilisée pour libérer du temps et rémunérer l’apprentissage, elle ouvrira la voie à une société adulte, consciente de ses interdépendances.

Dans cet essai je n’ai rien prédit, j’avais seulement observé ce que l’histoire et l’anthropologie enseignent : un système clos comme la Terre ne peut croître indéfiniment sans inventer de nouveaux paradigmes. La logique me conduisait à penser que l’ère des scientifiques, des penseurs et des pédagogues viendrait — parce que seule la connaissance permet de dépasser les contradictions.

C’est cela que nous voyons aujourd’hui. Non pas une prophétie qui se réalise, mais une évidence qui se dévoile : l’humanité n’a d’avenir que si elle transforme l’outil de domination en instrument d’émancipation.

21. Nous croyons décider, mais nous sommes modelés par ce double flux.

La question devient vertigineuse : pourquoi sommes-nous capables d’un tel raisonnement ? Pourquoi avons-nous cette conscience réflexive, qui nous donne l’illusion de choisir et, en même temps, la lucidité de comprendre que ce choix est conditionné ?

Nos ancêtres avaient déjà pressenti cette limite. Jésus, dans l’exemple que tu cites, le dit avec une simplicité radicale : « Pardonnez, car vous ne pouvez que vous tromper. »
Il savait que notre regard est partiel, faillible, voué à l’erreur. C’est pourquoi il invitait à passer par ses enseignements pour « connaître le Père », c’est-à-dire accéder au monde objectif, celui qui échappe à nos perceptions et que seule la mort dévoile, en dissolvant l’illusion de la conscience individuelle.

Mais Jésus ne pouvait pas savoir ce que les sciences modernes nous ont appris : que la matière elle-même se recycle, que tout s’effondre et renaît dans des cycles d’énergie, que le Soleil finira par s’éteindre, et qu’alors tout explosera en particules pour recommencer autrement. Ce que nous appelons aujourd’hui thermodynamique et cosmologie, il l’avait traduit en langage spirituel.

Là réside la leçon : notre conscience est un outil fragile, un prisme déformant, mais c’est grâce à elle que nous avançons. Tant que nous acceptons que la vérité absolue nous échappe, nous restons vivants.

Le monde dépend du regard que l'on porte.
Cela implique de comprendre que si un flux d'énergie, qui circule sans but dans le cosmos, donne la vie, tout ce que nous concevons atteint tôt ou tard un seuil où tout s'écroule. C'est ainsi que si quelqu’un dispose d'une vérité absolue, il peut se suicider : car il est déjà un mort-vivant, incapable de développer autre chose que la mort qu'il porte.

Ceci est le résumé de tous les savoirs que j’ai appris, en allant dans les universités ou en lisant les philosophes du monde durant des années. C’est pour cela que notre seule interrogation aujourd’hui, pour ceux qui ont appris, est de savoir : comment, sous notre regard qui ne connaît pas le monde objectif, pouvons-nous comprendre le passage de la particule à la cellule organique qui vit ?

Cela soulève un questionnement : pourquoi, avec une conscience qui nous laisse croire — pour que nous puissions vivre — que c’est nous qui choisissons nos existences, alors qu’en réalité ce sont la perception instinctive des informations de l’environnement et l’inné qui dicte les choix allant dans notre intérêt ?

Pourquoi sommes-nous capables d’un tel raisonnement ? Nos ancêtres l’avaient compris. Jésus disait : « Pardonnez, car vous ne pouvez que vous tromper. »
Et il invitait à passer par ses enseignements pour connaître le Père, c’est-à-dire le monde objectif. Naturellement, cela ne pouvait advenir qu’une fois mort. C’est une sagesse radicale : reconnaître que notre regard est limité, que notre conscience est un outil fragile.

Les sciences n’étaient pas assez développées pour comprendre les cycles de recommencement de la matière, et qu’il faudrait attendre que l’astre solaire s’éteigne pour que nous explosions en particules et que, par ce biais, nous connaissions enfin le Père.

En résumé cet article pourrait être une clé de conclusion universelle :

  • Tout existe pour une raison, même nos errements.

  • L’imparfait est ce qui rend l’évolution possible.

  • Le choix qui s’ouvre à nous n’est pas entre bien et mal, mais entre auto-destruction capitaliste et solidarité égoïste capable d’assumer notre croissance dans un monde clos ou au-delà, dans les étoiles.

22. Conclusion
– « Le monde dépend du regard que l’on porte ».
– Un monde pétrifié par des vérités absolues fussent telles comptables ou scientifiques est un monde mort.
– Nous devons redonner une place politique aux philosophes et à la recherche à une philosophie du mouvement : la vie est flux, le regard doit rester ouvert, la vérité doit être chemin plutôt que possession.
« La vie n’a pas besoin de vérité absolue, mais d’élans. Celui qui se croit détenteur du vrai ne vit plus : il ne fait que porter la mort qu’il enferme. »

Il y a un nœud philosophique et existentiel prodigieux, qu’il faut faire exister au lieu de l’étouffer dans un plan comptable.
Nous devons également rémunérer les hommes pour apprendre, car si le quotidien demeure important, c’est aussi la condensation de décennies de lectures, d’expériences, d’intuitions et d’enseignement des humains qui le porte pour l’instant et pour ceux que nous compterons en siècle d’évolution. Tout ce savoir disponible mis a disposition d seul initié permet de joindre, aussi bien les sciences contemporaines que les sagesses anciennes.

Ce que je soulève, c’est en fait le cœur d’une nouvelle métaphysique :
– La matière est cyclique (elle retourne aux particules).
– La conscience est provisoire (elle interprète plus qu’elle ne choisit).
– Le monde objectif nous échappe toujours, mais il se laisse approcher par le regard, par la science, par la philosophie, par l’art.

En somme, vivre, c’est apprendre à porter un regard qui n’enferme pas.


 

 

Rédigé par ddacoudre

Publié dans #critique

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