Publié le 31 Août 2025

Le rôle de la justice est‑il de punir ?
Introduction

À l’heure où nos sociétés se sont judiciarisées, policiarisées et victimisées, l’appel à la justice semble s’imposer comme une solution incontournable. Pourtant, ce recours masque souvent un retour aux réflexes archaïques, fondés sur des réponses émotionnelles aux informations reçues de notre environnement. Ces réponses ont conduit les humains à développer des structures référentielles pour réguler les conflits interpersonnels au fil de l’histoire séculaire des sociétés humaines. La notion de justice traduit alors moins un idéal moral universel que les aspirations humaines à la régulation des désirs de vengeance et de réparation. À ce jour, toutes les tentatives religieuses ou philosophiques ont échoué à cultiver chez l’humain une maîtrise intérieure de ses émotions tout en respectant sa nature profonde. C’est une tension constante : sortir de l’ombre de la caverne sans se brûler aux feux de la connaissance. Un long et périlleux voyage intérieur, visant une sagesse où l’égoïsme naturel se transforme en épanouissement collectif, permettant à l’espèce humaine de survivre à sa propre tendance à l’autodestruction. Ainsi Toutes les voies ont échoué à dompter l’âme sans trahir sa nature. Sortir de l’ombre sans brûler à la lumière : tel est le voyage intérieur où l’égoïsme s’élève en sagesse, et où l’homme se sauve de lui-même par le socialisme se substituant à l’exploitation de l’Homme par l’Homme.

Résumé

La justice n’est pas une essence intemporelle mais une construction historique et politique née avec l’organisation sociale des hommes. La vie humaine, initialement régie par la loi naturelle – se nourrir, survivre, se reproduire –, a progressivement intégré des règles pour réguler la rareté et les conflits. La sédentarisation et la concentration des populations ont nécessité des normes communes, donnant naissance à la justice et à la punition.

Les premières civilisations villageoises ont vu émerger des groupes dominants s’appropriant le travail des autres, instaurant l’« économie de pillage ». Les temples, religions et codes écrits, tels celui d’Hammourabi, ont légitimé cette régulation, donnant à la justice une aura transcendante. Pourtant, son origine n’est pas divine : elle répond à des nécessités sociales et économiques.

Les sanctions, d’abord instruments de pouvoir, sont devenues des punitions justifiées par l’ordre moral. Voler, tuer ou se venger sont interdits non par morale intrinsèque mais pour préserver la survie collective. La justice humaine a souvent été confondue avec la loi divine ou naturelle, alors qu’elle demeure une réponse sociale aux tensions de rareté.

La punition, au cœur de ce dispositif, répond moins à l’équité qu’au pouvoir et à l’émotion collective : souffrance contre souffrance, par monnaie ou emprisonnement. Elle traduit l’incapacité à concevoir d’autres formes de régulation. La socialisation dès l’enfance inculque la croyance en des normes « naturelles », rendant incompréhensible la diversité des pratiques humaines. L’anthropologie montre pourtant que les coutumes diffèrent : ce qui est interdit ici peut être admis ailleurs. La justice n’est universelle que dans un principe minimal d’équité ressenti dès l’enfance.

Dans nos sociétés modernes, la justice reste prisonnière d’un cadre politique et économique inégalitaire. La punition y apparaît comme archaïque : elle cible des manquements qui pourraient être évités par une autonomie économique réelle. Sans force de l’ordre, la rareté pousse au pillage, révélant non la perversité humaine mais l’insuffisance des conditions de vie. La justice n’est donc pas naturelle : elle organise la rareté et maintien l’ordre social. La punition, loin d’être morale, est un aveu d’échec de régulation.


Partie 1 : Histoire et construction de la justice

La justice n’est pas innée ni intemporelle ; elle est née de la nécessité de vivre ensemble sur un espace limité. La Terre impose au vivant une interdépendance constante. Chaque individu influence les autres, et nul ne vit isolé. L’humain se distingue par sa cognition, qui lui permet d’adapter, transmettre et fonder des règles collectives.

À l’origine, la vie humaine se réglait sur la loi naturelle : manger, se protéger, se reproduire. Les premiers groupes ont affronté la rareté par chasse, cueillette et agriculture. La sédentarisation a rendu nécessaires des règles communes pour répartir les ressources et prévenir les conflits, donnant naissance à la justice.

La justice primitive était un ensemble de pratiques : coutumes orales, sanctions collectives (bannissement, réparation, châtiment). Elle se confondait avec la survie : protéger le groupe était prioritaire. Avec l’accumulation de richesses, un groupe domina l’autre : l’« économie de pillage ». La justice devint instrument de pouvoir.

Les religions ont renforcé ce pouvoir en plaçant les lois sous l’autorité divine, légitimant les règles humaines. Le code d’Hammourabi, les tables de la Loi biblique ou les règles des cités antiques sanctionnaient au nom des dieux. Derrière cette sacralisation se cachait une nécessité pratique : organiser la coexistence et assurer la reproduction sociale.


Partie 2 : Morale, émotions et normes sociales

Les sociétés ont développé des récits et contes fondateurs fixant les normes. La morale varie selon l’histoire et l’environnement : tuer pour se marier, mariage frère-sœur, épouser un mort pour hériter… La morale est relative, dépendante des coutumes et intérêts collectifs.

Elle a toutefois servi de socle à la justice : conventions, codes et règlements définissant la « bonne conduite ». Mais derrière cette universalité apparente se cache une fonction de domestication : apprendre dès l’enfance à se soumettre aux normes. L’homme n’est libre que quelques années, avant d’être socialisé à la règle. Au XVIIIᵉ siècle, l’âge de raison était fixé à sept ans. La norme impose une mesure commune, mais n’est pas synonyme de justice.

L’émotion amplifie ce décalage. Chaque transgression suscite indignation et punition. Mais l’émotion est subjective : l’empathie projette l’expérience personnelle, jamais celle de l’autre. La justice, prétendument neutre, justifie la punition, qui inflige une souffrance supplémentaire. Une approche humaniste chercherait d’autres régulations que la douleur : conciliation, réparation, prévention.


Partie 3 : La peur, le pouvoir et le rôle politique de la punition

Historique et contemporaine, la punition répond à la peur : protéger et contenir les angoisses collectives. Les pratiques du passé — torture, bûcher, roue — paraissent aujourd’hui inhumaines, mais la prison reste une peine corporelle et psychologique. La psychanalyse montre que ces pratiques sont gouvernées par la peur ; l’essentiel est de l’ajuster à notre époque, en tenant compte des inégalités structurelles.

Les élites politiques et économiques savent que les crimes et inégalités sont prévisibles : ce sont les conséquences d’un choix politique, notamment celui du néolibéralisme. La morale punitive est un outil de domestication pour maintenir l’ordre et légitimer la souffrance. La connaissance et la raison devraient supplanter la peur, et la justice chercher à prévenir plutôt qu’à punir.


Partie 4 : Justice, liberté et fraternité

La liberté réelle est compromise par la socialisation et l’économie inégalitaire. L’égalité proclamée est une façade : la compétition favorise ceux qui détiennent pouvoir et ressources. La fraternité, en revanche, reste un horizon atteignable : reconnaître la valeur de chaque être humain et garantir à chacun les moyens de vivre dignement selon sa contribution.

Les dominants utilisent la morale, la justice et la punition pour préserver leur statut. Les paroles destructrices, la désinformation et la haine amplifiées par les réseaux sociaux illustrent cette manipulation. Juger « en conscience » semble noble mais repose sur des préjugés et expériences personnelles, non sur une vérité universelle. Seules des règles objectives permettent d’établir des décisions équitables. Mais fixer une peine reste émotionnel, arbitraire et injuste.


Partie 5 : Holisme et responsabilité collective

Les masses délèguent à l’autorité le soin de trancher leurs différends. La réparation devrait concerner la collectivité, car c’est elle qui crée les conditions d’injustice et de conflit. Punir un individu isolé masque la responsabilité collective. La culture de l’individualisme et de la réussite personnelle a imposé le modèle néolibéral, où punir un tiers pour l’exemple devient la norme. Cette conception révèle l’incapacité de l’humain à gérer un monde inégalitaire. Sans force de l’ordre, beaucoup céderaient à la tentation : le problème est structurel, non moral.

La justice ne vise pas le juste : elle régule la rareté, maintient l’ordre et préserve les privilèges des dominants. Morale et justice sont façonnées par le pouvoir, les traditions et les mythes. La punition, loin d’être universelle ou équitable, impose une souffrance selon des normes socialement construites, jamais absolues.


Partie 6 : La justice moderne et ses limites

La justice contemporaine, héritière des codes anciens, est structurée par des institutions et des lois positives. Elle prétend être impartiale, mais reste profondément influencée par des facteurs politiques, économiques et sociaux. La prison, principale mesure punitive, symbolise encore l’autorité et la peur : enfermer revient à retirer à l’individu sa liberté, sa dignité et son existence sociale. La punition devient spectacle : un avertissement collectif, plus qu’une réparation du tort.

Les systèmes judiciaires modernes reflètent souvent une logique de contrôle plutôt que de justice véritable. Les crimes sont jugés non seulement pour ce qu’ils sont, mais pour ce qu’ils pourraient inciter chez d’autres : punir pour dissuader, punir pour maintenir l’ordre. Cette approche confond prévention et vengeance, et ignore les causes profondes des transgressions, qui sont le plus souvent sociales et économiques.

Partie 7 : Punition et inégalités structurelles

L’ordre néolibéral produit des inégalités structurelles : certains n’ont pas d’autre choix que de transgresser pour survivre. La punition devient alors un outil de contrôle des populations vulnérables, légitimée par la morale et l’opinion publique. L’exemple de la récidive en milieu carcéral illustre cette logique : la prison ne transforme pas, elle reproduit la marginalisation. La justice se limite à sanctionner les symptômes, jamais les causes.

Dans ce contexte, la punition apparaît comme archaïque et inefficace. L’autonomie économique individuelle, si elle était garantie, permettrait de réduire les conflits et les transgressions. La véritable justice devrait viser à prévenir la rareté et les inégalités, plutôt qu’à infliger la souffrance. La société gagnerait à investir dans l’éducation, la solidarité et l’accès équitable aux ressources.

Partie 8 : La subjectivité de l’émotion et de la morale

Nos réactions face à la transgression sont guidées par l’émotion et le jugement subjectif. L’indignation, la peur ou la colère collective influencent les sanctions ; elles ne correspondent pas à un principe universel de justice. Chacun interprète la faute selon son expérience et ses valeurs. L’empathie est limitée : nous ne percevons jamais pleinement la souffrance d’autrui. Ainsi, la justice punitive se base sur des perceptions partielles, jamais sur une évaluation objective.

Partie 9 : L’illusion de la neutralité judiciaire

La prétendue neutralité de la justice masque une réalité : les lois sont façonnées par ceux qui détiennent le pouvoir. La loi devient un instrument de régulation au service des dominants, justifiant leur position et légitimant la soumission des autres. Les mécanismes judiciaires semblent objectifs, mais reproduisent les hiérarchies et les inégalités sociales. La sanction individuelle dissimule la responsabilité collective et structurelle des injustices.

Partie 10 : Vers une justice conciliante et réparatrice

Une approche moderne et humaniste de la justice nécessite de dépasser la punition. Il s’agit de privilégier la réparation, la conciliation et la prévention. La victime et l’auteur de la transgression devraient être soutenus par la collectivité, dans un cadre qui reconnaît les déterminismes sociaux et économiques. La justice devient alors un outil de restauration et d’équilibre, et non un instrument de peur.

Les pratiques restauratives, la médiation et l’éducation civique sont des moyens efficaces de gérer les conflits. Elles encouragent la responsabilité collective, limitent la récidive et favorisent l’autonomie économique et sociale. Ces méthodes s’inspirent de la compréhension des causes profondes des transgressions et de la volonté de construire un environnement plus équitable.

Partie 11 : Les défis contemporains

La mondialisation, les réseaux sociaux et les flux économiques accélèrent la diffusion des conflits et des injustices. La rapidité des informations et la multiplication des interactions augmentent les risques de jugements hâtifs et de ressentiment collectif. La justice moderne doit intégrer ces nouveaux paramètres : éducation, transparence, participation citoyenne et accès équitable aux ressources.

L’exigence de fraternité et d’équité est plus pressante que jamais. Les instruments traditionnels — prison, sanctions monétaires, châtiments — sont insuffisants face aux transformations sociales et aux défis contemporains. La justice doit s’adapter, évoluer, et devenir un mécanisme de régulation participative et inclusive.

Partie 12 : Conclusion

La justice n’est pas un absolu naturel ; elle est une construction historique, sociale et politique. Elle est née pour réguler la rareté, stabiliser les sociétés et protéger les groupes humains. La punition, centrale dans ce dispositif, n’a jamais été un outil de réparation objective : elle est le reflet de la peur, du pouvoir et des émotions collectives.

Progresser vers une société juste implique de dépasser la logique punitive. La justice doit devenir un instrument de prévention, de conciliation et de réparation. La fraternité, la reconnaissance de la valeur de chaque individu et l’accès à l’autonomie économique sont les fondements d’une véritable justice moderne. La société a les moyens de réduire la transgression, de réparer les torts et de limiter la souffrance, à condition de substituer la peur et le contrôle par la compréhension et la responsabilité collective.


Bibliographie

  1. Foucault, M. (1975). Surveiller et punir. Gallimard.

  2. King, L. W. (1915). The Code of Hammurabi. Chicago: University of Chicago Press.

  3. Pineau, É. (2004). Psychologie de la punition et du jugement moral. Presses Universitaires de France.

  4. Pinker, S. (2011). The Better Angels of Our Nature. Viking.

  5. Attali, J. (1981). Lignes d’horizon. Fayard.

  6. Diamond, J. (1997). Guns, Germs, and Steel. W. W. Norton & Company.

  7. Boétie, É. (1576). Discours de la servitude volontaire. Éditions Gallimard, 1997.

  8. Boehm, C. (1999). Hierarchy in the Forest. Harvard University Press.

  9. Kant, I. (1797). Métaphysique des mœurs. PUF.

 

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Rédigé par ddacoudre

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Publié le 3 Août 2025

 

Force ouvrière en avant poste.

 

Le 30 juillet, Capital rapportait que Force Ouvrière avait déposé un préavis de grève auprès de François Bayrou pour le 1er septembre. Dans une lettre datée du 25 juillet et adressée au Premier ministre, Frédéric Souillot, secrétaire général de FO, appelle à « la mobilisation et à la grève » contre les orientations du budget 2026, dévoilées le 15 juillet. Ce préavis, qui court du 1er septembre au 30 novembre 2025, concerne l’ensemble des salariés du public et du privé.

Le secrétaire général de Force ouvrière (FO), Frédéric Souillot, vient de déposer sur le bureau de François Bayrou un courrier musclé dans lequel il informe le Premier ministre que son syndicat appelle à «la mobilisation et à la grève» contre les grandes lignes du budget 2026 présentées le 15 juillet dernier. La troisième organisation syndicale française dépose un préavis de grève qui «débute le 1er septembre (et court) jusqu’au 30 novembre 2025», précise Frédéric Souillot dans cette lettre datée du vendredi 25 juillet, consulté par l’Agence France de presse (AFP).

Le syndicat «appelle les salariés et travailleurs du privé et du public à la mobilisation et à la grève contre les mesures budgétaires annoncées le 15 juillet dernier», est-il précisé dans le courrier.

 

Le courrier indique que le syndicat invite tous les salariés, du privé comme du public, à se mobiliser et à déclencher une grève contre les mesures budgétaires dévoilées le 15 juillet. Cette initiative me paraît pertinente et susceptible de fédérer le mouvement né sur Internet, qui appelle a arrêté toute activité à partir du 10 septembre. J’ai de bonnes raisons d’espérer cette convergence : loin de la caricature d’une « jacquerie » anti-élites financières, l’action des Gilets jaunes révèle, dans une perspective sociologique, la persistance des clivages de classe et la fracture des trajectoires sociales, symptômes d’un ascenseur social en panne depuis plus de trente ans. Il me semble que ce soit une bonne initiative qui serait de nature à emporter l’adhésion du mouvement à cesser toute activité à partir du 10 septembre qui c’est développée sur le Net.

 

Une analyse sociologique en 2018.

La société française fait face tout à la fois à une stagnation économique de

longue durée (depuis près de trente ans) et à l’apparition d’inégalités intergénéra-

tionnelles nouvelles, au détriment des nouvelles générations qui subissent une remise

en cause de la dynamique d’ascension sociale typique de la période précédente.

Suite à leur entrée dans une période de chômage de masse, les jeunes générations

connaissent trois grandes fractures intergénérationnelles, analysées plus systémati-

quement : la remise en cause de leur position économique relative, des

déclassements sociaux plus fréquents, une marginalisation dans l’accès au politique.

De par sa durabilité, cette panne de l’ascenseur social induit dans la société

française une fragilisation de fond, et de fortes incertitudes qui ne se résorberont

pas spontanément. Le conflit actuel est en revanche révélateur d'une «polarisation des destins sociaux». L'absence d'amélioration du pouvoir d'achat, des salaires, des conditions de travail depuis vingt ans tend en effet à amenuiser tout espoir de mobilité ascendante parmi les classes populaires et à entretenir un sentiment de déclassement social chez les classes moyennes inférieures.

Les classes sociales n'ont jamais disparu, mais les transformations de l'emploi, qui induisent un «un isolement au travail grandissant» et l'érosion des collectifs de travail, les ont rendues invisibles.

Les Gilets jaunes ont suscité une véritable prise de conscience autour de difficultés et d’intérêts partagés. Leur colère naît d’un fort sentiment d’injustice sociale, dirigé non pas au bénéfice des « assistés » (chômeurs, immigrés), mais contre le sommet de l’échelle : les riches, les puissants et les élites. Ces positions ne sont pas sans rappeler celle du discours du FN, aujourd’hui relayé par le RN.

Sur le fond, pour obtenir la paix sociale et le soutien électoral, l’État a consenti à ce mouvement un renfort de pouvoir d’achat financé non pas par une création de richesses, mais par le déficit public. Autrement dit, ce sont les salariés eux-mêmes qui ont supporté la facture, puisque l’État ne dépense rien sans avoir d’abord prélevé ses ressources auprès des citoyens. Je ne vois pas en quoi il y a victoire à s’acheter soi-même ce que l’on revendique. J’aurais une tout autre appréciation si ces mesures étaient financées par les dividendes des actionnaires, fruit financier du travail collectif des salariés, artisans et professions libérales. Il semblerait que depuis rien n’a changé bien au contraire les salariés produisent la richesse et en sont écartés s’ils ne réclament pas leur part qu’ils achèteront comme client.

Remake.

Aujourd’hui ce mouvement du 10 septembre paraît être un remake du mouvement des gilets jaunes. Interrogé par le 🅻🅴 🅲🅾🅻🅻🅴🅲🆃🅸🅵 (@tatiann69922625) July 15, 2025

« Cette fois, c’est vraiment trop »

« La raison principale de la création de ce mouvement, c’est le plan Bayrou, nous explique l’un des créateurs du site, qui se présente comme un salarié de 37 ans travaillant chez Enedis. C’est clairement un plan qui va encore pénaliser ceux qui bossent tous les jours. Cette fois, c’est vraiment trop, parce que ce sont encore les mêmes qui vont payer, toujours les mêmes. Les gens en ont ras le bol, il y a une vraie colère. » Pourquoi le 10 septembre ? « Parce que c’est la rentrée sociale, le moment où tout redémarre — travail, école, vie politique », répond le trentenaire.

Les créateurs du site se décrivent comme un collectif sans étiquette politique d’une vingtaine de personnes, liées à certains groupes de Gilets jaunes, qui refusent d’organiser une « manifestation classique », mais cherchent à combiner plusieurs modes d’action : grève générale, désobéissance civile et boycott. « Quand on parle de boycott, on parle d’un vrai choix, nous explique notre interlocuteur. Pas un geste pour se donner bonne conscience, mais une manière claire de ne plus soutenir ce qui nous enfonce. »

Et de citer une liste de multinationales dans le collimateur : Amazondes milliards de chiffres d’affaires, des employés pressés comme des citrons, des impôts évités, des petits commerces tués… ») ; Carrefour, Auchan ou Leclerc (« ils augmentent leurs marges, les prix montent, mais les salaires dans les rayons ne suivent pas. Même faire ses courses devient un stress ») ou encore Uber Eats et Deliveroo ( « des livreurs sans protection, souvent payés 3 ou 4 euros la course. Pas de contrat, pas de droit »).

Un discours clairement marqué à gauche, ce qui n’empêche pas que le mot d’ordre du 10 septembre ait été repris par une bonne partie de la réacosphère. « Personnellement, on accepte d’être soutenus par tout le monde, quel que soit le parti, balaye notre interlocuteur. Nous, on est en dehors de la politique. Tout ce qu’on veut, c’est se battre contre le plan de François Bayrou et rassembler tout le monde en dehors des divergences politiques. »

Nous, on est en dehors de la politique.

« Pas un geste pour se donner bonne conscience, mais une manière claire de ne plus soutenir ce qui nous enfonce. » Disent-ils.

Savent-ils ce qui les enfonce.

J’en doute fort, ou ils ont peur de nommer l’exploitation néolibérale qu’ils subissent de crainte d’être taxés de gauche, eux qui prétendent être en dehors de la politique. Pourtant, refuser d’être rattaché à un parti, à un syndicat ou à une association engagée constitue déjà un choix idéologique. Contester le plan Bayrou, c’est se placer à gauche de l’échiquier politique, en opposition à une logique néolibérale. Sauf comme tous les citoyens ils ont été floués par les médias qui durant la gestion du parti socialiste au pouvoir à prés 1984 ont laissé croire et développé qu’il s’agissait du Socialisme, alors que le PS avait adhérait à la loi du marché et abandonné la lutte de classe, pour exercer la social-démocratie dans laquelle la redistribution est récupérée au triple par le capital.

Je souligne depuis longtemps que cet isolationnisme citoyen vis-à-vis des institutions démocratiques est vain. Ceux qui croient pouvoir lutter contre l’exploitation salariale et le capitalisme par de simples jacqueries, sans organisation, s’illusionnent.

L’étiolement.

Depuis 1988, le lien qui unissait les citoyens aux partis politiques et aux syndicats ne cesse de s’étioler, malgré une flambée revendicatrice en 1995.

À l’époque, j’étais actif et j’entendais souvent mettre en garde contre l’illusion qu’adhérer à une organisation offre une « assurance tous risques ». En réalité, rejoindre un parti ou un syndicat, c’est s’engager concrètement : militer, porter ses convictions lors des réunions internes et consolider ensemble sa légitimité face au pouvoir ou au patronat.

Pourtant, une campagne médiatique savamment orchestrée n’a eu de cesse de discréditer ces acteurs, surtout à gauche, entrainant tout le syndicalisme.

Un ascenseur au sous-sol.

Pourtant, partis et syndicats demeuraient les seuls remparts contre l’effondrement de l’ascenseur social. Les citoyens, considérant le gouvernement comme responsable de cette panne, ont exigé son rétablissement, poussant l’État à promettre des aides à l’investissement créateur d’emplois et des allègements de charges sans résultat, car la recherche d’économie d’échelle et la demande de prix bas boostent la concurrence, dans laquelle la technologie vient remplacer des emplois.

Aujourd’hui, ces mesures sans cesse ressassées par les gouvernants ne calment plus la colère populaire : la xénophobie gagne du terrain et l’antisémitisme renaît, nourrissant, à l’image du mouvement des gilets jaunes, un florilège hétéroclite de revendications qui traversent toutes les classes.

https://www.la-croix.com/

Le manque de culture politique engendre des idées fausses, comme croire qu’une révolte spontanée peut se substituer à un mouvement structuré de défense des intérêts des salariés ou des corps de métier.

On en vient aussi à imaginer qu’un syndicat pourrait être efficace sans membres, d’où « l’expression si répandue que font les syndicats » à l’instar de ceux qui se contentent d’observer le syndicalisme, de le critiquer ou de le juger sans jamais rejoindre les rangs des travailleurs organisés pour être efficaces.

La charte d’Amiens. https://www.force-ouvriere.fr/

Dans un article sur La force de l'indépendance syndicale, en 1996, Marc Blondel présente de la manière suivante cette perspective commune : « Ce que la Charte d’Amiens a apporté, c’est la notion d’indépendance syndicale et celle de majorité du syndicalisme.

On ne sera donc pas surpris que, depuis 1906, des arguments dilatoires, des interprétations, soient périodiquement développés contre cette Charte d’Amiens, notamment « pour justifier la nécessité d’adapter le syndicalisme ».

Il est indéniable que le syndicalisme a toujours été à la fois courtisé et attaqué. Courtisé, car à l’encontre des mauvais coups que l’on veut lui faire subir, c’est le syndicalisme qui, historiquement, détient la clé du comportement des forces sociales ouvrières. Attaqué de toutes parts, et plus particulièrement quand la situation le conduit à être une force de résistance, le syndicalisme devient alors gênant. La tentation alors pour les gouvernants, quels qu’ils soient, d’essayer d’intégrer le syndicalisme, d’abord dans l’entreprise puis dans les rouages de l’État, est-elle aussi cyclique. Ce qui est toujours en cause, c’est l’indépendance et le droit permanent à la liberté de comportement qui ne peuvent qu’être le privilège d’un syndicalisme authentiquement libre. »

La spontanéité.

Si cette révolte spontanée pour le 10 septembre devenait le mode d’organisation revendicative privilégié, elle serait bientôt contrainte de se structurer : élire des porte-parole, formaliser ses instances, et négocier avec le patronat ou le gouvernement.

On la verrait alors se muer en ce qu’elle critiquait : une structure représentative mêlant indifféremment revendications salariales et ambitions politiques. Mieux vaudrait donc rejoindre dès maintenant les organisations existantes, claires quant à leur rôle et à leurs règles, plutôt que de s’égarer dans une posture idéologique, qu’a nourri depuis des années les discrédits du discours néolibéral médiatique qui a été entendu par les citoyens.

Avoir une vision de l’avenir est indispensable ; elle exige des idéaux qui, même inaccessibles, nourrissent les débats politiques et font vivre la démocratie.

Opinions sans suite.

Le véritable risque des votes blancs et de l’abstention comme mode de positionnement politique réside dans l’incapacité à formuler clairement ses préférences. Il ne s’agit pas de dire qu’aucun parti ni syndicat ne répondrait à leurs attentes — la palette d’opinions sur le capitalisme libéral est vaste et chacun peut y trouver sa place — mais de souligner qu’en renonçant à se positionner, ces électeurs affaiblissent la démocratie. Or c’est précisément l’expression publique d’une conviction qui lui donne vie, bien au-delà d’un simple geste ponctuel dans l’isoloir.

Que faudrait-il mettre en place pour aider chacun à identifier puis partager son opinion de façon continue et structurée, sans passer uniquement par le vote, et laisser la place aux instituts de sondages ? Pourrait-on avoir dans le futur des mobilisations décentralisées : atouts, limites et voies possibles.

Atouts des appels via Internet

La force première des mouvements en ligne, comme celui du 10 septembre, réside dans leur rapidité de diffusion et leur accessibilité. En quelques heures, un hashtag ou une pétition peut fédérer des milliers de personnes à travers le pays.

La nature virale du web permet aussi l’inclusion de profils très divers, qui n’auraient pas forcément franchi les portes d’un syndicat ou d’un parti.

Les limites d’une « revendication égoïste »

Quand l’unique moteur est l’intérêt individuel, on passe à côté des racines structurelles des difficultés sociales. Les mécanismes de reproduction des inégalités (précarité, accumulation du capital) restent invisibles. Les revendications se cantonnent à l’instantané (hausse de salaire, prime ponctuelle) sans proposer de transformation des rapports de force. Le mouvement devient cyclique : à chaque crise, les mêmes colères, sans jamais dépasser le stade des pétitions ou des “journées d’action” sans lendemain.

Pourquoi une vision politique reste indispensable.

Pour durer et changer la donne, un mouvement doit : Identifier clairement les rapports de force en présence (patronat, État, marchés financiers). Proposer un projet de société, même minimal, qui éclaire le chemin vers une autre organisation économique et sociale, quand l’on s’oppose à celle en place. Mettre en place des structures horizontales, mais dotées de règles communes (charte, mandats limités, transparence).

Sans cela, on retombe dans l’atomisation : chacun crie pour soi, sans jamais construire de socle capable de négocier et de contraindre les détenteurs du pouvoir.

Vers des mobilisations numériques structurées

Pour conjuguer l’agilité du numérique et la force d’une vision collective, on peut imaginer : Des assemblées virtuelles délibératives où chaque participant intervient selon un temps de parole égalisé. Des plateformes de co-construction des revendications, avec modules de vote en ligne et traçabilité des amendements. Des cercles thématiques permanents (emploi, santé, environnement) qui rédigent des propositions de fond, relues par un comité de synthèse élu à court terme.

Ces mécanismes créeraient un socle de légitimité tout en conservant la souplesse et la réactivité du web.

Questions ouvertes pour aller plus loin.

Comment garantir que ces espaces numériques ne soient pas captés par des intérêts privés ou étatiques ? Quels outils pour assurer la formation politique et sociologique des citoyens en réseau ? Comment articuler les mobilisations en ligne avec les combats sur le terrain (grèves, occupations, blocages) ? Ce sont ces défis qui détermineront si l’avenir des revendications peut vraiment naître du net, ou s’il refluera vers les structures syndicales et politiques classiques.

L’inculture politique derrière l’apolitisme syndical

Le refus d’intégrer une réflexion politique dans l’action syndicale traduit souvent une méconnaissance des enjeux structurels du capitalisme. En effaçant toute analyse de classe, on neutralise la capacité à s’attaquer aux causes profondes des inégalités et on finit par accepter, par omission, l’état de fait libéral-capitaliste.

Atouts et limites de l’apolitisme syndical.

Rapidité de rassemblement : moins de débats idéologiques, décisions plus immédiates. Clarté tactique : focus sur des revendications concrètes (salaires, conditions de travail). Risque d’épuisement cyclique : sans vision d’ensemble, chaque victoire devient provisoire. Absence de cap stratégique : on ne change jamais durablement les rapports de force.

Pourquoi lier politique et syndicalisme.

Cela est nécessaire pour comprendre la genèse des déséquilibres : l’accumulation du capital, les relations État-patronat, les normes internationales. Éclairer les objectifs : définir non seulement ce qu’on gagne aujourd’hui, mais la société qu’on veut construire. Renforcer la négociation : un discours idéologique cohérent crédibilise les luttes face aux pouvoirs établis.

Vers un syndicat indépendant et politiquement éclairé

Pour allier unité de la base et conscience politique, on peut imaginer : Une charte interne explicitant les valeurs et les objectifs à moyen terme. Des commissions thématiques mêlant formation sociologique et ateliers de co-construction. Des mandats limités et révocables pour garder chaque élu en phase avec la base.

Et après ?

Comment, dans un monde hyperconnecté, garantir cette indépendance et cette éducation politique ?

Au prochain tournant, explorons comment les outils numériques — plateformes décentralisées, MOOC syndicaux, chatbots pédagogiques — peuvent servir de boussole idéologique et encourager l’appropriation collective des savoirs politiques.

Force Ouvrière : un pont entre apolitisme et engagement ouvrier.

Force Ouvrière (FO) s’est construit sur le principe de l’indépendance politique. Elle ne se réclame ni du gouvernement ni de l’opposition, et concentre son action sur la défense des droits et intérêts matériels des salariés. L’on n’a jamais rencontré des capitalistes rémunérés plus des salariés qui votent pour ceux qui les exploitent.

Atouts de FO pour le mouvement du 10 septembre. Indépendance vis-à-vis des partis politiques. Priorité aux revendications salariales et aux conditions de travail. Tradition de négociation directe et de liberté d’expression interne. Réseaux de sections syndicales couvrant de nombreux secteurs.

Limites et défis. Moindre capacité à impulser un projet sociétal global. Risque de cloisonnement sur le seul terrain économique sans perspective de transformation du système. Poids relativement plus faible dans les mobilisations nationales comparé à d’autres confédérations.

Vers une convergence « FO + mobilisations numériques »

Créer des cellules FO : des collectifs mixtes FO/mobilisation en ligne où les décisions se prennent en visioconférence. Intégrer des ceintures thématiques (formation, communication, logistique) pour structurer les appels du 10 septembre sans sacrifier l’horizontalité. Mettre en œuvre un mandat révocable pour tout porte-parole issu de la base, qu’il vienne du terrain ou du mouvement en ligne.

Ce serait une erreur politique que de laisser se mouvement se dérouler comme celui des gilets jaunes et le laisser être capté par la réacosphère.

Cepandant si les animateurs du mouvement du 10 semptembre veulent ne pas acheter leurs revendications, quelles soient satisfaites par le patronat ou le pouvoir, il faut alors avoir un idéal politique anticapitaliste, et ce n’est pas le syndicalisme qui apporte ce choix, mais le changement de société pour les siècles à venir.


 


 

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Rédigé par ddacoudre

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