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Publié le 16 Septembre 2026

Pétrole et guerre en Iran : comment la facture est présentée aux citoyens

Lorsqu’un automobiliste voit le prix du carburant augmenter, il se tourne naturellement vers son gouvernement. Il voit les taxes inscrites sur la pompe, connaît son ministre et peut manifester devant une préfecture. En revanche, il ne connaît ni les producteurs qui ont vendu le pétrole brut, ni les capacités qu’ils conservent volontairement ou matériellement inutilisées, ni les contrats maritimes, ni les compagnies d’assurance, ni les opérateurs financiers qui interviennent dans la formation du prix mondial.

Il demande donc à l’État de diminuer les taxes. C’est compréhensible, mais cela déplace le débat. La collectivité est appelée à renoncer à une partie de ses recettes tandis que les producteurs ayant continué à exporter conservent l’augmentation du prix du brut.

La guerre en Iran constitue une cause réelle de perturbation. Mais une cause réelle peut aussi devenir un écran derrière lequel disparaissent les choix économiques et stratégiques des autres acteurs. Pour comprendre qui paie et qui gagne, il faut remonter toute la chaîne.

Une pénurie réelle, mais qui n’explique pas tout

La perturbation de l’approvisionnement n’est pas imaginaire. Une part considérable du pétrole mondial transite normalement par le détroit d’Ormuz. Les attaques contre les navires et les infrastructures, la fermeture de certaines voies, les détours maritimes et l’augmentation des assurances ont effectivement réduit et renchéri les livraisons.

L’Agence internationale de l’énergie estimait dès juin 2026 que les pertes cumulées de production du Moyen-Orient avaient dépassé 1,3 milliard de barils. En août, la production mondiale a encore diminué de 1,6 million de barils par jour pour atteindre 100,1 millions. Il existe donc une contrainte matérielle incontestable. (AIE, juin 2026, AIE, septembre 2026)

Mais le prix ne représente pas seulement le pétrole physiquement manquant. Il incorpore également :

  • le risque de nouvelles interruptions ;

  • le coût des itinéraires de remplacement ;

  • les assurances maritimes ;

  • la constitution préventive de stocks ;

  • les anticipations des négociants ;

  • les décisions de production des pays non directement touchés.

La rareté est donc à la fois réelle, anticipée et administrée. J'ai déjà explique que c'est le prix de la peur que nous payons et pas celui de l'essence.

Pourquoi les autres producteurs ne remplacent-ils pas les volumes manquants ?

La première question que les citoyens devraient poser est simple : pourquoi les producteurs qui ne sont pas touchés par le blocage n’augmentent-ils pas suffisamment leur production ?

Les gouvernements importateurs peuvent leur demander de le faire. Ils peuvent négocier avec eux, garantir l’achat des volumes supplémentaires ou coordonner l’utilisation des réserves stratégiques. Mais plusieurs limites apparaissent.

D’abord, beaucoup de producteurs situés hors du Golfe exploitent déjà leurs installations à un niveau élevé. Aux États-Unis, la production atteignait encore 13,9 millions de barils par jour en septembre, sans augmentation par rapport à la semaine précédente. Ouvrir de nouveaux puits, installer des équipements et développer des oléoducs ne se décide pas en quelques jours.

Ensuite, une grande partie des capacités théoriquement disponibles se trouve précisément dans les pays du Golfe. Produire davantage ne résout rien si le pétrole ne peut pas sortir par le détroit, les oléoducs ou les ports menacés. L’Irak tente ainsi de transporter une partie de son pétrole par camions vers Kirkouk et la Turquie, mais les quantités restent dérisoires par rapport aux millions de barils habituellement exportés.

Enfin, les producteurs qui peuvent encore vendre n’ont pas nécessairement intérêt à faire redescendre le prix. La logique est facile à comprendre :

Vaut-il mieux vendre davantage à 73 dollars le baril, ou vendre un peu moins à 105 dollars ?

Avant la guerre, un million de barils vendu 73,50 dollars procurait 73,5 millions de dollars. Au prix de 105,40 dollars, la vente de seulement 800 000 barils procure 84,3 millions de dollars. Un producteur peut donc vendre 20 % de moins et encaisser près de 11 millions de dollars supplémentaires par jour.

La concurrence, souvent présentée comme le mécanisme qui doit faire baisser les prix, ne remplit pas automatiquement cette fonction. L’extraction pétrolière exige des investissements lourds, dépend d’un petit nombre de producteurs et repose sur des infrastructures longues à construire. Surtout, celui qui augmente fortement sa production contribue à faire baisser le prix de tous les barils qu’il vend.

La rareté n’est donc pas nécessairement créée de toutes pièces. Mais ceux qui en bénéficient n’ont aucune raison économique de la faire disparaître rapidement.

Une rente exceptionnelle peu visible

Le Brent valait approximativement 73,50 dollars le baril avant la guerre. Il se négociait autour de 105 dollars à la mi-septembre. L’écart approche donc 32 dollars par baril.

Pour chaque million de barils vendus quotidiennement, cette différence représente environ :

32 millions de dollars de recettes supplémentaires par jour, soit près d’un milliard de dollars par mois.

À l’échelle mondiale, en tenant compte de la diminution des volumes effectivement vendus, le supplément de recettes brutes des producteurs peut être estimé entre 2,2 et 2,7 milliards de dollars par jour aux prix actuels. Sur trente jours, cela représente entre 66 et 82 milliards de dollars.

Sur la période allant de mars à août 2026, l’ordre de grandeur pourrait atteindre 350 à 450 milliards de dollars de recettes brutes supplémentaires par rapport à une situation où les prix et les volumes seraient restés proches de leur niveau antérieur.

Il ne s’agit pas intégralement de bénéfices nets. Certains producteurs ont perdu des volumes, des installations ont été endommagées et les coûts de transport ont augmenté. Une partie de la rente est également perçue par les États producteurs sous forme de redevances, d’impôts ou de dividendes versés par leurs compagnies nationales.

Mais pour le producteur qui a conservé ses installations et ses débouchés, comme ceux qui fournissent la France, le coût d’extraction d’un baril n’a pas augmenté de 32 dollars. Une part importante de la différence devient donc une rente exceptionnelle.

Le contribuable est appelé à compenser ce que le producteur encaisse

En France, les manifestants réclament une réduction des taxes. La redevance représente environ 59,4 centimes par litre de gazole et 68,3 centimes par litre d’essence, avant certaines majorations régionales. Cette redevance est principalement fixe : elle ne croît pas avec le cours du pétrole. En revanche, la TVA augmente avec le prix hors taxe. (Guide officiel 2026 sur la fiscalité des énergies)

Une diminution des taxes soulagerait immédiatement les ménages et certaines professions. Mais elle ne ferait pas baisser le prix mondial du brut. Elle transférerait une partie de la facture vers le budget public : moins de recettes pour financer les dépenses collectives, tandis que la rente encaissée en amont par les fournisseurs resterait intacte.

Les professionnels ne se trouvent pas tous dans la même situation. Certains transporteurs disposent de clauses d’indexation et de remboursements partiels de l’accise. D’autres artisans, agriculteurs, pêcheurs ou petites entreprises ne peuvent répercuter immédiatement la hausse en raison de leurs contrats, de la concurrence ou de la faiblesse de leurs clients.

Le salarié, lui, ne peut généralement pas ajouter le carburant à un prix de vente. Pour compenser son trajet domicile-travail, il doit obtenir une augmentation de salaire qu'il rendra au capital majoré ou réduire une autre consommation qui réduira l'activité économique.

La demande d’aide peut donc être légitime. Mais une aide correctement construite devrait être ciblée, provisoire et accompagnée d’une récupération lorsqu’une entreprise a pu répercuter la hausse dans ses prix. Sinon, la même augmentation est payée deux fois : une première fois par la collectivité qui accorde l’aide, puis une seconde fois par le consommateur dans le prix final.

Pourquoi les États-Unis ne terminent-ils pas cette guerre comme celle d’Irak ?

La comparaison avec l’Irak vient naturellement à l’esprit. En 1991, l’armée irakienne était couramment présentée comme l’une des plus importantes du monde. La supériorité technologique et aérienne de la coalition a pourtant permis une victoire militaire très rapide. En 2003, le régime de Saddam Hussein a également été renversé en quelques semaines.

Mais cette comparaison rappelle aussi une leçon essentielle : gagner une campagne militaire ne signifie pas obtenir le résultat politique recherché. L’occupation de l’Irak, la désorganisation de l’État, les affrontements confessionnels et le développement d’insurrections ont prolongé la guerre bien après la chute du régime.

L’Iran constitue en outre un adversaire différent : population et territoire beaucoup plus importants, relief difficile, missiles, drones, forces dispersées et réseaux d’alliés régionaux. La puissance américaine peut détruire des installations et infliger des pertes considérables. Elle ne garantit ni la disparition du régime, ni la sécurisation durable du détroit, ni l’installation d’un ordre politique accepté.

Il faut surtout demander : que signifie « en finir » ? Détruire les capacités nucléaires ? Neutraliser les missiles ? Renverser le régime ? Occuper le pays ? Obtenir la libre circulation maritime ? Chacun de ces objectifs exige des moyens, une durée et des risques différents.

Les opérations publiées par le commandement américain montrent d’ailleurs une succession de frappes, d’interceptions maritimes et d’actions contre les forces iraniennes, mais pas l’existence d’un objectif politique final publiquement défini et rapidement réalisable. (CENTCOM)

Les BRICS sont-ils la raison de cette prudence ?

L’Iran appartient aux BRICS depuis l’élargissement de 2024. Il entretient des relations étroites avec la Russie et la Chine, et il serait invraisemblable qu’aucune consultation diplomatique, économique ou stratégique n’ait lieu entre ces pays pendant une guerre de cette importance. L’adhésion de l’Iran est confirmée par la présidence indienne des BRICS en 2026. (BRICS India 2026)

Mais il faut éviter une conclusion trop rapide : les BRICS ne sont pas une alliance militaire comparable à l’OTAN. Ils ne comportent pas de clause obligeant la Russie, la Chine, l’Inde, le Brésil ou l’Afrique du Sud à défendre militairement un membre attaqué. Leurs intérêts divergent souvent.

La Chine et la Russie peuvent soutenir diplomatiquement l’Iran, commercer avec lui, lui fournir certaines ressources ou chercher à empêcher une victoire américaine totale. Cela peut peser dans les calculs de Washington. Mais nous ne disposons pas de preuve permettant d’affirmer qu’un accord secret entre les BRICS expliquerait à lui seul la durée de la guerre.

La prudence américaine peut plus simplement résulter de plusieurs risques cumulés : extension régionale du conflit, fermeture durable des routes énergétiques, pertes militaires, épuisement des stocks de munitions, réactions russe et chinoise, rejet d’une nouvelle occupation et impossibilité de définir un pouvoir iranien de remplacement.

Une stratégie de prolongation pour enrichir les pétroliers ?

L’hypothèse mérite d’être posée, mais elle ne doit pas être transformée en certitude sans preuve.

Il est démontrable que certains producteurs gagnent énormément à la hausse des prix. Il est également démontrable que les États importateurs n’ont pas mobilisé immédiatement toutes les réponses économiques possibles. En revanche, cela ne suffit pas à prouver que la guerre aurait été volontairement prolongée dans le but de procurer des profits aux compagnies pétrolières.

Une guerre peut durer sans plan unique. Les intérêts militaires, diplomatiques, électoraux, industriels et financiers peuvent se combiner. Certains acteurs peuvent bénéficier d’une situation qu’ils n’ont pas créée ; d’autres peuvent éviter de la résoudre trop rapidement parce que la solution leur coûterait davantage que sa prolongation.

La question raisonnable n’est donc pas : « Existe-t-il nécessairement un complot pétrolier ? » Elle est plutôt :

Quels acteurs ont intérêt à ce que la crise dure, quels moyens possèdent-ils pour la réduire, et pourquoi ces moyens ne sont-ils pas pleinement mobilisés ?

Les citoyens ne sont pas ignorants : ils sont placés devant la mauvaise cible

Dire que les citoyens sont « pris pour des veaux » exprime une colère compréhensible, mais ne décrit pas exactement le mécanisme.

Le citoyen réagit aux informations dont il dispose. Il voit le prix affiché, le montant des taxes et les déclarations de son gouvernement. Il ne voit pas les capacités de production inutilisées, les marges de chaque intermédiaire, les négociations entre États, les contrats d’assurance, les stocks constitués ni les recettes des producteurs.

Son gouvernement est responsable devant lui ; Saudi Aramco, les compagnies internationales, l’OPEP+ ou les négociants ne le sont pas. Il proteste donc contre l’acteur qu’il peut atteindre.

Le véritable abus réside dans l’organisation de l’information : la fiscalité nationale est constamment exposée, tandis que la rente internationale demeure abstraite. On demande alors à l’État de corriger avec l’argent public une augmentation dont une part considérable enrichit des acteurs situés hors de portée démocratique.

Cette crise révèle finalement une question plus large : qui gouverne les ressources indispensables à la vie ? Tant que l’énergie est organisée principalement par la propriété, la rareté, la concurrence et la recherche du rendement, chaque crise réelle devient aussi une occasion d’accumulation.

La guerre explique une partie du prix. Elle ne dispense pas d’examiner ceux qui déterminent la production, ceux qui bénéficient de la hausse et ceux auxquels on demande d’en payer la facture.

La France achète aujourd’hui son pétrole brut principalement aux États-Unis, au Kazakhstan, au Nigeria, à l’Algérie et à la Norvège. Elle n’achète pratiquement pas de brut iranien en raison des sanctions. Ces pays ne subissent pas l'impact de la guerre en IRAN, ils augmentent leur prix parce qu'ils ne sont pas philanthropes, mais capitalistes et s'ajustent au prix mondial pour gagner plus, point.

Alors nous pouvons en appeler au pouvoir, il ne peut pas changer cela et nous paierons d'une manière ou d'une autre. Toutes les radios trottoirs de citoyens et manifestations sont des coups d'épées dans l'eau, le général aurai dit de "veaux"

Pays d’origine

Part du brut importé

Kazakhstan

28 %

États-Unis

16 %

Nigeria

15 %

Algérie

13 %

Libye

11 %


 

À la pompe ou par l’impôt, ce sont toujours les citoyens qui paient

La guerre contre l’Iran et la fermeture du détroit d’Ormuz provoquent une véritable perturbation de l’approvisionnement mondial. Mais cette explication, répétée seule par les médias, dissimule une seconde réalité : les fournisseurs qui ne sont pas touchés par le conflit vendent eux aussi leur pétrole au prix mondial devenu plus élevé.

Les États-Unis, le Kazakhstan, le Nigeria, l’Algérie ou la Norvège ne supportent pas nécessairement une augmentation équivalente de leurs coûts de production. Ils bénéficient néanmoins du nouveau cours international. La pénurie créée dans une région devient ainsi une rente supplémentaire pour des producteurs situés à des milliers de kilomètres du conflit. Les raffineurs et certains intermédiaires peuvent également profiter de l’augmentation des marges, des coûts d’assurance et des anticipations du marché.

L’information médiatique demeure médiocre lorsqu’elle se contente d’affirmer : « la guerre fait augmenter le prix de l’essence ». Elle décrit le déclencheur sans expliquer le mécanisme économique ni rechercher qui encaisse la différence. Elle devrait distinguer la pénurie physique, la hausse du prix mondial, les marges de raffinage, la spéculation, les bénéfices supplémentaires des producteurs et la fiscalité française.

Faute de cette explication, les citoyens se tournent vers leur gouvernement et réclament une diminution des taxes. Cette réaction est compréhensible, puisque l’État est le seul acteur visible et politiquement accessible. Mais elle laisse intacts les bénéfices supplémentaires encaissés par les producteurs et les intermédiaires pétroliers.

Si le gouvernement ne réduit pas les taxes, l’automobiliste paie directement la hausse à la pompe. S’il les réduit ou verse une aide, la dépense est transférée au budget public. Elle sera alors financée par d’autres prélèvements, par une diminution des services publics ou par l’endettement, dont la charge future reposera encore sur la collectivité. Une baisse fiscale peut modifier la personne qui paie immédiatement et soulager temporairement les ménages les plus exposés ; elle ne fait pas disparaître le coût économique.

Les professionnels peuvent, dans une certaine mesure, intégrer la hausse du carburant dans leurs prix. Le consommateur la retrouve alors dans son alimentation, ses transports, ses travaux ou ses services. Le salarié, le retraité et tous ceux dont le revenu ne s’ajuste pas automatiquement ne disposent pas de cette possibilité.

Dans tous les cas, les citoyens finissent donc par payer :

  • directement à la pompe ;

  • indirectement dans le prix des marchandises et des services ;

  • collectivement par les aides publiques ;

  • ultérieurement par l’impôt, la réduction des dépenses publiques ou la dette.

Pendant ce temps, la rente née de la hausse du cours mondial demeure entre les mains des producteurs, des raffineurs et des détenteurs de capitaux qui en bénéficient.

La véritable question politique ne devrait donc pas être seulement : combien l’État doit-il retirer de taxes ? Elle devrait être également : qui profite de la hausse, combien gagne-t-il réellement et pourquoi la collectivité devrait-elle financer une rente privée créée par le fonctionnement du marché mondial ?

La guerre crée ou aggrave la rareté. Le marché capitaliste transforme cette rareté en prix mondial. Les entreprises capables de répercuter leurs coûts les transfèrent dans leurs prix. L’État peut déplacer momentanément la charge. Mais, au bout de la boucle, ce sont toujours les citoyens-consommateurs qui financent le système, tandis que l’augmentation du capital reste acquise à ceux qui possèdent les moyens de production et de distribution.

Les citoyens ont la tête dure, je ne cesse de l'expliquer, au bout du bout ce sont les salariés du privé qui paient TOUT (avec une participation du public et retraités) et toutes les gesticulations citoyennes ne sont que des braiments d'ânes, avec tout le respect que j'ai pour eux, alors vérifié si j'ai raisons ou tord.

 

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Rédigé par ddacoudre

Publié dans #Politique

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Publié le 12 Septembre 2026

Mesdames et Messieurs les secrétaires généraux,
Chers camarades,

À l’approche des prochaines échéances électorales, les déficits de la Sécurité sociale et des retraites vont une nouvelle fois occuper le débat public. Nous entendrons les propositions habituelles : allonger la durée de cotisation, retarder l’âge de départ, réduire certaines prestations, augmenter les prélèvements ou rapprocher davantage les différents régimes.

Depuis plus de trente ans, les mêmes solutions sont appliquées et conduisent aux mêmes régressions.

En 1993, la réforme Balladur a fait passer progressivement la durée d’assurance de 37,5 à 40 ans pour les salariés du privé. Elle a étendu le calcul de la pension des 10 aux 25 meilleures années et remplacé l’indexation sur les salaires par une indexation sur les prix. Les réformes suivantes ont prolongé cette évolution : rapprochement des régimes, allongement de la durée d’assurance, recul de l’âge de départ et développement de l’épargne retraite par capitalisation.

Les mobilisations ont parfois ralenti les réformes, comme en 1995, mais elles n’ont pas permis aux salariés de préserver durablement leurs acquis.

Je ne formule pas ce constat depuis un bureau. Je l’ai vécu comme responsable syndical. Dans une ville de près de 400 000 habitants, nous nous sommes retrouvés à environ 150 personnes sous une banderole pour défendre des droits qui concernaient pourtant des dizaines de milliers de salariés.

Cette disproportion entre l’importance des enjeux et la faiblesse de la mobilisation doit être regardée lucidement. Les salariés n’ont pas toujours trouvé la volonté, la confiance collective ou le courage nécessaires pour défendre leurs propres droits. Ce constat n’est pas un reproche moral : il révèle l’affaiblissement progressif de la conscience syndicale et du rapport de force.

Trente années de discrédit du mouvement syndical

Depuis les années 1990, une stratégie constante a présenté les cotisations sociales comme des « charges », les droits collectifs comme des privilèges, les grèves comme des prises d’otages et les syndicats comme les défenseurs d’un monde dépassé.

Cette représentation répétée a produit ses effets. Les organisations syndicales ont progressivement perdu une partie de leur capacité à structurer la colère sociale. Mais la colère, elle, n’a pas disparu.

Elle a resurgi avec les Gilets jaunes sous la forme d’un mouvement puissant, mais extrêmement hétéroclite, regroupant des citoyens jusque-là éloignés de toute organisation, des travailleurs, des retraités, des indépendants, des abstentionnistes et des militants provenant de sensibilités politiques très différentes.

Des militants du Rassemblement national ou de sa mouvance y ont également trouvé un terrain favorable. Ils ont été particulièrement visibles dans certains rassemblements où le drapeau tricolore était employé comme signe de ralliement identitaire — même si ce drapeau appartient évidemment à tous les Français et ne saurait être abandonné à un parti.

La colère exprimée par les Gilets jaunes possédait des causes sociales légitimes. Mais, faute d’organisation permanente, de représentation reconnue et de projet économique commun, elle a souvent tourné au pataquès. Des revendications contradictoires se sont additionnées sans déboucher sur une construction capable de modifier durablement les règles économiques.

À l’heure où circulent de nouveaux appels à ressortir les Gilets jaunes le 17 octobre, les organisations syndicales doivent s’interroger : vont-elles une nouvelle fois attendre que la colère se développe en dehors d’elles ou vont-elles reprendre l’initiative en proposant une revendication à la hauteur des transformations économiques ?

Une revendication syndicale ancienne devenue actuelle

En 1971, dans le cadre des négociations nationales des carrières et matériaux de construction, j’ai porté au nom de l’organisation syndicale la revendication d’une taxation des machines qui remplaçaient des emplois.

Le patronat avait alors opposé un argument simple : taxer les machines risquerait de ralentir les investissements.

Cet argument devait être entendu dans le contexte industriel de l’époque. Mais, depuis 1971, l’automatisation, la robotique, l’informatique et désormais l’intelligence artificielle ont profondément transformé la production. La puissance productive des machines a progressé beaucoup plus rapidement que la population active et que le nombre d’heures travaillées.

Le problème est maintenant évident : notre protection sociale demeure principalement financée par des prélèvements assis sur les revenus du travail, alors que la production dépend de moins en moins de la seule quantité de travail humain directement employée.

Plus les machines permettent de produire avec moins de salariés, plus elles réduisent potentiellement l’assiette salariale sur laquelle reposent les cotisations. Ce qui constitue un progrès technique devient alors une fragilité sociale.

La circulation réelle de l’argent

Le capital avance les sommes nécessaires au fonctionnement de l’entreprise : salaires, cotisations, matières, énergie, équipements, services et investissements.

Le travail humain, associé aux machines et aux savoirs accumulés, transforme ces avances en biens ou en services. La vente de cette production fournit ensuite le chiffre d’affaires permettant à l’entreprise de couvrir ses dépenses, de renouveler son activité et, lorsqu’elle y parvient, de dégager une marge.

La boucle fondamentale peut être résumée ainsi :

Capital avancé → salaires, cotisations et dépenses de production → travail humain et puissance des machines → biens et services → consommation → prix payés → chiffre d’affaires → reconstitution et augmentation possible du capital.

Les cotisations dites « patronales » sont juridiquement versées par les employeurs, mais elles constituent économiquement un élément du coût de production financé par la valeur ajoutée de l’entreprise. Selon la situation du marché et de la concurrence, leur poids peut être réparti entre les prix, les marges et l’évolution des rémunérations. Mais tout absolument toutes les avances de capital retournent ne fin de boucle à celui-ci.

Une cotisation assise sur la puissance productive automatisée ne serait donc pas une confiscation d’un capital immobile. Elle participerait à la même circulation économique que les autres dépenses de production. Les sommes recueillies deviendraient des pensions, des remboursements de soins, des prestations et des revenus qui retourneraient en grande partie vers l’économie par la consommation au capital. Le gain de salarié se présenterait par ne plus avoir à financer les intérêts de la dette, puisque celle-ci disparaitrait.

Ce que mesure la réserve machine

Dans La République de l’énergie humaine, j’ai cherché à mesurer la puissance productive accumulée dans les machines, les infrastructures, les savoirs et l’organisation.

En retenant, à titre d’hypothèse pédagogique, une productivité horaire moderne environ dix fois supérieure à celle de 1870, les 30 millions d’actifs actuels produisent théoriquement autant que 300 millions d’actifs travaillant avec les moyens de cette époque.

La différence représente environ 270 millions d’« équivalents emplois-machine ».

Ce chiffre ne désigne ni 270 millions d’emplois réellement supprimés ni une somme d’argent déposée quelque part. Il constitue un indicateur de la puissance productive supplémentaire fournie par l’accumulation technique et scientifique.

Le calcul énergétique du Modèle Joule permet d’exprimer cette puissance en équivalent de travail humain. Il ne crée pas une réserve monétaire disponible : il révèle une capacité productive réelle que la comptabilité actuelle enregistre seulement à travers la productivité, la valeur ajoutée, les équipements et les résultats des entreprises.

La revendication consiste à transformer cette mesure physique et économique en une assiette de financement social applicable dans notre système monétaire.

De la « taxation des machines » à une cotisation sur la production automatisée

L’expression « faire cotiser les machines » est une simplification. Une machine ne peut évidemment pas verser elle-même une cotisation. L’entreprise propriétaire ou utilisatrice acquitterait une contribution calculée à partir d’un indicateur représentant la part de production obtenue grâce aux équipements, aux logiciels, aux robots et aux systèmes automatisés.

Cette contribution pourrait être désignée comme une :

Cotisation sociale sur la valeur productive automatisée.

Sa mise en œuvre demanderait de déterminer :

  1. la manière de mesurer la part de valeur ajoutée attribuable à l’automatisation et aux équipements productifs ;

  2. le taux nécessaire pour couvrir tout ou partie des déficits sociaux ;

  3. les modalités permettant de ne pas pénaliser les investissements indispensables ;

  4. les mécanismes évitant les délocalisations ou les contournements comptables ;

  5. la différence à établir entre un investissement qui complète le travail humain et celui qui remplace durablement une assiette de cotisation salariale.

En 2025, le déficit des régimes obligatoires de base de la Sécurité sociale et du Fonds de solidarité vieillesse s’est élevé à 21,6 milliards d’euros, dont 7,2 milliards pour la branche vieillesse.

Il ne s’agit donc pas de prélever les 25 189 milliards d’euros d’équivalence énergétique obtenus dans mon étude comme s’ils constituaient une somme disponible. Ce montant représente une capacité productive théorique exprimée en monnaie. L’objectif est d’en tirer une assiette réelle, vérifiable et limitée, permettant de collecter les 21,6 milliards nécessaires sans prétendre transformer directement toute l’équivalence énergétique en monnaie.

Une occasion historique pour les syndicats

Un mouvement spontané comme celui des Gilets jaunes peut exprimer puissamment une souffrance. Il ne possède cependant ni les structures, ni les compétences permanentes, ni la représentativité nécessaires pour expertiser une nouvelle assiette sociale, la négocier avec le patronat et l’inscrire durablement dans la loi.

Les organisations syndicales disposent encore de cette capacité.

Porter la cotisation sur la valeur productive automatisée leur permettrait de reprendre l’initiative, non par une opération de communication, mais en apportant une réponse concrète à une contradiction devenue centrale : comment continuer à financer les retraites, la santé et la protection sociale lorsque les machines accomplissent une part croissante de la production ?

Il ne suffit plus de défendre chaque droit au moment où il est attaqué. Il faut proposer la nouvelle source de financement permettant de le garantir.

Je demande donc à votre organisation :

  • de soumettre cette proposition à ses économistes et spécialistes de la protection sociale ;

  • d’examiner contradictoirement le calcul de la réserve machine ;

  • d’étudier une assiette juridiquement et économiquement applicable à la valeur productive automatisée ;

  • de porter cette question dans les débats intersyndicaux et électoraux ;

  • et de me faire connaître les raisons précises pour lesquelles cette revendication pourrait être retenue, corrigée ou rejetée.

Cette proposition provient d’une revendication syndicale formulée dès 1971. L’évolution technique lui donne aujourd’hui une urgence et une justification nouvelles.

Les syndicats peuvent laisser la colère sociale continuer à se disperser dans des mouvements sans organisation ni débouché, au risque qu’elle profite principalement au Rassemblement national. Ils peuvent aussi lui donner une perspective, une revendication et une force collective.

La possibilité de reprendre le devant de la scène existe. Encore faut-il décider de la saisir.

La balle est désormais entre vos mains.

Respectueusement et fraternellement,

Syndicaliste retraité – Essayiste
Auteur de La République de l’énergie humaine
Présentation du Modèle Joule

Au-delà du capitalisme et du communisme — Le Modèle Joule https://modele-joule.ddacoudre.chatgpt.site/edition/index.html

Pièces jointes proposées :

  • ANNEXE 1 : Méthode de calcul de la réserve machine actualisé.

Au 11 septembre 2026, la « valeur machine » du Modèle Joule peut être évaluée à environ 26 920 milliards d’euros par an, en équivalent comptable.

Calcul actualisé

Nous conservons les conventions du Modèle Joule :

Élément

Calcul

Résultat

Population active de référence

—

30 millions

Énergie annuelle par personne

300 kcal × 24 h × 365 jours

2 628 000 kcal

Énergie humaine productive

30 millions × 2 628 000

78 840 milliards kcal

Productivité actuelle supposée

10 fois celle de 1870

facteur 10

Équivalent fourni par les machines

9 × 30 millions

270 millions d’emplois humains

Énergie machine équivalente

270 millions × 2 628 000

709 560 milliards kcal

Le dernier PIB annuel complet publié par l’Insee est celui de 2025 : 2 991,1 milliards d’euros. Insee — Comptes nationaux annuels 2025

La valeur monétaire d’une kilocalorie productive devient donc :

2 991,1 milliards €÷78 840 milliards kcal=0,03794 €/kcal2\,991{,}1\ \text{milliards €} \div 78\,840\ \text{milliards kcal} = 0{,}03794\ €/\text{kcal}

La valeur machine est alors :

709 560 milliards kcal×0,03794 €=26 919,9 milliards €709\,560\ \text{milliards kcal} \times 0{,}03794\ € = 26\,919{,}9\ \text{milliards €}

Résultat à retenir
La valeur productive annuelle attribuée aux machines représente, selon les conventions du Modèle Joule, environ 26 920 milliards d’euros en valeur 2025.

L’ancien résultat était de 25 189 milliards d’euros, parce qu’il reposait sur un PIB arrondi à 2 800 milliards. L’actualisation ajoute donc environ 1 731 milliards d’euros, soit 6,9 %.

Pourquoi le résultat correspond exactement à neuf PIB

Il existe une simplification importante :

Valeur machine=(facteur de productiviteˊ−1)×PIB\text{Valeur machine}=(facteur\ de\ productivité-1)\times PIB

Avec un facteur de productivité égal à 10 :

(10−1)×2 991,1=9×2 991,1=26 919,9 milliards €(10-1)\times 2\,991{,}1 =9\times2\,991{,}1 =26\,919{,}9\ \text{milliards €}

Ainsi, même si nous remplacions les 30 millions d’actifs par le chiffre plus récent de 31,4 millions, le résultat final en euros resterait identique : l’énergie machine augmenterait, mais la valeur attribuée à chaque kilocalorie diminuerait proportionnellement.

La précision indispensable

Ces 26 920 milliards ne sont pas une somme d’argent disponible, ni une richesse supplémentaire qui s’ajouterait au PIB. Ils représentent :

l’équivalent monétaire théorique de la capacité productive que les machines substituent au travail humain, selon le facteur de productivité retenu par le Modèle Joule.

C’est donc une valeur comptable annuelle de capacité productive, et non un capital dormant que l’on pourrait directement prélever.

À titre d’illustration, une cotisation théorique de 0,08 % sur cette valeur représenterait environ :

26 919,9×0,08%=21,54 milliards €26\,919{,}9 \times 0{,}08\% = 21{,}54\ \text{milliards €}

Mais, pour transformer cette démonstration en cotisation applicable, il reste à définir comment répartir cette valeur machine entre les entreprises : selon leur valeur ajoutée automatisée, leurs équipements productifs, leurs gains de productivité ou le nombre d’emplois humains remplacés. C’est désormais le point technique central.

  • ANNEXE 2 : Schéma de la boucle économique et proposition d’assiette sociale.

LA BOUCLE ÉCONOMIQUE ET LA COTISATION SOCIALE SUR LA VALEUR PRODUCTIVE AUTOMATISÉE

1. Pourquoi représenter la boucle économique ?

Le débat sur le financement de la Sécurité sociale s’arrête généralement au premier mouvement de l’argent : l’entreprise verse les salaires et les cotisations, le salarié cotise et l’État prélève des impôts et des taxes.

Mais cette première opération ne suffit pas à expliquer le fonctionnement de l’économie. Il faut suivre l’argent jusqu’à son retour.

Lorsqu’un capital est engagé dans une entreprise, il permet de verser des salaires, d’acquitter des cotisations, d’acheter des matières, de l’énergie, des services et des équipements. Le travail humain, associé aux machines, transforme ces dépenses en biens ou en services. Ces derniers sont ensuite mis sur le marché et vendus à un prix.

Le prix payé devient le chiffre d’affaires de l’entreprise. Ce chiffre d’affaires doit permettre, dans la durée, de couvrir les dépenses de production, de renouveler les équipements, de financer un nouveau cycle d’activité et, lorsque cela est possible, de dégager une marge permettant de rémunérer ou d’augmenter le capital.

La boucle fondamentale peut donc être représentée ainsi :

Capital avancé → salaires, cotisations et autres dépenses de production → travail humain associé aux machines → biens et services → mise sur le marché → prix payés → chiffre d’affaires → reconstitution du capital, financement d’un nouveau cycle et augmentation éventuelle du capital.

Sans retour des sommes engagées par l’intermédiaire des ventes, l’entreprise ne peut durablement poursuivre son activité.

2. Les revenus qui permettent d’acheter la production

La production ne peut être vendue que s’il existe, en face d’elle, une demande solvable. Cette demande provient de trois grandes catégories de revenus.

Les revenus directs

Les entreprises versent des salaires en contrepartie du travail. Une partie de ces salaires est ensuite utilisée par les salariés pour se loger, se nourrir, se chauffer, se déplacer, s’équiper et accéder aux différents services.

La consommation des salariés devient alors le chiffre d’affaires des entreprises.

Les revenus socialisés ou différés

Les cotisations sociales, les impôts et les taxes alimentent la Sécurité sociale, l’État et les collectivités publiques.

Ces ressources sont ensuite transformées en :

  • retraites ;

  • remboursements de soins ;

  • indemnités ;

  • prestations familiales ;

  • allocations ;

  • traitements des agents publics ;

  • services collectifs ;

  • commandes publiques.

Les bénéficiaires utilisent à leur tour une partie de ces revenus pour consommer. Les prélèvements initiaux reviennent ainsi, au moins en partie, vers les entreprises sous la forme de chiffre d’affaires.

Les revenus financiers

Les entreprises et les organismes financiers versent également des intérêts, des dividendes, des loyers et différentes rémunérations du capital.

Ces revenus peuvent être consommés, épargnés ou investis. Ils participent donc eux aussi à la circulation économique.

La circulation complète peut être résumée ainsi :

Capital avancé → salaires, prélèvements et production → revenus directs, socialisés et financiers → consommation → prix payés → chiffre d’affaires → reconstitution, rémunération et augmentation possible du capital.

Ce ne sont pas nécessairement les mêmes entreprises qui récupèrent exactement ce qu’elles ont engagé. Le retour s’observe au niveau du circuit économique pris collectivement. Une partie de la consommation peut également alimenter les importations ou une partie des revenus peut être épargnée. Mais le principe comptable demeure : toute somme versée par un acteur est reçue par un autre et réapparaît quelque part dans les comptes de l’économie.

3. Ce que contient le prix payé par le consommateur

Le salarié devenu consommateur ne rachète pas seulement la part de salaire contenue dans le bien ou le service qu’il acquiert.

Le prix peut comprendre :

  • les rémunérations du travail ;

  • les cotisations sociales ;

  • les matières premières ;

  • l’énergie ;

  • les fournitures ;

  • les prestations achetées à d’autres entreprises ;

  • les impôts et taxes liés à la production ;

  • l’entretien et l’amortissement des équipements ;

  • les frais de financement ;

  • les dépenses de recherche et d’innovation ;

  • la marge de l’entreprise.

Dans une économie concurrentielle, l’entreprise ne peut pas toujours répercuter immédiatement et intégralement l’augmentation de ses dépenses dans ses prix. Elle peut être contrainte de réduire sa marge, d’améliorer sa productivité, de modifier son organisation ou d’abandonner une production devenue insuffisamment rentable.

Mais, dans la durée, une entreprise qui ne retrouve pas dans ses ventes les sommes nécessaires à la poursuite de son activité finit par disparaître.

Cela signifie que les cotisations versées par l’employeur ne restent pas définitivement à sa charge. Elles constituent une dépense de production que l’entreprise doit chercher à couvrir par son chiffre d’affaires, donc par les prix payés par l’ensemble de ses clients.

4. La faiblesse de l’assiette actuelle des cotisations

La protection sociale repose encore principalement sur les rémunérations du travail humain.

Une entreprise qui emploie beaucoup de salariés verse une masse importante de cotisations sociales. À l’inverse, une entreprise fortement mécanisée ou automatisée peut augmenter sa production tout en employant proportionnellement moins de personnes. Sa contribution sociale par l’intermédiaire des salaires diminue alors relativement à sa capacité productive.

La machine ne perçoit aucun salaire. Elle ne cotise ni pour la maladie, ni pour la famille, ni pour le chômage, ni pour la retraite. Pourtant, elle peut remplacer une partie du travail humain ou multiplier considérablement sa puissance productive.

Le problème n’est donc pas l’existence des machines. Elles libèrent l’être humain de tâches pénibles, dangereuses et répétitives. Le problème vient du maintien d’un financement social reposant principalement sur le nombre de salariés, alors que la production dépend de plus en plus des équipements, des robots, des logiciels et de l’automatisation.

Le développement technologique réduit ainsi progressivement l’assiette salariale qui finance la protection sociale, sans faire disparaître les besoins de santé, de retraite, de solidarité et de protection.

5. La valeur machine dans le Modèle Joule

Le Modèle Joule propose de mesurer la puissance productive des machines en emplois humains équivalents.

La comparaison historique retenue repose sur l’hypothèse selon laquelle la productivité actuelle serait approximativement dix fois supérieure à celle de 1870. Dans cette convention, un actif d’aujourd’hui, associé aux machines, produit autant que dix actifs auraient pu produire avec les moyens techniques de 1870.

La part humaine représente une unité. La part attribuée aux machines et à l’organisation technique représente donc neuf unités.

Les conventions de calcul sont les suivantes :

  • population active de référence : 30 millions de personnes ;

  • énergie annuelle conventionnelle par personne : 2 628 000 kilocalories ;

  • énergie humaine productive annuelle : 78 840 milliards de kilocalories ;

  • facteur de productivité retenu : 10 ;

  • équivalent humain attribué aux machines : 270 millions de personnes ;

  • énergie machine équivalente : 709 560 milliards de kilocalories.

Le dernier produit intérieur brut annuel complet publié par l’Insee est celui de 2025. Il atteint 2 991,1 milliards d’euros.

La valeur monétaire conventionnelle d’une kilocalorie productive est donc :

2 991,1 milliards d’euros ÷ 78 840 milliards de kilocalories = 0,03794 euro par kilocalorie.

La valeur machine devient :

709 560 milliards de kilocalories × 0,03794 euro = 26 919,9 milliards d’euros.

La valeur productive annuelle attribuée aux machines représente donc, selon les conventions du Modèle Joule :

Environ 26 920 milliards d’euros en équivalent de capacité productive.

La même opération peut être présentée plus simplement :

Valeur machine = (facteur de productivité – part humaine) × PIB.

Avec un facteur de productivité égal à 10 :

(10 – 1) × 2 991,1 milliards = 26 919,9 milliards d’euros.

Le facteur 10 constitue une convention historique et productive qui devra être vérifiée, discutée et éventuellement ajustée par des spécialistes de l’économie, de la productivité, de l’histoire du travail et de la comptabilité nationale.

6. Ce que représentent réellement ces 26 920 milliards d’euros

Cette somme ne constitue pas un capital disponible sur un compte bancaire. Elle ne représente pas davantage une richesse supplémentaire qui viendrait s’ajouter aux 2 991,1 milliards d’euros du PIB.

Elle exprime l’équivalent monétaire théorique de la capacité productive attribuée aux machines par rapport au travail humain de référence.

Il faut donc distinguer :

  • le PIB, qui mesure la valeur ajoutée effectivement produite pendant l’année ;

  • la valeur machine, qui représente une capacité productive humaine équivalente ;

  • l’assiette sociale applicable, qui doit reposer sur des éléments observables dans les comptes des entreprises.

La valeur machine du Modèle Joule est un instrument de mesure et de démonstration. Elle permet de rendre visible la puissance productive que le système comptable actuel attribue principalement au capital, alors qu’elle résulte de siècles de travail humain, de connaissances, d’apprentissages, d’inventions et d’accumulation technique.

7. Proposition d’une cotisation sociale sur la valeur productive automatisée

L’objectif n’est pas de taxer aveuglément les machines ni d’empêcher les investissements.

Il est de faire participer la capacité productive automatisée au financement de la vie sociale lorsque cette capacité complète, multiplie ou remplace le travail humain.

La nouvelle contribution pourrait être appelée :

Cotisation sociale sur la valeur productive automatisée.

Son principe serait le suivant :

Lorsqu’une entreprise utilise des équipements, des robots, des logiciels, des algorithmes ou des dispositifs automatisés pour produire, une partie de la valeur ainsi obtenue entre dans une nouvelle assiette de cotisation sociale.

La machine ne paierait évidemment pas elle-même la cotisation. L’entreprise contribuerait en fonction de la capacité productive automatisée dont elle bénéficie.

Une formule de transition pourrait être étudiée :

Assiette productive automatisée de l’entreprise = valeur ajoutée de l’entreprise × coefficient d’automatisation.

Puis :

Cotisation sociale machine = assiette productive automatisée × taux de cotisation.

Le coefficient d’automatisation pourrait prendre en considération :

  • la proportion de travail effectuée par des équipements automatisés ;

  • le rapport entre la valeur ajoutée et le nombre d’heures humaines nécessaires ;

  • les gains de productivité obtenus grâce aux équipements ;

  • la valeur et l’amortissement des machines, robots et logiciels productifs ;

  • la diminution du travail humain nécessaire pour produire une même quantité ;

  • les différences de productivité entre les secteurs économiques.

Ces critères devraient être définis secteur par secteur. Une usine automobile, une entreprise de transport, une banque numérique, un commerce, une exploitation agricole ou un cabinet médical ne peuvent pas être évalués de manière identique.

Cette évaluation devrait être confiée à une instance nationale paritaire réunissant les organisations syndicales de salariés et les représentants des entreprises, assistés de statisticiens, de comptables et de spécialistes de la productivité. Le pouvoir politique fixerait le cadre légal et resterait présent à titre consultatif dans l’évaluation économique.

8. Une illustration du rendement possible

Sur une valeur machine théorique de 26 919,9 milliards d’euros, une contribution de 0,08 % représenterait :

26 919,9 milliards × 0,08 % = environ 21,5 milliards d’euros.

Cette comparaison montre qu’un taux apparemment très faible appliqué à une capacité productive très large peut représenter une ressource sociale importante.

Elle doit cependant être présentée avec transparence. Puisque la valeur machine théorique correspond à neuf fois le PIB, une contribution de 0,08 % appliquée à cette valeur équivaut comptablement à environ 0,72 % du PIB effectivement produit.

Ce calcul ne constitue donc pas encore une prévision de recettes. Il permet de mesurer l’ordre de grandeur d’un financement possible. Le rendement réel dépendrait :

  • de la définition juridique de l’assiette ;

  • du coefficient d’automatisation retenu ;

  • du taux de cotisation ;

  • des exonérations éventuelles ;

  • du traitement des importations ;

  • des règles européennes ;

  • des mesures destinées à prévenir les délocalisations et les contournements comptables.

9. Les garanties nécessaires

Pour que cette cotisation soit économiquement viable et socialement juste, plusieurs garanties devraient être prévues.

Elle ne devrait pas pénaliser indistinctement tout investissement. Une machine qui protège la santé des salariés, supprime une tâche dangereuse, réduit la consommation d’énergie ou permet de maintenir une activité sur le territoire ne peut pas être traitée exactement comme une automatisation uniquement destinée à supprimer des emplois et à augmenter la rentabilité financière.

Le dispositif devrait donc :

  • préserver les investissements nécessaires à la sécurité et à la transition écologique ;

  • tenir compte de la situation des petites entreprises ;

  • appliquer des règles comparables aux productions importées ;

  • empêcher la délocalisation artificielle des bénéfices et des équipements ;

  • publier les méthodes de calcul utilisées ;

  • garantir que les sommes recueillies financent exclusivement la protection sociale ;

  • faire l’objet d’une évaluation annuelle par les acteurs sociaux.

L’objectif n’est pas d’opposer les salariés aux machines. Il est d’adapter le financement social à une économie dans laquelle la machine prend une place croissante dans la production.

10. La question posée aux organisations syndicales

La revendication d’une contribution des machines au financement social fut déjà avancée syndicalement en 1971. Elle fut alors écartée au motif qu’elle risquait de freiner les investissements.

Plus d’un demi-siècle plus tard, les investissements ont considérablement augmenté, l’automatisation s’est généralisée et les machines ont remplacé une part toujours plus importante du travail humain. Pourtant, la Sécurité sociale continue de dépendre principalement des rémunérations versées aux personnes employées.

La question posée aux organisations syndicales est donc simple :

Pourquoi continuer à faire reposer l’essentiel du financement social sur le travail humain, alors qu’une part croissante de la production est réalisée grâce aux machines, aux robots, aux logiciels et à l’intelligence artificielle ?

La cotisation sociale sur la valeur productive automatisée ne prétend pas fournir immédiatement une formule achevée. Elle constitue une revendication à expertiser, à négocier et à transformer en proposition applicable.

Les organisations syndicales disposent de l’expérience, de la légitimité sociale et des structures nécessaires pour conduire ce travail. Elles pourraient ainsi reprendre l’initiative sur une question essentielle : assurer le financement durable de la Sécurité sociale sans faire dépendre son avenir du seul nombre de salariés employés.

Conclusion

La machine est le produit du travail, de l’intelligence et des connaissances accumulées par les générations humaines. Elle multiplie la capacité de produire, mais elle ne participe pas directement au financement de la vie sociale lorsqu’elle réduit la masse salariale.

La proposition peut donc être résumée en une phrase :

Lorsque la machine complète, multiplie ou remplace le travail humain, la valeur productive qu’elle apporte doit contribuer, elle aussi, au financement de la protection sociale.

Il ne s’agit pas de refuser le progrès technique. Il s’agit d’éviter que le progrès technique détruise progressivement l’assiette sociale qui permet aux êtres humains de vivre.

Source du PIB : Insee, Comptes nationaux annuels 2025, publication du 29 mai 2026.


 

  • ANNEXE 3 : Hélice 1995.

Retraites et Sécurité sociale : ouvrons enfin une nouvelle assiette de cotisation fondée sur la puissance productive des machines

Ce graphique se passe de commentaire la régression de la culture critique est nette et la progression du populiste tout autant que la place du monde transmis par les médias que répètent les réseaux sociaux. pour plus d'indication suivre le lien https://ddacoudre.over-blog.com/2026/06/lire-la-societe-en-image.html.

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Publié le 8 Septembre 2026

L’affaire Bruel et la curée numérique

Quand le monde transmis condamne avant la justice

Je ne sais pas si Patrick Bruel est coupable des faits qui lui sont reprochés. Ceux qui réclament aujourd’hui son exclusion professionnelle ne le savent pas davantage.

C’est précisément le sujet.

Patrick Bruel est mis en examen pour des accusations de viol, de tentative de viol, d’agression sexuelle et de harcèlement sexuel. Il conteste les faits. La justice instruit le dossier. Pourtant, avant même qu’un tribunal ait entendu contradictoirement les différentes parties, une autre juridiction s’est déjà constituée : celle des médias, des réseaux sociaux, des pétitions et des mouvements d’opinion.

Cette juridiction ne dispose pas du dossier. Elle ne vérifie pas les témoignages, ne procède pas aux confrontations et ne recherche pas les contradictions. Elle reçoit des fragments d’information, les partage, les commente et finit par fabriquer une certitude collective.

Nous ne sommes plus seulement devant une affaire judiciaire. Nous assistons à un phénomène de foule organisé par la technologie.

La distance entre le consentement légal et la vie réelle

La loi doit nécessairement définir le consentement. Elle ne peut pas laisser sans protection une personne à laquelle un acte sexuel aurait été imposé. Mais la définition juridique constitue une construction intellectuelle beaucoup plus nette que la réalité des rapports humains.

Le consentement prévu par la loi doit être libre, éclairé, spécifique, préalable et révocable. Cette définition établit un principe nécessaire. Elle ne décrit cependant pas la manière dont se nouent ordinairement toutes les relations sexuelles.

Une relation humaine n’est pas un contrat administratif signé avant chaque geste. Elle se construit avec des paroles, des regards, des rapprochements, des hésitations, des silences et des conventions partagées. Elle comporte parfois des malentendus, des attentes non exprimées, des concessions, des mensonges adressés à l’autre et des mensonges que l’on se fait à soi-même.

À l’exception d’une attirance immédiatement et manifestement réciproque, le désir ne se présente pas toujours simultanément ni avec la même intensité chez les deux personnes. L’un prend généralement l’initiative et cherche à convaincre l’autre. Toute la difficulté consiste alors à distinguer la séduction acceptée, l’insistance maladroite, la pression morale, le harcèlement et la contrainte.

Ces situations ne sont pas identiques. Mais leurs frontières vécues ne possèdent pas toujours la netteté que le droit doit leur donner après les faits.

Cela ne signifie pas que le consentement n’a aucune réalité. Cela signifie que sa réalité se découvre dans un ensemble de circonstances et non dans une formule prononcée devant témoin. Le danger commence lorsque la société oublie cette complexité et applique rétroactivement une définition idéale à des relations faites d’implicites.

Ce qui est contestable n’est pas la faculté humaine d’accepter ou de refuser une relation. Celle-ci existe évidemment. Ce qui n’existe guère dans la réalité, c’est le consentement idéal, parfaitement libre, éclairé, continu et dépourvu de toute ambiguïté que certains discours érigent en réalité ordinaire. Il s’agit d’une construction normative nécessaire au droit pour trancher, mais non d’une description fidèle de la vie humaine. Présentée comme une évidence observable après coup, cette conception absolutiste peut transformer toute hésitation, tout malentendu ou tout regret ultérieur en soupçon d’infraction. La justice doit donc rechercher une contrainte démontrable dans les circonstances, et non fabriquer rétrospectivement une certitude que les personnes elles-mêmes ne possédaient pas nécessairement au moment de leur relation, sans cette obligation de la justice la définition du consentement devient une fabrique de criminels, comme par la loi nous avons fabriqué des criminels de la route, des criminels pédophiles, comme une société qui par la loi parviendrait à se purifier des maux quelle crée. Il n'y a rien de plus fascisant que la recherche d'une purification culturelles pour solutionner des difficultés humaine du à la sédentarisation, à sa concentration pour produire de quoi survivre et à son ignorance séculaire de croire qu'elle à le libre arbitre et détient des responsabilités. Là où elle n'a qu'à assumer les choix que lui ont imposé son environement.

Le mensonge social rend aussi la vie possible

Toute société repose en partie sur ce que j’appelle le mensonge social.

Nous ne disons pas constamment tout ce que nous pensons. Nous dissimulons certaines colères, contenons certains désirs, acceptons des compromis et respectons des conventions qui nous permettent de vivre ensemble sans nous affronter continuellement.

Ce mensonge social n’est pas seulement une tromperie. Il est aussi une protection. Il contient la violence, préserve les relations et rend supportable une existence collective composée d’intérêts et de désirs contradictoires.

La sexualité ne peut pas échapper à ce fonctionnement. Elle comporte ses conventions, ses demi-mots, ses apparences et ses arrangements. Cela ne justifie aucune violence, mais cela explique pourquoi la justice doit se garder de reconstruire artificiellement une certitude parfaite à partir d’une relation ancienne et ambiguë.

Le droit doit trancher : un acte est juridiquement consenti ou il ne l’est pas. La vie, elle, présente parfois des situations dans lesquelles une personne hésite, cède, se tait, se protège ou accepte ce qu’elle n’aurait pas spontanément recherché.

C’est dans cette distance entre la complexité de la vie et la nécessité du jugement que peut naître l’erreur judiciaire.

La peur n’est pas une invention

Tous les êtres humains ne sont pas courageux. Aucun discours moral ne supprimera cette réalité.

Si nous étions toujours courageux, la fuite, l’évitement, la soumission et la dissimulation ne feraient pas partie de nos moyens de protection. Nous nous affronterions probablement à longueur de journée.

Mon expérience militante m’a appris que les hommes ne sont ni continuellement courageux ni spontanément raisonnables. Placés devant le risque de perdre un emploi, un revenu, une position ou l’appartenance à un groupe, beaucoup se taisent, reculent ou acceptent un compromis qu’ils désapprouvent.

Cela vaut également dans une relation sexuelle. Une personne peut ne pas souhaiter pleinement une relation et pourtant ne pas parvenir à s’y opposer. Elle peut redouter les conséquences d’un refus, se sentir impressionnée par la notoriété de l’autre ou choisir de subir momentanément une situation plutôt que d’affronter un danger qu’elle imagine plus grand.

Reconnaître ce choix contraint ne revient ni à condamner celui qui l’a fait ni à déclarer automatiquement innocent celui qui a exercé la pression. Cela signifie seulement que les conduites humaines ne se divisent pas naturellement entre un oui enthousiaste et un non héroïquement défendu.

La justice doit rechercher la nature de la pression, la conscience qu’en avait l’autre personne et les circonstances concrètes de la relation. Elle ne peut se contenter de l’émotion produite par un récit public.

Le poids particulier du mot « viol »

Dans la représentation ordinaire, le mot « viol » évoque encore souvent une pénétration imposée brutalement par un homme à une femme qui se défend.

La définition juridique est plus étendue. Elle comprend différentes formes de pénétration sexuelle et certains actes bucco-génitaux ou bucco-anaux non consentis. La qualification ne dépend donc plus de l’image traditionnelle que la majorité des citoyens associe spontanément à ce mot.

Cette différence entre la définition populaire et la définition juridique produit un choc. Le public entend le mot avec toute sa puissance émotionnelle, mais ignore souvent la diversité des situations auxquelles le droit peut l’appliquer.

Le mot suffit alors à entraîner l’indignation, la répulsion et la volonté de punir. Les distinctions entre accusation, plainte, mise en examen, renvoi devant un tribunal et condamnation disparaissent.

La justice n’a pas encore statué, mais la peine sociale commence.

La foule technologique

Je connais la force d’un phénomène de foule.

Lorsque j’affrontais seul des groupes hostiles au cours de mon activité syndicale, je devais identifier rapidement le meneur. Il fallait comprendre qui orientait le groupe, qui amplifiait sa colère et comment éviter que l’affrontement ne dégénère.

Avec les réseaux sociaux, le meneur devient presque impossible à identifier. Il est remplacé par un mécanisme composé d’algorithmes, de médias en quête d’audience, de militants, de commentateurs et de personnes qui ressentent le besoin de réagir à ce qu’on leur a transmis.

La foule n’est plus réunie dans une même salle. Elle agit à distance, sans visage et sans responsabilité personnelle. Chacun ne produit qu’un commentaire, un partage ou une signature. Mais l’addition de ces gestes peut détruire une réputation, interrompre une carrière et rendre toute défense inaudible.

Nous retrouvons ici la distinction entre trois mondes :

  • le monde vécu par les personnes directement concernées ;

  • le monde factuel que l’enquête judiciaire cherche à reconstituer ;

  • le monde transmis par les médias et les réseaux sociaux.

Le danger apparaît lorsque le monde transmis se substitue au monde factuel. Les citoyens, et peut-être parfois les jurés eux-mêmes, n’abordent plus le dossier avec leur seule capacité de jugement. Ils arrivent chargés d’images, de récits et de condamnations déjà diffusées pendant des mois.

La présomption d’innocence devenue abstraite

Nous répétons que toute personne est innocente jusqu’à ce que sa culpabilité ait été établie. Mais cette formule perd sa portée lorsque l’accusé perd déjà son travail, ses engagements et sa réputation avant d’avoir été jugé.

Patrick Bruel a annulé sa tournée sous la pression des protestations. Cette annulation n’est pas juridiquement une peine. Elle en possède néanmoins certains effets matériels et symboliques.

Peut-on empêcher une personne d’exercer son métier sur le fondement d’accusations qui n’ont pas encore été jugées ? Les organisateurs peuvent naturellement prendre leurs décisions, les spectateurs peuvent refuser d’assister à un spectacle et les militants peuvent manifester. Mais l’addition de ces libertés peut produire une sanction collective que personne n’a formellement prononcée et dont personne n’assume seul la responsabilité.

La question se présente différemment pour Bertrand Cantat, qui a été condamné et a exécuté sa peine. Elle se pose encore autrement pour Gérard Depardieu, condamné en première instance et ayant fait appel. Confondre ces situations empêche de réfléchir sérieusement au droit de travailler avant le jugement, pendant la procédure et après l’exécution d’une peine.

Une société doit savoir ce qu’elle veut : la réinsertion prévue par le droit ou l’exclusion perpétuelle imposée par l’opinion.

Renforcer le secret sans rétablir l’omerta

Il ne s’agit pas de restaurer le silence qui a longtemps protégé les puissants. Une personne doit pouvoir porter plainte, être entendue et bénéficier d’une protection.

Mais le dossier judiciaire ne devrait pas être instruit quotidiennement sur la place publique.

Le secret de l’enquête et de l’instruction devrait être réellement renforcé. Les fuites provenant des dossiers devraient être sanctionnées. Les communications du parquet devraient présenter uniquement des faits objectifs et le stade exact de la procédure. Les médias devraient être tenus de ne jamais présenter comme coupable une personne qui n’a pas été définitivement condamnée.

Faire perdre à une plaignante son droit d’agir parce qu’elle s’est exprimée publiquement serait néanmoins une solution trop dangereuse. Cela permettrait aux puissants d’obtenir l’impunité en invoquant une déclaration médiatique. La justice doit rester accessible, quelle que soit l’attitude publique des parties.

En revanche, parler publiquement ne devrait accorder aucun avantage judiciaire. Une campagne médiatique ne doit jamais remplacer une preuve et sa puissance ne doit jamais déterminer le verdict.

Il faut protéger simultanément le droit de parler et le droit de ne pas être condamné par cette parole seule.

Ce que révèle la guerre

La comparaison avec la guerre doit être conservée, mais comprise dans sa dimension anthropologique.

La civilisation repose sur la maîtrise des frustrations, la règle morale, la peur de la sanction et l’apprentissage de la coexistence. Lorsque la guerre détruit ces contraintes, certains humains libèrent des violences qu’ils contenaient dans la vie ordinaire.

Les violences sexuelles commises pendant les conflits ne proviennent d’ailleurs pas seulement d’un désir individuel libéré. Elles peuvent être organisées, tolérées ou employées comme instruments de domination et de destruction collective.

Il ne s’agit donc pas d’un simple retour à l’homme de Cro-Magnon, dont nous connaissons mal les comportements. L’être humain moderne débarrassé de ses contraintes peut devenir plus destructeur qu’un humain préhistorique, car il dispose de groupes organisés, d’idéologies, d’armes et de moyens techniques incomparablement plus puissants.

La guerre démontre ainsi que la morale individuelle ne suffit pas. Nos comportements dépendent aussi des institutions qui contiennent nos pulsions et empêchent la domination du plus fort.

C’est également la fonction de la justice.

Sortir de l’alternative entre omerta et lynchage

Il ne s’agit pas de défendre Patrick Bruel ni de condamner celles qui l’accusent. Il s’agit de refuser que la foule rende son verdict avant ceux qui ont accès au dossier.

Les mouvements féministes ont légitimement combattu une omerta ancienne. Mais aucune cause, aussi juste soit-elle, ne devrait s’attribuer le pouvoir de punir sans jugement. Lorsqu’une mobilisation exige l’exclusion professionnelle immédiate d’un accusé, elle ne se contente plus de demander justice : elle commence à prononcer elle-même la peine.

La curée qui accompagne certaines affaires rappelle alors, par son mécanisme, les anciennes accusations de sorcellerie : la répétition de l’accusation devient la démonstration de sa vérité, la défense devient suspecte et celui qui demande d’attendre le jugement est accusé de soutenir le coupable.

Nous avons pourtant créé la justice pour sortir de la vengeance et du rapport de force. Elle doit protéger le plus faible contre le puissant, mais aussi l’accusé contre la foule.

La présomption d’innocence n’est pas un cadeau fait aux coupables. Elle est une protection accordée à chacun d’entre nous contre la possibilité d’être un jour condamné par ce que les autres auront entendu dire.

Nous n’avons pas à choisir entre l’omerta et le lynchage.

Nous devons écouter sans condamner, enquêter sans exhiber et juger sans nous laisser gouverner par le monde transmis.

 

L’affaire Bruel et la curée numérique

Voir les détails de l’image associée. Couvertures, images et illustrations de La Curée de Émile Zola

La foule technologique

Je connais la force d’un phénomène de foule.

Lorsque j’affrontais seul des groupes hostiles au cours de mon activité syndicale, je devais identifier rapidement le meneur. Il fallait comprendre qui orientait le groupe, qui amplifiait sa colère et comment éviter que l’affrontement ne dégénère.

Avec les réseaux sociaux, le meneur devient presque impossible à identifier. Il est remplacé par un mécanisme composé d’algorithmes, de médias en quête d’audience, de militants, de commentateurs et de personnes qui ressentent le besoin de réagir à ce qu’on leur a transmis.

La foule n’est plus réunie dans une même salle. Elle agit à distance, sans visage et sans responsabilité personnelle. Chacun ne produit qu’un commentaire, un partage ou une signature. Mais l’addition de ces gestes peut détruire une réputation, interrompre une carrière et rendre toute défense inaudible.

Nous retrouvons ici la distinction entre trois mondes :

  • le monde vécu par les personnes directement concernées ;

  • le monde factuel que l’enquête judiciaire cherche à reconstituer ;

  • le monde transmis par les médias et les réseaux sociaux.

Le danger apparaît lorsque le monde transmis se substitue au monde factuel. Les citoyens, et peut-être parfois les jurés eux-mêmes, n’abordent plus le dossier avec leur seule capacité de jugement. Ils arrivent chargés d’images, de récits et de condamnations déjà diffusées pendant des mois.

La présomption d’innocence devenue abstraite

Nous répétons que toute personne est innocente jusqu’à ce que sa culpabilité ait été établie. Mais cette formule perd sa portée lorsque l’accusé perd déjà son travail, ses engagements et sa réputation avant d’avoir été jugé.

Patrick Bruel a annulé sa tournée sous la pression des protestations. Cette annulation n’est pas juridiquement une peine. Elle en possède néanmoins certains effets matériels et symboliques.

Peut-on empêcher une personne d’exercer son métier sur le fondement d’accusations qui n’ont pas encore été jugées ? Les organisateurs peuvent naturellement prendre leurs décisions, les spectateurs peuvent refuser d’assister à un spectacle et les militants peuvent manifester. Mais l’addition de ces libertés peut produire une sanction collective que personne n’a formellement prononcée et dont personne n’assume seul la responsabilité.

La question se présente différemment pour Bertrand Cantat, qui a été condamné et a exécuté sa peine. Elle se pose encore autrement pour Gérard Depardieu, condamné en première instance et ayant fait appel. Confondre ces situations empêche de réfléchir sérieusement au droit de travailler avant le jugement, pendant la procédure et après l’exécution d’une peine.

Une société doit savoir ce qu’elle veut : la réinsertion prévue par le droit ou l’exclusion perpétuelle imposée par l’opinion.

Renforcer le secret sans rétablir l’omerta

Il ne s’agit pas de restaurer le silence qui a longtemps protégé les puissants. Une personne doit pouvoir porter plainte, être entendue et bénéficier d’une protection.

Mais le dossier judiciaire ne devrait pas être instruit quotidiennement sur la place publique.

Le secret de l’enquête et de l’instruction devrait être réellement renforcé. Les fuites provenant des dossiers devraient être sanctionnées. Les communications du parquet devraient présenter uniquement des faits objectifs et le stade exact de la procédure. Les médias devraient être tenus de ne jamais présenter comme coupable une personne qui n’a pas été définitivement condamnée.

Faire perdre à une plaignante son droit d’agir parce qu’elle s’est exprimée publiquement serait néanmoins une solution trop dangereuse. Cela permettrait aux puissants d’obtenir l’impunité en invoquant une déclaration médiatique. La justice doit rester accessible, quelle que soit l’attitude publique des parties.

En revanche, parler publiquement ne devrait accorder aucun avantage judiciaire. Une campagne médiatique ne doit jamais remplacer une preuve et sa puissance ne doit jamais déterminer le verdict.

Il faut protéger simultanément le droit de parler et le droit de ne pas être condamné par cette parole seule.

Ce que révèle la guerre

La comparaison avec la guerre doit être conservée, mais comprise dans sa dimension anthropologique.

La civilisation repose sur la maîtrise des frustrations, la règle morale, la peur de la sanction et l’apprentissage de la coexistence. Lorsque la guerre détruit ces contraintes, certains humains libèrent des violences qu’ils contenaient dans la vie ordinaire.

Les violences sexuelles commises pendant les conflits ne proviennent d’ailleurs pas seulement d’un désir individuel libéré. Elles peuvent être organisées, tolérées ou employées comme instruments de domination et de destruction collective.

Il ne s’agit donc pas d’un simple retour à l’homme de Cro-Magnon, dont nous connaissons mal les comportements. L’être humain moderne débarrassé de ses contraintes peut devenir plus destructeur qu’un humain préhistorique, car il dispose de groupes organisés, d’idéologies, d’armes et de moyens techniques incomparablement plus puissants.

La guerre démontre ainsi que la morale individuelle ne suffit pas. Nos comportements dépendent aussi des institutions qui contiennent nos pulsions et empêchent la domination du plus fort.

C’est également la fonction de la justice.

Sortir de l’alternative entre omerta et lynchage

Il ne s’agit pas de défendre Patrick Bruel ni de condamner celles qui l’accusent. Il s’agit de refuser que la foule rende son verdict avant ceux qui ont accès au dossier.

Les mouvements féministes ont légitimement combattu une omerta ancienne. Mais aucune cause, aussi juste soit-elle, ne devrait s’attribuer le pouvoir de punir sans jugement. Lorsqu’une mobilisation exige l’exclusion professionnelle immédiate d’un accusé, elle ne se contente plus de demander justice : elle commence à prononcer elle-même la peine.

La curée qui accompagne certaines affaires rappelle alors, par son mécanisme, les anciennes accusations de sorcellerie : la répétition de l’accusation devient la démonstration de sa vérité, la défense devient suspecte et celui qui demande d’attendre le jugement est accusé de soutenir le coupable.

Nous avons pourtant créé la justice pour sortir de la vengeance et du rapport de force. Elle doit protéger le plus faible contre le puissant, mais aussi l’accusé contre la foule.

La présomption d’innocence n’est pas un cadeau fait aux coupables. Elle est une protection accordée à chacun d’entre nous contre la possibilité d’être un jour condamné par ce que les autres auront entendu dire.

Nous n’avons pas à choisir entre l’omerta et le lynchage.

Nous devons écouter sans condamner, enquêter sans exhiber et juger sans nous laisser gouverner par le monde transmis.

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Rédigé par ddacoudre

Publié dans #Politique

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Publié le 26 Août 2026

GUIDE CITOYEN

Les hommes politiques
ne vous mentent pas !

Ne votez plus sans filtre

Comprendre les programmes électoraux, identifier qui finance réellement les politiques publiques et reconnaître les limites de la comptabilité capitaliste.


 


 

Quand on ne sait pas, on se méfie ou l'on se fait duper. Nous pouvons, par exemple, croire que le capital finance la vie parce qu'il avance 100. Mais s'il avance 100 et récupère 300, il faut rechercher qui paie les 300. Nous commencerons alors à comprendre qui finance réellement la vie.

Ce guide ne désigne aucun parti salvateur. Il fournit un canevas de lecture. Il cherche à faire passer l'électeur du monde transmis par les slogans et les émotions au monde factuel des comptes, des circuits économiques et des conséquences programmatiques.

Partie I : sortir de la démocratie émotionnelle

Une société qui redécouvre chaque jour ce qu'elle produit

Notre société, devenue accro aux drames comme à une véritable addiction pathologique, ressasse quotidiennement les faits divers. Elle découvre chaque jour ce dont elle est capable avec l'étonnement de nouveau-nés, alors que nous nourrissons collectivement, par nos choix politiques et les lois qui en découlent, les situations sur lesquelles nous pleurnichons ensuite.

À chaque événement, les mêmes questions reviennent :

Mais que fait l'État ?

Mais que fait la justice ?

Mais que fait la police ?

L'État doit s'occuper de moi. La justice doit me venger. La police doit surveiller les autres, toujours considérés comme des criminels potentiels, sauf lorsqu'ils appartiennent à ma famille ou à mon entourage.

Cette attitude entretient une société de citoyens infantilisés, réclamant simultanément davantage de protection, davantage de services, davantage de surveillance et moins de prélèvements. Mais une démocratie ne peut pas fonctionner durablement avec des citoyens qui refusent de comprendre ce qu'ils demandent, ce que cela exige et comment cela se finance.

La démocratie est une conquête culturelle. Elle n'est pas un don biologique. Nous ne naissons pas avec une intelligence démocratique, une culture politique ou une connaissance spontanée des mécanismes économiques. Nous apprenons, ou nous n'apprenons pas. Lorsque nous n'apprenons pas, d'autres pensent, choisissent et parlent à notre place.

Le droit de voter ne donne pas automatiquement les moyens de comprendre

Le droit de vote des femmes a été reconnu par l'ordonnance du 21 avril 1944. Les Françaises ont voté pour la première fois aux élections municipales de 1945. En 1974, la majorité civile et électorale a été abaissée à 18 ans.[1]

Ces évolutions ont élargi le droit des citoyens à participer à leur destinée politique. Elles ne leur ont donné ni une compréhension automatique des institutions, ni une connaissance de la fiscalité, ni une lecture des circuits économiques.

Mettre un bulletin dans une urne est un droit fondamental. Savoir ce que ce bulletin engage est une responsabilité culturelle.

La Constitution de 1958 a organisé les rapports entre le gouvernement, le Parlement et le président dans un régime destiné notamment à réduire l'instabilité gouvernementale. L'article 49, alinéa 3, permet au Premier ministre d'engager la responsabilité du gouvernement sur un texte. Celui-ci est adopté sans vote si l'Assemblée nationale n'adopte pas une motion de censure. Ce ne sont donc pas directement les citoyens qui censurent le gouvernement, mais leurs représentants.[2]

On peut critiquer cette procédure ou demander sa suppression. Il faut d'abord comprendre ce qu'elle est. Une démocratie qui confond ses propres institutions finit par débattre davantage de représentations que de mécanismes.

Je suis favorable au pouvoir du peuple. Il a même le droit de se tromper et de choisir des gouvernements qui dégraderont sa situation. Mais encore faut-il qu'il puisse débattre clairement des conséquences de ses choix.

La démocratie ne garantit pas automatiquement ce qui serait juste, raisonnable ou favorable à l'intérêt général. Il ne suffit pas d'inscrire « Liberté, Égalité, Fraternité » au fronton des bâtiments publics pour que ces principes deviennent une réalité économique.

Le monde vécu, le monde factuel et le monde transmis

Pour comprendre nos choix politiques, il faut distinguer trois réalités.

  • Le monde vécu est ce que chacun rencontre directement : son travail, sa retraite, ses dépenses, son quartier, ses relations et ses inquiétudes.

  • Le monde factuel est celui que l'on peut établir à partir des comptes publics, des statistiques, des textes, des budgets, de la production et de l'emploi.

  • Le monde transmis est celui que nous recevons par les médias, les réseaux sociaux, les récits politiques et les commentaires.

Ces trois mondes ne se superposent pas. Un fait divers peut occuper les écrans pendant plusieurs jours sans représenter l'expérience quotidienne de la majorité des citoyens. Une impression de ruine peut coexister avec une augmentation des patrimoines ou des capacités productives. Un discours promettant de « faire payer les riches » peut éviter de dire où retournera l'argent redistribué. Un discours promettant de « réduire les charges » peut dissimuler une diminution des services, des protections ou des revenus.

L'électeur vote à partir d'un mélange de ce qu'il vit, de ce qu'il ressent et de ce qu'on lui raconte. C'est précisément pour cette raison qu'il a besoin d'un filtre.

Donner directement la parole à des citoyens privés d'informations, saturés d'émotions et soumis à des campagnes permanentes de peur peut produire des décisions autoritaires. Il ne s'agit pas de les priver de démocratie, mais de l'organiser afin que chacun puisse confronter ses idées, vérifier les faits et construire son opinion, plutôt que rechercher tous les cinq ans un sauveur ou un dictateur démocratiquement élu.

Les phrases de ma sœur

À chaque élection, ma sœur me dit :

Que l'on vote pour l'un ou pour l'autre, cela ne change rien.

Elle n'a pas complètement tort, mais elle ne sait pas nécessairement pourquoi.

Elle me dit aussi :

De toute manière, c'est nous qui payons.

Là encore, elle perçoit quelque chose de réel, sans toujours savoir comment cela circule.

D'autres affirment :

Ce sont les riches qui financent la vie.

Cette formule confond la détention de moyens financiers et la production des biens et services nécessaires à l'existence. Posséder des capitaux permet de décider de leur utilisation, d'acheter des équipements et d'avancer des salaires. Mais la détention d'argent ne produit, à elle seule, ni nourriture, ni logement, ni soin, ni transport.

L'argent n'est pas la vie. Il constitue un moyen de commander une production et de distribuer des droits sur cette production.

Celui qui verse un salaire apparaît comme celui qui nourrit. Mais cette perception n'explique ni d'où viennent les ressources qu'il distribue, ni comment elles sont reconstituées. Tant que le salarié croit que sa vie dépend exclusivement de la générosité de celui qui le rémunère, il peut défendre les règles mêmes dont il subit les conséquences. Il regarde la main qui lui donne sa nourriture sans examiner le circuit qui l'a produite.

Une famille, une entreprise et l'État ne poursuivent pas la même finalité

Les citoyens ont été habitués à raisonner sur leur famille et sur l'État avec les mots de l'entreprise. On parle de charges, de rentabilité, de compétitivité, d'investissement et d'équilibre comme si une famille, une administration et une entreprise poursuivaient le même objectif.

Une entreprise vend des biens ou des services, réalise un chiffre d'affaires, supporte des dépenses et cherche généralement à préserver son activité et sa rentabilité.

Un ménage reçoit des revenus et les utilise pour vivre. Il paie son logement, son alimentation, son énergie, ses transports et ses assurances. Ces consommations ne sont pas des coûts de production destinés à dégager un bénéfice commercial. Un ménage peut acheter un logement ou constituer un patrimoine, mais il ne devient pas pour autant une entreprise.

L'État et les administrations financent des services collectifs, des infrastructures, des transferts et des politiques publiques. Les comptes publics enregistrent des dépenses de fonctionnement et d'investissement, mais cela ne signifie pas que l'État devrait être jugé comme une société cherchant un profit. Un hôpital public n'existe pas pour distribuer des dividendes. Une école ne doit pas sa légitimité à sa rentabilité financière.

Il faut également distinguer le revenu disponible, le reste à vivre, l'épargne et le pouvoir d'achat. Le revenu disponible tient compte des revenus, de certaines prestations et des prélèvements directs. Après les dépenses contraintes, ce qui reste constitue le revenu arbitrable ou reste à vivre. La part non consommée devient l'épargne. Le pouvoir d'achat dépend à la fois du revenu et des prix.

Promettre une hausse de revenu sans examiner les prix ne montre qu'une moitié du problème. Promettre une baisse d'impôt sans examiner les services supprimés ne montre que l'autre moitié.

Partie II : les étiquettes changent, la matrice économique demeure

Une majorité salariale qui ne gouverne pas comme une majorité de classe

L'existence d'une majorité de salariés pourrait conduire à penser qu'ils devraient imposer des politiques correspondant à leurs intérêts économiques communs. Pourtant, ils ne se comportent pas électoralement comme une majorité de classe.

Notre économie est issue d'un rapport très ancien entre dominants et dominés. Cette disposition psychique, héritée de notre histoire animale et humaine, a été modulée par la culture sans disparaître. Elle s'est présentée sous des paradigmes sociaux, religieux, juridiques et économiques qui ont organisé, légitimé et parfois dissimulé cette permanence.

La loi du marché n'est pas une loi de la nature. Elle est une construction culturelle et historique. Elle peut être comprise, dans la lecture défendue ici, comme une transformation juridiquement organisée de l'ancienne économie de pillage. Ce qui était obtenu directement par la force a été encadré par le droit religieux, les philosophies puis le droit positif. L'appropriation a pris des formes successives : conquête, esclavage, servage, propriété, héritage et salariat. La violence visible a reculé, mais le rapport de dépendance n'a pas nécessairement disparu.

Le christianisme a contribué à moraliser certaines relations entre le maître, le serviteur et l'esclave sans abolir la hiérarchie "CAPITALISTE"qui les organisait. Le droit a ensuite imposé d'autres règles et d'autres limites. Nous sommes passés du glaive aux capitaux : autrefois, le glaive et la richesse étaient souvent réunis sous un même pouvoir; aujourd'hui, les capitaux sont largement privés tandis que le pouvoir politique se veut collectif. Les élections arbitrent leurs interactions sans supprimer leur conflit.

Avec le salariat, la dépendance devient juridiquement libre et économiquement sophistiquée. Le salarié doit vendre son activité pour obtenir le revenu qui lui permettra d'acheter les biens et services nécessaires à son existence, y compris ceux qu'il a contribué à produire.

Les salariés restent divisés par leurs revenus, leurs métiers, leurs diplômes, leurs statuts, leurs origines et leurs aspirations. Le cadre, l'ouvrier, l'employé et le fonctionnaire ne se perçoivent pas spontanément comme participants d'une même circulation économique.

À cette fragmentation s'ajoute la dépendance immédiate au salaire. Le salarié voit la main qui le paie beaucoup plus facilement que la boucle par laquelle son travail produit, son salaire le rend solvable et sa consommation alimente le chiffre d'affaires qui reconstitue le capital qui reviendra le rémunérer.Ainsi il crée la richesse financière qui viendra le rémunérer, il se paie son salaire.

Une majorité numérique ne devient donc pas automatiquement une majorité politique consciente de ses intérêts de classe. La difficulté est culturelle, psychique et économique : les salariés sont majoritaires dans la production et dans le corps électoral, mais ils continuent souvent de penser l'économie avec les catégories élaborées par ceux qui détiennent le capital.

Les salariés ne forment d'ailleurs pas un bloc homogène. Certains votent à gauche, d'autres à droite ou pour des partis nationalistes, et beaucoup s'abstiennent. L'idée selon laquelle les pauvres auraient toujours voté majoritairement à droite ne peut pas être érigée en vérité historique générale.

En revanche, l'abstention des catégories modestes est documentée. En 2022, parmi les 25 % d'inscrits les plus modestes, 24,9 % n'ont participé à aucun tour des élections présidentielle et législatives, contre 8,2 % parmi les 25 % les plus aisés. L'abstention systématique atteignait 23,6 % chez les ouvriers non qualifiés, contre 7,4 % chez les cadres.[3]

Ceux qui subissent le plus directement certaines difficultés économiques sont donc aussi, en moyenne, moins présents dans le processus électoral. Une majorité sociologique ne devient pas, de ce seul fait, une majorité politique.

Les brèves séquences de réformisme social

Dans l'histoire politique française, plusieurs séquences ont affiché une volonté de transformation sociale plus affirmée. Je retiens ici quatre épisodes :

Les hommes politiques ne vous mentent pas !

Le premier gouvernement de Léon Blum a commencé le 4 juin 1936 et sa démission est intervenue le 21 juin 1937. Cette durée ne représente pas toute l'histoire du Front populaire.[4]

La monarchie de Juillet, elle, a pris fin en février 1848. Le 30 janvier 1879 correspond à la démission de Mac Mahon et à l'élection de Jules Grévy, qui marque l'installation durable des républicains au sommet de la IIIe République.[5]

Il serait également faux de classer tous les autres gouvernements à droite au sens partisan. D'autres gouvernements de gauche, des coalitions, la Libération, des participations communistes et des gouvernements socialistes ultérieurs ont existé.

Le décompte d'environ six années mesure seulement les séquences de réformisme social offensif retenues ici, soit environ 4 % de la période ouverte en 1879. La conclusion utile est ailleurs : même pendant ces épisodes, les règles fondamentales de propriété, de production marchande et de valorisation du capital sont demeurées en place.

Si l'on parle des étiquettes de "gauche" et de "droite", le décompte peut être discuté. Si l'on parle de la permanence de la matrice capitaliste, elle traverse pratiquement toute la période, gouvernements socialistes compris.

Accuser le socialisme d'avoir ruiné la France tout en taisant cette permanence constitue donc une présentation trompeuse. Les politiques ont été plus ou moins redistributives, ont nationalisé ou privatisé, mais aucune n'a supprimé l'organisation monétaire et comptable dominante. Nous devons comprendre une chose simple qui est claire historiquement. Le Capitalisme n'est pas social, il ne peut pas exister un capitalisme anticapitaliste comme le souhaite 92% des citoyens qui veulent réformer le capitalisme. Le capitalisme n'a jamais accordé sans conflits les avantages sociaux dont bénéficient les citoyens. Je n'ai pas à juger le vote des salariés qui trouvent leurs intérêts dans cette association paradoxale qui dépend de l'expression de notre psychique dans un environnement sociologique donné, et non d'un choix intellectuel. Chacun de nous peut facilement observer la place qu’occupe la peur du Manque dans nos décisions.

La boucle invisible : de l'avance du capital à son retour

Le fonctionnement général peut être résumé ainsi : la formule la plus simple : Capital/salaire → travail/production → consommation/prix → chiffre d'affaire/retour au Capital. La formule étendu pour un même résultat est ci-dessous.

Capital avancé -> salaires et autres revenus distribués -> travail et production -> acheteurs solvables -> consommation -> prix et chiffre d'affaires -> dépenses de l'entreprise, rémunération de l'employeur, cotisations, impôts et marge -> salaires publics, retraites et prestations -> nouvelle consommation -> retour au chiffre d'affaires -> reconstitution et accroissement éventuel du capital.

Quand j'écris que les homes politique ne mentent pas l'exemple l eplus probant est celui de la "droite", c'est le capital qui finance, c'est vrai. Mais ils oublient d'aller au bout de la boucle et de dire les salaires retournent au capital pour s'autofinancer.

Le capital ne se dépense pas durablement sans retour, faute de se détruire. L'entreprise avance des fonds pour produire, puis cherche à les récupérer par la vente. Les acheteurs sont solvables parce qu'ils ont reçu un salaire, une pension, un revenu public, une rémunération indépendante ou un revenu patrimonial.

Dans la lecture développée ici, les salariés du privé occupent une place particulière. Ils participent à la production marchande, reçoivent les salaires avancés par les entreprises, acquittent des prélèvements directs et achètent des prix qui contiennent aussi des dépenses, des prélèvements et la rémunération éventuelle du capital.

Les impôts et cotisations alimentent ensuite les budgets publics et sociaux. Ils financent notamment les agents publics, les retraités et les bénéficiaires de prestations. Ces derniers deviennent à leur tour des acheteurs solvables. Lorsqu'ils consomment, la monnaie retourne dans le chiffre d'affaires des entreprises.

Les services publics et les retraites ne se trouvent donc pas à l'extérieur de la boucle. Ils en constituent des ramifications redistributives. Le capital avance, le travail produit, le revenu solvabilise, le prix récupère, les prélèvements redistribuent, la consommation fait revenir la monnaie et le capital se reconstitue.

La comptabilité présente les indépendants, les revenus patrimoniaux, les exportations et les emprunts comme des origines distinctes. Ils restent pourtant intégrés à une même histoire économique. L'indépendant ne reçoit un revenu que si des clients solvables achètent son activité. Le propriétaire ne perçoit un loyer que si son locataire dispose de ressources. L'actionnaire ne reçoit un dividende que si l'entreprise dispose de résultats distribuables. Le prêteur ne perçoit un intérêt que si l'emprunteur peut rembourser. L'exportateur dépend d'acheteurs solvables situés dans une autre économie.

Ces revenus sont des positions, des droits de tirage ou des redistributions à l'intérieur d'un circuit historiquement constitué; ils ne sont pas des sources originelles et autonomes de richesse. Karl Marx a analysé l'exploitation du travail et l'accumulation du capital. Le modèle Joule prolonge l'interrogation en intégrant l'énergie humaine, l'apport des machines et l'héritage productif accumulé par les générations.

Chiffre d'affaires, bénéfice et ventilation comptable

Quand un ménage dépense 100 euros dans une entreprise, ces 100 euros deviennent une recette, pas automatiquement un bénéfice. L'entreprise doit payer ses salariés, ses fournisseurs, ses locaux, ses taxes, ses emprunts et ses autres dépenses.

Une taxation des bénéfices ou du patrimoine ne se répercute pas non plus à l'identique dans tous les prix. Une entreprise peut être empêchée d'augmenter ses tarifs par la concurrence. Elle peut réduire sa marge, reporter un investissement, réorganiser ses achats ou chercher à transférer une partie du coût vers ses clients, ses fournisseurs ou ses salariés.

Nous sommes au cœur de la ventilation comptable, fer de lance du capitalisme : répartir les dépenses, les prélèvements et les recettes de manière à préserver autant que possible la rentabilité et la valorisation du capital. Cette technique traduit aussi une disposition psychique ancienne : rechercher le plus grand avantage au moindre coût et au moindre effort.

Toutes les entreprises ne réussissent pas à préserver leur marge. Dans le cadre de la concurrence certaines font des pertes ou disparaissent pour ne pas atteindre leur finalité. Reconnaître cette diversité évite simplement d'affirmer que chaque euro de chiffre d'affaires devient automatiquement un euro de profit en le comprenant au premier degré. Cela ne supprime pas la circulation générale qui oriente la production vers la reconstitution et, lorsque cela est possible, l'accroissement du capital.

Ce que l'on achète réellement dans un prix

Lorsque ma sœur dit que tout est cher, elle observe une conséquence visible. Derrière le prix se trouvent le travail humain, les matières premières, l'énergie, les transports, les équipements, les locaux, les assurances, les intérêts, les impôts, les cotisations, les marges et les revenus distribués aux détenteurs du capital.

Dans mon essai, j'utilise une reconstitution distinguant environ 14 % de composantes directement productives et 86 % d'autres éléments liés au financement de l'organisation économique et sociale. Cette proportion n'est pas une statistique officielle applicable à chaque produit. Elle repose sur les hypothèses du modèle et sert à poser une question : quelle part du prix correspond à la production immédiate, et quelle part finance l'ensemble du circuit dans lequel cette production est organisée ? c'est à dire quelle part paie la production, quelle part paie la vie;14%/86%

LFI : une étiquette administrative ne définit pas un modèle économique

Pour les élections municipales de 2026, le ministère de l'Intérieur a classé La France insoumise dans le bloc administratif « extrême gauche ». Le Conseil d'État a rejeté le recours contre ce classement, tout en précisant qu'il ne jugeait pas le contenu du programme politique. Il examinait seulement la légalité d'une classification destinée à présenter les résultats électoraux.[6]

En 2024, une autre décision mentionnait LFI parmi les formations classées à gauche.[7] Un mouvement ne change pas de système économique parce qu'une administration le déplace d'une case à une autre.

Une politique qui augmente les impôts sur les hauts patrimoines, renforce les services publics et redistribue davantage peut être radicale dans ses ambitions sociales. Cela ne suffit pas à démontrer qu'elle supprime la propriété privée des entreprises, le salaire, le profit ou le circuit du capital.

La question pertinente est donc : que modifie réellement le programme dans la propriété, la production, la distribution des revenus et le financement de la vie collective ?

Maintient d'une confusion.

Nous devons reconnaître que le débat politique entretient une grande confusion. Les mots « gauche » et « droite » sont employés comme des étiquettes, sans expliquer clairement les choix économiques qu’ils représentent.

À l’origine, être de "gauche" signifie s’opposer au pouvoir économique du capital lorsque son objectif principal est d’enrichir une minorité grâce au travail de la majorité des salariés, est ce l'est toujours.

Cette opposition peut prendre deux formes. Elle peut être révolutionnaire, comme l’était le communisme, ou réformiste, comme l’ancien Parti socialiste lorsqu’il se disait encore socialiste et, aujourd’hui, La France insoumise.

Dans sa forme réformiste, la "gauche" ne cherche pas nécessairement à supprimer la liberté d’entreprendre. Elle veut surtout rendre aux salariés une plus grande part de la richesse qu’ils produisent, les soustraire au pouvoir du capital.

Cela ne signifie pas que nous pouvons nous passer de capitaux. Il faut de l’argent pour construire une usine, un hôpital, une voie ferrée, acheter des machines ou financer de grands projets qu’une personne ne pourrait jamais réaliser seule.

Mais le capital devrait redevenir un outil au service de la société, et non rester le pouvoir qui décide qui aura un emploi, un salaire et les moyens de vivre.

Les salariés devraient donc participer collectivement à la constitution de ce capital. Ils pourraient le faire directement ou par l’intermédiaire de décisions politiques et d’une planification démocratique. Cette organisation est indispensable pour répondre aux besoins collectifs — la santé, l’éducation, les transports, l’énergie ou la protection de l’environnement — qui ne correspondent pas toujours aux intérêts financiers des propriétaires privés.

Les pouvoirs publics disposent également d’une vision générale du pays et du monde que la plupart des citoyens ne peuvent pas avoir dans leur vie quotidienne. Ils connaissent les budgets, les besoins des territoires, l’évolution de la population, les échanges économiques et les risques à venir. Ces informations devraient être clairement mises à la disposition des citoyens, car leur absence empêche de faire des choix politiques réellement éclairés. Nous pouvons en déduire du risque qu'il y aurait à élire des dirigeants au tirage au sort. Ce n'est pas pour le fun qu'existe INSP, une école de service public.

À "droite" se trouvent ceux qui restent attachés au modèle néolibéral. Selon ce modèle, l’État ne doit pas intervenir dans les affaires économiques, sauf pour garantir la sécurité, la propriété et la liberté du commerce.

Mais cette prétendue liberté ne part pas d’une situation où tout le monde posséderait les mêmes moyens. L’économie s’est construite pendant des siècles à l’avantage des plus puissants. Ceux qui possèdent les terres, les entreprises, les machines et les capitaux disposent déjà d’un pouvoir que les autres n’ont pas.

La loi du marché prolonge ce rapport de force. Les salariés travaillent avec les moyens de production qui appartiennent à d’autres. Ils produisent des biens et des services qui enrichissent les propriétaires de ces moyens de production.

Pour augmenter leurs ventes, les entreprises répondent aux besoins humains, mais elles cherchent aussi à en créer de nouveaux par la publicité, le crédit, la mode et le renouvellement permanent des produits.

La boucle est alors facile à comprendre : les salariés produisent les marchandises et les services ; les entreprises leur versent un salaire ; les salariés utilisent ce salaire pour acheter ce qui a été produit ; l’argent revient dans le chiffre d’affaires des entreprises ; une partie permet de verser de nouveaux salaires et une autre augmente le capital de leurs propriétaires.

Ainsi, les salariés contribuent par leur travail à former les capitaux qui serviront ensuite à financer leurs prochains salaires. Ils participent donc eux-mêmes à la puissance économique dont ils restent dépendants.

La vie collective ne se résume pas aux règles économiques. Certes, toutes les sociétés ont dû s’organiser pour produire ce qui était nécessaire à leur survie et lutter contre la rareté. Mais les citoyens ne choisissent pas seulement en fonction de leur salaire, de leurs impôts ou de leur niveau de vie.

Dans le circuit économique, le capital sert à verser les salaires nécessaires à la production. Les salariés utilisent ensuite leur salaire pour consommer, et cet argent revient dans le chiffre d’affaires des entreprises, permettant ainsi de reconstituer et d’accroître le capital.

Mais, entre le versement du salaire et son retour vers les entreprises, l’argent circule de nombreuses manières. Il sert à payer les logements, la nourriture, les transports, les loisirs, les impôts et les cotisations. Il finance aussi les services publics, les retraites, les prestations sociales et les revenus de ceux qui produisent les biens et les services achetés.

Or chacun ne voit qu’une partie de ce circuit.

Le salarié voit son salaire et les prélèvements effectués sur celui-ci. L’employeur voit ses coûts et ses recettes. Le retraité voit sa pension. Le fonctionnaire voit le budget de son administration. Le consommateur voit surtout les prix qu’il doit payer. Peu de citoyens disposent d’une vision complète de la circulation de l’argent.

Cette vision partielle se mélange à leur conception de la vie, à leur éducation, à leur religion, à leur morale, à leur métier et à leur position sociale. Un ouvrier, un cadre, un commerçant, un agriculteur, un fonctionnaire ou un retraité ne vivent pas les mêmes situations et ne regardent donc pas toujours la société de la même manière.

C’est de cette diversité que naissent les nombreux partis politiques. Certains accordent la priorité au pouvoir d’achat et aux services publics. D’autres défendent avant tout la propriété, la liberté d’entreprendre ou la réduction des impôts. D’autres encore placent au premier plan l’écologie, la sécurité, l’immigration, la religion, la famille ou l’identité nationale.

Certaines différences entre les partis ne concernent que la manière de gérer le même système économique. D’autres sont beaucoup plus profondes. Les questions culturelles et identitaires peuvent même l’emporter sur les intérêts matériels communs.

Ainsi, un salarié peut voter pour une politique économique favorable aux détenteurs du capital parce qu’il accorde davantage d’importance à la sécurité, à l’immigration, à la religion ou à l’autorité. La peur de l’étranger, le racisme, l’antisémitisme ou la recherche de boucs émissaires peuvent diviser des citoyens qui partagent pourtant la même dépendance économique. Poussés suffisamment loin, ces mécanismes peuvent favoriser le nationalisme autoritaire et le fascisme.

C’est pourquoi la majorité des salariés ne forme pas automatiquement une majorité politique consciente de ses intérêts communs. Les citoyens se regroupent dans différents partis selon la représentation de la réalité qui leur a été transmise par leur famille, leur milieu social, leur religion, l’école, les médias et leur propre expérience.

Les divisions culturelles occupent alors le devant de la scène, tandis que la question économique fondamentale est laissée de côté, comme si elle était trop compliquée pour être comprise.

Pourtant, la question de fond est assez simple :

Qui possède les moyens de production ? Qui travaille ? Qui décide ? Qui supporte les coûts ? Et qui conserve la richesse produite ?

Au-delà de la diversité des partis et de leurs programmes, le choix essentiel reste celui du rapport entre dominants et dominés : entre ceux qui possèdent le capital et ceux qui dépendent d’un salaire pour vivre ; entre une économie organisée pour accumuler du capital et une économie destinée à satisfaire les besoins humains.

On peut appeler cette opposition patronat contre salariat, capitalisme contre socialisme, exploitation contre humanisme. Les mots peuvent changer et les solutions sont nécessairement complexes. Mais la question politique fondamentale demeure : l’économie doit-elle servir principalement ceux qui possèdent, ou l’ensemble de ceux qui produisent et font vivre la société ?

Conclusion — Le classement des partis : un repère ou une arme politique ?

Classer les partis politiques n’est jamais totalement innocent. Les mots « gauche », « droite », « centre », « extrême gauche » ou « extrême droite » donnent l’impression de décrire une réalité objective. Pourtant, leur sens dépend du critère que l’on choisit et de l’endroit où l’on place le centre.

Un classement peut d’abord correspondre à une réalité. Il permet de distinguer les partis selon leur histoire, leur électorat, leurs valeurs et leurs propositions. Certains défendent davantage les propriétaires du capital et la liberté du marché. D’autres veulent mieux répartir les richesses, renforcer les services publics ou protéger les salariés. D’autres encore souhaitent sortir du capitalisme.

Mais le classement devient une fadaise lorsqu’il remplace l’étude des programmes. Dire qu’un parti est « de gauche » ou « d’extrême gauche » ne nous apprend pas qui financera ses promesses, ce qu’il changera réellement et s’il remettra en cause la propriété du capital ou se contentera d’en redistribuer une partie des revenus.

Il devient même un moyen d’élimination politique lorsque le mot « extrême » sert à rendre un parti inquiétant avant que ses propositions soient examinées.

Un parti peut vouloir transformer profondément l’économie tout en respectant le vote, les libertés publiques et la démocratie. À l’inverse, un parti présenté comme modéré peut adopter des mesures autoritaires. Il faut donc distinguer deux choses : l’importance du changement économique proposé et les moyens employés pour le réaliser.

Vouloir libérer les êtres humains de leur dépendance au salaire est évidemment une idée radicale par rapport au système actuel. Elle remet en cause le pouvoir de ceux qui possèdent les moyens de production et décident, par l’emploi et le salaire, qui disposera des ressources nécessaires pour vivre.

Il n’est donc pas surprenant que les défenseurs du capitalisme qualifient cette volonté d’« extrême ». Pour eux, l’abolition du capitalisme représente une rupture majeure. Mais le mot produit aussi un effet politique : il transforme la recherche d’une indépendance économique en menace contre la société.

On ne demande plus alors si cette proposition serait juste, réalisable et démocratique. On laisse entendre qu’elle serait dangereuse par sa seule position dans le classement.

L’histoire américaine en offre une illustration. En 1954, les États-Unis ont adopté une loi destinée à priver le Parti communiste de ses droits et de son existence légale. Même si ce parti existe encore aujourd’hui, cet épisode montre jusqu’où un pouvoir peut aller lorsqu’il ne combat plus seulement des actes illégaux, mais une pensée économique qui menace l’ordre établi.

En France, la méthode est moins directe. Elle passe davantage par les mots, les rapprochements et les exclusions symboliques. Un parti classé à « l’extrême gauche » peut être présenté comme étant situé en dehors du raisonnable, voire en dehors du champ républicain. Le classement prépare alors sa disqualification sans qu’il soit nécessaire d’interdire son existence.

La confusion devient encore plus grande lorsque la social-démocratie est présentée comme l’ensemble de la gauche.

La social-démocratie contemporaine ne cherche généralement plus à sortir du capitalisme. Elle accepte l’entreprise privée, le salariat, la propriété des moyens de production et l’accumulation du capital. Elle tente surtout de corriger les conséquences les plus injustes de ce système par les impôts, les prestations sociales, les services publics et la réglementation.

On peut la classer à gauche si la gauche désigne seulement une meilleure redistribution, davantage de protection sociale et une plus grande égalité des droits. Mais si l’on reprend le sens historique du socialisme — rendre aux producteurs la maîtrise de la richesse qu’ils créent et les libérer de leur dépendance envers les propriétaires du capital — alors la social-démocratie ne représente plus une sortie du capitalisme. Elle en constitue une forme de gestion sociale.

Présenter cette gestion du capitalisme comme l’aboutissement du socialisme entretient donc une confusion fondamentale. Cela revient à faire croire que mieux répartir les revenus produits par le système équivaut à changer les règles qui permettent leur appropriation.

Il ne faut pas pour autant nier les progrès obtenus. Les congés payés, la réduction du temps de travail, la retraite, la Sécurité sociale, les droits syndicaux et la protection contre les licenciements ont réellement amélioré la vie des populations.

Mais ces progrès ne sont pas nés spontanément de la générosité du capitalisme. Ils ont été obtenus par les conflits sociaux, les grèves, les syndicats, les partis ouvriers et toutes les forces socialisantes qui ont obligé les détenteurs du capital à faire des concessions.

Le capitalisme a ensuite intégré ces conquêtes à son propre fonctionnement. Les congés payés ont développé le tourisme et les loisirs. Les retraites ont créé une nouvelle catégorie de consommateurs. La protection sociale a financé des secteurs économiques entiers. La réduction du temps de travail a favorisé de nouveaux marchés. Même les conquêtes obtenues contre lui ont ainsi pu être transformées en nouvelles offres, en nouvelles consommations et en nouveaux profits.

Cela ne retire rien à leur valeur humaine. Cela montre seulement la capacité du capitalisme à absorber les progrès sociaux, puis à les retourner au service de son propre développement.

Le classement politique peut donc être plusieurs choses à la fois :

  • une réalité historique lorsqu’il décrit clairement les valeurs et les objectifs d’un parti ;

  • une simplification commode lorsqu’il permet aux citoyens de se repérer ;

  • une fadaise lorsqu’il remplace l’analyse économique ;

  • une ineptie lorsqu’il confond la gestion sociale du capitalisme avec son dépassement ;

  • une opération opportuniste lorsqu’il sert à rendre un adversaire infréquentable ;

  • un instrument d’élimination lorsqu’il dispense de discuter sérieusement de ses propositions ;

  • enfin, un moyen d’entretenir la confusion lorsque tous les partis qui veulent seulement répartir différemment les revenus sont présentés comme socialistes.

Avant de classer un parti, il faudrait donc lui poser des questions simples :

Veut-il seulement mieux répartir les revenus du capitalisme ou modifier la propriété et le pouvoir du capital ?

Veut-il rendre le salariat plus supportable ou libérer progressivement les humains de leur dépendance au salaire ?

Veut-il administrer autrement la boucle économique existante ou en construire une nouvelle ?

Et veut-il réaliser cette transformation par la démocratie ou par la contrainte ?

Voilà le véritable classement dont les citoyens auraient besoin.

La frontière politique essentielle ne passe pas seulement entre la gauche, le centre et la droite. Elle passe entre ceux qui veulent conserver la dépendance économique en la rendant plus ou moins supportable, et ceux qui veulent donner à chacun les moyens de vivre, d’apprendre, de produire et de participer à la formation du capital collectif sans dépendre d’un propriétaire pour obtenir un salaire.

Un parti ne devrait donc pas être jugé d’après l’endroit où ses adversaires le placent, mais d’après ce qu’il veut changer, les intérêts qu’il défend et les moyens démocratiques qu’il propose pour y parvenir.


 


 

Partie III : les machines, l'intelligence artificielle et la richesse invisible

La technologie libère du travail, mais le salaire reste la condition pour vivre

Les machines transportent, assemblent, calculent, creusent, récoltent et produisent avec une puissance que l'être humain ne pourrait pas fournir seul. L'intelligence artificielle prolonge cette évolution en automatisant certaines tâches administratives, intellectuelles et organisationnelles.

Une augmentation de productivité devrait permettre de réduire les tâches pénibles, de libérer du temps et d'améliorer les conditions d'existence. Dans le système actuel, elle peut pourtant devenir une menace, parce que la plupart des citoyens ont besoin d'un salaire pour accéder aux biens et services nécessaires à leur vie.

Lorsque la machine remplace une activité humaine, elle maintient ou augmente la capacité productive tout en pouvant supprimer le revenu qui rendait une personne solvable. Nous nous réjouissons alors que les machines travaillent pour nous, puis nous nous inquiétons de ne plus pouvoir vivre parce qu'elles travaillent à notre place.

Le programme IA des Républicains comme exemple

Le programme des Républicains consacré à l'intelligence artificielle annonce l'équivalent de 250 000 postes publics transformés : 125 000 agents seraient redéployés et 125 000 départs à la retraite ne seraient pas remplacés.

Le parti estime à 7,5 milliards d'euros par an, à terme, l'économie de masse salariale associée aux départs non remplacés. Il ajoute environ 4 milliards sur les achats publics et 3 à 4 milliards grâce à la lutte contre la fraude, soit environ 15 milliards par an à l'horizon 2031-2032. Le document prévoit parallèlement 11,6 milliards d'investissements nouveaux sur cinq ans.[8]

Un départ à la retraite non remplacé ne fait pas disparaître la personne : elle continue de vivre et de percevoir une pension. Mais l'emploi qui aurait pu accueillir un nouvel actif n'est pas créé, et les cotisations correspondantes ne sont pas versées de la même manière. Une économie de masse salariale ne décrit donc pas, à elle seule, toutes les conséquences économiques et sociales.

La question centrale devient : pourquoi une part importante de la protection collective reste-t-elle financée à partir du travail humain rémunéré alors qu'une part croissante de la production provient des machines, des logiciels et des robots ?

La taxation des machines : un témoignage personnel de 1971

La revendication d'une taxation des machines n'est pas, pour moi, une reconstruction théorique récente. En 1971, je l'ai personnellement soutenue devant la chambre patronale des carrières et matériaux, alors que je remplaçais le responsable de cette branche, Robert Génovoy, appelé ailleurs.

Je rapporte ici un fait vécu. L'absence actuelle d'une archive facilement identifiable ne le transforme pas en invention. Je n'attribue pas cette intervention à un tiers sur la foi d'une source incertaine; j'atteste avoir moi-même défendu cette revendication en 1971.

L'idée consistait déjà à ne plus faire reposer exclusivement le financement social sur le travail humain. Lorsqu'une machine remplace un salarié tout en maintenant ou en augmentant la production, elle réduit une assiette de cotisations sans supprimer la capacité productive. Il devient logique de demander que cette capacité contribue au financement collectif. La robotisation et l'intelligence artificielle rendent cette revendication plus actuelle encore.

Les 700 millions : une population théorique, pas des emplois supprimés

Le modèle Joule utilise une hypothèse simplifiée : environ 30 millions d'actifs et un rapport de productivité de 1 à 10 entre le travail humain isolé et le travail humain appuyé par la technologie. Les 30 millions constituent la convention de l'essai, non la statistique actuelle exacte. L'Insee estime la population active à 31,8 millions de personnes en moyenne en 2025.[9]

En conservant la convention initiale :

30 millions x 10 = 300 millions d'équivalents-travailleurs.

300 millions - 30 millions = 270 millions d'équivalents-travailleurs attribués aux machines.

Le chiffre de 270 millions ne représente donc pas des emplois ayant réellement existé puis disparu. Il mesure une capacité productive théorique dans les hypothèses du modèle.

La France comptait environ 69,1 millions d'habitants au 1er janvier 2026.[10] Si l'on applique le même facteur dix à la population totale, on obtient 691 millions d'habitants théoriques. L'ordre de grandeur de 680 à 700 millions concerne donc une population hypothétique, pas 700 millions d'emplois supprimés.

Les hommes politiques ne vous mentent pas !

Ces résultats dépendent du facteur de productivité retenu. Ils ne constituent pas une reconstitution démographique réelle; ils rendent visible l'ordre de grandeur de la contribution technique.

Comment obtient-on 25 189,38 milliards d'euros ?

Le modèle attribue à chaque équivalent-travailleur une dépense énergétique annuelle de 2 628 000 kilocalories.

270 000 000 x 2 628 000 = 709 560 000 000 000 kilocalories.

Comme 1 kilocalorie équivaut à 4 184 joules :

709 560 000 000 000 x 4 184 = 2 968 799 040 000 000 000 joules.

Le modèle applique ensuite une convention de valorisation de 0,0355 euro par kilocalorie :

709 560 000 000 000 x 0,0355 = 25 189 380 000 000 euros.

Soit :

25 189,38 milliards d'euros.

Cette somme ne représente ni une caisse disponible, ni le PIB français, ni un chiffre d'affaires enregistré. Elle constitue une valorisation théorique de l'apport productif des machines selon les conventions énergétiques et monétaires du modèle Joule.

À titre d'illustration arithmétique :

Les hommes politiques ne vous mentent pas !

Ces montants ne sont pas des promesses de recettes. Une contribution réelle exigerait une définition juridique, une méthode d'évaluation et un mécanisme de recouvrement.

La machine est un héritage collectif

La machine résulte de générations de découvertes, d'inventions, de travaux scientifiques et d'apprentissages. Elle dépend de matériaux, d'infrastructures, de réseaux et de compétences collectives. L'intelligence artificielle repose elle-même sur des connaissances, des données, des centres de calcul, de l'énergie et du travail humain.

La société bénéficie de la technologie lorsqu'elle réduit la pénibilité, améliore les soins ou augmente la production. Mais la propriété juridique des équipements, des logiciels et des entreprises détermine largement qui reçoit les revenus monétaires associés à leur utilisation.

Le problème n'est pas la machine. Il est l'écart entre son héritage collectif et l'appropriation privée d'une partie de son rendement.

Cette question devient décisive face au changement climatique. Les besoins sont immenses : adaptation des logements, protection de l'eau, transformation des transports, entretien des territoires et accompagnement des personnes. Le chômage ne signifie pas qu'il n'y a rien à faire. Il peut signifier que les besoins ne deviennent pas des activités solvables lorsqu'aucun profit suffisant n'est attendu.

Partie IV : lire les programmes sans se laisser hypnotiser par les slogans

La situation publique de départ

En 2025, les comptes publics français se présentaient ainsi :

Les hommes politiques ne vous mentent pas !

Les chiffres sont consolidés : les transferts entre administrations ne doivent pas être additionnés plusieurs fois.[11]

1 714,2 - 1 561,7 = 152,5 milliards d'euros de déficit.

Le déficit annuel n'est pas exactement identique à la variation de la dette, car d'autres opérations financières interviennent. Mais un déficit persistant contribue généralement à l'endettement.

Deux précautions avant toute comparaison

Un programme peut parler du budget de l'État, de la Sécurité sociale, des collectivités, de l'ensemble des administrations ou d'une mesure isolée. Ces périmètres ne sont pas interchangeables. Comparer un chiffre de 1 462,3 milliards à 1 714,2 milliards de dépenses publiques n'a de sens que si l'année, les administrations concernées et les conventions comptables sont identiques.

Les documents comparés ci-dessous ne sont pas tous des programmes présidentiels définitifs. Ils portent sur des années différentes et utilisent leurs propres hypothèses. Pour fournir un repère pédagogique, leurs soldes annoncés sont appliqués au déficit public de 2025. Cette simulation est statique; elle ne constitue pas une prévision économique.

Tableau comparatif des propositions disponibles

Les hommes politiques ne vous mentent pas !

Sources des propositions : LFI,[12] Parti socialiste,[13] Écologistes,[14] Rassemblement national[15] et Les Républicains.[8]

Ce que finance chaque proposition

La France insoumise. Son contre-budget annonce 182,775 milliards de recettes et 161,181 milliards de dépenses nouvelles, soit une amélioration théorique de 21,594 milliards. Appliquée à la base 2025, elle laisserait 130,906 milliards de déficit. Le programme modifie fortement la répartition des prélèvements et finance des politiques sociales, sans faire disparaître pour autant le circuit marchand et les rapports de propriété.

Le Parti socialiste. Les 26,9 milliards de recettes nouvelles, ajoutés à 14 milliards d'économies puis diminués de 19,2 milliards de dépenses, améliorent le solde de 21,7 milliards. Le déficit simulé resterait de 130,8 milliards. Le projet arbitre entre fiscalité patrimoniale, économies et relance à l'intérieur du modèle existant.

Les Écologistes. Les 28,5 milliards de recettes n'entraînent qu'une réduction annoncée de 11,7 milliards du déficit. La différence finance d'autres priorités, notamment écologiques et sociales. Trouver une recette nouvelle et réduire le déficit du même montant sont donc deux affirmations distinctes.

Le Rassemblement national. Les recettes et économies annoncées, diminuées des baisses d'impôts et des nouvelles dépenses, amélioreraient le solde de 36 milliards et laisseraient 116,5 milliards de déficit sur la base commune. Il faut ensuite identifier qui perdra les services, aides ou financements supprimés. Une économie pour l'État peut devenir une dépense supplémentaire pour une famille, une commune, un hôpital ou une association.

Les Républicains. Le plan IA ne constitue pas un budget complet. Les 15 milliards de gains annuels sont annoncés à terme et nécessitent des investissements. Il faut examiner le calendrier, les emplois non créés, les cotisations associées, la qualité du service, les fournisseurs technologiques et la propriété des outils et des données.

Qui paie réellement ?

Les programmes disent souvent : les riches paieront, les entreprises paieront, l'État économisera ou les ménages paieront moins. Ces phrases ne décrivent que le premier mouvement.

Un impôt sur une entreprise peut réduire son bénéfice. Il peut aussi conduire à une hausse de prix, à un report d'investissement, à une pression sur les salaires ou à une diminution des dividendes. Une cotisation dite patronale est versée par l'employeur, mais elle entre dans son calcul de coût. Un salaire public est financé par les ressources collectives puis revient partiellement dans l'économie marchande lorsque l'agent consomme. Une retraite finance à son tour des achats, des loyers, des services et des prélèvements.

Dans la thèse défendue ici, il faut distinguer celui qui avance l'argent, celui qui paie juridiquement, celui qui supporte finalement le coût et celui qui conserve la propriété. Les salaires privés constituent un moteur majeur de la solvabilité marchande; les salaires publics, pensions et prestations prolongent cette solvabilité après redistribution. Tous reviennent en partie dans les prix et les chiffres d'affaires.

Supposons qu'un programme prélève 157 milliards sur des entreprises, des patrimoines ou des revenus financiers. Il faut demander si la somme est recouvrable, sur qui elle porte et comment elle sera utilisée. Si elle finance des salaires publics, des pensions, des prestations ou des commandes, elle circulera de nouveau. Cela ne signifie pas que les propriétaires récupéreront automatiquement 157 milliards de profits : une partie peut réduire les marges, les dividendes ou les patrimoines, être épargnée ou financer des importations. Ce qui demeure est l'organisation marchande et juridique du circuit.

La redistribution peut être nécessaire et améliorer immédiatement l'accès aux soins, à l'éducation ou au logement. Elle ne constitue pas, à elle seule, une nouvelle source de richesse ni une réponse au déplacement de la production vers les machines.

Le filtre citoyen avant de voter

Avant de soutenir un programme, chaque électeur devrait obtenir une réponse à dix questions :

  1. Quelle est la situation réelle de départ : dépenses, recettes, déficit et dette ?

  2. Quel périmètre est concerné : État, Sécurité sociale, collectivités ou ensemble des administrations ?

  3. Quelles dépenses nouvelles sont promises et quels services financeront-elles ?

  4. Quelles recettes sont annoncées, sur quelle assiette et avec quel rendement crédible ?

  5. Quelles dépenses seront réduites et qui perdra un service, un emploi ou une aide ?

  6. Qui paiera juridiquement ?

  7. Qui supportera finalement l'effet économique par les prix, les revenus, les marges ou les services ?

  8. Quel déficit restera après toutes les mesures ?

  9. Que deviendront les gains de productivité des machines et de l'intelligence artificielle ?

  10. Le programme change-t-il les règles de propriété et de financement, ou seulement la redistribution ?

Conclusion : faire le tour complet de la boucle

Les partis ne sont pas identiques. Ils ne défendent ni les mêmes services publics, ni la même fiscalité, ni la même place pour l'écologie, la protection sociale, l'autorité ou les entreprises. Ces différences ont des conséquences réelles.

Les responsables politiques ne disposent pourtant pas de comptes secrets. Ils utilisent les mêmes grandes données comptables et statistiques que celles mobilisées ici. Ils ne mentent pas nécessairement lorsqu'ils présentent une proposition. Ils s'arrêtent souvent à l'endroit de la boucle qui sert leur démonstration et leurs intérêts politiques.

L'un montre le prélèvement sur le riche sans suivre toute la redistribution. L'autre montre le coût d'un fonctionnaire sans suivre le service produit, les cotisations perdues et la consommation. Un troisième montre une baisse d'impôt sans montrer la dépense privée qui remplacera le service supprimé. Chacun éclaire une partie du mécanisme et laisse le reste dans l'ombre.

Le citoyen remplace alors ce qu'il ignore par une émotion partisane. L'étiquette remplace le programme. Le slogan remplace le calcul. La peur remplace la compréhension.

La démocratie mérite des citoyens capables de demander : qui produit, qui possède, qui décide, qui paie, qui bénéficie, et pourquoi les gains de la technologie ne sont-ils pas organisés pour financer la vie de tous ?

Tant que ces questions resteront absentes des campagnes, les électeurs choisiront entre différentes manières de gérer la même boucle sans débattre des règles qui la font fonctionner.

Ne votez plus sans filtre.

Sources
  1. Vie publique, « Histoire des droits des femmes » et « Chronologie de la justice pénale des mineurs » : https://www.vie-publique.fr/eclairage/19590-histoire-des-droits-des-femmes-chronologie-de-la-revolution-nos-jours ; https://www.vie-publique.fr/eclairage/281310-chronologie-de-la-justice-penale-des-mineurs-en-france-1791-2025

  2. Vie publique, « Le recours à l'article 49.3 de la Constitution » : https://www.vie-publique.fr/fiches/19494-le-recours-larticle-493-de-la-constitution

  3. Insee, « Élections présidentielle et législatives de 2022 » : https://www.insee.fr/fr/statistiques/6658145

  4. Assemblée nationale, premier gouvernement Léon Blum : https://www2.assemblee-nationale.fr/14/evenements/2016/80eme-anniversaire-de-la-victoire-du-front-populaire-3-mai-2016/le-nouveau-gouvernement/composition-du-gouvernement

  5. Élysée, biographie de Jules Grévy : https://www.elysee.fr/jules-grevy

  6. Conseil d'État, décision du 27 février 2026 : https://www.conseil-etat.fr/actualites/elections-municipales-2026-le-conseil-d-etat-rejette-les-recours-de-lfi-et-de-l-udr-contre-la-circulaire-attribuant-des-nuances-politiques-pour-l

  7. Conseil d'État, décision du 11 mars 2024 : https://www.conseil-etat.fr/fr/arianeweb/CE/decision/2024-03-11/488378

  8. Les Républicains, « L'IA au service des Français » : https://republicains.fr/wp-content/uploads/2026/07/LR_IA.pdf

  9. Insee, population active en 2025 : https://www.insee.fr/fr/statistiques/8733063

  10. Insee, bilan démographique 2025 : https://www.insee.fr/fr/statistiques/8719824

  11. Insee, comptes des administrations publiques en 2025 : https://www.insee.fr/fr/statistiques/8997691

  12. La France insoumise, contre-budget 2025 : https://lafranceinsoumise.fr/wp-content/uploads/2024/11/1.-LIVRET-ContreProjet-2025-H-Site-1.pdf

  13. LCP, présentation du contre-budget socialiste : https://lcp.fr/actualites/le-ps-volontaire-pour-gouverner-a-presente-son-budget-alternatif-a-celui-de-francois

  14. Les Écologistes, plan de sortie de crise : https://lesecologistes.fr/posts/2aT2dm9CmbSGn92dKF4reV/revue-de-presse-presentation-du-plan-de-sortie-de-crise

  15. Rassemblement national, contre-budget 2026 : https://rassemblementnational.fr/documents/GRN-CONTRE-BUDGET-2026.pdf

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Rédigé par ddacoudre

Publié dans #Politique

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Publié le 2 Août 2026

Quand nous regardons l’état du monde, aujourd’hui où nous disposons de moyens de communication exceptionnels, il est difficile d’échapper à une interrogation : pourquoi, tout autour de la planète et dans tous les États, les comportements humains sont-ils les mêmes, les organisations qu’ils développent sont-elles les mêmes, alors que nous persistons à soutenir que nous disposons du libre arbitre, que nous choisissons nos existences et que nous ne participons à toute chose qu’en y consentant ?

Certes, il y a une raison à cela, ou plusieurs raisons. La première, et la plus fondamentale, est que nous disposons de la même structure cérébrale pour nous mouvoir dans l’environnement planétaire et cosmique.

Ce n’est donc qu’une évidence : nous ne réagissons qu’en fonction de notre environnement, de celui où nous sommes nés et de la culture qui y est attachée par tous les choix qu’ont faits nos ascendants dans l’usage du rapport de force direct, ou par celui des organisations qui s’y sont substituées au travers d’un nombre important de paradigmes culturels visible.Mais la réalité est caché en dessous.

La lecture du monde visible, c'est comme un iceberg, il faut plonger pour voir l'invisible.

Toutes conservent un principe d’illusion, en ayant établi qu’il existe une différence entre le droit de la force primitive et la force du droit culturel, dit positif, qui n’est rien d’autre que le droit de la force de ceux qui dominent, que ce soit à titre individuel, dans les dictatures, ou collectif, dans les démocraties.

Nous examinons tout cela avec la satisfaction d’avoir accompli un pas vers la civilisation, parce que nous avons substitué au droit de la force individuelle celui de la force collective, que nous avons renommé « la force du droit », en soutenant que la démocratie devait développer une société de droits inaliénables.

Il semble donc que cette illusion soit un élément indispensable à l’organisation de la complexité humaine, parce que nous refusons d’analyser notre existence au regard des interdépendances qui existent, en dehors de celles que nous vivons tous les jours dans nos relations interpersonnelles, au seul prétexte que l’individu est la pièce essentielle de l’humanité.

Ce qui est juste, sauf qu’il y en a huit milliards qui vivent leur monde personnel — l’endroit où ils posent leurs pieds à chaque seconde — dans les organisations particulières que l’absence de moyens de communication mondiaux rapides ou instantanés leur a permis de développer au fil des siècles.

Nous savons que les hommes parcourent le monde depuis longtemps. Ce qui fait la différence entre eux et nous, aujourd’hui, c’est la vitesse que les savoirs nous ont permis de développer pour élaborer des technologies adaptées.

Voilà tout ce que nous avons de commun avec les sociétés qui ont dû introduire, pour sortir de la rareté et se la répartir, le droit de la force issu de notre organisation cérébrale, que le cerveau réflexif a renommé autrement, au fur et à mesure qu’il comprenait le monde et que les hommes se multipliaient, afin que nous l’acceptions sous toutes ses formes et toutes ses appellations.

Pour expliquer cela, nous avons rempli des murs, des tablettes d’argile, des peaux et des papiers de milliards d’écritures explicatives, qui ont circulé au rythme des invasions, des guerres et du commerce, dans autant de langages indiquant une sédentarisation géographique : clan, groupe, village, ville, royaume, État, empire, nation.

Tout cela s’est développé dans le cadre permis par la lenteur de la circulation humaine mondiale.

Dans toutes ces organisations, nous retrouvons les mêmes développements de la même structure cérébrale : une organisation directe ou indirecte de la fonction de dominant, fixant le cadre et les règles que doivent suivre les dominés, avec leur participation dans le cadre des démocraties, qu’elles soient directes ou fondées sur une délégation élective. Tout dépend alors de la loi du nombre et des moyens technologiques permettant éventuellement de passer à une démocratie directe.

Je n’ai rien inventé. Je n’ai fait que reprendre ce que nos prédécesseurs et nos scientifiques modernes nous ont permis de comprendre.

Pour ce qui est du bouddhisme, sa philosophie consiste à être bienveillant sur terre pour ne pas y revenir souffrir. Chez les chrétiens, Jésus explique que les hommes, sur terre, ne peuvent que se tromper et qu’ils ne peuvent connaître le Père qu’en passant par lui. Chez les musulmans, Dieu est à l’origine de tout : c’est le déterminisme.

Chacune de ces religions, au travers de rites et de commandements, guide ses croyants, de la même manière que les démocraties guident leurs citoyens avec ce qu’il est convenu d’appeler le droit positif, en nous laissant imaginer qu’il s’agit d’un choix de notre libre arbitre.

Je cite ces exemples parce que c’est le même cerveau humain qui a produit leurs données. La différence repose sur l’environnement et l’époque où chacune est apparue, ainsi que sur les mécanismes qui ont assuré son développement.

Or ces développements ne nous sont accessibles qu’au travers des traces historiques laissées, de ce que nous pouvons en comprendre, de ce qui est visible et de ce qui a été perpétué.

Dans notre développement économique, l’histoire n’échappe pas à celle que je viens de rappeler et que nous lisons au travers de millions de livres. Généralement, ces livres se reprennent les uns les autres, à la mesure du monde personnel de celui qui les a écrits.

C’est exactement ce que j’ai fait lorsque j’ai écrit quatre essais et une multitude d’articles, pour en arriver à saisir ce qui était invisible dans notre organisation mondiale capitaliste, ce qui me distingue des autres, qui se développe sous la forme du seul intérêt du dominant : celui qui détient les moyens de production que sanctifie le plan comptable, fait pour leurs propriétaires et non pour les populations dominées et consentantes, façonnées par la culture qui les élève.

C’est ainsi qu’aujourd’hui, lorsque j’explique que ceux qui paient tout sont les salariés du privé, avec un complément des salariés du public et des retraités, cela n’intéresse personne : ni les syndicats, ni les responsables politiques, ni les économistes.

J’en ai expliqué les raisons, mais la plus centrale est que je m’adresse à leur cerveau réflexif et non à leur cerveau reptilien, qui vit au jour le jour et se satisfait de la situation qu’il connaît, dans laquelle il mange, se loge, s’habille, circule, aime, est aimé et considéré.

Il en va ainsi même s’il appartient aux dominés, ce qui n’a pas de sens particulier pour le cerveau puisque c’est un état inné, conséquence de la sélection du meilleur géniteur, déterminée par le rapport de force ou par la force du droit : c’est la biologie du vivant.

C’est pour toutes ces raisons qu’il ne réagit qu’en cas de conflit qui le prive de ce à quoi il est habitué.

Dire subitement que seuls les salariés du privé paient tout revient à placer les autres en position de profiteurs,ce n'est pas ce que je recherche dans l'explication, alors que chacun se pense essentiel.

Et effectivement, chacun l’est, mais seulement le temps de sa vie, car les indispensables qui nous ont laissé les traces de leur passage ne trouvent plus de considération que dans les musées.

Quelle différence cela fait-il de lire le monde selon une lecture « reptilienne » ou selon une lecture « réflexive » ? C'est ce que j'ai également expliqué avec le monde réel et le monde transmis essentiellement par les médias qui lisent ce qui est visible. Le réflexif lui cherche à comprendre au delà du visible, ce qui nous a donné une évolution exponentielle des savoirs.

Je vais prendre un exemple concret que vit une partie du monde : les incendies, ce qui se voit et ce qui est invisible.

Qu’ils soient naturels — provoqués par la foudre —, accidentels — provoqués par l’imprudence — ou volontaires — provoqués par des pyromanes —, le fait de les qualifier juridiquement ne les éteint pas.

Qu’ils nourrissent le storytelling, l’empathie et les exemples de solidarité ne les éteint pas davantage.

L’incendie n’est pas un phénomène nouveau en été. Tous les lieux et toutes les régions chaudes sont des zones à risque.

Pour rester sur la France, de manière récurrente, tous les ans, le pouvoir parle d’augmenter les mesures préventives et de renforcer les moyens de lutte contre le feu. Tous les ans, les mêmes débats ont lieu à l’Assemblée, le temps que l’été passe, avant de recommencer l’année suivante.

Quelles sont donc les raisons pour lesquelles, lorsqu’un incendie est déclaré, nous ne parvenons pas à l’éteindre rapidement, alors que les mesures préventives existent depuis très longtemps et sont ressassées par la presse, qui n’a rien d’autre à dire ?

Cette année, les destructions de maisons sont énormes et personne ne souligne que cela est inadmissible.

Pourquoi ?

Lorsque l’on demande un permis de construire, s’ensuivent des demandes de raccordement à l’électricité, au tout-à-l’égout et au réseau d’eau potable. Qu’est-ce qui nous empêche d’apporter en même temps une canalisation d’eau sèche destinée à lutter contre les incendies, là où cela est nécessaire, particulièrement dans les zones boisées ? Ce sont les coûts longue distence.

Il existe là des situations que je n’ai pas comprises.

Des campings ont brûlé. En 1976, j’ai envisagé d’en créer un et figurait dans le plan des charges l’obligation d’installer des bornes à incendie.

Aujourd’hui, la réglementation est présentée de la manière suivante :

Des bâches incendie souples de 123 m³ — environ 123 000 litres

Les bâches incendie souples sont conçues pour répondre à deux besoins essentiels :

  1. Fournir une réserve d’eau dédiée aux pompiers, garantissant une intervention rapide et efficace en cas d’incendie.

  2. Offrir une solution aux bâtiments et structures sans accès au réseau d’eau classique, notamment dans les zones isolées ou à risque.

Applications principales des bâches incendie :

— Maison individuelle située en zone à risque, pour l’obtention d’un permis de construire et pour assurer une protection incendie conforme.

— Création ou extension d’usines, de zones commerciales ou artisanales nécessitant une réserve d’eau indépendante et sécurisée.

— Exploitation agricole, afin de garantir une réserve d’eau en cas d’urgence, particulièrement sur les sites éloignés des infrastructures classiques.

— Structures situées dans des zones isolées, où l’accès au réseau d’eau classique est inexistant ou insuffisant pour répondre aux exigences de lutte contre l’incendie.

Ces réserves incendie souples constituent une solution présentée comme fiable, rapide à installer et conforme aux normes de défense extérieure contre l’incendie, permettant de sécuriser différents types de bâtiments et d’activités. Et elles sont ajustables par les communes à leur situation géographiques

Il semblerait pourtant que l’on puisse douter de leur efficacité, bien que, l’année dernière, le gouvernement s’en soit inquiété.

Adaptation des normes incendie aux réalités des territoires ruraux

Question écrite no 04786 — 17e législature

Question de M. Bruno Belin, sénateur de la Vienne, publiée le 22 mai 2025.

M. Bruno Belin attire l’attention de M. le ministre d’État, ministre de l’Intérieur, sur les contraintes liées à la réglementation incendie, qui peuvent constituer un frein important à l’instruction et à la délivrance des permis de construire en zone rurale.

La réglementation actuelle impose, pour toute nouvelle habitation, la présence d’un point d’eau incendie — borne ou bâche — situé à moins de 200 mètres lorsque les habitations sont regroupées, ou à moins de 400 mètres lorsqu’elles sont isolées.

Si cette exigence se comprend dans les zones d’habitat dense, où les risques de propagation sont élevés, elle devient plus difficilement applicable en milieu rural. Dans ces territoires, les habitations sont souvent éloignées les unes des autres et les risques de propagation d’un incendie d’une maison à l’autre sont faibles.

Pourtant, les communes sont tenues d’installer de nombreuses bâches incendie, souvent inesthétiques, très coûteuses à l’achat et à l’entretien, avec un rapport entre le coût et le risque jugé peu pertinent.

Cette norme, uniforme sur l’ensemble du territoire, pèse lourdement sur les petites collectivités rurales.

Dans ce contexte, il interroge le Gouvernement sur l’opportunité d’adapter la réglementation relative à la défense extérieure contre l’incendie aux particularités des territoires ruraux, afin de ne pas freiner leur développement.

Publication au Journal officiel du Sénat du 22 mai 2025, page 2517.

Réponse du ministère de l’Intérieur publiée le 5 juin 2025

Avant la réforme de la défense extérieure contre l’incendie instituée par la loi no 2011-525 du 17 mai 2011 et la parution du décret no 2015-235 du 27 février 2015, la circulaire interministérielle no 465 du 10 décembre 1951, qui constituait la seule référence en la matière, prévoyait déjà la présence d’un point d’eau incendie à moins de 200 mètres de toute construction, voire à 400 mètres dans le cas de risques isolés, par exemple.

L’article R. 2225-3 du Code général des collectivités territoriales dispose désormais qu’un référentiel du règlement départemental de défense extérieure contre l’incendie fixe, pour chaque département, les règles, les dispositifs et les procédures de défense extérieure contre l’incendie, et qu’il caractérise les différents risques présentés par l’incendie, en particulier ceux qui sont liés aux différents types de bâtiments, d’habitats ou d’urbanismes.

Élaboré par le service départemental d’incendie et de secours en application des dispositions de l’article L. 1424-2 du Code général des collectivités territoriales, ce règlement, pris par arrêté préfectoral, est établi en concertation avec les maires et l’ensemble des acteurs concourant à la défense extérieure contre l’incendie.

C’est ce document qui permet de prendre en compte, localement ou à l’échelle du département, les risques particuliers et d’adapter aux particularités des territoires ruraux les modalités de sa mise en œuvre.

Sur sollicitation du préfet, le règlement départemental peut donc être modifié et révisé afin de prendre en compte l’ensemble de ces problématiques.

Ce nouveau dispositif permettrait dorénavant une réelle adaptation de la défense extérieure contre l’incendie aux particularités des territoires ruraux.

Publication au Journal officiel du Sénat du 5 juin 2025, page 3202.

Tout irait donc pour le mieux, du moins dans l’intention, car, dans la réalité que nous vivons cet été , il en est tout autrement.

Le Monde :

« Les moyens des pompiers sont à bout de souffle » : pour augmenter le financement de la sécurité civile, les collectivités locales appellent à trouver de nouvelles aides financières.

Le Monde :

« Lutte contre les incendies : que valent les accusations des différents partis sur le manque de moyens ? »

Les responsables politiques s’accusent mutuellement de ne pas avoir agi pour débloquer des fonds destinés à combattre les feux de forêt.

Elles débattent d'un sujet de financement des déploiement qui auraient du être fait qu'elles ne financement pas, car l'état, pas plus que le capital, ne finance rien, il redistribue les prélèvements effectué sur les citoyens, comme le capital avance les salaires que chacun reçoit du financement par le circuit invisible des salariés du privé.

Nous avons, en fait, trois problèmes.

1. La surveillance du territoire

Nous disposons de moyens techniques capables de détecter les points chauds.

2. L’approvisionnement en eau des zones sensibles ou à risque

Il faut approvisionner en eau les zones dans lesquelles se trouvent des habitations et des cultures.

Il semblerait que les bâches n’aient pas servi à grand-chose.

S’il s’agissait d’apporter du gaz à chaque maison, il existerait un réseau de distribution. Nous avons bien des gazoducs qui arrivent du nord, de Russie ou d’ailleurs.

C’est-à-dire que, lorsqu’il existe un financement individuel et marchand, nous savons faire.

Mais, comme le rappelle Le Monde, les moyens de lutte contre l’incendie sont publics., et nous savons qui paie.

3. L’inadaptation des moyens de lutte

Les incendies qui se sont déclarés ces dernières années ne sont pas particulièrement dramatiques seulement parce qu’il y a eu une période caniculaire ou un vent méchant et vicieux, qui se serait déclaré cette année pour venir lécher les maisons et manger les cultures, à en écouter les informations.

Ils le sont aussi parce que les moyens des pompiers sont dérisoires.

Face au feu, leurs lances ressemblent à des tuyaux d’arrosage de jardin placés devant un incendie de forêt. Il en est de même pour les Canadair et les hélicoptères, qui donnent parfois l’impression de déverser un dé à coudre d’eau.

La lecture du monde visible, c'est comme un iceberg, il faut plonger pour voir l'invisible.

Sans polémiquer sur le fait que les pompiers aient été reçus par des CRS lorsqu’ils ont manifesté pour réclamer davantage de moyens, ces images veulent illustrer l’inadéquation des moyens disponibles.

Pourtant, il existe de gros porteurs.

D’une capacité de 120 tonnes de fret sur une distance de 5 400 kilomètres, l’Antonov An-124 est présenté comme le plus gros avion de transport civil et militaire du monde produit en série.

Cela représenterait 120 000 litres d’eau possibles, contre environ 6 000 litres pour un Canadair et 75 000 litres pour un Boeing 747 Supertanker. Il existe également le DC-10 Air Tanker et l’A400M.

L’essentiel me semble être de protéger toutes les habitations et tous les champs par un autre moyen qu’une bâche de 120 000 litres, c’est-à-dire par une distribution continue de l’eau jusqu’à des bornes.

La lecture du monde visible, c'est comme un iceberg, il faut plonger pour voir l'invisible.

Dans les zones inaccessibles, il faudrait également développer les radars de détection des points chauds ou l’usage des satellites géostationnaires plus performants que ceux d'aujourd'hui c'est une évidence. On ne peut pas dire que ce sont les nuages qui ont caché les départs de feu à nos satellites dans les landes.

J’ai pris cet exemple parce qu’il démontre que, dans le cadre de l’action publique, se pose toujours la question des moyens à mettre en place et des financements qui les définiront.

Le Monde rappelle que ce sont les communes qui financent. Moi, je dis que ce sont les salariés du privé.

Eux décryptent la situation avec les moyens visibles dans lesquels ils ont été élevés qui soulève des débats mais n'apporte rien. Moi, je la décrypte avec les circuits invisibles que j’ai compris et développés dans un autre article, à l’aide d’un schéma pédagogique. Ils indiquent que ce sont les salariés du privé essentiellement qui paierons

Ainsi, que l’incendie soit naturel, involontaire ou volontaire, l’important est qu’il soit détecté immédiatement, que le vent ou la sécheresse l’aident ou le nourrissent. et que les salariés du privé soient disposés d'en financer le coût.

Nous disposons des moyens techniques, mais les citoyens, salariés du privé, ne veulent pas les financer. il ne le disent pas par une interrogation directe, mais en réclament en permanence l'allègement des impôts et en refusant toutes augmentations de ceux-ci, et ils réclament que l'état finance, comme si l'état avait des fonds particuliers en dehors des leurs, ou que le capital paie, comme si le capital avait une seule fois financer un service public ou quoi que ce soit sans le récupérer au triple.

Je ne leur renvoie aucune culpabilité. Je rappelle seulement ce qui demeure invisible : le paradoxe qui existe entre tous les débats politiciens de l’Assemblée, les émotions des citoyens soulevées par les médias, les drames bien réels de ceux qui perdent leurs biens et la solidarité exemplaire de certains. et que ce soit bien compris, qui ont participé politiquement sans le savoirs à leur propres malheurs. Nous ne sommes pas face à un tremblement de terre qui n'a que faire de nos débats, alors que dans le cadre des incendies et d'autres sujets, le circuit invisible aurait ouvert à la compréhension des financements

La solidarité déployé dans ces circonstances peut satisfaire l’ego et recevoir des applaudissements, mais elle ne constitue pas une solution efficace face à l’avenir du réchauffement climatique. et encore moins de la compréhension des financements qu'imposent les incendies.

Que le financement passe par l’État, les collectivités ou le secteur privé, ceux qui paieront seront toujours les salariés du privé, avec une participation des salariés du public et des retraités.

Le capital ne versera pas un seul sou qui ne soit récupéré ailleurs.

Dans le cadre du réchauffement climatique, Emmanuel Macron, interrogé sur les moyens à mettre en œuvre, avait répondu : « Nous aviserons au fur et à mesure. »

Au regard de l’évolution qu’ont prise les incendies, il y a de quoi se faire du souci pour l’avenir.

Mais, surtout, il devrait aller expliquer cela à ceux qui ont perdu leurs biens ou leurs ressources.

En conclusion, cette insuffisance de compréhension des circuits invisibles pour ne s’en tenir qu’aux circuits visibles que soutient l’organisation capitaliste mondiale parce que nous avons tous les mêmes cerveaux qu’elles que soient nos cultures, ils génèrent les mêmes impasses que celle que je viens d’expliquer avec l’exemple visible des incendies vu par le filtre du capital.


 

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Publié le 1 Août 2026

De l’animal humain à l’adulte culturel

Le conatus, la machine et le risque d’autodestruction

Ce que ne comprend pas Spartacus😊😊😊

L’humanité se trouve aujourd’hui dans une situation paradoxale.

Elle possède un cerveau biologiquement façonné au cours d’une très longue évolution, durant laquelle la survie dépendait de la recherche de nourriture, de la protection du groupe, de la défense d’un territoire et de l’économie de l’énergie individuelle. Mais ce même cerveau dispose d’une pensée associative capable d’accumuler les connaissances, d’inventer des outils, de construire des machines et de transformer profondément son environnement.

L’évolution biologique s’inscrit dans des millions d’années. Les traces archéologiques montrent, en comparaison, l’apparition beaucoup plus récente des expressions symboliques complexes, des techniques élaborées et de la grande diversité culturelle humaine.

Notre difficulté vient de ce décalage : La puissance de nos techniques s’accélère beaucoup plus rapidement que la transformation culturelle des dispositions psychiques humaines qui commandent leur utilisation.

L’humanité est devenue capable d’économiser une grande partie de l’effort nécessaire à sa subsistance. Elle peut également épuiser ses ressources, dégrader son environnement et construire les moyens de sa propre destruction, et de s'attribuer ce mérité.

Elle est techniquement presque adulte, mais culturellement encore adolescente.

Graphique un psychisme ancien pour puissance technique devenu planétaire.

De l’animal humain à l’adulte culturel, un chemin de croix.

Qu’est-ce que le conatus chez Frédéric Lordon ?

Frédéric Lordon emprunte à Spinoza le concept de conatus.

Dans une formulation simple, le conatus désigne l’effort par lequel chaque être tend à persévérer dans son existence. Lordon l’utilise pour développer une conception élargie de l’intérêt humain.

L’individu n’est pas seulement intéressé lorsqu’il cherche : de l’argent ; un avantage matériel ; une propriété ; un rendement.

Il est également intéressé à lui-même lorsqu’il recherche : la reconnaissance ; l’amour ; l’appartenance ; la connaissance ; la création ; la puissance ; la générosité ; la défense d’une cause à laquelle il s’identifie.

Le conatus ne se réduit donc pas au calcul égoïste de l’économie traditionnelle. Il ne suppose pas non plus l’existence d’un désintéressement absolu. Même une action généreuse exprime une manière pour la personne de persévérer dans une certaine représentation d’elle-même, de ses relations ou du monde auquel elle veut appartenir et d'en éprouver une satisfaction d'elle même indispensable à sa vie, même si elle la consacre aux autres.

Dans L’Intérêt souverain, Lordon utilise ainsi le conatus pour dépasser l’opposition trop simple entre l’individu égoïste et l’individu désintéressé. L’existence est toujours, d’une manière ou d’une autre, intéressée à elle-même, mais cet intérêt peut prendre des formes extrêmement différentes.

Cette conception ne signifie pas que l’être humain serait condamné à l’égoïsme.

Elle signifie que l’on ne transformera pas la société en demandant simplement aux individus de renoncer à leur intérêt.

La question politique devient : Quelles institutions orientent le désir de persévérer, et vers quelles formes d’existence dirigent-elles la puissance humaine ?

Pour ma par j'ai répondu en développant le modèle joule objet d'une très longue réflexion commencée en 1971 en recherchant la taxation machine d'André Bergeron.

Les institutions orientent les désirs

Le conatus ne se développe pas dans le vide.

L’enfant naît avec : des besoins ; des affects ; une capacité d’apprentissage ; une future puissance associative.

Mais il ne naît pas avec : une langue construite ; une connaissance de l’histoire ; une compréhension de l’économie ; une conception de la propriété ; une conscience des limites écologiques ; une représentation des conséquences mondiales de ses actes.

Il reçoit tout cela de son environnement culturel.

Les institutions lui apprennent progressivement ce qui représente : la réussite ; la sécurité ; le mérite l’échec ; la propriété ; le travail ; la valeur ; le pouvoir.

Dans le capitalisme, l’individu apprend très tôt que sa continuité dépendra largement : d’un revenu ; d’un emploi ; d’une propriété ; d’une épargne ; de sa capacité à trouver une place dans la concurrence.

Son désir de persévérer est alors orienté vers l’obtention et la conservation de ces moyens.

La peur de manquer ne relève pas seulement d’un défaut moral ou d’un tempérament individualiste. Elle est continuellement entretenue par une organisation dans laquelle perdre son revenu peut signifier perdre : son logement ; son autonomie ; sa protection ; sa reconnaissance sociale.

Une société qui conditionne les moyens de vivre à la possession de monnaie produit nécessairement un puissant désir d’accumulation monétaire.

Elle reproche ensuite aux individus l’individualisme qu’elle a elle-même rendu rationnel.

L’enrôlement du désir par le capital

Dans Capitalisme, désir et servitude, Lordon rapproche l’analyse marxiste des structures économiques et la pensée spinoziste des affects.

Le capitaliste possède un projet qu’il ne peut pas réaliser seul. Il doit enrôler la puissance d’autres personnes : leur corps ; leur temps ; leurs connaissances ; leur attention ; leur créativité ; leur désir de reconnaissance.

Le rapport salarial ne consiste donc pas seulement à acheter une quantité de travail.

Il consiste à obtenir que les puissances des salariés se mettent au service du désir de l’organisation.

Le capitalisme contemporain ne se contente plus toujours d’un salarié obéissant sous la menace. Il cherche également un salarié motivé, satisfait, fier de son entreprise et désireux de réussir conformément aux objectifs de celle-ci.

Cette adhésion peut être sincère.

Une personne peut aimer : son métier ; ses collègues ; les problèmes qu’elle résout ; les personnes qu’elle soigne ; le produit qu’elle fabrique.

Mais cet attachement ne supprime pas la question fondamentale : Qui décide de la finalité de l’organisation et qui s’attribue le résultat de cette mobilisation collective ?

Le salarié peut investir une grande partie de sa puissance dans une entreprise sans obtenir de droits correspondants sur : ses machines ; ses connaissances accumulées ; ses orientations ; la décision de déplacer ou d’arrêter l’activité ; les gains produits par son automatisation.

Son consentement existe, mais il se forme dans un environnement matériel où l’accès à la vie dépend encore du revenu versé par l’employeur.

Le salariat peut ainsi être défini comme : une servitude économiquement consentie sous nécessité. Ou plus brutalement une exploitation des dominés.

Le paradoxe du cerveau humain

Le conatus humain dispose d’un instrument extraordinaire : la pensée associative.

L’être humain peut rapprocher : une observation et une connaissance ; un problème et une technique ; une matière et une fonction ; une expérience ancienne et une situation nouvelle.

Cette capacité permet : la recherche ; la créativité ; l’invention ; l’anticipation ; la transmission.

Mais la pensée associative ne possède pas par elle-même une finalité morale.

Elle peut servir : à soigner ; à nourrir ; à réduire une fatigue ; à instruire ;

comme elle peut servir : à dominer ; à surveiller ; à dissimuler ; à exploiter ; à construire des armes.

Une intelligence très développée ne garantit pas une finalité culturellement adulte. Elle peut rendre beaucoup plus efficace la satisfaction d’un désir archaïque.

C’est ici que le temps long de l’évolution rencontre la rapidité du développement culturel.

Le psychisme humain conserve des dispositions qui furent adaptées à la survie dans un milieu naturel incertain : rechercher des réserves ; protéger son groupe ; défendre un territoire ; éviter l’effort inutile ; obtenir une position favorable ; se méfier d’un rival.

Mais la pensée associative a donné à ces dispositions des moyens démesurés : États ; armées ; industries ; systèmes financiers ; intelligence artificielle ; technologies de surveillance ; armes de destruction massive.

La peur du manque peut désormais organiser une accumulation sans limite.

La défense du groupe peut devenir une puissance militaire mondiale.

La recherche d’une position dominante peut contrôler les moyens de vivre de millions de personnes.

La domination comme économie de sa propre énergie

La domination peut être interprétée comme l’une des réponses historiques à la lutte contre la rareté.

Celui qui dominait pouvait disposer : du territoire ; des réserves ; des armes ; du travail d’autrui ; d’une part supérieure du produit.

Il économisait sa propre énergie en mobilisant celle des autres.

L’esclavage, le servage puis le salariat appartiennent à des organisations juridiquement et moralement très différentes. Mais on retrouve une continuité fonctionnelle : celui qui contrôle les moyens de vivre peut obtenir qu’un autre consacre son énergie à ses objectifs.

Le capital a progressivement remplacé le glaive comme instrument accepté de cette organisation.

Le propriétaire n’a pas besoin de menacer physiquement le salarié.

Il lui suffit de posséder : l’entreprise ; les machines ; le crédit ; les droits juridiques ; les moyens de rémunérer l’activité.

Graphique ; vivre de l'énergie d'autrui ; de la domination humaine à la machine.

De l’animal humain à l’adulte culturel, un chemin de croix.

La monnaie devient un glaive lorsqu’elle ne sert plus seulement à échanger, mais à obtenir l’activité de ceux qui doivent impérativement en recevoir pour vivre.

La machine réalise un désir ancien

Depuis toujours, l’être humain cherche à réduire : la peine ; la fatigue ; le temps nécessaire à sa subsistance ; son exposition aux dangers.

Le machinisme poursuit cette recherche.

La machine peut : accomplir un travail répétitif ; soulever une charge ; calculer ; fabriquer en série ; remplacer un effort dangereux ; libérer du temps humain.

Elle réalise donc partiellement un très ancien désir : vivre sans devoir consacrer toute son énergie à la production des moyens de vivre.

Pendant la plus grande partie de l’histoire, ce privilège fut principalement réservé aux dominants.

Ils pouvaient travailler moins parce qu'ils soumettaient d’autres à travailler davantage.

La machine introduit une possibilité radicalement nouvelle : économiser l’énergie de tous sans imposer la fatigue correspondante à un autre être humain.

L’esclave économisait l’énergie du maître en dépensant la sienne.

La machine peut économiser l’énergie humaine sans éprouver elle-même la souffrance ou la fatigue.

Elle pourrait donc rendre inutile une grande partie de l’ancienne domination économique.

Pourtant, le régime de propriété reproduit encore l’organisation antérieure.

Le propriétaire de la machine reçoit : l’augmentation de productivité ; l’économie de salaire ; le produit supplémentaire ; la possibilité d’accumuler.

La personne remplacée peut perdre : son emploi ; son salaire ; ses cotisations ; sa reconnaissance sociale.

La machine libère matériellement du temps, mais l’institution capitaliste transforme cette libération en menace pour celui dont le revenu dépendait du temps de travail supprimé.Le vieux désir de vivre du travail d’autrui s’est approprié la technique qui pourrait permettre à tous de travailler moins.

Graphique une même machine, deux formes d'attribution de la puissance libérée.

De l’animal humain à l’adulte culturel, un chemin de croix.

Le rêve symbolique d’un Éden

L’Éden peut être utilisé comme une représentation symbolique.

Il ne s’agit pas d’affirmer qu’un paradis historique aurait réellement existé.

Il représente le désir humain d’un monde dans lequel la vie ne serait plus entièrement commandée par : la faim ; la fatigue ; la peur ; le manque ; l’obligation de travailler sans cesse.

Le machinisme donne à cette ancienne aspiration une base matérielle partielle.

Il ne supprimera jamais : toutes les limites ; tous les efforts ; tous les risques ; tous les conflits.

Mais il peut réduire considérablement la quantité d’énergie humaine nécessaire à la satisfaction de nombreux besoins.

La question politique devient alors : Cette économie d’énergie restera-t-elle le privilège de celui qui possède la machine, ou deviendra-t-elle un patrimoine de l’ensemble de la population ?

Le Modèle Joule que j'ai développé choisit la seconde voie.

Il ne promet pas un paradis.

Il cherche à rendre collective la réduction de la fatigue produite par les connaissances, les infrastructures et les machines accumulées par les générations.

Le capital de civilisation

Aucune machine n’est l’œuvre d’un propriétaire isolé.

Elle incorpore : des découvertes scientifiques ; des mathématiques ; une langue ; des méthodes ; des formations ; des infrastructures ; des logiciels ; des matériaux ; du travail passé ; les expériences de plusieurs générations.

L’inventeur peut avoir réalisé une association originale.

L’entrepreneur peut avoir pris une initiative, réuni des moyens et assumé une responsabilité.

Ces apports doivent être reconnus et rémunérés.

Mais ils ne suffisent pas à expliquer toute la puissance de la machine.

Le Modèle Joule appelle capital de civilisation ce patrimoine humain accumulé qui rend chaque invention nouvelle possible.

La machine devient ainsi le point de rencontre entre : l’intérêt particulier de l’inventeur ; les connaissances reçues de la collectivité ; le travail transmis par les générations ; la capacité productive nouvelle.

Sa puissance ne peut donc pas être attribuée exclusivement à celui qui en possède le titre juridique.

Une part doit retourner vers la population qui a produit les conditions de son apparition.

À chaque naissance revient le petit animal humain

La civilisation ne se transmet pas entièrement par les gènes.

À chaque naissance apparaît un petit animal humain disposant : d’un corps ; d’affects ; de besoins ; de facultés potentielles ; d’une future pensée associative.

Mais il doit apprendre : à parler ; à comprendre les autres ; à connaître l’histoire ; à utiliser les outils ; à maîtriser ses réactions ; à reconnaître les conséquences de ses actes.

La culture doit être reconstruite dans chaque génération.

L’humanité peut accumuler les connaissances dans ses livres, ses machines et ses institutions ; elle doit néanmoins les réintroduire dans chaque conscience nouvelle.

Un enfant né dans une civilisation nucléaire, numérique et industrielle ne comprend spontanément : ni le fonctionnement d’une monnaie ; ni les circuits économiques ; ni les risques écologiques ; ni l’origine collective des connaissances ; ni les conséquences mondiales d’un choix individuel.

Il doit les apprendre.

C’est pourquoi aucune maturité culturelle n’est définitivement acquise.

Une société techniquement avancée peut reproduire des individus instruits dans leur spécialité mais ignorants du circuit général auquel ils participent.

Elle peut former : d’excellents ingénieurs ; d’excellents financiers ; d’excellents militaires ; d’excellents publicitaires, sans leur avoir appris à mesurer la finalité collective de ce qu’ils rendent possible.

L’adolescence culturelle

L’adolescence culturelle ne constitue pas une insulte adressée aux individus.

Elle désigne un décalage entre : la puissance technique acquise ; la capacité collective à en gouverner les conséquences.

L’adolescent peut disposer d’une intelligence remarquable tout en demeurant fortement orienté par : l’immédiateté ; la recherche de reconnaissance ; la rivalité ; la difficulté à mesurer les conséquences lointaines ; le sentiment que le danger peut toujours être maîtrisé.

Notre organisation économique présente des traits comparables.

Elle sait : mesurer les rendements ; déplacer des capitaux ; produire en masse ; automatiser ; exploiter des données ; construire des armes extrêmement puissantes.

Mais elle continue à organiser sa sécurité autour :de l’accumulation ; de la concurrence ; de la menace ; de la propriété exclusive ; de la supériorité sur les autres.

Le capitalisme peut ainsi être compris comme l’organisation économique d’une humanité techniquement adulte, mais encore culturellement structurée par la peur du manque et la recherche de la position dominante.

La possibilité de l’autodestruction

Le problème n’est plus seulement moral ou social.

L’humanité a désormais construit des moyens capables de compromettre les conditions de sa propre continuité.

La dissuasion militaire repose encore sur l’idée que chacun doit posséder une puissance de destruction suffisante pour empêcher l’autre d’utiliser la sienne.

Chaque acteur présente son accumulation comme défensive.

Mais la somme de ces défenses constitue une menace permanente.

Le même mécanisme existe dans l’économie : l’entreprise accumule pour résister à ses concurrentes ; l’individu accumule pour se protéger du manque ; l’État développe sa puissance pour ne pas être dominé ; le propriétaire protège ses secrets pour conserver son avantage.

Chacun cherche rationnellement sa propre sécurité.

La somme de ces sécurités particulières peut produire : l’insécurité sociale ; la surexploitation des ressources ; la concentration du pouvoir ; la menace militaire ; l’autodestruction.

L’intérêt particulier devient mal compris lorsqu’il détruit les conditions collectives dont dépend sa propre durée.

L’âge adulte culturel ne supprimera pas le conatus

Devenir culturellement adulte ne signifie pas : cesser de désirer ; renoncer à soi ; abandonner toute propriété ; supprimer les différences ; se dissoudre dans une collectivité abstraite.

Le conatus demeure.

L’individu continuera à rechercher : sa sécurité ; sa reconnaissance ; son plaisir ; son accomplissement ; la protection de ses proches.

Mais l’enseignement peut lui permettre de comprendre que son intérêt durable dépend : des connaissances produites par les autres ; des infrastructures communes ; de la santé de la population ; des ressources naturelles ; de la coopération ; de la continuité des générations suivantes.

Le passage recherché est celui-ci : de l’intérêt immédiat isolé à l’intérêt particulier éclairé par la connaissance de l’interdépendance.

Il ne s’agit pas d’enseigner à l’entrepreneur qu’il ne doit plus avoir d’ambition.

Il faut lui apprendre que son ambition ne peut durablement prospérer en détruisant : ses partenaires ; les connaissances communes ; les ressources ; le territoire ; le pouvoir d’achat de la population.

Il ne s’agit pas d’interdire à l’inventeur d’être reconnu.

Il faut distinguer : la reconnaissance de son apport ; son droit de retirer durablement la connaissance à l’humanité qui l’a formé.

L’enseignement comme passage à l’âge adulte

L’enseignement actuel prépare encore largement l’individu : à obtenir une qualification ; à trouver un emploi ; à occuper une place ; à s’adapter à l’organisation économique existante.

Cette fonction demeure utile, mais elle est insuffisante.

L’enseignement doit également transmettre : l’histoire de la lutte contre la rareté ; les mécanismes de la domination ; le fonctionnement des prix ; le circuit des salaires et du capital ; l’origine collective des connaissances ; les conséquences de l’automatisation ; les limites écologiques ; la manière dont les affects sont orientés par les institutions.

Il doit permettre à chaque personne de reconnaître en elle-même : la peur du manque ; le désir d’accumuler ; la recherche d’une position protectrice ; la tentation de transférer les coûts vers les autres ; la préférence pour l’avantage immédiat.

Ces dispositions ne doivent pas être condamnées comme des fautes originelles.

Elles ont participé à la survie humaine.

Mais elles doivent être maîtrisées lorsqu’elles commandent des instruments capables d’agir à l’échelle de la planète.

L’âge adulte culturel commence lorsque l’humanité apprend à gouverner les dispositions qui l’ont sauvée avant qu’elles n’utilisent sa puissance nouvelle pour la détruire.

Ce que propose le Modèle Joule

Le Modèle Joule ne prétend pas transformer miraculeusement le psychisme humain.

Il modifie les institutions dans lesquelles le conatus cherche à persévérer.

Le revenu d’actif réduit : la peur de perdre les moyens de vivre ; la dépendance envers l’employeur ; la nécessité d’accumuler uniquement pour se protéger.

La rémunération de l’apprentissage permet : de prolonger la formation ; d’actualiser les connaissances ; de comprendre les institutions ; de participer à leur gouvernance.

La contribution machinique restitue à la population : une part de la productivité ; une part du temps libéré ; une part du capital de civilisation.

La mise à disposition des connaissances diminue : les secrets ; les duplications ; l’espionnage ; les monopoles intellectuels ; les conflits destinés à protéger une avance technique.

La Réserve du capital de subsistance énergétique humaine garantit la continuité de la personne à travers : l’apprentissage ; l’activité ; la maladie ; le handicap ; la retraite.

L’individu ne cesse pas de poursuivre son intérêt.

Mais il le poursuit dans un environnement où sa vie dépend moins : de la domination d’autrui ; de la conservation d’un emploi devenu inutile ; de la propriété exclusive ; de la peur du manque.

De l’humain contraint à l’humain assuré

L’humain assuré n’est pas naturellement plus généreux que l’humain contraint.

Il conserve : ses ambitions ; ses jalousies ; ses attachements ; sa recherche de reconnaissance ; son intérêt personnel.

Mais ses associations intellectuelles ne sont plus orientées par les mêmes contraintes.

L’humain contraint mobilise une grande partie de son intelligence pour : protéger son emploi ; conserver son avantage ; cacher une connaissance ; accumuler une sécurité personnelle ; battre un concurrent ; rendre son salaire au circuit par la consommation.

L’humain assuré peut utiliser davantage cette puissance pour : apprendre ; rechercher ; créer ; entreprendre ; réparer ; transmettre ; participer ; disposer librement d’une partie de son temps.

La sécurité ne détruit pas le désir d’agir ; elle retire à la peur le monopole de son orientation.

Une voie, non une idéologie achevée

Le Modèle Joule ne décrit pas une société parfaite et définitive.

Il propose une direction.

Cette direction repose sur quelques constats : la vie ne peut plus dépendre exclusivement du salaire ; les machines réduisent le temps humain nécessaire ; les connaissances sont collectivement héritées ; la propriété ne peut pas justifier l’appropriation absolue de la puissance commune ; l’humanité doit apprendre à gouverner les moyens de sa propre destruction.

Les institutions pourront être : expérimentées ; corrigées ; adaptées ; remplacées.

Mais la direction reste claire : faire de la puissance accumulée par l’humanité le moyen de garantir la vie, plutôt que le glaive permettant à certains de commander ceux qui doivent encore travailler pour vivre.

Graphique ; du conatus défensif au conatus éclairé par l'interdépendance.

De l’animal humain à l’adulte culturel, un chemin de croix.

Conclusion

Le conatus de Frédéric Lordon nous rappelle que l’être humain ne deviendra jamais un acteur parfaitement désintéressé.

Il cherchera toujours, sous des formes diverses, à persévérer dans son existence et à augmenter sa puissance d’agir.

Le problème n’est donc pas le conatus.

Le problème réside dans les institutions qui orientent cette puissance.

Le capitalisme associe aujourd’hui : la peur ancienne du manque ; la recherche d’une position dominante ; la monnaie ; la propriété ; la puissance des machines ; les connaissances modernes.

Il utilise une pensée associative extraordinairement développée pour poursuivre des finalités issues d’une longue histoire de rareté, de possession et de rivalité archaïques.

La machine pourrait libérer l’ensemble de la population d’une partie du travail nécessaire.

Mais l’ancien ordre transforme encore cette libération en propriété pour l’un et en perte de revenu pour l’autre.

À chaque naissance apparaît de nouveau un petit animal humain qui doit recevoir : la langue ; les connaissances ; l’histoire ; la conscience de l’interdépendance ; la maîtrise de la puissance technique héritée.

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Publié le 25 Juillet 2026

Qui paie vraiment la France ?

De la Sécurité sociale au populisme : le circuit invisible par lequel les salariés financent la société.

Chapitre I.

1. Deux milliards d’économies sur la santé : le gouvernement réduit-il le déficit ou déplace-t-il la facture ?

 

Le gouvernement vient d’annoncer une nouvelle réduction de la prise en charge des dépenses de santé. Un décret est en préparation pour doubler le plafond annuel cumulé des franchises médicales et des participations forfaitaires, qui passerait de 100 à 200 euros par assuré. D’autres transferts de remboursements de l’Assurance maladie vers les organismes complémentaires sont également envisagés. L’ensemble doit permettre de dégager environ 2 milliards d’euros d’économies.

La décision est présentée comme une nécessité comptable. Le déficit de l’Assurance maladie est projeté à 13,8 milliards d’euros en 2026. Le vieillissement de la population, la progression des maladies chroniques, l’amélioration des traitements et la prise en charge plus longue des patients exercent une pression continue sur les dépenses. Au 1er janvier 2026, 22 % de la population française a déjà au moins 65 ans.

Mais cette nouvelle économie ne résout pas le problème qu’elle prétend traiter. Elle reproduit l’éternelle boucle de notre système économique.

2. Une économie pour la Sécurité sociale n’est pas une économie pour la société

 

Le gouvernement parle de 2 milliards d’euros d’économies. Pourtant, les médicaments continueront d’être produits, les consultations continueront d’avoir lieu, les analyses seront réalisées et les professionnels devront être rémunérés.

La dépense de santé ne disparaît donc pas. Seul le payeur change.

Ce que l’Assurance maladie ne rembourse plus sera payé directement par le malade, supporté par sa complémentaire, répercuté dans les cotisations des mutuelles ou finalement intégré au coût du travail lorsque la complémentaire est financée en partie par l’employeur.

Nous devrions donc distinguer deux expressions :

Une économie réelle résulte d’une diminution du coût de production d’un médicament, d’une meilleure organisation des soins, d’un acte devenu inutile, d’une prévention efficace ou d’une réduction des frais administratifs.

Une économie comptable consiste à retirer une dépense du compte de la Sécurité sociale pour la faire apparaître dans celui des ménages, des mutuelles ou des entreprises.

Le plan gouvernemental relève principalement de la seconde catégorie.

La Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques confirme que les déremboursements pèsent davantage sur les personnes âgées, les personnes malades et les ménages modestes. Elle estime même qu’une hausse générale des prélèvements finançant l’Assurance maladie serait moins défavorable à ces catégories qu’une augmentation des franchises ou du reste à charge.

3. Deux milliards face à une dépense de 250 milliards

 

L’Assurance maladie dépense approximativement 250 milliards d’euros par an. Une économie de 2 milliards représente environ 0,8 % de cette dépense et 14,5 % du déficit projeté de 13,8 milliards.

Même si le rendement annoncé était intégralement obtenu, le déficit resterait donc proche de 12 milliards d’euros.

La décision ne peut pas être présentée comme une réforme structurelle. Elle est une mesure de trésorerie destinée à ralentir momentanément la progression du déficit.

Or le problème est structurel.

Les besoins de santé augmentent indépendamment du nombre de personnes qui travaillent. Une population vieillissante consomme davantage de soins au moment même où la part relative des actifs susceptibles de financer collectivement ces soins progresse moins rapidement. Les progrès médicaux permettent de vivre plus longtemps avec des maladies qui auraient autrefois entraîné un décès rapide, mais ils prolongent également les périodes de traitement.

Nous ne sommes pas devant un dysfonctionnement accidentel. Nous sommes devant le résultat prévisible de notre réussite sanitaire.

4. La transformation du financement n’a pas supprimé la boucle

 

À l’origine, la Sécurité sociale reposait principalement sur les cotisations associées au travail. Le système a progressivement élargi ses recettes à la contribution sociale généralisée, à la TVA et à différentes taxes.

En 2018, la cotisation salariale d’assurance maladie a été supprimée et remplacée en partie par une augmentation de la CSG. La branche maladie reçoit également une fraction importante de la TVA. En 2024, son financement provenait notamment des cotisations, de la CSG et des impôts et taxes affectés.

Cela pourrait donner l’impression que la santé n’est plus essentiellement financée par le travail. Mais la CSG est en grande partie prélevée sur les revenus d’activité, tandis que la TVA est acquittée lors de la consommation des revenus distribués.

La source économique reste donc la même :

activité humaine → revenus → cotisations et CSG → consommation et TVA → financement de la santé.

Lorsque le gouvernement augmente les franchises, une nouvelle étape s’ajoute :

activité → salaire → prélèvements sociaux → TVA → complémentaire santé → franchises → reste à charge.

Le salarié finance ainsi le système à plusieurs endroits sans toujours percevoir qu’il s’agit de la même dépense qui circule d’un compte à l’autre.

5. Le salarié ne paie pas seulement sur sa fiche de paie

 

La DREES estime que les cotisations maladie, la CSG et les taxes sur la consommation affectées à l’Assurance maladie représentent ensemble environ 11 % du revenu des ménages. Les salariés et les travailleurs indépendants contribuent davantage que les autres catégories, notamment en raison des prélèvements reposant sur les revenus d’activité.

Notre estimation selon laquelle un salarié peut consacrer indirectement jusqu’à 51 % de la valeur de son salaire au circuit complet de la santé doit cependant être expliquée avec précaution.

Ce chiffre ne représente pas le taux officiel de la cotisation maladie figurant sur une fiche de paie. Il correspond à notre reconstitution économique élargie, qui additionne ou réaffecte notamment :

  • la part du coût patronal considérée comme produite par le travail du salarié ;

  • les cotisations et contributions sociales ;

  • la CSG ;

  • la part de TVA finançant la branche maladie ;

  • la complémentaire santé ;

  • les franchises et les restes à charge ;

  • ainsi que certains prélèvements inclus dans les prix payés par le consommateur.

Cette méthode cherche à identifier le payeur économique final, et non seulement celui qui effectue administrativement le versement.

La décision gouvernementale confirme notre raisonnement : lorsqu’un financement ne peut plus être prélevé ouvertement sur le salaire, il réapparaît sous la forme d’une taxe, d’une cotisation complémentaire ou d’un reste à charge.

6. La responsabilisation du malade

 

La justification politique des franchises repose généralement sur l’idée de « responsabiliser » les patients. Le malade devrait comprendre que les soins ont un coût et éviter les consommations inutiles.

Mais cette représentation soulève une difficulté : le patient ne décide ni de vieillir, ni de développer une affection chronique, ni du prix des médicaments prescrits, ni de l’organisation hospitalière, ni du tarif des actes.

La consommation de santé n’est pas une consommation ordinaire. La personne ne consulte généralement pas un médecin pour accroître son confort de consommation, mais parce qu’elle estime que son état le nécessite.

Augmenter son reste à charge ne distingue pas le soin inutile du soin indispensable. Cela distingue seulement celui qui peut encore payer de celui qui hésitera à consulter, à renouveler un traitement ou à effectuer un examen.

Les franchises sont en outre concentrées sur les personnes qui consomment le plus de soins. Relever leur plafond affecte donc particulièrement les malades chroniques et les personnes âgées, puisque ce sont eux qui atteignent le plus fréquemment les plafonds annuels.

La responsabilisation devient ainsi une manière de faire porter sur le malade la responsabilité d’un déficit produit par l’organisation générale du financement.

7. Le choix politique réel

 

Le gouvernement disposait théoriquement de plusieurs possibilités :

augmenter les recettes collectives ;

élargir davantage l’assiette du financement aux revenus du capital et aux productions automatisées ;

réorganiser les parcours de soins ;

négocier les prix des médicaments et des équipements ;

réduire les frais de gestion et les superpositions entre l’Assurance maladie et les complémentaires ;

développer une politique de prévention de long terme ;

ou augmenter directement le reste à charge des patients.

Il a choisi cette dernière possibilité parce qu’elle permet d’améliorer immédiatement le compte de l’Assurance maladie sans afficher une hausse générale des cotisations ou des impôts.

Il s’agit donc d’un choix politique avant d’être une nécessité technique.

Ce choix affirme implicitement que la progression des besoins de santé doit être supportée davantage par ceux qui tombent malades que par l’ensemble de la collectivité.

8. La boucle continue

 

Le salarié finance la santé par son travail. Son employeur intègre les prélèvements sociaux dans le coût de production. Ce coût est incorporé dans les prix. Le salarié paie ensuite ces prix en tant que consommateur, avec la TVA qu’ils contiennent. Il finance sa complémentaire santé, puis paie encore les franchises et les soins insuffisamment remboursés.

Lorsque ces dépenses réduisent son pouvoir d’achat, il consomme moins. Les entreprises vendent moins, l’emploi et les recettes sociales progressent moins rapidement, tandis que le déficit réapparaît.

La boucle devient alors :

salaire → cotisations → prix → TVA → dépenses de santé → déficit → déremboursement → hausse des mutuelles et du reste à charge → réduction du pouvoir d’achat → ralentissement de l’activité → insuffisance des recettes.

Le gouvernement intervient à l’intérieur de la boucle sans en modifier la structure.

 

 

9. Le problème n’est pas que nous nous soignons trop

 

Nous vivons plus longtemps, nous dépistons davantage de maladies et nous savons traiter des pathologies autrefois incurables. Le besoin de santé augmente parce que les connaissances médicales progressent.

La réponse ne peut donc pas consister indéfiniment à demander aux salariés de cotiser davantage, aux patients de payer davantage et aux professionnels de réduire leurs moyens.

Notre organisation économique continue de faire dépendre l’accès à la santé d’une richesse principalement mesurée et distribuée par l’emploi humain, au moment même où les machines, les logiciels, l’intelligence artificielle et les organisations automatisées prennent une part croissante dans la production.

Tant que cette production technologique ne participera pas directement au financement de la vie et de la santé, le nombre des cotisants humains et leurs revenus resteront continuellement confrontés à l’augmentation des besoins.

Le Modèle Joule propose précisément de sortir de cette contradiction. Il ne financerait plus la santé à partir du seul salaire, mais à partir de l’ensemble de l’énergie productive mobilisée par la société, qu’elle soit humaine, mécanique ou numérique.

10. Conclusion

 

Le gouvernement annonce 2 milliards d’euros d’économies. En réalité, il ne supprime pas 2 milliards de dépenses de santé : il change leur adresse comptable.

La Sécurité sociale remboursera moins. Les malades, les complémentaires et les entreprises paieront davantage. Puis les cotisations des mutuelles, les coûts de production et les prix augmenteront à leur tour.

La décision ne rompt donc pas la boucle. Elle la prolonge.

La question politique véritable n’est pas de savoir combien les malades doivent encore payer. Elle est de savoir comment une société qui produit de plus en plus avec des machines peut financer des besoins humains qui augmentent avec l’âge, la connaissance et le progrès médical.

Réduire les remboursements permet de présenter momentanément un meilleur compte. Cela ne constitue pas une politique de santé. C’est le déplacement d’une facture que le citoyen avait déjà financée et qu’on lui demande maintenant de payer une nouvelle fois.

Graphique : Sécurité sociale: le déficit ne disparaît pas, il se déplace, et les salariés le finance toujours.

Qui paie vraiment la France ? ou état d'impuissance ?

Chapitre II.


 

1. Comment nous avons retrouvé environ 51 % de protection sociale dans la valeur du salaire

 

Ce tableau ne reproduit pas un taux officiel figurant sur une seule ligne du bulletin de paie. Il reconstitue la part de protection sociale comprise dans la valeur totale du travail, en réunissant ce qui est juridiquement payé par le salarié et ce qui est juridiquement versé par l’employeur.

Élément reconstitué

Part approximative rapportée au salaire brut fiscal

Lecture habituelle

Lecture économique retenue

Cotisations et contributions prélevées sur le salaire

22 à 25 %

Elles sont payées par le salarié

Elles réduisent directement son revenu disponible

Cotisations dites patronales

26 à 29 %

Elles sont payées par l’employeur

Elles appartiennent au coût du travail produit par le salarié et sont intégrées dans les prix

Protection sociale totale comprise dans la valeur du travail

48 à 54 %

Deux payeurs distincts

Un même circuit économique

Valeur centrale retenue dans notre étude

environ 51 %

—

Part socialisée de la valeur du salaire

Les taux exacts varient selon le niveau de rémunération, le statut du salarié, le secteur d’activité, les allègements de cotisations et les risques couverts. Le chiffre de 51 % constitue donc un ordre de grandeur construit à partir d’un bulletin représentatif, et non un taux légal universel.

Il ne signifie pas qu’un salarié verse personnellement 51 % de son salaire à la seule branche maladie. Il signifie qu’une part proche de la moitié de la valeur salariale complète finance l’ensemble de la protection sociale : santé, retraites, famille, accidents du travail, chômage, autonomie et autres dispositifs associés.

Cette lecture doit être distinguée de la comptabilité officielle. En 2023, les cotisations représentaient 54 % des recettes des administrations de Sécurité sociale : 38 % étaient juridiquement attribuées aux employeurs et 17 % aux salariés. Les impôts et taxes affectés représentaient 37 % des recettes, dont 20 % pour la CSG. Mais les documents officiels reconnaissent également que la CSG est largement prélevée sur les revenus du travail et que les taxes du type TVA représentent une part croissante du financement.

La différence entre les deux lectures est donc la suivante :

La comptabilité officielle classe les recettes selon celui qui les verse juridiquement. Notre analyse cherche celui qui les supporte économiquement au terme du circuit des salaires, des prix, de la consommation et des prélèvements.

2. La participation fantôme des salariés à la gestion de leur Sécurité sociale

 

La décision de réduire les remboursements ne révèle pas seulement une difficulté financière. Elle met également en évidence l’effacement progressif des salariés dans la gestion d’un système qu’ils contribuent pourtant largement à financer.

La Sécurité sociale de 1945 reposait sur trois principes : sa généralisation, son financement par les cotisations des salariés et des employeurs et une démocratie sociale donnant aux représentants des travailleurs une autonomie de gestion. De 1945 à 1967, les administrateurs des caisses étaient directement élus par les salariés. Depuis 1967, ils sont désignés par les organisations syndicales et patronales. À partir du plan Juppé de 1995 et de la réforme constitutionnelle de 1996, le Gouvernement et le Parlement ont pris une place déterminante à travers les lois annuelles de financement de la Sécurité sociale et les conventions conclues entre l’État et les caisses.

Les syndicats siègent encore dans les conseils des caisses. Ils examinent les budgets, votent des avis et participent aux orientations administratives. Mais les montants des prestations, les taux de cotisations et les grands équilibres financiers sont désormais principalement décidés par le Gouvernement et le Parlement.

La participation syndicale n’est donc pas totalement inexistante, mais elle est devenue largement consultative. Elle ressemble de plus en plus à une participation fantôme : les représentants des salariés demeurent présents dans les institutions, tandis que le pouvoir de fixer les ressources et les remboursements s’est déplacé vers l’État.

Graphique : De la sécurité sociale des salariés à la gestion par l'état.

Qui paie vraiment la France ? ou état d'impuissance ?

3. Les syndicats protestent, mais sans remettre en cause la boucle

 

Il serait inexact d’affirmer que les syndicats sont restés totalement silencieux devant le nouveau plan. La CGT a dénoncé le doublement des franchises, la baisse des remboursements et le transfert des dépenses vers les complémentaires. Elle reconnaît explicitement qu’un transfert vers les mutuelles ne constitue pas une économie et qu’il finit par augmenter les cotisations supportées par les salariés et les entreprises. Force ouvrière s’est également opposée aux franchises et aux économies réalisées au détriment des malades.

Le problème se situe donc moins dans une absence totale de réaction que dans les limites du raisonnement proposé.

Les syndicats défendent les remboursements, demandent davantage de recettes, dénoncent les exonérations de cotisations et proposent souvent une contribution accrue des revenus du capital ou des grandes entreprises. Mais ils n’expliquent presque jamais au salarié le circuit complet par lequel les prélèvements dits patronaux, les taxes sur les entreprises, les cotisations des complémentaires et les impôts sur la production se retrouvent dans les prix.

Ils continuent ainsi à parler comme s’il existait plusieurs payeurs indépendants :

  • le salarié ;

  • l’employeur ;

  • l’entreprise ;

  • l’État ;

  • les riches ;

  • les consommateurs.

Or ces acteurs appartiennent au même circuit économique.

L’entreprise ne produit pas elle-même l’argent qu’elle verse. Elle le retire de ses ventes, donc des prix acquittés par ses clients. Lorsqu’elle paie une cotisation patronale, une taxe ou une complémentaire santé, elle l’intègre dans son coût de production. Ce coût se retrouve ensuite dans le prix du bien ou du service.

Le salarié paie donc une première fois comme producteur par la part socialisée de son travail, puis une seconde fois comme consommateur lorsque les charges de l’entreprise sont incorporées dans les prix.

4. La fiscalisation a rendu le financement plus invisible

 

Le passage progressif des cotisations vers la CSG, la TVA et les autres taxes a élargi l’assiette du financement. Il a aussi rendu beaucoup plus difficile l’identification de celui qui paie.

En 2023, les impôts et taxes affectés représentaient 37 % des recettes des administrations de Sécurité sociale. La CSG en constituait la principale recette fiscale. En 2024, 67 % du rendement de la CSG provenait encore des revenus d’activité, 21,5 % des revenus de remplacement et 10,9 % des revenus du patrimoine et des placements.

Le financement ne s’est donc pas réellement détaché du travail. Il a été dispersé entre plusieurs prélèvements :

salaire → cotisations → CSG → prix → TVA → mutuelle → franchises → reste à charge.

Cette dispersion produit une illusion politique. Chacun croit qu’un autre pourrait payer à sa place :

  • le salarié désigne l’employeur ;

  • l’employeur désigne le consommateur ;

  • le consommateur désigne l’État ;

  • l’État désigne le contribuable ;

  • les partis de gauche désignent les riches ;

  • les partis de droite désignent les malades, les chômeurs ou les prétendus abus.

Mais aucun prélèvement ne crée de richesse. Il répartit une richesse préalablement produite.

5. Le financement repose-t-il exclusivement sur les salariés du privé ?

 

Cette proposition constitue le point le plus original, mais aussi le plus contestable, de notre analyse. Elle doit être exposée comme une thèse économique et non comme une donnée officielle.

Les comptes nationaux répartissent la valeur ajoutée entre la rémunération du travail, les prélèvements et l’excédent d’exploitation rémunérant le capital. Ils reconnaissent donc plusieurs facteurs et plusieurs bénéficiaires de la production.

Notre lecture remonte cependant plus loin dans le circuit.

Les personnels publics sont payés par des prélèvements provenant de l’activité économique. Les retraités reçoivent un revenu issu des cotisations et des impôts, puis contribuent à leur tour par la CSG, la TVA et leurs achats. Les employeurs financent juridiquement certaines cotisations, mais récupèrent leur coût dans les prix lorsque la concurrence et la demande le permettent. Les détenteurs du capital participent par l’impôt, mais peuvent reconstituer une partie de leur revenu par les prix, les rendements, les dividendes ou l’appréciation de leurs actifs.

Dans cette lecture, les salariés du secteur marchand constituent la principale origine humaine du circuit monétaire, parce que leur travail produit les biens et services vendus dont sont tirés les salaires, les profits et les prélèvements.

Cela ne signifie pas que les fonctionnaires, les indépendants, les entrepreneurs ou les retraités seraient inutiles ou ne contribueraient pas à la société. Cela signifie que le financement monétaire de leurs activités doit finalement rencontrer une production échangeable permettant de prélever et de redistribuer une valeur.

La difficulté moderne est que cette production repose de moins en moins exclusivement sur le travail salarié. Les machines, les logiciels, les robots et l’intelligence artificielle produisent une part croissante de la valeur, tandis que notre financement social continue d’être organisé autour des revenus humains du travail.

6. Les études de long terme existent

 

Le déséquilibre futur ne constitue pas une surprise.

Les nouvelles projections de l’Insee indiquent qu’entre 2026 et 2070, la France pourrait perdre 8,9 millions d’habitants de moins de 45 ans et compter 5,8 millions de personnes supplémentaires âgées de 65 ans ou plus. L’augmentation concernerait surtout les personnes de 80 ans ou plus, dont le nombre progresserait de 4,6 millions.

Les projections de population active indiquent également qu’après une progression de plus en plus faible, le nombre d’actifs commencerait à diminuer à partir de 2040. La baisse serait ensuite comprise entre 30 000 et 50 000 actifs par an selon les périodes.

Dans le même temps, la DREES prévoit près de 23 millions de personnes de 60 ans ou plus en 2050, soit cinq millions de plus qu’en 2021. Elle estime que 738 000 personnes supplémentaires pourraient être en perte d’autonomie et que 150 000 à 200 000 emplois supplémentaires seraient nécessaires pour les accompagner.

Les dépenses de santé atteignaient déjà 333 milliards d’euros en 2024, soit 11,4 % du produit intérieur brut. La consommation de soins et de biens médicaux représentait 255 milliards d’euros et progressait de 3,6 % sur un an.

Nous connaissons donc depuis longtemps les trois courbes qui vont se croiser :

Évolution prévisible

Conséquence

Vieillissement de la population

Besoins sanitaires et d’autonomie en hausse

Progression plus lente puis diminution de la population active

Base humaine de cotisation moins dynamique

Progrès médicaux et techniques

Davantage de maladies traitées et des traitements plus longs

Automatisation de la production

Moins de lien direct entre richesse produite et masse salariale

Maintien d’un financement centré sur les revenus humains

Déficits, transferts et déremboursements répétés

Le gouvernement ne découvre donc pas un accident budgétaire. Il gère année après année les conséquences d’une transformation démographique et productive étudiée depuis des décennies.

Graphique : vieillissement, moins d'actifs, plus de besoins de santé

Qui paie vraiment la France ? ou état d'impuissance ?

7. Pourquoi les représentants des salariés ne changent-ils pas de raisonnement ?

 

Nous ne pouvons pas démontrer l’existence d’une volonté organisée de dissimuler ce circuit. Le silence rencontré après l’envoi de nos études peut avoir plusieurs explications plus ordinaires.

La première est institutionnelle. Les syndicats ont été construits pour négocier les salaires, les cotisations, les conditions de travail et les prestations à l’intérieur du salariat. Reconnaître que le travail humain ne pourra plus rester le pilier principal du financement les obligerait à transformer leur propre fonction historique.

La deuxième est politique. Dire aux salariés qu’ils financent directement ou indirectement l’essentiel du système est moins mobilisateur que leur promettre de faire payer quelqu’un d’autre.

La troisième est intellectuelle. Le financement est divisé entre les bulletins de salaire, les budgets publics, la fiscalité, les assurances complémentaires, les prix et la dette. Chaque spécialiste étudie une partie du circuit sans toujours revenir au payeur économique final.

La quatrième est électorale. Un responsable qui annoncerait que les prélèvements sur les entreprises peuvent revenir dans les prix risquerait d’être accusé de défendre les employeurs. Celui qui expliquerait que taxer les grandes fortunes ne suffira pas serait accusé de protéger les riches. La complexité du circuit est alors abandonnée au profit de slogans immédiatement compréhensibles.

La cinquième est culturelle. Nous continuons à croire que la richesse est créée par l’argent, par l’investissement ou par l’État, alors que l’argent ne produit rien par lui-même. Il ne fait qu’autoriser, mesurer et répartir l’accès aux productions humaines et mécaniques.

8. Taxer les riches ne supprime pas le problème

 

Une fiscalité plus progressive peut réduire les inégalités, financer des besoins collectifs et limiter la concentration patrimoniale. Elle possède donc une utilité sociale réelle.

Mais elle ne constitue pas à elle seule une nouvelle base durable de financement.

Lorsqu’une personne riche paie davantage d’impôts, plusieurs situations sont possibles. Elle peut réellement réduire sa consommation ou son patrimoine. Mais elle peut aussi chercher à maintenir son rendement, augmenter le prix de ses services, déplacer son capital, modifier ses investissements ou recevoir des revenus supplémentaires tirés des entreprises qu’elle possède.

Une partie du prélèvement peut alors revenir dans le circuit des prix et être supportée par les consommateurs, les salariés ou d’autres entreprises. Cela ne signifie pas qu’il ne faut jamais taxer les riches. Cela signifie que la fiscalité redistribue la richesse existante mais ne remplace pas une réforme de sa production et de son affectation.

La question n’est donc pas seulement :

Qui allons-nous davantage taxer ?

Elle est :

Sur quelle production nouvelle allons-nous faire reposer durablement les besoins croissants de la population ?

9. Une démocratie politique sans démocratie économique réelle

 

Tous les citoyens majeurs disposent du droit de vote. Ils peuvent choisir les représentants qui décident des prestations sociales, des impôts, des dépenses publiques et des remboursements de santé.

Mais ils ne disposent pas tous de la même place dans la production et dans son financement.

La démocratie politique repose sur l’égalité des voix. Le financement du pays repose sur une organisation économique profondément inégale et sur des circuits que la majorité des citoyens ne peut pas lire.

Le bulletin de salaire sépare artificiellement la contribution salariale et la contribution patronale. Les prix ne disent pas quelle part finance la protection sociale. La TVA est prélevée sans que le consommateur sache quelle fraction est ensuite affectée à la Sécurité sociale. Les complémentaires présentent leurs cotisations comme un nouveau paiement alors qu’elles prennent en charge une dépense précédemment socialisée.

Le citoyen vote donc sur des dépenses dont il ignore souvent qu’il constitue lui-même le payeur final.

Il peut voter pour augmenter les prestations, diminuer les impôts, faire contribuer les entreprises, taxer les riches et préserver son pouvoir d’achat, sans qu’aucun responsable ne lui explique que ces choix se rejoignent finalement dans les mêmes prix, les mêmes revenus et la même production.

10. La France des Lumières est-elle entrée dans l’ombre de sa gestion ?

 

Le discours politique célèbre régulièrement la France des Lumières, de la Révolution, des droits humains, de la Sécurité sociale et des grandes découvertes.

Mais les Lumières ne sont pas nées d’une consultation populaire majoritaire. Elles ont été portées par une minorité instruite capable de contester les vérités établies, l’autorité religieuse et l’ordre monarchique. Les populations ne disposaient ni du suffrage universel, ni de l’instruction, ni des moyens modernes d’information.

Aujourd’hui, les citoyens votent, les responsables politiques sont instruits, les syndicats disposent d’experts et les administrations accumulent les études. Pourtant, notre système semble moins capable de penser une transformation radicale.

Dans l’économie, nous cherchons à préserver le financement par le salaire alors que la machine remplace progressivement l’homme.

Dans la justice, nous multiplions les peines et les interdits sans retrouver l’audace intellectuelle de Beccaria, qui osa contester la torture, la peine de mort et la vengeance judiciaire.

Dans l’éducation, nous revenons à la sélection des initiés alors que la complexité du monde exige un apprentissage permanent pour tous.

Dans la politique, même les partis qui se présentent comme les héritiers de la gauche restent prisonniers de la boucle salaire, cotisations, prix, impôts et capital.

Dans les religions, les textes anciens continuent souvent à être défendus comme des prescriptions intemporelles plutôt que réinterprétés à la lumière des connaissances nouvelles.

La France se glorifie donc de ses ancêtres novateurs tout en administrant l’héritage qu’ils lui ont laissé sans parvenir à accomplir une rupture comparable.

Si les responsables politiques actuels avaient gouverné au temps des Lumières avec la prudence, les interdits et le conformisme qu’ils manifestent aujourd’hui, la France serait peut-être restée dans l’ombre de sa royauté.

11. La question adressée aux syndicats et aux partis de gauche

 

La question ne consiste pas seulement à leur demander pourquoi ils n’ont pas empêché une nouvelle baisse des remboursements.

Elle est plus profonde :

Pourquoi continuent-ils à défendre un financement reposant principalement sur le travail humain, alors qu’ils savent que le nombre relatif des cotisants diminuera, que les besoins progresseront et que la production sera de plus en plus automatisée ?

Pourquoi demandent-ils toujours davantage de cotisations, de CSG ou d’impôts sans expliquer qui les retrouvera finalement dans les prix ?

Pourquoi acceptent-ils de siéger dans des organismes dont les décisions essentielles ont été transférées au Gouvernement et au Parlement ?

Pourquoi ne revendiquent-ils pas que la production mécanique et numérique participe directement au financement de la vie ?

Pourquoi ne disent-ils pas aux salariés que la promesse de faire payer exclusivement les entreprises, les employeurs ou les riches ne peut pas suffire, puisque ces acteurs restent intégrés au même circuit économique ?

Le silence rencontré ne prouve pas qu’ils ignorent notre étude. Il révèle peut-être une difficulté plus grave : la proposition sort de leurs catégories habituelles et les obligerait à reconnaître que le salariat ne pourra plus rester le centre de la protection sociale.

12. Conclusion — Les études existent, mais la décision manque

 

Nous savons que la population vieillit.

Nous savons que les besoins de santé et d’autonomie vont augmenter.

Nous savons que la population active progressera moins rapidement avant de diminuer.

Nous savons que la production utilise de plus en plus de machines et de technologies.

Nous savons enfin que transférer une dépense de l’Assurance maladie vers les mutuelles ou les ménages ne constitue pas une économie collective.

Ce qui manque n’est donc pas l’information. Ce qui manque est la décision de sortir du modèle existant.

Les gouvernements administrent le déficit. Les syndicats défendent les remboursements. Les partis de gauche proposent de nouvelles redistributions. Les partis de droite demandent davantage de responsabilisation individuelle. Mais tous continuent à raisonner à l’intérieur d’un système où la protection sociale doit être financée par les revenus tirés du travail humain.

Le Modèle Joule pose une autre question : pourquoi continuer à prélever uniquement ou principalement sur l’homme lorsque les machines produisent à sa place ?

La baisse des remboursements n’est pas une fatalité sanitaire. Elle est le résultat d’une incapacité politique à adapter le financement de la vie à la transformation de la production.

La France ne manque ni d’études, ni d’experts, ni d’histoire intellectuelle. Elle manque aujourd’hui de responsables capables d’en tirer une organisation nouvelle.

Chapitre III.


 

1. En finir avec la fiction de « l’État financeur »

 

Il faut en finir avec une expression trompeuse, répétée quotidiennement dans les discours politiques, médiatiques et syndicaux : « l’État finance ».

L’État ne finance rien à partir d’une richesse qui lui serait propre. Il ne produit ni les médicaments, ni les logements, ni les aliments, ni les machines, ni les heures de travail nécessaires au fonctionnement de la société. Il prélève une partie des revenus issus de la production, les redistribue, les emprunte lorsqu’ils sont insuffisants et décide de leur affectation.

Lorsqu’un ministre annonce que l’État finance un hôpital, une école, une pension de retraite, une allocation ou une politique de santé, il faudrait dire plus exactement :

L’État utilise une partie de la richesse produite, prélevée sur les revenus du travail, sur la consommation et sur les activités économiques, afin de financer cette dépense.

Cette correction n’est pas seulement une question de vocabulaire. Elle change entièrement la compréhension du système.

La formule « l’État paiera » laisse croire au citoyen que la dépense sera supportée par une entité extérieure à lui. Elle dissimule le fait que l’argent public provient des salaires, des cotisations, de la CSG, de la TVA, des impôts incorporés aux prix, de la dette qui devra être remboursée et, finalement, de la production réelle de la société.

L’État ne crée donc pas le financement. Il en organise le prélèvement et la circulation.

2. Les salariés ne savent pas qu’ils financent tout : il faut leur montrer comment

 

Il ne suffit pas d’affirmer que les salariés financent le système. Encore faut-il leur expliquer le circuit par lequel leur travail est prélevé plusieurs fois sous des appellations différentes.

Le salarié voit sur son bulletin de paie des cotisations dites salariales. Il croit que les cotisations patronales sont payées par son employeur. Il paie ensuite la TVA sans savoir quelle part finance la protection sociale. Il acquitte une mutuelle, des franchises médicales, des impôts locaux ou nationaux et les taxes incluses dans les produits qu’il achète.

Chaque paiement lui est présenté comme une opération distincte.

Pourtant, tous proviennent du même circuit :

production → salaire et chiffre d’affaires → cotisations et impôts → prix → consommation → TVA → financement public et social.

Les cotisations patronales ne tombent pas du ciel. Elles appartiennent au coût total de la production. L’entreprise les récupère dans ses prix lorsqu’elle vend ses biens ou ses services.

Les impôts sur les entreprises ne sont pas prélevés dans une réserve extérieure à l’économie. Ils diminuent la marge, modifient l’investissement ou sont répercutés dans les prix.

Les prélèvements sur les revenus du capital proviennent eux-mêmes des bénéfices, des dividendes, des intérêts, des loyers ou des plus-values retirés de l’activité économique.

Même la dette publique ne crée pas une richesse nouvelle. Elle permet de dépenser aujourd’hui des revenus qui devront être prélevés demain.

Le salarié paie donc directement par son travail et indirectement par les prix de tout ce qu’il consomme.

3. L’illusion selon laquelle les autres paieront

 

Tous les jours, les responsables politiques proposent de faire payer quelqu’un d’autre.

La droite affirme que les malades, les chômeurs, les étrangers ou les prétendus assistés doivent davantage contribuer.

La gauche annonce que les employeurs, les grandes entreprises, les banques ou les riches paieront.

Les syndicats demandent une augmentation des cotisations patronales comme si celle-ci ne pouvait jamais revenir dans le coût de production et dans les prix.

Le Gouvernement transfère une dépense de la Sécurité sociale vers les mutuelles et appelle cela une économie.

Chacun déplace la facture vers une autre colonne comptable et présente ce déplacement comme une solution.

Mais, au bout du circuit, la richesse nécessaire doit toujours être produite. Une taxe ne crée pas un médicament. Une cotisation ne soigne pas un patient. Un impôt ne construit pas directement un hôpital. Ces prélèvements donnent seulement accès au travail, aux matières, à l’énergie, aux connaissances et aux machines nécessaires à leur réalisation.

La question véritable n’est donc jamais seulement : Qui allons-nous taxer ?

Elle est : Qui produit la richesse réelle, et comment celle-ci est-elle distribuée ?

Tant que cette question n’est pas expliquée aux salariés, le débat politique reste un spectacle de magicien. La facture disparaît d’une main pour réapparaître dans l’autre.

4. L’inadmissible silence des syndicats et de la gauche

 

Cette illusion est particulièrement inadmissible lorsqu’elle est entretenue par les organisations censées représenter les salariés.

Les syndicats savent que les cotisations sont assises sur le travail. Ils savent que les entreprises répercutent leurs coûts dans les prix. Ils savent que la TVA est payée par le consommateur et que les complémentaires santé sont financées par les salariés, directement ou par l’intermédiaire de l’entreprise.

Ils savent également que la production se mécanise et que la masse salariale ne peut plus demeurer éternellement l’assiette principale du financement social.

Pourtant, ils continuent à présenter chaque augmentation des prélèvements patronaux comme une contribution extérieure aux salariés.

Les partis politiques de gauche dénoncent le capitalisme, mais restent incapables d’expliquer aux travailleurs le circuit par lequel ils alimentent eux-mêmes l’ensemble du système capitaliste, public et social.

Ils leur disent : Nous ferons payer les riches.

Mais ils n’expliquent pas comment une partie du prélèvement peut revenir dans les prix, les loyers, les intérêts, les dividendes, les investissements ou la valeur des actifs.

Ils leur disent : L’État prendra en charge.

Mais ils ne disent pas que l’État prélèvera cette prise en charge sur la production, les revenus et la consommation.

Ils leur disent :

L’entreprise cotisera davantage.

Mais ils ne disent pas que cette cotisation deviendra une composante du coût du produit acheté ensuite par le salarié.

Cette incapacité à présenter le circuit complet constitue un aveu : les organisations traditionnelles n’ont pas trouvé de solution permettant de remplacer l’économie capitaliste qu’elles dénoncent.

Elles restent enfermées dans les mêmes catégories :

  • salaire ;

  • cotisation ;

  • impôt ;

  • profit ;

  • prix ;

  • dette ;

  • redistribution.

Elles déplacent les proportions sans modifier la structure.

5. Les tours de passe-passe remplacent l’innovation

 

La baisse des remboursements de santé illustre parfaitement cette absence de solution.

Le Gouvernement diminue la participation de l’Assurance maladie. La dépense passe aux mutuelles. Les mutuelles augmentent leurs cotisations. Les entreprises prennent en charge une partie de ces cotisations. Elles les incluent dans leurs coûts. Les prix augmentent. Le salarié paie finalement comme assuré, comme travailleur et comme consommateur.

Pourtant, la décision est présentée comme une économie.

Il s’agit d’un tour de passe-passe comptable.

Le même mécanisme existe lorsque l’État compense une baisse de cotisations par une fraction de TVA, lorsqu’il finance une aide aux entreprises par la dette ou lorsqu’il augmente un impôt en promettant que seuls les plus riches le supporteront.

La dépense change de compte, de nom ou de date. Elle ne disparaît pas.

Les responsables couvrent ainsi leur incapacité d’innovation par des déplacements comptables dignes d’un magicien : ils attirent l’attention sur la main qui distribue afin que personne ne regarde celle qui prélève.

6. Un guide de compréhension des revenus du travail

 

Les salariés auraient besoin d’un véritable guide de compréhension et d’utilisation des revenus produits par leur activité.

Ce guide devrait montrer, pour cent euros de valeur créée :

  • ce qui devient salaire direct ;

    ce qui est versé en cotisations sociales ;

    ce qui finance les retraites et la santé ;

    ce qui est prélevé par la fiscalité ;

    ce qui est incorporé dans les prix ;

    ce qui rémunère le capital ;

    ce qui finance les services publics ;

    ce qui est consacré à l’investissement ; et ce qui provient désormais du travail des machines, des logiciels et de l’intelligence artificielle.

Le bulletin de paie ne suffit pas. Il ne montre qu’une partie du circuit.

Les comptes publics ne suffisent pas. Ils classent les recettes selon celui qui les verse juridiquement, sans toujours rechercher celui qui en supporte économiquement le coût.

Les prix ne suffisent pas. Ils ne révèlent pas les prélèvements, les marges et les coûts sociaux qu’ils contiennent.

Il faut donc reconstituer l’ensemble du parcours de la valeur.

7. Du travail humain au travail machinique

 

Dire que les salariés financent tout ne signifie pas que leur corps accomplit encore matériellement toute la production.

Une part croissante de la richesse est désormais produite avec des machines, des logiciels, des robots et des systèmes d’intelligence artificielle. Mais cette production mécanique reste juridiquement rattachée au capital qui possède les équipements.

Le salarié crée directement une partie de la richesse par son activité. Il contribue également indirectement à la production machinique par ses connaissances, son organisation, son entretien des équipements et les générations de travail ayant permis leur conception.

Pourtant, les revenus issus de la machine ne sont pas socialisés comme ceux du travail humain.

Le système prélève fortement le salaire, mais ne reconnaît pas la machine comme partenaire direct du financement social.

C’est cette contradiction qui doit être expliquée :

La richesse ne dépend plus seulement du nombre de salariés, mais la protection sociale continue à dépendre principalement de leurs revenus.

Tant que cette contradiction subsistera, les gouvernements réduiront les prestations, augmenteront les prélèvements ou transféreront les dépenses vers les ménages.

8. La première tâche politique : dire qui paie réellement

 

Avant de promettre une nouvelle réforme fiscale, les partis et les syndicats devraient commencer par dire la vérité aux salariés.

L’État ne paie pas à leur place.

L’employeur ne paie pas indépendamment de la production.

Le consommateur n’est pas séparé du salarié.

Les riches ne constituent pas une source inépuisable extérieure au circuit.

La dette ne finance pas gratuitement le présent.

Toute dépense collective repose finalement sur une richesse produite, puis distribuée par des circuits monétaires et juridiques.

La première émancipation économique consiste donc à rendre ces circuits visibles.

Un citoyen ne peut décider démocratiquement de l’utilisation de la richesse s’il ignore comment elle est créée, prélevée et redistribuée.

Le suffrage universel donne à chacun une voix politique. Mais sans connaissance du circuit économique, cette voix choisit entre des illusions concurrentes.

Il est temps de donner aux salariés la lecture complète de la valeur qu’ils produisent directement, indirectement et désormais machiniquement.

Ce n’est qu’à cette condition qu’ils pourront choisir consciemment ce qu’ils veulent financer, dans quelles proportions et selon quelle organisation.

Graphique : qui paie réellement ? le circuit invisible du financement


 

Qui paie vraiment la France ? ou état d'impuissance ?

9; Conclusion

 

L’État ne finance pas la Sécurité sociale, les hôpitaux, les retraites ou les services publics à partir d’une richesse qui lui appartiendrait.

Il organise l’utilisation de la richesse prélevée sur la production.

Les entreprises ne paient pas indépendamment de leurs ventes.

Les riches ne paient pas indépendamment des revenus qu’ils tirent de cette même économie.

Les salariés et les consommateurs se retrouvent au terme de tous ces circuits.

Continuer à leur faire croire que quelqu’un d’autre paiera à leur place est devenu inadmissible.

Cette illusion permet aux gouvernements, aux partis et aux syndicats de masquer leur incapacité à proposer une autre organisation économique.

Ils dénoncent les conséquences du capitalisme, mais continuent à raisonner avec ses instruments et à déplacer ses factures.

Le problème n’est plus de trouver un nouveau prélèvement.

Il est de reconnaître que la production humaine et machinique doit être organisée comme une réserve commune permettant de financer la vie.

Sans cette transformation, chaque réforme restera un tour de passe-passe et chaque économie annoncée une facture rendue momentanément invisible.


 

Chapitre IV.


 

1. Après 1995 : quand le bouc émissaire remplace l’explication économique

 

Dans le monde politique qui s’est installé après 1995, la complexité des circuits économiques a progressivement disparu du débat public. Elle a été remplacée par des explications immédiatement compréhensibles, qui désignent un responsable visible et promettent qu’il suffira de le contraindre, de le punir ou de l’écarter pour que la situation s’améliore.

Ce discours populiste, au sens péjoratif du terme, a été systématisé par le Front national puis par le Rassemblement national. Le programme officiel du RN associe lui-même la défense du pouvoir d’achat à la sécurité, à l’identité, à la réduction de l’immigration et à la priorité nationale. Il promet ainsi de réserver certains avantages aux Français, de réduire les prestations accordées aux étrangers, de renforcer les sanctions et de restaurer une souveraineté nationale présentée comme la condition du redressement.

Le mécanisme fonctionne parce qu’il offre une espérance simple à des citoyens qui ne comprennent plus le circuit qu’ils financent :

  • expulser les immigrés permettrait de retrouver les ressources qui manquent ;

  • poursuivre les fraudeurs rétablirait les comptes sociaux ;

  • punir plus fortement les délinquants rétablirait l’ordre ;

  • réserver les prestations aux nationaux protégerait le pouvoir d’achat ;

  • fermer davantage les frontières préserverait les emplois ;

  • produire français rétablirait l’industrie ;

  • sortir des contraintes européennes rendrait à la nation sa liberté ;

  • réduire les normes permettrait aux entreprises de produire ;

  • rétablir l’autorité ferait disparaître les désordres ;

  • confier davantage de pouvoir à un dirigeant résolu permettrait de dépasser l’impuissance des institutions ;

  • soumettre davantage les juges, les associations, les journalistes ou les contre-pouvoirs empêcherait les obstacles à la volonté populaire ;

  • multiplier les référendums permettrait au peuple de décider directement, même lorsque les conséquences économiques des réponses proposées ne lui sont pas expliquées.

Chacune de ces propositions peut correspondre à une difficulté réelle. Il existe des fraudes, des infractions, des dépenses injustifiées, des délocalisations et des dysfonctionnements administratifs. Mais leur accumulation devient une diversion lorsqu’elle laisse croire que leur suppression suffirait à résoudre un déséquilibre beaucoup plus profond : le vieillissement de la population, la diminution relative du nombre de cotisants, l’automatisation de la production et le maintien d’un financement social centré sur le travail humain.

Le populisme ne consiste pas seulement à mentir. Il consiste à prendre une difficulté visible et à lui attribuer une capacité explicative qu’elle ne possède pas.

La fraude devient la cause du déficit.

L’immigré devient la cause du chômage et de l’insuffisance des services publics.

Le délinquant devient la cause de la défiance.

L’Union européenne devient la cause de l’impuissance nationale.

Le fonctionnaire devient la cause de la dépense.

Le riche devient, dans le discours inverse, la réserve financière inépuisable qui pourrait tout payer.

Dans tous les cas, le fonctionnement général de l’économie demeure invisible.


 

Graphique : Après 1995 : quand le bouc émissaire remplace l'explication économique

Qui paie vraiment la France ? ou état d'impuissance ?

2. Une promesse sans explication : produire français

 

La formule « produire français » illustre parfaitement cette illusion.

Produire en France ne dépend pas seulement d’une volonté politique ou patriotique. Il faut disposer de matières premières, d’énergie, de machines, de connaissances, de travailleurs formés, d’investissements, de débouchés et de prix compatibles avec ceux des concurrents.

Lorsque les coûts humains sont plus élevés en France que dans les pays producteurs, la relocalisation suppose soit d’accepter des prix plus élevés, soit de diminuer les revenus, soit d’augmenter fortement la productivité grâce aux machines.

La solution présentée comme un retour de l’emploi industriel risque donc d’être une production française largement automatisée.

L’usine peut revenir sans que les emplois reviennent dans les mêmes proportions.

Une politique sérieuse devrait alors expliquer comment les revenus produits par cette usine machinique financeront les citoyens dont le travail humain ne sera plus nécessaire. Mais cette question n’est presque jamais posée.

Le slogan arrête son raisonnement à la porte de l’usine.

3. L’hélice politique de la diversion

 

Nous retrouvons ici le fonctionnement de l’hélice que nous avons mis en évidence.

La transformation économique produit de l’insécurité sociale.

L’absence d’explication produit de la défiance.

La défiance rend crédibles les explications simples.

Les explications simples désignent des boucs émissaires.

La désignation des boucs émissaires justifie davantage de contrôle, de sanctions et d’exclusion.

Ces politiques ne modifient pas le circuit économique, de sorte que les difficultés persistent.

La persistance des difficultés est alors utilisée pour démontrer que les mesures n’ont pas été suffisamment sévères.

L’échec ne conduit donc pas à changer de raisonnement. Il conduit à demander davantage de la même politique.

Il faut expulser davantage.

Contrôler davantage.

Punir davantage.

Fermer davantage.

Surveiller davantage.

Donner davantage de pouvoir à l’autorité.

L’hélice se nourrit de son propre échec.

La situation actuelle de défiance rend ce mécanisme particulièrement puissant. En 2026, seuls 15 % des Français déclarent faire confiance aux partis politiques et 23 % seulement estiment que la démocratie fonctionne bien. Le populisme prospère précisément dans cet espace en opposant un peuple supposé homogène à des élites accusées de trahir ses intérêts, tout en présentant la souveraineté nationale, le rejet du multiculturalisme et la restauration de l’autorité comme des réponses globales.

4. La contagion au reste du débat politique

 

Le phénomène ne se limite pas au RN.

À mesure que ses thèmes progressent dans l’opinion, les autres partis reprennent son vocabulaire ou tentent de répondre sur son terrain :

  • la droite cherche à apparaître plus ferme sur l’immigration, la sécurité et les prestations sociales ;

  • le centre développe la responsabilisation, le contrôle et la lutte contre les abus ;

  • une partie de la gauche répond en désignant les riches, les multinationales, les banques ou les actionnaires comme s’ils constituaient une économie extérieure à celle des salariés ;

  • les syndicats continuent à demander que « les employeurs paient » sans expliquer comment les coûts des entreprises rejoignent les prix ;

  • les médias organisent le débat autour de l’affrontement entre catégories visibles plutôt qu’autour de la circulation complète de la valeur.

Les responsables politiques ne proposent donc plus des organisations nouvelles. Ils proposent des payeurs différents.

Chacun affirme que la facture sera supportée par celui que son électorat apprécie le moins.

Le RN désigne l’étranger, le fraudeur et le délinquant.

La droite désigne l’assisté et la dépense publique.

La gauche désigne le riche et l’entreprise.

Le Gouvernement désigne le malade en augmentant son reste à charge.

Mais aucun ne dit clairement au salarié que ces catégories sont reliées par un même circuit et que la plupart des prélèvements reviennent finalement dans les salaires, les prix, la consommation ou la dette.

5. Une démocratie sans connaissance devient manipulable

 

On pourrait alors être tenté de conclure qu’il aurait mieux valu, comme au temps des Lumières, que les « manants » ne disposent pas du droit de vote. Une population insuffisamment informée pourrait ainsi être tenue à distance des décisions et protégée de ses propres choix émotionnels.

Mais cette conclusion reproduirait exactement ce que nous dénonçons.

Elle instituerait un nouveau cens de capacité.

Certains citoyens s’attribueraient le droit de décider quels autres seraient suffisamment instruits pour participer à la vie publique.

La peur du fascisme conduirait alors à supprimer l’égalité politique, c’est-à-dire à adopter l’un de ses principes essentiels.

Les Lumières ne peuvent pas servir à justifier une nouvelle tutelle des savants sur les ignorants. Leur héritage le plus important réside précisément dans la sortie de la tutelle et dans l’accès de chacun aux connaissances nécessaires pour exercer son jugement.

Le problème n’est donc pas que les citoyens votent.

Le problème est qu’on leur demande de voter sans leur expliquer le fonctionnement économique des décisions proposées.

Ils entendent que l’État paiera, sans qu’on leur dise d’où vient l’argent de l’État.

Ils entendent que l’employeur cotisera, sans qu’on leur explique comment ce coût entre dans les prix.

Ils entendent que les riches financeront les dépenses, sans qu’on leur montre comment une partie du prélèvement peut être récupérée dans les rendements, les loyers ou les prix.

Ils entendent que la préférence nationale libérera des milliards, sans comparaison sérieuse avec l’ensemble des besoins sociaux.

Ils entendent que produire français créera des emplois, sans qu’on leur dise quelle part de la production sera réalisée par des machines.

La démocratie sans connaissances devient manipulable.

Mais la connaissance sans démocratie devient une oligarchie.

Il faut donc associer les deux.

Graphique : L'hélice politique après 1995

Qui paie vraiment la France ? ou état d'impuissance ?

5. Le guide économique du citoyen

 

La réponse au populisme ne peut pas se limiter à le condamner moralement. Elle doit lui retirer ce qui fait sa force : l’absence d’une explication compréhensible du monde économique.

Chaque citoyen devrait pouvoir disposer d’un guide lui montrant :

  • comment se forme la valeur d’un produit ;

  • comment se répartit la valeur créée ;

  • ce que représente réellement le coût du travail ;

  • comment les cotisations patronales sont incorporées aux coûts ;

  • comment la TVA et les taxes rejoignent le financement public ;

  • comment les revenus du capital sont constitués ;

  • comment l’impôt peut être répercuté ou récupéré ;

  • comment la dette reporte les prélèvements dans le temps ;

  • comment la machine produit une valeur qui n’entre pas directement dans les cotisations sociales ;

  • pourquoi le transfert d’une dépense publique vers une mutuelle ou un ménage ne constitue pas une économie collective.

Ce guide ne devrait pas indiquer aux citoyens ce qu’ils doivent voter.

Il devrait leur permettre de repérer les tours de passe-passe.

Un citoyen pourrait alors demander à chaque candidat :

Qui produit réellement la richesse nécessaire à ta proposition ?
Par quel circuit sera-t-elle prélevée ?
Qui la supportera finalement ?
Cette mesure crée-t-elle une production nouvelle ou déplace-t-elle seulement une facture ?
Que se passera-t-il lorsque l’entreprise répercutera son coût ?
Quelle part sera produite par les machines et à qui reviendra son revenu ?

Une telle connaissance ne supprimerait ni les désaccords ni les émotions. Elle empêcherait seulement qu’un bouc émissaire puisse tenir lieu de politique économique.


 

Graphique : Le guide économique du citoyen : qui produit, qui finance qui reçoit ?

Qui paie vraiment la France ? ou état d'impuissance ?

6. L’obscurité contemporaine

 

La France célèbre les Lumières, mais elle entretient une obscurité économique quotidienne.

Elle donne à tous les citoyens le droit de voter, mais ne leur donne pas les moyens de suivre les revenus qu’ils produisent.

Elle leur demande de choisir entre davantage d’impôts, davantage de dette, davantage de cotisations ou davantage de déremboursements, sans leur montrer que ces solutions appartiennent au même circuit.

Elle leur présente l’étranger, le riche, l’entreprise, l’État ou le malade comme des payeurs séparés, alors qu’ils sont liés par les mêmes productions et les mêmes prix.

Cette obscurité alimente le populisme.

Lorsque le circuit réel n’est pas expliqué, le bouc émissaire devient une explication.

Lorsque l’innovation politique disparaît, l’autorité devient une solution.

Lorsque personne ne montre comment sortir de la boucle, le repli national devient une espérance.

Le fascisme ne vient pas seulement de citoyens ignorants qui voteraient mal. Il naît aussi de responsables instruits qui refusent d’expliquer, d’innover et de proposer une organisation crédible de remplacement.

La responsabilité première appartient donc à ceux qui savent, disposent des études, dirigent les institutions et continuent néanmoins à vendre l’illusion que quelqu’un d’autre paiera.

Graphique : L'obscurantisme contemporain

Qui paie vraiment la France ? ou état d'impuissance ?

7. Tocqueville

 

Tocqueville considérait que la démocratie abaissait le niveau des savoirs, faudrait-il donc ne faire voter que ceux qui savent établir un cens intellectuel comme il y a eu un cens financier.

Ce n'est pas la démocratie qui rend les citoyens ignorants c'est leur refus d'apprendre.

TOUS LES HUMAINS REFUSENT D'APPRENDRE SI ON NE LES Y OBLIGE PAS.

 

Le retrait du droit de vote ne protégerait pas la démocratie de la dérive vers le fascisme. Il commencerait par détruire la démocratie au nom de sa protection. Si le populisme péjoratif est une source de dérive fascisante, l'expérience de l'avant guerre de 40 a démontré que ce sont des gens instruits qui ont développé le fascisme. Il n'y a donc pas de bonne solution miraculeuse sauf apprendre pour trouver le juste à propos de toute chose. Et nous ne naissons pas avec cette faculté.

La solution est qu'il faut rendre aux citoyens la connaissance des circuits économiques qui leur a été retirée par leur complexité et par le langage trompeur des institutions.

Les salariés ne doivent plus seulement entendre qu’ils financent la société.

Ils doivent pouvoir voir comment ils la financent.

Ils doivent comprendre ce que deviennent les revenus de leur travail humain et machinique.

Ils doivent pouvoir distinguer une économie réelle d’un déplacement comptable, une innovation d’un slogan et une politique d’un bouc émissaire.

Les Lumières du XXIe siècle ne consisteront pas à retirer la parole aux citoyens jugés ignorants.

Elles consisteront à leur donner les connaissances qui rendent les illusions politiques inopérantes.

8. Conclusion

 

Il serait naïf de croire que les responsables politiques, les économistes, les chercheurs et les grands organismes d’expertise ignorent entièrement les mécanismes que nous venons de décrire. Ils connaissent les cotisations, la fiscalité, la répercussion des coûts dans les prix, la place de la consommation, le financement public par les prélèvements et la dépendance croissante de la protection sociale à une base salariale fragilisée par l’automatisation.

Ce qu’ils ne disent pas clairement, ce n’est donc pas nécessairement ce qu’ils ignorent, mais ce qu’ils ne savent pas remplacer.

La plupart de leurs analyses restent enfermées dans les catégories de l’économie existante : salaire, profit, impôt, dette, redistribution, croissance, investissement et consommation. Ils savent déplacer les prélèvements, modifier les taux, élargir les assiettes, réduire certaines dépenses ou taxer davantage certaines catégories. Mais ils ne disposent pas d’une organisation économique nouvelle permettant de financer durablement la vie lorsque le travail humain cesse progressivement d’être la source principale de la production.

Leur silence n’est pas forcément le résultat d’une volonté commune de dissimulation. Il provient aussi de la division des savoirs et des responsabilités. Chaque spécialiste observe une partie du circuit : l’un étudie les recettes publiques, un autre les entreprises, un autre la protection sociale, les prix, la dette ou le marché du travail. Tous connaissent leur segment, mais peu acceptent de remonter jusqu’au payeur économique final qui est le salarié du privé essentiellement et de tirer les conséquences politiques de l’ensemble.

Il existe également une dépendance institutionnelle. Les partis politiques cherchent à gagner les élections à l’intérieur du système actuel. Les syndicats négocient la répartition des revenus du salariat. Les administrations gèrent les budgets existants. Les économistes sont formés à mesurer, corriger ou optimiser les mécanismes du capitalisme, plus rarement à concevoir son remplacement. Les groupes de réflexion (Tink tank) dépendent souvent de financements, de réseaux professionnels et d’institutions qui vivent elles-mêmes de cette organisation.

Reconnaître publiquement que les salariés financent directement ou indirectement l’essentiel du circuit, et que la production machinique échappe encore largement au financement social, obligerait chacun à reconnaître les limites de ses solutions habituelles, ce qu'ils refusent de faire.

La droite devrait admettre que la réduction des dépenses et la responsabilisation individuelle ne corrigent pas la transformation de la production.

La gauche devrait reconnaître que taxer davantage les riches et les entreprises ne suffit pas à créer une nouvelle source durable de financement, puisque ces prélèvements restent intégrés au même circuit des prix, des revenus et du capital et sont financés par les salariés du privé particulièrement. Aucun acteur économique qui dispose d'un moyen de production ou de service ne finance la vie. Ils avancent une part des financements par le Chiffre d'affaires qu'ils retirent de la consommation des salariés, devenus solvables par le versement d'un salaire pour produire ce qu'ils achèteront. Ce salaire est financé par le capital que financent les salariés en achetant leur production ou service plus cher que ce qu'ils ont reçu pour produire. C'est ainsi qu'ils rendent leur salaire issu du capital au capital. C'est parce qu’avec le salaire qu'ils reçoivent du capital, ils ne peuvent acheter ce qu'ils ont produit. Ils doivent alors réaliser une productivité à l'aide du machinisme ou emprunter un crédit. Le capital dégagé par la productivité ou le crédit servira à financer leur prochain salaire. C'est ainsi que la boucle s’entretient et que les salariés financent Tout.

Graphique le circuit de dupe : qui finance réellement.

Qui paie vraiment la France ? ou état d'impuissance ?

Les syndicats devraient constater que défendre exclusivement le salaire et les cotisations revient à protéger un pilier qui perd progressivement sa place centrale.

Les économistes devraient accepter que l’amélioration marginale du modèle ne répond plus nécessairement à son changement de nature.

C’est pourquoi le débat public préfère souvent les déplacements comptables aux ruptures intellectuelles. Il est plus facile d’annoncer une nouvelle taxe, une économie, une exonération ou un transfert que d’avouer que l’on ne sait pas encore organiser une économie dans laquelle la machine produit de plus en plus, tandis que l’être humain doit continuer à vivre, apprendre, se soigner et participer à la collectivité.

Tous se lèvent chaque matin dans cette économie. Elle assure leurs revenus, leurs fonctions, leurs institutions et leur reconnaissance sociale. Il leur est donc difficile d’en contester les fondements sans remettre également en question la place qu’ils y occupent.

La critique ne doit pas consister à les accuser tous de mensonge délibéré. Elle doit leur poser une question plus dérangeante :

Vous connaissez les éléments du circuit. Pourquoi continuez-vous à présenter ses déplacements comme des solutions, au lieu d’expliquer honnêtement que vous ne disposez pas encore d’une économie de remplacement ?

Les nouvelles Lumières ne consisteraient donc pas seulement à transmettre aux citoyens des connaissances inconnues des élites. Elles consisteraient aussi à rendre publiques les connaissances que les institutions ont fragmentées, neutralisées ou enfermées dans leurs spécialités, afin qu’aucun responsable ne puisse plus masquer son absence de solution derrière l’illusion qu’un autre paiera.

Cette critique est plus difficile à écarter : elle ne les accuse pas tous de complot ou de mensonge, elle montre qu’ils connaissent les mécanismes tout en restant enfermés dans une économie qu’ils savent seulement corriger à la marge.

Une question dérangeante est plus efficace qu'une colère de rue, qu'un glissement fascisant. Il y a moins de colère apparente, mais une question à laquelle ils ne peuvent pas répondre sans reconnaître leur impuissance.

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Rédigé par ddacoudre

Publié dans #Politique

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Publié le 12 Juillet 2026

L’hélice de 1995 et l’avenir du monde

Quand le capitalisme mondial ne laisse que deux issues : le conflit ou une nouvelle comptabilité de la vie.

Tous ce que Nous ne savons pas ou ne voulons pas savoir, pour ne lire que ce que nous pouvons comprendre comme l'indique l’hélice 1995 pour la France, avec une chute de 53 points de compréhension de la complexité (ligne jaune).

Cette hélice structurellement se rencontre dans tous les pays, elle n'est pas la volonté de quelques individus mais celui du comportement capitaliste des citoyens du monde. L'hélice 1995 n'est pas la conséquence d'un seul élément, mais d'une conjonction de plusieurs facteurs comme je l'indique ci-dessous, pour la France, d'autres états reconstituent cette hélice à d'autres dates.

Fin des trente glorieuses.

1973 la loi sur la Banque de France le début des problèmes de la dette publique française.

1983 : tournant de la rigueur, acceptation du cadre économique dominant.

1990 : Le débat sur la "panne" de l'ascenseur social apparaît.
1992 : Maastricht, verrouillage européen et monétaire.
1995 : fracture sociale, puis déception politique.
2002 : choc Le Pen au second tour, mais sans remise en cause profonde.
2008 : crise financière, sentiment que les responsables ne paient pas.
2017 : recomposition politique, affaiblissement PS/LR, montée du face-à-face centre/RN.
2018-2019 : Gilets jaunes, expression d’une colère sociale non représentée.
2022-2024 : banalisation électorale du RN et diffusion de ses thèmes dans une partie de la droite.

Cela permet de comprendre que le RN n’arrive pas par accident. Il pousse sur un terrain déjà labouré par quarante ans de défiance, de promesses non tenues, de perte de culture politique et d'abandons d'une majorité de citoyens des lieux d'expression démocratique.

Le mouvement de la population vers la RN n'est pas un bien pour un mal, c'est un glissement général du monde occidental capitaliste que le développement suivant va essayer, par un résumé de 50 ans d'activité politique sociale et économique, d'illustrer.

Ce développement tachera d'expliquer les risques connu du capitalisme que nous refusons de reconnaître, et que nous n'apprenons pas, alors qu'ils ont ensanglanté le monde cycliquement.

Nous croyons souvent que nos difficultés sont franco-françaises. Nous regardons la progression du Rassemblement national, la défiance envers les partis, la colère sociale, la montée de l’insécurité ressentie, la perte de confiance dans les institutions, comme si tout cela venait seulement de notre histoire nationale, de nos gouvernements successifs, de nos erreurs électorales ou de nos querelles médiatiques.

C’est une erreur de perspective.

La France a bien son histoire propre. Mais cette chronologie française n’est qu’une forme nationale d’un mouvement plus large. Elle ne doit pas nous faire croire que le mal est seulement français.

Ce que j’appelle l’hélice de 1995 permet justement de comprendre cela. Elle n’est pas une courbe officielle. Elle est un modèle de lecture. Elle montre le croisement de plusieurs tendances : la baisse de la confiance politique, l’affaiblissement de la culture critique, la montée du monde transmis par les médias, l’insécurité suggestive, le mécontentement structurel et l’attraction populiste. En France, ce croisement devient particulièrement visible autour de 1995. Mais le mécanisme peut se retrouver ailleurs, avec d’autres dates, d’autres partis, d’autres récits nationaux, d’autres peurs collectives.

Le RN n’arrive donc pas comme un accident. Il pousse sur un terrain labouré depuis longtemps : promesses non tenues, désindustrialisation, déclassement réel ou ressenti, perte de repères collectifs, disparition d’une grande alternative anticapitaliste(1989 effondrement communiste), affaiblissement des partis traditionnels (confusion de la bipolarité), domination d’une information émotionnelle et répétitive (stratégie de l'émotion). Le RN n’est pas seulement une cause ; il est aussi un symptôme. Il devient le porte-drapeau d’une société qui a cessé de comprendre les mécanismes qui la conduisent où elle va. Dans le graphique Français nous voyons bien, que les deux directions indiquées ne vont pas disparaître d'un coup de baguette Magique.

L’hélice de 1995 et l’avenir du monde

La question devient alors plus vaste : est-ce que cette hélice est seulement française ?

La réponse est non.

Elle peut valoir pour tous les pays qui combinent une économie capitalistique concurrentielle, une information de masse émotionnelle, des institutions contestées, des citoyens éloignés de la compréhension des mécanismes économiques, et des offres politiques capables de transformer la peur en identité.

Dans beaucoup de pays occidentaux, on retrouve cette structure. Aux États-Unis, le croisement ne se situe pas exactement en 1995, mais il passe par les années 1990, le 11-Septembre, la guerre contre le terrorisme, la crise financière de 2008, puis Trump. Au Royaume-Uni, il mène vers le Brexit. En Italie, il passe par l’effondrement des anciens partis, Berlusconi, la télévision politique, puis la droite nationaliste. En Allemagne, il a été plus tardif, freiné par la mémoire historique, les institutions fédérales et la culture de coalition, mais la progression de l’AfD montre que le mécanisme peut aussi s’y installer.

L’hélice de 1995 et l’avenir du monde

Le point commun est clair : lorsque la confiance politique baisse, que les partis ne structurent plus une compréhension collective, que l’information devient émotionnelle, et que la société ne sait plus distinguer le monde vécu, le monde factuel et le monde transmis, alors le citoyen ne vote plus seulement sur ce qui est réel. Il vote sur ce qu’il ressent comme réel.

Le Reuters Institute observe en 2025 que les médias traditionnels ont de plus en plus de difficultés à maintenir le lien avec le public, avec un engagement en baisse, une confiance faible et une concurrence croissante des plateformes, des vidéos, des réseaux sociaux, des influenceurs et des médias partisans. L’OCDE montre de son côté que, dans trente pays étudiés, la part des citoyens ayant peu ou pas confiance dans leur gouvernement atteint 44 %, contre 39 % ayant une confiance élevée ou modérée. Elle souligne aussi que le sentiment de ne pas avoir son mot à dire pèse fortement sur la confiance politique.

Cela signifie que la crise démocratique occidentale n’est pas seulement une crise des partis. C’est une crise de la compréhension. Les citoyens reçoivent plus d’informations que jamais, mais ces informations ne forment pas nécessairement une intelligence collective. Elles peuvent au contraire fragmenter, inquiéter, opposer, saturer, simplifier. Nous ne manquons pas d’images ; nous manquons de filtres pour empêcher une boucle de s'auto-alimenter.

L’hélice de 1995 et l’avenir du monde

C’est ici que l’hélice devient mondiale.

On oppose souvent l’Occident capitaliste aux BRICS, présentés comme un ensemble non aligné, voire comme une alternative au monde occidental. Mais cette opposition masque une réalité plus dérangeante : les BRICS ne sont pas hors du capitalisme. Ils sont eux aussi entrés dans la compétition capitalistique mondiale. La différence n’est plus principalement entre communisme et capitalisme. Elle est entre plusieurs formes de capitalisme : capitalisme libéral occidental, capitalisme d’État chinois, capitalisme industriel indien, capitalisme énergétique russe ou moyen-oriental, capitalisme agricole et minier brésilien, capitalismes de ressources, de services et de marchés intérieurs.

Les BRICS élargis rassemblent aujourd’hui onze grands pays émergents ou en développement : Brésil, Chine, Égypte, Éthiopie, Inde, Indonésie, Iran, Russie, Arabie saoudite, Afrique du Sud et Émirats arabes unis. Le site officiel des BRICS 2026 les présente comme une plateforme de consultation et de coopération sur les enjeux de gouvernance mondiale, économique et politique.

Leur force ne vient pas d’une unité idéologique. Elle vient d’une addition d’atouts : population, énergie, minerais, agriculture, industrie, services, ports, marchés intérieurs, fonds souverains, technologies, armées, monnaies, circuits commerciaux alternatifs. Les BRICS ne forment pas un bloc homogène. Mais ils expriment une transformation historique : le centre du capitalisme mondial n’est plus exclusivement occidental.

L’hélice de 1995 et l’avenir du monde

C’est ici que l’histoire devient ironique.

c'est le revers de la médaille. L’Occident a gagné la guerre froide contre le communisme. Mais il l’a gagnée en imposant au monde ses propres armes : concurrence, productivité, ouverture commerciale, baisse des coûts, délocalisation, financiarisation, chaînes mondiales de production, innovations technologiques, domination monétaire. Or ces armes ont été reprises par ceux qui étaient autrefois périphériques ou dominés et qui se retrouvent dans le BRIC.

L’hélice de 1995 et l’avenir du monde

La Chine est l’exemple le plus spectaculaire. Alain Peyrefitte avait déjà annoncé en 1973, avec Quand la Chine s’éveillera… le monde tremblera, que la montée chinoise finirait par bouleverser l’équilibre mondial. Jacques Attali a également pensé l’histoire comme une succession de centres de puissance, appelés à se déplacer avec les formes du marché, de la technologie et du pouvoir.

Notre suffisance nous a écarté de leur vision en favorisant leur développement par intérêts immédiats

La Chine inquiète l’Occident parce qu’elle ne se contente plus d’être un pays à bas salaires, toujours cité comme bouc émissaire. Elle est devenue une puissance industrielle complète : usines, ports, infrastructures, électronique, batteries, véhicules électriques, panneaux solaires, terres rares, logiciels, plateformes, banques publiques, planification industrielle et marché intérieur immense.

Son atout principal est la combinaison de quatre forces : une masse de main-d’œuvre, un État stratège (planification), une industrie intégrée et une capacité d’exportation gigantesque. La balance commerciale le montre clairement. En 2024, l’Union européenne a exporté pour 213,3 milliards d’euros de biens vers la Chine, mais en a importé pour 517,8 milliards, soit un déficit de 304,5 milliards d’euros. La Chine était alors le premier partenaire de l’Union européenne pour les importations de biens.

Aux États-Unis, malgré les droits de douane et la volonté de découplage, la dépendance reste visible. Les données de l’USTR indiquent qu’en 2025 les États-Unis ont exporté pour 106,3 milliards de dollars de biens vers la Chine, mais en ont importé pour 308,4 milliards, soit un déficit commercial de 202,1 milliards de dollars.

Ce qui inquiète donc l’Occident, ce n’est pas seulement le “prix chinois”. C’est le fait que la Chine soit passée du textile, des jouets et de l’assemblage à l’électronique, aux batteries, aux véhicules électriques, aux infrastructures numériques, aux machines et aux secteurs stratégiques. L’Agence internationale de l’énergie note que la transition énergétique accroît la demande de minerais critiques comme le cuivre, le lithium, le nickel, le cobalt, le graphite et les terres rares, et que les grandes augmentations d’offre sont notamment menées par la Chine, l’Indonésie et la République démocratique du Congo.

L’Inde inquiète autrement. Elle n’est pas encore l’atelier industriel mondial au niveau de la Chine, mais elle possède d’autres atouts : services informatiques, ingénierie, externalisation, logiciels, télécommunications, finance, langue anglaise, diaspora, formation scientifique, coût du travail et marché intérieur immense. Pour l’année financière 2024-2025, les services indiens ont dégagé un excédent estimé à 188,57 milliards de dollars, avec 383,51 milliards de dollars d’exportations de services contre 194,95 milliards d’importations.

Cela signifie que la Chine concurrence l’usine occidentale, tandis que l’Inde concurrence de plus en plus les services qualifiés, les centres d’ingénierie, les tâches informatiques, les plateformes numériques et demain une partie de l’industrie par la stratégie dite “China + 1”, qui consiste à chercher une base alternative à la Chine sans revenir nécessairement en Occident.

Les autres BRICS n’inquiètent pas de la même manière. La Russie pèse par l’énergie, les matières premières, l’armement, le nucléaire et le territoire. Le Brésil pèse par l’agriculture, les minerais, l’eau, l’alimentation mondiale et l’espace continental. Les pays du Golfe pèsent par l’énergie, les fonds souverains, la finance, les ports et les investissements. L’Indonésie pèse par sa population, son marché intérieur, son nickel et sa position stratégique. L’Afrique du Sud, l’Égypte, l’Éthiopie et l’Iran pèsent par leurs ressources, leurs positions régionales, leurs corridors commerciaux, leur énergie ou leur rôle géopolitique.

Le commerce extérieur devient alors un thermomètre. Il ne dit pas tout, mais il révèle une chose simple : quand un pays importe durablement plus de biens industriels qu’il n’en exporte, il dépend d’une production organisée ailleurs. La France en donne un exemple parlant. En 2025, son déficit commercial de biens s’est réduit à 69,2 milliards d’euros, après 79,3 milliards en 2024 et 98,4 milliards en 2023, mais il reste supérieur à son niveau de 2019. Les exportations françaises atteignaient 614,7 milliards d’euros, contre 683,9 milliards d’importations.

Ce déficit n’est pas seulement comptable. Il signifie que la France achète à l’extérieur une partie de ce qu’elle ne produit plus, ou ne produit plus assez compétitivement. Elle conserve des forces : aéronautique, luxe, pharmacie, agroalimentaire, services. Mais elle a perdu beaucoup de profondeur industrielle. La balance commerciale devient alors le miroir d’une perte de souveraineté productive.

La contradiction occidentale est donc profonde.

L’Occident a voulu un monde ouvert pour vendre, investir, délocaliser et imposer ses normes (la loi du marché). Mais un monde ouvert permet aussi aux autres de monter en puissance. Tant que la concurrence servait à baisser les coûts des entreprises occidentales, elle était présentée comme naturelle. Quand elle revient sous forme d’importations chinoises, de services indiens, de minerais contrôlés par d’autres, de fonds souverains non occidentaux ou de marchés qui échappent aux anciennes puissances, elle devient une menace.

L’Occident découvre que la concurrence qu’il avait présentée comme rationnelle devient inquiétante lorsqu’elle n’est plus à son avantage, c'est a dire qu'il ne pille plus la richesse des autres, non pour la répartir mais pour alimenter ses capitaux.

L’hélice de 1995 et l’avenir du monde

C’est là que les États-Unis occupent une place centrale. Ils ne sont pas seulement une puissance parmi d’autres. Ils sont la puissance qui a organisé l’ordre mondial après l’Europe. Ils ont dominé par le dollar, l’armée, les technologies, les multinationales, les institutions internationales, les plateformes numériques et le contrôle des routes commerciales. Une telle puissance n’accepte pas facilement de devenir ordinaire.

L’élection de Donald Trump et ses mesures économiques ne contredisent pas cette analyse. Elles l’illustrent. Les mesures tarifaires de 2025, notamment les “reciprocal tariffs” et les mesures visant la Chine, montrent une volonté de corriger par la contrainte commerciale ce que le libre-échange ne garantit plus : la supériorité américaine. La Maison Blanche a notamment justifié certaines hausses de droits contre la Chine par la réponse chinoise aux mesures américaines.

Il serait imprudent d’affirmer qu’un conflit majeur est certain. Mais il serait naïf de croire que la puissance dominante acceptera toujours pacifiquement son déclassement. Quand une puissance a construit sa domination mondiale sur la supériorité économique, militaire, technologique et monétaire, elle peut être tentée de défendre cette supériorité par des moyens de plus en plus durs.

Le risque nucléaire s’inscrit dans cette logique de puissance. Il ne vient pas seulement des États-Unis. Il vient de toute structure internationale où les puissances nucléaires se sentent menacées, encerclées, humiliées ou déclassées. Mais les États-Unis sont au cœur du risque parce qu’ils sont au cœur de l’ordre mondial contesté. Le SIPRI alerte en 2025 sur l’émergence d’une nouvelle course aux armements nucléaires, dans un moment où les régimes de contrôle des armements sont fortement affaiblis. (la guerre en IRAN)

Cela ne signifie pas que la guerre est inévitable. Cela signifie que la logique concurrentielle mondiale, si elle reste la seule règle du jeu, pousse les blocs à se durcir. Chaque pays parle alors de souveraineté, de sécurité, de réindustrialisation, de protection des chaînes d’approvisionnement, de contrôle des exportations, de sanctions, de défense. L’écologie elle-même risque d’être absorbée par cette logique.

Car l’écologie peut changer la donne dans deux directions opposées.

La première direction est celle de la concurrence aggravée. La transition écologique a besoin de cuivre, lithium, nickel, cobalt, graphite, terres rares, batteries, réseaux électriques, semi-conducteurs, logiciels, intelligence artificielle et énergie. Celui qui contrôle ces ressources contrôle une partie de l’avenir industriel. L’Agence internationale de l’énergie souligne que les minerais critiques sont devenus centraux pour les technologies propres et que leur production et leur transformation restent concentrées dans un nombre limité de pays.

Dans cette première voie, l’écologie devient une nouvelle guerre économique : qui contrôle le lithium ? qui raffine les terres rares ? qui fabrique les batteries ? qui produit les panneaux solaires ? qui possède les brevets ? qui impose les normes ? qui recycle ? qui dépend de qui ? La transition écologique ne libère pas alors l’humanité de la concurrence ; elle lui donne de nouveaux champs de bataille.

La deuxième direction est celle de la coopération. Le climat, l’eau, les terres agricoles, les océans, l’énergie, les migrations, les pandémies, la biodiversité et les risques technologiques ne peuvent pas être résolus par une seule puissance. Aucun pays ne peut sauver seul son climat, sa sécurité alimentaire, ses chaînes d’approvisionnement ou son équilibre énergétique. La planète impose donc une évidence que le capitalisme concurrentiel refuse encore : nous sommes interdépendants.

L’hélice de 1995 et l’avenir du monde

C’est ici que le Modèle Joule peut devenir une troisième voie.

Il ne s’agit pas de demander aux BRICS d’adopter l’Occident. Il ne s’agit pas non plus de demander à l’Occident de s’effacer devant les BRICS. Il s’agit de reconnaître que tous sont enfermés dans le même paradigme : produire plus vite, vendre plus, capter les marchés, réduire les coûts, augmenter la productivité, contrôler les ressources, dominer les concurrents. C’est ce paradigme qui conduit à l’hélice : perte de sens, perte de confiance, monde transmis, peur, ressentiment, populisme, autoritarisme.

Le Modèle Joule propose de changer la comptabilité. Aujourd’hui, nous comptons la monnaie, le PIB, les profits, les déficits, les dettes et les balances commerciales. Mais nous ne comptons pas correctement l’énergie humaine, l’énergie machine, le temps libéré, l’apprentissage, la maintenance, les besoins réels, les ressources naturelles, les conséquences écologiques, ni les effets sociaux de la productivité.

Or l’automatisation, l’intelligence artificielle et la robotique posent une question simple : si la machine produit de plus en plus à la place de l’homme, pourquoi continuer à organiser la vie autour du salaire comme si le travail humain restait le seul pilier de la subsistance ? Et si la planète devient finie dans ses ressources disponibles, pourquoi continuer à gouverner par la concurrence illimitée ?

Le Modèle Joule ne prétend pas supprimer la production. Il cherche au contraire à la rendre visible. Il rappelle que toute richesse vient d’une énergie mobilisée : énergie humaine, énergie machine, énergie naturelle, savoir, organisation, maintenance. Si nous continuons à ne compter que la monnaie, nous laisserons la concurrence transformer l’écologie en guerre économique et la technologie en arme de domination. Si nous comptons l’énergie réelle, les besoins réels et le temps humain libéré, alors nous pouvons construire une coopération.

L’alternative historique devient donc claire.

Dans le premier avenir, l’Occident et les BRICS continuent à utiliser les mêmes armes : productivité, concurrence, dette, monnaie, technologies, matières premières, sanctions, armement, information, influence, contrôle des marchés. Ce chemin mène à une guerre économique permanente, et possiblement à un conflit majeur si l’une des grandes puissances refuse son déclassement.

Dans le second avenir, les puissances reconnaissent que la rareté écologique, l’automatisation, l’intelligence artificielle, les matières premières et le temps humain obligent à changer de comptabilité. Il ne s’agit plus seulement de savoir qui domine. Il s’agit de savoir comment l’humanité peut produire, apprendre, vivre, réparer et transmettre sans se détruire.

L’hélice de 1995 n’est donc pas seulement une lecture de la France. Elle est un avertissement. Elle montre ce qui arrive quand les citoyens perdent les outils pour comprendre le monde réel, le monde vécu et le monde transmis. En Occident, son moteur est souvent le marché médiatique, l’émotion, la concurrence politique et l’effondrement des alternatives collectives. Dans les BRICS démocratiques ou électoraux, elle existe sous d’autres formes, mêlant frustrations sociales, réseaux sociaux, nationalismes et polarisation. Dans les BRICS autoritaires, elle devient plutôt une spirale d’encadrement : récit national, contrôle de l’information, désignation d’ennemis, surveillance, limitation de l’opposition et légitimation du pouvoir par la stabilité ou la grandeur nationale. V-Dem documente d’ailleurs depuis plusieurs années la progression de l’autocratisation et les atteintes aux libertés civiles, à la société civile ou à la liberté d’expression dans de nombreux pays.

La question n’est donc plus seulement : comment empêcher le RN ? Elle devient : comment empêcher que chaque pays, sous des formes différentes, soit aspiré par son hélice intérieure ?

La réponse ne peut pas être seulement électorale. Voter reste nécessaire, mais voter sans comprendre ne suffit plus. Changer de gouvernement sans changer les mécanismes économiques, médiatiques et cognitifs qui produisent la défiance ne fera que déplacer la colère. Nous continuerons alors à élire, espérer, décevoir, punir, recommencer. Et chaque échec nourrira la demande d’autorité.

L’écologie et la technologie nous placent devant une bifurcation. Ou bien elles deviennent les nouveaux champs de bataille du capitalisme mondial, et alors l’Occident et les BRICS iront vers une confrontation de plus en plus dure. Ou bien elles obligent les puissances à comprendre que la planète ne peut plus être gouvernée par la seule concurrence.

Dans ce cas, il faut un nouveau langage commun.

Le Modèle Joule peut être ce langage. Non pas une idéologie occidentale de plus. Non pas une morale adressée aux autres. Mais une comptabilité de la vie : énergie humaine, énergie machine, ressources naturelles, apprentissage, production réelle, besoins collectifs, temps libéré, maintenance et coopération.

L’Occident n’est pas menacé par un retour du communisme. Il est concurrencé par les capitalismes qu’il a contribué à mondialiser.

La Chine et l’Inde ne sont pas des anomalies. Elles sont le retour logique des règles que l’Occident a imposées au monde.

Les BRICS ne sont pas hors du capitalisme. Ils en sont une autre phase.

La crise démocratique n’est pas seulement française. Elle est le symptôme politique d’une concurrence économique mondiale devenue incapable de produire une compréhension commune.

La vraie alternative n’est donc plus entre l’Occident et les BRICS. Elle est entre deux civilisations possibles : une civilisation de la concurrence jusqu’au conflit, ou une civilisation de la coopération par une nouvelle comptabilité de la vie.

La transition écologique peut devenir une guerre pour les ressources, ou l’occasion de changer la comptabilité du monde. Le Modèle Joule propose de compter la vie réelle : énergie humaine, énergie machine, ressources, besoins, apprentissage et maintenance.

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Rédigé par ddacoudre

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Publié le 9 Juillet 2026

Le changement du monde occidental.

La période électorale devrait être un moment particulier : celui où les citoyens peuvent sortir de la domination médiatique quotidienne pour reprendre la maîtrise de leur jugement. Depuis des mois, l’espace public semble pourtant occupé par la figure de Marine Le Pen, comme si son éventuelle élection pouvait, à elle seule, résoudre les difficultés économiques, sociales et démocratiques accumulées depuis plusieurs décennies.

Or le problème est plus profond. L’économie capitaliste, telle qu’elle s’est développée depuis les années 1980, a lentement produit de l’amertume, de la méfiance, du déclassement ressenti et une perte de confiance dans la parole politique, introduisant un changement essentiel à mesurer à partir de 1995.

La RN et une partie de la droite radicalisée n’en sont pas les causes premières ; ils en sont plutôt les porte-drapeaux. Certains par convictions d'autres par opportunismes électoraux.C’est précisément pour cette raison qu’il serait dangereux de les porter au pouvoir : non parce qu’ils auraient créé seuls cette dérive, mais parce qu’ils risquent de l’organiser politiquement dans une société déjà fragilisée, de plus en plus attirée par des valeurs autoritaires, identitaires et fascisantes.

Ce n’est pourtant pas de cela que le débat public traite réellement. Pendant plus de trente ans, les citoyens ont été égarés par des gouvernements successifs qui ont présenté comme des crises exceptionnelles, ce qui était, en réalité, le fonctionnement normal d’un modèle économique accepté depuis 1983. En l’absence d’une opposition suffisamment puissante, et aussi d’une participation citoyenne assez consciente pour la rejoindre, la responsabilité a été renvoyée sur les leaders, les partis ou les circonstances, plutôt que sur l’affaiblissement de la culture politique elle-même.

Beaucoup de citoyens se sont alors retrouvés dépendants des sondages, des commentaires médiatiques, des images répétées et des impressions immédiates, sans disposer des outils critiques nécessaires pour comprendre la profondeur des mécanismes en cours.

De cet affaiblissement naît une formule dangereuse : « votons RN, puisque nous ne l’avons jamais essayé ». Cette opinion paraît simple, mais elle révèle une fracture intellectuelle profonde. Elle réduit l’acte démocratique à une expérimentation d’humeur, comme si l’on pouvait confier l’État à un parti sans examiner son histoire, ses valeurs, ses alliances, ses effets sociaux et les logiques qu’il porte. Ce n’est pas une pensée politique ; c’est une réaction de lassitude. Et c’est précisément ainsi que le populisme prospère : en transformant la colère légitime en réponse simpliste, en désignant des boucs émissaires, et en maintenant le pays dans le cap même qui a produit l’amertume, la peur et la défiance.

N'élisons plus sans comprendre : L'hélice de 1995.

C e graphique montre que les valeurs fascisantes n’ont pas commencé avec le FN/RN, et qu’une bonne partie des citoyens les partagent sans même le savoir.

Le graphique qui suit représente l’évolution générale à la suite de la disparition de l’Union soviétique et la période de transition autour de 1995. Ce ne sont pas les partis politiques qui ont généré à eux seuls la progression des courbes vers la fascisation et l’effondrement des institutions démocratiques.

N'élisons plus sans comprendre : L'hélice de 1995.

Dans celui qui suit est représenté ce que j’avais dénoncé en 1995 quand Chirac parlait de la fracture sociale j’avais souligné qu’elle s’accompagnait d’une fracture intellectuelle, que personne ne soulève, car nous n’allons jamais voir ce qu’il y a comme réalité derrière le miroir sans tain, nous satisfaisant de celui narcissique de nos salles de bain.

N'élisons plus sans comprendre : L'hélice de 1995.

Comme lecture supplémentaire qu’il faut retenir, c’est que ces trajectoires ne se sont pas inversées, elles ont poursuivi leur route, nous pouvons lire cela dans le baromètre de l’opinion publique qu’a publié le CEVIPOF le 17 février 2026. Nous devons comprendre de ce graphique qu’il ne peut y avoir un tour de magie d’élection d’un homme politique au pouvoir, si les citoyens n’ont pas assimilé que ce sont eux qui doivent changer.

N'élisons plus sans comprendre : L'hélice de 1995.

Mais nous ne pouvons pas y parvenir sans nous instruire dans des sources fiables de notre histoire sociale économique, et supprimer notre paradoxe, où les citoyens massivement ne font pas confiance dans les médias à 71% et les réseaux sociaux à 85%. Or ce sont eux qui façonnent l’opinion politique et émotionnelle des citoyens, comme le démontre le graphique ci dessous.

N'élisons plus sans comprendre : L'hélice de 1995.

Nous voyons très nettement la progression d’internet et des réseaux sociaux qui ont contribué au changement intervenu en 1995 en collaboration avec la télévision qui reste à un point culminant. Résultat, une chute de la confiance dans les partis politiques, suivant le résultat de février 2026, seuls 15% leur font confiance.

N'élisons plus sans comprendre : L'hélice de 1995.

Mais nous ne devons pas croire que nous sommes des victimes. Les graphiques que je vous présente valent pour la plupart des pays occidentaux, car ils tiennent du résultat de l’absence de bipolarité politique capitalisme/anticapitalisme durant plus de trente ans et trente ans d’informations capitalistes cela marque les esprits et produit toujours les mêmes résultats baisse des savoirs critiques, recherche de responsables boucs émissaires en dehors du néolibéralisme et développement de conflits général, où celui de la guerre froide fait exception dans l’histoire du capitalisme.

N'élisons plus sans comprendre : L'hélice de 1995.
Nous ne pouvons pas douter de l’emprise émotionnelle par rapport à la capacité réflexive. Cela pose un problème sérieux pour la démocratie; si nous devions passer à la démocratie directe nous aurions que des lois émotionnelles et un gouvernement émotionnel fascisant, nous nous rapprocherions encore plus vite de l’être primitif simpliste que de l’être culturel complexe, et il n’y a rien de péjoratif que de ne pas sortir de ses instincts. Nous n’avons pas choisi d’être ce que nous sommes, mais notre pensée associative peut par l’enseignement et l’apprentissage y remédier pour de pas déboucher sur la violence.

Le graphique suivant montre que nous avons une multitude de distributeurs d’information, mais toujours la même source. Il ne sera pas exagéré de parler de conditionnement l’égal de Pavlov.

N'élisons plus sans comprendre : L'hélice de 1995.

Chacun doit se souvenir avec l’élection de Mitterrand de la liberté de la presse : c’est la ligne jaune, le bleu, c’est l’illusion de cette liberté, chacun peut créer son organisme de presse, mais il diffusera ce qu’un lui donnera.

Il en résulte une suggestivité aux risques par le développement d’opinion qui sont transmis par l’ensemble des médias et de leur relais politique dans le jeu électoral.

N'élisons plus sans comprendre : L'hélice de 1995.

Ce graphique démontre la suggestibilité de l’insécurité par rapport aux risques réels. Les ascendantes ne sont pas une anomalie, elles sont le résultat de ce que l’on a appelé la stratégie de l’émotion à partir des années 90 où c’est restructuré l’information. Nous avons lentement, puis rapidement à partir de 1995 abandonné l’homme culturel fait de savoirs technicistes et de savoirs réflexifs et critiques pour ne retenir que ceux technicistes et retourner vers l’homme primitif aux réactions essentiellement émotionnelles. Sans une fracture intellectuelle, il n’y aurait pas eu de possibilité de réussir une stratégie de l’émotion, un seul site l’a dénoncé INFO sans INFO.

Le dernier graphique démontre le basculement du pays en 1995, ce que j’ai appelé l’hélice sociale politique.

N'élisons plus sans comprendre : L'hélice de 1995.

Le questionnement que soulèvent ces quelques graphiques c’est l’écart entre la réalité et le monde perçus. Or les citoyens vivent le monde perçu, loin des réalités factuelles, et demandent aux hommes politiques de résoudre des problèmes qui ne sont pas réels, mais perçus et suggestifs.

En continuant dans cette voie, qui que ce soit qui sera élu ne pourra pas trouver des solutions et de fait les citoyens conduiront le président élu à l’échec et postuleront son incapacité comme nous le faisons et l’avons fait pour tous les prédécesseurs de macron; il ne restera qu’à réclamer la dictature. C’est la voie qu’indiquent les graphiques que je vous ai présentés.

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Rédigé par ddacoudre

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Publié le 5 Juillet 2026

Comment empêcher une espèce devenue capable de tout détruire d’utiliser sa puissance contre elle-même.

Présentation de l’essai

Comment empêcher une espèce devenue capable de tout détruire d’utiliser sa puissance contre elle-même est un essai consacré à la divergence croissante entre le monde réel, le monde vécu et le monde transmis.

L’humanité est devenue techniquement puissante. Elle sait produire, communiquer, automatiser, surveiller, soigner, détruire, reconstruire, calculer et intervenir sur le monde à une échelle jamais atteinte auparavant.

Mais cette puissance technique ne s’est pas accompagnée d’une même maîtrise de nos peurs, de nos pulsions, de nos récits, de nos institutions et de nos décisions collectives.

Nous disposons d’outils du XXIᵉ siècle, mais nous réagissons encore souvent avec des mécanismes biologiques très anciens : peur, rivalité, recherche de protection, désignation d’un danger, besoin d’autorité, défense du groupe, rejet de l’autre, simplification du réel.

Cet essai cherche donc à comprendre comment une société peut devenir plus informée, plus surveillée, plus réglementée, plus médiatisée, et pourtant se sentir plus inquiète, plus menacée et plus défiantes envers ses institutions.

Idée centrale

Le problème contemporain n’est pas seulement que le monde est dangereux.

Le problème est que nous confondons de plus en plus trois réalités différentes :

le monde réel, celui des faits mesurables ;
le monde vécu, celui que chacun éprouve dans son existence ;
le monde transmis, celui que les médias, les réseaux sociaux, les images, les récits politiques et les émotions collectives nous montrent en permanence.

Lorsque ces trois mondes se séparent, la démocratie devient fragile.

Le risque réel peut rester stable ou modéré, tandis que le risque ressenti augmente. La peur peut alors devenir plus puissante que la mesure. L’émotion peut remplacer l’analyse. Le fait divers peut devenir une représentation générale du monde.

Les indices utilisés dans l’essai

Pour rendre cette divergence visible, l’essai utilise plusieurs indices de lecture.

IRR — Indice de Risque Réel
Il cherche à mesurer le risque effectivement encouru par un citoyen : fréquence statistique, probabilité d’exposition, gravité potentielle, population réellement concernée.

IRS — Indice de Risque Suggestif
Il mesure la force médiatique, émotionnelle et psychologique d’un risque : visibilité, répétition, dramatisation, réseaux sociaux, charge émotionnelle, capacité à produire peur ou indignation.

IAP — Indice d’Aggravation Pénale
Il observe l’intensité de la réponse répressive : durcissement des lois, augmentation des peines, nouvelles incriminations, surveillance, incarcération, dispositifs d’exception.

IPD — Indice de Pression Délinquante
Il cherche à représenter les pressions sociales pouvant favoriser certains passages à l’acte : précarité, chômage, inflation, frustration, isolement, endettement, déclassement, désirabilité de consommation.

Ces indices ne remplacent pas les statistiques officielles. Ils proposent un filtre de lecture pour comprendre comment un fait réel devient une peur collective, puis une demande politique, puis une réponse institutionnelle.

Le cœur du raisonnement

L’essai montre que la société contemporaine traite souvent davantage la peur que les causes.

Un fait divers réel peut être rare, mais fortement médiatisé. Il devient alors visible, répété, commenté, dramatisé. Cette répétition alimente le sentiment d’insécurité. Le sentiment d’insécurité nourrit ensuite la demande d’ordre. La demande d’ordre pousse les institutions à durcir la réponse pénale. Ce durcissement confirme à son tour l’idée que le danger est partout.

La boucle devient alors auto-entretenue :

fait réel → médiatisation → émotion → peur → demande d’ordre → durcissement pénal → validation du danger → nouvelle peur.

Ce mécanisme ne signifie pas que les dangers n’existent pas. Il signifie que leur perception peut devenir autonome par rapport à leur fréquence réelle.

Une société peut donc devenir plus inquiète sans être nécessairement beaucoup plus exposée. Elle peut réclamer plus de contrôle sans résoudre les causes profondes des violences, des ruptures sociales, des passages à l’acte et de la défiance démocratique.

Vieillissement, vulnérabilité et sentiment d’insécurité

L’essai montre aussi que le sentiment d’insécurité n’est pas seulement produit par les médias ou par la criminalité. Il dépend aussi de la structure de la population.

Une société vieillissante ressent plus fortement la vulnérabilité. À risque réel comparable, une personne âgée peut se sentir davantage exposée qu’une personne jeune, parce que les conséquences d’une agression, d’une chute, d’une intrusion, d’une arnaque ou d’un isolement sont plus graves pour elle.

Le vieillissement transforme donc la réception du danger.

Cela ne veut pas dire que la peur est fausse. Elle est réelle pour ceux qui la vivent. Mais elle ne mesure pas seulement la criminalité. Elle mesure aussi la fragilité biologique, sociale et existentielle de la population.

Défiance démocratique et demande d’autorité

Lorsque le monde transmis devient plus fort que le monde réel, la démocratie se fragilise.

Les citoyens ne votent plus seulement à partir de faits mesurés. Ils votent aussi à partir d’images, de peurs, de récits, d’indignations et de dangers ressentis.

Cette situation peut favoriser la demande d’autorité, la recherche d’un homme providentiel, la défiance envers les institutions, la surveillance accrue, le durcissement pénal et la montée de valeurs fascisantes.

L’essai ne dit pas que les citoyens deviennent naturellement autoritaires. Il montre que leur perception du monde peut le devenir lorsque l’information émotionnelle remplace durablement la compréhension.

Quand le danger semble permanent, la liberté devient secondaire.

Lien avec le Modèle Joule

Cet essai complète les deux précédents.

Rémunérer les hommes pour apprendre proposait de reconnaître l’apprentissage comme une richesse humaine fondamentale.

La République de l’énergie humaine proposait de reconnecter le financement de la vie à la richesse réellement produite par l’énergie humaine et l’énergie-machine.

Ce troisième essai montre pourquoi cette transformation ne peut pas être seulement économique. Elle doit aussi être culturelle, démocratique et anthropologique.

Une société ne peut pas seulement produire plus. Elle doit aussi apprendre à mieux comprendre ce qu’elle produit, ce qu’elle craint, ce qu’elle transmet, ce qu’elle punit et ce qu’elle décide.

Le Modèle Joule cherche ainsi à agir en amont des tensions : réduire la précarité, la peur du manque, l’exclusion, la frustration, la dépendance au salaire, la concurrence destructrice et les facteurs sociaux qui alimentent la pression délinquante.

Table des matières simplifiée

  1. Définir l’IRR, l’IRS, l’IAP et l’IPD
  2. La fracture entre monde réel, monde vécu et monde transmis
  3. La transformation de l’information en émotion collective
  4. Criminalité réelle et criminalité perçue
  5. Faits divers, médiatisation et construction du danger
  6. Réponse pénale, surveillance et demande d’ordre
  7. Vieillissement, vulnérabilité et sentiment d’insécurité
  8. Défiance démocratique et montée des demandes d’autorité
  9. Valeurs fascisantes et stratégie de l’émotion
  10. Économie, précarité et pression sociale
  11. Automatisation, salariat et crise du financement de la vie
  12. Le Modèle Joule comme changement de référentiel
  13. Résistances au changement
  14. Temps libéré, apprentissage et nouvelles richesses
  15. Le retour du filtre critique

Formule centrale

Une démocratie ne peut pas décider lucidement si elle confond ce qui est, ce qu’elle ressent et ce qu’on lui montre.

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Document complet : consulter le fichier — Comment empêcher une espèce devenue capable de tout détruire d’utiliser sa puissance contre elle-même

Citation recommandée

DDacoudre, Comment empêcher une espèce devenue capable de tout détruire d’utiliser sa puissance contre elle-même, essai sur la divergence entre monde réel, monde vécu et monde transmis, le sentiment d’insécurité, la réponse pénale, la défiance démocratique, les valeurs fascisantes et la nécessité d’un filtre critique.

Mots-clés

Monde réel — monde vécu — monde transmis — IRR — IRS — IAP — IPD — criminalité — sentiment d’insécurité — peur — médias — faits divers — justice pénale — surveillance — vieillissement — vulnérabilité — défiance démocratique — valeurs fascisantes — demande d’autorité — information émotionnelle — filtre critique — Modèle Joule — démocratie — paix — coopération mondiale.

Note au lecteur

Cet essai ne cherche pas à nier les dangers réels.

Il cherche à distinguer les faits, les perceptions et les récits.

Une société qui ne sait plus faire cette distinction peut devenir prisonnière de ses peurs. Elle risque alors de répondre aux images plutôt qu’aux causes, de durcir les sanctions sans réduire les ruptures, et de renforcer la surveillance sans reconstruire la confiance.

L’enjeu est donc de retrouver un filtre critique.

Mais cet essai porte aussi une interrogation plus vaste. L’humanité est entrée dans une époque où ses moyens techniques dépassent sa maturité politique et culturelle. Les guerres du passé ont souvent été suivies de reconstructions. Mais avec l’arme nucléaire, les armes de destruction massive, les technologies autonomes et les risques planétaires, la logique ancienne destruction-reconstruction atteint sa limite.

Une destruction générale ne laisserait peut-être plus personne pour reconstruire, sinon les scorpions.

Cet essai ouvre donc une proposition pour un futur plus paisible et plus collaborateur entre les peuples et les États du monde. Il ne s’agit plus seulement d’éviter une crise économique ou une crise politique. Il s’agit d’apprendre à orienter la puissance humaine vers la coopération plutôt que vers la destruction.

Le véritable progrès ne consiste pas seulement à devenir plus puissant.

Il consiste à devenir capable de ne pas utiliser cette puissance contre soi-même.

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Rédigé par ddacoudre

Publié dans #Politique

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