critique

Publié le 14 Septembre 2025

Les aveugles du capitalisme


 


Depuis quarante ans, nos dirigeants nous promettent que l’emploi sera leur priorité. Mais à force de ressasser les mêmes recettes, ils n’ont fait qu’entretenir une illusion : nous n’avons plus besoin du travail de tous, mais chacun a besoin d’un revenu. Comme les aveugles de Bruegel, nous continuons à marcher en file indienne vers l’abîme, incapables d’ouvrir les yeux sur les mutations réelles de notre civilisation.

Intro

Le travail fut longtemps une conception religieuse, acceptée comme la sanction d’un péché originel. Après la guerre, il s’est transformé en quête d’émancipation et de bien-être, jusqu’aux années 1960 et 68. Mais dès le premier choc pétrolier, le chômage s’est installé pour ne plus disparaître. Les politiques de partage du temps de travail, les 35 heures, les relances de consommation ou de compétitivité, tout a été tenté. Rien n’a inversé la tendance.

La mondialisation et les progrès technologiques ont rendu la production toujours moins dépendante de la main-d’œuvre. Résultat : seuls quatre Français sur dix travaillent aujourd’hui, dont deux femmes. La durée du travail a été divisée par deux en un siècle, et la vie active a diminué de onze ans depuis 1960. Les faits sont clairs : nous n’avons plus besoin du travail de tous.

Pourtant, nos gouvernants persistent. De Davos au MEDEF, de slogans en promesses creuses, on répète qu’il faut « travailler plus » comme si le retour en arrière était possible. Pendant ce temps, les élites économiques continuent de défendre les règles de la spéculation et de masquer la crise des inégalités derrière le vocabulaire trompeur de la compétitivité.

Or l’avenir ne réside pas dans la fuite en avant du productivisme, mais dans la réorientation des richesses vers la connaissance, l’éducation et l’émancipation humaine. Si nous n’osons pas sortir de la logique qui assimile l’humain à une charge, nous reproduirons indéfiniment les mêmes impasses.

Depuis plusieurs décennies, les dirigeants politiques et économiques nous répètent inlassablement le même refrain : il faudrait « sauver l’emploi », « travailler plus », « relancer la croissance ». Mais à force de suivre ces mantras, nous marchons comme les aveugles du tableau de Bruegel : en file indienne, trébuchant les uns après les autres, incapables de voir que le monde a changé. La vérité, pourtant, est sous nos yeux : le travail n’est plus et ne sera plus la base universelle de notre société. Le capitalisme, aveugle à ses propres contradictions, entretient l’illusion en manipulant les mots et en confisquant les choix collectifs.

1. Les aveugles de Bruegel : l’illusion de l’emploi

Longtemps, le travail fut conçu comme une punition religieuse, l’acceptation d’un péché originel. Après la guerre, il est devenu promesse d’émancipation : réduction des horaires, congés payés, accords de Grenelle, mai 68. Mais à partir du choc pétrolier de 1973 et surtout des années 1980, le chômage s’installe de façon structurelle. Les politiques, impuissants, n’ont cessé de répéter la même rengaine : partager le travail, flexibiliser l’emploi, relancer la consommation. En vain.

Aujourd’hui, moins de la moitié des Français travaillent effectivement, et la durée de la vie active a chuté de onze ans depuis 1960. Les technologies, la mondialisation et l’automatisation réduisent inexorablement la nécessité du travail humain. La conclusion s’impose : nous n’avons pas besoin du travail de tous, mais chacun a besoin d’un revenu. Pourtant, nos gouvernants refusent d’ouvrir les yeux. Comme chez Bruegel, ils avancent en aveugles, répétant les mêmes formules alors que le sol s’effondre sous leurs pas.

2. Davos : la confiscation de l’avenir par les élites

Pendant ce temps, chaque année à Davos, l’élite économique mondiale se réunit pour « façonner l’après-crise ». Ministres, banquiers, patrons et quelques figures médiatiques se donnent pour mission d’améliorer « l’état du monde ». Mais ce sont toujours les mêmes solutions libérales qui reviennent : ouvrir les marchés, protéger le commerce mondial, renforcer les institutions financières.

En 2009, alors même que la crise financière avait montré l’absurdité du système, Pascal Lamy et d’autres responsables affirmaient que « le commerce n’y est pour rien ». Comme si la mondialisation inégalitaire et la spéculation sur le blé n’avaient pas contribué à la famine et à l’endettement massif des ménages ! Ce discours illustre l’aveuglement des élites, qui refusent de remettre en cause le dogme d’Adam Smith.

La seule voix réellement neuve est venue des Nations Unies, qui proposaient d’investir dans la transition écologique. Mais là encore, l’écologie n’est envisagée qu’à la marge, tant que le système financier reste le maître du jeu.


3. MEDEF : la manipulation du langage

En France, cette logique s’est traduite par une captation du langage politique. Le CNPF, reflet d’un patronat assumant son intérêt particulier, est devenu MEDEF : « Mouvement des entreprises de France ». Par ce simple mot, « mouvement », il s’est paré des habits de l’intérêt collectif, diluant le profit personnel dans une rhétorique pseudo-sociale.

De même, les slogans « travailler plus pour gagner plus », puis « travailler plus pour sauver la crise », ont envahi le débat public. Mais les chiffres montrent que les Français ne travaillent pas moins que leurs voisins européens. L’illusion réside dans la manipulation statistique et la mise en accusation permanente des salariés, alors que la productivité est équivalente.

C’est ainsi que l’État a peu à peu adopté le modèle de l’entreprise : gestion comptable, recherche de rentabilité, transformation du citoyen en « coût » à réduire. Le langage s’est travesti : les concierges sont devenus des « gardiens », les femmes de ménage des « techniciennes de surface », et le plan social une « réorganisation ». Les mots maquillent la réalité pour la rendre acceptable, pendant que les inégalités se creusent.

Conclusion

De Bruegel à Davos, du MEDEF aux slogans politiques, le constat est le même : notre société marche dans le noir. Elle refuse de voir que le travail ne peut plus être le socle universel, que la mondialisation libérale détruit plus qu’elle ne construit, et que le langage sert à masquer l’évidence.

Pourtant, la sortie de crise existe : elle passe par la redéfinition de la richesse, non plus comme un chiffre comptable ou une marchandise à échanger, mais comme un investissement collectif dans l’humain – sa santé, son savoir, sa créativité. Le revenu universel d’existence, ou mieux encore, la rémunération pour apprendre, sont les premières pierres de ce futur. Comme les aveugles de Bruegel, nos dirigeants avancent à tâtons, se tenant par l’épaule mais incapables de voir le fossé qui se creuse devant eux. La véritable question n’est pas de « sauver l’emploi », mais de sauver l’humain. Cela suppose de reconnaître que le travail ne peut plus être la mesure de notre dignité, et qu’il nous faut inventer un autre horizon, fondé sur le partage des richesses et l’apprentissage tout au long de la vie.

Tant que nous compterons les hommes comme des charges et les profits comme des richesses, nous marcherons comme les aveugles de Bruegel : droit dans le gouffre où tant que nous ferons semblant que « travailler plus » est une solution, nous avancerons en aveugles vers l’abîme.

 

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Publié le 14 Septembre 2025

Le capitalomètre : quand la comptabilité devient la loi des hommes

1) Libéralisme dévoyé : la liberté sans le « ne pas nuire »

Le libéralisme était d’abord une exigence : garantir à chaque individu la possibilité d’entreprendre sans nuire à autrui. Chemin faisant, le principe a été retourné contre sa propre promesse : au nom d’une « liberté » désarrimée du bien commun, on a naturalisé la compétition généralisée—c’est-à-dire la mise en concurrence des existences—jusqu’à faire accepter que le plus fort impose ses règles. Ainsi, le dogme libéral s’est confondu avec la gestion capitaliste, où la souveraineté réelle ne réside plus dans les citoyens mais dans des dispositifs de calcul qui tranchent, à froid, qui mérite d’exister dans les comptes.

2) Marx observateur, pas prophète : l’ordre dominant n’est jamais définitif

Marx n’a pas « inventé » l’exploitation ; il l’a observée. Son mérite fut de décrire les mécanismes par lesquels le travail se voit capté par le capital. Cela ne fait ni du capitalisme une fatalité, ni d’hier un âge d’or. Chaque époque se raconte un récit qui ferme l’horizon : hier, le droit divin ; aujourd’hui, « les marchés ». Nos savoirs naissent de notre ignorance : ce que nous ne connaissons pas encore contient l’innovation qui déclassera nos évidences. Le capitalisme n’est pas la fin de l’histoire ; il est une étape parmi d’autres façons possibles de relier production, échange et justice.

3) Le « capitalomètre » : quand le plan comptable devient le vrai souverain

Le cœur du système n’est pas une idéologie : c’est un instrument. Appelons-le le capitalomètre : la manière dont la comptabilité classe, additionne, soustrait—et, ce faisant, déclare « charges » ce qui relève de la vie humaine (salaires, santé, éducation, solidarités), et « produits » ce qui nourrit le capital. Ce langage s’est imposé partout : dans l’entreprise, évidemment ; mais aussi dans l’État (budgets pilotés aux ratios), dans l’Union européenne (normes et règles d’or) et, plus largement, dans notre imaginaire collectif. Résultat : changer de gouvernement sans changer d’instrument de mesure revient à reconduire la même finalité—l’obsession de la rentabilité monétaire—avec des visages différents.

Ce que la colonne “charges” appelle coût, la société l’appelle dignité.

Historiquement, nous avons glissé de l’économie de pillage à l’économie sédentaire puis industrielle ; à chaque étape, un dispositif d’écriture a scellé l’ordre social. Aujourd’hui, la comptabilité financière tient ce rôle. Elle organise la rareté, oriente les flux de crédit, dépolitise les arbitrages en les présentant comme techniques. Même la monnaie—créée à crédit par des institutions peu redevables au suffrage—devient le vecteur d’une souveraineté détournée : nos dépôts alimentent des décisions dont nous subissons les effets sans en fixer les buts.

4) Espace, densité, comportements : ce que disent Calhoun et Edward T. Hall

Les structures ne forment pas que des prix : elles façonnent des comportements. Les expériences de John B. Calhoun sur des colonies de rongeurs ont montré comment la configuration de l’espace et la densité modifient les interactions : accaparement de zones « premium », stress, désorganisation des soins aux petits, montée des conduites de prédation. Rien à plaquer tel quel aux sociétés humaines, mais une leçon précieuse : organisation, règles et espace social produisent des effets psychiques et politiques.

Dans La Dimension cachée, Edward T. Hall démontre que nos distances sociales, nos proximités et nos seuils de tolérance sont culturellement codés. Autrement dit : l’architecture des institutions (marchés, villes, médias, entreprises, administrations) influence nos manières de coopérer ou de nous affronter. Quand toute la vie est réécrite par le capitalomètre, la compétition devient la grammaire des relations ; l’horizontalité (confiance, pair-à-pair, mutualisme) s’érode ; la verticalité (classement, tri, exclusion) prospère.

On ne change pas les comportements sans changer les structures qui les rendent “rationnels”.

5) Sortir du piège : changer la mesure, changer la fin

Si la mesure fait la loi, changer la mesure devient l’acte politique décisif. Cela suppose :

a) Requalifier les “charges” en biens fondamentaux
Santé, éducation, retraite, protections collectives ne sont pas des coûts à minimiser mais des investissements d’existence. Comptablement, cela implique d’autres référentiels (budgets de mission, comptabilité en “capital humain et social”, bilans socio-environnementaux opposables).

b) Rémunérer l’apprentissage tout au long de la vie
Dans une économie où la productivité technique remplace le travail répétitif, la valeur se déplace vers le savoir, la créativité, la capacité de coopération. Rémunérer l’étude—non pas comme “formation professionnelle” ponctuelle, mais comme bien commun—c’est sécuriser les trajectoires et élargir le champ des possibles.

c) Introduire un référentiel énergétique universalisable
On peut contester la fiction d’une valeur purement monétaire et rapprocher la mesure de la réalité physique du travail : l’énergie dépensée (le joule) tout au long des chaînes de production et de services. Ce n’est pas un fétiche techniciste, mais un principe d’objectivation : relier prix, efforts humains, impacts matériels. Une telle boussole recadre la hiérarchie des valeurs (moins de spéculation rentière, plus de sobriété productive, meilleure lisibilité des coûts réels—y compris écologiques).

d) Démocratiser la monnaie et le crédit
Si la monnaie oriente le réel, son émission doit relever d’un mandat démocratique : banques publiques d’investissement, conditions de crédit liées à des objectifs sociaux et écologiques, transparence sur la destination des dépôts, contre-pouvoirs citoyens dans les institutions monétaires.

6) Pourquoi ce changement n’est pas un retour en arrière

Rien de ce qui précède ne vise à détruire l’entreprise, outil prodigieux de coopération ; il s’agit d’en désactiver la structure totalitaire (où l’humanité est une variable d’ajustement) pour réaligner les finalités : produire ce qui améliore la vie, au moindre coût énergétique et au plus haut bénéfice social. L’Europe n’a pas vocation à devenir une “super-entreprise” pilotée par tableaux de bord ; elle peut être une fédération de communs dotée d’une comptabilité qui compte enfin ce qui compte.

Tant que le capitalomètre décide, l’alternance politique reconduit la même fin.
Changer l’instrument de mesure, c’est rouvrir l’horizon du possible.

Conclusion : de la colonne « charges » à la colonne « humanité »

Nous n’avons pas besoin d’un mythe nouveau, mais d’un déplacement lucide :

  • du calcul contre l’humain au calcul pour l’humain ;

  • de la rareté organisée à la suffisance partagée ;

  • du salariat-marchandage au savoir-comme-bien-commun.

La prochaine révolution n’opposera pas seulement « État » et « marché ». Elle changera la mesure—et donc la fin—en assumant que la véritable richesse est l’énergie humaine investie dans la connaissance, la relation, le soin et la transmission. C’est par là que s’ouvre l’âge adulte de l’humanité.

 
 

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Publié le 13 Septembre 2025

« La valeur travail : un mythe moderne »

L’histoire humaine s’est toujours construite sur des mythes. Qu’ils prennent la forme de récits religieux, de légendes nationales ou d’idéologies politiques, ils ont pour fonction d’organiser les sociétés, de donner un sens à l’existence et de légitimer des rapports de pouvoir. Loin d’avoir disparu avec les Lumières ou le développement des sciences, les mythes se sont transformés : aujourd’hui encore, notre époque prétend rationnelle se structure autour de récits collectifs qui jouent le même rôle. L’un des plus puissants est celui de la « valeur travail ».

Les mythes, fondements de l’organisation humaine

L’homme est un conteur d’histoires. Depuis l’art pariétal jusqu’aux grandes épopées religieuses et politiques, nous avons toujours eu besoin de donner un sens aux événements et d’y inscrire notre place. Le langage puis l’écriture ont permis de stabiliser ces récits et d’en faire les fondements d’identités collectives. Mais aucun mythe ne dit toute la réalité : il simplifie, il masque, il sacralise. Les religions ont donné au clergé le pouvoir de représenter le divin ; les idéologies modernes donnent à d’autres élites – économiques, politiques, scientifiques – l’autorité de dire ce qui est vrai ou légitime.

Ainsi, loin d’être une simple superstition du passé, le mythe est une constante anthropologique. Nous ne pouvons raconter ni transmettre les millions d’actions qui composent une existence : nous réduisons, nous sélectionnons, nous sacralisons. De là naissent les mythes fondateurs, qu’ils soient religieux, nationaux… ou économiques.

La « valeur travail » comme récit fondateur moderne

Parmi ces mythes contemporains, celui de la « valeur travail » occupe une place centrale. Son fonctionnement est exactement celui d’un récit fondateur : il se présente comme une évidence universelle, il ordonne la société en hiérarchisant les places, il légitime une domination de classe. L’étymologie elle-même rappelle l’ambivalence : tripalium, instrument de torture chez les Romains, devient au fil des siècles un devoir moral et un honneur civique.

Au XIXe siècle, avec l’industrialisation, le travail devient à la fois le ciment des luttes sociales et l’outil de légitimation des capitalistes. On s’y réfère comme à une valeur absolue. Pourtant, son histoire montre qu’il ne s’agit pas d’une valeur intrinsèque, mais d’une construction sociale fluctuante. C’est au nom du travail que l’on a massacré des immigrés à Aigues-Mortes en 1893, comme aujourd’hui certains rejettent l’étranger accusé de « voler l’emploi ». Ce n’est donc pas une valeur universelle, mais un mythe utilisé pour canaliser peurs, colères et aspirations.

Le productivisme comme dérive du mythe

En érigeant le travail en valeur suprême, nos sociétés ont justifié l’exploitation, le productivisme et l’idée absurde que tout doit être marchandisable – y compris la planète elle-même. La « valeur travail » a permis des progrès, certes, mais elle a aussi engendré un cycle destructeur : croissance infinie, épuisement des ressources, exclusion de ceux qui n’ont pas d’emploi.

Le paradoxe est criant : nous n’avons plus besoin du travail de tous grâce aux machines et aux robots, mais nous continuons de fonder la distribution des revenus uniquement sur l’emploi. Ceux qui réclament « la valeur travail » oublient que les rentiers, les spéculateurs ou les actionnaires s’enrichissent sans travailler. C’est bien la preuve qu’il ne s’agit pas d’une valeur universelle, mais d’un mythe au service d’une organisation sociale.

Vers une autre organisation

Si l’on veut sortir de ce schéma archaïque, il faut rompre avec la sacralisation du travail comme unique source de revenu. L’effort, la dépense d’énergie, la production sont des réalités, mais elles n’ont pas en elles-mêmes de valeur absolue : elles sont des moyens, pas des fins. D’autres sources de revenu peuvent être imaginées : partage du temps de travail, revenu lié à l’apprentissage permanent, mutualisation des bénéfices du progrès technique.

Conclusion : sortir du mythe pour entrer dans l’interrogation

Le mythe de la valeur travail a structuré nos sociétés comme d’autres récits ont fondé les religions ou les nations. Mais il est temps de le reconnaître pour ce qu’il est : une histoire que nous nous racontons pour légitimer une organisation sociale, et non une vérité universelle. Continuer à sacraliser le travail comme valeur fondatrice, c’est maintenir un productivisme qui détruit nos vies et notre planète.

L’avenir, lui, passe par autre chose : l’éducation, l’interrogation permanente, la capacité de créer des espaces où chacun trouve sa place sans exploiter son semblable. Car l’homme civilisé n’est pas celui qui sacralise ses mythes, mais celui qui les questionne.

Le travail ne fonde pas la dignité : c’est la dignité humaine qui donne sens au travail.

 

Le travail n’a pas de valeur, seule l’humanité en a, car la vraie richesse n’est pas le travail, c’est l’humain, si bien qu’a sacralise le travail, on oublie l’homme pour un conte fondateur dont sa valeur dépend de la réalité de la dignité humaine. »

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Rédigé par ddacoudre

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Publié le 13 Septembre 2025

Ha ! Si j’étais un adulte ?
Intro

La lecture en son temps de Si c’est un homme de Primo Levi m’a obligé à questionner une idée profondément ancrée dans notre culture occidentale : celle de l’Homme naturellement bon, guidé par la justice et l’humanisme. Mais l’histoire et l’observation du quotidien montrent autre chose : derrière nos idéaux se cachent des instincts primaires – la recherche du moindre effort, l’appropriation des biens d’autrui, la compétition pour survivre. Depuis 9 000 ans, notre histoire culturelle se résume à cela : passer du pillage à l’exploitation, puis au salariat, sans jamais vraiment sortir de la logique qui consiste à considérer l’humain comme une charge.

Aujourd’hui, alors que l’intelligence artificielle, les technologies et nos savoirs offrent des possibilités inédites, nous sommes toujours prisonniers d’un paradigme ancien : croire que l’argent est la clé de l’existence, alors que seule l’énergie humaine crée de la valeur. Comment briser ce cercle et inventer une économie au service de l’humain, et non l’inverse ?

Si c’est un homme m’a conduit à revisiter une conviction qui imprègne toute notre culture occidentale : celle de l’« Homme bon » et de la justice comme horizon universel. Ce n’est pas une critique, mais une observation : la vision humaniste ne correspond pas toujours à la réalité des instincts naturels de l’être humain, partagé entre coopération et prédation, entre désir d’harmonie et pulsion de domination. Pourtant, si nous sommes capables de nous représenter ainsi, c’est bien que cette potentialité existe en nous. Reste à la faire émerger. Car ce que nous appelons « humanité » ne dépend pas seulement de nos tempéraments singuliers, mais de l’environnement dans lequel nous naissons et grandissons. L’enjeu n’est donc pas simplement de devenir adulte, mais d’accéder à une condition « adulturante », capable de dépasser nos réflexes primitifs pour assumer une responsabilité collective. « Devenir adulte ne consiste pas seulement à vieillir, mais à choisir de faire émerger ce qu’il y a de plus humain en nous : la capacité d’inventer un monde où la coopération l’emporte sur la prédation. » « Et si l’adulte que nous croyons être n’était encore qu’un enfant en quête de repères ? Derrière l’illusion d’un monde rationnel, nos instincts archaïques continuent de guider nos choix. » Philosophiquement nous parlons d’humanisme, de justice universelle, d’égalité entre les peuples. Pourtant, l’histoire et l’actualité nous rappellent combien l’Homme oscille sans cesse entre coopération et prédation, entre désir d’harmonie et pulsion de domination. Si nous sommes capables d’imaginer une société plus juste, c’est que cette possibilité existe en nous. Mais elle reste suspendue à une question : saurons-nous franchir le cap et devenir adultes collectivement ?

Si nous sommes capables d’avoir cette vision de nous-mêmes, c’est bien qu’elle existe en germe en chacun de nous, et qu’elle peut émerger pourvu que l’environnement – social, éducatif, culturel – en favorise l’éclosion. C’est à ce prix seulement que l’humanité pourra passer de l’enfance à l’« adulturité ».

Mais pour comprendre ce chemin vers l’« adulturité », il faut d’abord revisiter notre histoire, nos instincts et nos organisations sociales : de la rareté au pillage, de la coopération aux rapports de force, l’humain n’a cessé d’osciller entre progrès et régression, entre créativité et domination.

Si nous voulons réellement devenir des adultes de l’histoire, il nous faut accepter cette dualité : la prédation n’est pas un accident, mais une part de notre héritage. C’est en la reconnaissant, et non en la niant, que nous pouvons espérer faire émerger l’autre part, celle de la coopération et de l’humanisme.

Politiquement le défi de notre temps n’est pas seulement économique ou écologique, il est civilisationnel : apprendre à sortir des logiques de pillage et de domination pour inventer un nouvel âge, celui d’une humanité adulte, capable de gérer ses ressources et ses savoirs sans sacrifier les plus faibles.
Une histoire de pillages et de renaissances

Notre histoire culturelle est récente. À peine 9 000 ans nous séparent des premiers villages agricoles, 3 500 ans des cités-États mésopotamiennes. Tous les royaumes qui ont suivi – grec, romain, carolingien – ont prospéré sur le pillage, tout en transmettant, chacun à sa manière, un legs culturel. La Renaissance carolingienne de Charlemagne, la chrétienté romaine ou encore les monarchies pillant le Nouveau Monde ne sont que des étapes d’un même processus : organiser l’exploitation pour survivre et se distinguer.

Au XIe siècle, le commerce a remplacé le pillage comme modèle économique dominant. Mais les logiques coloniales n’ont cessé d’en prolonger la brutalité, jusqu’à nos jours, y compris dans des territoires encore administrés par la France. La Révolution française n’a pas rompu cette logique : elle l’a habillée de nouvelles valeurs, mais les nations modernes sont restées prédatrices.

Aujourd’hui, la mondialisation pourrait être une chance pour dépasser ce cycle. Mais parce qu’elle s’est faite sous le signe de l’exploitation de l’humain par l’humain, elle provoque le rejet et nourrit la peur. On en vient à rêver de revenir à l’économie locale d’il y a 9 000 ans, plutôt que d’inventer l’Europe des peuples et non celle des marchés.

L’instinct de la plus-value

L’expérience m’a appris que l’humain agit selon un instinct irréductible : obtenir plus que ce qu’il a donné. Dans les négociations salariales, même quand nous avons établi l’égalité de traitement, chacun a fini par chercher à tirer une plus-value individuelle, quitte à dénigrer l’autre. Ce n’est pas une marque d’intelligence capitaliste, mais un réflexe biologique.

On le retrouve partout dans le vivant : le prédateur qui vole la proie d’un autre pour économiser son énergie ; la plante qui se bat pour un rayon de soleil dans la canopée ; le virus qui détourne la machinerie d’une cellule. Chez nous, cela s’appelle « profit », « rente », « dividende » ou « salaire ». L’économie humaine n’a fait que traduire en chiffres une logique animale.

Ainsi, le plan comptable – cet outil froid qui classe le salarié comme une « charge » – n’est pas une invention géniale. C’est la formalisation de ce réflexe d’appropriation : réduire le coût humain pour maximiser ce qu’on conserve. Le capitalisme n’a rien inventé. Il a seulement perfectionné la logique du pillage en la rendant invisible.

La paresse comme moteur caché

On accuse souvent l’humain de paresse. Mais c’est là son moteur. Toute espèce cherche à satisfaire ses besoins avec le moins d’efforts possibles. C’est ce qui nous a conduits à domestiquer des animaux, puis à inventer des machines et aujourd’hui des robots. Vouloir se faire remplacer au travail n’est pas une déviance, mais une constante anthropologique.

Ce qui pose problème, ce n’est pas la paresse, mais l’usage qui en est fait. Le capitalisme détourne cette recherche d’économie d’énergie pour l’ériger en justification d’une exploitation : quelques-uns se dispensent d’effort en soumettant les autres à leur place. De l’esclavage antique au salariat moderne, la logique est la même : manger l’énergie des autres. Comme ces tribus africaines observées par les anthropologues, qui se nourrissaient littéralement de leurs voisins, nous nous sommes civilisés en remplaçant la chair par le travail salarié.

La rareté, matrice de toutes les violences

Au cœur de ce processus, il y a la rareté. La rareté n’est pas seulement une donnée naturelle : elle est produite et entretenue par les dominants. Elle justifie la guerre, la colonisation, l’accaparement des terres, et jusqu’à la financiarisation contemporaine.

Dans nos sociétés modernes, la rareté se traduit par la dette. Une dette publique de 3 200 milliards depuis 1976 a permis de maintenir 1,5 million d’emplois, mais financée par les seuls salariés, sommés de rendre trois fois ce qu’ils ont reçu. Le FMI et la BIRD perpétuent ce cycle : ils financent en prélevant sur ceux qui travaillent, puis exigent le remboursement avec intérêts, empêchant toute véritable innovation collective.

Or il ne manque pas de travail. Il manque une autre organisation. Les besoins essentiels – hôpitaux, infrastructures, lutte contre le climat – sont infinis. Nous avons les savoirs, les technologies, les compétences. Mais nous nous enfermons dans une inculture économique qui nous empêche de créer la monnaie nécessaire.

Une nouvelle unité de valeur : l’énergie humaine

J’ai proposé, dès les années 1980, de rémunérer les hommes pour apprendre. Aujourd’hui, je propose d’aller plus loin : remplacer la monnaie actuelle par une unité universelle, mesurée en énergie humaine.

Cette norme – joules, watts, calories – serait neutre, scientifique et universelle. Elle permettrait d’objectiver la valeur d’un bien ou d’un service par l’énergie humaine qu’il a mobilisée, et non par les caprices du marché.

  • Durabilité : elle inciterait à investir dans les énergies renouvelables.

  • Égalité : elle assurerait une répartition plus juste des richesses.

  • Solidarité : elle encouragerait la mutualisation des risques et des investissements.

Avec l’IA et la blockchain, nous avons aujourd’hui les moyens de gérer cette circulation monétaire nouvelle, transparente et sécurisée.

Éduquer pour libérer

Mais une révolution monétaire et économique ne suffira pas sans révolution éducative. L’histoire nous enseigne que tout progrès dépend de la diffusion du savoir. L’imprimerie a ouvert la voie aux Lumières ; l’école de la République a permis d’émanciper partiellement le peuple. Aujourd’hui, il faut passer à une éducation tout au long de la vie, ouverte à tous.

Il faut réorganiser le temps social :

  • un tiers pour le sommeil,

  • un tiers pour l’éducation,

  • un tiers pour le loisir,

  • un tiers pour le travail.

Seule cette redistribution permettra d’assumer la vitesse de la révolution technologique et d’éviter qu’elle ne soit confisquée par une oligarchie.

Le choix devant nous

Nous sommes à un carrefour. Soit nous restons prisonniers du plan comptable et de la logique de pillage, en réduisant l’humain à une charge. Soit nous inventons une économie fondée sur l’énergie humaine, la coopération et la mutualisation.

Cela suppose de briser deux malédictions :

  • le nationalisme, que Krishnamurti décrivait comme un mur d’isolement ;

  • la croyance que l’argent est une fin en soi, quand il n’est qu’un instrument.

Nous disposons des moyens, des savoirs et des technologies pour créer une société plus juste et durable. Mais nous restons paralysés par nos instincts opportunistes et notre paresse infantile, en quête d’un « père » providentiel.

Le XXIe siècle nous met au défi : rester des enfants captifs des dominants systémiques, ou devenir enfin adultes en acceptant d’apprendre, ensemble, à gérer nos richesses réelles : l’énergie humaine, la solidarité, la connaissance.

Conclusion

Nous avons inventé des machines, domestiqué les animaux, perfectionné nos outils pour économiser notre énergie. Nous avons construit des empires sur le pillage, puis sur le salariat. Mais jamais nous n’avons su rompre avec ce réflexe primitif : exploiter l’autre pour se dispenser d’effort.

Le XXIe siècle nous place devant un choix décisif : rester prisonniers de ce paradigme – où l’humain est vu comme un coût et la rareté entretenue comme une arme – ou franchir un nouveau seuil historique. Ce seuil passe par trois conditions :

  • reconnaître l’énergie humaine comme la véritable unité de valeur ;

  • mutualiser les risques et les investissements pour sortir de la logique du profit pur ;

  • instruire et rémunérer les hommes pour apprendre tout au long de la vie, afin que le savoir soit enfin partagé.

L’histoire nous montre que toutes les civilisations qui ont oublié leurs peuples se sont effondrées. La nôtre ne fera pas exception si elle continue à ériger le capitalisme en religion. Mais si nous avons le courage d’inventer une économie humaniste, fondée sur l’énergie, la solidarité et la connaissance, alors – peut-être pour la première fois – nous pourrons répondre à la question : Ha ! Si j’étais un Homme ?

 

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Publié le 13 Septembre 2025

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Après avoir montré que l’imbécilité peut être une part intégrante de l’intelligence, et que l’ignorance est une chance, il nous faut interroger un autre instinct fondamental : la paresse. Souvent décriée comme un défaut, elle est pourtant au cœur de notre histoire. Elle n’est pas l’ennemie du progrès, mais son moteur invisible.

1. La paresse comme condition humaine
L’homme, de nature, cherche le moindre effort. Si un fruit est à portée de main, pourquoi aller cueillir celui qui est plus haut ? Ce n’est que lorsque l’abondance disparaît que nous consentons à dépenser de l’énergie – en travaillant, en innovant, ou en acceptant une incitation comme l’argent. Le travail n’est donc pas une fin en soi, mais une contrainte née de la rareté. D’abord imposée aux plus faibles, puis transférée aux animaux, ensuite aux machines et désormais aux robots, cette logique n’a jamais cessé : l’objectif est toujours de réduire l’effort.

2. Le paradoxe de l’abondance et de la gratuité
Curieusement, quand un bien est abondant, il perd de sa valeur, et nous le délaissons. Mais lorsqu’il devient rare, nous le désirons gratuit, parce qu’il coûte de l’énergie à obtenir. Ce paradoxe traverse toutes nos sociétés. Nous voulons la gratuité des services publics, mais nous acceptons de les payer plus cher une fois privatisés. Nous voulons participer à la démocratie, mais sans effort : les primaires permettent de donner son avis sans engagement réel, contre une modeste contribution.

3. Paresse et politique
Ce penchant a un coût démocratique. Le citoyen paresseux préfère croire que son opinion est “prise en compte” à travers un clic, un vote ponctuel, un micro-signe, plutôt que par l’effort d’une adhésion ou d’un engagement collectif. Résultat : nous avons une démocratie de consommateurs d’opinions plutôt qu’une démocratie de producteurs d’idées.

4. Paresse et pensée
Mais la paresse a aussi ses limites. Car penser – véritablement penser – exige une lenteur, une patience, une énergie que nous n’aimons pas mobiliser. Or, sans pensée critique, la paresse cesse d’être créatrice pour devenir un piège : celui de l’illusion, de l’intolérance, de la manipulation.

5. Paresse et capitalisme
Le capitalisme, au fond, exploite cet instinct. Il organise la rareté et joue sur l’illusion du gratuit pour maintenir la dépendance. La création monétaire, qui était abondante et libre avec la Banque de France, a été raréfiée au profit des banques privées. Désormais, il faut payer pour accéder à ce qui devrait être commun. Et si les citoyens acceptent que des riches touchent des rentes sans travailler, ils refusent catégoriquement qu’un pauvre reçoive sans effort. Là encore, la paresse est biaisée par la peur du partage.

Conclusion
La paresse est une énergie. C’est elle qui nous a fait passer du silex au robot, du travail forcé à la mécanisation. Mais elle peut être piégée par le capitalisme qui transforme notre désir naturel de moindre effort en instrument de domination. Pour que la paresse redevienne créatrice, il faut la réorienter : non vers l’illusion du gratuit ou la peur de partager, mais vers la pensée, la coopération et la solidarité.

 

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Publié le 13 Septembre 2025

Monnaie ou argent : un choix de civilisation


 

Intro.

Depuis plusieurs décennies, l’économie mondiale repose sur une confusion fondamentale : celle qui mélange la monnaie, outil d’échange au service de la vie collective, et l’argent, instrument d’accumulation au service d’intérêts privés. Cette confusion n’est pas anodine : elle structure nos comportements, nos politiques publiques et jusqu’à nos imaginaires sociaux. On en vient à croire qu’il faut « de l’argent » pour travailler, alors que ce sont les hommes, leurs savoirs et leur énergie qui produisent réellement les richesses. Le capitalisme s’est nourri de cette illusion, transformant un outil de régulation sociale – la monnaie – en un fétiche, l’argent, qui domine nos existences et oriente nos choix collectifs. Mais aujourd’hui, face aux crises écologique, sociale et démocratique, cette croyance atteint ses limites. La question n’est plus seulement économique : elle engage notre avenir commun. Certes il y a une raison fondamentale à cela que nous examinerons plustard.

Depuis l’invention du plan comptable et la généralisation du capitalisme, l’humanité a glissé dans une confusion fondamentale : confondre monnaie et argent. La monnaie est un outil d’échange, un moyen de faciliter la circulation des biens et des services. L’argent, lui, est devenu un instrument de domination, de spéculation, et d’accumulation stérile.

L’illusion de la « charge » et la perversion du langage

Depuis 1977, avec Raymond Barre, les politiques n’ont cessé de marteler que la solidarité, la santé, l’éducation ou les retraites représentaient une « charge ». Ce glissement de vocabulaire n’est pas anodin : il traduit l’idée que l’humain lui-même, à travers son salaire et ses droits sociaux, serait un fardeau pour l’économie.
En réalité, derrière chaque « charge » se cache une richesse humaine : des médecins, des enseignants, des pompiers, des familles qui vivent, apprennent et transmettent. C’est donc l’argent – et non l’humain – qui constitue une véritable charge, car il réduit la vie à une simple ligne comptable négative.

Le travail : un moyen culturel, non une finalité en soi

L’histoire rappelle une évidence : nos ancêtres n’ont jamais manqué d’argent. Ils ont manqué de nourriture, d’eau, d’abris, d’énergie. Le travail est né comme un moyen culturel d’adaptation, pour produire ce qui était rare. Mais au lieu de rester un outil collectif, il a été transformé par le capitalisme en une obligation mesurée en argent.
Nous travaillons aujourd’hui non pas pour produire ce dont nous avons réellement besoin, mais pour obtenir de l’argent qui, ensuite, nous donne accès aux biens. C’est le paradoxe de « l’homme affamé sous l’arbre » : il attend qu’on lui donne de l’argent pour cueillir le fruit qui pend devant lui.

Argent et rareté : un cercle vicieux

L’argent introduit une logique absurde : il maintient artificiellement la rareté là où il pourrait y avoir abondance. L’eau existe, mais sans argent pour financer les réseaux, la sécheresse devient drame. La nourriture existe, mais sans solvabilité, elle ne circule pas. Les savoirs existent, mais sans investissement collectif, ils ne sont pas partagés.
Ainsi, l’argent ne sert pas à produire la vie : il organise le manque, pour que certains puissent tirer profit de ce que d’autres n’ont pas.

La monnaie comme instrument de liberté

La monnaie, en revanche, a un rôle légitime : elle permet de faire circuler les productions, de partager ce qui n’est pas divisible. Elle n’est pas un fardeau mais une clé. Elle n’a pas vocation à être thésaurisée, encore moins à être spéculée. Elle doit rester l’expression d’une énergie humaine transformée en biens et services.
Ce n’est donc pas la monnaie qu’il faut combattre, mais l’usage dévoyé qu’en fait le capitalisme en la convertissant en argent.

Replacer l’humain au centre de la valeur

Ce choix entre monnaie et argent n’est pas technique, il est civilisationnel. Si nous voulons éviter la spirale destructrice – chômage, inégalités, pollution, guerres – nous devons replacer la valeur non pas dans l’accumulation d’argent, mais dans l’investissement humain.
Cela suppose de redéfinir la richesse à partir de l’énergie humaine dépensée pour produire, apprendre et transmettre. Autrement dit, monétiser le travail réel de l’homme – non pas pour l’asservir, mais pour le libérer.

Conclusion

L’argent est devenu le fouet moderne, la carotte illusoire qui enferme les peuples dans la rareté artificielle. Pourtant, nous disposons déjà des savoirs, des technologies et des capacités de production nécessaires pour assurer l’abondance. La véritable richesse ne se mesure pas en flux financiers, mais en santé, en éducation, en solidarité, en temps libéré pour créer et apprendre. Redonner à la monnaie sa fonction originelle – faciliter l’échange – et sortir du culte de l’argent, c’est remettre l’humain au cœur de l’économie. Si nous échouons, le destin s’en chargera à notre place, comme il l’a toujours fait dans l’histoire des civilisations. Mais si nous réussissons, alors l’humanité pourra franchir une nouvelle étape : dépasser le capitalisme pour inventer une société où l’on ne travaille plus pour accumuler, mais pour vivre, transmettre et s’émanciper.

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Rédigé par ddacoudre

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Publié le 12 Septembre 2025

Le salarié : une charge intellectuelle, le capitalisme : une charge tout court


 

Depuis les années 1970, on répète que le salarié est une « charge » à réduire. Mais derrière cette notion comptable se cache une vision déshumanisante : considérer la santé, l’éducation, la sécurité sociale ou les retraites comme un coût. En réalité, ces « charges » sont la richesse même de notre société.


 

Depuis le ministère de Raymond Barre, en 1977, la solidarité a été battue en brèche. Il ne cessa de répéter qu’elle constituait une « charge » pour les employeurs. Depuis lors, cette notion a fait école, et pas un président n’a manqué de la reprendre.

Cette idée est issue du plan comptable élaboré par les maîtres du capitalisme, dans lequel le salarié – l’homme, l’humain – est classé comme une charge, au même titre qu’une clé à molette. Le comble est atteint lorsque des ouvriers eux-mêmes finissent par penser qu’il y aurait plus d’emplois s’il y avait moins de « charges ».

Or cette absurdité absolue, digne des plus grands mensonges, est devenue une évidence institutionnelle. On l’entend encore, reprise par les économistes de comptoir du RN ou par des commentateurs de chaînes d’information continue, comme si c’était une vérité indiscutable. Mais que désigne réellement cette « charge » ? Ce n’est rien d’autre que la vie même des hommes.

  • La « charge », c’est la santé des hommes.

  • La « charge », c’est leur instruction, leur sécurité, leur secours.

  • La « charge », ce sont les aides aux familles, aux handicapés, aux plus pauvres.

  • La « charge », ce sont les loisirs, les vacances, les fêtes, les jours fériés, les retraites.

  • La « charge », c’est le droit de se soigner, d’apprendre, de vieillir dignement.

Supprimer les charges reviendrait à supprimer les hôpitaux, les médecins, les enseignants, les pompiers, la police, les routes, l’administration, les services publics, les salaires eux-mêmes – bref, à supprimer les hommes. Car derrière chaque ligne comptable se cache une réalité humaine.

C’est pourquoi, à bien y regarder, les véritables charges ne sont pas les salariés, mais bien le capitalisme lui-même. Car il fait peser sur la société une contrainte idéologique : considérer que tout ce qui est humain, social, collectif, est un coût à réduire.

En réalité, ce que le capitalisme considère comme une « charge » est précisément ce qui constitue la vraie richesse : l’humain, sa santé, son savoir, sa créativité, sa solidarité. Réduire cela à une ligne négative dans un plan comptable, c’est non seulement déshumanisant, mais aussi économiquement absurde.

Car la valeur n’existe pas sans travail humain, sans intelligence, sans transmission des savoirs. Les machines, les capitaux, les technologies ne sont rien sans les femmes et les hommes qui les conçoivent, les entretiennent et les améliorent. L’avenir ne réside donc pas dans la réduction des « charges », mais dans leur élévation au rang d’investissement collectif.

C’est tout le sens de la proposition de rémunérer les hommes pour apprendre : faire de l’éducation permanente et de la formation tout au long de la vie non pas une dépense, mais la véritable source de croissance humaine et sociale. Là où le capitalisme ne voit qu’un coût, il faut voir la condition même de l’émancipation et du progrès.

La question n’est donc pas de savoir comment réduire la « charge salariale », mais comment redéfinir la richesse pour replacer l’humain – son savoir, sa dignité, son temps – au cœur de l’économie. Car si le salarié est une « charge intellectuelle », alors c’est précisément cette charge qui porte l’avenir du monde.

« Appeler l’humain une charge, c’est déjà nier sa valeur. »

Pour le redire, dans le plan comptable, le salarié est inscrit dans la colonne des charges, au même titre qu’une machine ou qu’un outil. Cette logique arithmétique, reprise et martelée depuis les années 1970, a fini par s’imposer dans le langage politique et médiatique. Mais si l’on change de regard, si l’on quitte l’œil froid de la calculette pour adopter l’œil humain, alors tout bascule : ces « charges » sont en réalité la santé, l’éducation, la sécurité sociale, les retraites, les congés payés, la solidarité intergénérationnelle, la protection contre la misère et l’exclusion. Bref, tout ce qui fait société.

Réduire les charges, ce n’est donc pas « alléger un fardeau », c’est affaiblir la cohésion sociale, rogner sur les droits fondamentaux et fragiliser le bien-être collectif. La véritable question n’est pas de savoir comment supprimer les charges, mais de comprendre qu’elles sont la traduction concrète de notre choix de vivre ensemble, d’organiser nos ressources pour protéger les individus et garantir une dignité commune. Le paradoxe est là : ce que l’on désigne comme une dépense improductive est en fait la base même de notre richesse humaine et citoyenne. Il nous reste à imaginer comment comptabiliser la richesse humaine pour sortir du capitalisme, cela commence par redéfinir la valeur du travail en monétisant l’énergie humaine dépensée pour l’exécuter, et sortir de son emprise pour le comprendre.

Redéfinir la valeur du travail, c’est reconnaître que la véritable richesse n’est pas le capital, mais l’énergie humaine dépensée pour vivre, apprendre et créer.


 

 

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Publié le 12 Septembre 2025

Entre capitalisme triomphant et communisme défait : écrire une autre histoire

L’intelligence dévoyée et la montée du fascisme

La dérive d’une intelligence dévoyée se traduit aujourd’hui par la montée du Rassemblement national, qui propose un retour en arrière illusoire. Face à la mondialisation – évolution inévitable où les guerres économiques devraient céder la place à la coopération entre nations – nos sociétés restent prisonnières. Difficile en effet de bâtir un avenir commun avec des dirigeants capitalistes convaincus et d’autres, comme en Chine ou en Russie, qui se sont résignés à adopter ce modèle après l’échec du communisme. Cet échec n’a pas permis d’émanciper les populations pour qu’elles participent pleinement à l’évolution d’un monde où technologies, matières premières, produits finis, capitaux et hommes circulent désormais sans frontières.

De l’échec du communisme à l’impasse du capitalisme : inventer une nouvelle voie

L’histoire le montre : aucune civilisation n’évolue en ligne droite. Toutes ont connu un apogée en croyant leurs savoirs définitifs et leurs vérités inaliénables, jusqu’à rejeter toute pensée alternative comme « réactionnaire ». Notre société commet la même erreur. Elle utilise l’échec du communisme pour discréditer toute pensée socialisante – notamment l’idée d’une « solidarité égoïste » – et se condamne ainsi à répéter le cycle : apogée, puis autodestruction.

Depuis 1984, les gouvernements successifs ont choisi de gérer le capitalisme plutôt que de le transformer. Sous la domination de ce système et grâce à son emprise sur l’information, l’espérance des citoyens a été laminée. Pourtant, des forces politiques comme la LFI proposent d’écrire une autre histoire : une sortie à la fois du capitalisme prédateur et du communisme sclérosé, pour ouvrir un avenir réellement partagé.

La source de la désespérance

Nos sociétés malgré des savoirs et des richesses sans précédent dans l’histoire s’enferment depuis quarante ans dans une logique de rigueur et d’austérité, stérilisant toute innovation politique. Ce paradoxe révèle une vérité dérangeante : l’imbécilité n’est pas l’opposé de l’intelligence, mais l’une de ses déclinaisons, quand celle-ci se retourne contre elle-même. La répétition des mêmes recettes – « travailler plus », « réduire les charges », « attendre des riches qu’ils investissent » – illustre cette incapacité collective à se réformer. Ce blocage nourrit la peur, l’exclusion et la recherche d’autorité, ouvrant la voie à la fascisation de l’opinion. Sortir de ce cercle vicieux exige de dépasser la comptabilité capitaliste pour replacer l’humain et le savoir au cœur de nos choix.

Dans un monde où il n’y a jamais eu autant de richesses, de monnaie en circulation et de milliardaires, comment expliquer que nos sociétés traversent une crise permanente ? Ce paradoxe, à lui seul, illustre une réalité troublante : l’imbécilité est devenue un critère d’intelligence politique et économique.

Quarante ans d’austérité, une logique absurde

Depuis la démission de Jacques Chirac en 1976 et la nomination de Raymond Barre, la France vit au rythme de politiques de rigueur et d’austérité. À l’exception d’une brève relance sous Mitterrand, cela fait plus de trente-cinq ans que l’on promet aux citoyens que ces sacrifices permettront d’encourager l’investissement et de préserver l’emploi. Or, durant tout ce temps, les crises se sont succédé pour le peuple, tandis que les financiers et les grandes fortunes ont continué de s’enrichir.

Le discours reste inchangé : les riches investissent, donc créent des emplois. Mais la réalité, elle, dément chaque jour cette croyance. Les mêmes slogans ressurgissent à chaque élection, comme une rengaine hypnotique. Depuis des décennies, nous entendons qu’il faut « investir pour relancer » et « lutter contre le chômage par la compétitivité ». Il faut être bien naïf – ou aveugle – pour continuer à reconduire des responsables politiques qui reproduisent inlassablement les mêmes recettes, toutes démenties par l’expérience.

La réforme des retraites, symbole de l’imbécilité institutionnalisée

La récente réforme des retraites en est l’exemple le plus criant. L’argument avancé – « nous vivons plus longtemps, il faut donc travailler plus longtemps » – est une absurdité. L’histoire de l’humanité prouve exactement l’inverse : l’homme a toujours cherché à déléguer son travail à d’autres – esclaves, animaux, puis machines – afin de se libérer du labeur. C’est précisément cette recherche de soulagement qui a permis les progrès techniques et l’allongement de la vie.

La vraie question n’est pas de multiplier les années de travail, mais de repenser la source du revenu. Ce que nous cherchons, ce n’est pas un « emploi » en soi, mais une autonomie économique qui permette d’accéder aux biens et services produits collectivement. Dans une société où l’automatisation et la robotique remplacent une grande partie du travail humain, l’enjeu n’est pas de contraindre chacun à travailler davantage, mais de trouver des formes nouvelles de répartition des richesses.

Le plan comptable contre l’humanité

Le véritable adversaire des travailleurs n’est pas le patronat en tant que tel, mais le plan comptable. Dans les bilans des entreprises, les salariés apparaissent comme une « charge » à réduire, au même titre que la consommation de ciment dans un béton. La richesse qu’ils produisent est invisibilisée par un système de comptabilisation qui réduit l’humain à un coût, et non à une valeur.

Depuis quarante ans, gouvernements et élites formées dans nos grandes écoles ont refusé d’admettre que l’organisation capitaliste du travail est devenue inadaptée aux savoirs et aux technologies disponibles. En continuant à raisonner en termes de compétitivité et de réduction des coûts, ils restreignent volontairement le potentiel extraordinaire qu’offrent nos avancées scientifiques et techniques.

L’intelligence stérilisée par la pensée unique

Ce blocage n’est pas le fruit de l’incompétence. Les élites ne sont pas ignorantes : elles défendent un système qui leur assure pouvoir et privilèges. Mais ce faisant, elles stérilisent toute possibilité d’innovation sociétale. Depuis des décennies, le débat public est réduit à une pensée unique – austérité, compétitivité, rigueur – qui interdit toute créativité politique.

Ce manque d’imagination nourrit les peurs. Devant la complexité d’un monde globalisé, face à la circulation des hommes et des idées, beaucoup se replient sur des réflexes archaïques : exclusion, rejet de l’autre, nostalgie d’un passé fantasmé. Au lieu de remettre en cause l’organisation capitaliste qui les aliène, certains rejettent le libéralisme comme s’il était synonyme de liberté. Cette confusion nourrit un terrain propice à un danger bien plus grave : la fascisation des esprits.

Le glissement vers la fascisation

Contrairement aux caricatures, le fascisme n’est pas l’apanage d’individus « monstrueux ». Il peut séduire « monsieur tout-le-monde », dans toutes les classes sociales, surtout parmi les plus fragiles et les plus âgés. L’historien Robert Paxton a identifié ses ressorts :

  • la recherche d’un chef autoritaire,

  • le rejet du parlementarisme et de la démocratie représentative,

  • la désignation d’un ennemi intérieur (politiciens corrompus, étrangers, minorités),

  • le nationalisme et le repli sur soi,

  • la volonté de contrôle et de brutalité.

Une enquête du CEVIPOF (2013) a confirmé que l’opinion française glisse dans cette direction. 87 % des Français déclaraient attendre « un chef qui rétablisse l’autorité », avec des scores particulièrement élevés au FN/RN (97 %) et à l’UMP/LR (98 %). La méfiance envers la mondialisation et le libéralisme atteignait plus de 70 %. L’hostilité aux immigrés et à l’islam progressait de manière inquiétante. Ces tendances, loin de disparaître, se sont amplifiées depuis.

L’intelligence contre elle-même

Ainsi, nous vivons dans une contradiction permanente. Nous disposons des savoirs, des technologies et des moyens matériels pour abolir la rareté et assurer à chacun une existence digne. Mais notre incapacité à dépasser une organisation capitaliste obsolète conduit à stériliser ces potentialités. L’intelligence humaine, au lieu d’inventer de nouveaux modèles, se retourne contre elle-même et fabrique sa propre imbécilité.

Ce mécanisme explique pourquoi, malgré l’abondance, nous restons prisonniers de crises à répétition. Ce n’est pas un hasard : l’imbécilité n’est pas un accident de parcours, mais une composante intégrée de nos logiques sociales et politiques. Tant que nous ne sortirons pas de ce cercle vicieux, l’histoire se répétera : des promesses d’austérité, des citoyens désabusés, et la tentation du fascisme comme ultime refuge, cela malgré les jacqueries des « Gilets jaunes » et celle de « Bloquont tout » qui n’ont pas de pensée politique.

 

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Rédigé par ddacoudre

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Publié le 12 Septembre 2025

L’ignorance, un moteur caché de l’intelligence, un moteur pour l’avenir humain
Le paradoxe de notre temps
L’ignorance, ce moteur oublié de l’intelligence.

Et si notre plus grande faiblesse était en réalité la clé de notre avenir ?

On la redoute, on la méprise, on l’associe à la bêtise. Pourtant, l’ignorance n’est pas une tare : c’est elle qui nourrit la curiosité, stimule la recherche et ouvre les portes de l’inconnu. Sans elle, pas de progrès, pas de science, pas d’innovation.

Dans un monde saturé d’informations, où l’on confond trop souvent certitude et vérité, réhabiliter l’ignorance revient à redonner du souffle à l’intelligence collective. Car ce n’est pas ce que nous savons déjà qui nous sauvera, mais ce que nous avons encore à découvrir.

L’ignorance, souvent décriée comme un défaut ou une faiblesse, est en réalité la matrice de toute connaissance. Sans elle, il n’y aurait ni curiosité, ni recherche, ni progrès. L’histoire humaine, des mythes fondateurs aux sciences modernes, n’est qu’un long cheminement à travers l’obscurité pour atteindre des éclats de lumière provisoires. Chaque vérité découverte ne fait que révéler l’immensité de ce que nous ignorons encore. C’est cette ignorance – à la fois limite et moteur – qui préserve notre liberté d’inventer d’autres mondes, d’autres manières de vivre ensemble, et d’imaginer un avenir au-delà des certitudes imposées par les idéologies dominantes.


 

Nous vivons une époque étrange : jamais l’humanité n’a disposé d’autant de savoirs, d’informations et de technologies, et pourtant nos sociétés semblent paralysées face aux défis qu’elles doivent affronter. Les crises écologiques s’aggravent, les fractures sociales s’élargissent, la défiance politique s’installe, et dans le même temps nous voyons se multiplier les discours simplistes, les certitudes dogmatiques et les vérités assénées comme définitives. Comment comprendre ce paradoxe ? Peut-être en reconnaissant que ce n’est pas tant l’absence de savoir qui nous perd, mais notre rapport à l’ignorance. Car l’ignorance, loin d’être un simple manque, peut devenir une chance, une ouverture vers le mouvement et l’innovation.

L’ignorance comme moteur de la curiosité

Depuis les origines, c’est l’ignorance qui a poussé l’être humain à chercher, explorer et inventer. Si nos ancêtres n’avaient pas ignoré la cause de l’orage ou de la germination d’une graine, ils n’auraient pas eu besoin de questionner, d’expérimenter, d’apprendre. Comme le rappelle Edgar Morin, l’humanité vit au cœur d’un immense « magasin de la méconnaissance », une réserve infinie de questions non encore explorées. C’est cette ignorance fertile qui nourrit la curiosité et l’esprit critique.
À l’inverse, lorsque nous nous croyons détenteurs de la vérité, nous cessons de chercher. Le danger ne vient donc pas de l’ignorance elle-même, mais de la certitude. L’histoire le montre avec éclat : pendant des siècles, nous avons été certains que le soleil tournait autour de la Terre. Cette « vérité » a résisté à l’observation jusqu’à ce que quelques audacieux osent plonger dans le doute.

Vérité, certitude et illusion collective

Nous confondons souvent vérité et certitude. La certitude rassure, elle nous donne l’impression de maîtriser le monde. Mais ce confort est dangereux : il fige la pensée et verrouille les possibles. Les vérités scientifiques, parce qu’elles sont réfutables et vérifiables, contiennent la possibilité d’être corrigées. Mais les vérités économiques ou sociales, elles, fonctionnent souvent comme des dogmes irréfutables. Qui peut démontrer scientifiquement que la « loi du marché » est une loi naturelle ? En réalité, elle n’est qu’une construction culturelle, une convention partagée, semblable à la valeur que les Aztèques attribuaient à la fève. Nous lui donnons du pouvoir parce que nous avons décidé de le faire.

L’ignorance, antidote au capitalisme dogmatique

C’est là que l’ignorance devient une chance : elle nous rappelle que nos systèmes économiques et politiques ne sont pas des vérités éternelles, mais des constructions provisoires. En nous enfermant dans l’idée que « le capitalisme est indépassable », nous nous condamnons à la résignation. En reconnaissant notre ignorance — tout ce que nous ne savons pas encore inventer, toutes les alternatives que nous n’avons pas encore explorées — nous rouvrons le champ des possibles. L’ignorance, en ce sens, est révolutionnaire : elle est la brèche par laquelle peut entrer l’imagination collective.

L’enseignement : de l’élite initiée à l’éducation permanente

Depuis Parménide et les initiés grecs, le savoir a été jalousement gardé par quelques-uns. L’invention de l’imprimerie a bouleversé cet ordre en diffusant massivement les idées et en nourrissant les Lumières. L’école de la République a ensuite permis d’étendre le savoir à tous, ouvrant la voie à l’émancipation sociale et politique. Mais aujourd’hui, nous retrouvons une fracture : d’un côté, une élite formée dans les grandes écoles et universités, capable de naviguer dans la complexité mondiale ; de l’autre, une majorité qui reste cantonnée à une connaissance fragmentaire et à des informations simplistes.
Pour transformer l’ignorance en chance, il faut repenser l’éducation. Non pas comme un moment figé de la jeunesse, mais comme un processus permanent, accessible à tous, tout au long de la vie. L’enjeu n’est pas seulement de transmettre des savoirs, mais d’apprendre à vivre avec l’incertitude, à questionner, à douter, à explorer.

L’ignorance et l’actualité : entre dérive et espoir

La crise de la connaissance n’est pas théorique, elle est visible chaque jour. Les débats publics réduits à des polémiques médiatiques, les réseaux sociaux saturés de fausses certitudes, la montée des discours extrêmes et de la défiance témoignent d’une incapacité à nourrir la réflexion collective. C’est le vide de savoir qui crée le terrain fertile des démagogues. Mais ce même vide peut devenir une chance si nous le remplissons par l’éducation, le débat critique et la diffusion des savoirs.
Face aux enjeux planétaires — réchauffement climatique, effondrement de la biodiversité, mutations technologiques — nous avons besoin d’une intelligence collective capable de se confronter à l’ignorance sans peur. Reconnaître ce que nous ne savons pas encore est le premier pas pour inventer des réponses inédites.

Cultiver une ignorance créatrice

L’ignorance n’est pas une faiblesse, elle est une ressource. Elle est ce qui nous pousse à chercher au-delà des certitudes établies, ce qui nous empêche de nous enfermer dans des vérités trompeuses. Mais pour qu’elle devienne une chance, il faut l’accompagner d’une éducation ambitieuse, ouverte à tous et continue. Dans un monde saturé de slogans et d’illusions, apprendre à douter, à questionner et à se confronter à l’inconnu est peut-être la plus grande tâche de notre temps.
Ce n’est pas un hasard si les sociétés les plus figées sont celles qui croient détenir la vérité absolue, et si les plus créatives sont celles qui osent reconnaître leur ignorance. Cultiver une ignorance consciente et créatrice, c’est peut-être la clé pour sortir des impasses du capitalisme, de la régression sociale et de la peur. C’est le pari d’une humanité adulte, capable de transformer son ignorance en avenir.

L’ignorance n’est pas un vide à combler, mais une promesse à tenir. Elle nous rappelle que toute certitude n’est qu’une étape, que chaque vérité n’est qu’un jalon sur le chemin de l’inconnu. La civilisation ne progresse pas parce qu’elle sait, mais parce qu’elle accepte de ne pas savoir et qu’elle ose chercher malgré tout.

Reconnaître la part d’ignorance en nous, loin d’être une faiblesse, est une invitation à l’humilité et à la créativité. C’est aussi une condition essentielle pour dépasser les certitudes économiques, politiques ou culturelles qui figent nos sociétés dans la peur ou la domination.

Ce n’est pas la somme de nos savoirs qui nous sauvera, mais la capacité d’habiter nos ignorances comme des ouvertures vers l’avenir. Là réside sans doute la véritable maturité de l’humanité : non pas croire qu’elle détient la vérité, mais savoir qu’il lui reste encore à apprendre.

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Rédigé par ddacoudre

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Publié le 11 Septembre 2025

L’imbécilisation organisée : quand les médias remplacent l’éducation.

Nous pourrions dire aussi :

«  L’imbécilisation organisée : quand les médias vident nos cerveaux »

« Du débat politique au spectacle médiatique : la fabrique de citoyens passifs »

« Pourquoi nos cerveaux restent vides : médias, politique et abdication citoyenne »

« Le piège de l’imbécilité : quand l’information remplace la réflexion »

« Changer de politique ? Oui, mais d’abord changer d’information »


Depuis plus de trente ans, le débat politique s’est transformé en spectacle médiatique, où les petites phrases remplacent la réflexion et où l’émotion tient lieu d’analyse. Ce n’est pas l’intelligence qui manque aux citoyens, mais la nourriture intellectuelle pour la nourrir. À force de répétition et de divertissement, nos cerveaux se vident, et nous votons par élimination plus que par conviction. Tant que l’espace public sera dominé par des « chiens de garde » audiovisuels, nous continuerons de croire que changer de politique, c’est seulement changer de politiciens.

L’imbécilité n’est pas une absence d’intelligence. Elle est au contraire une déviation de l’intelligence humaine, produite et entretenue par des structures sociales qui la canalisent vers des débats stériles, des informations superficielles et des distractions qui saturent l’attention. Loin de nous rendre idiots, ce système nous empêche simplement de déployer la capacité critique et créative dont nous sommes naturellement dotés.

Depuis les années 1990, les médias de masse occupent la quasi-totalité de l’« intelligence disponible » des citoyens. Les grandes chaînes de télévision façonnent un espace public où l’information se réduit à des scandales éphémères, des joutes verbales sans profondeur et des récits émotionnels qui tiennent lieu d’analyse. Le citoyen consomme chaque soir vingt minutes d’images qui « lavent son cerveau », pendant que les blogs, ouvrages et ressources de réflexion sont consultés par une minorité. Cette disproportion a un effet direct : les cerveaux restent vides de comparaisons, vides de perspectives alternatives, vides de pensée politique.

Or, une démocratie sans intelligence partagée devient une démocratie d’abstention et de rejet. Loin de voter pour un projet collectif, beaucoup de citoyens se contentent de voter « contre » – contre Sarkozy hier, contre Hollande ensuite – sans jamais pouvoir dire ce qu’ils souhaitent construire. Le philosophe Antonio Gramsci l’avait déjà noté : quand les classes dominantes contrôlent l’hégémonie culturelle, elles façonnent les imaginaires au point que les dominés pensent avec les catégories de leurs oppresseurs.

L’histoire montre que les avancées sociales ne sont jamais venues des masses passives, mais de minorités éclairées, instruits et animées d’une conscience de classe. Ces pionniers savaient que l’adversaire n’était pas seulement le patron, mais un système économique et cognitif qui inscrit l’existence des travailleurs dans une comptabilité où leur vie est réduite à une « charge ». Ce paradoxe reste entier aujourd’hui : tout ce qui relève de la vie humaine, des services publics, de l’éducation, est présenté comme un coût à réduire, tandis que le capital accumulé est valorisé comme richesse.

Cette situation n’est pas due à une prétendue « bêtise » des citoyens. Elle est le résultat d’une stratégie séculaire : les puissants n’ont jamais eu intérêt à émanciper leurs populations. La scolarisation s’arrête souvent avant que les bases nécessaires à la compréhension de la complexité sociale et économique soient acquises, et l’information médiatique entretient volontairement la distraction. Platon, déjà, dénonçait les sophistes qui séduisaient les foules par de beaux discours vides, et non par la vérité. Aujourd’hui, les chaînes d’information continue jouent ce même rôle, en produisant une illusion de débat qui occupe l’espace sans nourrir la réflexion.

Ainsi, avant même de « changer les politiciens », il faudrait changer les conditions dans lesquelles les citoyens pensent et jugent. Autrement dit, rendre aux peuples leur intelligence confisquée. Cela passe par une réforme radicale de l’éducation et de l’information : prolonger l’accès au savoir, rémunérer l’apprentissage tout au long de la vie, et créer des médias réellement indépendants capables de nourrir l’esprit critique.

Sans cette transformation, nous continuerons à assister à des jacqueries sans avenir, à des votes de rejet ou d’élimination, à des débats politiques réduits à des querelles de cour de récréation. Comme le disait Kant : « Sapere aude ! Aie le courage de penser par toi-même ». Ce courage ne peut naître que si l’intelligence humaine est alimentée, et non appauvrie par un système qui préfère la servitude cognitive à l’émancipation collective.

Conclusion :
Changer les visages sans changer les règles du jeu médiatique, c’est condamner la politique à rejouer la même pièce. Tant que l’information sera un outil de diversion plutôt qu’un levier d’émancipation, l’intelligence collective restera sous-exploitée. La vraie réforme n’est pas seulement dans les urnes : elle commence par libérer la pensée des citoyens de l’imbécillité organisée. Pour cela il existe des sites, des recontres comme les agora du savoir, des instituts comme La Boétie et tant d’autres que seul une minorité fréquente tandis que les autres restent à manger la vie consumériste qui leur est proposé.


 


 

 

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Rédigé par ddacoudre

Publié dans #critique

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