Publié le 23 Septembre 2025

Chaque jour, on nous parle de déficit public, de dettes à transmettre à nos enfants, d’insécurité à gérer dans l’instant. Mais derrière ces écrans de fumée se cache une menace autrement plus concrète : celle de voir nos enfants finir leur existence dans un monde détruit par nos propres armes.

Les probabilités sont implacables : à l’horizon 2100, l’usage du nucléaire devient presque une certitude si nous continuons sur la voie actuelle. Or ce destin tragique n’est pas une fatalité : il est le produit direct d’un système économique fondé sur l’abstraction du capital et la course infinie à la croissance.

Il est temps de poser une question radicale : et si l’on mesurait la valeur non plus en argent, mais en énergie réelle – le joule ?

Rémunérer les Hommes pour apprendre pour qu’ils se dépassent

L’évolution de l’humanité a toujours reposé sur la capacité de l’homme à dépasser ses instincts immédiats pour se projeter dans l’avenir. Pourtant, nos sociétés modernes tendent à enfermer les individus dans une logique d’immédiateté : production, consommation, rentabilité.

À mesure que la technologie réduit la nécessité du travail humain, une minorité suffit de plus en plus à faire fonctionner le monde. La question centrale devient alors : que faire du temps libéré ? Plutôt que de laisser s’installer la marginalisation et le vide, il est urgent d’imaginer un modèle où les hommes seraient rémunérés pour apprendre tout au long de leur vie.

Apprendre, c’est se libérer de l’ignorance, c’est se préparer à transcender les instincts archaïques qui nourrissent conflits et destructions. Dans une société où l’éducation est la véritable richesse, l’apprentissage permanent n’est pas un luxe, mais une nécessité vitale.

La dette comme diversion politique

Dans une vie collective gouvernée par l’obsession de l’instant, les responsables politiques agitent sans cesse la menace de la dette publique. Ils occupent l’espace médiatique en cultivant une insécurité souvent surfaite, tout en invoquant leurs enfants comme justification morale : « nous ne devons pas leur laisser une dette ».

Mais dans le même temps, ils passent sous silence un danger bien plus concret et existentiel : celui de laisser à leurs enfants non pas un déficit comptable, mais la perspective de finir leur existence dans un monde détruit par l’autodestruction nucléaire ou écologique.

Le risque nucléaire, une certitude statistique

Les calculs probabilistes sont implacables :

  • avec 1 % de risque annuel, il y a 1 chance sur 2 qu’une arme nucléaire soit utilisée d’ici 2100 ;

  • dans un scénario d’escalade, ce risque grimpe à 2 chances sur 3.

Autrement dit, si rien ne change, l’usage du nucléaire devient quasi certain à l’échelle du siècle.

Encadré méthodologique – Risque d’utilisation nucléaire

 

  • Courbes = estimations probabilistes (pas des prédictions).

  • Hypothèses :
    • Risque annuel constant de 0,5 % ou 1 % (scénarios stables).
    • Risque croissant de 0,5 % en 2025 à 2 % en 2100 (scénario d’escalade).
    • Probabilité cumulée calculée avec la loi des probabilités indépendantes.

  • Limites :
    • Ne prend pas en compte désarmement, nouveaux traités, ou accidents évités de justesse.
    • Objectif = montrer que le temps rend l’usage plus probable.

Lecture politique des chiffres :

  • À 1 % par an → environ 1 chance sur 2 d’ici 2100.

  • Dans un scénario d’escalade → environ 2 chances sur 3.

  • Conclusion : si rien ne change, l’usage devient quasi certain à l’échelle du siècle.

Le capitalisme, moteur de la destruction

Pourquoi ce risque est-il si élevé ? Parce que notre système économique, fondé sur une monnaie abstraite, nourrit des dynamiques de croissance infinie, de compétition et d’accumulation.

À long terme, ces logiques produisent inégalités, tensions et guerres. L’arme nucléaire n’est que le point final de ce cycle : quand les moyens existent, l’histoire et la statistique montrent qu’ils finissent par être utilisés.

Passer de la monnaie à l’énergie : une sortie possible

Il est temps de repenser la valeur.

Mesurer l’économie en joules — l’énergie humaine et matérielle mobilisée pour produire biens et services — permettrait de :

  • donner une valeur universelle et équitable,

  • limiter la spéculation,

  • respecter les limites physiques de la planète,

  • et surtout, désamorcer la mécanique de l’autodestruction.

Sortir de la monnaie abstraite, c’est réduire la probabilité que la logique guerrière inscrite dans le capitalisme ne se traduise un jour par le feu nucléaire.

Et si on investissait dans l’apprentissage ?

Plutôt que de laisser le temps libéré par la technologie se perdre, pourquoi ne pas rémunérer les hommes pour apprendre ?

Apprendre, c’est se libérer de l’ignorance, c’est se préparer à dépasser les instincts destructeurs.

Conclusion

Rémunérer les hommes pour apprendre, repenser la valeur en énergie plutôt qu’en argent abstrait, réorienter la politique au-delà de l’obsession de la dette : toutes ces pistes convergent vers une même urgence.

Il s’agit de donner à l’humanité une chance réelle d’éviter l’autodestruction et d’offrir aux générations futures autre chose qu’une survie précaire sous la menace de leurs propres armes.

L’avenir n’est pas un luxe : il est le devoir de ceux qui vivent aujourd’hui.

 

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Publié le 22 Septembre 2025

La monnaie énergétique – mesurer la valeur par le joule

« Comme un revenu universel, Rémunérer les hommes pour apprendre » : ce texte en est la démonstration. Sans savoirs accumulés, cette proposition n’aurait pas vu le jour. L’éducation est la clé de la transformation. »

« Rémunérer les hommes pour apprendre » : telle est la clé de la transformation. Sans savoirs accumulés, sans éducation et sans apprentissage permanent, cette proposition n’aurait jamais vu le jour. Le modèle d’une monnaie fondée sur le joule illustre comment la connaissance peut réinventer nos institutions et redonner sens à la valeur.

I. La monnaie actuelle : une fiction dominante

Depuis ses origines, la monnaie n’a cessé de reposer sur des conventions arbitraires. Elle n’est qu’un signe accepté, utile certes, mais dénué de valeur intrinsèque.

Elle a trois fonctions classiques :

  • mesurer les échanges,

  • faciliter le commerce,

  • transmettre une richesse dans le temps.

Mais l’euro, le dollar ou le yen ne valent rien hors de la confiance que nous leur accordons. Leur valeur fluctue au gré des spéculations, des rapports de force et des décisions de banques centrales.

Ainsi, notre monnaie ne compare pas la vie réelle ; elle comptabilise et spéculent sur des productions. C’est une fiction dominante, génératrice d’instabilité et d’inégalités.

II. Une alternative réelle : la monnaie énergétique

La vie repose sur une donnée universelle : l’énergie.
Chaque geste, chaque pensée, chaque production consomme une quantité mesurable d’énergie. Celle-ci se calcule en calories, et donc en joules.

Proposer d’adosser la monnaie au joule, c’est replacer l’économie sur le socle de la vie biologique et physique, indiscutable et universel.

Un bien ou un service vaut alors l’énergie humaine et mécanique nécessaire à sa production. Le salaire d’un individu reflète la part d’énergie qu’il mobilise dans la société.

III. L’exemple fondateur du charbonnier

Imaginons un homme qui déjeune de 200 g de viande et 100 g de pain : 750 kcal, soit environ 3,14 MJ. Cela lui permet de vivre 24 heures, soit 130 kJ par heure.

S’il consacre une heure à ramasser 50 kg de charbon, chaque kilogramme « coûte » 2,6 kJ.
Ce chiffre n’est pas conventionnel : il exprime une réalité biologique, universelle et vérifiable. Là où la monnaie actuelle repose sur la croyance, le joule exprime la vie.

IV. Vers un salaire énergétique équitable

L’énergie brute ne suffit pas à définir un salaire. Il faut intégrer les réalités sociales :

  • la formation et les années d’étude,

  • la pénibilité et les risques,

  • l’ancienneté et le mérite,

  • la responsabilité,

  • l’environnement (climat, territoire, conditions locales),

  • la valeur sociale ou culturelle des métiers.

Ainsi, le revenu devient le reflet à la fois d’une base universelle – l’énergie – et de coefficients choisis collectivement.

V. Illustrations concrètes

  • Manœuvre du bâtiment : dépense physique élevée, travail au chaud → salaire énergétique compensé.

  • Ouvrier frigoriste : dépense moindre, mais travail dans le froid → salaire équilibré.

  • Médecin : dix années d’études, forte responsabilité → salaire qui reflète l’investissement et la compétence rare.

  • Chercheur : formation longue, innovation sociale → salaire valorisé.

  • Éboueur : pénibilité et importance pour la santé publique → salaire renforcé.

  • Artiste de scène : créativité et valeur culturelle → salaire reconnu selon l’estime sociale.

  • Entrepreneur : il coordonne ses propres efforts, ceux de ses salariés et des machines. Sa rémunération dépend du surplus énergétique réellement créé et partagé.

Ces exemples montrent qu’aucune catégorie n’est oubliée : la pénibilité est compensée, la formation valorisée, les métiers essentiels reconnus, l’innovation encouragée.

VI. La distribution de la rareté

La monnaie joue toujours un rôle de filtre. Mais dans ce système, l’accès est distribué selon une logique claire :

  • Biens vitaux : alimentation, logement, énergie de base → garantis pour tous par un quota en joules.

  • Biens de confort : culture, loisirs, mobilité → accessibles selon la contribution énergétique.

  • Biens de prestige : luxe, raretés territoriales → réservés à l’énergie excédentaire accumulée.

Ainsi, la rareté n’est plus l’objet d’une spéculation abstraite, mais d’une mesure réelle et transparente.

VII. Garde-fou contre le dogmatisme

Adosser la monnaie au joule ne signifie pas imposer un système rigide. Le joule est un repère objectif, mais les coefficients d’ajustement restent entre les mains de la société.

  • Le socle est irréductible : l’énergie dépensée existe, on ne peut la nier.

  • Mais les coefficients évoluent : formation, pénibilité, mérite, valeur culturelle, innovation, environnement.

  • Les techniques modifient la répartition : quand les machines remplacent l’homme, l’énergie se déplace, et la société choisit comment partager les gains.

  • L’humain reste souverain : ce système est un outil, non une idéologie.

Ainsi, la monnaie énergétique n’est pas un carcan dogmatique mais un cadre vivant, ajustable aux évolutions sociales et techniques.

VIII. Pourquoi ce système n’appauvrit personne

  • Il objectivise ce qui existe déjà : l’énergie humaine et mécanique.

  • Il valorise les efforts, les études, les responsabilités et l’innovation.

  • Il protège les biens vitaux.

  • Il stabilise les revenus et supprime les excès spéculatifs.

  • Il encourage l’apprentissage permanent, source de tout progrès.

Conclusion

Adosser la monnaie au joule, c’est replacer l’économie sur sa base réelle : la vie et l’effort humain.

C’est une réforme qui protège, valorise, encourage et stabilise. Elle transforme l’entreprise en une organisation d’énergie réelle, et non en machine spéculative.

Elle illustre concrètement le principe : « rémunérer les hommes pour apprendre ». Car sans savoirs accumulés, sans éducation, sans apprentissage permanent, une telle conception n’aurait jamais vu le jour. L’instruction n’est pas seulement un droit : elle devient la condition même de l’innovation sociale et politique.

Annexe – Synthèse de la monnaie énergétique
Pourquoi changer ?
  • La monnaie actuelle est fictionnelle : elle ne mesure rien de réel, dépend des rapports de force et favorise la spéculation.

  • Elle distribue la rareté par le revenu de manière arbitraire et inéquitable.

La proposition
  • Adosser la monnaie au joule, unité universelle de l’énergie.

  • Mesurer la valeur par l’énergie mobilisée (humaine et mécanique), ajustée par des coefficients sociaux : formation, pénibilité, responsabilité, ancienneté/mérite, environnement, valeur culturelle.

  • Faire du joule une référence stable et équitable, sur laquelle chaque État peut indexer sa monnaie nationale.

Avantages
  • Justice : pénibilité compensée, études valorisées, métiers essentiels reconnus, innovation encouragée.

  • Sécurité : biens vitaux garantis par un quota énergétique de base.

  • Attractivité : entreprendre reste rémunérateur, car la création d’un surplus énergétique (ΔJ) se partage équitablement.

  • Souplesse : coefficients ajustables démocratiquement, évitant tout dogmatisme.

  • Stabilité : impossible de créer des « joules fictifs » comme on crée aujourd’hui de la monnaie scripturale.

Tableau comparatif (ordre de grandeur)

Métier

Base énergétique (MJ/j)

Coefficients (formation, pénibilité, etc.)

Salaire énergétique final (MJ/j)

Manœuvre bâtiment (chaleur)

15

Pén. +20 %, Ancienneté +15 %

~20,7

Ouvrier frigoriste (froid)

12

Pén. +25 %, Ancienneté +7 %

~16,1

Médecin généraliste

5 + 2 (études)

Resp. +30 %, Form. +20 %, Anc. +20 %

~11,4

Chercheur universitaire

6 + 1,6 (études)

Resp. +15 %, Form. +15 %, Anc. +15 %, Val. soc. +20 %

~13,3

Éboueur

10

Pén. +30 %, Val. soc. +20 %, Anc. +10 %

~17,2

Artiste de scène

6

Form. +20 %, Val. cult. +50 %, Anc. +15 %

~12,4

Entrepreneur (PME 310 MJ/j)

10 (propres)

+Part ΔJ (surplus), +Innovation, -Risque

~30+ (variable)

Conclusion de l’annexe

Passer à une monnaie énergétique, c’est redonner sens à la valeur : mesurer la vie et l’effort plutôt que spéculer sur eux.

Cette réforme :

  • protège les biens vitaux,

  • valorise tous les métiers,

  • encourage l’innovation et l’apprentissage,

  • stabilise l’économie.

Une révolution douce, nécessaire et possible.

Exemple complet : un verre à boire (≈ 250 g) du sable à l’étagère
⚠️ Remarque importante
Les chiffres ci-dessous sont illustratifs (ordres de grandeur plausibles), pour démontrer la logique énergétique. Les valeurs réelles dépendent des procédés, rendements, distances, tailles de lots, etc. L’intérêt est d’expliciter le principe, pas de figer une norme.

Hypothèses de base

  • Verre soda-calcique (le plus courant), masse du verre fini : 0,25 kg.

  • Capacité du four et procédés modernes, rendements habituels.

  • Transport par camion.

  • On décompose l’énergie par kg de verre, puis on ramène par verre (0,25 kg).

Paramètres (par kg de verre, sauf mention)
  • Extraction sable : 10 MJ/tonne ⇒ 0,01 MJ/kg

  • Transport sable 100 km : ~30 kJ/tonne·km ⇒ 0,003 MJ/kg

  • Préparation du “batch” (broyage/mélange) : 0,03 MJ/kg

  • Fusion au four (chaleur + pertes) : 5,0 MJ/kg

  • Formage + recuisson (annealing) : 1,0 MJ/kg

  • Transport produit fini 500 km : 15 MJ/tonne ⇒ 0,015 MJ/kg

  • Emballage, par pièce : 0,10 MJ/verre

  • Énergie humaine allouée (organisation, conduite, maintenance), ex. 10 MJ/h pour une ligne sortant 400 verres/h ⇒ 0,025 MJ/verre (ordre de grandeur)

Calcul étape par étape

Énergie « matière & process » par kg

Extraction (0,01) + Transport sable (0,003) + Prépa batch (0,03) + Fusion (5,0) + Formage/annealing (1,0) + Transport fini (0,015)
= 6,058 MJ/kg

Ramener au verre (0,25 kg)

6,058 × 0,25 = 1,5145 MJ

Ajouter coûts « par pièce »
  • Emballage : +0,10 MJ

  • Énergie humaine allouée : +0,025 MJ

Total par verre

1,5145 + 0,10 + 0,025 = ≈ 1,64 MJ par verre
Soit ≈ 1 640 000 joules.

Équivalences parlantes :
1,64 MJ ≈ 0,456 kWh392 kcal (énergie alimentaire).

Lecture politique et économique du résultat

  • Ce 1,64 MJ agrège l’énergie de toutes les mains (et machines) de la chaîne : ceux qui extraient le sable, qui broient et mélangent, qui pilotent le four, qui forment et recuisent, qui emballent, qui transportent, qui maintiennent, qui contrôlent la qualité, etc.

  • Le prix du verre, dans une monnaie adossée au joule, devient la traduction directe de cette somme d’énergies.

  • On ne paie pas une « utilité » abstraite, on paie l’énergie mobilisée (humaine + mécanique) — rendue visible et mesurable.

Sensibilités (ce qui fait bouger l’addition)

  1. Recyclage (calcin)
    L’introduction de verre recyclé réduit la température et l’énergie de fusion.
    Si la fusion baisse de, disons, 30 % (5,0 → 3,5 MJ/kg) :

  • Nouvelle base « matière & process » : 6,058 – 1,5 = 4,558 MJ/kg

  • Par verre (0,25 kg) : 1,14 MJ

    • Emballage (0,10) + Énergie humaine (0,025) = ≈ 1,27 MJ/verre

↘️ ~23 % d’énergie totale en moins pour le même verre.
Signal prix : le verre recyclé devient objectivement moins « cher » en J → incitation forte à recycler.
  1. Distances de transport
    Doubler le trajet produit fini (1000 km au lieu de 500) ne change que :

  • Transport fini : de 0,015 à 0,030 MJ/kg

  • Impact par verre : +0,00375 MJ

Effet modéré par verre, mais significatif à l’échelle de millions d’unités.
  1. Efficacité du four
    Si un site ancien consomme 7 MJ/kg (au lieu de 5), la base passe à 8,058 MJ/kg, soit 2,02 MJ/verre avant emballage et humain.

La performance industrielle devient directement visible dans le prix énergétique → concurrence par l’efficience réelle (et non par l’optimisation fiscale).

Variante : « coût énergétique théorique » de fusion (intuition physique)

Le minimum thermodynamique pour chauffer une charge siliceuse de 25 °C à ~1500 °C, plus la fusion, donne déjà de l’ordre de 1–3 MJ/kg (chaleur sensible + enthalpie de fusion + additifs). Les procédés réels (pertes, rayonnement, rendement des brûleurs/électrodes, continuité de feu) expliquent qu’on observe ≈ 4–7 MJ/kg en pratique.

Le joule révèle la distance entre théorie et terrain et montre où agir (récupération de chaleur, oxycombustion, électrique, calcin).

Ce que démontre l’exemple du verre

  • La « valeur » du verre n’est pas une valeur d’utilité abstraite : c’est la trace énergétique d’une chaîne humaine coordonnée.

  • Dans un système monétaire en joules, le prix :

    • récompense l’efficacité énergétique,

    • incite au recyclage,

    • révèle l’impact des distances et des choix techniques,

    • valorise justement le travail (y compris l’organisation, la maintenance, le contrôle).

  • On passe d’un débat spéculatif à une comptabilité réelle : chaque amélioration mesurable réduit le prix en J.


Exemple : un prêt en monnaie énergétique (en joules)

Hypothèse de départ

Une petite entreprise veut acheter une machine de production.

  • Coût de la machine : 10 000 MJ (fabrication, transport, installation).

  • Capacité de la machine : elle consomme 50 MJ/jour d’électricité et d’entretien, mais permet de produire 250 MJ/jour de biens utiles.

  • Durée d’utilisation prévue : 5 ans = 1250 jours.

Étape 1 – Le prêt en joules

La banque (ou un fonds) avance à l’entreprise 10 000 MJ pour acheter la machine.
Ce n’est pas une somme « imaginaire » : ce sont des dépôts énergétiques d’autres acteurs (épargne en joules) ou une création monétaire adossée à l’anticipation de l’énergie future (la production de la machine + travail humain).

Étape 2 – Exploitation de la machine

Chaque jour :

  • Dépenses = 50 MJ (fonctionnement, énergie machine, entretien).

  • Recettes = 250 MJ (valeur énergétique des biens produits).

  • Surplus net = 200 MJ/jour.

Étape 3 – Remboursement du prêt

  • Surplus total en 1250 jours = 200 × 1250 = 250 000 MJ.

  • Prêt initial = 10 000 MJ.

La banque demande un remboursement avec un intérêt énergétique, par exemple 5 % par an sur 5 ans.

  • Intérêt cumulé = 10 000 × (1,05^5 – 1) ≈ 2760 MJ.

  • Total à rembourser = 12 760 MJ.

Étape 4 – Lecture énergétique du crédit

  • L’entreprise rembourse le prêt en rendant à la société 12 760 MJ réels, puis garde pour elle le reste du surplus :

    • Surplus net (250 000 MJ) – remboursement (12 760 MJ) = 237 240 MJ.

  • Le prêteur ne « gagne » pas de l’argent abstrait, mais une part explicite de l’énergie réellement créée grâce à son avance.

Ce que démontre l’exemple

  1. Le prêt est adossé à l’énergie future réellement mobilisable.

  2. L’intérêt n’est pas un artifice, mais la rémunération de l’attente et du risque supporté par le prêteur.

  3. L’entreprise ne s’endette pas en monnaie fictive : elle anticipe une capacité mesurable de production énergétique.

  4. En cas d’échec (machine en panne, production insuffisante), la perte est une perte réelle d’énergie (et non un effondrement spéculatif).

Conclusion

Dans un système monétaire adossé au joule, un prêt devient une avance d’énergie consignée aujourd’hui, à rembourser demain avec une part de l’énergie réellement créée.
Le crédit n’est plus un levier spéculatif opaque, mais une coordination mesurable de travail et de ressources.

Exemple : un prêt immobilier en monnaie énergétique

Hypothèse de départ

Un ménage veut construire une maison de 100 m².

  • Coût énergétique de la construction (matériaux + main-d’œuvre) : 1 000 000 MJ.

    • Matériaux (béton, bois, acier, verre, etc.) = 700 000 MJ.

    • Main-d’œuvre (maçons, électriciens, architectes, etc.) = 300 000 MJ.

  • Apport personnel du ménage : 200 000 MJ (épargne en joules).

  • Besoin de financement : 800 000 MJ.

  • Durée du prêt : 20 ans.


Étape 1 – Le prêt en joules

La banque ou la coopérative énergétique avance 800 000 MJ au ménage.
Cette avance correspond à de l’énergie déjà épargnée par d’autres (dépôts en joules) ou à une création monétaire adossée à l’anticipation des revenus futurs du ménage (leur capacité à travailler, produire, contribuer).


Étape 2 – Remboursement par le travail

Le ménage, composé de deux adultes actifs, produit en moyenne 20 MJ/jour/personne de valeur énergétique nette (après consommation vitale).

  • Soit 40 MJ/jour pour le foyer.

  • Sur une année de 300 jours travaillés : 12 000 MJ/an.

S’il consacre 10 % de sa production nette au remboursement, il verse 1 200 MJ/an.


Étape 3 – Intérêt énergétique

La banque demande un intérêt, par exemple 2 % par an sur 20 ans, pour rémunérer le risque et l’attente.

  • Montant à rembourser = 800 000 × (1,02^20) ≈ 1 189 000 MJ.

Avec 1 200 MJ/an, le ménage mettrait 20 ans à rembourser 24 000 MJ seulement.
Impossible. Il faut ajuster.

Étape 4 – Ajustement réaliste

Deux options existent dans un système en joules :

  1. Allonger la durée : avec 40 ans de remboursement, le ménage verse 48 000 MJ → toujours insuffisant.

  2. Adapter l’effort : le ménage consacre non pas 10 %, mais 50 % de sa production nette → 6 000 MJ/an.

    • En 20 ans : 120 000 MJ. Encore loin des 1 189 000 MJ…

⚠️ On voit ici une vérité crue : le coût énergétique de la maison dépasse largement la capacité du ménage à le produire par lui-même.

Étape 5 – La solution collective

Dans un système énergétique :

  • Soit la société réduit le coût énergétique des maisons (matériaux recyclés, techniques sobres, habitats plus compacts).

  • Soit elle subventionne une part de l’énergie (par solidarité, car un logement est un bien vital du 1er rang).

  • Soit elle ajuste l’intérêt : le prêteur accepte 0 % ou 1 % au lieu de 2 %, car la maison reste un bien nécessaire et garanti (faible risque).

Exemple ajusté :

  • Coût réel ramené à 600 000 MJ (grâce à des techniques plus sobres).

  • Apport 200 000 MJ, prêt 400 000 MJ.

  • Remboursement sur 20 ans à 1 % d’intérêt : total ≈ 488 000 MJ.

  • Ménage consacre 6 000 MJ/an → total sur 20 ans = 120 000 MJ.
    👉 L’État ou la communauté prend en charge la différence (368 000 MJ), considérée comme un investissement collectif dans le bien vital logement.

Ce que démontre l’exemple

  • Dans une monnaie énergétique, un prêt immobilier montre la réalité physique du logement : il est extrêmement coûteux en énergie.

  • Le modèle met en évidence que seuls, les ménages ne peuvent pas financer ce coût → il faut une solidarité collective.

  • L’intérêt rémunère le risque et l’attente, mais doit rester proportionné au caractère vital du bien.

  • Cela incite la société à développer des habitats sobres, recyclés et mutualisés.

Conclusion

Un crédit immobilier en joules révèle que l’accès au logement n’est pas une affaire de chiffres abstraits, mais d’énergie réelle mobilisée par la société.
Le prêt devient une avance d’énergie collective pour permettre à chacun de se loger, et son remboursement dépend directement de la capacité énergétique réelle des ménages.

Comparatif énergétique logements (100 m²)

Scénario

Matériaux (MJ)

Main-d'œuvre (MJ)

Transports (MJ)

Maison béton (classique)

700000

300000

50000

Maison bois (sobre)

350000

250000

30000

Habitat collectif (recyclé)

250000

220000

20000

Voici le comparatif énergétique logements (100 m²).

Lecture rapide (ordres de grandeur)

  • Maison béton (classique) : ~1 170 000 MJ (≈ 11 700 MJ/m²). Référence.

  • Maison bois (sobre) : ~720 000 MJ (≈ 7 200 MJ/m²) → ~38,5 % d’économie vs béton.

  • Habitat collectif (recyclé) : ~515 000 MJ (≈ 5 150 MJ/m²) → ~56 % d’économie vs béton.

Ce que ça montre (en une phrase)

Le choix technique et la mutualisation (matériaux sobres, recyclage, murs/chaudières/structures partagés) abaissent massivement le prix en joules du logement — et donc son prix monétaire dans un système adossé à l’énergie.

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Rédigé par ddacoudre

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Publié le 18 Septembre 2025

Les élus, l’impôt et la « contribution citoyenne » : remettre un peu d’ordre dans la confusion

Il circule sur X (ancien Twitter), repris de TikTok, un post qui se veut « révélateur » :
577 députés, 348 sénateurs, 2 040 conseillers régionaux, 4 042 conseillers départementaux, 34 945 maires, 519 417 conseillers municipaux, 38 000 élus intercommunaux, et près de 20 000 autres élus divers.
Bilan : 618 384 élus ! Et, soi-disant, 186 milliards d’euros de salaires par an.
Cela ferait un élu pour 109 habitants et, évidemment, « les gueux sont bons à payer »…

Une fake news de compétition
Des fake news qui prospèrent sur l’inculture

Une publication virale sur X et TikTok affirmait récemment que les élus français coûteraient 186 milliards par an, soit 300 000 € par élu. La réalité ? À peine 2 milliards.
Cette exagération grossière n’est pas anodine : elle nourrit l’idée que « les gueux paient pendant que les élus se gavent ». Mais derrière ce mensonge se cache une question réelle : qui paie vraiment l’État ?

Voilà un parfait condensé d’inculture politique. Car si l’on prend la peine de vérifier les chiffres (il suffit de quelques clics), on apprend que :

  • la grande majorité des élus locaux sont bénévoles (notamment dans les 18 000 communes de moins de 500 habitants) ;

  • le coût global des indemnités est d’environ 2 milliards d’euros par an… et non 186 !
    Soit 0,0000786 % du PIB français.

Mais présenté ainsi, beaucoup de citoyens comparent aussitôt aux miettes de leur SMIC et s’indignent que « les élus vivent comme des rois ». Une vision populiste, digne de l’époque où les nobles « se gavaient » aux frais du peuple.

Combien ça coûte vraiment les élus ? (ordre de grandeur réel)
  • Nombre d’élus : un peu moins de 570 000 aujourd’hui (et pas 618 000).

  • Coût total des indemnités : environ 2,1 milliards d’€ par an (pas 186 milliards…).

Ces 2,1 Md€ mis en perspective : sur la richesse nationale en trillon et le budgt global en milliard.

  • Part du PIB (≈ 2 670 Trillon d€) : ~ 0,0000786 %

    Part du budget public (≈ 1 670 Md€) : ~ 0,13 %

    Par habitant (≈ 67,5 M de personnes) : ≈ 31 € / an
    → soit à peine ~2 % d’un SMIC net mensuel (31 € vs ~1 400 €).

Dit autrement : la représentation démocratique coûte environ 31 € par personne et par an.
C’est tout l’inverse du “gouffre” relayé par les fake news.

Le vrai rôle de l’indemnité

Rappelons-le : un mandat électif est par principe gratuit. L’indemnité n’est pas un salaire, mais une compensation pour les sujétions liées à la fonction. Sans elle, seuls les notables fortunés pourraient se permettre de siéger.
En 2024, les montants bruts mensuels s’établissent à :

  • 16 000 € pour le président de la République et le Premier ministre,

  • 10 700 € pour les ministres,

  • 7 600 € pour députés et sénateurs de base.

Rapporté à une disponibilité 24h/24, 7j/7, cela équivaut à… environ 22 € de l’heure pour un président. Pas de quoi s’acheter Versailles.

Et surtout, leurs décisions conditionnent des milliards de richesses : notre PIB (2 668 trillon €) et notre budget public (1 670 milliards €). Les indemnités des élus pèsent donc… une poussière.

Une méprise qui dure c’est de dire qu’un élu travaille. Un élu consomme comme tout salarié de l’énergie pour exécuter les tâches qu’il a à accomplir, mais ce n’est pas un travail. Il n’acomplit ni une production ni un service, il remplie une fonction élective, et dans ce cadre il doit être disponible 24/H sur 24. La comparaison avec le monde du travail est dépourvu de sens, car ses tâches sont réunions, crises, arbitrages, urgences, déplacements, permanences, etc.

Indemnité ≠ salaire, et disponibles 24/24

Un mandat électif est par principe gratuit.
Les élus perçoivent une indemnité de fonction (pas un salaire) pour compenser les sujétions (déplacements, réunions, arbitrages, permanences, responsabilités, etc.). Beaucoup d’élus locaux (notamment dans les petites communes) sont bénévoles ou très faiblement indemnisés.

Pour que ce soit parlant, prenons quelques montants bruts mensuels usuels et amusons-nous à les ramener à une disponibilité 24 h/24, 30 jours sur 30 (720 h/mois). Ce n’est pas une “pointeuse”, juste un ordre de grandeur :

  • PR/PM ~ 16 000 € → ~ 22 €/h

  • Ministre ~ 10 700 € → ~ 15 €/h

  • Député/Sénateur “de base” ~ 7 600 € → ~ 11 €/h

Ça remet les fantasmes à l’endroit : on n’est pas au royaume des dorures, et la disponibilité (urgences, crises, week-ends, nuits, intempéries, etc.) fait partie du paquet.
Et surtout, payer décemment des responsables réduit la tentation des “arrangements” et permet à des gens sans fortune d’exercer un mandat.

L’obsession du « gaspillage »

On entend souvent que l’État gaspille. Mais en économie, il n’y a pas de gaspillage absolu : chaque euro dépensé se retrouve dans la consommation, l’épargne ou l’investissement, donc dans l’emploi. On peut critiquer l’usage d’une dépense, mais pas dire qu’elle « disparaît ». L’illusion du « gaspillage » et la réalité des flux

On croit souvent que l’État gaspille. Mais en économie, l’argent ne disparaît jamais : il circule. Chaque euro dépensé rémunère un emploi, un service, un bien, ou s’épargne. On peut juger qu’une dépense est inutile, mais ce n’est jamais un « trou noir » qui engloutit des milliards.

La vraie usine à gaz : nos impôts
L’usine à gaz des impôts

Notre fiscalité actuelle est une véritable usine à gaz : TVA, taxes en cascade, impôts locaux, niches, prélèvements sociaux… Une complexité qui brouille la réalité et entretient le ressentiment.

Et pourtant, on continue à multiplier les couches fiscales – TVA, taxes, impôts divers – qui brouillent cette réalité. On fait croire aux citoyens qu’ils ne financent pas tout, alors que c’est déjà le cas ! D’où le sentiment de spoliation, d’injustice, et la tentation des fake news.

Plutôt que d’alimenter de fausses colères contre les élus, parlons de ce qui fâche vraiment : la jungle fiscale.
TVA, impôt sur le revenu, impôts sur les sociétés, taxes diverses, contributions sociales… Chaque couche a été ajoutée au fil des décennies pour répondre à des besoins ponctuels, sans vision d’ensemble. Résultat : une usine à gaz incompréhensible, source de rancunes et de fantasmes.

Et pourtant, la Déclaration des droits de l’homme de 1789 était claire :

  • Art. 13 : une contribution commune est indispensable, répartie selon les facultés de chacun.

  • Art. 14 : tous les citoyens doivent en constater la nécessité et en suivre l’usage.

  • Art. 15 : la société a le droit de demander compte aux agents publics.

Ma proposition : une contribution citoyenne unique

Assez de cette complexité. Il est temps de réformer :
remplacer impôts et taxes par une contribution citoyenne unique, calculée sur les revenus réels de chaque citoyen (et ajustée pour l’équité). Ma proposition : une contribution citoyenne unique.

La solution est simple : fusionner l’impôt et les taxes en une contribution citoyenne unique, payée par chaque citoyen au prorata de ses revenus.

Ce serait :

  • transparent,

  • équitable,

  • fidèle à l’esprit de 1789 (« contribution commune en raison des facultés de chacun »).

Et surtout, cela redonnerait du sens : chaque citoyen assumerait clairement sa part de financement des services publics qu’il réclame.


Finie la TVA punitive, finies les niches fiscales incompréhensibles : une seule contribution, claire, transparente, et que chacun règle après sa déclaration annuelle.

Cela changerait tout :

  • chaque citoyen saurait exactement ce qu’il contribue,

  • la responsabilité collective serait assumée,

  • les débats politiciens sur le « train de vie de l’État » seraient remis à leur juste place.

Ainsi plutôt que de nourrir la haine contre des élus imaginaires gavés de milliards, posons-nous la vraie question : comment financer intelligemment nos services publics.
Ce n’est pas en coupant quelques indemnités (poussières dans le budget) que nous résoudrons quoi que ce soit. Mais en sortant de l’usine à gaz fiscale pour adopter une contribution citoyenne simple et équitable.

Car oui :

  • l’école, la santé, la sécurité, la justice, l’armée… ça coûte ;

  • et non, ça ne « pousse pas tout seul » comme des fruits sur un arbre.

Alors cessons de jouer les gueux indignés. Payons notre contribution citoyenne – et exigeons en retour la transparence, la justice, et l’efficacité. Et si par idéologie les libertariens veulent confier tout cela aux intérêts privé, alors il faut ajouter à la contribution le montant des dividendes distribués, comme pour les autoroutes.

Qui paie vraiment ? Les salariés.

Regardons les choses en face :

  • Les entrepreneurs paient des salaires.

  • Ils répercutent ce coût dans leurs prix de vente.

  • Les clients (majoritairement des salariés) rachètent ce qu’ils ont eux-mêmes produit.

  • L’entrepreneur ajoute une marge pour consommer et capitaliser.

  • Enfin, impôts et taxes viennent ponctionner sur l’ensemble.

  • Résultat : les salariés rachètent trois fois ce qu’ils produisent :

  1. une fois par leur salaire,

  2. une fois par la marge de l’entrepreneur,

  3. une fois par les impôts et taxes qui financent les services publics.

Autrement dit : sans les salariés, pas de consommation, pas de capital, pas de milliardaires. Les travailleurs paient tout, directement ou indirectement.

Là est le vrai point aveugle.
Les entrepreneurs, les actionnaires, les détenteurs de capitaux ? Ils vivent de la consommation finale. Or qui consomme ? Les salariés, avec leur paie.

Reprenons la mécanique :

  • L’entrepreneur paie un salaire → il doit refacturer ce coût au client.

  • Le client, le plus souvent, est… un autre salarié.

  • Mais si l’entrepreneur veut vivre et se développer, il ajoute une marge (sa consommation + son capital futur).
    Résultat : les salariés rachètent ce qu’ils ont produit trois fois :

  1. une fois par leur salaire,

  2. une deuxième fois par la marge qui nourrit l’entrepreneur,

  3. une troisième fois par les impôts, taxes et contributions qui financent l’État et ses services.

Car oui : que ce soit l’impôt sur les sociétés, l’impôt sur le revenu, les taxes, ou les cotisations sociales… tout finit par être payé via le chiffre d’affaires. Et ce chiffre d’affaires repose sur la consommation, donc sur les salaires.

Autrement dit : si les salariés ne payaient pas tout, les entrepreneurs mourraient de faim.
Pas de millionnaires, pas de milliardaires, pas même de capitalisme. Autrement dit : sans les salariés, pas de consommation, pas de capital, pas de milliardaires. Les travailleurs paient tout, directement ou indirectement.

Cette vérité, simplifiée à l’extrême, peut paraître caricaturale. Mais elle dit bien l’essentiel : le travail salarié est le socle de toute la machine économique.

Alors, plutôt que d’accuser les élus de « se gaver » (quand leur coût est infime), regardons la réalité en face : ce sont les salariés qui portent déjà tout le système.
Au lieu de les abuser avec des taxes cachées et des impôts éclatés, chez les uns ou les autres qui les emplois, donnons-leur la dignité d’une contribution citoyenne directe, claire et assumée.

Ainsi, chacun saurait ce qu’il paie, pourquoi il le paie, et pourrait demander des comptes aux élus – non pas sur des fantasmes, mais sur des choix réels de société, plutôt que de croire au père noël en taxant les fortunes et les riches.

Et demain ? Évaluer aussi le travail des machines pour combler les déficits et se donner des marges de manœuvre.

En 1970 le secrétaire général de force ouvrière André Bergeron réclamait la taxation machine que refusa le patronat, jusqu’à nos jours. Il avait raison sur le fond et était en avant garde sur ce qui c’est déroulé en remplaçant pour des économie de masses et de couts les salariés par les produits de nos technologies, conséquence, un budget sécu et national en déficit cronique.

Cet ancien problème nouveau se repose : les machines remplacent les humains dans toujours plus de tâches. Résultat : la base contributive (les salaires) s’amenuise, alors même que les besoins publics augmentent.

Il convient donc de trouver une solution en reformulant celle émise par André Bergeron qui de toutes les manières auraient été payées par les salariés.

Une nouvelle idée que je propose devient donc nécessaire de :

  • évaluer la contribution productive des technologies, en temps travail convertie en cout salarial.

  • lui associer une contribution équivalente,

  • ensuite recourir à une création monétaire pure : une émission de monnaie justifiée non par une dette, mais par le remplacement effectif du travail humain par les machines.

Ainsi, on rétablirait l’équilibre : les humains garderaient leur pouvoir d’achat, les entreprise n’auraient pas leurs investissements pénalisés et la société bénéficierait des gains de productivité sans sacrifier les salariés ni appauvrir l’État condamné à l’endettement, même rembourser celui présent.

Pourquoi intégrer le travail des machines… et comment créer de la “monnaie pure” sans inflation

La petite histoire du boulanger, du robot… et de la monnaie
  • Étape 1 – Le boulanger sans robot
    Louis le boulanger fabrique 100 pains/jour. Les habitants ont pile la monnaie pour acheter ces 100 pains. Tout va bien : production = pouvoir d’achat.

  • Étape 2 – Arrive le robot
    Louis investit dans un robot. Il peut produire 200 pains/jour… mais le pouvoir d’achat des habitants n’a pas bougé. Résultat : surproduction. Les pains restent sur l’étal, ou Louis casse les prix, ou il licencie…
    Bref, la machine crée de la valeur réelle (des pains en plus), mais personne ne peut les acheter.

  • Étape 3 – Deux solutions caricaturales

    1. Taxer plus les salariés (déjà sous pression) pour leur donner du pouvoir d’achat → injuste et politiquement explosif.

    2. Création monétaire pure (sans dette) adossée à la productivité de la machine → on crée juste ce qu’il faut de monnaie nouvelle pour que les habitants puissent acheter les 100 pains supplémentaires.

  • Pourquoi ce n’est pas inflationniste ?
    Parce qu’on n’arrose pas le désert : on aligne la monnaie sur une production réelle déjà là. On équilibre : plus de pains = un peu plus de monnaiepas de hausse générale des prix, juste moins de chômage, moins de gâchis, et des carnets de commandes qui tournent.

  • Dans le cadre de notre économie capitaliste, ce surplus de monnaie se retrouvera cumulé chez le capitaliste pour investir ou faire des dépôts, voire diminuer les taux d’intérêts des emprunts des particuliers et des entreprises.

Pour conclure

Le vrai débat n’est pas de savoir si les élus « coûtent trop cher » – ils représentent une fraction minime du budget. Le vrai débat est :

  • qui paie réellement ? → les salariés.

  • comment adapter la contribution citoyenne à un monde où les machines produisent toujours plus ?

La réponse passe par une réforme profonde :

  • Contribution citoyenne unique, claire et équitable.

  • Intégration de la productivité des machines dans le calcul contributif.

  • Utilisation raisonnée de la création monétaire pour maintenir la cohésion sociale.

En somme, plutôt que de chercher des boucs émissaires, il est temps de repenser le contrat fiscal : une solidarité lucide, où l’humain et la machine participent ensemble à financer le bien commun.

Ce que ça change pour l’impôt

Aujourd’hui, la fiscalité ponctionne surtout les revenus du travail humain (salaires, TVA à la consommation, IR, etc. et les prélévements des entreprises par la consommation). Or une part croissante de la richesse est produite sans salaire (automates, logiciels, IA).
Deux leviers simples et justes :

  1. Contribution citoyenne unique (qui remplace la jungle TVA/taxes/impôts)
    – assise sur tous les revenus humains et sur une évaluation standardisée de la productivité des machines ;

  2. Création monétaire pure (complémentaire, mesurée)
    – pour convertir une productivité non salariale en pouvoir d’achat collectif sans endetter les ménages ni creuser artificiellement les prix.


Si la richesse créée par les machines ne revient pas aux citoyens, elles n’auront servi qu’à grossir quelques patrimoines en asséchant le reste de la société.

Que conclure par ces propositions : contribution citoyenne unique + comptabilisation de la productivité technologique + création monétaire pure si nécessaire → moins d’impôts sur les salariés, plus de cohérence, moins de fake news.

 

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Publié le 17 Septembre 2025

Quand les dieux parlaient pour le bonheur des hommes
Les désirs des humains d’hier et d’aujourd’hui sont toujours les mêmes sur tous les continents pour tous être reliés par l’inné propre a notre espèce et s’exprime différenments suivant les lieux où les humains se sont sédentarisés, l’occident dans le fil de sont histoire fut marqué parc la proto histoire de l’asie mineure. La définition admise est la civilisation occidentale ou monde occidental désigne, dans une vision classique, une aire culturelle résultant de la civilisation grecque (pensée, science), de la civilisation romaine (droit) et de la culture judéo-chrétienne catholique et protestante. En revanche, pour une autre vision, elle est née avec la Renaissance, mûrit avec les Lumières du XVIIIe siècle contre l'Eglise se cristallise avec la Révolution industrielle du XIXe siècle, la colonisation européenne du monde, enfin avec les révolutions politiques du XXe siècle, qui ont instauré la laïcité et la démocratie parlementaire. Mais c’est oublier un pan de notre histoire dont est issus la culture judéo chrétienne.

L’histoire des religions anciennes est trop souvent lue à travers le prisme des guerres, des sacrifices et des rivalités entre peuples. Pourtant, si l’on prend la peine d’écouter les textes fondateurs, on y trouve autre chose : la trace d’hommes qui ont su projeter dans leurs dieux des pensées d’une grande intelligence, parfois plus éclairées que celles de leurs successeurs.


 

Les dieux d’antan

Avant d’être des figures d’asservissement, les dieux antiques ont porté la voix des hommes qui les ont imaginés. Baal et Shamash, loin d’incarner seulement la crainte, donnaient des leçons d’écoute et de justice : l’un rappelait à l’homme de respecter la nature, l’autre veillait au bonheur du peuple. Mais, au fil du temps, ces voix vivantes ont été figées en dogmes. Relire leurs paroles, c’est redécouvrir que l’humanité a toujours cherché des repères d’émancipation — et que notre tâche aujourd’hui est de prolonger cette quête par l’éducation permanente.

Introduction

Depuis l’Antiquité, les dieux sont des miroirs de l’intelligence humaine. Loin d’être seulement des figures d’asservissement, ils ont d’abord incarné des repères : des voix imaginées par les hommes pour guider leur existence. Avant que les successeurs religieux ne transforment ces paroles en dogmes figés, ces divinités exprimaient des intuitions profondes : écouter la nature, pratiquer la justice, chercher le bonheur du peuple.

Shamash : veiller à la justice et au bonheur

En Mésopotamie, Shamash est le dieu-soleil, associé à la lumière et au droit. Un hymne nous dit :

« Shamash, roi du ciel et de la terre, le juge des dieux et des hommes dont le lot est l’équité et à qui les lois ont été offertes en don, le pasteur des têtes noires.
Le dieu resplendissant, le juge des vivants, celui qui accueille la supplication, celui qui écoute la prière, qui reçoit les lamentations, celui qui donne toujours vie et joie au cœur à ceux qui le vénèrent, celui qui est le maître de Mari. »

Shamash n’est pas une divinité de peur : il écoute, il accueille, il redresse. Il est la lumière qui éclaire et la justice qui protège. Son rôle est de garantir que les institutions humaines soient équitables, et que la communauté connaisse la joie.

Baal : apprendre à écouter la nature

Dans la tradition ougaritique, Baal est le dieu de l’orage, de la fertilité et des saisons. Sa parole est transmise ainsi :

« Message du très puissant Baal, parole du plus puissant des héros,
dans la terre, de place des aliments, dans le sol des mets délicieux, répands le bien-être au sein des champs.
Hâte-toi. Que tes pas accourent, j’ai quelque chose à te dire, une parole à te communiquer, une parole de l’arbre et le chuchotement de la pierre, des abîmes et des étoiles.
L’éclair que les cieux ignorent, une parole que les hommes ne connaissent pas, que les multitudes de la terre ne comprennent pas.
Viens avec moi, je te dévoilerai sur ma montagne, le Saphon, dans mon sanctuaire, sur la montagne de mon patrimoine, dans un lieu plaisant, sur la hauteur majestueuse. »

Ce n’est pas un ordre guerrier ou un sacrifice exigé. Baal invite à entendre ce que disent les arbres, les pierres, les étoiles. Il rappelle que l’homme ne sait pas écouter son environnement, et que cette surdité le conduit à détruire ce qui le nourrit.

Quand la sagesse devient dogme

Ces dieux – Shamash et Baal – portaient des messages de justice et d’attention au monde. Mais l’Ancien Testament a combattu ces divinités pour imposer un Dieu unique. Peu à peu, ce qui était une parole vivante est devenu un dogme figé. Là où Baal invitait à écouter la nature, on a vu naître des cultes de sacrifices. Là où Shamash veillait au bonheur du peuple, on a vu l’institution d’un droit tourné vers l’ordre plus que vers la justice.

Ce phénomène s’est répété dans toutes les religions : un message inspirant devient un système d’interdits et d’obligations. Ce n’est pas la faute des dieux, mais de l’usage que les hommes en ont fait.

Aujourd’hui, nous ne faisons plus parler les dieux, mais nous érigeons d’autres idoles : la croissance, le marché, la compétitivité. Elles aussi dictent leurs dogmes, mais elles sont bien plus mortifères car elles se prétendent neutres et inéluctables.

Du sacré vivant au dogme mortifère

Relire Baal et Shamash, ce n’est pas céder à la nostalgie. C’est retrouver une intuition ancienne : l’intelligence collective des hommes passait par l’invention de voix divines qui enseignaient deux choses simples : :

  • Baal disait : « Écoute la nature, respecte ses équilibres. »

  • Shamash disait : « Rends ton peuple heureux, applique la justice. »

  • Ces paroles prêtées à Baal et Shamash révèlent une sagesse pratique.

Mais l’Ancien Testament a combattu ces figures pour imposer un Dieu unique et jaloux. Avec le temps, ce qui était une orientation vivante s’est figé en lois, interdits, dogmes. La parole inspirante est devenue instrument d’obéissance. Le passage du sacré au dogme a transformé la voie d’émancipation en carcan, car elles se prétendent neutres et inéluctables. .

Les dieux comme étapes de l’intelligence collective

Ces mythes montrent que les dieux étaient d’abord des constructions humaines, des projections de nos intuitions collectives. Ils canalisèrent l’agressivité, donnèrent des repères communs, ouvrirent la voie à une pensée de la justice et de l’équilibre.
Mais lorsque ces dieux deviennent des vérités absolues, ils cessent d’être des guides pour devenir des prisons.

Transition vers notre époque : apprendre plutôt que croire

Aujourd’hui, nous ne faisons plus parler les dieux, mais nous cherchons les mêmes réponses : comment écouter notre environnement ? comment bâtir une société juste et heureuse ? La solution ne passe plus par une révélation sacrée, mais par un processus collectif : l’éducation permanente.

  • Apprendre, c’est écouter la nature comme le demandait Baal.

  • Apprendre, c’est chercher la justice et le bonheur collectif comme l’exigeait Shamash.

  • Apprendre, c’est éviter le piège des dogmes pour entrer dans une connaissance vivante et évolutive.

Là où les anciens inventaient des dieux pour tracer un chemin, nous pouvons inventer une organisation sociale nouvelle : rémunérer les hommes pour apprendre tout au long de leur vie. Ainsi, l’éducation devient la forme moderne de ce que les dieux incarnaient jadis : non pas une servitude, mais une voie d’émancipation.

De la voix des dieux à l’éducation permanente

Nous pouvons tirer une leçon directe : ce que Baal et Shamash incarnaient, nous pouvons l’accomplir aujourd’hui par une autre voie – l’éducation permanente.
Apprendre, c’est écouter la nature comme le demandait Baal.
Apprendre, c’est chercher la justice et le bonheur collectif comme l’exigeait Shamash.
Apprendre, c’est remplacer les dogmes par une connaissance vivante, évolutive et collective.

Ainsi, rémunérer les hommes pour apprendre tout au long de leur vie, c’est offrir à chacun la possibilité de se construire, d’innover, d’apporter à la société des savoirs nouveaux. Là où les dieux prêtaient leurs voix aux intuitions humaines, il nous revient désormais d’apprendre pour donner voix à l’avenir.

Les anciens faisaient parler leurs dieux pour apprendre à écouter la nature et chercher le bonheur du peuple. Nous, modernes, avons inventé d’autres dieux – Marché, Croissance, Compétitivité – qui nous ordonnent de produire, d’accumuler, de consommer. Illusionnés de ne plus croire, nous obéissons pourtant à ces divinités systémiques plus jalouses et mortifères que Baal ou Shamash ne l’ont jamais été. »« Là où Baal faisait parler les arbres et Shamash éclairait les hommes, il nous revient d’apprendre : écouter la nature, cultiver la justice, et transmettre la lumière par l’éducation. Non plus sous forme de dogmes, mais comme une connaissance vivante, partagée, ouverte. »

 

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Rédigé par ddacoudre

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Publié le 16 Septembre 2025

L’âge adulturant : savoir, solidarité et survie de l’espèce

Et si l’avenir ne se jouait pas dans l’emploi mais dans l’instruction permanente ? Depuis les années 1980, la raréfaction du travail salarié révèle que nous n’avons plus besoin du travail de tous, mais que chacun a besoin de savoir pour comprendre et agir. Face à un capitalisme qui transforme l’agressivité naturelle en violence économique, une autre voie s’ouvre : rémunérer les hommes pour apprendre, afin de construire l’âge adulturant, où l’humanité deviendra enfin adulte collectivement.

« L’homme ne s’émancipera pas en travaillant plus, mais en apprenant toujours. »

Introduction

Depuis les années 1980, la perte progressive d’emplois liée à la mondialisation et aux avancées technologiques a mis en évidence un paradoxe : l’humanité produit toujours plus de richesses avec toujours moins de travail humain. Cette transformation, loin d’être une simple crise conjoncturelle, révèle une mutation anthropologique. Il devient alors nécessaire d’inventer un autre horizon : rémunérer les hommes pour apprendre, afin que l’instruction et la pluridisciplinarité remplacent le travail aliénant comme ciment social et comme moteur du développement.

1. Le legs de l’imprimerie et de l’instruction

L’histoire nous enseigne que les grands bonds de civilisation naissent de la diffusion des savoirs. L’imprimerie a permis aux Lumières de disséminer leurs idées, d’ouvrir la voie à la démocratie et à l’émancipation individuelle. De la même manière, l’école républicaine a démocratisé l’accès aux connaissances de base, donnant à chaque citoyen la possibilité de participer à la vie collective.
Aujourd’hui, la complexité du monde ne peut plus se comprendre par une seule spécialisation. Les défis contemporains — climatiques, technologiques, sociaux — exigent une pensée pluridisciplinaire. La réorganisation de l’emploi doit permettre non seulement de produire, mais aussi d’apprendre tout au long de l’existence.

2.. Le legs de l’imprimerie et de l’instruction

Sortir de l’emprise capitaliste ne signifie pas abolir l’initiative ou l’innovation. Cela veut dire refonder nos motivations sur une solidarité égoïste : chacun comprend que son propre développement dépend du développement des autres. Dans un monde interdépendant, marqué par la mondialisation, il ne peut plus exister de destin individuel séparé du destin collectif.
Cette solidarité nouvelle prend appui sur l’idée que nous formons une seule espèce humaine, appelée à cohabiter au sein de cultures diverses mais reliées par une communauté de survie.

3. L’articulation entre l’inné, l’acquis et la stratification sociale

Les sciences humaines et la biologie nous rappellent que nous héritons d’un socle inné : les instincts primaires, les comportements de survie, l’agressivité naturelle qui permet l’adaptation. Mais cet héritage s’articule avec le culturel, fruit de l’apprentissage, de la transmission et de l’institution.
L’organisation sociale, depuis le Néolithique, a façonné une stratification dans laquelle chaque individu trouve une place selon son tempérament singulier, ses talents, ses apprentissages. Cette diversité, loin d’être un handicap, est ce qui permet à l’espèce d’innover, de produire, de se transformer. Elle explique aussi pourquoi certaines personnalités — dominants « bêta » ou cooptés des systèmes dominants — prolongent l’exploitation de l’homme par l’homme, inscrivant la violence dans l’économie. Mais elle ouvre la possibilité, si nous l’assumons consciemment, de faire évoluer nos structures collectives vers plus de coopération.

4. L’horizon de l’âge adulturant

Aujourd’hui, l’adolescence se prolonge socialement : l’homme moderne reste prisonnier d’idéaux consuméristes et compétitifs qui l’empêchent d’accéder à une véritable maturité collective. L’âge adulturant désigne cet horizon lointain où l’humanité, ayant compris sa condition d’espèce unique dans l’univers, choisira de passer d’une économie de rareté fabriquée à une économie de savoir partagé.
Dans cet âge, chacun aura accès en permanence à l’instruction, à la pluridisciplinarité, et pourra contribuer au développement collectif en mobilisant ses connaissances. Le revenu universel d’apprentissage deviendrait alors non pas une dépense, mais l’investissement fondateur d’une humanité adulte.

Conclusion

Réorganiser l’emploi autour du double objectif produire et s’instruire est une nécessité historique. Car si le capitalisme a su faire de l’agressivité naturelle une violence économique compétitive et destructrice, il nous appartient désormais de transformer cette agressivité en énergie créatrice, tournée vers la solidarité et le progrès commun.
L’avenir ne réside pas dans le travail forcé ou dans la croissance sans fin, mais dans l’éducation permanente, dans la reconnaissance de notre appartenance à une seule espèce, et dans la capacité de chaque individu à participer, par le savoir, à la survie collective.
Ainsi pourra s’ouvrir, au-delà de l’adolescence capitaliste, l’âge adulturant de l’humanité.

Y a-t-il des états capables d’aller dans cette direction, au regard d’aujourd’hui cela semble difficile, mais je ne pense pas que cela vienne de l’occident. Je pense que la Chine l’Inde qui ont une culture philosophique importante sont capables d’aller dans ce sens pour marquer l’histoire, car je ne pense pas que c’est en concurrençant le productivisme et le consumérisme occidental qu’ils puissent trouver autre chose que les mêmes impasses dans laquelle est l'occident, en croyant détenir le monde idéal parce qu’ils alignent des milliardaires. Peut-être la Russie les suivra dans leur sillage malgré la situation actuelle.

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Rédigé par ddacoudre

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Publié le 14 Septembre 2025

Les aveugles du capitalisme


 


Depuis quarante ans, nos dirigeants nous promettent que l’emploi sera leur priorité. Mais à force de ressasser les mêmes recettes, ils n’ont fait qu’entretenir une illusion : nous n’avons plus besoin du travail de tous, mais chacun a besoin d’un revenu. Comme les aveugles de Bruegel, nous continuons à marcher en file indienne vers l’abîme, incapables d’ouvrir les yeux sur les mutations réelles de notre civilisation.

Intro

Le travail fut longtemps une conception religieuse, acceptée comme la sanction d’un péché originel. Après la guerre, il s’est transformé en quête d’émancipation et de bien-être, jusqu’aux années 1960 et 68. Mais dès le premier choc pétrolier, le chômage s’est installé pour ne plus disparaître. Les politiques de partage du temps de travail, les 35 heures, les relances de consommation ou de compétitivité, tout a été tenté. Rien n’a inversé la tendance.

La mondialisation et les progrès technologiques ont rendu la production toujours moins dépendante de la main-d’œuvre. Résultat : seuls quatre Français sur dix travaillent aujourd’hui, dont deux femmes. La durée du travail a été divisée par deux en un siècle, et la vie active a diminué de onze ans depuis 1960. Les faits sont clairs : nous n’avons plus besoin du travail de tous.

Pourtant, nos gouvernants persistent. De Davos au MEDEF, de slogans en promesses creuses, on répète qu’il faut « travailler plus » comme si le retour en arrière était possible. Pendant ce temps, les élites économiques continuent de défendre les règles de la spéculation et de masquer la crise des inégalités derrière le vocabulaire trompeur de la compétitivité.

Or l’avenir ne réside pas dans la fuite en avant du productivisme, mais dans la réorientation des richesses vers la connaissance, l’éducation et l’émancipation humaine. Si nous n’osons pas sortir de la logique qui assimile l’humain à une charge, nous reproduirons indéfiniment les mêmes impasses.

Depuis plusieurs décennies, les dirigeants politiques et économiques nous répètent inlassablement le même refrain : il faudrait « sauver l’emploi », « travailler plus », « relancer la croissance ». Mais à force de suivre ces mantras, nous marchons comme les aveugles du tableau de Bruegel : en file indienne, trébuchant les uns après les autres, incapables de voir que le monde a changé. La vérité, pourtant, est sous nos yeux : le travail n’est plus et ne sera plus la base universelle de notre société. Le capitalisme, aveugle à ses propres contradictions, entretient l’illusion en manipulant les mots et en confisquant les choix collectifs.

1. Les aveugles de Bruegel : l’illusion de l’emploi

Longtemps, le travail fut conçu comme une punition religieuse, l’acceptation d’un péché originel. Après la guerre, il est devenu promesse d’émancipation : réduction des horaires, congés payés, accords de Grenelle, mai 68. Mais à partir du choc pétrolier de 1973 et surtout des années 1980, le chômage s’installe de façon structurelle. Les politiques, impuissants, n’ont cessé de répéter la même rengaine : partager le travail, flexibiliser l’emploi, relancer la consommation. En vain.

Aujourd’hui, moins de la moitié des Français travaillent effectivement, et la durée de la vie active a chuté de onze ans depuis 1960. Les technologies, la mondialisation et l’automatisation réduisent inexorablement la nécessité du travail humain. La conclusion s’impose : nous n’avons pas besoin du travail de tous, mais chacun a besoin d’un revenu. Pourtant, nos gouvernants refusent d’ouvrir les yeux. Comme chez Bruegel, ils avancent en aveugles, répétant les mêmes formules alors que le sol s’effondre sous leurs pas.

2. Davos : la confiscation de l’avenir par les élites

Pendant ce temps, chaque année à Davos, l’élite économique mondiale se réunit pour « façonner l’après-crise ». Ministres, banquiers, patrons et quelques figures médiatiques se donnent pour mission d’améliorer « l’état du monde ». Mais ce sont toujours les mêmes solutions libérales qui reviennent : ouvrir les marchés, protéger le commerce mondial, renforcer les institutions financières.

En 2009, alors même que la crise financière avait montré l’absurdité du système, Pascal Lamy et d’autres responsables affirmaient que « le commerce n’y est pour rien ». Comme si la mondialisation inégalitaire et la spéculation sur le blé n’avaient pas contribué à la famine et à l’endettement massif des ménages ! Ce discours illustre l’aveuglement des élites, qui refusent de remettre en cause le dogme d’Adam Smith.

La seule voix réellement neuve est venue des Nations Unies, qui proposaient d’investir dans la transition écologique. Mais là encore, l’écologie n’est envisagée qu’à la marge, tant que le système financier reste le maître du jeu.


3. MEDEF : la manipulation du langage

En France, cette logique s’est traduite par une captation du langage politique. Le CNPF, reflet d’un patronat assumant son intérêt particulier, est devenu MEDEF : « Mouvement des entreprises de France ». Par ce simple mot, « mouvement », il s’est paré des habits de l’intérêt collectif, diluant le profit personnel dans une rhétorique pseudo-sociale.

De même, les slogans « travailler plus pour gagner plus », puis « travailler plus pour sauver la crise », ont envahi le débat public. Mais les chiffres montrent que les Français ne travaillent pas moins que leurs voisins européens. L’illusion réside dans la manipulation statistique et la mise en accusation permanente des salariés, alors que la productivité est équivalente.

C’est ainsi que l’État a peu à peu adopté le modèle de l’entreprise : gestion comptable, recherche de rentabilité, transformation du citoyen en « coût » à réduire. Le langage s’est travesti : les concierges sont devenus des « gardiens », les femmes de ménage des « techniciennes de surface », et le plan social une « réorganisation ». Les mots maquillent la réalité pour la rendre acceptable, pendant que les inégalités se creusent.

Conclusion

De Bruegel à Davos, du MEDEF aux slogans politiques, le constat est le même : notre société marche dans le noir. Elle refuse de voir que le travail ne peut plus être le socle universel, que la mondialisation libérale détruit plus qu’elle ne construit, et que le langage sert à masquer l’évidence.

Pourtant, la sortie de crise existe : elle passe par la redéfinition de la richesse, non plus comme un chiffre comptable ou une marchandise à échanger, mais comme un investissement collectif dans l’humain – sa santé, son savoir, sa créativité. Le revenu universel d’existence, ou mieux encore, la rémunération pour apprendre, sont les premières pierres de ce futur. Comme les aveugles de Bruegel, nos dirigeants avancent à tâtons, se tenant par l’épaule mais incapables de voir le fossé qui se creuse devant eux. La véritable question n’est pas de « sauver l’emploi », mais de sauver l’humain. Cela suppose de reconnaître que le travail ne peut plus être la mesure de notre dignité, et qu’il nous faut inventer un autre horizon, fondé sur le partage des richesses et l’apprentissage tout au long de la vie.

Tant que nous compterons les hommes comme des charges et les profits comme des richesses, nous marcherons comme les aveugles de Bruegel : droit dans le gouffre où tant que nous ferons semblant que « travailler plus » est une solution, nous avancerons en aveugles vers l’abîme.

 

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Publié le 14 Septembre 2025

Le capitalomètre : quand la comptabilité devient la loi des hommes

1) Libéralisme dévoyé : la liberté sans le « ne pas nuire »

Le libéralisme était d’abord une exigence : garantir à chaque individu la possibilité d’entreprendre sans nuire à autrui. Chemin faisant, le principe a été retourné contre sa propre promesse : au nom d’une « liberté » désarrimée du bien commun, on a naturalisé la compétition généralisée—c’est-à-dire la mise en concurrence des existences—jusqu’à faire accepter que le plus fort impose ses règles. Ainsi, le dogme libéral s’est confondu avec la gestion capitaliste, où la souveraineté réelle ne réside plus dans les citoyens mais dans des dispositifs de calcul qui tranchent, à froid, qui mérite d’exister dans les comptes.

2) Marx observateur, pas prophète : l’ordre dominant n’est jamais définitif

Marx n’a pas « inventé » l’exploitation ; il l’a observée. Son mérite fut de décrire les mécanismes par lesquels le travail se voit capté par le capital. Cela ne fait ni du capitalisme une fatalité, ni d’hier un âge d’or. Chaque époque se raconte un récit qui ferme l’horizon : hier, le droit divin ; aujourd’hui, « les marchés ». Nos savoirs naissent de notre ignorance : ce que nous ne connaissons pas encore contient l’innovation qui déclassera nos évidences. Le capitalisme n’est pas la fin de l’histoire ; il est une étape parmi d’autres façons possibles de relier production, échange et justice.

3) Le « capitalomètre » : quand le plan comptable devient le vrai souverain

Le cœur du système n’est pas une idéologie : c’est un instrument. Appelons-le le capitalomètre : la manière dont la comptabilité classe, additionne, soustrait—et, ce faisant, déclare « charges » ce qui relève de la vie humaine (salaires, santé, éducation, solidarités), et « produits » ce qui nourrit le capital. Ce langage s’est imposé partout : dans l’entreprise, évidemment ; mais aussi dans l’État (budgets pilotés aux ratios), dans l’Union européenne (normes et règles d’or) et, plus largement, dans notre imaginaire collectif. Résultat : changer de gouvernement sans changer d’instrument de mesure revient à reconduire la même finalité—l’obsession de la rentabilité monétaire—avec des visages différents.

Ce que la colonne “charges” appelle coût, la société l’appelle dignité.

Historiquement, nous avons glissé de l’économie de pillage à l’économie sédentaire puis industrielle ; à chaque étape, un dispositif d’écriture a scellé l’ordre social. Aujourd’hui, la comptabilité financière tient ce rôle. Elle organise la rareté, oriente les flux de crédit, dépolitise les arbitrages en les présentant comme techniques. Même la monnaie—créée à crédit par des institutions peu redevables au suffrage—devient le vecteur d’une souveraineté détournée : nos dépôts alimentent des décisions dont nous subissons les effets sans en fixer les buts.

4) Espace, densité, comportements : ce que disent Calhoun et Edward T. Hall

Les structures ne forment pas que des prix : elles façonnent des comportements. Les expériences de John B. Calhoun sur des colonies de rongeurs ont montré comment la configuration de l’espace et la densité modifient les interactions : accaparement de zones « premium », stress, désorganisation des soins aux petits, montée des conduites de prédation. Rien à plaquer tel quel aux sociétés humaines, mais une leçon précieuse : organisation, règles et espace social produisent des effets psychiques et politiques.

Dans La Dimension cachée, Edward T. Hall démontre que nos distances sociales, nos proximités et nos seuils de tolérance sont culturellement codés. Autrement dit : l’architecture des institutions (marchés, villes, médias, entreprises, administrations) influence nos manières de coopérer ou de nous affronter. Quand toute la vie est réécrite par le capitalomètre, la compétition devient la grammaire des relations ; l’horizontalité (confiance, pair-à-pair, mutualisme) s’érode ; la verticalité (classement, tri, exclusion) prospère.

On ne change pas les comportements sans changer les structures qui les rendent “rationnels”.

5) Sortir du piège : changer la mesure, changer la fin

Si la mesure fait la loi, changer la mesure devient l’acte politique décisif. Cela suppose :

a) Requalifier les “charges” en biens fondamentaux
Santé, éducation, retraite, protections collectives ne sont pas des coûts à minimiser mais des investissements d’existence. Comptablement, cela implique d’autres référentiels (budgets de mission, comptabilité en “capital humain et social”, bilans socio-environnementaux opposables).

b) Rémunérer l’apprentissage tout au long de la vie
Dans une économie où la productivité technique remplace le travail répétitif, la valeur se déplace vers le savoir, la créativité, la capacité de coopération. Rémunérer l’étude—non pas comme “formation professionnelle” ponctuelle, mais comme bien commun—c’est sécuriser les trajectoires et élargir le champ des possibles.

c) Introduire un référentiel énergétique universalisable
On peut contester la fiction d’une valeur purement monétaire et rapprocher la mesure de la réalité physique du travail : l’énergie dépensée (le joule) tout au long des chaînes de production et de services. Ce n’est pas un fétiche techniciste, mais un principe d’objectivation : relier prix, efforts humains, impacts matériels. Une telle boussole recadre la hiérarchie des valeurs (moins de spéculation rentière, plus de sobriété productive, meilleure lisibilité des coûts réels—y compris écologiques).

d) Démocratiser la monnaie et le crédit
Si la monnaie oriente le réel, son émission doit relever d’un mandat démocratique : banques publiques d’investissement, conditions de crédit liées à des objectifs sociaux et écologiques, transparence sur la destination des dépôts, contre-pouvoirs citoyens dans les institutions monétaires.

6) Pourquoi ce changement n’est pas un retour en arrière

Rien de ce qui précède ne vise à détruire l’entreprise, outil prodigieux de coopération ; il s’agit d’en désactiver la structure totalitaire (où l’humanité est une variable d’ajustement) pour réaligner les finalités : produire ce qui améliore la vie, au moindre coût énergétique et au plus haut bénéfice social. L’Europe n’a pas vocation à devenir une “super-entreprise” pilotée par tableaux de bord ; elle peut être une fédération de communs dotée d’une comptabilité qui compte enfin ce qui compte.

Tant que le capitalomètre décide, l’alternance politique reconduit la même fin.
Changer l’instrument de mesure, c’est rouvrir l’horizon du possible.

Conclusion : de la colonne « charges » à la colonne « humanité »

Nous n’avons pas besoin d’un mythe nouveau, mais d’un déplacement lucide :

  • du calcul contre l’humain au calcul pour l’humain ;

  • de la rareté organisée à la suffisance partagée ;

  • du salariat-marchandage au savoir-comme-bien-commun.

La prochaine révolution n’opposera pas seulement « État » et « marché ». Elle changera la mesure—et donc la fin—en assumant que la véritable richesse est l’énergie humaine investie dans la connaissance, la relation, le soin et la transmission. C’est par là que s’ouvre l’âge adulte de l’humanité.

 
 

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Publié le 13 Septembre 2025

« La valeur travail : un mythe moderne »

L’histoire humaine s’est toujours construite sur des mythes. Qu’ils prennent la forme de récits religieux, de légendes nationales ou d’idéologies politiques, ils ont pour fonction d’organiser les sociétés, de donner un sens à l’existence et de légitimer des rapports de pouvoir. Loin d’avoir disparu avec les Lumières ou le développement des sciences, les mythes se sont transformés : aujourd’hui encore, notre époque prétend rationnelle se structure autour de récits collectifs qui jouent le même rôle. L’un des plus puissants est celui de la « valeur travail ».

Les mythes, fondements de l’organisation humaine

L’homme est un conteur d’histoires. Depuis l’art pariétal jusqu’aux grandes épopées religieuses et politiques, nous avons toujours eu besoin de donner un sens aux événements et d’y inscrire notre place. Le langage puis l’écriture ont permis de stabiliser ces récits et d’en faire les fondements d’identités collectives. Mais aucun mythe ne dit toute la réalité : il simplifie, il masque, il sacralise. Les religions ont donné au clergé le pouvoir de représenter le divin ; les idéologies modernes donnent à d’autres élites – économiques, politiques, scientifiques – l’autorité de dire ce qui est vrai ou légitime.

Ainsi, loin d’être une simple superstition du passé, le mythe est une constante anthropologique. Nous ne pouvons raconter ni transmettre les millions d’actions qui composent une existence : nous réduisons, nous sélectionnons, nous sacralisons. De là naissent les mythes fondateurs, qu’ils soient religieux, nationaux… ou économiques.

La « valeur travail » comme récit fondateur moderne

Parmi ces mythes contemporains, celui de la « valeur travail » occupe une place centrale. Son fonctionnement est exactement celui d’un récit fondateur : il se présente comme une évidence universelle, il ordonne la société en hiérarchisant les places, il légitime une domination de classe. L’étymologie elle-même rappelle l’ambivalence : tripalium, instrument de torture chez les Romains, devient au fil des siècles un devoir moral et un honneur civique.

Au XIXe siècle, avec l’industrialisation, le travail devient à la fois le ciment des luttes sociales et l’outil de légitimation des capitalistes. On s’y réfère comme à une valeur absolue. Pourtant, son histoire montre qu’il ne s’agit pas d’une valeur intrinsèque, mais d’une construction sociale fluctuante. C’est au nom du travail que l’on a massacré des immigrés à Aigues-Mortes en 1893, comme aujourd’hui certains rejettent l’étranger accusé de « voler l’emploi ». Ce n’est donc pas une valeur universelle, mais un mythe utilisé pour canaliser peurs, colères et aspirations.

Le productivisme comme dérive du mythe

En érigeant le travail en valeur suprême, nos sociétés ont justifié l’exploitation, le productivisme et l’idée absurde que tout doit être marchandisable – y compris la planète elle-même. La « valeur travail » a permis des progrès, certes, mais elle a aussi engendré un cycle destructeur : croissance infinie, épuisement des ressources, exclusion de ceux qui n’ont pas d’emploi.

Le paradoxe est criant : nous n’avons plus besoin du travail de tous grâce aux machines et aux robots, mais nous continuons de fonder la distribution des revenus uniquement sur l’emploi. Ceux qui réclament « la valeur travail » oublient que les rentiers, les spéculateurs ou les actionnaires s’enrichissent sans travailler. C’est bien la preuve qu’il ne s’agit pas d’une valeur universelle, mais d’un mythe au service d’une organisation sociale.

Vers une autre organisation

Si l’on veut sortir de ce schéma archaïque, il faut rompre avec la sacralisation du travail comme unique source de revenu. L’effort, la dépense d’énergie, la production sont des réalités, mais elles n’ont pas en elles-mêmes de valeur absolue : elles sont des moyens, pas des fins. D’autres sources de revenu peuvent être imaginées : partage du temps de travail, revenu lié à l’apprentissage permanent, mutualisation des bénéfices du progrès technique.

Conclusion : sortir du mythe pour entrer dans l’interrogation

Le mythe de la valeur travail a structuré nos sociétés comme d’autres récits ont fondé les religions ou les nations. Mais il est temps de le reconnaître pour ce qu’il est : une histoire que nous nous racontons pour légitimer une organisation sociale, et non une vérité universelle. Continuer à sacraliser le travail comme valeur fondatrice, c’est maintenir un productivisme qui détruit nos vies et notre planète.

L’avenir, lui, passe par autre chose : l’éducation, l’interrogation permanente, la capacité de créer des espaces où chacun trouve sa place sans exploiter son semblable. Car l’homme civilisé n’est pas celui qui sacralise ses mythes, mais celui qui les questionne.

Le travail ne fonde pas la dignité : c’est la dignité humaine qui donne sens au travail.

 

Le travail n’a pas de valeur, seule l’humanité en a, car la vraie richesse n’est pas le travail, c’est l’humain, si bien qu’a sacralise le travail, on oublie l’homme pour un conte fondateur dont sa valeur dépend de la réalité de la dignité humaine. »

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Publié le 13 Septembre 2025

Ha ! Si j’étais un adulte ?
Intro

La lecture en son temps de Si c’est un homme de Primo Levi m’a obligé à questionner une idée profondément ancrée dans notre culture occidentale : celle de l’Homme naturellement bon, guidé par la justice et l’humanisme. Mais l’histoire et l’observation du quotidien montrent autre chose : derrière nos idéaux se cachent des instincts primaires – la recherche du moindre effort, l’appropriation des biens d’autrui, la compétition pour survivre. Depuis 9 000 ans, notre histoire culturelle se résume à cela : passer du pillage à l’exploitation, puis au salariat, sans jamais vraiment sortir de la logique qui consiste à considérer l’humain comme une charge.

Aujourd’hui, alors que l’intelligence artificielle, les technologies et nos savoirs offrent des possibilités inédites, nous sommes toujours prisonniers d’un paradigme ancien : croire que l’argent est la clé de l’existence, alors que seule l’énergie humaine crée de la valeur. Comment briser ce cercle et inventer une économie au service de l’humain, et non l’inverse ?

Si c’est un homme m’a conduit à revisiter une conviction qui imprègne toute notre culture occidentale : celle de l’« Homme bon » et de la justice comme horizon universel. Ce n’est pas une critique, mais une observation : la vision humaniste ne correspond pas toujours à la réalité des instincts naturels de l’être humain, partagé entre coopération et prédation, entre désir d’harmonie et pulsion de domination. Pourtant, si nous sommes capables de nous représenter ainsi, c’est bien que cette potentialité existe en nous. Reste à la faire émerger. Car ce que nous appelons « humanité » ne dépend pas seulement de nos tempéraments singuliers, mais de l’environnement dans lequel nous naissons et grandissons. L’enjeu n’est donc pas simplement de devenir adulte, mais d’accéder à une condition « adulturante », capable de dépasser nos réflexes primitifs pour assumer une responsabilité collective. « Devenir adulte ne consiste pas seulement à vieillir, mais à choisir de faire émerger ce qu’il y a de plus humain en nous : la capacité d’inventer un monde où la coopération l’emporte sur la prédation. » « Et si l’adulte que nous croyons être n’était encore qu’un enfant en quête de repères ? Derrière l’illusion d’un monde rationnel, nos instincts archaïques continuent de guider nos choix. » Philosophiquement nous parlons d’humanisme, de justice universelle, d’égalité entre les peuples. Pourtant, l’histoire et l’actualité nous rappellent combien l’Homme oscille sans cesse entre coopération et prédation, entre désir d’harmonie et pulsion de domination. Si nous sommes capables d’imaginer une société plus juste, c’est que cette possibilité existe en nous. Mais elle reste suspendue à une question : saurons-nous franchir le cap et devenir adultes collectivement ?

Si nous sommes capables d’avoir cette vision de nous-mêmes, c’est bien qu’elle existe en germe en chacun de nous, et qu’elle peut émerger pourvu que l’environnement – social, éducatif, culturel – en favorise l’éclosion. C’est à ce prix seulement que l’humanité pourra passer de l’enfance à l’« adulturité ».

Mais pour comprendre ce chemin vers l’« adulturité », il faut d’abord revisiter notre histoire, nos instincts et nos organisations sociales : de la rareté au pillage, de la coopération aux rapports de force, l’humain n’a cessé d’osciller entre progrès et régression, entre créativité et domination.

Si nous voulons réellement devenir des adultes de l’histoire, il nous faut accepter cette dualité : la prédation n’est pas un accident, mais une part de notre héritage. C’est en la reconnaissant, et non en la niant, que nous pouvons espérer faire émerger l’autre part, celle de la coopération et de l’humanisme.

Politiquement le défi de notre temps n’est pas seulement économique ou écologique, il est civilisationnel : apprendre à sortir des logiques de pillage et de domination pour inventer un nouvel âge, celui d’une humanité adulte, capable de gérer ses ressources et ses savoirs sans sacrifier les plus faibles.
Une histoire de pillages et de renaissances

Notre histoire culturelle est récente. À peine 9 000 ans nous séparent des premiers villages agricoles, 3 500 ans des cités-États mésopotamiennes. Tous les royaumes qui ont suivi – grec, romain, carolingien – ont prospéré sur le pillage, tout en transmettant, chacun à sa manière, un legs culturel. La Renaissance carolingienne de Charlemagne, la chrétienté romaine ou encore les monarchies pillant le Nouveau Monde ne sont que des étapes d’un même processus : organiser l’exploitation pour survivre et se distinguer.

Au XIe siècle, le commerce a remplacé le pillage comme modèle économique dominant. Mais les logiques coloniales n’ont cessé d’en prolonger la brutalité, jusqu’à nos jours, y compris dans des territoires encore administrés par la France. La Révolution française n’a pas rompu cette logique : elle l’a habillée de nouvelles valeurs, mais les nations modernes sont restées prédatrices.

Aujourd’hui, la mondialisation pourrait être une chance pour dépasser ce cycle. Mais parce qu’elle s’est faite sous le signe de l’exploitation de l’humain par l’humain, elle provoque le rejet et nourrit la peur. On en vient à rêver de revenir à l’économie locale d’il y a 9 000 ans, plutôt que d’inventer l’Europe des peuples et non celle des marchés.

L’instinct de la plus-value

L’expérience m’a appris que l’humain agit selon un instinct irréductible : obtenir plus que ce qu’il a donné. Dans les négociations salariales, même quand nous avons établi l’égalité de traitement, chacun a fini par chercher à tirer une plus-value individuelle, quitte à dénigrer l’autre. Ce n’est pas une marque d’intelligence capitaliste, mais un réflexe biologique.

On le retrouve partout dans le vivant : le prédateur qui vole la proie d’un autre pour économiser son énergie ; la plante qui se bat pour un rayon de soleil dans la canopée ; le virus qui détourne la machinerie d’une cellule. Chez nous, cela s’appelle « profit », « rente », « dividende » ou « salaire ». L’économie humaine n’a fait que traduire en chiffres une logique animale.

Ainsi, le plan comptable – cet outil froid qui classe le salarié comme une « charge » – n’est pas une invention géniale. C’est la formalisation de ce réflexe d’appropriation : réduire le coût humain pour maximiser ce qu’on conserve. Le capitalisme n’a rien inventé. Il a seulement perfectionné la logique du pillage en la rendant invisible.

La paresse comme moteur caché

On accuse souvent l’humain de paresse. Mais c’est là son moteur. Toute espèce cherche à satisfaire ses besoins avec le moins d’efforts possibles. C’est ce qui nous a conduits à domestiquer des animaux, puis à inventer des machines et aujourd’hui des robots. Vouloir se faire remplacer au travail n’est pas une déviance, mais une constante anthropologique.

Ce qui pose problème, ce n’est pas la paresse, mais l’usage qui en est fait. Le capitalisme détourne cette recherche d’économie d’énergie pour l’ériger en justification d’une exploitation : quelques-uns se dispensent d’effort en soumettant les autres à leur place. De l’esclavage antique au salariat moderne, la logique est la même : manger l’énergie des autres. Comme ces tribus africaines observées par les anthropologues, qui se nourrissaient littéralement de leurs voisins, nous nous sommes civilisés en remplaçant la chair par le travail salarié.

La rareté, matrice de toutes les violences

Au cœur de ce processus, il y a la rareté. La rareté n’est pas seulement une donnée naturelle : elle est produite et entretenue par les dominants. Elle justifie la guerre, la colonisation, l’accaparement des terres, et jusqu’à la financiarisation contemporaine.

Dans nos sociétés modernes, la rareté se traduit par la dette. Une dette publique de 3 200 milliards depuis 1976 a permis de maintenir 1,5 million d’emplois, mais financée par les seuls salariés, sommés de rendre trois fois ce qu’ils ont reçu. Le FMI et la BIRD perpétuent ce cycle : ils financent en prélevant sur ceux qui travaillent, puis exigent le remboursement avec intérêts, empêchant toute véritable innovation collective.

Or il ne manque pas de travail. Il manque une autre organisation. Les besoins essentiels – hôpitaux, infrastructures, lutte contre le climat – sont infinis. Nous avons les savoirs, les technologies, les compétences. Mais nous nous enfermons dans une inculture économique qui nous empêche de créer la monnaie nécessaire.

Une nouvelle unité de valeur : l’énergie humaine

J’ai proposé, dès les années 1980, de rémunérer les hommes pour apprendre. Aujourd’hui, je propose d’aller plus loin : remplacer la monnaie actuelle par une unité universelle, mesurée en énergie humaine.

Cette norme – joules, watts, calories – serait neutre, scientifique et universelle. Elle permettrait d’objectiver la valeur d’un bien ou d’un service par l’énergie humaine qu’il a mobilisée, et non par les caprices du marché.

  • Durabilité : elle inciterait à investir dans les énergies renouvelables.

  • Égalité : elle assurerait une répartition plus juste des richesses.

  • Solidarité : elle encouragerait la mutualisation des risques et des investissements.

Avec l’IA et la blockchain, nous avons aujourd’hui les moyens de gérer cette circulation monétaire nouvelle, transparente et sécurisée.

Éduquer pour libérer

Mais une révolution monétaire et économique ne suffira pas sans révolution éducative. L’histoire nous enseigne que tout progrès dépend de la diffusion du savoir. L’imprimerie a ouvert la voie aux Lumières ; l’école de la République a permis d’émanciper partiellement le peuple. Aujourd’hui, il faut passer à une éducation tout au long de la vie, ouverte à tous.

Il faut réorganiser le temps social :

  • un tiers pour le sommeil,

  • un tiers pour l’éducation,

  • un tiers pour le loisir,

  • un tiers pour le travail.

Seule cette redistribution permettra d’assumer la vitesse de la révolution technologique et d’éviter qu’elle ne soit confisquée par une oligarchie.

Le choix devant nous

Nous sommes à un carrefour. Soit nous restons prisonniers du plan comptable et de la logique de pillage, en réduisant l’humain à une charge. Soit nous inventons une économie fondée sur l’énergie humaine, la coopération et la mutualisation.

Cela suppose de briser deux malédictions :

  • le nationalisme, que Krishnamurti décrivait comme un mur d’isolement ;

  • la croyance que l’argent est une fin en soi, quand il n’est qu’un instrument.

Nous disposons des moyens, des savoirs et des technologies pour créer une société plus juste et durable. Mais nous restons paralysés par nos instincts opportunistes et notre paresse infantile, en quête d’un « père » providentiel.

Le XXIe siècle nous met au défi : rester des enfants captifs des dominants systémiques, ou devenir enfin adultes en acceptant d’apprendre, ensemble, à gérer nos richesses réelles : l’énergie humaine, la solidarité, la connaissance.

Conclusion

Nous avons inventé des machines, domestiqué les animaux, perfectionné nos outils pour économiser notre énergie. Nous avons construit des empires sur le pillage, puis sur le salariat. Mais jamais nous n’avons su rompre avec ce réflexe primitif : exploiter l’autre pour se dispenser d’effort.

Le XXIe siècle nous place devant un choix décisif : rester prisonniers de ce paradigme – où l’humain est vu comme un coût et la rareté entretenue comme une arme – ou franchir un nouveau seuil historique. Ce seuil passe par trois conditions :

  • reconnaître l’énergie humaine comme la véritable unité de valeur ;

  • mutualiser les risques et les investissements pour sortir de la logique du profit pur ;

  • instruire et rémunérer les hommes pour apprendre tout au long de la vie, afin que le savoir soit enfin partagé.

L’histoire nous montre que toutes les civilisations qui ont oublié leurs peuples se sont effondrées. La nôtre ne fera pas exception si elle continue à ériger le capitalisme en religion. Mais si nous avons le courage d’inventer une économie humaniste, fondée sur l’énergie, la solidarité et la connaissance, alors – peut-être pour la première fois – nous pourrons répondre à la question : Ha ! Si j’étais un Homme ?

 

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Publié le 13 Septembre 2025

Intro
Après avoir montré que l’imbécilité peut être une part intégrante de l’intelligence, et que l’ignorance est une chance, il nous faut interroger un autre instinct fondamental : la paresse. Souvent décriée comme un défaut, elle est pourtant au cœur de notre histoire. Elle n’est pas l’ennemie du progrès, mais son moteur invisible.

1. La paresse comme condition humaine
L’homme, de nature, cherche le moindre effort. Si un fruit est à portée de main, pourquoi aller cueillir celui qui est plus haut ? Ce n’est que lorsque l’abondance disparaît que nous consentons à dépenser de l’énergie – en travaillant, en innovant, ou en acceptant une incitation comme l’argent. Le travail n’est donc pas une fin en soi, mais une contrainte née de la rareté. D’abord imposée aux plus faibles, puis transférée aux animaux, ensuite aux machines et désormais aux robots, cette logique n’a jamais cessé : l’objectif est toujours de réduire l’effort.

2. Le paradoxe de l’abondance et de la gratuité
Curieusement, quand un bien est abondant, il perd de sa valeur, et nous le délaissons. Mais lorsqu’il devient rare, nous le désirons gratuit, parce qu’il coûte de l’énergie à obtenir. Ce paradoxe traverse toutes nos sociétés. Nous voulons la gratuité des services publics, mais nous acceptons de les payer plus cher une fois privatisés. Nous voulons participer à la démocratie, mais sans effort : les primaires permettent de donner son avis sans engagement réel, contre une modeste contribution.

3. Paresse et politique
Ce penchant a un coût démocratique. Le citoyen paresseux préfère croire que son opinion est “prise en compte” à travers un clic, un vote ponctuel, un micro-signe, plutôt que par l’effort d’une adhésion ou d’un engagement collectif. Résultat : nous avons une démocratie de consommateurs d’opinions plutôt qu’une démocratie de producteurs d’idées.

4. Paresse et pensée
Mais la paresse a aussi ses limites. Car penser – véritablement penser – exige une lenteur, une patience, une énergie que nous n’aimons pas mobiliser. Or, sans pensée critique, la paresse cesse d’être créatrice pour devenir un piège : celui de l’illusion, de l’intolérance, de la manipulation.

5. Paresse et capitalisme
Le capitalisme, au fond, exploite cet instinct. Il organise la rareté et joue sur l’illusion du gratuit pour maintenir la dépendance. La création monétaire, qui était abondante et libre avec la Banque de France, a été raréfiée au profit des banques privées. Désormais, il faut payer pour accéder à ce qui devrait être commun. Et si les citoyens acceptent que des riches touchent des rentes sans travailler, ils refusent catégoriquement qu’un pauvre reçoive sans effort. Là encore, la paresse est biaisée par la peur du partage.

Conclusion
La paresse est une énergie. C’est elle qui nous a fait passer du silex au robot, du travail forcé à la mécanisation. Mais elle peut être piégée par le capitalisme qui transforme notre désir naturel de moindre effort en instrument de domination. Pour que la paresse redevienne créatrice, il faut la réorienter : non vers l’illusion du gratuit ou la peur de partager, mais vers la pensée, la coopération et la solidarité.

 

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