Publié le 22 Janvier 2026

2.1) La peine mise en récit : quand l’archaïsme devient cosmologie

Ce que nous venons de décrire prend une puissance particulière dès qu’on regarde l’histoire longue : la pénibilité n’a jamais été seulement matérielle. Elle a toujours été mise en récit pour devenir légitime, parfois même sacrée. On peut relire une grande part de l’histoire humaine comme une longue naturalisation de la peine.

Chez les Sumériens déjà, l’Épopée d’Atrahasis raconte que les dieux mineurs se révoltent parce qu’ils sont épuisés à creuser les canaux et à entretenir la terre pour les grands dieux. La solution n’est pas d’abolir la pénibilité. Elle est de créer l’homme pour la porter à leur place. L’humanité naît littéralement comme force de travail substitutive. Le récit fonde l’idée que certains existent pour peiner afin que d’autres puissent gouverner. La peine devient une fonction cosmique.

La Bible reprend ce schéma sous une autre forme. Dans la Genèse, le travail pénible apparaît comme une conséquence de la chute :
« Tu gagneras ton pain à la sueur de ton front. »
La peine n’est plus seulement une nécessité matérielle : elle devient une condition morale. Travailler durement, souffrir, c’est expier. L’ordre social peut alors s’appuyer sur un fond théologique : si tu peines, ce n’est pas seulement parce que le monde est dur, c’est parce qu’il doit être ainsi, et que ta peine a un sens.

Chez les Grecs, la division devient plus explicite encore. Le citoyen libre est celui qui ne travaille pas de ses mains. La pénibilité est l’affaire des esclaves et des métèques. Le loisir (scholè) devient la condition de la pensée, de la politique, de la philosophie. La cité repose sur une masse de corps qui peinent pour que quelques-uns puissent gouverner et réfléchir. La fatigue devient un marqueur de place : celui qui s’épuise n’est pas fait pour décider.

Le servage médiéval prolonge cette logique en la stabilisant dans une trinité sociale presque parfaite : ceux qui prient, ceux qui combattent, ceux qui travaillent, comme quoi se stratifier en classe n'est une modernité

Les trois fonctions se veulent complémentaires, mais une seule est pénible au quotidien, et surtout : elle est continue, sans sortie, sans évolution sociale possible.
Le paysan n’est pas seulement “celui qui fait”, il est “celui qui peine”
, ce n’est pas une situation transitoire, c’est une condition. On ne travaille pas pour en sortir : on y naît, on y demeure, on y meurt. Ce n’est plus une situation, c’est une identité. Et lorsque l’identité est ainsi fixée, l’ordre cesse d’être contesté : il devient naturel. Lorsque cette condition est sacralisée, l’ordre cesse d’être contesté : il devient naturel.
Le système des castes en Inde en est l’exemple le plus abouti. La pénibilité y devient une essence.
On ne fait pas un travail inférieur : on
est inférieur par nature. Ce que l’histoire européenne a produit par la tradition, l’Inde l’a inscrit dans une cosmologie. Dans les deux cas, la même opération est à l’œuvre : transformer une organisation de la peine en vérité du monde. Ainsi, ce qui est décrit n’est ni occidental, ni moderne, ni accidentel.
C’est une
dynamique anthropologique universelle : lorsque la pénibilité se fige, elle devient destin.


 

Puis nous trouvons l’esclavage moderne, où la peine devient pure extraction d’énergie de l'autre sans compensation. Le corps de l’autre est réduit à une machine biologique. Sa fatigue ne compte pas : elle est la condition même du profit. Ici, la pénibilité se sépare totalement de la reconnaissance : plus tu souffres, moins tu existes symboliquement.

De la mythologie aux théologies, des cités aux empires, la civilisation n’a pas seulement utilisé la peine : elle l’a justifiée. Elle a appris à faire de l’épuisement une place, parfois même une vertu. L’archaïsme biologique est devenu cosmologie, puis morale, puis évidence.

2.2) De la plèbe aux classes : quand la pénibilité devient lisible

Jusqu’aux manufactures, la hiérarchie existe déjà, mais elle reste diffuse. Dans la plèbe elle-même, on trouve des distinctions : maître artisan, compagnon, manœuvre ; petit propriétaire, fermier, journalier. Tous travaillent, mais tous ne travaillent pas avec la même proximité au contrôle. Tous travaillent, mais tous ne sont pas placés à la même place hiérarchique des lieux où se décident les règles, les rythmes et les bénéfices. Certains sont proches de ce qui organise le travail, d’autres n’ont accès qu’à l’effort lui-même. Les uns organisent, arbitrent, orientent. Les autres exécutent ce qui a été décidé sans eux.

Apparaît donc que la hiérarchie ne tient pas d’abord à la quantité d’effort, mais à la position dans l’architecture sociale : être près de ce qui décide, ou n’avoir pour soi que sa fatigue.

Celui qui possède l’outil, l’atelier ou la terre décide. Celui qui ne possède que ses bras exécute.

C’est cette hétérogénéité qui formera le tiers état sous la royauté : un ensemble où se côtoient déjà des dominants relatifs et des dominés internes, mais encore confondus dans une même catégorie politique. Un même « peuple », mais déjà stratifié par la proximité aux passages vitaux : certains organisent, d’autres portent.

Il faudra attendre les manufactures, puis l’industrialisation, pour que cette structure se distingue et se nomme avec l’apparition des syndicats. Là, la pénibilité cesse d’être seulement vécue : elle devient visible comme fonction sociale distincte. Ce n’est plus « le monde est dur ». C’est : « certains portent le dur pour que d’autres organisent ». Les classes apparaissent.

L’exemple des Canuts est une charnière anthropologique. Ils sont souvent présentés comme la première révolte du « travail ouvrier ». Mais ce sont d’abord des artisans. Des travailleurs porteurs d’un savoir, d’une autonomie, d’une dignité propre. La technologie vient bouleverser leur monde en les rapprochant de la condition manœuvrière : le geste maîtrisé devient geste subordonné, et la survie dépend désormais d’un système abstrait.

Leur révolte est celle d’un monde qui meurt au moment même où la modernité promet, à terme, de réduire la pénibilité. Mais le cerveau archaïque ne calcule pas « à terme ». Il calcule « maintenant ». Il préfère un monde dur mais connu, où l’on sait comment survivre, à un monde technique qui déplace les rapports de force et rend la place incertaine. comprendre et tenir compte de cela est primordial, et n'est pas encore un réflexe naturel des humains.

et nous allons mettre en mots une vérité anthropologique d’une grande dureté : ce que nous appelons « résistance au changement » n’est pas d’abord idéologique, elle est biologique. C’est le cerveau archaïque qui parle. Il ne choisit pas entre bon et mauvais. Il choisit entre connu et inconnu. Et il préfère presque toujours ce qui fait souffrir mais qui tient, à ce qui pourrait libérer mais dont il ne connaît pas encore les contours. c'est ce que font les publicités, elles répètent sans cesse, pour devenir réflexe, comme le font des judokas et autres sportifs pour ancrer des réflexes de combinaisons.

Ce réflexe est universel.
C’est exactement celui que l’on entend aujourd’hui face à l’IA : « Elle va supprimer des emplois. » la résistance s'exprime, car derrière il n'y a rein pour rassurer le reptilien.

Et c’est exactement celui que beaucoup de lecteur auront face au Modèle Joule. Non pas parce qu’ils aiment le travail pénible. Mais parce que, pour le reptilien, ce travail est devenu un point fixe : il est ce qui prouve que l’on existe, ce qui donne une place, ce qui permet de dire je suis quelqu’un.
Quitter cela, même pour mieux, c’est risquer le vide.
car le reptilien ne peut pas enregistrer ce qui n'est pas dans son environnement ou ce qui c'est intégré par traumatisme ou répétition.

Le reptilien ne calcule pas en termes d’« évolution culturelle ». Il ne comprend pas « adulescence collective ». Il comprend seulement : « Est-ce que je vais encore manger demain ? » « Est-ce que je vais encore être reconnu ? » « Est-ce que je vais encore compter pour quelqu’un ? »

C’est pourquoi ne propose pas d'imposer brutalement la sortie du monde du travail central, par le modèle Joule. Le cerveau archaïque se cabrerait, il résisterait, il s’accrocherait, il défendrait même ce qui le détruit, parce que c’est ce qu’il connaît. le modèle joule il ne le connaîtra pas même si on le lit. seul le temps peut lui ouvrir les esprits et il y a que deux manières d’apprendre : soit nous transformons consciemment l’environnement dans lequel nos cerveaux archaïques calculent, soit nous laissons la surenchère continuer jusqu’à ce que la compréhension arrive par la brûlure.

c'est à dire soit par la connaissance, ou par la catastrophe.

L’armement nucléaire est précisément ce seuil tragique : une pédagogie par l’irréversible.

Le Modèle Joule ne promet pas que l’humanité deviendra sage. Il tente seulement de rendre possible une autre voie que celle où le reptilien ne comprend qu’au moment où les radiations touchent déjà la peau. Il ne demande pas aux humains d’être meilleurs. Il cherche à créer un monde où être archaïque cesse d’être mortel. Ce n’est pas un projet moral. C’est un projet de survie consciente, issus de la centralité du travail et du sens que donne la pénibilité, c'est à dire la recherche de nature de l'économie d'énergie, dont la concordance a développé des tyrans, des rois des empereurs, des rentiers et des milliardaires.


 

Ce réflexe est universel. C’est exactement celui que l’on entend aujourd’hui face à l’IA :
« Elle va supprimer des emplois. » c'est exactement celui que nous pensons qui sera des travailleurs face au modèle Joule. Le reptilien aura peur de quitter ce qui tient même s'il en souffre, s'il s'en plaint, pour ce qui pourrait être meilleur, si on ne le lui impose pas. Or nous n'imposons rien et laissons le choix qu'il propose entre évoluer vers l'adultescence du passage au monde adulte culturel, ou attendre l'usage de l'armement nucléaire qu'il ne comprendra que quand ses rayons rependus d'en l'environnement le toucheront.
Comme si la disparition d’un poste de travail était en soi une catastrophe anthropologique.

mais dans un monde où la seule valeur reconnue est le travail, oui perdre son travail, c’est perdre son droit d’exister. La société ne possède pas d’autre langage de la dignité. Elle est donc incapable de voir dans la réduction de la pénibilité une libération : elle n’y voit qu’une menace.

C’est en cela que, dans le Modèle Joule, la rémunération des humains pour apprendre possède une double fonction décisive : instruire, et donner un revenu indépendant du travail pénible.

Sans cette dissociation, toute avancée technique est vécue comme une attaque contre l’existence elle-même, et non comme ce qu’elle pourrait être : une sortie progressive de l’usure comme condition de la dignité.

2.3) Syndicats, socialisme et hiérarchies internes : quand la peine devient comptabilité

Avec l’industrialisation, les syndicats et le socialisme rendent enfin la structure lisible : il y a ceux qui vendent leur force de travail, et ceux qui possèdent les moyens de production. Politiquement le même découpage de classe s'installe et le 28 février 1848 la création de la commission du gouvernement pour les travailleurs, dite commission du Luxembourg, première administration du travail en France. Puis en 1878, se constitue en parti, la Fédération du parti des travailleurs socialistes de France (FPTSF).

La Charte d’Amiens l’énonce sans détour : la classe ouvrière se reconnaît comme telle parce que l’appropriation devient visible. La pénibilité cesse d’être seulement un destin individuel ; elle devient un fait collectif, politique, nommé.

Mais une autre dynamique se met aussitôt en place, plus discrète, plus durable :
à l’intérieur même du monde du travail, la hiérarchie renaît. la convention « convention d’Arras » en 1891 et le premier pas. Il faut attendre les grandes grèves du Front populaire et la loi du 24 juin 1936 pour qu’elles puissent être étendues, supprimées en 1941. Elles sont rétablies en décembre 1946 et 1950,

Les conventions collectives protègent et classent,de longue pratique de l’arbitrage et de la conciliation des conflits collectifs.
Les grilles salariales organisent une échelle : du manœuvre à l’agent de maîtrise, de l’ouvrier spécialisé au cadre.

Et une logique étrange s’installe.

Celui qui est au plus près du corps, de la poussière, du bruit, du port de charge, de la répétition, le manœuvre, l’OS, est celui qui reçoit le moins, le moins rémunéré.

Celui qui est éloigné de la pénibilité, qui écrit, organise, contrôle, planifie,
est mieux reconnu, mieux payé, mieux considéré.

La hiérarchie ancienne se recompose sous des formes modernes.

Dans la langue des ateliers, une idéologie implicite s’installe : le pénible est « simple », l’administratif est « complice », l’agent de maîtrise est « capot », le cadre est « au-dessus ».

Et la pénibilité devient une preuve morale : « Tu souffres, donc tu mérites. »

Mais le réel dit exactement l’inverse : plus tu souffres, moins tu reçois.

C’est une inversion anthropologique majeure, et même la nov langue qui fait de la femme de ménage une technicienne de surface, n'a augmenté que le leurre de la considération.
Dans un monde cohérent, celui qui dépense le plus d’énergie devrait être celui qui reçoit le plus pour reconstituer sa réserve.
Or la société industrielle organise une hémorragie énergétique chez ceux qui tiennent physiquement la production.

Ce renversement est si profond qu’il devient invisible, par l’acceptation de tous où depuis des sicles la pénibilité en silence sous classe, de deux manières par la déconsidération et un moindre salaire.

Fait révélateur : le mouvement ouvrier lui-même devient parfois acteur du maintien des emplois les plus pénibles, sous-payés, au nom même de leur existence. Dans les entreprises, on réclame des primes de pénibilité. On ne demande pas la disparition de la peine ; on négocie son prix. On organise l’usure.

Le politique, lui, qui a toujours intégrer cette logique séculaire, la poursuit jusque dans le temps de la vie.
Il crée des carrières longues, des départs anticipés, des métiers « usants ». Ce qu'il faut entendre derrière ces mots, c’est que le politique ne supprime pas la pénibilité : il l’intègre dans l’architecture du système, comme une fatalité gérable, il attend que s'exprime la contestation.

Lorsqu’un État crée : des carrières longues, des départs anticipés, des catégories de métiers dits « usants » ou « pénibles »,

il reconnaît implicitement trois choses très fortes : Certains travaux détruisent les corps plus vite que d’autres, cette destruction est considérée comme « normale » dans l’ordre social, la réponse n’est pas de faire disparaître ces travaux, mais d’en organiser la compensation tardive.

Autrement dit, la société dit en creux : « Oui, nous savons que certains métiers usent prématurément les humains, nous savons qu’ils raccourcissent la vie, nous savons qu’ils abîment les corps.

Mais nous continuons à les faire exister tels quels, en échange, nous promettons une sortie plus tôt… si vous tenez jusque-là. »

C’est une forme d’aveu silencieux : la pénibilité est devenue une variable de gestion de la mortalité.

On ne remet pas en cause la structure qui produit ces métiers, on n’interroge pas leur nécessité à l’ère technique, on ne se demande pas : « Pourquoi des humains doivent-ils encore porter cela ? »

On aménage simplement la trajectoire de ceux qui vont s’user : pour avoir travaillé plus tôt, pour s'être usé, tu partiras plus tôt, tu mourras souvent plus tôt.

La pénibilité n’est plus un accident du système, elle est intégrée comme une donnée comptable de la vie humaine.

C’est ce que ce passage veut montrer : le politique ne supprime pas l’usure, il en organise la gestion dans le temps.
Comme si la société reconnaissait à demi-mot ceci : certains corps sont sacrifiés plus vite que d’autres.

Une vieille formule du mouvement ouvrier le disait déjà, crûment : « Vous avez mis la retraite à 65 ans parce que vous saviez qu’un an après, la plupart mourraient. »

La pénibilité n’est plus seulement une condition de travail. Elle est intégrée dans l’architecture même de la mort.

Et pendant que l’on parle de justice sociale, un autre langage s’impose : celui du marché. On le présente comme une loi naturelle, neutre, presque scientifique. Mais ce que l’on nomme « loi du marché » n’est rien d’autre qu’un rapport de force hérité de cette histoire de la peine.

On a dit : liberté d’entreprendre.
Mais ce que l’on voit, y compris aujourd’hui avec le retour brutal de figures comme Trump, c’est que cette loi n’est jamais qu’une capacité à imposer ses conditions à ceux qui n’ont que leur corps à engager.

Le marché n’abolit pas la hiérarchie de la pénibilité, il la modernise, il la rend abstraite, l la rend mondiale.

Ce que l’histoire industrielle révèle, ce n’est pas seulement l’exploitation, de l'homme par l'homme, c’est la transformation de la peine en unité de compte.
La souffrance devient mesurable, l’usure devient négociable, la vie devient variable d’ajustement.

La pénibilité n’est plus seulement ce que l’on endure, elle devient ce par quoi on est situé.

2.4) La mère au foyer : pièce énergétique cachée de l’usine

Cette inversion, brûler plus d’énergie pour recevoir moins, n’a pas seulement produit des classes. Elle a engendré une architecture sociale entière.

Pour que le travailleur industriel puisse simplement tenir, il a fallu qu’une autre énergie vienne compenser ce que le système lui retirait. Cette énergie fut celle de la femme au foyer.

La « mère au foyer » n’est pas un simple modèle culturel, ni une tradition sentimentale. Elle est une pièce structurelle du système énergétique du travail industriel, dans la longue durée de son histoire.
Elle cuisine ce que le salaire ne permet pas d’acheter préparé.
Elle entretient ce que le temps de travail empêche de réparer.
Elle élève, soigne, organise.
Elle soutient psychiquement un corps et un esprit usés par la chaîne, l’atelier, le chantier.

Autrement dit : le salaire ouvrier ne suffit pas à reconstituer l’énergie qu’il détruit.
Il faut une énergie gratuite en amont : celle du travail domestique invisible.

Le mythe de la mère au foyer « naturelle » masque une réalité plus brute : le système productif externalise une part essentielle de la reproduction humaine sur un travail non payé, non reconnu, tenu pour normal.

L’ouvrier s’use à la production, la femme s’use à la réparation de l’ouvrier.

Et ni l’un ni l’autre ne voient cette chaîne comme un dispositif énergétique global, parce qu’elle est recouverte de morale, de tradition, de rôles dits « naturels ».

Le Modèle Joule rend visible ce que l’économie classique dissimule : le monde moderne repose sur une double extraction : l’énergie du travailleur, sous-payée ; l’énergie domestique, non payée.

La pénibilité n’est pas seulement dans l’usine, elle est un principe d’organisation global de la vie humaine. Tu enfanteras dans la douleur, métaphoriquement là commence l'usure de la mère au foyer.

Quand un couple dispose de revenus suffisants, il paie ce que la mère au foyer assumait autrefois : ménage, repas, garde des enfants. On parlait jadis de « bonne ». Aujourd’hui, ce sont des services.

Mais lorsque ces mêmes tâches sont accomplies par la mère au foyer, nous trouvons normal qu’elles ne produisent aucun revenu.

Ainsi, un célibataire peut vivre correctement avec 2 000 €.
S’il se marie et que le couple ne dispose que de 2 000 € pour deux, chacun tombe dans une forme de pauvreté relative.

Ce n’est pas un paradoxe moral, c’est la preuve que le travail domestique est économiquement réel mais symboliquement annulé.

La société moderne fonctionne comme si une part essentielle de l’énergie humaine devait rester hors valeur.
C’est sur cette invisibilité que reposent encore aujourd’hui : la sous-rémunération du travail pénible, l’inégalité salariale entre les sexes, et la difficulté chronique à reconnaître les métiers du soin, du lien, de la présence.

2.5) La pénibilité, le sexe et la fable morale du monde moderne

Ce que l’époque contemporaine nomme « patriarcat » est souvent raconté comme une faute morale : l’effet d’une volonté historique des hommes de maintenir les femmes dans l’ignorance et la dépendance.

Ce récit est confortable, il désigne un coupable simple, il transforme une structure en intention.
Il permet de croire que l’injustice naît d’un mauvais esprit plutôt que d’un monde matériel soumis à la rareté.

Mais il est faux par insuffisance, même si, bien sûr, des hommes ont abusé de cette situation, l’ont intégrée dès l’enfance comme naturelle, et l’ont inscrite dans les lois de leur temps comme le code civil de 1804 avant d'être patiemment réformé par mes luttes des femmes.

Les sociétés anciennes n’ont pas pensé la femme comme incapable d’apprendre par simple misogynie. La preuve est massive : dans toutes les civilisations, on trouve des femmes instruites, célébrées, initiées, prêtresses, prophétesses, savantes, reines, stratèges, poétesses. Elles existent dans les mythes, dans les archives, dans les lignées de pouvoir. Les religions elles-mêmes consacrent des figures féminines de savoir et de médiation.

Ce que ces sociétés n’ont pas fait, ce n’est pas reconnaître l’intelligence des femmes.
Ce qu’elles n’ont pas fait, c’est organiser massivement leur présence dans les fonctions exposées à la pénibilité vitale du travail rémunéré qui apportait la considération sociale. car les femmes ont toujours travaillées souvent doublement aux champs, au coté de leur époux et comme mère.

Dans les royaumes constitués, il n’y a pas de femmes soldats.
Dans les grandes invasions, où la force brute décide, il n’y en a pas davantage.
Dans les métiers de la forge, de la charpente, de la taille de pierre, de la guerre, de la chasse lourde, elles sont absentes.

Non par mépris intellectuel, mais parce que ces activités sont conçues comme des prolongements directs de la lutte par la force que donne la puissance masculine de nature contre un monde hostile, où la force brute est vitale. Elles sont pensées comme des combats contre la matière, le froid, la mort, l’ennemi. Elles mobilisent un imaginaire de l’exposition, du risque, de la destruction possible du corps.

Dans un univers dominé par la rareté, où chaque perte menace l’équilibre du groupe, la répartition des rôles se fait d’abord selon une logique de survie collective.

Ce n’est pas la femme que l’on exclut. C’est la fonction pénible que l’on protège comme zone vitale, tout en la déclassant socialement.

Même la biologie raconte cette histoire. Des travaux en archéologie montrent qu’au paléolithique, les os des femmes étaient plus robustes que ceux des femmes actuelles. Ce n’est pas un mystère moral. C’est la trace d’un monde où les corps féminins étaient soumis à une charge physique bien plus lourde.

L’effort entretient une structure.
La modernité technologique en exige moins.

La direction assistée, les leviers mécaniques, les systèmes hydrauliques, l’ergonomie, l’exosquelette demain : tout cela déplace la pénibilité hors du corps. Aujourd’hui, une femme conduit un trente-cinq tonnes sans difficulté particulière, alors qu’il y a quelques décennies un jeune homme peinait à tourner le volant d’un camion militaire sans assistance.

Ce n’est pas le corps féminin qui a changé, c'est le monde qui l'entoure, et permet de nouvelles exigences féminines.

La barrière n’était pas cognitive, elle était énergétique.

La véritable révolution, celle que la fable morale refuse de regarder, est là : l’émancipation massive des femmes ne naît pas d’abord d’un éveil éthique, mais d’un basculement matériel. La pénibilité cesse d’être le cœur de la production. Lorsque la survie ne dépend plus directement de corps exposés à la pénibilité qui épuise, lorsque l’effort est médié par la machine, lorsque le travail devient organisation plutôt que combat, la frontière s’effondre.

Ce n’est pas la conscience qui libère en premier, ce sont les conditions de la vie qui changent.

2.6) 1974 : quand la biologie devient comptabilité — l’inégalité comme double peine

Dans les années 1970, lorsque l’égalité salariale devient un enjeu politique explicite, la discussion ne se déroule pas dans un monde vierge. Elle se heurte à une structure déjà vieille de siècles : celle d’une économie où le corps est la première unité de compte.

En 1974, lors de négociations sur l’amélioration des conditions de travail des femmes et sur l’égalité des salaires, le patronat ne se présentait pas comme une misogynie incarnée. Il ne disait pas : « Les femmes valent moins. » Il disait : « Elles coûtent plus. »

Et il s’appuyait, pour cela, sur les propres revendications syndicales.

Pauses pour les femmes enceintes.
Temps de repos pour les menstruations douloureuses.
Journées d’absence pour soigner un enfant malade, sans perte de rémunération.

Tout ce qui était demandé au nom de la protection devenait, dans leur logique, une preuve comptable d’« inégalité fonctionnelle ». Ce qui relevait de la condition biologique était transformé en charge économique. La fragilité devenait un coût. Le soin devenait une anomalie productive.

La pénibilité ne concernait plus seulement le geste. Elle devenait celle du corps lui-même.

Ainsi, l’inégalité biologique était punie deux fois : une première fois par la perte directe de revenu liée à l’absence, une seconde fois par un salaire structurellement inférieur, justifié par l’anticipation de ces absences.

Ce mécanisme ne relevait pas d’une haine des femmes.
Il relevait d’une logique énergétique froide : dans un monde organisé autour du rendement, et tout ce qui interrompt le flux est dévalué.

Ce qui frappe, c’est que cette logique traverse les sexes. Aujourd’hui, des femmes dirigeantes perpétuent ces inégalités au nom des mêmes impératifs : compétitivité, rentabilité, pression des actionnaires. La structure survit à la morale. Changer les personnes ne change pas le système.

Le politique lui-même en porte la trace. Les gouvernants se plaignent de l’absentéisme féminin, notamment dans la fonction publique, enseignement, hôpitaux, services sociaux, comme s’il s’agissait d’une anomalie à corriger. Ils oublient que ces secteurs concentrent précisément les métiers du soin, du lien, de la présence humaine : des fonctions où l’humain reste indispensable parce qu’elles ne se réduisent pas à un flux productif.

On vote des lois pour que les hommes assument eux aussi des responsabilités familiales.
On crée des congés parentaux.
On autorise qu’un couple maintienne au foyer celui dont le revenu est le plus faible.

Mais ces dispositifs viennent s’inscrire dans un monde où la hiérarchie salariale existe déjà. Ils n’abolissent pas la structure : ils la redistribuent marginalement.

Car le problème n’est pas l’injustice morale d’un sexe contre l’autre.
Le problème est qu’une société continue de mesurer la valeur humaine à partir de la disponibilité corporelle.

Dans un tel monde : celui qui tombe malade vaut moins, celle qui enfante vaut moins, celui qui soigne vaut moins, celle qui interrompt vaut moins.

Nous continuons de punir ce qui interrompt le flux. Nous continuons de hiérarchiser selon la disponibilité corporelle. Nous continuons de traduire la vie en coût.

Et nous nous étonnons que les inégalités renaissent.

Ce n’est pas la morale qu’il faut corriger. C’est l’unité de mesure du monde. c'est le plan comptable où l'humain s'inscrit dans le compte 66 comme une charges.

2.7) Sortir de l’équation archaïque : souffrir n’est pas valoir

Tout ce chapitre converge vers un point unique : tant que la valeur restera indexée sur la pénibilité silencieuse, le monde social sera condamné à reproduire des hiérarchies, à fabriquer des suspects, à punir les fragilités, à sanctifier l’usure.

Le travail restera la condition d’existence. La souffrance restera la preuve d’appartenance. La technique restera vécue comme une menace. Le Modèle Joule ne promet pas une égalité incantatoire. Il propose de sortir enfin d’une équation archaïque : ce qui coûte au corps vaut moins.

Il déplace la valeur vers ce qui est réellement rare et commun à tous : l’énergie humaine elle-même —
qu’elle s’exprime par un geste, par un soin, par un apprentissage, ou par la simple capacité de tenir vivant un autre être.

Dans un tel monde, la fragilité ne devient plus une faute, l’interruption ne devient plus une dette, la réduction de la pénibilité ne devient plus une menace.

La puissance technique cesse d’être vécue comme un danger pour l’existence elle redevient ce qu’elle aurait dû être depuis le début : un moyen de réduire la peine, au lieu de faire de la peine un devoir, et un devoir d’enrichissement pour d’autres.

Ce n’est qu’à ce prix que l’égalité cesse d’être un combat moral sans fin pour devenir une conséquence structurelle d’un monde enfin cohérent avec ce qu’il est devenu.

conclusion

Aujourd’hui, chacun est obligé de racheter sa propre existence.

Le salaire n’est pas un socle, c’est un ticket d’entrée.
Il faut d’abord se vendre comme travailleur, puis redevenir client pour manger, se loger, se chauffer, se soigner.
On travaille pour obtenir un salaire, et ce salaire sert aussitôt à redevenir consommateur de ce que l’on a soi-même produit augmenté du revenu de l’employeur et de l’accroissement du capital.
Sans cette ponction structurelle, il n’y aurait pas de milliardaires.
Autrement dit : on est d’abord recherché comme producteur, pour avoir ensuite le droit d’exister comme client, consommateur de ses propres productions et fabricant de la richesse de ceux qui nous emploient.
Le monde salarial fonctionne ainsi : depuis 1804, tu dois d’abord prouver ton utilité pour entrer dans le circuit, puis payer pour avoir le droit d’y rester.
Tu ne vis pas parce que tu existes ; tu existes parce que tu es solvable.
La négociation se fait alors sous contrainte vitale.
Ce n’est pas : « Qu’est-ce que je peux apporter ? » C’est : « Qu’est-ce que j’accepte de subir pour ne pas disparaître du jeu ? »

À partir de là, l’introduction du Modèle Joule devient limpide : Dans le Modèle Joule, ce point de départ change. Le revenu n’est plus la récompense d’un poste occupé, mais de l'énergie qui va falloir pour le remplir. ce revenu n’est plus le prix à payer pour rester client du monde.
Il devient un revenu d’existence active : sans avoir a le racheter dans le prix client. le salarié devenu partenaire n’as plus à acheter son droit de vivre en se vendant comme force de travail. il l'a possède de nature et personne ne peut la lui prendre.

Il n’est plus contraint d’entrer dans n’importe quel emploi pour manger, il n’est plus sommé d’accepter n’importe quelle pénibilité pour rester solvable, il n’est plus d’abord un client sous pression, pour le bénéfice de quelque uns.
Dès lors, la négociation change de nature, les rapports se coordonnent et se complètent.
On ne discute plus pour survivre, on discutes pour contribuer u développement de la société avec toutes ses singularités individuelles, tout son tissus social économique, qui n'a plus rien a caché, qui n'a plus à duper, qui n'a plus à sérier des valeurs de vie biologiques.
Et la pénibilité devient enfin un objet rationnel : ce travail est dur, il use les corps, il mérite une reconnaissance plus forte, il doit être réduit, transformé, mécanisé.
On ne dit plus : « Si tu refuses, il y en a dix derrière toi. »
On peut enfin dire : « Est-il encore raisonnable, aujourd’hui, de faire porter cela à des humains ?
Et si oui, à quelles conditions ? »
Le salarié cesse d’être un client contraint. Il redevient un partenaire économique.
Non plus quelqu’un qui vend sa fatigue pour rester en vie, mais quelqu’un qui choisit ce qu’il est prêt à donner au monde, à partager avec les autres.

 

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Rédigé par ddacoudre

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Publié le 30 Septembre 2025

La dette finance des vies, pas des trous


 

Ce que ne vous disent pas les informations ni les gouvernements.

1. La dette, un faux épouvantail

Depuis Maastricht, les discours politiques nous répètent qu’il faut réduire la dette comme si c’était un monstre menaçant notre survie collective. Or, cette dette n’est rien d’autre que le cumul depuis 1974/76 des déficits annuels de l’État. Elle finance des salaires, des services publics, des investissements collectifs. Depuis des décennies, la dette publique est présentée comme un gouffre, un fardeau insupportable, une anomalie qu’il faudrait absolument résorber. Pourtant, il faut avoir le courage de le dire : la dette ne finance pas des trous, elle finance des vies.

Chaque euro emprunté depuis les années 1970 a permis de maintenir des services publics, des hôpitaux, des écoles, des routes, mais surtout des salaires. Ce sont ces salaires qui font tourner la société, car les salariés, en consommant, financent tout : impôts, cotisations sociales, investissements, bénéfices et dividendes.

Réduire la dette en coupant dans les dépenses publiques, c’est donc supprimer des emplois réels.

Personne ne sait qui, parmi ceux privés de revenus, basculera vers la précarité, la délinquance ou la révolte. Mais l’histoire nous l’a appris : réduire la dette brutalement, c’est créer du chômage et de la misère, donc nourrir les crises politiques.

La dette est ainsi le révélateur d’une hypocrisie collective. Les citoyens réclament toujours plus de services publics, mais refusent l’impôt. Les gouvernements veulent la croissance, mais organisent la rareté monétaire en laissant la création de monnaie aux seuls marchés financiers. Les dominants capitalistes en profitent, car ils perçoivent les intérêts et renforcent leur pouvoir sur les États.
Autrement dit : réduire la dette, c’est réduire directement des emplois et des services.

2. Un calcul simple mais éclairant

Les 3 200 milliards d’euros de dette cumulée en 2024 représentent environ 190 millions de mois de salaires, soit l’équivalent de plus de 15 millions d’emplois annuels sur cinquante ans. Quand un gouvernement annonce vouloir économiser 40 milliards d’euros, cela revient à détruire l’équivalent de 2,4 millions de mois de travail, donc 200 000 emplois annuels.

Si l’on divise cette somme par le coût d’un emploi au SMIC chargé (~2 100 €/mois), on obtient :

    • 1,52 milliard de mois d’emplois financés depuis 1974.

    • Soit 126 millions d’années d’emplois.

Bien sûr, ces emplois ne sont pas simultanés : la dette s’est accumulée en cinquante ans. Mais cela montre qu’elle représente avant tout des vies humaines, du travail, du service rendu à la collectivité.

 

La dette n’est pas une abstraction : ce sont des enseignants, des soignants, des agents publics, des services de proximité. Supprimer des milliards, c’est supprimer des vies professionnelles et précariser la société.

3. Ce que veut dire « faire des économies »

Le gouvernement annonce vouloir réduire les dépenses publiques de 40 milliards €.

  • 40 milliards ÷ 2 100 €/mois = 19 millions de mois d’emplois.

  • ÷ 12 = 1,6 million d’emplois annuels au SMIC.

Cela signifie que, mécaniquement, 1,6 million de personnes perdraient leur activité si l’on coupait cette dépense, sauf à créer immédiatement une activité équivalente dans le privé. Or, cela n’arrive jamais.

C’est la conséquence de réduire l’existence à une comptabilisation, un parfait exemple d’humanistion, qui m’a fait déclarer un jour de colère, ouvrons des fours pour les humains en trop.

Réduire la dette revient donc soit à fabriquer du chômage, soit à rogner sur des services collectifs indispensables (hôpitaux, écoles, transports, justice…). Depuis 1974, l’endettement a servi à compenser l’insuffisance chronique des salaires et des prélèvements. Sans lui, la France aurait connu des crises sociales autrement plus violentes. En vérité, la dette est une respiration collective, un outil de survie dans un système capitaliste qui bride l’émission monétaire.

Le vrai débat n’est donc pas « faut-il réduire la dette ? », mais : qui contrôle la monnaie, et pour financer quoi ? Tant que nous restons prisonniers de la rareté imposée par le capital et par les institutions financières, nous continuerons à nous endetter. À l’inverse, si nous adoptions une création monétaire indexée sur la productivité, sur l’énergie (le joule), ou sur les besoins sociaux et écologiques, nous financerions directement la société sans passer par l’endettement ni par les marchés. Ce n’est pas la dette qui est un danger : c’est l’obsession de la réduire au prix de l’humain.

C’est ce que ne comprennent pas les citoyens que ce soit dans les jaqueries des gilets jaunes ou de Bloquons la société, la batille à prendre n’est pas le gouvernement mais la BCE


 

4. L’angle mort du débat

Quand les politiques parlent de dette, ils oublient toujours cette réalité comptable :

  • La dette, c’est du travail déjà effectué par des salariés.

  • Elle finance des enseignants, des infirmières, des policiers, des chercheurs… qui ont touché un salaire et produit un service.

  • Dire « réduisons la dette », c’est donc implicitement dire : « supprimons des salaires et des services ».

Tableau comparatif (Italie / autres pays)

Pays

Réduction de déficit / ajustement

Coût social / pertes d’emplois / effets sur salaires & services

Commentaire critique

Italie

Réformes du travail, compression budgétaire

Chômage élevé, salaires réels stagnants, services publics comprimés

Le “modèle exemplaire” masque la précarité

Grèce

Austerité radicale

Fuite des talents, explosion de la pauvreté

La dette “réduite” au prix de la survie

Espagne

Réformes, coupes sociales

Perte de millions d’emplois après 2008

Apparence de redressement mais déficit structurel


 

5. Coût social caché de la “réussite” italienne

Les discours politiques citent souvent l’Italie comme « exemple de redressement » ou de “bonne gestion”. Mais derrière ces chiffres se cache un lourd tribut social qu’on préfère occulter. Voici quelques éléments concrets :

Données récentes marquantes
  • En janvier 2025, l’Italie affiche un taux de chômage de 6,3 %, selon l’ISTAT, avec 145 000 emplois créés ce mois-là — un regain ponctuel, mais dans un contexte où le taux d’emploi reste l’un des plus faibles d’Europe. Reuters

  • Le secteur automobile, via l’entreprise Stellantis, a annoncé avoir supprimé près de 10 000 emplois en Italie entre 2020 et 2024. Reuters

  • Le rapport Oxfam Italie (2013) montrait déjà que lors de périodes d’ajustement budgétaire, le plein-emploi recule, les emplois à temps partiel augmentent, et les ménages les plus modestes sont les plus touchés. www-cdn.oxfam.org

  • Depuis les crises de la zone euro, l’Italie a perdu une part importante de sa production industrielle (≈ 25 %), freinant sa capacité à retrouver des emplois industriels de qualité. SpringerLink+1

Limites et analyses critiques
  • Les “emplois créés” ne sont pas tous équivalents : beaucoup sont précaires, temporaires ou à temps partiel. Le renversement de la précarité durable reste peu visible.

  • Le “succès” italien est souvent mesuré en termes de croissance ou de réduction du déficit, mais peu en termes de reconstruction de services publics ou de rehaussement des salaires réels.

  • L’amélioration du ratio dette/PIB peut masquer le fait que ce sont les citoyens ordinaires, et non les marchés, qui ont payé le prix : via des impôts, des coupes dans les services, des compressions salariales.

  • Comparer l’Italie à d’autres pays (Espagne, Grèce…) révèle que les politiques d’ajustement sont toujours assorties d’une précarisation massive, d’une montée du chômage de longue durée et d’une exclusion sociale invisibilisée dans les statistiques officielles.

  • On peut désormais dire : « Oui, l’Italie “s’améliore” sur les indicateurs macroéconomiques — mais à quel coût humain ? »

  • Les “emplois créés” sont souvent des emplois faibles ; les suppressions dans les secteurs industriels ou stables frappent les classes moyennes et populaires.

  • On présente les réductions de dette comme des réussites abstraites, mais elles sont obtenues sur le dos de vies précarisées.

L’obsession comptable, une impasse historique

Les dirigeants répètent : « Il faut réduire la dette ! ». Mais aucun pays ne s’en sort uniquement par la rigueur. Historiquement, les dettes publiques se stabilisent ou se réduisent par :

  • La croissance économique.

  • L’inflation modérée (qui allège le poids réel de la dette).

  • La création monétaire (non admise dans l’Union européenne actuelle).

Couper dans les dépenses publiques n’a jamais produit de miracle. Cela ne fait qu’alimenter le chômage et la défiance politique.

L’enjeu véritable

Le vrai débat n’est pas : « Faut-il réduire la dette ? »
Le vrai débat est : qui contrôle la monnaie, et pour financer quoi ?

Tant que la création monétaire est laissée aux marchés financiers et aux banques, la dette restera une chaîne qui nous étrangle, et les coupes budgétaires continueront de fabriquer du chômage.

Mais si nous assumons que la dette est en réalité une avance sur productivité collective, alors nous pouvons imaginer une autre voie : une création monétaire publique, indexée sur les besoins sociaux, écologiques, ou même sur une mesure énergétique universelle comme le joule.

Alors, au lieu de compter les milliards « à économiser », nous compterions les vies améliorées, les services garantis, et l’avenir construit.

Parce qu’au fond, la dette finance des vies, pas des trous.

Une autre logique : investir dans la vie

Si la dette finance des vies, alors l’enjeu n’est pas de couper, mais de mieux orienter.
Investir dans :

  • La transition écologique,

  • La santé et l’éducation,

  • Les technologies utiles,

c’est garantir des emplois et un avenir. Le problème n’est pas la dette en soi, mais la soumission aux marchés financiers qui exigent leur part d’intérêts.

Une hypocrisie entretenue

Les citoyens ne veulent pas payer plus d’impôts, mais ils exigent des services publics.
Les gouvernements ne veulent pas assumer cette contradiction, alors ils s’endettent.
Les libéraux dénoncent ensuite la dette pour imposer leurs solutions : privatiser, réduire les droits sociaux, transférer la richesse vers le capital.

En vérité, la dette est le reflet d’un choix politique : maintenir un niveau de vie collectif malgré une répartition des richesses toujours plus inégalitaire.

6. résumé

La dette publique n’est pas un gouffre, mais un miroir : celui d’une société qui préfère préserver les profits privés plutôt que de financer équitablement ses besoins collectifs.
Réduire la dette sans alternative, c’est fabriquer des chômeurs.

Réduire la dette pour « rassurer les marchés » est un mythe destructeur. Derrière chaque milliard coupé, ce sont des vies humaines qui basculent dans la précarité.

La vraie question n’est pas : « Comment réduire la dette ? »
Mais : « Comment faire en sorte que la monnaie serve à financer la vie, et non à enrichir une minorité ? »
Alors oui, il vaut mieux « laisser couler la dette » que couler des millions de vies.

La dette n’est pas un trou : c’est une respiration. Coupez-la, et vous étouffez la société.

« Entre dette et austérité, le choix est clair : la dette nourrit, l’austérité affame. »
La comparaison France–Italie montre que l’obsession comptable détruit plus de vies qu’elle n’en sauve. Nous pouvons dire la dette nourrit, l’austérité précarise, la dette c’est la vie, couper la dette c’est couper des vies car elles sont derrières les chiffres


 

7. Retraites – « plancher SMIC » : combien ça coûte ?
Hypothèses (modifiables facilement)
  • Retraités (France) : 17,0 millions

  • SMIC net mensuel de référence : 1 400 €

  • PIB (repère) : 3 000 Md€

  • Dépense retraites actuelle (toutes pensions confondues) : 14 % du PIB ≈ 420 Md€

  • Part de retraités sous le SMIC net : 40 %

  • Écart moyen à combler (mensuel) : 250 €

Résultat – Complément ciblé (« top-up » jusqu’au SMIC net)
  • Bénéficiaires : 40 % × 17,0 M = 6,8 millions

  • Complément annuel par personne : 250 € × 12 = 3 000 €

  • Coût annuel total : 6,8 M × 3 000 € = 20,4 Md€

  • En % du PIB : ~0,68 % du PIB

Lecture : avec ces paramètres réalistes, éradiquer les pensions sous le SMIC net par un complément coûterait de l’ordre de 0,6–0,8 % du PIB.
Variante pédagogique – « SMIC net universel pour tous les retraités » (exercice théorique)
  • Montant annuel par retraité : 1 400 × 12 = 16 800 €

  • Coût total : 17,0 M × 16 800 = 285,6 Md€ ≈ 9,5 % du PIB

Remarque importante : ce scénario remplacerait toutes les pensions actuelles par un seul montant au SMIC net (il réduirait donc mécaniquement les pensions supérieures au SMIC). Il sert juste de borne pour raisonner.
8. 1975–2024 : combien « valent » nos machines — et quelle monnaie pure cela suggère ?

Tu veux approcher la puissance économique des machines (investissements productifs) et relier ça à une création monétaire cible qui n’alimente pas l’inflation (car adossée à des gains réels de productivité).

9. Méthode simple, transparente (ordre de grandeur)

Étape A — Cumul des investissements « machines & équipements »
  • Idée : additionner, sur 50 ans, la FBCF en machines/équipements (part de l’investissement total) rapportée au PIB.

  • Hypothèse prudente (stylisée, solide pour la France) :

    • Part machines/équipements ≈ 6 % du PIB en moyenne long terme.

    • Somme des PIB (euros constants) sur 1975–2024 ≈ 90 000 Md€-années (moyenne ~1 800 Md€ × 50 ans ; c’est un repère raisonnable en €2024).

  • Cumul machines ≈ 6 % × 90 000 = 5 400 Md€ (soit 5,4 T€ en euros 2024).

    • Fourchette réaliste (5–8 % du PIB) : 4,5 à 7,2 T€.

Ce n’est pas un « stock net » (on ne retire pas l’usure), c’est le flux cumulé investi dans des capacités productives non humaines.
Étape B — Quels gains de productivité attribuables au capital (les machines) ?
  • Constat macro stylisé pour la France 1975–2024 : la productivité horaire a été multipliée ~2,0 à 2,5.

  • Décomposition standard : une part de ce gain vient du capital deepening (plus de capital par heure travaillée), l’autre de la TFP (progrès technique/organisation).

  • Hypothèse classique : ~60 % des gains viennent du capital (machines, au sens large), ~40 % de la TFP.

Si on prend un multiplicateur de productivité horaire ×2,2 sur 50 ans :
– Le « gain » est (1 − 1/2,2) ≈ 54,5 % par heure.
– La part machines ≈ 60 % × 54,5 % = ~33 % du PIB courant.

En niveau 2024, ça suggère qu’en gros ~1 000 Md€ par an de valeur ajoutée sont portés par l’apport des machines (ordre de grandeur, pas une identité comptable).

Étape C — Quelle création monétaire “pure” soutenable ?

Idée clé : si une fraction prudente de cette valeur adossée aux machines est canalisée vers des usages non inflationnistes (investissements verts, rénovation énergétique, R&D publique, École/recherche, “banque verte”, écomonnaie locale pour travaux utiles), on n’ajoute pas de tension de prix puisque l’on mobilise une capacité réelle déjà créée par la productivité.

  • Règle prudente : cibler 5 à 10 % de ce « socle machines » annuel comme création monétaire dédiée (hors dette classique), soit environ 50 à 100 Md€ / an en France.

  • Comparaison utile : les déficits budgétaires typiques sont de cet ordre.
    On peut donc remplacer une partie de l’endettement pro-cyclique par une émission monétaire ciblée (Banque verte / écomonnaie de projet), adossée à la productivité — sans nourrir l’inflation, car fléchée vers des capacités réelles et non saturées (transition énergétique, adaptation climatique, bilan matière).

10. Pourquoi ça tient debout (et pourquoi c’est politique, pas magique)

  • L’inflation surgit quand on crée de la demande sans offre disponible. Ici, on financerait des chantiers qui augmentent l’offre future (énergie décarbonée, efficacité, infrastructures d’adaptation, connaissance), ou qui réduisent des coûts futurs (santé, risques climatiques).

  • Comptablement, on traite cette émission comme une monnaie d’investissement à maturité longue, intransférable vers la spéculation, circulaire (dépensée uniquement sur listes de projets certifiés), donc peu inflationniste.

  • Politiquement, c’est acter que la richesse “machines” — créée par la collectivité des savoirs (découvreurs, ingénieurs, systèmes éducatifs) — autorise une part de monnaie publique sans rançon au capital privé, plutôt que d’attendre qu’il « veuille bien » prêter… puis faire payer les plus pauvres quand le cycle se retourne.

Ce que ces chiffres te donnent, tout de suite

  • Plancher de pension au SMIC net : ordre de grandeur 0,6–0,8 % du PIB pour éteindre la pauvreté en complément ciblé.

  • Cumul machines 1975–2024 : ~5,4 T€ (fourchette 4,5–7,2 T€).Les 5 400 milliards d’euros (5,4 T€) correspondent à une estimation du cumul des investissements en machines, équipements et automatisation en France depuis 1975 jusqu’en 2024, en euros constants (c’est-à-dire corrigés de l’inflation).

Ça veut dire qu’en moyenne :

  • ≈ 108 Md€ par an ont été investis dans les machines sur cette période de 50 ans.

  • Ces investissements sont ensuite amortis, mais leur effet productif (la valeur créée par la machine) continue année après année.

Donc :

  • Stock cumulé ≈ 5 400 Md€.

  • Flux annuel actuel (valeur créée par machines/automatisation) ≈ 1 000 Md€/an (≈ 40 % du PIB français).

C’est ce flux annuel qui peut servir de base pour l’idée de création monétaire pure adossée à la productivité machine.

En résumé : 5 400 Md€ = stock cumulé 1975–2024.

≈ 1 000 Md€/an = flux machine actuel.

“Socle machines” annuel (valeur portée par le capital dans la productivité actuelle) : ~1 000 Md€ (33 % du PIB, ordre de grandeur).

Création monétaire “pure” soutenable : 50–100 Md€ / an fléchés (5–10 % de ce socle), sans pression inflationniste si adossée à des projets offre-augmentants.

Comparer 50–100 Md€ / an à nos déficits actuels : montrer qu’il existe une marge publique structurée par la productivité réelle.

Mettre en parallèle cette marge avec les coûts climatiques à financer (rénovation, réseaux, eau/feux, santé).

Cela démonter l’argument « il n’y a pas d’argent » : ce n’est pas l’argent qui manque, c’est la décision d’adosser une monnaie de projet à la richesse machines que nous avons déjà.

11. Retraites aujourd’hui

  • Dépense totale retraites (2023) ≈ 340–350 Md€ (≈ 14 % du PIB).

  • Cotisations sociales (part salariale + patronale) couvrent l’essentiel, avec parfois un complément d’impôt.

12. Complément pour assurer un plancher SMIC net

(d’après le calcul précédent)

  • Besoin ≈ 20 Md€ par an (≈ 0,7 % du PIB).

  • À comparer aux 350 Md€ actuels de dépenses retraite.

En pourcentage de cotisations retraites

20350≈5,7%\frac{20}{350} \approx 5,7 \%35020​≈5,7%

Donc : un effort supplémentaire d’environ +6 % sur les cotisations retraite actuelles permettrait d’assurer à chaque retraité un revenu au moins égal au SMIC net.

13. Si on financait ce besoin avec la « richesse machines »

  • Rappel : les machines contribuent à environ 1 000 Md€ par an de valeur ajoutée dans l’économie (notre estimation prudente).

  • En prélevant 20 Md€ (plafond SMIC net pour tous) sur ce socle :

    201 000=2%\frac{20}{1\,000} = 2 \%100020​=2%

Cela veut dire qu’on pourrait sécuriser toutes les petites retraites en fléchant 2 % de la valeur annuelle créée par les machines, au lieu de surtaxer le travail humain.

14. Lecture politique

Vu du système actuel : il faudrait +6 % de cotisations retraite (partagée entre salariés et employeurs).

Vu sous l’angle de la monnaie “machines” (monnaie pure adossée à la productivité non humaine) : il suffirait d’allouer 2 % de ce socle annuel pour garantir qu’aucun retraité ne tombe sous le SMIC net.

15. Par prudence

Estimer la création pure “jusqu’à 30 %” du flux machine (≈ 1 000 Md€) comme plafond de création de “monnaie pure” est défendable… à condition de cadrer ça proprement.

Politiquement l’on peut aller plus loin en fonction de la réalité des besoins sociaux et économiques de la population.

16. L’idée en 2 lignes
  • Flux annuel de valeur imputable aux machines/automatisation aujourd’hui : ≈ 1 000 Md€.

  • Plafond de création adossé à ce flux à la manière d’un “taux d’effort” de crédit à 30 % : ≈ 300 Md€/an (≈ 10–11 % du PIB).

17. Pourquoi c’est raisonnable (avec garde-fous)
  1. Ancrage réel : on n’émet pas “dans le vide”, on l’adosse à une capacité productive déjà existante (capital machine mesurable).

  2. Proportionnable : 30 % joue le rôle d’un plafond macro-prudentiel (comme le 30 % d’endettement des ménages).

  3. Impact social : 300 Md€ couvrent ~75–85 % de la dépense annuelle de retraites (ordre de grandeur 350–400 Md€), ou financent à la fois retraites minimales pleines + éducation adulte (ECPA) + banque verte. ( Enseignement Complémentaire Pour Adulte, rémunéré).

18. Risques & conditions pour éviter l’inflation
  • Pas de goulots : flécher vers capacités supplémentaires (énergie, transports, rénovation, agro, numérique public), pas seulement vers la demande finale.

  • Ciblage : émettre via une éco-monnaie/banque verte (crédits conditionnels, bons datés, usages éligibles) plutôt que du cash généralisé.

  • Phasage : démarrer à 100 Md€ la 1ʳᵉ année, puis +50 Md€/an jusqu’à 300 Md€, avec déclencheurs (on ralentit si inflation cœur > cible et que l’output gap se ferme).

  • Stérilisation : prévoir des reprises (taxes correctrices, éco-contributions, mise en réserve) si surchauffe locale.

  • Cadre euro : en zone euro, passer par des instruments dédiés (obligations vertes achetées par l’Eurosystème, éco-monnaie non-conversible, fonds d’investissement publics).

19. Règle simple (proposée)
Émission annuelle maximale = min (30 % × “valeur-service du capital machine”, 10–11 % du PIB), avec
(a) ciblage 70 % investissement productif/écologique, 30 % dividende social (retraites plancher, ECPA) ;
(b) review trimestrielle (inflation cœur, capacités, emploi).
20. Ce que ça change concrètement
≈ 300 Md€ de “monnaie pure” permettent de réduire le besoin de dette sans couper des services (donc sans fabriquer du chômage).
On socialise le dividende de l’automatisation : la machine ne remplace plus l’humain et le revenu ; elle finance une partie du revenu social et des investissements de transition.
21.Scénarios chiffrés « monnaie pure » adossée au flux machine

(hypothèses simples et transparentes)

Hypothèses de base (France, ordre de grandeur 2024)

  • PIB ≈ 3 000 Md€

  • « Valeur-service » annuelle du capital machine/automatisation ≈ 1 000 Md€ (repère macro)

  • Dépenses de retraites ≈ 375 Md€/an (milieu de fourchette 350–400)

  • Coût complet d’un emploi-an (salaire + charges) ≈ 40 k€

  • Coût d’un année d’apprentissage rémunérée (ECPA : allocation + pédagogie) ≈ 15 k€

  • Population ≈ 68,5 M d’habitants

22. Trois paliers d’émission prudente (10 / 20 / 30 % du flux machine)

Palier

“Monnaie pure” émise

% du PIB

% du flux machine

A

100 Md€

3,3 %

10 %

B

200 Md€

6,7 %

20 %

C

300 Md€

10,0 %

30 %

Lecture : 300 Md€ = 30 % du flux machine estimé à 1 000 Md€, soit ~10 % du PIB.

23. Couverture potentielle des retraites

Palier

Couverture des retraites (≈ 375 Md€)

A – 100 Md€

27 %

B – 200 Md€

53 %

C – 300 Md€

80 %

24. Effets « capacité » (emplois-an, années d’étude financées)

Palier

Équivalent emplois-an (40 k€)

Apprenants-an ECPA (15 k€)

A – 100 Md€

2,5 M

6,7 M

B – 200 Md€

5,0 M

13,3 M

C – 300 Md€

7,5 M

20,0 M

Règle simple : 1 Md€ = 25 000 emplois-an (à 40 k€) ou ~66 700 apprenants-an (à 15 k€).

25. Fléchage prudentiel proposé (anti-inflation)

  • 70 % vers investissements productifs/écologiques (banque/éco-monnaie verte ; projets éligibles)

  • 30 % vers dividende social (plancher retraite, ECPA, minimas)

Exemple palier C (300 Md€) :

  • 210 Md€ investissement (énergie, rénovation, mobilité, agro, numérique public)

  • 90 Md€ dividende social
    → 1 315 €/hab/an si universel ou ~240 €/mois ciblés (retraites plancher, apprenants)


26. Ancrage « Joule » : conversion énergie ↔ monnaie (pour une norme universelle)

Idée : calibrer la « monnaie-travail » sur une référence énergétique observable.

  • Prix repère d’électricité de gros 75–100 €/MWh (moyenne pluriannuelle, hors pics)

  • 1 TWh = 3,6 PJ ; 1 MWh = 3,6 GJ

Palier C (300 Md€) équivaut à 3 000–4 000 TWh achetables
→ 10,8–14,4 EJ (exajoules) d’équivalent énergétique.

Proposition de convention : 1 “Joule-monnaie” = pouvoir d’achat de 1 kJ de travail/énergie standardisée.
Avec 75 €/MWh, 1 kJ ≈ 2,08×10⁻⁵ € → 1 € ≈ 48 kJ.
On obtient ainsi une échelle physique réplicable, utile pour comparer secteurs/pays.

27. Cadre macro (pour rester non-inflationniste)

  1. Phasage : +100 Md€ la 1ʳᵉ année, puis +50 Md€/an jusqu’à 300 Md€, avec revue trimestrielle (inflation sous-jacente, goulots, output gap).

  2. Ciblage : 70 % capacité réelle (offre), 30 % revenu social (demande) → équilibre.

  3. Mécanismes de reprise : éco-contributions temporaires si surchauffe sectorielle.

  4. Zone euro : passer par banque verte / éco-monnaie non-convertible, ou obligations vertes publiques rachetées par l’Eurosystème (cadre UE déjà existant sur les green bonds).

28. Résumé exécutif
  • La machine (automatisation, logiciels, robots, capital productif) génère un flux économique d’ordre 1 000 Md€/an en France.

  • Adosser une création de “monnaie pure” à ce flux, plafonnée à 30 % (≈ 300 Md€, ~10 % du PIB), est macro-prudent et non-inflationniste si :

    • 70 % vont à des investissements qui augmentent l’offre (énergie, rénovation, mobilité, agro durable, numérique public),

    • 30 % vont à un dividende social (retraite plancher, éducation adulte ECPA).

  • Effets directs (palier 300 Md€) :

    • 80 % des retraites annuelles peuvent être couverte sans taxer davantage le travail.

    • Jusqu’à 7,5 millions d’emplois-an ou 20 millions d’apprenants-an ECPA (selon fléchage).

    • Équivalent énergie : 10–15 EJ (standardisation possible via un étalon Joule).

  • Pourquoi ça marche : on socialise le dividende de l’automatisation. La machine ne remplace pas seulement le travail humain ; elle finance une part du revenu social et de la transition.

  • Objectif : rémunérer les humains pour apprendre (ECPA), sécuriser un plancher de retraite décent, et accélérer la transition productive—sans “faire payer” les plus pauvres ni couper des services publics.

29. Encadré « retraite plancher » (ordre de grandeur)

  • Besoin pour garantir 1 300 €/mois nets aux pensions < seuil (hypothèse : 5,5 M de bénéficiaires moyens, complément moyen 400 €/mois)
    → ≈ 26 Md€/an (inclure effets de bord = 30–35 Md€).

  • Pris sur la part sociale (30 %) du palier C (90 Md€), il reste 55–60 Md€ pour ECPA/solidarités.

30. Encadré « ECPA » (éducation rémunérée adulte)

  • 15 k€/an par apprenant (allocation + pédagogie + infra).

  • Palier C (reste social 55–60 Md€ après retraite plancher) → 3,7–4,0 M d’apprenants-an sans impacter l’investissement (210 Md€).

31. Encadré « comparaison au déficit budgétaire »

  • Déficit public typique récent : ~140–150 Md€/an.

  • Palier B (200) couvre ~130 % de ce besoin si fléché vers dépenses substitutives.

  • Palier C (300) permet à la fois transition + socle social sans compression de dépenses utiles → on évite de “faire payer” l’ajustement aux plus fragiles.

32. Formule de pilotage (proposition)

Émission annuelle max = min( 30 % × flux machine, 10–11 % du PIB )
avec (a) 70/30 investissement/dividende social, (b) revue trimestrielle des paramètres (inflation cœur, tensions, emploi), (c) filets anti-surchauffe sectoriels.
33. Deux solides « messages »

1) « La dette finance des vies, pas des trous. »

Réduire la dette, c’est couper dans des salaires, des services publics, des emplois. En Italie, comme en France, ce sont toujours les citoyens qui paient la facture sociale.
2) « Socialiser le dividende de la machine : 10 % du PIB pour des retraites décentes, des cerveaux en apprentissage, et une transition qui crée de l’offre. »

3) On nous dit : maîtriser la dette. Mais à quel prix ? »
Chaque milliard “économisé” équivaut à des milliers d’emplois supprimés. Derrière les chiffres, il y a des vies précarisées.


 

34. Les Canuts et la monnaie pure : de la révolte à l’émancipation


 

Au XIXe siècle, les Canuts, tisserands lyonnais, se révoltèrent contre les machines à tisser qui

menaçaient leur survie. Leur cri « vivre en travaillant ou mourir en combattant » résonne encore

comme une revendication fondamentale de dignité. Face à la misère et aux 18 heures de travail

quotidien, ils inventèrent pourtant des solutions sociales novatrices : mutualisme, coopératives,

conseils de prud’hommes, presse ouvrière, caricatures militantes. Autant de jalons d’émancipation

que nous avons aujourd’hui tendance à oublier.


 

1. Le parallèle avec notre temps est frappant.


 

Hier, les métiers à tisser ; aujourd’hui, la robotisation, l’intelligence artificielle et les caisses automatiques. La technologie détruit des emplois mais améliore le confort et la productivité. Elle est mue par le même ressort : la recherche du moindre effort pour satisfaire les besoins humains.


 

2. Les syndicats, à juste titre, craignent ces destructions.


 

Mais refuser la technologie est vain : l’histoire montre que son avancée est inéluctable.

La différence fondamentale, c’est que nous savons aujourd’hui ce que les Canuts ne pouvaient pas

savoir : la productivité des machines peut être mesurée et traduite en création monétaire pure. Là

où les révoltes d’hier cassaient les outils, notre tâche est d’inventer un système où la valeur créée

par les machines alimente directement la société plutôt que de se concentrer entre les mains d’une

minorité. C’est le sens d’une « monnaie pure » indexée sur la productivité machine et du savoir

accumulé.

3. Une telle approche ouvrirait la voie à de nouveaux instruments :


 

une Banque Verte ou une Écomonnaie, capables de financer les défis écologiques et climatiques, sans faire peser le coût sur les seuls salariés. Car il ne manque pas de travail — il manque de monnaie disponible pour l’accomplir.

La leçon des Canuts est claire : face à une technologie inarrêtable, seule l’émancipation

intellectuelle et collective permet d’éviter la misère. Hier, elle prit la forme du mutualisme et des

coopératives. Aujourd’hui, elle doit prendre la forme d’une réinvention monétaire et d’une vision à

long terme, capable de libérer l’humanité de la peur du progrès technique.

Ne craignons donc pas les machines : organisons-nous pour que leurs gains deviennent une

richesse partagée. C’est la condition pour que l’évolution technologique, loin de nous déposséder,

nous rapproche de ce que nous cherchons depuis toujours : vivre dignement, libres, et capables de

choisir notre avenir


 

4. Le fascisme de Weimar à la France contemporaine : identité de rapport


 

L’histoire ne se répète jamais terme à terme, mais elle offre des résonances troublantes. Entre

l’Allemagne de Weimar au début des années 1930 et la France contemporaine, certains parallèles

s’imposent. Il ne s’agit pas de confondre Hitler et nos acteurs actuels, mais d’identifier des «

identités de rapport » : mêmes mécanismes, mêmes dynamiques, mêmes aveuglements.

Comprendre ce glissement est essentiel pour éviter que l’histoire ne bascule à nouveau.


 

5. La République de Weimar : un laboratoire du glissement autoritaire


 

L’Allemagne des années 1930 ne fut pas emportée par une marée brune irrésistible. Les nazis

n’ont jamais « pris » le pouvoir : on le leur a donné. Les élites conservatrices, industrielles et

médiatiques, préférèrent pactiser avec Hitler plutôt que de perdre leurs privilèges. En utilisant les

failles de la Constitution (article 48), en gouvernant par ordonnances, en criminalisant les «

extrêmes » de gauche, le centre autoritaire ouvrit la voie à l’extrême droite. La presse de masse,

dominée par les magnats comme Hugenberg, entretint la peur du « bolchévisme culturel » et

alimenta les haines identitaires. Ainsi, ce n’est pas la force du nazisme qui l’a porté, mais la

faiblesse des démocrates et la compromission des élites.


 

6. La France (1984-2025) : un terrain de compromissions


 

Depuis 1984, la scène politique française connaît un glissement comparable. La gauche a

abandonné la lutte anticapitaliste, se contentant d’accompagner la gestion libérale. Le PS, en

assumant la « social-démocratie » sans rupture avec le marché, a désarmé idéologiquement ses

militants. La droite, elle, s’est « décomplexée », reprenant des thèmes du Front national pour ne

pas perdre son électorat. Aujourd’hui, une partie de LR n’hésite plus à envisager des alliances avec

le RN.

Macron incarne ce « centre autoritaire » :

austérité budgétaire, verticalité du pouvoir, criminalisation d’une supposée « extrême gauche », instrumentalisation sécuritaire et dissolution du Parlement pour contourner le débat démocratique. Quant aux médias dominants, largement contrôlés par de grands groupes financiers, ils alimentent quotidiennement les thèmes de l’extrême droite : insécurité, immigration, déclin national. La réalité est pourtant contrastée : depuis 1995, le taux de criminalité baisse en proportion, mais le discours médiatique fabrique une insécurité permanente.


 

7. Identité de rapport : similitudes et enseignements


 

Comme à Weimar, nous observons aujourd’hui : – un centre autoritaire qui préfère s’allier à droite

qu’à gauche ; – une gauche social-démocrate en retrait, incapable de porter une alternative claire ;

– des élites économiques et médiatiques qui instrumentalisent la peur pour préserver leurs intérêts

; – une extrême droite qui gagne en crédibilité grâce à ces compromissions. L’histoire ne se répète

pas : Hugenberg n’est pas Bolloré, Papen n’est pas Macron. Mais le rapport entre les forces

politiques est analogue. Les élites, par calcul, nourrissent ce qu’elles prétendent combattre. La «

banalisation » de l’extrême droite est le fruit de cette complicité, et non d’une fatalité.

La République de Weimar est morte moins de la force des nazis que de la lâcheté et de la cupidité

de ses élites. La France contemporaine n’en est pas au même point, mais les signaux sont là. La

judiciarisation, la policiarisation de la société, la criminalisation des contestations sociales, sont les

symptômes d’un glissement. Si l’on veut éviter qu’un jour le RN gouverne comme Hitler fut nommé chancelier, il faut briser cette mécanique. Non par la peur, mais par la lucidité, le courage et la reconstruction d’un horizon commun.

« Le fascisme ne s’impose pas, il s’infiltre. Il prospère quand la démocratie

s’endort.


 

8. Le glissement fascisant : du Juif au Musulman, d’Hitler à nous


 

Héritages et avertissements


 

L’histoire des Canuts ou de l’Allemagne des années 1930 nous rappelle que les sociétés, en crise,

cherchent toujours un ennemi intérieur. Hier, les ouvriers lyonnais détruisaient les métiers à tisser ;

hier encore, Hitler désignait les Juifs comme responsables de tous les maux. Aujourd’hui, nos

sociétés fragilisées par la mondialisation et le capitalisme financier rejouent ce scénario. Non pas

de façon brutale comme en 1933, mais sous une forme insidieuse : un glissement fascisant.


 

35. En 1999 je prédisais cette dérive et en 2011j’écrivais : Le musulman remplacera-t-il le Juif ?


 

À la faveur de la peur et de l’insécurité, le débat sur « l’identité nationale » et « la place de l’islam »

s’est installé. L’amalgame s’est construit : l’immigré = le musulman = l’ennemi potentiel. Les

médias, en relayant sans cesse faits divers et amalgames, ont fixé cette perception dans les

esprits. Comme jadis les caricatures antisémites, les discours péjorant l’altérité ont nourri une

mémoire collective qui habitue les citoyens au rejet. Le processus décrit par l’histoire se répétait :

recherche d’un chef charismatique, construction d’un groupe homogène, désignation d’un « autre »

menaçant, appel à des mesures d’exception. Le fascisme ne se choisit pas : il s’installe lentement,

à travers nos peurs et nos discours quotidiens.


 

1. 2023 — La banalisation du rejet


 

Douze ans plus tard, nous n’en sommes plus à l’étape du glissement : nous sommes dans la

banalisation. Le Parlement vote des lois restrictives sur l’immigration. Le RN s’impose comme parti de gouvernement. La confiance démocratique s’effondre (2 à 6 % de confiance dans les

institutions). La société accepte qu’une partie de la population soit traitée comme une

sous-humanité, privée de droits égaux. Les statistiques montrent pourtant une réalité très différente

: la criminalité baisse depuis 1995, l’immigration irrégulière représente moins de 1 % de la

population, et plus d’un immigré sur dix travaille déjà dans nos entreprises. Mais la peur l’emporte

sur la raison. Comme hier, la stigmatisation remplace l’analyse.


 

2. Un processus en miroir


 

En 2011, nous pouvions dire « attention, le fascisme se glisse en nous ». En 2023, nous devons

dire « attention, le fascisme s’institutionnalise ». Le parallèle est clair : hier, les Juifs étaient

accusés d’être responsables de la misère et des crises sociales. Aujourd’hui, les musulmans sont

désignés comme la cause de l’insécurité et du chômage. Les mêmes mécanismes se déploient,

avec l’appui des médias, la lâcheté du « centre » politique, et la peur instrumentalisée des citoyens.


 

36. Quelle issue ?


 

Peut-on arrêter cette spirale ? Pas en cherchant un nouvel Hitler à abattre, ni en se réfugiant dans

la nostalgie des Canuts. Il nous faut changer le terrain même sur lequel prospère le fascisme :

briser le lien entre rareté économique et désignation d’un ennemi, créer une nouvelle richesse par

la productivité des machines et la monnaie pure, bâtir une banque verte ou une écomonnaie, pour

répondre au défi écologique et donner des revenus indépendants du travail salarié. Car si nous

restons prisonniers du capitalisme de rareté, nous continuerons à chercher des boucs émissaires.

Si nous inventons une richesse nouvelle, nous pourrons enfin sortir du piège qui alimente le

fascisme.

Le fascisme n’entre pas par effraction : il s’installe dans nos habitudes. Pour l’arrêter, il

ne suffit pas de dénoncer ses discours, il faut créer une société qui n’ait plus besoin de boucs

émissaires


 


 

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Rédigé par ddacoudre

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Publié le 2 Novembre 2026

Les Don Quichotte des manifestations

Il faut commencer par distinguer les manifestants des casseurs.

Les opposants politiques viennent défendre une revendication, contester une décision ou exprimer une colère collective. Les casseurs intentionnels et les pilleurs opportunistes profitent du rassemblement pour détruire, affronter ou voler. Ils ne poursuivent pas la même finalité.

Pourtant, le traitement médiatique s’attarde presque exclusivement sur les vitrines brisées, les incendies et les affrontements. Il s’interroge beaucoup moins sur la manière dont une société riche, instruite et technologiquement développée produit régulièrement des individus qui trouvent dans la destruction, le pillage ou la confrontation leur seul mode d’expression.

Chercher à comprendre ne signifie pas justifier. Mais refuser de comprendre garantit que les mêmes événements recommenceront.

Une manifestation est le symptôme d’un dysfonctionnement

Une manifestation n’est jamais un événement anodin. Elle constitue l’éruption visible d’un dysfonctionnement politique, social ou économique que les institutions n’ont pas su prévoir, entendre ou résoudre.

Chaque société produit des évolutions dont elle ne mesure pas immédiatement les conséquences. Elle imagine que les pratiques existantes vont perdurer et que l’instruction transmise aux enfants suffira à reproduire le même ordre politique, social et économique.

Mais nous ne pouvons pas transmettre à la génération suivante l’intégralité de nos connaissances, de nos expériences et de nos erreurs. Chaque génération reçoit une partie de notre héritage et construit la suite avec ce qu’elle en a compris, dans un environnement déjà transformé par l’ensemble des actions humaines antérieures.

Nous pouvons comprendre ce mouvement général, mais nous ne pouvons pas en déterminer précisément l’aboutissement. Si nous pouvions connaître toutes les conséquences futures de nos décisions, nous disposerions du déterminisme. Or notre liberté relative vient précisément de notre ignorance : nous devons choisir sans jamais posséder toutes les informations ni toutes les connaissances nécessaires.

Les religions, les idéologies et les théories politiques ont souvent cru pouvoir enfermer l’avenir dans quelques textes, quelques principes ou quelques vérités définitives. Elles se trompent lorsqu’elles prennent une explication partielle du monde pour l’explication totale de son devenir.

Même l’intelligence artificielle ne peut déterminer l’avenir. Elle peut analyser davantage de données, repérer des régularités et construire des scénarios. Mais elle ne peut connaître les découvertes futures, les réactions humaines inattendues ni les événements qui modifieront les données sur lesquelles reposaient ses prévisions.

Nous progressons donc dans l’ignorance en essayant continuellement de la réduire.

Manifester, c’est remettre les conventions en discussion

Nous débattons en permanence des conventions établies au cours des siècles : la propriété, le salaire, la monnaie, l’impôt, les institutions, la représentation politique et la répartition des richesses.

Les manifestations apparaissent lorsque ces conventions ne correspondent plus suffisamment à la réalité vécue.

Il est donc insuffisant de considérer une manifestation comme un simple problème d’ordre public. La répression peut rétablir provisoirement la circulation et protéger les personnes ou les biens. Elle ne répond pas à la question qui a conduit des milliers de citoyens dans la rue.

Elle ne répond pas davantage à l’existence récurrente des casseurs. Ceux-ci sont aussi, à leur manière, un symptôme de la société qui les a produits, même si leurs actes doivent être empêchés et sanctionnés.

La mise en scène permanente des violences fait le bonheur des commentateurs et de certains responsables politiques. Elle permet de parler longuement des conséquences visibles sans examiner les causes économiques, culturelles et politiques beaucoup plus difficiles à expliquer.

Pourquoi parler de Don Quichotte ?

Si j’accorde une telle importance aux manifestations, pourquoi qualifier certaines d’entre elles de manifestations de Don Quichotte ?

Parce que Don Quichotte se bat courageusement, mais se trompe d’adversaire. Il attaque des moulins en croyant affronter des géants.

Les manifestants désignent souvent un responsable immédiat : le gouvernement, le président, le ministre, le patron, le commerçant, le distributeur ou le percepteur. Mais ils interrogent beaucoup plus rarement la convention monétaire et comptable qui organise l’ensemble de leurs rapports.

La monnaie n’est pas une richesse matérielle. Elle ne produit ni nourriture, ni logement, ni médicament, ni machine. Elle constitue une convention fondée sur la confiance, qui permet de mesurer, d’échanger, d’autoriser, d’interdire et de s’approprier.

Cette convention n’a pas été principalement élaborée par les pauvres ni par ceux qui manifestent aujourd’hui. Elle est le produit d’une longue histoire dominée par ceux qui possédaient les terres, les armes, les ressources, puis le capital.

Les manifestants combattent donc les conséquences d’une organisation dont ils connaissent rarement le mécanisme complet.

Quand les syndicats organisaient le rapport de force

Après la Seconde Guerre mondiale, la représentation syndicale occupait une place importante dans la construction des conventions sociales.

Les syndicats négociaient avec le patronat la répartition de la richesse produite dans une collaboration contrainte. Les intérêts demeuraient opposés, mais ils étaient représentés par des organisations disposant de statuts, de militants, d’une mémoire, d’objectifs et d’une responsabilité collective.

À partir de la fin des années 1990, le paysage patronal change. Sous la présidence d’Ernest-Antoine Seillière, le CNPF devient le MEDEF en 1998. Le mot « patronat » disparaît au profit de « l’entreprise ». La négociation collective nationale et interprofessionnelle perd progressivement du terrain au bénéfice d’un dialogue davantage décentralisé vers les branches et les entreprises.

L’arrivée de Laurence Parisot en 2005 confirme également la montée du secteur des services, de la finance, de la communication et d’une représentation plus libérale de l’économie.

Pendant ce temps, syndicats et partis politiques font l’objet d’un dénigrement continu. Ils sont décrits comme inefficaces, archaïques, bureaucratiques ou privilégiés. Les syndicalistes deviennent presque des « nantis » aux yeux d’une partie de l’opinion.

Or un syndicat n’est pas seulement le rassemblement provisoire d’individus défendant leur intérêt immédiat. Il possède une mission sociale et économique. Il transforme des mécontentements individuels en revendications collectives, puis ces revendications en négociations et éventuellement en conventions.

De la démocratie collective à l’espérance dans l’entreprise

Les citoyens ont progressivement abandonné les organisations où pouvait s’exercer leur responsabilité collective.

Ils ont déserté les syndicats et les partis, puis leur ont reproché de ne plus être représentatifs, puissants ni efficaces. Ils attendent désormais davantage de l’entreprise, du chef, du président ou de l’homme providentiel.

Ils passent ainsi d’une participation imparfaite à la démocratie collective à l’espérance d’une décision verticale prise par quelqu’un de plus puissant qu’eux.

L’entreprise est supposée créer les emplois, verser les salaires, protéger les carrières et assurer le niveau de vie. Mais sa fonction dans le système capitaliste reste de préserver et, si possible, d’accroître son capital en réduisant ses coûts.

Le contexte international, les guerres, l’énergie et la concurrence ajoutent leurs effets sur les prix. L’exaspération finit par s’exprimer dans la rue.

Nous vivons alors un paradoxe : des citoyens abandonnent les institutions de leur expression collective, puis se plaignent de ne pas être entendus.

C’est comme une personne qui ne verse rien dans son verre et se plaint ensuite de n’avoir rien à boire.

Les Gilets jaunes face aux moulins du capital

Les mobilisations des Gilets jaunes ont exprimé une souffrance et une colère réelles. Elles ont également révélé les limites d’une mobilisation spontanée, fragmentée et dépourvue d’une organisation commune durable.

Cette absence de structure faisait sa force initiale : personne ne pouvait facilement la contrôler ni parler en son nom. Mais elle constituait également sa faiblesse : comment négocier, construire un projet et contrôler son application lorsque personne ne dispose d’un mandat collectif reconnu ?

Une nouvelle mobilisation peut compléter aujourd’hui la série. Mais les Don Quichotte ne sont pas ceux qui manifestent parce qu’ils auraient tort de se révolter. Ils le deviennent lorsqu’ils attaquent seulement le gouvernement ou le prix affiché sans identifier le moulin qui reproduit continuellement leur difficulté.

Ils réclament une augmentation des salaires, une baisse des taxes, des aides ou des chèques. Ils peuvent les obtenir. Mais, dès qu’ils les consomment, les sommes versées deviennent le chiffre d’affaires des entreprises. Elles permettent de reconstituer les coûts, de payer les marges et d’augmenter le capital.

Le gouvernement distribue ; le consommateur dépense ; le capital récupère.

Les manifestants demandent alors une nouvelle distribution et la boucle recommence.

Le salarié rachète ce qu’il a produit

Les salariés vivent dans une organisation capitaliste dont ils dénoncent légitimement les effets dommageables, mais ils connaissent rarement la manière dont le capital est produit par leur travail et leur consommation.

Le capital avance les salaires nécessaires à la production. Les salariés produisent les biens et les services, puis utilisent leurs revenus pour les acheter. Leur consommation devient le chiffre d’affaires qui reconstitue les salaires avancés, les matières, les machines, les prélèvements, les intérêts, les revenus des dirigeants, les marges et le capital.

La boucle peut être résumée ainsi :

Capital avancé → salaires et production → consommation → chiffre d’affaires → reconstitution et augmentation du capital.

Une augmentation salariale peut améliorer immédiatement la vie. Mais elle ne transforme pas cette boucle. Si la production n’augmente pas dans les mêmes proportions ou si elle provient de l’étranger, la hausse des revenus peut également alimenter les prix, les importations, les marges ou l’endettement.

Les manifestants combattent donc un résultat sans disposer nécessairement d’un modèle permettant de modifier sa cause.

Nous recréerions probablement le capitalisme

La difficulté la plus profonde n’est pas seulement économique. Elle est culturelle et psychique.

Nous sommes nés, élevés et instruits dans le capitalisme. Depuis l’enfance, nous apprenons à rechercher un emploi, un salaire, une propriété, une épargne et, si possible, un rendement. Nous imaginons la réussite à l’intérieur des catégories produites par ce système.

Si l’on demandait demain aux citoyens de construire spontanément une nouvelle organisation économique, beaucoup recréeraient probablement le capitalisme sans le savoir. Ils conserveraient la monnaie comme capital, le salaire comme moyen d’accéder à la vie, le prêt à intérêt, la propriété des moyens de production et la recherche de plus-value.

Ils changeraient peut-être les dirigeants ou la répartition, mais reproduiraient le même mécanisme.

C’est pourquoi la sortie du capitalisme ne peut provenir seulement d’une colère, même légitime. Elle exige une réflexion collective, une organisation politique et syndicale, un modèle économique et un apprentissage culturel.

Dans le monde syndical, politique, philosophique et économique existe depuis longtemps la recherche d’une sortie du capitalisme et d’une émancipation du travail. Mais cette recherche reste fragmentée et propose le plus souvent d’améliorer la situation des salariés sans abolir le salariat comme relation de dépendance au capital.

Manifester est nécessaire, mais ne suffit pas

Une manifestation est une alarme. Elle signale qu’une partie de la société ne supporte plus ce qu’elle vit.

Mais une alarme n’est pas un projet.

Sans organisation, sans connaissance du circuit économique et sans modèle de remplacement, la colère est condamnée à demander au système les ressources qu’il récupérera ensuite par son propre fonctionnement.

Les manifestants ne sont donc ni ridicules ni inutiles. Ils ont souvent raison de signaler l’insupportable. Mais ils deviennent les Don Quichotte de la vie politique lorsqu’ils frappent les conséquences en laissant intact le mécanisme qui les produit.

Il ne suffit pas de combattre les moulins.

Il faut comprendre ce qui les fait tourner, décider collectivement de ce qu’ils doivent produire et construire l’organisation capable de remplacer leur propriétaire.

Sans cela, les gouvernements continueront à distribuer quelques ressources pour apaiser les colères, les citoyens les dépenseront et le capital les récupérera avec sa marge.

La manifestation suivante pourra alors commencer.

À qui s’adressent les manifestants ?

Mais à qui s’adressent aujourd’hui ces manifestations ?

Officiellement, elles interpellent le gouvernement en place. Politiquement, elles s’adressent déjà à ceux qui prétendent lui succéder. Or la plupart des candidats qui se sont exprimés annoncent, sous des présentations différentes, la poursuite des restrictions budgétaires, de la réduction des dépenses publiques et de la recherche de compétitivité engagées sous la présidence d’Emmanuel Macron.

Ils changeront les mots, les priorités et les catégories appelées à supporter les économies. Ils présenteront comme une rupture ce qui sera souvent un réaménagement de la politique actuelle destiné à lui donner l’apparence de la nouveauté.

La France insoumise constitue la principale exception en refusant l’austérité et en proposant une relance par les salaires, les prestations et les services publics. Mais elle ne modifie pas davantage la boucle fondamentale : les revenus supplémentaires seront consommés, deviendront le chiffre d’affaires des entreprises et participeront à la reconstitution du capital.

Les manifestants risquent donc d’avoir perdu leur bataille avant même l’élection s’ils obtiennent seulement le remplacement des gouvernants sans imposer l’examen du modèle économique qui guide leurs successeurs.

Ils pourront faire reculer une mesure, obtenir une aide ou provoquer la chute d’un gouvernement. Mais si aucun projet ne transforme le mécanisme qui produit les restrictions contestées, celles-ci reviendront sous une autre appellation.

Les Don Quichotte manifesteront alors contre des moulins imaginaires sans voir la machinerie comptable qui les fait tourner.

Il est vrai qu’avec la transition écologique, les moulins à vent pourraient enfin retrouver une place réelle dans le paysage. Mais encore faudrait-il que Don Quichotte cesse de les combattre et comprenne qui les possède, qui les finance, ce qu’ils produisent et à qui revient leur rendement.

 

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Rédigé par ddacoudre

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Publié le 31 Octobre 2026

Depuis plusieurs mois, j’adresse le Modèle Joule à des économistes, des chercheurs, des syndicats, des partis politiques anticapitalistes et différentes institutions.

Le Parti communiste français, La France insoumise, le Nouveau Parti anticapitaliste, Lutte ouvrière et l’Institut La Boétie ont notamment été sollicités. J’ai également demandé à l’agence Reuters, dont la mission est d’informer, de faire connaître l’existence d’un essai proposant un modèle économique postcapitaliste.

À ce jour, je n’ai reçu aucune critique argumentée.

Je n’interprète pas nécessairement ce silence comme un refus. Les organisations reçoivent beaucoup de documents ; les messages peuvent être filtrés ; personne n’est toujours officiellement chargé d’examiner une proposition extérieure ; répondre peut engager une institution entière.

Mais le silence ne peut pas durablement tenir lieu d’analyse ni de réfutation.

Je ne demande ni adhésion ni reconnaissance

À quatre-vingts ans, je n’ai ni l’intention ni matériellement le temps de créer un parti politique ou de rechercher une reconnaissance personnelle.

Le Modèle Joule est l’aboutissement d’une vie de travail, d’action syndicale, de négociation collective, de formation professionnelle et d’observation du fonctionnement économique.

Je ne demande à personne de croire son auteur ni d’adopter immédiatement ses conclusions.

Je demande seulement que ce modèle soit étudié, discuté, corrigé ou réfuté.

S’il comporte une erreur, qu’elle soit désignée précisément.

Si ses calculs sont faux, qu’ils soient corrigés.

Si ses institutions sont irréalisables, que les obstacles soient expliqués.

S’il existe déjà un autre modèle capable de répondre plus efficacement aux mêmes difficultés, qu’il soit présenté et comparé.

Le Modèle Joule peut être amendé, transformé ou dépassé. Mais la question à laquelle il tente de répondre ne peut plus être évitée :

Comment financer la vie humaine lorsque le travail salarié ne peut plus constituer le principal moyen de répartir les richesses produites par les humains et les machines ?
L’autre réponse apportée par le Modèle Joule est que le capitalisme n’est pas seulement une organisation économique. Il constitue également la forme contemporaine d’un rapport ancien entre dominants et dominés. Hier, le plus fort tenait le glaive, constituait des royaumes et s’appropriait le travail des autres. Aujourd’hui, cette domination s’exerce principalement par la propriété du capital. Son fer de lance n’est pas seulement l’idéologie de l’individualisme et du mérite : c’est aussi le plan comptable, qui enregistre les moyens matériels comme des actifs, mais classe le financement de la vie humaine principalement parmi les charges.

La boucle qu’il faut réfuter

Le Modèle Joule part d’une observation simple.

Le capital avance les sommes nécessaires au fonctionnement de l’entreprise, notamment les salaires. Les salariés participent à la production, puis utilisent leurs revenus pour acheter les biens et les services mis sur le marché.

Leur consommation devient le chiffre d’affaires des entreprises. Ce chiffre d’affaires permet de payer ou de reconstituer : les salaires avancés ; les matières et l’énergie ; les machines et leur amortissement ; les cotisations, les impôts et les taxes ; les intérêts et les assurances ; les revenus des dirigeants et des propriétaires ; les marges et les dividendes ; puis l’augmentation du capital.

La boucle peut donc être résumée ainsi :

Capital avancé → salaires et production → consommation → chiffre d’affaires → reconstitution et augmentation du capital.
Les formations économiques décrivent le circuit des revenus, de la production et de la consommation. Mais elles le présentent rarement jusqu’à sa fermeture complète : le salaire avancé revient par la consommation au capital, accompagné des autres coûts, des marges et de l’accumulation. Elles étudient principalement ce mécanisme comme un fonctionnement technique, beaucoup moins comme la traduction institutionnelle d’un rapport psychique ancien entre dominant et dominé. Personne ne nous explique, comment un salarié soutient, un rapport naturel primitif, car le capitalisme n'est pas un problème seulement comptable mais psychique.

Les prélèvements, la redistribution et les prestations sociales améliorent légitimement la vie des personnes. Mais l’argent redistribué est ensuite dépensé. Il revient aux entreprises par leur chiffre d’affaires et participe de nouveau à la reconstitution du capital.

La redistribution modifie le partage momentané des revenus. Elle ne supprime pas nécessairement le mécanisme qui reproduit l’accumulation.

Si cette analyse est fausse, je demande aux économistes d’indiquer exactement où la boucle cesse d’exister.

Si le capitalisme ne s’appuie pas sur des dispositions psychiques anciennes — recherche de sécurité, accumulation, hiérarchisation, compétition et domination — qu’on explique alors pourquoi ces comportements traversent des organisations géohistoriques aussi différentes que l’esclavage, le servage, la servitude et le salariat. Il faudra également étudier la disposition inverse, tout aussi humaine : la coopération, sur laquelle peut reposer leur dépassement dans la pratique de la solidarité égoïste.

Cinq questions adressées aux chercheurs

Il n’est pas nécessaire de lire immédiatement plusieurs centaines de pages pour commencer à répondre. Cinq questions suffisent à ouvrir l’étude.

1. Le salaire retourne-t-il au capital ?

Contestez-vous que les salaires avancés par les entreprises leur reviennent collectivement, par la consommation et le chiffre d’affaires, accompagnés des autres coûts et des marges incorporés dans les prix ?

Si cette représentation est inexacte, quel mécanisme la remplace ?

2. Comment financer la vie avec moins d’emplois ?

Comment financerons-nous la santé, les retraites, l’enseignement, le logement et l’existence quotidienne lorsque les machines, les logiciels et l’intelligence artificielle permettront de produire davantage avec beaucoup moins d’emplois humains ?

Dix millions de salariés pourraient-ils, demain, recevoir suffisamment de revenus pour acheter la production et financer l’existence de toute la population ?

Selon l’estimation pédagogique développée dans l’essai, si la France devait produire son niveau actuel de biens et de services avec la productivité humaine de 1870, sans la puissance accumulée des machines modernes, elle aurait besoin de l’équivalent du travail de plusieurs centaines de millions de personnes — environ 700 millions selon l’hypothèse retenue. Cette estimation ne désigne pas une population réellement nécessaire à nourrir : elle mesure en emplois humains équivalents la puissance productive transférée aux machines.

3. La redistribution peut-elle abolir l’accumulation ?

Une politique de redistribution peut-elle réellement sortir du capitalisme si les sommes redistribuées retournent ensuite aux entreprises par la consommation, permettent de reconstituer leurs coûts et contribuent à une nouvelle accumulation du capital ?

Peut-on supprimer les conséquences du capitalisme sans modifier son mécanisme comptable de reproduction ? Le plan comptable qui ventile nos vies et les définit comme une charge.

4. Pourquoi l’énergie humaine n’est-elle pas comptée comme capital ?

La monnaie, les bâtiments et les machines sont inscrits comme capitaux ou actifs. Mais les capacités humaines qui ont imaginé, construit, entretenu et utilisé ces machines sont comptabilisées principalement comme des charges.

Pourquoi notre comptabilité reconnaît-elle comme capital l’objet produit par l’être humain, mais non l’énergie humaine et les connaissances qui l’ont rendu possible ?

5. Les salaires peuvent-ils financer la transition écologique ?

La prévention des sécheresses, des inondations et des incendies, l’organisation des réserves d’eau, la dépollution, l’adaptation des logements, le remplacement des énergies fossiles et la protection du vivant exigeront des investissements considérables.

Ces investissements peuvent-ils être financés par les seuls salaires, les prélèvements, la consommation et l’endettement sans réduire fortement le niveau de vie de la population ?

Que devons-nous faire lorsque les capacités humaines, techniques et matérielles existent, mais que les projets ne sont pas réalisés parce qu’ils ne promettent pas une rentabilité monétaire marchande suffisante ?

Pourquoi interpeller également les philosophes ?

Le Modèle Joule n’est pas seulement une proposition comptable ou monétaire. Il interroge la liberté, la propriété, le travail, la domination et la responsabilité géohistorique dans la chaîne de l'évolution paléoanthropologique humaine.

Peut-on parler de liberté lorsque l’accès aux moyens de vivre dépend de l’obligation de vendre son travail à ceux qui possèdent juridiquement le capital ?

Une société peut-elle reconnaître la dignité humaine tout en considérant le revenu comme la contrepartie presque exclusive d’une utilité marchande ?

Les machines sont-elles seulement la propriété de leurs détenteurs juridiques ou représentent-elles également l’accumulation des connaissances et de l’énergie humaine transmises par des générations entières ?

Pourquoi l’être humain accepte-t-il successivement l’esclavage, le servage, la servitude puis le salariat dès lors que chaque organisation lui procure les ressources immédiates nécessaires à sa survie ?

Le capitalisme est-il seulement une technique économique ou l’expression institutionnelle de notre besoin ancien de domination, de sécurité, d’accumulation et de reconnaissance sociale ?

Comment gouverner l’intelligence artificielle si nous ne comprenons pas les dispositions psychiques de ceux qui la conçoivent, la possèdent et l’utilisent ?

Ces interrogations relèvent pleinement de la philosophie, de l’anthropologie et des sciences humaines.

Ce que propose le Modèle Joule

Le Modèle Joule ne propose ni la confiscation générale de la propriété privée, ni la suppression du droit d’entreprendre, ni la nationalisation de toutes les entreprises, ni la spoliation des capitaux privés.

Il modifie le fondement du financement de l’existence.

L’énergie humaine, les connaissances, les capacités techniques et l’énergie cristallisée dans les machines constituent la puissance productive réelle de la société. La monnaie ne produit rien par elle-même : elle autorise, répartit, interdit et permet l’appropriation.

Le modèle propose donc :

reconnaître un revenu d’actif donnant accès à la vie, financé par la Banque Joule et administré sous gouvernance paritaire ;

-rémunérer l’enseignement des adultes tout au long de leur existence afin de développer une véritable économie de la connaissance ;

- financer les besoins collectifs à partir des capacités énergétiques humaines, mécaniques et matérielles réelles de la société ;

- empêcher que l’accumulation monétaire — glaive contemporain du dominant — commande seule les décisions indispensables à la survie collective ;

- créer une Banque des employeurs destinée au financement et à l’entraide entre entreprises, accordant des prêts sans intérêt, hors frais de gestion et maintien de la valeur ;

- créer une Banque Joule chargée de financer le socle vital, l’enseignement rémunéré et les besoins collectifs à partir des capacités énergétiques réelles de la société mesurées par la Banque de Réserve Joule.

- de comptabiliser la capacité énergétique humaine et mécanique disponible ;

- de financer l’existence indépendamment de l’obligation de vendre un emploi ;

- d’abolir le salariat comme relation de soumission au capital et de transformer les salariés en partenaires économiques ;

- de maintenir la propriété privée et le droit d’entreprendre ;

- de séparer le coût de l’existence humaine du prix technique de la production ;

- Créer une Banque Joule chargée de gérer paritairement le capital énergétique humain et machinique de la population. Selon l’hypothèse pédagogique retenant une puissance mécanique équivalente à dix fois celle des actifs humains et une conversion fondée sur le PIB, cette réserve représenterait environ 32 000 milliards d’euros. Ce montant n’est pas une somme d’argent à imprimer ni une richesse immédiatement dépensable : il constitue l’expression monétaire conventionnelle d’une capacité humaine et mécanique disponible. Les capitaux privés existants seraient conservés et convertis selon les règles de transition du modèle.

Ce modèle peut être imparfait. Mais il constitue une proposition technique que l’on peut examiner, calculer et mettre à l’épreuve.

Pourquoi les organisations anticapitalistes sont-elles concernées ?

Depuis des décennies, les forces anticapitalistes dénoncent : la concentration des richesses ; l’exploitation du travail ; la domination des détenteurs du capital ; les inégalités ; la privatisation des services publics ; la destruction écologique ; et la subordination de la politique aux marchés.

Mais elles proposent principalement de mieux répartir les résultats produits par la boucle existante : augmenter les salaires, taxer davantage les fortunes, développer les services publics, renforcer la protection sociale et redistribuer les revenus.

Ces mesures peuvent améliorer la condition humaine et sont souvent nécessaires. Mais elles ne suffisent pas à supprimer le mécanisme qui reconstitue continuellement le capital.

L’argent prélevé puis redistribué revient dans la consommation. La consommation alimente le chiffre d’affaires. Le chiffre d’affaires reconstitue les coûts, les marges et le capital.

La comptabilité capitaliste n’a pas été élaborée pour organiser la solidarité sociale, mais pour enregistrer les actifs, les dettes, les coûts et les résultats des propriétaires de l’entreprise. La redistribution la contraint et améliore la condition humaine, mais elle ne ferme pas la boucle d’accumulation. Les sommes redistribuées reviennent par la consommation dans le chiffre d’affaires. Dans la décomposition pédagogique développée dans l’essai, le prix final peut atteindre environ trois fois le salaire net reçu pour participer à la production. Ce rapport n’est pas identique dans tous les secteurs, mais le mécanisme général demeure : les salariés rachètent par les prix les salaires, les prélèvements, les revenus des autres acteurs et la reconstitution du capital.

Les partis qui prétendent lui offrir une alternative ont donc une responsabilité particulière : examiner les propositions qui cherchent à transformer son mécanisme et non seulement à corriger ses conséquences.

Une demande de réponse simple

Je ne demande pas immédiatement une adhésion ni une étude complète.

Chaque personne ou organisation sollicitée peut simplement répondre par l’une des formules suivantes : 

- je souhaite participer à une première rencontre d’étude ;

- je souhaite recevoir les conclusions des travaux ;

- je considère le principe erroné pour la raison suivante ;

- je ne souhaite pas participer ;

- je ne suis pas compétent sur cette question, mais je recommande de contacter telle personne ou telle institution.

Une réponse négative et argumentée est plus utile qu’un silence.

Créer un espace indépendant d’étude

Je renouvelle donc ma proposition de constituer un groupe pluraliste et international ou national réunissant notamment : des économistes ; des philosophes ; des anthropologues ; des sociologues ; des spécialistes de la comptabilité ; des chercheurs en intelligence artificielle ; des représentants syndicaux ; des entrepreneurs ; des spécialistes de l’énergie et de l’environnement.

il me semble que des instituts ou des centres de recherches ou des partis politiques ne peuvent pas écarter d'un silence les modèles économiques qui décident de leur existence différent de celui qui organisent leurs vies depuis l'apparition du travail.

Ce groupe ne serait pas chargé de défendre le Modèle Joule, mais de : 

- vérifier ses calculs ;

- éprouver ses institutions ;

- rechercher ses contradictions ;

- étudier ses effets sociaux et internationaux ; 

- le comparer aux autres projets postcapitalistes ;

- déterminer ce qui doit être conservé, corrigé ou abandonné.

Le silence ne constitue pas une réfutation

Je comprends les contraintes des chercheurs, des partis, des syndicats et des institutions. Je ne leur reproche pas individuellement de n’avoir pas répondu à un premier courrier qu’ils n’ont peut-être jamais lu.

Mais une société qui se dit inquiète de l’avenir du travail, de l’intelligence artificielle, de la dette, du climat et de la concentration du capital ne peut pas indéfiniment refuser d’examiner les modèles qui tentent de relier ces problèmes.

Je n’interprète pas le silence comme un refus.

Mais je refuse qu’il puisse tenir lieu de réfutation.

Le Modèle Joule peut être faux. Dans ce cas, démontrons-le.

Il peut être partiellement juste. Dans ce cas, corrigeons-le.

Il peut contenir les éléments d’une autre organisation économique. Dans ce cas, il ne m’appartient déjà plus : il appartient à ceux qui accepteront de l’étudier et de le développer collectivement.

Depuis longtemps, nous demandons qu’un autre monde devienne possible. Un modèle postcapitaliste est désormais écrit et proposé à l’examen. Il est peut-être temps d’accepter d’en étudier sérieusement l’architecture, plutôt que de continuer à réclamer une alternative sans examiner celles qui tentent concrètement de l’organiser.

André Giardino
Syndicaliste retraité et essayiste
Auteur de La République de l’énergie humaine
Concepteur du Modèle Joule

Consulter la présentation du Modèle Joule

 

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Rédigé par ddacoudre

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Publié le 28 Octobre 2026

Au delà de la fachosphère RN


 

Voici toujours dans le cadre de la présidentielle une première analyse comparative avec le Modèle Joule, arrêtée au 28 octobre 2026.

Toute fois je dois signaler que la RN n’a pas encore publié un programme présidentiel 2027 complet et définitivement chiffré. Je dispose actuellement de quatre ensembles dans le cadre d'une continuité de ses positions : le programme présidentiel de 2022 ; le projet législatif de 2024 ; le contre-budget 2026 ; la trajectoire financière présentée par Marine Le Pen le 6 octobre 2026.

Il faut donc parler d'un projet actuellement identifiable du RN, et non encore d’un programme 2027 entièrement stabilisé.

Le projet économique du RN face au Modèle Joule

1. La nouvelle priorité : apparaître comme un parti gestionnaire

Le RN cherche désormais à concilier trois promesses : rendre du pouvoir d’achat ; réduire fortement les dépenses publiques ; diminuer le déficit et la dette, à l’exception de la LFI elle est dans le moule de tous les gouvernements précédents qui ont échoué et repropose la même chose dans un nouveau cadre promotionnel. CE N'EST PAS UN REPROCHE, c'est un constat inéluctable tenant à notre organisation économique dirigé par le plan comptable qu'ajuste les politiques, même ceux qui sont anti capitaliste. tant que nous ne comptabiliseront pas nos existences autrement il en sera ainsi.

Marine Le Pen annonce pour 2032 : 140 milliards d’euros nets d’économies par rapport à 2026 ; un équilibre budgétaire primaire en dix-huit mois ; un déficit inférieur à 3 % en 2030 ; une diminution de dix points de la dette en cinq ans ; une baisse nette d’au moins 30 milliards d’euros d’impôts ; des dépenses publiques ramenées sous 50 % du PIB ; une règle d’or constitutionnelle imposant la réduction de la dette. lemonde.fr

Les principales économies avancées portent sur : 24 milliards de « rationalisation » de la dépense publique ; 20 milliards sur la Sécurité sociale ; 12 milliards sur les dépenses attribuées à l’immigration ; 9 milliards sur la contribution française à l’Union européenne. lemonde.fr

Le premier enseignement est donc clair : le RN ne propose pas de sortir du cadre comptable capitaliste. Il veut administrer plus sévèrement ce cadre.

2. Pouvoir d’achat : diminuer certains prix sans modifier leur formation

Le RN propose notamment : une TVA réduite sur l’électricité, le gaz, le fioul et les carburants ; la suppression de la TVA sur cent produits de première nécessité ; la suppression de la taxe sur les mutuelles ; des avantages fiscaux accordés aux familles dès le deuxième enfant ; le dégel de certaines prestations ; une diminution des impôts de production pesant sur les entreprises. francaisdeletranger.rassemblementnational.fr

Ces mesures peuvent effectivement faire baisser certains prix, à condition que la diminution de la taxe soit intégralement transmise au consommateur. Mais elles ne modifient pas le mécanisme général de formation des prix.

Le fournisseur, l’industriel et le distributeur continuent à incorporer dans leurs prix : leurs salaires ; leurs achats ; leurs loyers ; leurs intérêts ; leurs prélèvements ; leurs marges ; et la reconstitution de leur capital.

Une baisse de TVA ne supprime donc pas la boucle. Elle diminue temporairement un élément du prix, mais oblige l’État à trouver ailleurs les recettes disparues ou à réduire ses prestations. et sur ce sujet le programme ne donne aucune direction claire

C’est le même mécanisme que celui des promotions commerciales :

Le RN montre au citoyen ce qu’il gagnera sur sa facture d’énergie, mais beaucoup moins clairement ce qu’il perdra par la réduction des dépenses publiques et sociales.

Il faut comparer les deux chiffres : d’un côté, environ 30 milliards de baisse nette d’impôts promise ; de l’autre, des économies qui atteindraient 140 milliards à l’horizon 2032. La question essentielle devient donc :

Quels services, remboursements, prestations et investissements disparaîtront pour produire la différence ? C'est à dire trouver pour les salariés 180 milliards (30 x 6 ans) pour conserver leurs prestations actuelles

3. La Sécurité sociale : la principale couleuvre

Le RN annonce environ 20 milliards d’euros d’économies sur la Sécurité sociale. Mais la Sécurité sociale ne constitue pas une dépense étrangère à la vie des citoyens. Elle finance précisément : leurs soins ; leurs pensions ; leurs indemnités ; leur protection familiale ; leurs accidents et leurs incapacités.

Réduire cette dépense ne réduit pas automatiquement le besoin humain correspondant que la science fait progresser.

Une personne continuera à vieillir, à tomber malade ou à avoir besoin de soins. Si la prise en charge collective diminue, la dépense peut être transférée vers : les ménages ; les mutuelles ; les assurances privées ; les établissements privés ; ou les familles. ne s'opère alors qu'un glissement d'un coût de solidarité moins cher puisque mutualisé, vers vers un coût rémunérant des actionnaires ou un appauvrissement des soins.

Le circuit devient alors :

Prestation collective réduite → dépense transférée au ménage → achat auprès d’un opérateur privé → prix comprenant ses frais et sa marge → retour d’une partie de la dépense vers le capital.

Le RN peut donc augmenter le salaire disponible ou réduire certaines taxes tout en diminuant davantage la valeur de ce que le citoyen recevait collectivement.

La formule électorale serait :

Nous vous rendons une partie de votre argent afin que vous puissiez racheter individuellement ce que nous ne financerons plus collectivement.

4. Les retraites : du revirement social à la capitalisation

En 2024, le RN proposait encore l’abrogation de la réforme de 2023 et un départ possible à 60 ans pour certaines carrières longues. L’Institut Montaigne estimait alors le coût annuel de cette proposition à environ 34,7 milliards d’euros. institutmontaigne.org

En octobre 2026, le discours évolue. Marine Le Pen annonce désormais : entre 15 et 20 milliards d’euros d’économies sur les retraites ; une réforme de la capitalisation individuelle et collective ; la création d’un « véritable pilier de capitalisation » c'est le droit de chacun d'évoluer. lemonde.fr

Ce changement est fondamental.

La capitalisation consiste à prélever une partie des revenus actuels pour l’investir sur les marchés financiers. Elle peut procurer un revenu futur, mais elle renforce également le pouvoir des gestionnaires d’actifs, des banques, des assurances et des marchés. Elle produit du capital.

Le salarié finance alors deux fois la boucle : par son travail et sa consommation ; par son épargne retraite investie dans le capital des entreprises.

La retraite par capitalisation n’émancipe donc pas le salarié du capital. Elle rend sa pension future dépendante de sa rentabilité.

Le Modèle Joule suit une logique inverse : la retraite est financée comme une composante normale de l’existence humaine, à partir de la capacité énergétique collective disponible, et non par la nécessité d’obtenir un rendement financier sur l’épargne.

5. Immigration : déplacer la frontière de la solidarité

Le RN veut notamment : réserver ou conditionner certaines prestations aux Français ou aux étrangers ayant suffisamment travaillé en France ; imposer cinq années de travail à temps plein avant l’accès à certaines prestations de solidarité ; remplacer l’aide médicale de l’État par une aide limitée aux urgences ; supprimer certains visas pour soins ; renvoyer certains étrangers sans emploi et sans ressources ; augmenter les droits universitaires des étudiants étrangers ; instaurer la priorité nationale. francaisdeletranger.rassemblementnational.fr

Une partie de ces mesures se heurterait aux règles constitutionnelles actuelles. En 2024, le Conseil constitutionnel a considéré qu’une condition de cinq années de résidence ou de trente mois de travail portait une atteinte disproportionnée à la protection sociale des étrangers en situation régulière. LCP - Assemblée nationale

Mais le problème économique est encore différent.

Le RN présente l’étranger comme une dépense dont la suppression rendrait du pouvoir d’achat aux Français. Il raisonne à partir des prestations versées, sans toujours boucler le circuit par : les cotisations versées par les travailleurs étrangers ; leur TVA et leurs impôts ; leur production ; leur consommation ; les emplois qu’ils occupent ; et le chiffre d’affaires qu’ils génèrent.

Même si certaines économies existent, elles ne peuvent pas être comptées en ignorant les recettes et l’activité économique correspondantes. Humainement l'on ne peut pas faire des étrangers des humains de seconde zone, s'approprier durant cinq ans 86% de leur salaire qui est le coût moyen de la vie et ne leur laisser que 14% pour consommer.

Surtout, le RN ne remet pas en cause la subordination au capital. Il propose de réserver prioritairement aux nationaux les avantages et protections d’un système salarial inchangé.

Il ne supprime pas la domination économique du capital : il en redéfinit les bénéficiaires légitimes en fonction de la nationalité.

6. Entreprises : une politique favorable à l’accumulation nationale

Le RN propose : de diminuer les impôts de production ; d’alléger les normes ; de protéger les entreprises françaises contre certaines concurrences ; de favoriser les circuits courts ; de prendre des participations stratégiques dans certaines grandes entreprises ; de soutenir le nucléaire ; de défendre une préférence économique nationale.

Cela peut protéger certaines productions et certains emplois français. Mais une entreprise moins taxée ne transforme pas spontanément son économie fiscale en hausse de salaire ou en baisse de prix.

Elle peut l’affecter : à sa marge ; à ses investissements ; à son désendettement ; à ses dividendes ; ou à l’acquisition de concurrents. les entreprises qui font vivre bien des pays sont des groupes internationaux pour lesquels les PMI sont souvent des sous-traitantes, et les intérêts de ces grands dépassent ceux d'une vision nationaliste (CIA 2040)

Le RN fait donc le pari classique de l’économie de l’offre : restaurer la compétitivité et l’accumulation des entreprises françaises pour qu’elles produisent davantage, du 19 siècle qui n'est plus jouable pour l'économie mondialisé, même si elle doit être réorganisé comme UE pour le futur

Le Modèle Joule ne nie ni l’entreprise ni l’investissement. Mais il change leur fondement : l’existence humaine n’est plus financée par l’emploi salarié et la consommation ; elle est financée en amont, tandis que l’entreprise produit selon les capacités humaines, énergétiques et matérielles disponibles.

7. Écologie : protéger le niveau de vie plutôt que transformer le modèle

Le RN veut : développer le nucléaire ; combattre l’écologie qualifiée de « punitive » ; réduire ou supprimer certaines aides aux énergies renouvelables ; remplacer MaPrimeRénov’ ; réduire le Fonds vert, sauf pour les incendies et les inondations ; promouvoir un « plan climatisation ». francaisdeletranger.rassemblementnational.fr

Le développement du nucléaire peut contribuer à la décarbonation électrique et à la souveraineté énergétique. Mais l’ensemble reste orienté vers la préservation du mode de consommation existant.

Le projet ne répond pas suffisamment à la question que je poses depuis longtemps :

Comment financer les réserves d’eau, la prévention des incendies, la protection contre les inondations, la dépollution, l’adaptation des logements et le remplacement des énergies fossiles lorsque ces investissements ne procurent pas une rentabilité suffisante au capital privé ?

Le RN cherche surtout à rendre la transition moins coûteuse pour le consommateur immédiat. Il ne modifie pas la comptabilité qui empêche de réaliser les investissements collectivement nécessaires lorsqu’ils ne sont pas marchands ou rentables. Il se trouve à l'opposé des besoins de la transition économique qui demande d'énormes capitaux que ne financeront pas ce qui les possèdent s'ils ne peuvent pas les revendre aux salariés pour augmenter le leurs.

8. Dette : sacraliser une convention comptable

La règle d’or constitutionnelle proposée par le RN obligerait les gouvernements à réduire progressivement la dette.

Cette règle peut imposer une discipline aux finances publiques. Mais elle transforme une convention comptable en impératif constitutionnel supérieur aux besoins matériels.

Supposons que la France doive investir massivement contre : la sécheresse ; les inondations ; les incendies ; le vieillissement ; la dépendance énergétique ; ou une crise sanitaire. soit l'on appauvrit les salariés puisque ce sont eux qui rachète tout, soit l'on impose au capital de financer sans retour ou on constate qu'une règle budgétaire rigide pourrait conduire à retarder des investissements matériellement indispensables parce qu’ils augmenteraient temporairement le déficit.

Le RN part donc de cette question :

Comment diminuer la dette dans le système actuel ?

Le Modèle Joule pose une question située en amont : Pourquoi une société disposant des personnes, des machines, des connaissances et des matériaux nécessaires doit-elle renoncer à agir parce qu’une convention monétaire lui indique qu’elle ne possède pas le financement ?

9. Tableau comparatif

Question

Projet RN

Modèle Joule

Capitalisme

Conservé et renforcé nationalement

Dépassé par une nouvelle comptabilisation

Salariat

Maintenu

Transformé en partenariat économique

Financement de la vie

Salaire, prestations, épargne et dette

Revenu d’actif financé par la Banque Joule

Capital

Monétaire, privé et financier

Capacité humaine et mécanique comptabilisée

Pouvoir d’achat

Baisses de TVA et de taxes

Séparation du coût de la vie et du prix productif

Retraites

Répartition complétée par capitalisation

Protection de l’existence financée collectivement

Services publics

Rationalisation et réduction de certaines dépenses

Financement selon les besoins et capacités réelles

Immigration

Priorité nationale

Reconnaissance de l’énergie humaine de chaque personne

Entreprise privée

Maintenue et fiscalement soutenue

Maintenue, avec marge bornée et prêts sans intérêt

Dette

Réduction constitutionnellement imposée

Disparition progressive du besoin d’endettement interne

Écologie

Nucléaire, adaptation et refus de l’écologie punitive

Investissements décidés selon les besoins physiques

Accumulation

Conservée

Empêchée de gouverner l’accès à la vie

Mon avis momentané à ce stade

Le RN possède désormais un projet plus construit qu’une simple succession de slogans sur l’immigration et la sécurité. Il identifie certaines difficultés réelles : perte de souveraineté industrielle ; prix de l’énergie ; dette ; bureaucratie ; déserts médicaux ; concurrence internationale ; fragilité agricole ; besoin de nucléaire.

Mais sa réponse demeure enfermée dans la même comptabilité que celle des gouvernements précédents, la dictature du plan comptable.

Il ne change pas la boucle :

capital avancé → salaires et production → consommation → chiffre d’affaires → reconstitution et augmentation du capital.

Il change : la nationalité de ceux qui doivent être protégés ; les dépenses autorisées ; les secteurs favorisés ; les impôts prélevés ; et la fermeté du pouvoir politique chargé de gérer le système.

Il ne change pas ce qui fabrique le capital ni ce qui maintient le salarié sous sa dépendance.

La conclusion pourrait être :

Le RN promet une rupture politique sans rupture économique. Il veut rendre le capitalisme plus national (une hérésie aujourd'hui qui démontre que le RN ne sait pas ce qu'est le capitalisme), plus autoritaire dans sa gestion, plus sélectif dans sa solidarité et plus protecteur envers certaines entreprises françaises. Mais il ne libère pas les citoyens de l’obligation de financer leur existence par le salaire, la consommation, l’endettement et désormais la capitalisation de leur retraite. Il ne supprime pas la boucle : il repeint ses frontières en bleu, blanc, rouge.

Le RN imagine que ce sont les entreprises qui vont investir dans les besoins nécessaires et verser les salaires adéquats pour récupérer en retours leurs investissements majorés. En clair elle reconstitue le néolibéralisme nationaliste en réduisant les solidarités égoïstes mutualistes au service de la vie humaine. L'augmentation de capital qui s'en suivra ne juge en rien qu'il bénéficiera au pays compte tenu d'investissement plus attractif à l'étranger. C'est le même risque qu'avec la relance de Mélenchon sur les salaires, comme en 83 avec les socialistes. En fait les salariés en achetant au privé plus qu'en finançant les prestations de l'état, même en payant les intérêts de la dette, risquent de s’appauvrir en croyant avoir reçu une augmentation comme dans la grande distribution.

.C’est bien là la comparaison avec le commerce : on montre au salarié le gain immédiatement visible et l’on disperse dans ses dépenses futures ce qui lui sera repris.

Certes le RN ne confie pas absolument tous les investissements au privé. Il conserve un État stratège dans le nucléaire, la défense, certaines infrastructures et les entreprises considérées comme souveraines. Mais son architecture générale repose bien sûr cette espérance : diminuer les impôts, les cotisations et les normes pesant sur les entreprises ; restaurer leur compétitivité et leurs marges ; les inciter à investir ; produire davantage ; créer des emplois et distribuer des salaires ; récupérer ensuite des recettes grâce à la croissance, à la TVA et à l’impôt sur les bénéfices.

C’est une version nationale et protectionniste de l’économie de l’offre, mais ce n’est pas une sortie du néolibéralisme.

Un néolibéralisme nationalisé

Le RN ne remet pas en cause le droit du capital à décider où, quand et dans quoi il investira. Il espère simplement que les avantages accordés aux entreprises françaises les conduiront à investir prioritairement en France.

Or rien ne le garantit, nous l'avons déjà vu par le passé pour tous les gouvernements qui l'ont fait, ce qui a entraîné une revendication d'aider que celles qui créaient des emplois.

Une entreprise qui obtient une baisse d’impôts ou de cotisations peut utiliser cet avantage pour : investir en France ; automatiser et supprimer des emplois ; augmenter ses marges ; verser des dividendes ; racheter ses propres actions ; acquérir une entreprise étrangère ; déplacer une partie de sa production ; ou investir dans un pays offrant une rentabilité supérieure. Nous avons là toutes les raisons qui ont fait l'échec des gouvernements précédents.

La nationalité juridique de l’entreprise ne garantit pas la destination nationale de son capital. Une entreprise française reste engagée dans une concurrence mondiale et recherche généralement les investissements les plus rentables.

Le RN veut nationaliser les préférences sans nationaliser les décisions du capital.

Il peut favoriser le « produire français », comme le soutenait Montebourg, mais tant qu’il ne conditionne pas strictement ses aides à l’investissement, à l’emploi, aux salaires et à la localisation des bénéfices, une partie du capital supplémentaire peut repartir vers les marchés internationaux.

Réduire les solidarités pour augmenter le revenu apparent

L’autre mécanisme est encore plus important.

La protection sociale, les services publics et les prestations constituent ce que l’on peut appeler une solidarité égoïste mutualisée : chacun cotise parce qu’il peut, un jour, tomber malade, perdre son emploi, vieillir ou avoir besoin de l’aide des autres.

Cette solidarité n’est pas de la charité. Elle organise collectivement le financement de notre propre vulnérabilité.

Lorsque le RN propose simultanément : des baisses d’impôts ou de taxes ; une réduction des cotisations ; 20 milliards d’économies sur la Sécurité sociale ; une réduction de certaines prestations ; et le développement de la capitalisation des retraites,

il déplace une partie du financement de l’existence depuis la mutualisation publique vers le marché privé plus cher.

Le citoyen peut alors recevoir davantage de revenu monétaire tout en perdant une partie de son revenu socialisé.

La bonne formule n’est donc pas : Pouvoir d’achat = salaire net,

mais : Niveau de vie réel=salaire net+prestations et services mutualisés−dépenses privées indispensables. s

Si le salarié reçoit 100 euros de plus, mais doit dépenser ensuite : 40 euros supplémentaires pour sa mutuelle ; 30 euros pour préparer sa retraite ; 20 euros pour ses transports ; 25 euros pour des soins moins remboursés,

il a reçu une augmentation nominale de 100 euros, mais son niveau de vie réel a diminué de 15 euros.

Acheter au privé ce que nous financions collectivement

Lorsqu’un service est financé par l’État ou la Sécurité sociale, son coût comprend naturellement : les salaires ; les bâtiments ; les machines ; les médicaments ou fournitures ; l’administration ; parfois les intérêts de la dette.

Mais il n’a normalement pas à financer : les dividendes d’actionnaires ; la rémunération d’un capital privé ; les frais commerciaux ; la publicité destinée à conquérir des clients ; les rachats d’entreprises ; ni une marge de rentabilité.

Lorsque ce même service est acheté auprès d’une entreprise, tous ces éléments peuvent être ajoutés au prix.

Cela ne signifie pas que tout service public est automatiquement moins cher ou mieux administré. Des gaspillages et des erreurs existent. Mais la privatisation n’efface pas les coûts : elle leur ajoute éventuellement une exigence de rentabilité.

Le citoyen peut ainsi refuser de payer 100 euros de cotisation collective et accepter ensuite de payer 120 euros au privé, parce que les 100 euros lui semblaient être une charge tandis que les 120 euros lui sont présentés comme un service choisi.

C’est exactement le même biais psychologique que dans la grande distribution.

La promotion électorale

Le commerçant annonce une baisse spectaculaire sur un produit pour attirer le client, puis récupère sa marge sur l’ensemble du panier.

Le programme politique peut procéder de la même façon : la hausse du salaire net constitue le produit d’appel ; la baisse de TVA constitue la promotion ; la diminution des cotisations donne l’impression d’un gain ; la réduction des prestations est écrite en petits caractères ; la privatisation progressive permet de récupérer le gain dans les dépenses futures.

Le citoyen regarde la ligne de salaire comme le consommateur regarde l’étiquette jaune. Il ne calcule pas toujours le coût complet du panier de son existence.

Il croit gagner comme salarié ce qu’il reperdra comme malade, retraité, parent, automobiliste, assuré ou usager.

Le risque comparable à la relance de 1981–1983

Mon rapprochement avec la relance engagée après l’élection de François Mitterrand est très indicatif d'un risque réel, à condition de préciser le mécanisme.

En 1981 et 1982, l’augmentation des revenus et des dépenses publiques a soutenu la demande. Mais une partie de cette demande supplémentaire s’est portée sur : des produits importés ; des entreprises étrangères ; des biens que l’industrie française ne produisait plus suffisamment.

Les salaires distribués en France ne sont donc pas tous revenus aux entreprises françaises. Ils ont également alimenté les importations, dégradé la balance commerciale et accru les tensions sur le franc. Cela a contribué, avec d’autres facteurs, au tournant de la rigueur de 1983.

Une relance salariale contemporaine — qu’elle vienne de Mélenchon ou d’un autre candidat — rencontre une difficulté comparable dans une économie beaucoup plus ouverte , où la chasse aux produits chinois et aux GAFA est engagée

augmenter les salaires en France ne garantit pas que la consommation supplémentaire financera la production et l’emploi en France.

Elle peut soutenir : les importations chinoises ; l’industrie allemande ; les plateformes américaines ; les groupes internationaux ; tou les profits transférés dans des filiales étrangères.

Le problème n’est donc pas l’augmentation salariale elle-même. Le problème est l’absence de maîtrise de la boucle qui doit relier cette augmentation à la production nationale, à l’emploi et à l’investissement collectif.

Deux politiques apparemment opposées, une même boucle

Mélenchon et le RN proposent des orientations sociales et politiques très différentes. Mais ils demeurent enfermés dans le même mécanisme économique.

Mélenchon espère principalement : augmentation des salaires → consommation → activité → emploi → recettes publiques.

Le RN espère principalement : baisse des prélèvements et des normes → marge des entreprises → investissement → emploi → salaires → recettes publiques.

Dans le premier cas, on alimente la boucle par la demande. Dans le second, on l’alimente par le capital.

Mais dans les deux cas, on attend du capital privé qu’il transforme l’impulsion initiale en production, en emploi et en prospérité collective. Et, dans les deux cas, rien ne garantit que le capital revenu majoré restera en France ou servira l’intérêt collectif.

Ce constat n'est pas seulement vrai pour ces deux partis, mais pour tous les autres, même bloquer les prix, si ce n'est pas ciblé comme le propose la LFI peut être contre-productif.

La conclusion

Le RN ne sort pas du néolibéralisme : il tente de le nationaliser. Il réduit les solidarités mutualisées pour rendre au citoyen une partie visible de son revenu, puis l’oblige à racheter individuellement auprès du privé ce qu’il ne recevra plus collectivement. L’entreprise récupère alors cette dépense dans son chiffre d’affaires, y ajoute sa marge et reconstitue son capital. Mais rien ne garantit que ce capital supplémentaire sera investi en France : il ira là où la rentabilité semblera la meilleure.

La promesse fonctionne comme une promotion commerciale. Le salarié regarde l’augmentation affichée sur sa fiche de paie, comme le client regarde la réduction apposée sur le paquet de café. Il ne voit pas encore ce que lui coûtera le panier complet de son existence. Il peut ainsi croire qu’il s’enrichit au moment même où la diminution de ses protections collectives prépare son appauvrissement.


 

Le RN promet d’enrichir le salarié sur sa fiche de paie en lui faisant racheter plus cher sur le marché ce qu’il possédait collectivement.

 

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Rédigé par ddacoudre

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Publié le 27 Octobre 2026

Tous unis contre la vie chère

Tous les citoyens ont entendu cette publicité d'Intermarché (qui appartient au Groupement Les Mousquetaires) ce paradoxe est très intéressant : si ces réductions faisaient perdre durablement de l’argent aux commerçants, elles disparaîtraient. Elles existent toute l’année parce qu’elles constituent une technique de vente et non une œuvre sociale. Mais ce n'est pas tout durant la période électorale des partis utiliseront les mêmes technique psychologique. Cela ne peut pas s'expliquer en quelques lignes d'où la longueur de l'article, mais c'est ce que nous vivons tous les jours sans tout comprendre.

A l'heure où des manifestations réclament des augmentations de salaires, manifestent contre la vie chère, il serait peut-être intéressant et instructif d'apporter à tous ces manifestants et aux citoyens en général contre quoi ils manifestent. Ce serait d'autant plus utile durant cette campagne électorale.

Il faut toutefois distinguer la marge sur l’article promotionnel du bénéfice réalisé sur l’ensemble du magasin. Voici une base d’article que nous pourrons ensuite enrichir avec des exemples concrets.

La grande braderie permanente : comment gagner davantage en faisant croire que tout coûte moins cher

Il fut un temps où les réductions de prix étaient principalement associées aux soldes. Deux fois par an, les commerçants écoulaient leurs stocks avant de renouveler leurs collections.

Aujourd’hui, les soldes ne constituent plus qu’un épisode particulier au milieu d’une braderie devenue permanente : de promotions ; e prix bas ; de prix cassés ; de prix coûtants ;de ventes flash ; de remises immédiates ; de bons de réduction ;de deuxième produit à moitié prix ; de troisième produit offert ; de cagnotte portée sur la carte de fidélité ;d'avantage réservé aux adhérents ; de remboursement différé ; de lot familial présenté comme plus économique.

Le consommateur entre dans une véritable usine à gaz. Il ne sait plus quel est le prix normal, si le produit est réellement moins cher, s’il doit en acheter deux pour bénéficier de la réduction, si l’avantage est immédiat ou reporté sur un prochain achat, ni même si le prix affiché correspond à un besoin réel.

Une seule chose demeure certaine : les entreprises qui organisent continuellement ces opérations ne le font pas pour réduire leurs bénéfices.

Le prix normal est devenu presque introuvable

Lorsqu’un produit passe successivement de 10 euros à 8 euros, puis revient à 10 euros avant d’être proposé à 7,50 euros aux détenteurs d’une carte, quel est son véritable prix ?

Est-ce 10 euros, 8 euros ou 7,50 euros ?

Le consommateur croit comparer des prix. En réalité, il compare des présentations commerciales construites pour orienter son comportement.

Depuis 2022, lorsqu’un commerçant annonce une réduction, le prix de référence doit normalement correspondre au prix le plus bas qu’il a pratiqué au cours des trente jours précédents. Cette règle vise à empêcher qu’un prix soit artificiellement augmenté juste avant une promotion pour permettre l’affichage d’une réduction fictive.

Mais cette protection ne supprime pas la complexité des offres. Elle n’empêche ni les lots, ni les cagnottes, ni les bons utilisables plus tard, ni les avantages réservés aux cartes de fidélité. Elle ne permet pas davantage au consommateur de connaître le coût réel du produit, le prix payé au fournisseur ou la marge finalement réalisée.

Une réduction ne signifie pas nécessairement une perte

Il faut éviter une erreur : un commerçant ne gagne pas forcément davantage sur chaque article vendu en promotion.

Sa marge sur cet article peut diminuer. Elle peut même, dans certains cas autorisés, disparaître. Mais le commerçant ne raisonne pas produit par produit comme le fait le consommateur. Il raisonne sur le chiffre d’affaires et la rentabilité de l’ensemble du magasin.

Un produit vendu avec une marge très faible peut remplir plusieurs fonctions :

  1. faire entrer le client dans le magasin ;

  2. lui faire acheter une quantité supérieure à celle dont il avait besoin ;

  3. provoquer l’achat d’autres produits conservant une marge importante ;

  4. accélérer la rotation des stocks ;

  5. réduire les frais de stockage et les pertes sur les invendus ;

  6. prendre des clients à un concurrent ;

  7. recueillir des informations grâce à la carte de fidélité ;

  8. habituer le consommateur à une marque ou à une enseigne ;

  9. obtenir du fournisseur une participation au financement de l’opération ;

  10. augmenter suffisamment le volume des ventes pour compenser la baisse de marge unitaire.

La promotion ne doit donc pas être évaluée seulement sur l’article placé en tête de gondole. Elle doit être examinée à l’échelle du panier, du magasin, de l’enseigne et de la négociation avec les fournisseurs.

Le consommateur voit l’étiquette rouge. Il ne voit pas la comptabilité qui se trouve derrière.

Le véritable fonctionnement de la promotion

Prenons un exemple simplifié.

Un magasin achète habituellement un produit 6 euros et le revend 10 euros. Sa marge commerciale brute est alors de 4 euros.

Il décide de proposer ce produit à 8 euros. Sa marge tombe apparemment à 2 euros.

Mais si cette réduction lui permet de vendre trois fois plus de produits, il peut obtenir : avant la promotion : 100 ventes × 4 euros de marge = 400 euros ; pendant la promotion : 300 ventes × 2 euros de marge = 600 euros.

Le prix est plus bas, mais la marge commerciale totale devient plus élevée.

À cela peuvent s’ajouter les autres produits achetés par les clients, les remises accordées par le fournisseur, les ristournes liées au volume et les prestations commerciales facturées par le distributeur.

Dans la grande distribution, il existe ainsi une différence entre le prix figurant initialement sur la facture et le prix d’achat effectif après prise en compte des remises et autres avantages financiers. Certaines de ces sommes, parfois qualifiées de « marges arrière », peuvent être enregistrées comme réduction du coût d’achat ou comme rémunération d’une prestation commerciale.

Le prix affiché au consommateur ne permet donc pas de connaître la marge réelle.

Que signifie vraiment « prix coûtant » ?

L’expression est particulièrement efficace. Elle donne l’impression que le commerçant revend généreusement le produit sans gagner un centime.

Mais quel coût désigne-t-elle ?

Le prix payé au fabricant ? Le montant figurant sur la facture ? Le prix diminué des remises obtenues ultérieurement ? Le transport est-il compris ? Les frais de personnel, les bâtiments, l’électricité et la publicité sont-ils inclus ?

En droit commercial, le seuil de revente à perte repose sur le « prix d’achat effectif ». Celui-ci tient compte du prix net facturé, de certains avantages financiers, des taxes particulières et du transport. En dehors des exceptions prévues par la loi, un commerçant ne peut pas revendre un produit en l’état en dessous de ce seuil.

Le « prix coûtant » publicitaire ne signifie donc pas que l’ensemble de l’opération ne rapporte rien au magasin. Le produit peut servir d’appel, tandis que le bénéfice est réalisé sur le reste du panier, sur le volume, sur les remises du fournisseur ou sur les achats futurs.

Le commerçant peut perdre dix centimes sur ce qui attire le client et gagner dix euros sur ce que le client ajoute dans son chariot.

Les soldes constituent un cas différent

Pendant les soldes réglementés, les commerçants peuvent écouler les marchandises détenues depuis au moins un mois et les vendre, si nécessaire, à perte. L’objectif historique est de permettre l’écoulement des stocks.

Les promotions ordinaires répondent à une autre logique. Elles peuvent être organisées toute l’année, mais la revente à perte demeure normalement interdite.

Cette différence explique en partie la multiplication des appellations. Lorsqu’il ne peut pas appeler une opération « soldes », le commerce invente les « journées exceptionnelles », les « prix anniversaire », les « semaines imbattables » ou les « offres réservées ».

Le vocabulaire change. La fonction demeure : provoquer l’achat.

Le consommateur n’achète plus seulement un produit

La promotion transforme le comportement du consommateur.

Il n’achète plus nécessairement ce dont il a besoin. Il achète ce qu’il craint de devoir payer plus cher demain.

Il ne se demande plus : « Ai-je besoin de ce produit ? »

Il se demande : « Puis-je laisser passer une réduction de 30 % ? »

Le commerçant déplace ainsi l’attention. La question du besoin disparaît derrière celle de l’avantage supposé.

La carte de fidélité pousse encore plus loin le mécanisme. La réduction n’est parfois pas rendue immédiatement au consommateur : elle est placée dans une cagnotte qu’il ne pourra utiliser qu’en revenant dans la même enseigne. Ce qui est présenté comme de l’argent rendu constitue donc également une obligation commerciale de revenir acheter.

La fidélité du client est moins récompensée qu’organisée.

Toujours moins cher, toujours plus rentable

Il n’y a finalement aucune contradiction entre la multiplication des prix réduits et l’augmentation des bénéfices.

L’entreprise peut réduire la marge sur certains produits tout en augmentant :

  • le nombre de clients ;

  • les quantités vendues ;

  • le montant moyen du panier ;

  • la vitesse de rotation des stocks ;

  • les remises obtenues des fournisseurs ;

  • la fidélité à l’enseigne ;

  • et sa part de marché.

La concurrence pousse toutes les enseignes à annoncer qu’elles sont moins chères que les autres. Pourtant, elles doivent toutes payer leurs salariés, leurs bâtiments, leur énergie, leur publicité, leurs actionnaires, leurs intérêts et leurs investissements.

Elles doivent surtout reconstituer le capital engagé et, si possible, l’augmenter.

Le magasin ne fait donc pas disparaître les composantes du prix. Il les déplace entre les produits, les fournisseurs, les périodes de vente et les catégories de consommateurs.

Certains clients achètent pendant les promotions. D’autres paient le prix ordinaire. Certains produits servent d’appâts. D’autres reconstituent la marge abandonnée.

Le consommateur regarde chaque étiquette séparément. L’entreprise, elle, tient la comptabilité de l’ensemble.

La réduction ne remet pas en cause la boucle capitaliste

Même lorsqu’un prix diminue réellement, le principe du système reste inchangé :

capital avancé → achat des marchandises et paiement des coûts → vente aux consommateurs → chiffre d’affaires → reconstitution du capital → bénéfice et nouvelle accumulation.

La promotion n’interrompt pas cette boucle. Elle l’accélère.

Elle fait croire au consommateur qu’il a remporté une petite victoire sur le prix, alors qu’il a souvent acheté davantage, choisi une marque déterminée ou accepté de revenir dans le même magasin.

Le prix barré ne barre donc jamais la route au capital.

Il indique seulement au consommateur le chemin qu’on souhaite lui faire prendre.

Un prix bas ne signifie pas nécessairement une faible rentabilité.

Un produit peu cher peut :

- dégager une faible marge par unité, mais une marge totale importante grâce aux volumes ;

- conserver une forte marge si son coût d’achat est encore plus faible ;

- attirer le client, tandis que la marge est réalisée sur les autres produits ;

- procurer des remises supplémentaires lorsque les objectifs de vente négociés avec le fournisseur sont atteints ;

- être une marque de distributeur, sur laquelle l’enseigne maîtrise davantage la fabrication, le prix et la marge.

L’Insee confirme d’ailleurs que les marges varient fortement selon les familles de produits et que le taux de marge commerciale ne constitue pas le bénéfice net : il doit encore financer les salariés, les bâtiments, l’énergie et les autres coûts de distribution. 45

Les ressorts psychologiques

Le client voit bien que son chariot se vide. Mais cela ne le conduit pas nécessairement à abandonner les promotions. Au contraire, l’appauvrissement peut renforcer leur efficacité.

  1. Le prix d’ancrage

Le prix barré devient le point de comparaison. Un produit affiché « 10 euros au lieu de 14 » paraît avantageux, même si le consommateur ignore la valeur véritable du produit. Les recherches montrent que le prix de référence fourni par le vendeur influence fortement la perception de la bonne affaire. Oxford Academic

  1. La peur de perdre l’occasion

« Offre limitée », « seulement aujourd’hui » ou « jusqu’à épuisement des stocks » transforme l’absence d’achat en perte imaginaire. Le client ne pense plus seulement à ce qu’il dépense, mais à l’économie qu’il croit perdre s’il n’achète pas.

  1. L’illusion d’avoir économisé

Une personne venue dépenser 50 euros peut repartir avec un panier de 65 euros et avoir l’impression d’avoir économisé 15 euros grâce aux promotions. Elle confond alors la différence entre le prix barré et le prix payé avec une véritable économie budgétaire.

Elle n’a pas économisé 15 euros : elle en a dépensé 65.

  1. La quantité comme suggestion

Une offre « trois pour le prix de deux » ne réduit pas seulement le prix unitaire : elle suggère la quantité qu’il faudrait acheter. Les recherches montrent que les promotions par lots favorisent le changement de produit et, dans certaines situations, le stockage ou l’achat de quantités supérieures. journals.sagepub.com

  1. La récompense immédiate

Trouver une promotion procure une petite satisfaction : le client a l’impression d’avoir été vigilant, intelligent et d’avoir déjoué la cherté. Dans une période de perte de pouvoir d’achat, cette satisfaction lui rend symboliquement une part de contrôle.

  1. La fidélité organisée

La cagnotte et les bons d’achat ne rendent pas toujours immédiatement l’argent. Ils obligent le client à revenir pour ne pas perdre l’avantage acquis. La dépense présente fabrique donc la dépense future.

  1. La complexité qui empêche de comparer

Prix au kilogramme, lots de formats différents, réductions différées, cartes de fidélité, quantités diminuées et promotions personnalisées rendent la comparaison difficile. Le consommateur finit par choisir le signal visuel le plus simple : l’étiquette rouge, le pourcentage ou le mot « promo ».

Pourquoi continuent-ils alors que le chariot se vide ?

Il ne faudrait pas présenter les consommateurs comme simplement crédules. Beaucoup savent parfaitement que les prix augmentent. Mais ils doivent continuer à manger, se laver et entretenir leur logement.

La promotion devient alors non plus le moyen de s’enrichir, mais une technique de survie à l’intérieur d’un budget contraint.

Le raisonnement devient :

« Mon chariot est moins rempli, mais sans les promotions il le serait encore moins. »

C’est cela qui entretient le processus. La dégradation du pouvoir d’achat ne détruit pas nécessairement le système promotionnel : elle peut accroître la dépendance à son égard. Le client recherche sans cesse les bonnes affaires pour supporter des prix dont il constate pourtant l’augmentation générale.

L’enseigne ne lui vend donc pas seulement un produit moins cher. Elle lui vend le sentiment de limiter sa perte.

Étude expérimentale depuis 1970

Dans les années 1970, la France est en plein boom des hypermarchés, et les techniques de marketing (la merchandising science) s'importent massivement des États-Unis. Deux réalités distinctes se sont très probablement croisées ou extrapolées dans les enseignements de l'époque :

  1. La réalité des laboratoires comportementaux : À cette période, les chercheurs et les cabinets de marketing utilisaient effectivement de vrais laboratoires d'observation équipés de vitres sans tain. Il s'agissait souvent de faux magasins miniatures (des test stores ou mock-up stores) recréés en milieu universitaire ou dans des instituts de recherche. Les clients y étaient invités à faire des simulations d'achats sous l'œil des psychologues et des sociologues. Le fait que le groupe Casino (alors basé à Saint-Étienne) ait été le fer de lance de l'innovation commerciale en France (inventeur du libre-service, pionnier des marques de distributeurs) en faisait le sujet d'étude ou l'exemple parfait dans les cours de marketing.


 

Le magasin expérimental de Saint-Étienne est tout à fait cohérent avec les méthodes d’étude du comportement commercial : observation des déplacements, organisation des rayons, tests d’implantation et analyse du regard sont devenus courants. Les magasins disposent aujourd’hui des données de caisse et des cartes de fidélité, qui permettent une observation beaucoup plus précise et individualisée des achats. L’Insee utilise lui-même les données de caisse quotidiennes de la grande distribution pour étudier les prix et les comportements. Insee

Un labyrinthe psychologique.

Plus le consommateur perd du pouvoir d’achat, plus il cherche les promotions ; et plus il cherche les promotions, plus le commerce peut orienter ses achats. Le prix bas ne libère donc pas nécessairement le client : il peut devenir l’instrument de sa conduite.

Mon raisonnement apporte la dimension anthropologique qui manquait pour comprendre la tartuferie du slogan Tous unis contre la vie chère. Le ressort ne relève pas seulement de l’avarice : tout organisme vivant tend à obtenir une ressource en dépensant le moins d’énergie possible. Chez l’être humain, la monnaie est devenue une représentation culturelle de l’énergie dépensée pour vivre. Économiser de l’argent est donc ressenti comme économiser une part de son effort vital.

Mon exemple du pommier démontre que le premier fruit cueilli est celui à porté de main. Celui juché or de portée demande une adaptation culturelle (technologie). La promotion réalise cependant une inversion : dans la nature, l’être humain fabrique un outil pour atteindre une ressource éloignée ; dans le magasin, le commerçant rapproche symboliquement du portefeuille une marchandise auparavant jugée inaccessible.

Le vieux réflexe de l’économie d’énergie

Derrière toutes ces méthodes commerciales se trouve un ressort beaucoup plus ancien que le commerce lui-même : la recherche d’une ressource au moindre coût énergétique.

Tout être vivant tend à saisir d’abord ce qui lui est le plus facilement accessible. Cette disposition n’est pas une preuve de paresse. Elle participe à la préservation de l’existence : pourquoi dépenser davantage d’énergie pour obtenir ce qui peut l’être avec un effort moindre ?

Prenons l’exemple d’un pommier.

L’être humain commence naturellement par cueillir les pommes situées à portée de sa main. Lorsque les plus accessibles ont disparu, il se dresse sur la pointe des pieds. Puis il entre dans le monde culturel de l’adaptation : il fabrique un escabeau pour atteindre les branches intermédiaires et une échelle pour parvenir jusqu’aux fruits les plus hauts.

Le besoin est biologique, mais la solution devient culturelle et technique.

La grande distribution exploite le même mécanisme en remplaçant la dépense physique par la dépense monétaire. Le consommateur cherche spontanément à obtenir les produits dont il a besoin ou envie en mobilisant la plus petite part possible de son revenu.

La monnaie représente ici indirectement l’énergie qu’il a dû dépenser pour l’obtenir. Dépenser moins lui donne donc le sentiment de préserver une partie de son effort, de son temps et de ses possibilités futures.

Les promotions utilisent ce réflexe primitif.

Ce qui semblait trop cher, donc placé hors de portée du portefeuille, est soudain rapproché par une réduction, un prix barré, une cagnotte ou un produit offert. L’article devient symboliquement aussi accessible que la pomme placée sur la branche la plus basse.

Mais le processus est inversé.

Dans la nature, l’être humain fabrique un outil pour atteindre une ressource dont il a préalablement reconnu le besoin. Dans le magasin, c’est le commerçant qui modifie artificiellement la distance entre le consommateur et la marchandise afin de provoquer son désir de la saisir.

L’escabeau n’est plus construit par celui qui recherche la pomme. Il est placé devant lui par celui qui veut vendre les pommes.

Le client pense économiser son énergie monétaire. Pourtant, la promotion peut l’amener à acheter une quantité supérieure, à choisir un produit dont il n’avait pas besoin ou à dépenser davantage que prévu.

Il confond alors deux opérations différentes :

- payer moins cher un produit qu’il aurait acheté de toute façon ;

- acheter parce que le prix réduit lui donne l’impression qu’il perdrait quelque chose en renonçant.

Dans le premier cas, il réalise éventuellement une économie.

Dans le second, il effectue une dépense supplémentaire sous l’impression d’avoir économisé.

Le commerce transforme ainsi un mécanisme biologique de préservation en instrument d’accroissement de la consommation. Le réflexe qui devait permettre d’obtenir une ressource avec moins d’effort conduit parfois à mobiliser davantage de monnaie pour acheter davantage de marchandises.

La promotion ne se contente donc pas de mettre le produit à portée de la main ou du portefeuille. Elle tend cette main vers un produit qu’elle n’avait pas nécessairement l’intention de saisir.


 

Tous ces super marché et autres magasins, en de hors des soldes, qui bradent, font des promos, des prix toujours plus bas ne sont pas des philanthropes, ni des œuvres de bienfaisance ou des ventes de générosité envers les personnes dans le besoin.

Voici quelques comptes un peu difficile à trouver. Casino et Auchan publient des comptes consolidés de groupe. Leclerc, Intermarché, U et Grand Frais sont constitués de sociétés indépendantes ou fragmentées. Le résultat de leur centrale ne représente donc pas le bénéfice cumulé de tous leurs magasins.

Les montants ci-dessous sont des résultats nets, en millions d’euros.

Groupe ou structure observée

2021

2022

2023

2024

2025

Cumul disponible

Casino, groupe consolidé

–534

–316

–5 661

–295

–402

–7 208

Auchan–Elo, groupe consolidé

+358

+42

–378

–1 220

non publié dans les sources trouvées

–1 198 sur 4 ans

Les Mousquetaires, société consolidée

+67,2

+58,2

+89,7

+59,3

+59,6

+334

Galec, centrale nationale Leclerc

non trouvé

+8,9

+11,1

+12

non trouvé

+32 sur 3 ans

Coopérative U, société centrale

non trouvé

+0,364

+0,523

+0,488

+0,528

+1,9 sur 4 ans

Prosol, principal opérateur de Grand Frais

+124,2

+69

+122,1

+119,5

non publié

+434,8 sur 4 ans

Ce que signifient réellement ces chiffres

Casino a cumulé environ 7,2 milliards d’euros de pertes entre 2021 et 2025. La perte exceptionnelle de 2023 provient notamment des dépréciations d’actifs, des cessions et de la restructuration financière. Le groupe de 2025 n’a d’ailleurs plus le même périmètre que celui de 2021. En 2024, sa perte consolidée s’élevait encore à 295 millions, après 5,661 milliards en 2023. groupe-casino.fr Pour survivre, Casino a vendu ses grands magasins (cessions), a accepté que ses marques valent moins cher qu'avant (dépréciations), et passe ses journées à négocier de nouveaux délais ou effacements de dettes avec ses banquiers (restructuration financière).

Auchan–Elo a gagné 400 millions durant les deux premières années observées, puis perdu près de 1,6 milliard en 2023 et 2024. Sa perte de 2024, environ 1,2 milliard d’euros, était notamment liée aux difficultés commerciales et aux dépréciations d’actifs. lemonde.fr

Pour Intermarché, les comptes consolidés de la Société Les Mousquetaires font apparaître environ 334 millions d’euros de bénéfices cumulés en cinq ans. Mais cette société rassemble les activités industrielles, logistiques, financières et certains services du groupement : ce n’est pas l’addition des bénéfices personnels de tous les magasins Intermarché et Netto. Les comptes officiels confirment, par exemple, un résultat consolidé de 89,7 millions en 2023. Groupement Mousquetaires

Pour Leclerc, le Galec n’est que la centrale nationale. Ses 32 millions de bénéfices observés entre 2022 et 2024 ne comprennent pas les résultats des centaines de sociétés exploitant les magasins. Présenter ce montant comme « le bénéfice de Leclerc » serait donc faux. Les bénéfices réels sont dispersés entre les adhérents et leurs sociétés locales. pappers.fr

La même réserve vaut pour Super U. Les quelque 1,9 million enregistrés par la société centrale entre 2022 et 2025 ne représentent absolument pas le bénéfice de tous les Super U, Hyper U et U Express. La centrale réalise environ 16 milliards d’euros de chiffre d’affaires comptable, mais fonctionne comme un outil coopératif dont les marges reviennent en partie aux adhérents. pappers.fr

Pour Grand Frais, nous disposons des comptes de Prosol, son principal opérateur : environ 435 millions d’euros de résultat net entre 2021 et 2024. Mais Grand Frais n’est pas juridiquement une entreprise unique. Chaque magasin réunit plusieurs sociétés correspondant aux différents rayons ; Prosol réalise plus de 60 % de l’activité, sans couvrir toute l’enseigne. pappers.fr

Nous pouvons tout de même observer que malgré la concurrence qu'ils se livrent seul casino rencontre des difficultés

Une conclusion importante pour mon article

Les chiffres ne permettent pas d’écrire que toutes les grandes surfaces gagnent toujours davantage grâce aux promotions. Casino et Auchan ont enregistré des pertes considérables.

En revanche, mon raisonnement reste pertinent à un autre niveau : une réduction de prix peut augmenter le bénéfice lorsqu’elle attire davantage de clients, accroît les volumes vendus, fait acheter d’autres produits plus rentables ou permet d’obtenir des contributions des fournisseurs. Le produit annoncé à prix cassé peut rapporter peu, voire rien, tandis que le panier complet demeure profitable.

On pourrait résumer ainsi :

La grande distribution ne gagne pas nécessairement beaucoup sur chaque article. Elle gagne sur le nombre d’articles, la fréquence des visites, la composition du panier et la vitesse de rotation des marchandises. Le prix bas n’est donc pas toujours une diminution du profit : il peut être l’instrument qui déclenche davantage de consommation.

L’autre découverte intéressante est l’opacité structurelle : plusieurs des plus grandes enseignes françaises communiquent abondamment sur leur chiffre d’affaires, leurs parts de marché et leurs prix, mais aucun compte public unique ne permet de connaître le bénéfice total réalisé par l’ensemble de leurs magasins indépendants. C’est probablement un axe fort à intégrer à La grande braderie permanente.

Nous pouvons calculer un indice du coût de la consommation primaire, limité à ce qui est nécessaire à la vie quotidienne. Mais il ne faut pas la considérer comme l’augmentation générale du coût de la vie, car le logement, l’énergie et les transports en sont des composantes déterminantes.

Nous pouvons retenir trois ensembles types :

- alimentation et boissons non alcoolisées ;

- habillement et chaussures ;

- fournitures et produits ménagers courants : entretien, hygiène, petit équipement, linge de maison.

Le calcul doit être pondéré selon les dépenses réelles :

Hausse du panier primaire = coût du même panier à la fin - coût au début

Exemple : si un ménage consacrait mensuellement 500 € à l’alimentation, 80 € à l’habillement et 120 € aux produits ménagers, les coefficients seraient respectivement 71,4 %, 11,4 % et 17,2 %. On appliquerait à chaque poste son augmentation propre, au lieu de faire une simple moyenne.

Cet indicateur serait même souvent plus parlant que l’inflation générale. L’indice moyen de l’Insee inclut en effet des dépenses qu’un ménage peut retarder — équipement important, loisirs, voyages — tandis que les produits indispensables doivent être achetés immédiatement. Une hausse de 10 % de l’alimentation touche donc bien plus fortement un ménage modeste qu’un ménage aisé.

Il faudrait toutefois produire deux indicateurs complémentaires qui seraient plus proche de la réalité :

  1. Le panier primaire hors logement, correspondant exactement à ma proposition du panier primaire

  2. Le panier d’existence incompressible, comprenant aussi loyer, chauffage, électricité, eau, assurance et transport indispensable. Contrairement au discourt ce ne sont pas, des charges familiales mais des dépenses existentielles indispensables.

Le second montrerait beaucoup mieux pourquoi les citoyens disent que « la vie devient trop chère », même lorsque l’inflation moyenne annoncée paraît relativement faible.

Une précision est essentielle pour mon article : mesurer uniquement les prix ne suffit pas. Il faut également examiner la quantité accessible avec un salaire :

Pouvoir d’achat primaire = salaire net moins les dépenses existentielles plus les prélèvements budgétaires et la TVA pour obtenir le coût du panier primaire

On pourrait ainsi comparer, sur cinq ans, non seulement l’augmentation du panier, mais aussi le nombre de paniers qu’un SMIC, un salaire médian ou une pension moyenne permettait d’acheter. C’est probablement le meilleur indicateur pour mon sujet sur la « grande braderie permanente » : les enseignes annoncent des réductions, mais le nombre de produits réellement accessibles avec le revenu disponible peut continuer à diminuer.

Le prix baisse sur l’étiquette, mais le panier se vide

Pour savoir si la vie devient réellement plus chère, il ne suffit pas d’observer le prix de quelques produits ni le taux moyen d’inflation. Il faut se poser une question beaucoup plus concrète :

Combien de paniers de produits indispensables un revenu permet-il d’acheter aujourd’hui, comparativement à il y a cinq ans ?

Cette méthode permet de rapprocher deux évolutions qui sont généralement présentées séparément :

- celle du prix des produits indispensables ; - celle des revenus disponibles pour les acheter.

Les enseignes peuvent multiplier les promotions, les cartes de fidélité, les lots, les prix barrés et les opérations « pouvoir d’achat ». Cela ne signifie pas que le consommateur puisse acheter davantage. Si son revenu augmente moins rapidement que le prix de son panier indispensable, son pouvoir d’achat réel diminue.

Construire un panier de consommation primaire

Il faudrait d’abord constituer un panier identique pour chaque année, comprenant par exemple :

  • les produits alimentaires de base ;

  • les boissons non alcoolisées ;

  • les produits d’hygiène ;

  • les produits d’entretien ;

  • les vêtements et chaussures indispensables ;

  • les petites fournitures ménagères courantes.

Ce panier ne comporterait ni produits de luxe ni dépenses exceptionnelles. Il représenterait la consommation minimale nécessaire à la vie ordinaire d’une personne ou d’un ménage.

Pour rendre la comparaison incontestable, il faudrait conserver : les mêmes catégories de produits ; les mêmes quantités ; une qualité comparable ; le même type de ménage ; et, autant que possible, les mêmes circuits de distribution.

Il ne faudrait donc pas comparer le prix d’un kilogramme de café en 2021 avec celui d’un paquet de 750 grammes en 2026. La réduction des quantités, parfois appelée « réduflation », doit être neutralisée en calculant systématiquement le prix au kilogramme, au litre ou à l’unité.

Le nombre de paniers accessibles

Supposons, à titre d’illustration, que ce panier primaire coûte 400 euros par mois au début de la période.

Avec un revenu disponible de 1 300 euros, une personne pouvait théoriquement acheter :

1300 / 400}=3,25 paniers

Cinq ans plus tard, son revenu atteint 1 450 euros, soit une augmentation de 11,5 %. Mais si le panier coûte désormais 500 euros, son prix a augmenté de 25 %.

La personne ne peut plus acheter que :

 


 


 

1,450 / 500=2,90 paniers

Son revenu monétaire a donc augmenté de 150 euros, mais son pouvoir d’achat primaire a diminué :

2,90-3,25= -10,8\%

La personne gagne davantage en euros, mais elle peut acheter environ 11 % de produits indispensables en moins.

Voilà ce que le discours sur les promotions masque souvent.

Comparer plusieurs catégories de revenus

Le même calcul pourrait être effectué pour : un salarié payé au SMIC ; un salarié recevant le salaire médian ; un retraité percevant la pension moyenne ; une personne vivant avec une petite pension ; une famille avec un ou deux enfants. L'utilisation de l'IA peu permettre de sortir les consommateurs de leurs exploitations psychologiques.

Nous obtiendrions alors un tableau de ce genre :u

Revenu étudié

Revenu mensuel initial

Paniers accessibles initialement

Revenu cinq ans plus tard

Paniers accessibles ensuite

Évolution réelle

SMIC net

1 300 €

3,25

1 450 €

2,90

–10,8 %

Salaire médian

2 000 €

5,00

2 150 €

4,30

–14 %

Petite pension

1 000 €

2,50

1 080 €

2,16

–13,6 %

Ces chiffres sont seulement illustratifs : ils montrent la méthode et ne doivent pas être présentés comme des données observées. Pour établir le véritable tableau, il faudra utiliser les prix et les revenus constatés pendant la période choisie.

Le taux d’effort alimentaire

Une deuxième mesure consiste à calculer la part du revenu absorbée par le panier primaire.

Dans notre exemple initial : d'un salaire à 1300 et d'un panier à 400 celui-ci représente 30,8%

Cinq ans plus tard :avec un salaire augmenter à 1400 et un panier à 500 la consommation primaire représente 34,5%

La consommation primaire absorbe donc 34,5 % du revenu, contre 30,8 % auparavant. La personne doit consacrer une part croissante de son revenu aux mêmes produits.

Il lui reste : initialement : 1,300-400=900 euros ; cinq ans plus tard : 1,450-500=950 euros.

Apparemment, son reste à vivre disponible augmente de 50 euros. Mais cette présentation serait encore trompeuse si, pendant ce temps, le loyer, l’électricité, l’assurance et les transports avaient également augmenté. Une fois toutes les dépenses incompressibles réglées, son véritable reste à vivre pourrait avoir fortement diminué. C'est pour cela qu'il faut calculer la valeur de deux paniers celui primaire et celui existentiel.

Une promotion ne mesure pas le pouvoir d’achat

Une réduction de 30 % sur un produit ne signifie pas que le magasin a réduit de 30 % le coût de la vie. Elle ne concerne qu’un produit, pendant une durée limitée et parfois sous certaines conditions : acheter plusieurs unités ; utiliser une carte de fidélité ; revenir dépenser une cagnotte ultérieurement ; choisir une marque déterminée ; accepter une quantité ou un conditionnement imposé.

Pendant que quelques prix sont spectaculairement réduits, les prix ordinaires des autres produits peuvent augmenter. Le consommateur retient visuellement la promotion, mais il paie le panier dans son ensemble.

C’est pourquoi il faut comparer non pas le nombre d’étiquettes jaunes présentes dans les rayons, mais :

Nombre de paniers accessibles = revenu réellement disponible à prix du panier de produits identiques

Les stratégies d’adaptation cachent l’appauvrissement

Lorsque les prix augmentent, le consommateur ne continue pas nécessairement à acheter le même panier. Il s’adapte : il choisit des marques moins chères ; il remplace certains aliments ; il réduit les quantités ; il achète moins de viande, de poisson ou de produits frais ; il reporte l’achat de vêtements ; il profite davantage des promotions ; il fréquente plusieurs magasins ; il renonce à certains produits.

La dépense totale peut donc sembler relativement stable alors que le niveau ou la qualité de la consommation se dégrade.

Si une famille dépense toujours 500 euros par mois pour se nourrir, cela ne signifie pas que les prix n’ont pas augmenté. Elle peut simplement acheter moins, acheter autrement ou renoncer à une partie de ce qu’elle consommait auparavant.

L’appauvrissement ne se lit donc pas seulement dans l’argent dépensé. Il se lit aussi dans : la quantité achetée ; la qualité des produits ; la diversité alimentaire ; le temps passé à rechercher les réductions ; et les renoncements devenus habituels.

La braderie permanente entretient une illusion

Les promotions donnent au consommateur le sentiment qu’il agit intelligemment contre la hausse des prix. Il compare, découpe les bons, utilise les cartes, attend les opérations commerciales et se déplace d’un magasin à l’autre. Il a l’impression de reprendre la maîtrise de son budget.

Mais cette activité individuelle ne modifie pas le mécanisme général. Chaque consommateur économise sur certains produits, tandis que l’ensemble des distributeurs cherche à augmenter : le nombre de visites ; le volume vendu ; le montant du panier ; la fidélité à l’enseigne ; et la marge totale réalisée sur tous les achats.

Le prix bas devient ainsi un appel. Il attire le client vers le magasin, comme la première pomme facilement accessible attire celui qui cherche à satisfaire son besoin en dépensant le moins d’énergie possible. Une fois à l’intérieur, le consommateur n’achète généralement pas seulement le produit annoncé. Il complète son panier avec des produits moins avantageux ou non comparés.

La véritable question n’est donc pas :

Combien de produits sont aujourd’hui en promotion ?

Elle est : Combien de paniers identiques mon salaire ou ma pension me permet-il d’acheter aujourd’hui par rapport à il y a cinq ans ?

Si ce nombre diminue, les prix barrés et les slogans sur le pouvoir d’achat ne changent pas la réalité : le consommateur s’appauvrit au milieu d’une braderie permanente.

Le slogan d’Intermarché est Tous uni contre la vie chère, Des manifestation ont eu lieu contre la vie chère sans forcément cibler la consommation primaire, mais nous savons que les clients n'achètent pas que le prix du produit ; et donc quand des client trouvent le prix d'un produit trop cher, son coût ne vient pas que de sa production mais du coût de sa propre existence individuelle et sociale.

Cela n'est jamais expliqué; COMMENT le faire comprendre ?


 

Le lien peut être établi en prenant le slogan d’Intermarché au pied de la lettre : si la vie est chère, c’est précisément parce que le prix des marchandises ne contient pas seulement la marchandise. Il contient le coût monétaire de toute l’organisation sociale qui permet de la produire et de la vendre.

« Tous unis contre la vie chère » : mais qu’achetons-nous réellement ?

Intermarché a choisi pour slogan : « Tous unis contre la vie chère. »

Ce slogan est particulièrement révélateur. Il ne dit pas : « contre les produits chers », mais bien contre la vie chère.

Lorsque les citoyens manifestent contre la vie chère, ils pensent généralement au prix de l’alimentation, du carburant, de l’électricité, des vêtements ou du logement. Ils considèrent chaque prix comme celui du produit qu’ils achètent : le prix du pain serait celui du pain, celui de l’essence celui du carburant et celui d’une casserole celui de la casserole.

Or ils n’achètent jamais seulement le produit.

Le prix contient toute une organisation humaine

Prenons un article vendu 100 euros. Le consommateur a l’impression de payer 100 euros pour cet objet. Mais le prix comprend en réalité deux ensembles très différents.

Le premier correspond à la matérialité immédiate du produit : les matières qui le composent ; l’énergie directement nécessaire à sa fabrication ; l’usure des machines ; les opérations techniques de transformation.

Le second correspond à tout ce qu’il a fallu financer autour de ce produit : les salaires et les cotisations ; les revenus des dirigeants et des entrepreneurs ; le transport et la logistique ; les loyers et l’immobilier commercial ; les assurances ; la publicité ; l’administration ; les intérêts bancaires ; les impôts et les taxes ; les marges des intermédiaires ; les bénéfices et les dividendes ; la reconstitution et l’augmentation du capital.

Dans l’analyse générale que je développe, la matérialité directement nécessaire à la production représente approximativement 14 % du prix, tandis que les quelque 86 % restants correspondent au financement monétaire de l’existence et de l’organisation sociale de tous ceux qui interviennent dans la boucle.

Cette proportion n’est évidemment pas identique pour chaque produit. Elle diffère entre une salade, une voiture, un litre d’essence ou un service numérique. Les 14 % et 86 % constituent une représentation macroéconomique du mécanisme, et non l’étiquette comptable exacte de chaque article.

Mais le principe demeure :

Quand un consommateur trouve un produit trop cher, il ne trouve pas seulement sa matière trop chère. Il trouve trop cher l’ensemble des revenus, des prélèvements, des institutions et du capital incorporés dans son prix.
Le prix de la vie est caché dans le prix des produits, c'est sa vie qu'il trouve trop chère.

Cela change quelque peut la nature de la revendication dans une manifestation contre la vie chère et pour les augmentations de salaires

On pourrait représenter ainsi un prix de 100 euros :

Ce que le consommateur croit acheter

Ce qu’il finance également

Le produit matériel

Les salaires de toute la chaîne

Sa fabrication

Les cotisations et les impôts

Son transport

Les bâtiments et les loyers

Sa mise en rayon

La publicité et l’administration

Son utilité personnelle

Les intérêts, les marges et le capital

Le salarié finance directement son existence avec son salaire. Mais, lorsqu’il consomme, il finance également l’existence de tous ceux dont les revenus ont été incorporés au prix : salariés des autres entreprises, dirigeants, propriétaires, intermédiaires, banques, actionnaires et services collectifs.

C’est en ce sens que nous pouvons dire que les produits servent de supports à la vente de la vie humaine.

La marchandise est visible. La totalité des existences et des revenus incorporés dans son prix ne l’est pas.

L’étrange combat de la grande distribution

Lorsqu’une enseigne affirme lutter contre la vie chère, elle se présente comme l’alliée du consommateur contre une hausse des prix qui lui serait extérieure.

Mais la grande distribution participe elle-même à la formation de ces prix. Elle doit financer : ses magasins ; ses entrepôts ; ses salariés ; sa publicité ; ses équipements ; ses systèmes informatiques ; ses dirigeants ; ses emprunts ; son développement ; et la rémunération du capital. Quand nous achetons une simple salade proportionnellement, nous achetons tout cela.

Elle négocie les prix d’achat avec ses fournisseurs, puis organise ses prix de vente pour couvrir ses coûts et dégager un résultat. Elle n’est donc pas placée en dehors de la vie chère : elle constitue l’un des maillons de sa fabrication comptable.

Son véritable message pourrait être formulé ainsi : « Venez chez nous pour payer un peu moins cher que chez nos concurrents l’ensemble des coûts, des revenus et du capital incorporés dans votre consommation. »

Ce serait moins publicitaire, mais beaucoup plus exact.

La promotion déplace les marges sans supprimer la boucle

Lorsqu’un produit est vendu à prix coûtant ou fortement réduit, une partie de la marge peut effectivement disparaître sur cet article. Mais l’enseigne cherche à la retrouver ailleurs : dans le volume vendu ; dans les autres produits placés dans le panier ; dans les remises obtenues auprès des fournisseurs ; dans les produits de marque propre ; dans la fidélisation du client ; ou dans ses achats futurs.

La promotion ne supprime donc pas la boucle. Elle modifie l’endroit où la marge est prélevée.

Le client gagne éventuellement quelques euros sur le produit d’appel, mais il continue à financer l’ensemble de l’organisation par son panier total.

La contradiction du slogan

L’expression « contre la vie chère » entretient ainsi une confusion. Elle laisse penser que la distribution pourrait durablement diminuer les prix tout en conservant : les mêmes coûts ; les mêmes prélèvements ; les mêmes revenus ; les mêmes investissements ; les mêmes marges ; et la même accumulation du capital.

Or cette équation est impossible. Si un coût disparaît réellement d’un produit, il faut déterminer : qui y renonce ; qui le supporte ; où il est déplacé ; ou sur quel autre produit il sera récupéré. Aucune réduction ne tombe du ciel.

Le lien avec les manifestations

Les manifestations contre la vie chère expriment donc une réalité, mais sans toujours en identifier le mécanisme.

Les citoyens demandent une baisse des prix, des taxes ou des marges. Pourtant, chacun de ces éléments finance un revenu ou une fonction quelque part dans la boucle. Une baisse peut améliorer immédiatement la situation du consommateur, mais elle ne transforme pas nécessairement l’organisation qui reproduit la cherté.

Le consommateur manifeste contre le prix final. Le producteur réclame une meilleure rémunération. Le salarié revendique une augmentation. L’entrepreneur veut préserver sa marge. L’État cherche ses recettes. Le propriétaire défend son loyer. Le prêteur exige ses intérêts. L’actionnaire attend son rendement.

Toutes ces demandes se retrouvent finalement dans les prix.

C’est là que ma démonstration rejoint le Modèle Joule :

La vie paraît trop chère parce que le système fait financer l’existence humaine, les services collectifs et l’accumulation du capital par la vente des produits aux détenteurs de revenus, principalement les salariés.

Intermarché peut donc lutter contre certains prix, négocier certains achats et déplacer certaines marges. Mais il ne peut pas supprimer la vie chère tant qu’il reste soumis à la même comptabilité et à la même boucle de reconstitution du capital que lui permet la ventilation de ses activités commerciales dans le plan comptable..

La formule finale pourrait être :

« Tous unis contre la vie chère », certes. Mais tant que la vie entière devra être financée et revendue dans le prix des marchandises, la grande distribution ne luttera pas contre la vie chère : elle organisera seulement la concurrence sur la manière de nous la faire payer.

Quel jugement porter alors sur les consommateurs qui sont les acteurs de cette grande braderie.

Je ne pense pas que l'on puisse utiliser un seul qualificatif, car le consommateur peut être au travers du l’influence psychologique dont il est l'objet simultanément contraint, rationnel à titre individuel et tromper sur le fonctionnement collectif.
Ni simplement naïf ni véritablement cupide

Le consommateur n’est pas nécessairement naïf : il sait que la publicité cherche à l’influencer et que les promotions ne sont pas désintéressées. Mais il ne dispose ni du temps ni des informations ni des connaissances comptables nécessaires pour reconstituer la formation complète du prix.

Il n’est pas davantage ignorant au sens méprisant du terme. Il possède un savoir pratique : il connaît son budget, compare les prix et repère certaines fausses promotions. En revanche, il demeure souvent maintenu dans l’ignorance du circuit économique complet. On lui apprend à comparer des étiquettes, pas à suivre le parcours de la monnaie jusqu’à la reconstitution du capital.

Le mot abusé convient donc partiellement. Il est abusé par la présentation des prix, les conditionnements, les cartes de fidélité et la publicité. Mais cette manipulation fonctionne parce qu’elle s’appuie sur des besoins et des comportements qui existent déjà.

Un comportement individuellement raisonnable

Chercher le prix le plus bas n’est pas de l’avarice. Pour une personne disposant d’un revenu limité, c’est une nécessité. Économiser deux euros sur un achat peut être parfaitement rationnel.

L’erreur apparaît lorsque cette rationalité individuelle est confondue avec une solution collective. Si tous les consommateurs exigent constamment le prix le plus bas, les entreprises cherchent à diminuer leurs coûts par : la pression sur les salaires et les fournisseurs ; l’automatisation ; la réduction des effectifs ; la diminution des quantités ; la baisse de qualité ; la délocalisation ; ou la récupération de la marge sur d’autres produits.

Le consommateur peut donc contribuer, sans le vouloir, à exercer sur son propre emploi ou celui des autres la pression dont il se plaint ensuite comme salarié.

Il gagne quelques euros comme consommateur et peut perdre davantage comme salarié, contribuable ou usager.
Une recherche instinctive d’économie

Mon exemple du pommier est particulièrement pertinent. Tout être vivant recherche généralement la satisfaction de ses besoins en dépensant le moins d’énergie possible. L’être humain cueille d’abord la pomme accessible, puis se met sur la pointe des pieds, avant de construire un escabeau lorsque l’effort supplémentaire devient profitable.

Dans le magasin, la monnaie remplace symboliquement l’énergie. Le prix bas représente le fruit facilement accessible. Le prix élevé exige davantage de travail passé ou futur.

La grande distribution utilise donc un ressort plus ancien que le capitalisme :

obtenir le maximum de satisfaction pour le minimum d’effort et de ressources.

Le consommateur n’est pas nécessairement avare. Il est un économiseur spontané d’énergie, placé dans un système qui traduit cette énergie en monnaie.

Un petit capitaliste malgré lui

Il existe néanmoins une dimension plus profonde. Le consommateur cherche souvent à réaliser une petite plus-value personnelle : acheter moins cher que les autres ; profiter d’une promotion ; cumuler des points ; recevoir un produit gratuit ; revendre plus cher ; obtenir davantage qu’il ne verse.

Il reproduit ainsi, à son niveau, la logique du capitalisme : avancer le moins possible pour recevoir le plus possible. Il ne possède peut-être aucun capital productif, mais il adopte momentanément la psychologie du détenteur de capital.

On pourrait le qualifier de microcapitaliste de la consommation : il cherche une plus-value sur ses achats sans voir que l’enseigne organise la même recherche à une échelle beaucoup plus puissante.

Mais il faut rester prudent avec le mot « cupide ». La cupidité désigne une recherche excessive de gain. Celui qui compte chaque euro pour nourrir sa famille n’est pas cupide. Celui qui achète inutilement uniquement parce qu’il croit réaliser une affaire est plutôt victime d’une avidité suscitée.

Le consommateur est produit par le système

Le terme qui me paraît le plus juste à adopter pour des citoyens qui croient faire librement leurs choix est celui de consommateur conditionné.

Il est à la fois : contraint, parce qu’il doit satisfaire des besoins indispensables ; économe, parce que son revenu est limité ; calculateur, parce que le marché lui apprend à comparer ; sollicité, par une publicité permanente ; désinformé, parce que la formation complète des prix reste invisible ; manipulé, lorsque ses réflexes sont intentionnellement exploités ; complice involontaire, lorsqu’il alimente un mécanisme qu’il critique ; rationnel à court terme, mais souvent aveugle aux conséquences collectives ; maintenu dans une adolescence économique, puisqu’on lui apprend à choisir entre des marchandises sans lui apprendre à comprendre le système qui les produit.

La formulation la mieux adaptée serait : Le consommateur n’est ni complètement naïf, ni naturellement cupide. Il est rationnel dans les limites étroites que lui impose son revenu, mais économiquement ignorant de la boucle qu’il finance. Les distributeurs transforment son besoin légitime d’économiser en instrument de consommation supplémentaire. Il croit combattre la vie chère en recherchant une réduction ; il participe pourtant, par son panier total, à la reconstitution du capital qui lui revendra demain sa propre existence.

De manière plus satirique :

Le consommateur entre dans le magasin convaincu qu’il va battre le commerçant à son propre jeu. Il économise cinquante centimes sur le café, remplit son chariot de produits qu’il n’avait pas prévus et ressort fier d’avoir gagné de l’argent en en dépensant davantage.

Le jugement le plus juste n’est donc pas moral. C’est celui d’un être humain adapté au court terme, vulnérable au conditionnement et insuffisamment instruit du fonctionnement économique collectif.

Alors dans cette période électorale où tous les candidats vont nous promettre des augmentations de salaire, pour certains sachons déceler où il y a comme l'on dit une couleuvre à avaler. Quand en même temps il est proposé des réductions de prestations de nos vies qui représentent environ en moyenne 86% du prix d'un produit où se trouve le non-dit.


 

La couleuvre électorale du pouvoir d’achat

Dans cette période électorale, presque tous les candidats vont promettre d’augmenter les salaires ou de rendre du pouvoir d’achat. Pour certains, il faudra cependant chercher la couleuvre à avaler.

Lorsqu’un candidat promet cent euros supplémentaires tout en annonçant une diminution des cotisations, des prestations sociales ou des services publics, il ne crée pas nécessairement cent euros de pouvoir d’achat. Il peut simplement déplacer la dépense.

Le salarié recevra davantage directement, mais devra financer individuellement ce qui était auparavant pris en charge collectivement. Il gagnera sur sa fiche de paie ce qu’il reperdra ensuite en mutuelle, en soins, en assurance, en transport, en éducation, en retraite ou dans le prix de services privatisés.

C’est là que se trouve le non-dit :

Une augmentation du salaire net peut être accompagnée d’une diminution plus importante du revenu socialisé et des services collectifs.

Le pouvoir d’achat ne se mesure donc pas seulement à ce qui entre sur le compte bancaire. Il faut retrancher ce que le citoyen devra désormais acheter directement parce que la collectivité ne le financera plus.

Pouvoir d’achat réel = revenu disponible + prestations et services reçus - dépenses indispensables

Si le salaire augmente de 100 euros, mais que les dépenses de santé, de transport, d’énergie ou de retraite augmentent de 130 euros, le salarié n’a rien gagné. Il a perdu 30 euros tout en ayant l’impression d’avoir été augmenté.

Où interviennent les 86 % ?

Dans la décomposition moyenne que je propose sur le prix réel d'une production, environ 14 % du prix correspondent à la matérialité et à la production directe du bien, tandis que les 86 % restants financent l’ensemble des existences et de l’organisation sociale incorporées dans les prix : salaires, protection sociale, administration, transport, loyers, intérêts, prélèvements, revenus des dirigeants, marges et accumulations du capital.

Cela ne signifie pas que chaque produit contient exactement 86 % de ces éléments. La proportion varie selon les secteurs. Mais cela montre que le prix payé ne correspond pas seulement à l’objet acheté : il finance toute la société organisée autour de sa production et de sa commercialisation. C'est cela que la population à du mal à comprendre, qu'ils achètent leur vie et trouvent qu'elle est trop chère et réclament toujours plus de conforts, dont ils se plaindront du coût sans même le savoir. Seule la séparation du coût de la vie et de la production proposé dans le modèle Joule peut nous sortir de cette situation, sans nuire au développement du confort et à la diminution des prix source de moins de formation de capital puisque celui qui se fait sur la vie est retiré. Charge, alors à la population, de réaliser le financement des capitaux nécessaires à la satisfaction de ses besoins individuels et collectifs.

Lorsqu’un gouvernement réduit une prestation collective, son coût ne disparaît donc pas nécessairement. Il change de place , il devient : Prestation collective réduite → dépense transférée au ménage → achat auprès d’un opérateur privé → prix comprenant ses frais et sa marge → retour d’une partie de la dépense vers le capital.

Ou, sous une forme plus explicative :

Lorsqu’une prestation collective est réduite, le besoin qu’elle satisfaisait ne disparaît pas. La dépense est transférée au ménage, qui doit alors acheter le service auprès d’un opérateur privé. Au coût initial viennent s’ajouter les frais commerciaux et la marge de cet opérateur. La prétendue économie publique peut donc se transformer en dépense privée plus élevée et en nouvelle source d’accumulation du capital.
Le citoyen croit que l’État lui rend de l’argent. En réalité, on lui rend parfois une somme pour qu’il rachète plus cher, individuellement et sur le marché, ce qu’il finançait auparavant collectivement.
Le salarié traité comme le client du supermarché

Le mécanisme électoral ressemble alors à celui de la promotion commerciale.

Le magasin diminue spectaculairement le prix du café, puis récupère sa marge sur le panier complet. Le candidat augmente visiblement le salaire net, puis laisse augmenter les dépenses que le citoyen devra assumer individuellement. Dans les deux cas, l’attention est attirée vers le gain visible et immédiat, tandis que la récupération reste dispersée et moins perceptible.

Le consommateur économise cinquante centimes sur le café et dépense vingt euros supplémentaires dans le magasin. Le salarié reçoit cent euros de plus sur sa fiche de paie et découvre progressivement qu’il doit payer davantage pour se soigner, se déplacer, se loger ou préparer sa retraite.

La promesse n’est donc pas nécessairement mensongère : les cent euros peuvent réellement être versés. Le mensonge réside dans l’omission de ce qui sera retiré, déplacé ou rendu payant en contrepartie.

La question à poser aux candidats : Devant toute promesse de pouvoir d’achat, il faudrait demander : Que vais-je recevoir de plus, mais surtout que devrai-je payer demain avec cette augmentation ?

Puis examiner quatre choses : Quelle est l’augmentation réellement versée ?

Quelles cotisations ou ressources collectives sont supprimées ?

Quelles prestations seront diminuées ?

À quelles entreprises privées faudra-t-il ensuite acheter les services disparus ?

La conclusion pourrait être particulièrement incisive : En période électorale, le citoyen doit se méfier des promotions politiques comme des promotions commerciales. Dans les deux cas, on lui montre ce qu’il gagne sur une ligne et l’on tait ce qu’il reperdra dans l’ensemble du panier.

Le non-dit est là : une augmentation de salaire peut devenir le produit d’appel d’une diminution de l’existence mutualisée.

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Rédigé par ddacoudre

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Publié le 21 Octobre 2026

Olivier Becht : un CDI pour la vie, mais toujours une vie au service du capital

 

Après Natacha Polony et son projet de reconstruction productive de la France, Olivier Becht propose à son tour de « refonder » notre modèle économique et social.

Ancien maire de Rixheim, député du Haut-Rhin, magistrat administratif et ancien ministre délégué chargé du Commerce extérieur, Olivier Becht a annoncé sa candidature à l’élection présidentielle de 2027. Il publie progressivement un livre-programme intitulé Le Projet France.

Toutes les parties ne sont pas encore accessibles. Les chapitres consacrés aux comptes publics, aux institutions et au rayonnement international doivent notamment être publiés ultérieurement. Mon analyse reste donc provisoire. Mais les premières parties permettent déjà de comprendre la philosophie générale de son projet.

Olivier Becht ne manque ni d’idées ni d’ambition. Certaines de ses propositions sont réellement novatrices : CDI universel, contrat de travail portable, Maisons de Vie, reconnaissance du bénévolat dans le calcul de la retraite, politique énergétique sur vingt ans, protection sociale de la naissance à la mort.

Mais derrière cette volonté de refondation demeure la même organisation économique :

capital avancé → salaires et dépenses publiques → production → consommation → chiffre d’affaires → reconstitution et accumulation du capital.

Olivier Becht modifie la manière dont les revenus sont distribués. Il ne modifie pas la boucle qui les ramène au capital.

Le « sociétarisme » : protéger en échange d’un engagement

Olivier Becht donne un nom à sa doctrine : le sociétarisme.

Il le présente comme un équilibre entre l’individualisme et le collectivisme, la liberté et la responsabilité, les droits et les devoirs. Chaque personne doit pouvoir bénéficier d’une protection sociale complète, mais elle doit participer à la collectivité par son travail, ses cotisations, ses impôts ou son engagement bénévole.

Son projet comprend notamment :

- une protection sociale couvrant tous les risques de la naissance à la mort ;

- une nouvelle politique familiale ;

- des Maisons de Vie locales animées par des bénévoles ;

- la prise en compte du bénévolat dans les droits à la retraite ;

- une aide sociale à l’enfance prolongée jusqu’à 25 ans ;

- une politique du logement et du maintien à domicile ;

- un CDI universel garantissant un revenu pendant toute la vie active ;

- une réforme des retraites mêlant répartition, points et capitalisation ;

- un effort de réindustrialisation et de souveraineté énergétique.

La cohérence sociale du projet mérite d’être reconnue. Olivier Becht comprend que la simple distribution d’allocations ne suffit pas à reconstruire les liens humains. Il comprend également que l’intelligence artificielle et la robotisation menacent la continuité de l’emploi.

Il se rapproche donc de la question que je posais dès 1999 dans Rémunérer les Hommes pour apprendre :

Comment assurer la vie lorsque les machines réduisent progressivement le besoin d’emplois humains ?

Mais sa réponse consiste à rendre le contrat de travail universel. La mienne consiste à sortir l’existence humaine de sa dépendance envers le salariat.

Le CDI universel : une sécurité réelle, mais un salariat généralisé

La proposition centrale du projet est un CDI universel portable d’un employeur à l’autre.

Une « Entreprise pour l’Emploi » garantirait à chacun un contrat et un revenu au moins égal au salaire minimum. Lorsque la personne trouverait un employeur, elle emporterait son contrat avec elle et pourrait recevoir un salaire supérieur. Lorsqu’elle n’aurait plus de poste, son revenu de base serait maintenu, à condition qu’elle se forme ou consacre vingt-cinq heures par semaine à une collectivité ou à une association.

Ce CDI remplacerait l’assurance chômage, le RSA et les aides au logement. En cas de rupture volontaire ou de licenciement pour faute grave, la personne perdrait son contrat sans pouvoir bénéficier des prestations supprimées. Olivier Becht estime que le dispositif permettrait d’économiser plus de 20 milliards d’euros.

L’idée offre une incontestable sécurité : le travailleur ne perdrait plus immédiatement son revenu en quittant une entreprise.

Mais plusieurs questions restent sans réponse :

- Qui paierait le salaire lorsque la personne n’a pas d’employeur ?

- L’entreprise privée paierait-elle tout le salaire ou seulement son dépassement au-dessus du minimum garanti ?

- Combien de millions de personnes pourraient simultanément dépendre de l’Entreprise pour l’Emploi ?

- Les collectivités disposeraient-elles d’un nombre suffisant d’activités réellement utiles ?

- Des emplois publics rémunérés ne seraient-ils pas remplacés par des personnes contraintes d’accomplir vingt-cinq heures de service ?

- Qui déterminerait la formation ou l’activité imposée ?

- Comment vivrait celui qui aurait perdu le contrat pour faute grave, puisque les autres prestations auraient disparu ?

Cette universalisation ne supprime pas la dépendance au travail. Elle l’étend à toute la vie active.

Olivier Becht constate que les machines peuvent supprimer des millions d’emplois, mais il répond à cette disparition possible en rendant le contrat de travail obligatoire et universel.

L’État garantirait finalement au capital une population toujours employable, formée et partiellement financée par la collectivité.

Qui financerait le CDI universel ?

Lorsque la personne n’a plus d’employeur, son salaire devrait être financé par l’État. Or les ressources de l’État proviennent des impôts, des cotisations, de la consommation ou de l’emprunt. Proviennent du salaire par la boucle.

Dans la boucle actuelle, les salariés financent directement leurs prélèvements. Ils financent aussi indirectement, par les prix et le chiffre d’affaires, les prélèvements, les intérêts, les amortissements et les revenus incorporés dans les productions qu’ils achètent.

Le CDI universel pourrait donc être financé :

-par une augmentation des prélèvements ;

- par une réduction d’autres prestations ;

- par l’endettement public ;

- par la croissance espérée ;

- ou par une combinaison de ces moyens.

Dans tous les cas, les sommes versées seraient consommées. Elles deviendraient le chiffre d’affaires des entreprises, reconstitueraient les capitaux avancés et permettraient une nouvelle accumulation.

Le dispositif protégerait momentanément les personnes, ce qui est utile, mais son financement retournerait dans la boucle capitalistique qu’il ne remet jamais en question.

L’étudiant protégé par une dette

Olivier Becht veut aussi lutter contre la précarité étudiante. Il propose que chaque étudiant puisse emprunter environ 50 000 euros, soit approximativement 850 euros par mois pendant cinq ans, grâce à un prêt garanti par l’État et remboursable pendant quinze ans en fonction de ses revenus.

L’étudiant disposerait bien d’un revenu immédiat. Mais il commencerait sa vie professionnelle avec une dette.

Le système bancaire créerait une créance. L’étudiant consommerait l’argent emprunté. Cette consommation alimenterait le chiffre d’affaires des entreprises. Puis il rembourserait, avec son futur salaire, le capital et éventuellement les intérêts.

Nous retrouvons encore la boucle :

prêt bancaire → consommation étudiante → chiffre d’affaires des entreprises → dette remboursée par le futur salarié.

Olivier Becht ne supprime donc pas la précarité étudiante. Il la reporte sur l’avenir et la transforme en endettement individuel.

Le Modèle Joule propose exactement l’inverse : reconnaître que le temps consacré à apprendre constitue une activité indispensable à la société et créer un revenu d’enseignement.

L’étudiant ou l’adulte en formation ne devrait pas emprunter pour développer les connaissances dont la collectivité aura besoin. Il devrait être rémunéré pour apprendre.

Les Maisons de Vie : une intuition proche du Modèle Joule

Les Maisons de Vie constituent l’une des propositions les plus humaines du projet.

Des bénévoles accompagneraient les enfants, les personnes âgées, les malades et les habitants isolés. Leur engagement serait reconnu par un statut, une assurance et des points de retraite.

Olivier Becht reconnaît ainsi qu’une activité socialement utile existe même lorsqu’elle ne donne pas lieu à un salaire.

C’est une avancée intellectuelle importante.

Elle rappelle la proposition de Giscard D’Estaing de créer un salaire des mères au foyer.

Mais il présente également le bénévolat comme un moyen de développer des services « à moyens constants » et parfois sans dépense publique supplémentaire. Or une activité humaine n’est jamais gratuite. Elle consomme du temps, de l’énergie, des compétences et parfois des ressources matérielles.

La dépense ne disparaît pas : elle cesse seulement d’être comptabilisée.

Le Modèle Joule apporte ici une réponse différente. Il comptabilise l’énergie humaine mobilisée, y compris lorsqu’elle n’est pas reconnue par le marché. Le bénévole, l’aidant, le parent, l’étudiant et le retraité engagé produisent de la valeur sociale. Leur activité ne devrait pas servir seulement à réduire artificiellement les dépenses monétaires de l’État.

Faire des salariés des actionnaires, mais sans leur donner le pouvoir

Olivier Becht constate que les innovations technologiques ont favorisé le capital au détriment du travail. Il propose donc de renforcer l’intéressement, la participation et l’actionnariat salarié.

Mais les actions distribuées aux salariés seraient privées de droit de vote en assemblée générale. Les salariés pourraient bénéficier d’une partie de la valeur financière créée, tout en restant écartée du pouvoir attaché à la propriété.

La contradiction est remarquable :

Le salarié pourrait devenir propriétaire d’une fraction du capital, mais sans exercer pleinement le droit politique du propriétaire.
Ce n’est pas une transformation de la relation entre le capital et le travail. C’est une participation financière destinée à mieux associer les salariés aux résultats, tout en maintenant la propriété et le pouvoir économique entre les mains des détenteurs du capital.
Nous retrouvons ici le principe de la participation gaulliste : améliorer la condition du salarié sans le libérer de sa subordination.
La participation aux résultats est comptabilisée au débit du compte 691. Elle constitue donc une charge qui réduit le résultat de l’entreprise. Elle n’est pas nécessairement ajoutée, euro pour euro, au prix de chaque produit, mais elle appartient à l’ensemble des charges et des objectifs de rentabilité que l’entreprise cherche à couvrir par son chiffre d’affaires.
Une fois versée, cette participation ne sort pas de la boucle capitaliste. Si le salarié la consomme, elle devient le chiffre d’affaires d’autres entreprises et contribue à reconstituer leurs coûts, leurs marges et leur capital. S’il la place en épargne salariale, elle retourne plus directement encore vers le financement des entreprises.
Le salarié reçoit ainsi une part supplémentaire du résultat, mais il ne devient pas maître de l’organisation économique. On lui accorde une fraction du fruit sans lui transférer la propriété de l’arbre ni le pouvoir de décider de la récolte.

La formule « elle est rachetée par la consommation du salarié et rendue au capital » est donc pertinente, et rejoint la description de la boucle globale. Mais pas comme règle comptable automatique appliquée à chaque entreprise et à chaque prix sans que cela change le fond de la réalité de la boucle économique, par rapport aux règles juridiques comptables.


 

La capitalisation des retraites : rendre encore une fois le salaire au capital

Olivier Becht propose un système par points dans lequel chaque euro cotisé ouvrirait des droits. La pension varierait selon le rapport entre actifs et retraités. Chacun pourrait compléter sa retraite par une épargne de capitalisation abondée par sa famille et favorisée fiscalement.

Le salarié devrait donc utiliser une partie supplémentaire de son salaire pour acheter des produits financiers. Cette épargne serait investie dans les entreprises, les marchés ou la dette.

Le capitalisme récupérerait ainsi avant même la consommation une partie du salaire qu’il avait versé.

En outre, faire varier les pensions en fonction du nombre d’actifs revient à transférer sur les retraités les conséquences de l’automatisation, de la démographie, du chômage et des décisions économiques qu’ils ne maîtrisent pas.

Le Modèle Joule ne fait pas dépendre la subsistance des retraités du nombre de salariés cotisants. Il la rattache à la capacité humaine, technique et mécanique dont dispose réellement la société pour les nourrir, les loger et les soigner.

Une croissance qui financerait tout

Olivier Becht affirme que deux points supplémentaires de croissance représenteraient près de 70 milliards d’euros de richesse annuelle, susceptibles de financer les hôpitaux, les écoles et les armées sans augmenter la dette.

Mais 70 milliards de PIB supplémentaires ne donnent pas automatiquement 70 milliards de recettes publiques. Cette somme comprendrait des salaires, des consommations intermédiaires, des bénéfices, des amortissements et différents revenus privés. Seule une fraction reviendrait à l’État sous forme de prélèvements.

Ce passage est délicat, car obtenir 2 points de croissance requiert quelques difficultés :

La croissance annoncée par Olivier Becht ne peut pas apparaître par invocation. Pour produire deux points de PIB supplémentaires, il faut créer près de 60 à 70 milliards d’euros de valeur ajoutée et surtout trouver les acheteurs capables d’acquérir la production correspondante.
Si cette croissance doit venir de la consommation, elle suppose une augmentation préalable du pouvoir d’achat, une diminution de l’épargne ou un recours supplémentaire au crédit. En tenant compte du contenu importé de la consommation française, produire 70 milliards de valeurs intérieures pourrait nécessiter près de 86 milliards de dépenses supplémentaires.
Les commandes ainsi créées conduiraient les entreprises à utiliser davantage leurs capacités, à investir ou à embaucher. Les nouveaux salaires engendreraient alors des cotisations, des impôts directs, de la TVA et d’une nouvelle consommation. Mais les recettes publiques seraient la conséquence de cette activité, non les 70 milliards eux-mêmes.
L’autre possibilité serait de créer directement des activités nouvelles représentant deux points de PIB. Mais celles-ci devraient encore trouver des débouchés auprès des ménages, des entreprises, des administrations ou de l’étranger. Une production que personne ne peut acheter ne constitue pas une croissance.
Olivier Becht présente donc le résultat final sans décrire le point de départ : qui fournira la demande solvable permettant de transformer deux points de croissance espérés en production réellement vendue ?

Au fond, son projet raisonne comme si la croissance produisait spontanément son propre financement. Or, dans la boucle capitaliste, le capital doit d’abord avancer les moyens de produire, mais quelqu’un doit simultanément disposer du revenu permettant de racheter la production majorée de tous ses coûts, prélèvements et profits.


 


 


 


 

Il faut également se demander ce que cette croissance produirait matériellement :

  • quels biens ?

  • Avec quelles matières premières ?

  • Avec quelle énergie ?

  • Pour satisfaire quels besoins ?

  • Avec quelles pollutions ?

  • Et à qui appartiendrait le capital ainsi constitué ?

La croissance monétaire ne garantit ni l’utilité sociale de la production ni sa compatibilité avec les contraintes écologiques.

Olivier Becht continue de poser la croissance comme condition du financement de la vie. Le Modèle Joule renverse ce raisonnement : ce ne sont pas les résultats financiers de la croissance qui rendent la vie possible, mais les capacités humaines, naturelles, scientifiques et mécaniques disponibles.

Les carburants de synthèse et l’illusion de l’indépendance complète

Le projet prévoit environ 150 milliards d’euros d’investissements sur vingt ans pour produire des carburants de synthèse à partir d’électricité décarbonée, d’hydrogène et de carbone capté.

L’objectif consiste à remplacer le pétrole importé et à développer simultanément le nucléaire et les renouvelables.

La recherche sur ces carburants est pertinente pour les usages difficiles à électrifier, notamment l’aviation, la navigation et certains secteurs industriels.

Mais leur généralisation serait extrêmement énergivore. Il faut produire l’électricité, fabriquer l’hydrogène, capter le carbone, synthétiser le carburant, le transporter puis le brûler dans un moteur dont une grande partie de l’énergie est dissipée.

L’indépendance énergétique française resterait également dépendante de minerais, de machines, de composants électroniques et de relations internationales.

L’expression « énergie 100 % propre et 100 % française » appartient davantage à la communication électorale qu’à la réalité matérielle d’un monde interdépendant.

Enfin, qui avancerait les 150 milliards ? Et comment seraient-ils récupérés ?

Dans le capitalisme, les investissements publics ou privés doivent revenir par les prix de l’énergie, les impôts, l’endettement ou le chiffre d’affaires. Les citoyens les financeraient donc directement ou indirectement, avec une majoration permettant de reconstituer et de rémunérer le capital, et c’est là un problème majeur.

Le fonds souverain financé par l’épargne

Pour financer la transformation productive, Olivier Becht propose également un fonds souverain alimenté par l’épargne française.

Mais l’épargne n’est pas une capacité productive en elle-même. Elle est un droit monétaire accumulé sur une production antérieure. En faisant dépendre les investissements collectifs de cette épargne, l’État reconnaît aux détenteurs de capitaux le pouvoir de financer les capacités humaines et techniques dont dispose déjà la société.

Les épargnants attendront légitimement une rémunération ou la préservation de leur capital. Celle-ci devra être financée par les résultats des entreprises, les prix, les impôts ou les futurs revenus des salariés. Il ne faut pas perdre de vue que l’épargne dont on retire des intérêts est financée par les salariés, qui sont la clé de la formation de richesse dont ils sont juridiquement dépossédés.

La collectivité empruntera donc une nouvelle fois aux détenteurs de monnaie le droit d’utiliser ses propres ingénieurs, ses chercheurs, ses travailleurs, ses machines et ses ressources.

La dette décrite comme une pyramide de Ponzi

Olivier Becht qualifie la dette publique de « gigantesque pyramide de Ponzi » et annonce le risque d’une mise sous tutelle de la France par le FMI, la Commission européenne et la Banque centrale européenne.

L’expression est spectaculaire, mais juridiquement et économiquement inexacte. Un État n’est pas un escroc promettant des rendements fictifs. Il dispose d’une économie, d’actifs, de recettes fiscales et d’une capacité à renouveler ses emprunts.

En revanche, Olivier Becht a raison sur un point : lorsqu’un État finance durablement ses déficits par l’emprunt, les intérêts deviennent un revenu versé aux détenteurs de capitaux.

Mais il ne va pas au bout de son propre constat.

Il ne demande pas pourquoi une société possédant les personnes, les connaissances, les machines et les matières nécessaires doit emprunter de la monnaie pour mobiliser ses propres capacités.

Il accepte que la convention monétaire décide de ce qui peut ou ne peut pas être réalisé.

Un nouveau modèle qui conserve l’ancien moteur

Olivier Becht veut : - produire davantage ; développer de nouvelles industries ; augmenter les salaires ; mobiliser l’épargne ; distribuer des actions ; garantir les revenus par l’État ; financer les étudiants par l’emprunt ; compléter les retraites par la capitalisation ; utiliser le bénévolat pour réduire la dépense publique.

Toutes ces propositions peuvent modifier la répartition des revenus ou améliorer certaines conditions de vie. Mais elles conservent le même circuit :

Les entreprises avancent le capital. Elles versent les salaires. Les salariés consomment. La consommation reconstitue le chiffre d’affaires, les coûts, les intérêts, les marges et retourne au capital. Les dépenses publiques empruntent le même chemin.

Le CDI universel injecterait de nouveaux revenus dans la consommation.

Les prêts étudiants injecteraient de l’argent emprunté dans la consommation.

Les pensions injecteraient les cotisations dans la consommation ou les marchés financiers.

Les investissements énergétiques reviendraient dans les prix ou la dette.

Les aides industrielles deviendraient des commandes, des marges et de nouveaux capitaux.

Tout retourne dans la même boucle.

Le projet peut sécuriser le salarié, mais il ne le libère pas. Il risque même de rendre encore plus importante la part de son existence financée par l’impôt, la dette et le crédit.

Pourquoi cette boucle demeure-t-elle invisible ?

Je demeure étonné que des femmes et des hommes qui prétendent présider au destin de la France ne décrivent jamais intégralement une boucle économique pourtant simple.

Ils expliquent qui recevra l’argent. Ils annoncent ce que l’État investira. Ils calculent les emplois attendus, les revenus distribués et parfois les économies réalisées.

Mais ils demandent rarement :

À qui cet argent reviendra-t-il à la fin du circuit ?
C’est le même défaut que présente le programme de La LFI et de Natacha Polony qui avec Brecht sont les meilleurs par rapport à tous ceux de la droite, même s’ils ne sont pas encore aboutis

Ce silence ne signifie pas nécessairement qu’ils seraient dépourvus d’intelligence ou de compétence.

Ils ont appris l’économie à l’intérieur du plan comptable capitaliste. Celui-ci présente le capital comme une ressource, les salaires comme une charge, la consommation comme un débouché et le bénéfice comme un résultat.

Lorsqu’on pense entièrement à l’intérieur de ce cadre, la reconstitution du capital paraît naturelle. Elle ne constitue même plus une question politique.

Nous retrouvons la difficulté psychique que j’évoque dans La République de l’énergie humaine : il est extrêmement difficile de percevoir le paradigme dans lequel on a été instruit depuis sa naissance.

Ce que change le Modèle Joule

Le Modèle Joule ne se contente pas de garantir un salaire lorsque l’employeur disparaît. Il supprime le salaire comme condition d’accès à la vie.

Il reconnaît que chaque être humain possède dès sa naissance une capacité énergétique, intellectuelle, créatrice et relationnelle. Les machines prolongent et accumulent l’énergie humaine déployée par les générations qui les ont imaginées, construites et perfectionnées.

Le capital fondamental n’est donc pas la monnaie. Il est constitué par les capacités humaines et mécaniques permettant de satisfaire les besoins.

Projet France

Modèle Joule

CDI universel garanti par l’État

Abolition du salariat

Revenu conditionné au travail ou au service obligatoire

Revenu d’actif garantissant l’accès à la vie

Prêt étudiant de 50 000 €

Revenu d’enseignement

Bénévolat contre des points de retraite

Énergie humaine reconnue et comptabilisée

Actionnariat salarié sans droit de vote

Participation des partenaires au pouvoir économique

Épargne privée finançant un fonds souverain

Réserve du capital de subsistance énergétique humaine

Retraite dépendant du rapport entre cotisants et retraités

Subsistance fondée sur les capacités productives disponibles

Impôts, cotisations et dette

Financement des besoins publics par la Banque Joule

Croissance préalable au financement social

Financement direct des besoins à partir des capacités réelles

Maintien de l’accumulation privée

Nouvelle définition du capital

Une refondation qui s’arrête au seuil du capitalisme

Olivier Becht propose un projet plus réfléchi et plus novateur que beaucoup de programmes électoraux. Il reconnaît la fragilisation du salariat, la menace de l’automatisation, la nécessité de rémunérer certaines activités sociales et l’importance d’une planification sur vingt ans.

Son CDI universel touche presque le cœur de la question.

Mais au moment de franchir le seuil, il recule. Il maintient le salariat, l’endettement étudiant, la capitalisation, la fiscalité, l’épargne rémunérée et la reconstitution du capital privé.

Il veut garantir à chacun une place dans la boucle. Le Modèle Joule propose de changer la boucle.

Le Projet France cherche à empêcher que les citoyens soient expulsés du capitalisme. Le Modèle Joule cherche à empêcher que leur droit de vivre dépende encore du capitalisme.

Voilà la différence fondamentale.

Olivier Becht a compris que le monde du travail allait être bouleversé. Il n’a pas encore admis que l’on ne peut pas répondre à la disparition progressive des emplois en universalisant le contrat qui dépend de leur existence.

Son projet aménage intelligemment l’ancien monde. Mais l’intelligence artificielle, l’automatisation, le vieillissement, la transition écologique et le coût des transformations collectives exigent désormais autre chose qu’un aménagement.

Ils exigent que nous changions ce que nous appelons le capital et que nous rendions à chaque être humain la propriété de ce qu’il possède réellement depuis sa naissance : son énergie, sa capacité d’apprendre, de produire, de penser et de coopérer.

 

 

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Rédigé par ddacoudre

Publié dans #Politique

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Publié le 20 Octobre 2026

Rien ne vient de rien, encore faut-il être capable de son analyse et ne pas se cacher derrière les casseurs.

Mon analyse touche juste sur le mécanisme principal : les images des casseurs permettent d’effacer politiquement la masse des manifestants et leurs revendications.

Ce qui me paraît juste

Il faut distinguer au moins quatre groupes :

  1. les manifestants pacifiques, très largement majoritaires ;

  2. les militants venus avec l’intention d’affronter la police ou de dégrader ;

  3. les pilleurs opportunistes, sans projet politique nécessairement identifiable ;

  4. les forces de l’ordre, dont le dispositif peut contenir, déplacer ou parfois aggraver les confrontations.

Entre 550 000 et 800 000 personnes auraient participé aux manifestations du 17 octobre. Les violences, aussi graves soient-elles, ne peuvent donc pas être attribuées indistinctement à l’ensemble du mouvement. Les informations disponibles décrivent justement un mélange de groupes politisés, de pilleurs et de participants entraînés dans les affrontements. reuters.com

Accuser LFI d’être politiquement responsable parce qu’elle a soutenu la manifestation n’équivaut pas à démontrer qu’elle a organisé les violences. Il faudrait pour cela établir des consignes, un financement, une coordination ou une participation organisée. À défaut, on passe de l’enquête à l’accusation politique.

Mélenchon a soutenu la mobilisation et contesté le maintien de l’ordre, mais il a également appelé ses sympathisants à ne pas participer aux pillages. lemonde.fr

Mon rapprochement historique que je fais avec mon vécu du temps du SAC de de Gaulle avec le PCF est semblable aux charges que l'on fait supporter à la LFI comme à mon époques, le parti communiste qui incarnait l’opposition sociale radicale était déjà présenté comme l’instigateur potentiel de tout désordre, indépendamment de la diversité réelle des participants.

Ce qu’il faut nuancer

Dire que l’État « a les moyens de circonscrire les casseurs » est juste quant à ses capacités.

Mais elle n'est pas une garantie de résultat si elle ne prend pas la mesure de la réalité qu'elle devrait connaître par l'intermédiaire des remplaçant des RG. Les groupes mobiles, les rassemblements dispersés et les pillages simultanés peuvent saturer un dispositif. Les forces présentes semblent d’ailleurs avoir été débordées et le renseignement avoir mal évalué l’ampleur de la mobilisation. Cela peut révéler une défaillance ; cela ne démontre pas encore une volonté politique de laisser faire. ft.com mais permet de l'envisager au regard de l'histoire récente des stratégies d'acteurs

Le sommet violemment contesté en Italie était le G8 de Gênes en 2001 ; qui a donné lieu à des entraînement de force anti émeute en France. Le Centre national d’entraînement des forces de la gendarmerie demeure bien une référence européenne et internationale. Ministère de l'Intérieur

il y a depuis le développement de la stratégie de l'émotion dans l'information depuis 1990 :une prédominance psychotique pour les drames, un terme médical qui peut être élargie à un état de panique. Psychose collective. Vivre dans la psychose d’un attentat, d’une crise politique, ce qui est une fascination émotionnelle et médiatique pour les drames.

Il en est de même dans l'expression de nos « comportements primitifs » s'il exprime ma pensée anthropologique, ils représente des comportements immédiats de prédation, de vengeance et d’affrontement, que la vie collective et la pensée politique devraient normalement contenir au lieu de l'exacerber depuis le mandat de Sarkozy.

Ce que démontre réellement le tableau du CEVIPOF


 

Proposition approuvée en 2025

Réponses

Adultes correspondants

« Il faut un vrai chef en France pour remettre de l’ordre »

73 %

environ 38,7 millions

« Il faudrait moins de démocratie et davantage d’efficacité »

48 %

environ 25,4 millions

« Un homme fort qui n’a pas à se préoccuper du Parlement ni des élections »

41 %

environ 21,7 millions

« La démocratie ne fonctionne pas bien »

71 %

environ 37,6 million


 

Ce tableau de 2025 est exact, mais ses lignes ne peuvent pas être additionnées : les mêmes personnes peuvent avoir donné plusieurs de ces réponses. Il indique une tentation autoritaire, non que 38 millions de Français souhaitent explicitement le totalitarisme. C'est en cal qu'il est important d'observer les analyse et choix du RN qui depuis 1984 sous l'appellation FN y a largement concuru.

Le baromètre 2026 montre d’ailleurs une légère baisse : 43 % souhaitent moins de démocratie au profit de l’efficacité et 36 % accepteraient un homme fort gouvernant sans Parlement ni élections. Dans le même temps, 82 % considèrent encore la démocratie comme un bon système. La contradiction est passionnante : beaucoup veulent conserver la démocratie tout en acceptant des solutions qui pourraient la détruire. www.sciencespo.fr

Les citoyens ne demandent pas nécessairement consciemment une dictature ; ils réclament une efficacité, une protection et une autorité immédiates sans toujours mesurer ce qu’ils abandonneraient pour les obtenir, tant l'intolérance a remplacé la réflexion critique en perte de vitesse permanent; il suffit d'aller sur les réseaux sociaux pour s'en persuader.

L'on peut dire :
La violence des casseurs est réelle et doit être combattue. Mais elle devient également un instrument de diversion lorsqu’elle permet d’effacer plusieurs centaines de milliers de manifestants, d’éviter de discuter leurs revendications et de transformer une crise sociale en simple problème policier.
Inversement, dénoncer les fautes du maintien de l’ordre ne doit pas servir à excuser les pillages et les agressions.
Une démocratie adulte doit pouvoir examiner simultanément les responsabilités des auteurs de violences, les défaillances éventuelles de la police, les stratégies des partis et les causes économiques et sociales de la mobilisation.
Réduire toute cette complexité à « la faute de LFI », des étrangers ou de quelques casseurs ne constitue pas une analyse : c’est une manière de ne pas penser partisane ou incompétence.

Les violences ensevelissent la question essentielle : pourquoi une colère sociale aussi profonde et aussi diffuse existe-t-elle ?

À mes yeux, cette situation ne relève ni d’un simple problème de maintien de l’ordre ni d’un complot politique unique. Elle résulte de la rencontre de plusieurs crises : sociale, institutionnelle, éducative, médiatique et politique.

Une mobilisation sociale devenue le réceptacle de plusieurs colères

Le mouvement est parti de revendications portant notamment sur la vie chère, les conditions d’étude et la dégradation des services publics. Il a ensuite agrégé des lycéens, des étudiants, des syndicalistes, des Gilets jaunes et différentes organisations politiques. Entre 550 000 et 800 000 personnes auraient manifesté le 17 octobre, très majoritairement sans commettre de violences.

Mais lorsque des revendications différentes se rassemblent sans direction commune suffisamment reconnue, la mobilisation devient difficile à organiser. Elle peut exprimer une colère immense sans être capable de lui donner un objectif politique partagé.

C’est probablement la première caractéristique de la situation : il existe une forte capacité de protestation, mais une faible capacité de construction collective.

Les syndicats et les partis structuraient autrefois davantage les manifestations : service d’ordre, itinéraire, mots d’ordre, négociation et débouché politique. Leur affaiblissement laisse un espace dans lequel peuvent se rencontrer des manifestants pacifiques, des militants de l’affrontement, des jeunes en colère et des pilleurs attirés par l’occasion.

Les casseurs ne constituent pas un groupe homogène

Le mot « casseurs » rassemble abusivement plusieurs réalités : des militants pour lesquels la destruction représente une action politique contre l’État ou le capitalisme ; des individus venus essentiellement pour affronter la police ; des personnes entraînées ponctuellement dans la violence collective ; des pilleurs qui profitent de la désorganisation ; parfois des personnes qui détruisent sans doctrine construite, pour éprouver momentanément une puissance qu’elles ne possèdent pas dans leur existence ordinaire.

Les violences ne peuvent donc pas être expliquées uniquement par LFI, l’ultragauche, l’immigration, l’éducation familiale ou la pauvreté. Chacune de ces explications peut éventuellement éclairer une fraction des comportements, mais aucune ne suffit à rendre compte de l’ensemble.

L’importance des pillages indique notamment que tout n’était pas politique. Lorsque la consommation constitue le principal signe de réussite sociale, certains exclus de cette consommation peuvent profiter de l’effondrement temporaire des règles pour s’emparer immédiatement des biens qu’ils désirent. C’est une transgression, mais également le reflet caricatural de la société marchande : posséder devient la preuve d’exister. des exemples précis de cela ont existé aux USA, ou durant les conflits en Grèce. il n'y donc aucune raison que la France y échappe si l'opportunité ce présente comme c'est le cas. je sais cela gène les fondamentaliste du RN et de la droite décomplexé.

La violence offre parfois une domination instantanée

Mon approche anthropologique apporte ici quelque chose d’important.

Un individu qui se sent impuissant dans sa vie quotidienne peut éprouver, au sein d’une foule, une puissance provisoire. Il ne maîtrise ni son emploi, ni son logement, ni son avenir, ni les décisions politiques ; mais pendant quelques minutes, il peut briser une vitrine, faire reculer un policier, provoquer une réaction collective et devenir visible.

Cela n’excuse rien. Cela explique pourquoi une société qui produit de l’impuissance peut également produire des explosions de domination immédiate, et transformer des mouton en loup l'espace de quelques heures.

La violence devient alors une compensation psychique : Celui qui n’a aucune prise sur l’organisation de son existence peut rechercher une prise physique sur ce qui l’entoure.

Les réseaux sociaux renforcent le phénomène. La destruction devient une image, l’image devient une preuve de puissance, puis sa diffusion appelle l’imitation. Les images les plus violentes circulent beaucoup plus largement que celles des centaines de milliers de personnes qui marchent normalement. Des images authentiques, sorties de leur contexte, ont en outre côtoyé des contenus trompeurs ou artificiellement générés.

Le gouvernement dispose d’un intérêt politique évident

Le gouvernement n’a pas nécessairement organisé ni volontairement laissé se produire les violences pour en tirer avantage. Rien ne permet actuellement de l’affirmer, sauf à le suspecter au regard d'autres circonstances qui pullulent dans les coulisses du pouvoir.

En revanche, une fois les violences commises, il a un intérêt politique évident à déplacer le débat, aidé en cela par tous les commentateurs médiatiques inféodés. Exemple :

Avant les violences

Après leur médiatisation

Pourquoi la vie devient-elle trop chère ?

Qui sont les casseurs ?

Pourquoi les services publics se dégradent-ils ?

LFI encourage-t-elle le chaos ?

Comment financer les besoins collectifs ?

Faut-il renforcer les sanctions ?

Pourquoi la jeunesse se mobilise-t-elle ?

Pourquoi les jeunes ne respectent-ils plus l’autorité ?

Quelle responsabilité économique ?

Quelle responsabilité policière ou partisane ?

La violence ne fait donc pas seulement des victimes et des dégâts. Elle transforme la nature du débat public. Elle permet au pouvoir de passer de la défensive sociale à l’offensive sécuritaire qu'enfourche immédiatement les partis intéressés.

Accuser LFI constitue alors une stratégie politiquement efficace : elle personnalise la responsabilité, soude les partisans de l’ordre et oblige toute l’opposition à choisir entre la défense de LFI et la condamnation des violences. Pendant ce temps, les revendications initiales disparaissent.

Mais LFI porte aussi une responsabilité stratégique. Lorsqu’un mouvement soutient une mobilisation, il doit condamner sans ambiguïté les pillages et distinguer la colère sociale de la destruction. Toute hésitation permet à ses adversaires de confondre soutien aux revendications et complaisance envers la violence.

Un échec possible du maintien de l’ordre

L’État français possède des forces spécialisées, une doctrine, des renseignements et un centre de formation reconnu internationalement à Saint-Astier. Il ne peut donc pas expliquer l’ensemble des débordements par une absence de moyens ou d’expérience.

Toutefois, disposer de moyens ne garantit pas leur bonne utilisation. La dispersion des cortèges, leur ampleur mal anticipée, la mobilité des groupes et la simultanéité des pillages peuvent saturer les forces disponibles. Les informations publiées évoquent précisément une sous-estimation de la mobilisation, des groupes difficiles à suivre et des unités débordées dans plusieurs villes.

Il faudra donc établir précisément : ce que les renseignements avaient annoncé ; combien d’unités avaient été engagées ; pourquoi certains lieux sensibles sont restés insuffisamment protégés ; si les consignes privilégiaient la protection des institutions, l’interpellation des casseurs ou la dispersion générale ; si l’usage de la force contre des manifestants pacifiques a contribué à désorganiser les cortèges ; si certaines unités engagées possédaient une formation suffisante au maintien de l’ordre.

Une commission d’enquête parlementaire indépendante serait plus utile que les accusations immédiates entre le gouvernement et LFI.

Une crise démocratique derrière la crise policière

Les résultats du CEVIPOF montrent une contradiction profonde : une très large majorité affirme encore son attachement à la démocratie, mais une fraction considérable accepterait moins de démocratie, un gouvernement d’experts ou un homme fort au nom de l’efficacité.

Ce n’est pas nécessairement une aspiration consciente au fascisme. C’est souvent une demande de protection et de résultat formulée par des personnes qui ne voient plus comment l’action démocratique pourrait modifier leur existence et se fascise en ignorance.

Le risque commence précisément là. Les citoyens ne réclament pas forcément la disparition de leurs libertés ; ils demandent qu’un chef résolve leurs difficultés. Mais ils peuvent accepter progressivement l’affaiblissement des contre-pouvoirs si celui-ci leur est présenté comme le prix de l’ordre.

La séquence est classique : les institutions ne répondent plus aux difficultés sociales ; la protestation augmente ; une minorité violente détourne la mobilisation ; les médias concentrent l’attention sur les destructions ; le pouvoir répond par l’autorité ; une partie de la population réclame encore davantage d’autorité ; les causes initiales demeurent intactes.

la conclusion immédiate pourrait être

Cette crise révèle moins une France devenue soudainement criminelle qu’une société qui ne sait plus transformer ses conflits en projet politique, faute d’espérance et de projet d'avenir.

Les casseurs expriment, sous une forme destructrice, l’absence de médiations collectives. Le gouvernement transforme leur violence en argument sécuritaire. LFI tente de conserver la colère sociale comme force politique. La droite et le RN utilisent les désordres pour confirmer leur récit sur l’autorité, l’immigration et le déclin. Les médias privilégient naturellement les images spectaculaires, parce qu’elles attirent davantage que l’explication économique.

Chacun exploite ainsi une partie de la réalité, mais presque personne n’en présente l’ensemble.

Or la démocratie ne consiste pas à nier la violence, à excuser les pillages ou à condamner indistinctement les manifestants. Elle exige de tenir ensemble quatre responsabilités : sanctionner les auteurs de violences, contrôler l’action policière, examiner les stratégies politiques et répondre aux causes sociales de la mobilisation.

Si l’on ne traite que les casseurs, les causes demeureront. Si l’on ne parle que des causes, les violences détruiront la légitimité du mouvement. Et si l’on transforme chaque crise sociale en demande d’un chef plus autoritaire, la société finira par sacrifier la démocratie sans avoir résolu aucun des problèmes qui avaient provoqué sa colère. C'est vers cette dernière tendance que nous évoluons désespérément.

je développe souvent que les citoyens ont abandonné les institutions démocratiques de leur expression d'opinion que sont les partis politiques et les syndicats en les prenant pour des compagnies d'assurances garantissant la vie sans y participer. Durant plus de trente ans une campagne de discrétisation a été orchestré engendrant un dénigrement permanent de ces institutions assurant la cohésion et la représentativité démocratique, nous avons le résultat de cela avec un parti tel la RN et la droite décomplexé qui soufflent sur les braises

La violence actuelle n’est pas seulement le produit de la colère ; elle est aussi le résultat de la disparition progressive des organisations qui transformaient cette colère en action collective.

Une offensive idéologique durable contre les partis et les syndicats est bien identifiable, mais elle n’a pas nécessairement été commandée par un centre unique d'un complot anti démocratique. Elle résulte plutôt d’intérêts convergents : employeurs hostiles aux contre-pouvoirs syndicaux, gouvernements contournant les corps intermédiaires, médias privilégiant les conflits de personnes, discours néolibéral valorisant l’individu et erreurs commises par les organisations elles-mêmes.

Quand les citoyens désertent leurs propres institutions

Pendant des décennies, les partis politiques et les syndicats ont organisé l’expression des conflits sociaux. Ils ne supprimaient ni les désaccords ni les violences, mais ils permettaient de transformer des mécontentements individuels en revendications collectives, puis en négociations, en programmes et parfois en lois.

Le syndicat ne servait pas seulement à obtenir une augmentation de salaire. Il formait ses militants, analysait l’entreprise, préparait les revendications, organisait les manifestations et assurait leur service d’ordre. Le parti politique ne se limitait pas à présenter un candidat aux élections. Il réunissait des citoyens, élaborait une doctrine, confrontait les opinions et préparait l’exercice du pouvoir.

Ces institutions étaient des écoles populaires de la démocratie.

Mais beaucoup de citoyens ont progressivement cessé d’y participer. Ils ont continué d’en attendre des protections, des résultats et des services, tout en refusant le temps, les cotisations, les réunions, les compromis et les responsabilités nécessaires à leur fonctionnement.

Ils ont considéré le parti et le syndicat comme des compagnies d’assurances : je verse éventuellement une cotisation, et vous devez me garantir un salaire, un emploi, une retraite, des services publics et un gouvernement conforme à mes souhaits.

Or la démocratie n’est pas une assurance souscrite auprès de représentants professionnels. Elle n’existe que par la participation de ceux qu’elle représente.

Une délégitimation venue de plusieurs directions

Depuis plusieurs décennies, les partis et les syndicats ont été présentés comme des appareils archaïques, bureaucratiques, corporatistes et coûteux. Le militant est devenu un idéologue ; le syndicaliste, un privilégié qui empêche l’entreprise de fonctionner ; l’adhérent d’un parti, un apparatchik ; la grève, une prise d’otages.

Cette délégitimation a servi ceux qui souhaitaient affaiblir les contre-pouvoirs. Mais les partis et les syndicats y ont également contribué par leurs divisions, leur professionnalisation, leur éloignement du terrain et parfois leur incapacité à renouveler leurs pratiques.

Il ne s’agit donc pas d’idéaliser leur histoire. Il faut comprendre la fonction qu’ils remplissaient.

Lorsqu’on détruit ou abandonne les institutions de médiation, les conflits ne disparaissent pas. Ils cessent seulement d’être organisés.

La revendication construite devient colère.
La réunion devient réseau social.
Le militant devient influenceur.
Le programme devient slogan.
La négociation devient confrontation.
Le service d’ordre disparaît et laisse la rue aux groupes les mieux préparés à la violence.

Du citoyen organisé au spectateur mécontent

Le citoyen s’est progressivement transformé en consommateur de politique. Il choisit une personnalité comme il choisit un produit, attend un résultat rapide, puis change de préférence lorsqu’il est déçu. C'est l'expression nous n'avons pas essayé la RN.

Il ne participe plus suffisamment à l’élaboration de la décision, mais considère néanmoins que les responsables politiques doivent satisfaire ses demandes. Il délègue son pouvoir, se retire, puis accuse celui auquel il l’a confié.

Cette attitude favorise naturellement la recherche d’un chef. Lorsque l’action collective paraît trop lente, lorsque la discussion est vécue comme inutile et le compromis comme une trahison, l’autorité devient séduisante : Puisque les institutions ne répondent plus immédiatement à mes attentes, qu’un homme ou une femme décide enfin à leur place.

La démocratie est alors condamnée pour son inefficacité par ceux-là mêmes qui ont cessé de la faire vivre.

La droite décomplexée et le RN occupent l’espace abandonné

Le Rassemblement national n’a pas créé seul la défiance envers les partis, les syndicats, le Parlement, la justice, les médias et les associations. Il recueille et organise politiquement une défiance qui s’est installée depuis longtemps. Son cheval de bataille était plutôt l'insécurité et l'immigration.

La droite dite « décomplexée » a joué un rôle important en rendant progressivement acceptables des thèmes autrefois limités à l’extrême droite : désignation permanente de boucs émissaires, suspicion envers les étrangers, assimilation de la contestation au désordre, valorisation du chef, extension de la réponse pénale et présentation des contre-pouvoirs comme des obstacles.

Le RN peut ensuite proposer une explication simple à une crise complexe : si les services publics fonctionnent mal, ce serait la faute des étrangers ; si les salaires sont insuffisants, ce serait la faute de l’immigration ; si la démocratie paraît impuissante, il faudrait davantage d’autorité ; si des manifestations dégénèrent, toute opposition serait complice du désordre.

Cette explication ne transforme pas l’organisation économique qui produit les inégalités, la précarité et l’impuissance politique. Elle déplace la colère vers des groupes humains plus faciles à désigner que le fonctionnement abstrait du capitalisme, comme je l'explique souvent avec la boucle économique.

La contradiction finale

Les citoyens ont délaissé les organisations qui leur permettaient de construire collectivement leur pouvoir. Ils constatent ensuite qu’ils n’ont plus de prise sur les décisions. De cette impuissance naissent la colère, l’abstention, les mobilisations sans direction (gilets jaunes) et le désir d’un chef.

La boucle devient alors redoutable :

abandon des partis et des syndicats → affaiblissement de la représentation → décisions plus éloignées des citoyens → défiance → colère désorganisée → violences → demande d’autorité → nouvel affaiblissement démocratique.

Les casseurs ne sont pas apparus dans une société politiquement vivante. Ils surgissent dans une société qui a remplacé la participation par le commentaire, l’organisation par l’indignation et l’engagement par l’attente.

Pendant plus de trente ans, nous avons dénigré les partis et les syndicats qui transformaient les conflits en décisions collectives. Nous découvrons maintenant que, lorsque ces médiations disparaissent, la colère ne disparaît pas avec elles.

Elle devient disponible pour la violence, les réseaux sociaux, les entrepreneurs de peur et les candidats à l’autorité. Le Rassemblement national et la droite décomplexée n’ont plus qu’à souffler sur des braises que notre désertion démocratique a laissées s’accumuler.


 

 

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Publié le 19 Octobre 2026

Natacha Polony : reconstruire la France sans sortir du capitalisme, "une mission impossible".
Ce que propose Natacha Polony

Le projet de Natacha Polony commence à se préciser, mais il ne constitue pas encore un programme présidentiel complet et chiffré. C’est actuellement une doctrine générale fondée sur le souverainisme, le gaullisme social et la reconstruction productive de la France. Son projet ne constitue pas une évolution vers l'avenir que dessine le développement des connaissances scientifiques des initiés, la poursuite du développement des technologies en remplacement d'emplois, ni le changement d'existence qu'impose la transition écologique en collaboration avec les autres nations par des institutions internationales disposant de moyens financiers.

Son positionnement politique

Natacha Polony se réclame explicitement de la gauche républicaine et du gaullisme social, dans la filiation de Jean-Pierre Chevènement et de Philippe Séguin. Elle présente son mouvement, intitulé « Nous sommes la France », comme un rassemblement dépassant temporairement la droite et la gauche autour des « intérêts vitaux » du pays. sudradio.fr

Elle cherche à occuper un espace situé :

  • entre la gauche sociale et républicaine ;

  • le souverainisme national ;

  • le gaullisme économique ;

  • une certaine droite attachée à l’autorité, à la transmission et à l’indépendance nationale ;

  • mais en refusant officiellement le nationalisme ethnique du RN.

Elle affirme défendre une conception universaliste de la France reposant sur ce que font les personnes et non sur ce qu’elles sont. Elle accepte néanmoins un discours ferme sur le respect des règles, la sanction et l’éloignement des étrangers délinquants. sudradio.fr

Je ne sais pas ce que signifie la gauche républicaine, historiquement, la gauche est née de la contestation de la domination économique et de l’exploitation du travail. Ce n'est qu'une confusion contemporaine volontaire, que d'entretenir l'idée que gérer le capitalisme par la redistribution est être de gauche. Pourtant, une grande partie de la gauche contemporaine ne cherche plus à remplacer le capitalisme, mais seulement à en corriger les effets. Quant au capitalisme, il peut coexister juridiquement avec la République, mais son organisation hiérarchique de la propriété et du pouvoir économique contredit les principes républicains de la liberté, égalité, fraternité, et nous continuons de vivre dans cette contradiction imposée par la révolution de la bourgeoisie et non du peuple (lors de la Révolution française (1789), la bourgeoisie joue un rôle moteur pour réclamer l'égalité des droits et finit par s'imposer comme la classe montante avec l'essor de l'industrialisation et aujourd'hui elle est toujours représentée par la haute bourgeoisie,chefs d'entreprise, grands patrons, élites financières et administratives, et la moyenne et petite bourgeoisie, professions intermédiaires, commerçants, cadres, indépendants. Affirmer qu'il n'y a pas de classes sociales est une ineptie comme celle d'indiquer que nos destins économiques sont complémentaires quand l'on fait tout financer par les salariés. Seul le modèle Joule lie les classes sociales dans un destin unique; tout ce qui se dit sur ce sujet aujourd'hui est du commentaire spécieux.

.

je ne vois pas non plus ce qu'est le Gaullisme social, qui avait repris le programme du conseil de la résistance. Le programme du Conseil national de la Résistance (intitulé Les Jours heureux) a été rédigé principalement par Pierre Villon (secrétaire du Front national de lutte) et adopté à l'unanimité par le Conseil national de la Résistance (CNR) le 15 mars 1944, sous la présidence de Georges Bidault.

Le gaullisme a produit d’importantes avancées sociales, mais il faut distinguer l’œuvre collective de la Libération, à laquelle de Gaulle a présidé, de ce qui relève proprement de sa doctrine.

Ce que fut réellement le gaullisme social.

À la Libération : reconstruire une République sociale

Entre 1944 et janvier 1946, le Gouvernement provisoire dirigé par de Gaulle applique une grande partie du programme du Conseil national de la Résistance :

  • création de la Sécurité sociale en 1945 ;

  • généralisation des assurances maladie, vieillesse et famille ;

  • création des comités d’entreprise ;

  • nationalisation de Renault, des grandes banques, du crédit, du gaz, de l’électricité et d’une partie des transports ;

  • protection accrue des représentants syndicaux ;

  • mise en place d’une planification économique ;

  • reconnaissance du droit de vote des femmes ;

  • retour aux conventions collectives.

Mais il serait historiquement faux d’attribuer tout cela au seul de Gaulle. La Sécurité sociale fut notamment organisée par Ambroise Croizat, ministre communiste du Travail, avec la CGT et l’ensemble des forces issues de la Résistance. De Gaulle a donné l’autorité politique permettant ces transformations, mais elles résultaient d’un compromis entre gaullistes, communistes, socialistes, démocrates-chrétiens et syndicalistes.

Sous la Ve République : croissance, protection et intervention de l’État

Entre 1958 et 1969, le gaullisme poursuit une politique économique dirigiste :

  • développement des grands services et entreprises publics ;

  • investissements dans le nucléaire, les transports, l’aéronautique et l’aménagement du territoire ;

  • construction massive de logements ;

  • développement de la formation professionnelle ;

  • extension progressive de la quatrième semaine de congés payés ;

  • hausse du niveau de vie portée par la croissance des Trente Glorieuses ;

  • développement de l’intéressement et de la participation des salariés aux résultats des entreprises.

De Gaulle considérait que le conflit entre capital et travail menaçait l’unité nationale. Il voulait lui substituer la participation, c’est-à-dire associer les salariés aux résultats, parfois à l’information et éventuellement à certaines décisions.

Son idée n’était pas d’abolir le capitalisme, mais d’empêcher qu’il ne dégénère en domination exclusive de l’argent., ce qu'il est advenu depuis la présidence de Valéry Giscard D’Estaing

Mai 1968 et les accords de Grenelle la limite du Gaullisme social

Les avancées sociales de 1968 ne furent pas spontanément offertes par le pouvoir gaulliste. Elles furent obtenues grâce à une grève regroupant plusieurs millions de salariés.

Les accords de Grenelle conduisirent notamment à :

  • une augmentation d’environ 35 % du SMIG ;

  • une hausse générale des salaires d’environ 10 % ;

  • une réduction progressive du temps de travail ;

  • la reconnaissance des sections syndicales dans les entreprises ;

  • l’amélioration de certains droits sociaux.

Le gouvernement gaulliste a négocié et accepté ces concessions parce que le pays était paralysé. Il ne les avait pas initialement programmées.

Les limites du gaullisme social

Le gaullisme social n’a jamais supprimé :

  • la propriété privée des entreprises ;

  • le salariat ;

  • la hiérarchie patronale ;

  • l’accumulation privée du capital ;

  • la dépendance du salarié envers l’emploi ;

  • la comptabilisation des salaires et de la protection sociale comme coûts de production.

De Gaulle rejetait aussi bien le libéralisme absolu que la lutte des classes marxiste. Il cherchait une troisième voie, mais celle-ci reposait sur la collaboration entre patrons et salariés sous l’autorité d’un État puissant.

Sa « participation » demeura limitée. Les salariés pouvaient recevoir une part des résultats, mais ils ne devenaient pas propriétaires égaux du capital ni détenteurs effectifs du pouvoir économique.

Le pouvoir gaulliste pouvait également être autoritaire dans les conflits sociaux. La grève des mineurs de 1963 fut durement combattue et le gouvernement tenta de réquisitionner les grévistes.

Ce qu’il en reste

Le gaullisme historique a donc apporté ou accompagné :

- un État social puissant ;

- une économie partiellement planifiée ;

- des entreprises publiques ;

- une protection sociale étendue ;

- une politique industrielle nationale ;

- l’idée que l’économie doit servir l’indépendance de la nation ;

- une tentative, inachevée, d’associer le travail aux résultats du capital.

Mais il n’a pas remplacé le capitalisme. Il l’a encadré, nationalisé en partie et rendu socialement acceptable la soumission des salariés au patronat.

Par rapport à Natacha Polony, on comprend mieux son projet : elle reprend principalement le versant industriel, souverainiste et social du gaullisme. Elle veut que l’État oriente le capital vers la production française et oblige davantage les entreprises à servir la nation.

Par rapport au Modèle Joule, la différence reste fondamentale :

Le gaullisme social cherche à réconcilier le capital et le travail sans abolir le salariat, ce qui ne change rien à l'exploitation économique des salariés dont les salaires entrent comme une charge dans le plan comptable qu'il faut éliminer si l'on ne peut pas les revendre trois fois plus aux mêmes salariés. Le Modèle Joule veut supprimer la dépendance de la vie humaine envers le salaire issu du capital privé et reconnaître l’énergie humaine comme capital appartenant à chacun.
Le gaullisme n’a pas libéré les salariés du capital. Il a utilisé la puissance de l’État, les services publics et la participation pour rendre leur subordination moins dure et inscrire le capitalisme dans un projet national.
Ce qui différencie hier d'aujourd'hui ce sont les consommations qui ont crû pour soutenir la croissance et dont la dépendance des productions les moins chères.

Son idée centrale : Produire davantage, mais avec quelles ressources et quel financement ?produire en France

Le cœur de son projet est très clair :

- Pour financer les services publics, préserver le modèle social, relever les salaires et retrouver l’indépendance nationale, la France doit recommencer à produire.

Elle veut reconstruire en dix ans une puissance industrielle française autour de plusieurs secteurs stratégiques :

  • énergie ;

  • médicaments ;

  • machines et technologies ;

  • défense ;

  • agriculture et alimentation ;

  • intelligence artificielle et robotisation.

L’État devrait redevenir stratège, planifier les investissements essentiels, protéger les filières vitales et réserver prioritairement l’argent public aux entreprises qui investissent, forment et produisent en France. Natacha Polony, 2027.

Cette planification n'a que l’inconvénient de se faire avec l'argent des salariés.

Les salariés versent prélèvement, taxes et impôts directement, ils achètent indirectement les prélèvements de l'entreprise, de l'entrepreneur par l'intermédiaire des PRIX et du CHIFFRE D'AFFAIRES, et reverser de l'argent public aux entreprises revient à considérer que les salaires seraient diminués d'autant. Exemple le salaire moyen est d’à 2 733 € X 27 000 000 de salariés = 74 milliards ( x 12 mois) =. 885 492 000 000 milliards.

L'état en 2025 a financé (par divers processus, on recense entre 469 et plus de 2 200 mécanismes d'aide différents selon les critères) des aides aux entreprises, elle a versé 166 milliards d'euros par an (sur la base de l'exercice précédent)

Si l'on retire de la masse salariale nationale les 166 milliards d'aide, cela représente : 719 492 000 000 € divisé par 12 mois et 27000 000 de salarié = 2220€ au lieu de 2733 € soit moins 513 € par mois et 6156 € par ans de l'ensemble des prélèvements taxes et impôts. . Cela ne signifie pas que cette somme est directement prélevée sur chaque bulletin de salaire, mais permet de mesurer l’effort collectif transféré aux entreprises.

Dans le modèle Joule que j'ai préconisé, ce sont les entreprises par l'intermédiaire de leur banque d'employeurs qui viennent en aide solidaire entre elles.

Énergie et industrie

Elle propose notamment :

  • la renationalisation d’EDF ;

  • le refus de la privatisation des barrages hydroélectriques ;

  • une politique urgente en faveur du nucléaire ;

  • la maîtrise nationale d’une énergie décarbonée ;

  • la reconstruction des industries pharmaceutique, chimique et militaire.

Elle estime qu’une nation qui ne produit plus les biens dont elle dépend ne peut plus décider librement. Natacha Polony, 2027 . L'idée est politiquement propagandiste comme chez tous ceux qui soutiennent cette indépendance économique illusoire, qui est différent que de reprendre la maîtrise de certaines productions, quand près de 57 % de l’énergie finale consommée en France provenait encore du pétrole, du gaz et du charbon, que la France produit elle-même en quantité extrêmement faible 1%. Relocaliser certaines productions stratégiques est possible ; prétendre à l’autosuffisance générale ne l’est pas.

Agriculture et commande publique

Elle souhaite utiliser la commande publique pour privilégier la production française. Les cantines, les hôpitaux et les collectivités devraient pouvoir acheter prioritairement aux agriculteurs français, même lorsque leur production est plus coûteuse que celle de pays pratiquant des salaires beaucoup plus faibles. Cela est une option protectionniste d'un choix politique.

Son raisonnement est que cette dépense supplémentaire reviendrait en revenus aux producteurs français, lesquels paieraient ensuite des impôts et participeraient à l’économie nationale. sudradio.fr Que cela revient aux agriculteurs comme toutes consommations des fonds publics qui retournent dans l'économie nationale ou internationale, mais les prélèvements qu'ils induiraient chez les agriculteurs seraient financées, compte tenu de la boucle économique par les salariés. Les agriculteurs comme les employeurs qu'ils sont ne feraient que l'avance avant leur récupération par les prix et le chiffre d'affaires. Quand l'on raisonne avec la connaissance de la boucle économique complète de la circulation monétaire, cela change tout le fond des raisonnements économiques et visiblement Madame Natacha Polony ne la connaît pas plus que tous nos éminents politiciens et autres commentateurs économiques habitués à raisonner dans le cadre du plan comptable fait pour les dominants capitalistes.

École et transmission.

Ancienne enseignante, elle place l’école au centre de son projet. Elle veut rétablir :

  • la transmission des connaissances ;

  • la maîtrise de la langue ;

  • l’enseignement de l’histoire ;

  • le raisonnement ;

  • l’autorité scolaire ;

  • l’égalité des chances par le travail et le mérite.

Son école est clairement conçue comme une institution d’émancipation républicaine, mais dans une vision assez traditionnelle de la transmission. Natacha Polony 2027 Or ce dont nous avons besoin dépasse ce cadre-là, c'est l"école républicaine du 19e siècle qui est totalement dépassé pour faire face à l'avenir et à la compréhension de la complexité du monde qui n'est que le privilège de quelques-uns qui doit être enseignés à l'ensemble de la population pour qu'elle participe à l'évolution de son avenir. Ce qui est une problématique mondiale entraînée par l'évolution des sciences et des technologies qui laisse un pan considérable de population dans l'ignorance. C'est le cas de tous les autres partis.

Institutions et démocratie.

Elle affirme vouloir rendre la décision au peuple et respecter les résultats des référendums. Elle propose également :

  • de combattre les conflits d’intérêts ;

  • d’encadrer les passages entre la haute administration et les entreprises privées ;

  • de protéger les lanceurs d’alerte ;

  • de lutter contre les « portes tournantes » entre ministères, banques et multinationales.

Elle dénonce particulièrement les responsables publics qui préparent leur carrière privée auprès des entreprises qu’ils étaient chargés de contrôler. Natacha Polony 2027

Un point mérite cependant d’être surveillé : lorsqu’elle définit la souveraineté comme la capacité du peuple à décider sans être contourné par des « instances technocratiques », des « règles arbitraires » ou des « cours de justice ».

Il faudrait lui demander comment elle entend préserver l’État de droit, l’indépendance des juges et le contrôle constitutionnel. La souveraineté populaire ne doit pas devenir le moyen de soustraire le pouvoir majoritaire à toute limite. Car aujourd'hui si nous faisions un référendum il n'est pas la garantie par lui-même, une assurance démocratique : dans une population insuffisamment informée et dominée par la peur ou la recherche d’autorité, une majorité pourrait légitimer des décisions portant atteinte aux droits fondamentaux et à l’État de droit. Nous aurions des chances de passer sous une société totalitaire.

Dans le tableau ci-dessous du CEVIPOF nous retrouvons le comportement d'une partie de la population infantilisée depuis plus de 40 ans, incapable de disposer de la compréhension des évènements et donc d'y faire face sans passer par le "PÈRE"(l'élu charismatique salvateur) pour avoir abandonné les institutions démocratiques Syndicats et Partis.

Ces sondages d'opinion sont extrapolés et varient un peu à chaque étude, mais ils indiquent clairement une tendance qui se confirme d'une année sur l'autre.

Proposition approuvée en 2025

Réponses

Adultes correspondants

« Il faut un vrai chef en France pour remettre de l’ordre »

73 %

environ 38,7 millions

« Il faudrait moins de démocratie et davantage d’efficacité »

48 %

environ 25,4 millions

« Un homme fort qui n’a pas à se préoccuper du Parlement ni des élections »

41 %

environ 21,7 millions

« La démocratie ne fonctionne pas bien »

71 %

environ 37,6 millions


 

Politique internationale

Elle défend une France indépendante des blocs, capable de parler :

  • aux États-Unis ;

  • à la Chine ;

  • à la Russie ;

  • à l’Inde ;

  • au Brésil ;

  • aux pays africains et arabes.

Elle refuse que la France soit le « supplétif d’un empire » et défend une diplomatie de paix soutenue par une capacité militaire nationale. Elle souhaite aussi que certains pays européens construisent un rapport de force avec les États-Unis lorsqu’ils estiment leurs intérêts menacés. Natacha Polony 2027

Disposé de l'expression de sa stratégie politique internationale et marquer sa spécificité nationale n'est pas une spécificité française tous les pays le font,. C'est encore croire que la France à un poids stratégique face au au USA et au BRICS (le conflit avec L’Iran le démontre). Il y a longtemps que le pouvoir international est passé de l’Europe au USA (après la guerre de 40) et est entré en conflits avec la Chine pour la suprématie monétaire de référence. Nous retrouvons la pensée Gaulliste sortie du contexte politique et économique d'aujourd'hui. La population mondiale était estimée à environ 2,3 à 2,4 milliards d'habitants en 1945, et à environ 8,21 milliards d'habitants, en 2025 avec trois puissances nucléaires , la Chine, la Russie, les USA ayant un dispositif militaire ; sans commune mesure avec les autres états qui disposent du nucléaire (France, Royaume-Uni, Inde, Pakistan, Israël et Corée du Nord). Si la France a encore un poids politique, il est du à son prestige historique et à sa place au conseil de sécurité de l'ONU, comme le Royaume-Unis. Le Conseil de sécurité se compose de 15 membres, dont cinq membres permanents : Chine, États-Unis d'Amérique, Fédération de Russie, France et Royaume-Uni,

Ce qui manque encore

Son projet demeure incomplet sur plusieurs questions essentielles :

  • le financement précis de la réindustrialisation ;

  • le traitement de la dette publique ;

  • les salaires, les cotisations et les retraites ;

  • la répartition du capital et des bénéfices ;

  • le logement ;

  • la transition écologique hors énergie ;

  • l’eau, les sécheresses et l’adaptation climatique ;

  • le fonctionnement détaillé de ses institutions ;

  • ses rapports exacts avec l’Union européenne et les traités ;

  • les conséquences de l’automatisation sur l’emploi et la distribution des revenus.

Elle revendique 60 000 soutiens, mais son site indique aussi que le projet est encore en construction à partir de réunions, de comités et d’un cahier de doléances. Euronews Pour cela je lui adresserai le modèle économique Joule qui éclaire sur la dépendance de la France et du monde au CAPITALISME (différent du besoin de capitaux ce qui entretient une confusion)

Par rapport au Modèle Joule

Son diagnostic rejoint le tien sur plusieurs points :

- impuissance des gouvernements ;

- désindustrialisation ;

- dépendance internationale ;

- nécessité d’un État stratège ;

importance de l’école et de la formation ;

- préparation à l’intelligence artificielle ;

- refus que les intérêts financiers commandent toutes les décisions.

Mais sa solution reste enfermée dans la comptabilité capitaliste :

Produire davantage afin de créer des emplois, des salaires, des recettes fiscales et de financer les services publics.

Elle ne remet pas en cause :

  • le salariat ;

  • la propriété privée du capital productif ;

  • la formation des prix ;

  • la récupération des dépenses publiques par le chiffre d’affaires ;

  • la boucle salaire → consommation → chiffre d’affaires → reconstitution et accumulation du capital.

Elle veut reconstruire un capitalisme national, productif, régulé et social, là où le Modèle Joule veut changer la nature même du capital et séparer le financement de la vie du salariat.

Sa politique de commande publique l’illustre parfaitement : l’État verse davantage aux producteurs français, ceux-ci distribuent des revenus et paient des prélèvements, puis la consommation reconstitue leur capital. Elle relocalise la boucle en France, ce qui peut améliorer l’emploi et la souveraineté, mais elle ne rompt pas avec la boucle.

Ma conclusion serait donc :

Natacha Polony propose actuellement une alternative au macronisme et au libre-échange, mais pas une alternative au capitalisme. Or c’est précisément d’un modèle dépassant le capitalisme dont nous aurons besoin pour financer les transformations écologiques et sociales qui ne procureront pas nécessairement de retour marchand aux détenteurs du capital.

Son projet consiste à reconstruire un capitalisme national productif sous la direction d’un État stratège, (comme la Chine ce qui est une référence d’efficacité économique seulement).Il peut relocaliser une partie de la boucle économique, améliorer l’emploi, renforcer certaines productions essentielles et réduire quelques dépendances. Mais il ne change ni la formation comptable du capital, ni son accumulation, ni la dépendance de l’existence humaine envers le salaire, ni l'enseignement nécessaire aux adultes.

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Publié le 18 Octobre 2026

Présidentielle de 2027 : trente candidats, mais pour proposer quoi ?

À chaque élection présidentielle, des personnalités annoncent ou envisagent leur candidature. Au 18 octobre 2026, une trentaine de personnes semblent encore disposées à se présenter à l’élection présidentielle de 2027.

Le chiffre dépend toutefois de la définition retenue :

  • aucun candidat n’est encore juridiquement officiel : il faudra attendre la validation des 500 parrainages par le Conseil constitutionnel, en mars 2027 ;

  • 19 candidats sont clairement déclarés, selon le décompte prudent de LCP actualisé le 14 octobre ;

  • plus de 30 personnes sont déclarées, pressenties ou présentées comme susceptibles de concourir ;

  • un recensement plus large retient 28 candidatures déclarées et deux candidatures pressenties, en incluant de très petites candidatures qui auront peu de chances d’obtenir les parrainages nécessaires.

Pour comparaison, 12 candidats avaient finalement été admis à concourir en 2022. Le record de la Ve République reste celui de 2002, avec 16 candidats.

À six mois du premier tour, une trentaine de personnes ont donc déclaré leur candidature ou manifesté leur intention de se présenter. Mais aucune n’est encore officiellement candidate : seules celles qui réuniront les 500 parrainages requis pourront participer au scrutin.

Par « candidatures individuelles », je désigne ici les personnes qui ne disposent pas de l’appui d’un grand parti politique. Elles seraient actuellement entre sept et dix, selon la manière dont on classe leurs mouvements. Parmi elles figurent notamment Clara Egger, Jean Lassalle, Benoît Mathieu, Antoine Mikolajczak, Juan Branco, Natacha Polony et Francis Lalanne.

Le premier défi pour ces candidats demeure l’obtention des 500 parrainages.

Le couperet des 500 parrainages

La liste des élus habilités à présenter un candidat est fixée par l’article 3 de la loi organique du 6 novembre 1962. Elle a été complétée au fil des transformations des structures territoriales.

En 2022, environ 42 000 élus disposaient de ce droit. Cet ordre de grandeur devrait être voisin en 2027. Peuvent notamment présenter un candidat :

  • les députés, les sénateurs et les représentants français au Parlement européen ;

  • les maires, les maires délégués et les maires d’arrondissement de Paris, Lyon et Marseille ;

  • les présidents des métropoles, communautés urbaines, communautés d’agglomération et communautés de communes ;

  • les conseillers départementaux et régionaux ;

  • les conseillers de Paris et de la métropole de Lyon ;

  • les membres des assemblées territoriales d’outre-mer ;

  • les conseillers à l’Assemblée des Français de l’étranger et les présidents des conseils consulaires.

Sur ces quelque 42 000 élus, on compte environ 34 900 maires de plein exercice. Chaque élu ne peut parrainer qu’une seule personne et sa décision est individuelle. La publicité du parrainage rend néanmoins cette décision politiquement beaucoup moins neutre qu’un simple droit de présentation.

Nous sommes passés de 100 signatures à l’élection de 1974 à 500 à partir de 1976. Le droit de tout citoyen à envisager une candidature subsiste donc en théorie, mais il est fortement limité dans la pratique. Une division purement arithmétique donnerait un maximum théorique de 84 candidatures à partir de 42 000 parrains. En réalité, les règles de répartition géographique, les stratégies des partis et la prudence des élus réduisent considérablement ce nombre.

Plus de 500 000 élus locaux, mais combien de citoyens politiquement engagés ?

En France, un peu plus de 520 000 citoyens exercent au moins un mandat politique local. La très grande majorité sont des conseillers municipaux.

Cela représente approximativement :

  • 0,76 % de la population totale ;

  • environ un habitant sur 132 ;

  • près de 1 % des électeurs inscrits.

Ce nombre peut sembler important. Il reste pourtant modeste lorsqu’on le compare aux formes d’engagement consacrées au sport et aux loisirs.

La France compte approximativement 660 000 associations sportives ou de loisirs, contre environ 42 000 associations politiques ou cercles de réflexion. Il existe ainsi près de seize structures permettant de jouer, de se distraire ou de pratiquer un sport pour une structure tournée vers la réflexion ou l’action politique.

Cette disproportion ne condamne évidemment pas les loisirs, indispensables à l’existence. Elle aide cependant à comprendre pourquoi beaucoup de citoyens connaissent parfaitement les résultats sportifs, tandis qu’ils sont beaucoup moins nombreux à pouvoir décrire les mécanismes économiques et institutionnels qui organisent leur vie.

La statistique ne prouve pas à elle seule un désintérêt politique. Elle illustre néanmoins la priorité accordée collectivement à la détente plutôt qu’à l’organisation consciente de la cité. Elle rejoint également les études sur la faiblesse des connaissances économiques d’une partie importante de la population — faiblesse qui facilite le travail de ceux qui la désinforment.

Une candidature est aussi une sélection par l’argent

Une campagne présidentielle coûte généralement plusieurs millions d’euros. Pour le scrutin de 2022, les plafonds étaient fixés à :

  • 16,851 millions d’euros pour un candidat présent au premier tour ;

  • 22,509 millions d’euros pour les deux candidats qualifiés au second tour.

Ces montants pourront être actualisés pour 2027. Ils montrent cependant l’échelle financière nécessaire pour mener une campagne nationale.

Les équipes disposent principalement :

  • des dons des particuliers, limités à 4 600 euros par personne pour l’ensemble de l’élection ;

  • des prêts bancaires ;

  • de l’apport personnel du candidat ;

  • des prêts ou contributions de son parti politique.

Les dons des entreprises, des associations et des syndicats sont interdits. Toutes les opérations doivent passer par un mandataire financier et sont contrôlées par la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques.

Pour réunir 12 millions d’euros uniquement au moyen de dons individuels versés au plafond de 4 600 euros, il faudrait théoriquement environ :

\[ \frac{12\,000\,000}{4\,600} \approx 2\,609\text{ donateurs} \]

Et encore faudrait-il trouver plus de 2 600 personnes disposées à verser chacune le maximum légal. Dans la réalité, les dons sont très inférieurs à ce plafond. Une candidature sans parti doit donc réunir simultanément des parrains, des militants, des donateurs et une banque disposée à lui prêter.

Le remboursement public ne supprime pas cet obstacle : il intervient après l’élection, dépend du résultat obtenu et suppose que le compte de campagne soit approuvé. Le candidat doit donc avancer ou emprunter les fonds avant de savoir quelle somme lui sera remboursée.

Voilà pourquoi le parti politique demeure la structure la plus adaptée à une élection nationale. Il dispose d’adhérents, d’une trésorerie, d’élus susceptibles de parrainer son candidat, d’une organisation militante et, généralement, d’un appareil de formation et de communication.

Le principe est démocratiquement défendable : un candidat à la présidence ne devrait pas être seulement une personnalité médiatique. Il devrait représenter un groupe de citoyens ayant élaboré des convictions et un programme communs. Mais le système favorise mécaniquement les organisations déjà installées et les personnes disposant d’un réseau politique ou financier important.

L’État n’est pas une entreprise

Une majorité de citoyens — nous avions relevé environ 58 % dans l’enquête étudiée — considère que les chefs d’entreprise seraient particulièrement aptes à gouverner le pays.

Cette confusion est intellectuellement alarmante. Une société politique n’est pas une entreprise. Elle n’a pas pour vocation de produire du capital au bénéfice de propriétaires particuliers. Elle doit permettre à une population de définir ses besoins communs, de répartir les ressources, de protéger les libertés et d’organiser son avenir.

L’entreprise capitaliste est organisée selon une hiérarchie de propriété et de commandement. Son dirigeant n’est pas élu par l’ensemble des personnes soumises à ses décisions et celles-ci ne disposent pas d’un droit démocratique égal pour déterminer ses orientations. Prendre l’entreprise pour modèle politique revient donc à présenter comme efficace une organisation dont le principe est précisément de soustraire une partie du pouvoir à la délibération collective.

Lorsque cette représentation gagne la population, elle ne traduit pas seulement une recherche d’efficacité. Elle révèle une disposition à préférer l’autorité verticale à la démocratie. C’est l’un des signes d’un glissement fascisant.

Combien de citoyens sont réceptifs à une solution autoritaire ?

À partir des réponses recueillies par le CEVIPOF en 2025 et d’une population d’environ 53 millions de Français majeurs, nous pouvons établir les ordres de grandeur suivants :

Proposition approuvée en 2025

Réponses

Adultes correspondants

« Il faut un vrai chef en France pour remettre de l’ordre »

73 %

environ 38,7 millions

« Il faudrait moins de démocratie et davantage d’efficacité »

48 %

environ 25,4 millions

« Un homme fort qui n’a pas à se préoccuper du Parlement ni des élections »

41 %

environ 21,7 millions

« La démocratie ne fonctionne pas bien »

71 %

environ 37,6 millions

Le critère le plus rigoureux est le troisième. Accepter un homme fort affranchi du Parlement et des élections revient directement à accepter la suppression de deux fondements de la démocratie représentative.

En 2025, environ 22 millions de Français majeurs approuvaient donc une proposition explicitement autoritaire : confier le pouvoir à un homme fort qui n’aurait pas à tenir compte du Parlement ni des élections.

Autour de ce noyau, la zone de réceptivité est beaucoup plus large :

  • environ 25 millions de personnes acceptent l’idée de sacrifier une partie de la démocratie à l’efficacité ;

  • près de 39 millions souhaitent un « vrai chef » chargé de rétablir l’ordre.

Il ne faut surtout pas additionner ces nombres : une même personne peut avoir répondu favorablement aux trois propositions. Les enquêtes publiées ne permettent pas de mesurer ici leur intersection exacte.

Nous pouvons néanmoins retenir que 22 millions d’adultes manifestent une acceptation antidémocratique explicite, tandis que 39 millions constituent la zone maximale de réceptivité à la figure du chef autoritaire.

Cela ne signifie pas que 22 millions de Français seraient des fascistes constitués. Une personne peut désirer momentanément un pouvoir fort sous l’effet de la colère, de la peur ou de la désillusion sans adhérer à une doctrine fasciste complète. Mais lorsque 41 % des adultes acceptent verbalement qu’un chef puisse s’affranchir des élections et du Parlement, les dispositions psychologiques permettant le passage à un régime autoritaire sont présentes à une échelle considérable.

Je n’ai volontairement pas ajouté les réponses hostiles à l’immigration. Elles auraient élargi le tableau, mais elles auraient également facilité la contestation du rapprochement : une inquiétude migratoire, prise isolément, ne suffit pas à caractériser une adhésion fascisante. Le rejet explicite des élections et du Parlement constitue un critère bien plus solide.

Des années 1930 à 2025

La comparaison ne consiste pas à prétendre que la France de 2025 serait identique à l’Europe des années 1930. Les institutions, la société, l’information et les rapports internationaux ont profondément changé. Ce sont les mécanismes psychologiques et politiques qu’il faut comparer.

Période

Indicateur comparable

Années 1930

Développement des ligues, nationalisme, culte du chef, antiparlementarisme et désignation de boucs émissaires

France, 2025

Environ 22 millions d’adultes acceptent explicitement un chef libéré du Parlement et des élections ; jusqu’à 39 millions expriment une demande d’ordre incarnée par un « vrai chef »

Les formes historiques ne sont pas les mêmes, mais nous retrouvons certains ressorts : peur du désordre, sentiment de déclassement, rejet des institutions, recherche d’un chef protecteur et désignation de groupes rendus responsables des difficultés collectives.

Trente candidats face au danger démocratique

Que proposent donc les candidats individuels face à cette situation ?

Quelle est leur analyse d’un pays dans lequel 22 millions d’adultes accepteraient qu’un chef gouverne sans se soucier du Parlement ni des élections ? Que disent-ils de la défiance démocratique, de la faiblesse de l’engagement politique organisé et de la confusion entre la direction d’une entreprise et le gouvernement d’une société ?

Les mouvements lycéens et les autres mobilisations sociales viennent encore renforcer le sentiment de désordre. Les médias en rapportent principalement les dégradations et les affrontements, comme si toute la France était plongée dans le chaos. Cette présentation nourrit précisément la demande du chef chargé de « remettre de l’ordre ».

Or rien ne vient de rien. La crise politique ne tombe pas du ciel. Elle prend racine dans une organisation économique capitaliste qui produit les inégalités, l’insécurité sociale, la concurrence généralisée et le sentiment d’impuissance collective.

Pourtant, parmi cette trentaine de prétendants, je n’en vois aucun proposer un véritable modèle économique de remplacement. Chacun promet d’administrer différemment ce que les autres administrent déjà depuis quarante ans. On modifie les taux, les bénéficiaires, les sanctions, les priorités budgétaires ou le vocabulaire, mais on conserve la même organisation de la production, de la propriété et de l’accumulation du capital.

Le précédent de 2022

Pour mémoire, les trois premiers résultats du premier tour de l’élection présidentielle de 2022 étaient les suivants :

Candidat

Formation

Voix

Suffrages exprimés

Emmanuel Macron

La République en marche

9 785 578

27,85 %

Marine Le Pen

Rassemblement national

8 133 828

23,15 %

Jean-Luc Mélenchon

La France insoumise

7 712 520

21,95 %

Il est honnête de mettre ces résultats en regard des données du CEVIPOF. Marine Le Pen avait réuni un peu plus de huit millions de voix au premier tour. Or environ 22 millions d’adultes acceptent aujourd’hui explicitement l’idée d’un chef affranchi du Parlement et des élections, tandis que près de 39 millions souhaitent un « vrai chef » capable de rétablir l’ordre.

Tous ne voteront évidemment pas pour Marine Le Pen ou pour un autre candidat autoritaire. Le passage d’une réponse à un sondage au choix d’un bulletin dépend du programme, de la campagne, des appartenances politiques et de nombreux autres facteurs. Mais ces données révèlent l’existence d’un réservoir culturel et psychologique considérable dans lequel une candidature autoritaire peut puiser.

Une présidentielle de tous les dangers

Nous n’allons donc pas seulement vivre une présidentielle médiocre, encombrée de candidatures personnelles, de slogans et de programmes recyclés. Nous allons vivre une présidentielle dangereuse pour la démocratie.

Une grande partie des citoyens considère que celle-ci fonctionne mal parce qu’elle ne répond pas immédiatement à ses attentes. Beaucoup confondent la démocratie avec l’existence d’un élu chargé de résoudre leurs problèmes à leur place, comme si le président devait venir les border chaque soir.

Mais la démocratie ne consiste pas seulement à déposer périodiquement un bulletin dans une urne. Elle exige de s’informer, de s’engager, de délibérer et d’assumer les conséquences de ses choix. Elle demande des citoyens adultes politiquement, capables de comprendre l’organisation économique dont dépendent leurs décisions.

Cette responsabilité est loin d’être assumée lorsque les citoyens accordent de moins en moins de confiance aux partis et aux syndicats, tout en consacrant peu de temps aux structures où pourrait s’élaborer une pensée collective. Dépassés intellectuellement par la rapidité de l’évolution économique, technologique et informationnelle, ils deviennent plus vulnérables aux simplifications, aux boucs émissaires et à la promesse d’un chef.

Nous aurons une trentaine de prétendants, des millions d’euros dépensés, des milliers d’heures d’antenne et une avalanche de commentaires.

Mais si aucun candidat n’explique pourquoi notre organisation économique produit l’impuissance, la défiance et l’accumulation du capital, cette profusion ne constituera pas un véritable choix.

Elle ne sera que la multiplication des candidats chargés de gérer le même système.

Et c’est ainsi qu’en plus d’avoir une présidentielle de merde, nous pourrions avoir une présidentielle de tous les dangers.

Sources principales

 

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Rédigé par ddacoudre

Publié dans #Politique

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