Publié le 22 Janvier 2026

2.1) La peine mise en récit : quand l’archaïsme devient cosmologie

Ce que nous venons de décrire prend une puissance particulière dès qu’on regarde l’histoire longue : la pénibilité n’a jamais été seulement matérielle. Elle a toujours été mise en récit pour devenir légitime, parfois même sacrée. On peut relire une grande part de l’histoire humaine comme une longue naturalisation de la peine.

Chez les Sumériens déjà, l’Épopée d’Atrahasis raconte que les dieux mineurs se révoltent parce qu’ils sont épuisés à creuser les canaux et à entretenir la terre pour les grands dieux. La solution n’est pas d’abolir la pénibilité. Elle est de créer l’homme pour la porter à leur place. L’humanité naît littéralement comme force de travail substitutive. Le récit fonde l’idée que certains existent pour peiner afin que d’autres puissent gouverner. La peine devient une fonction cosmique.

La Bible reprend ce schéma sous une autre forme. Dans la Genèse, le travail pénible apparaît comme une conséquence de la chute :
« Tu gagneras ton pain à la sueur de ton front. »
La peine n’est plus seulement une nécessité matérielle : elle devient une condition morale. Travailler durement, souffrir, c’est expier. L’ordre social peut alors s’appuyer sur un fond théologique : si tu peines, ce n’est pas seulement parce que le monde est dur, c’est parce qu’il doit être ainsi, et que ta peine a un sens.

Chez les Grecs, la division devient plus explicite encore. Le citoyen libre est celui qui ne travaille pas de ses mains. La pénibilité est l’affaire des esclaves et des métèques. Le loisir (scholè) devient la condition de la pensée, de la politique, de la philosophie. La cité repose sur une masse de corps qui peinent pour que quelques-uns puissent gouverner et réfléchir. La fatigue devient un marqueur de place : celui qui s’épuise n’est pas fait pour décider.

Le servage médiéval prolonge cette logique en la stabilisant dans une trinité sociale presque parfaite : ceux qui prient, ceux qui combattent, ceux qui travaillent, comme quoi se stratifier en classe n'est une modernité

Les trois fonctions se veulent complémentaires, mais une seule est pénible au quotidien, et surtout : elle est continue, sans sortie, sans évolution sociale possible.
Le paysan n’est pas seulement “celui qui fait”, il est “celui qui peine”
, ce n’est pas une situation transitoire, c’est une condition. On ne travaille pas pour en sortir : on y naît, on y demeure, on y meurt. Ce n’est plus une situation, c’est une identité. Et lorsque l’identité est ainsi fixée, l’ordre cesse d’être contesté : il devient naturel. Lorsque cette condition est sacralisée, l’ordre cesse d’être contesté : il devient naturel.
Le système des castes en Inde en est l’exemple le plus abouti. La pénibilité y devient une essence.
On ne fait pas un travail inférieur : on
est inférieur par nature. Ce que l’histoire européenne a produit par la tradition, l’Inde l’a inscrit dans une cosmologie. Dans les deux cas, la même opération est à l’œuvre : transformer une organisation de la peine en vérité du monde. Ainsi, ce qui est décrit n’est ni occidental, ni moderne, ni accidentel.
C’est une
dynamique anthropologique universelle : lorsque la pénibilité se fige, elle devient destin.


 

Puis nous trouvons l’esclavage moderne, où la peine devient pure extraction d’énergie de l'autre sans compensation. Le corps de l’autre est réduit à une machine biologique. Sa fatigue ne compte pas : elle est la condition même du profit. Ici, la pénibilité se sépare totalement de la reconnaissance : plus tu souffres, moins tu existes symboliquement.

De la mythologie aux théologies, des cités aux empires, la civilisation n’a pas seulement utilisé la peine : elle l’a justifiée. Elle a appris à faire de l’épuisement une place, parfois même une vertu. L’archaïsme biologique est devenu cosmologie, puis morale, puis évidence.

2.2) De la plèbe aux classes : quand la pénibilité devient lisible

Jusqu’aux manufactures, la hiérarchie existe déjà, mais elle reste diffuse. Dans la plèbe elle-même, on trouve des distinctions : maître artisan, compagnon, manœuvre ; petit propriétaire, fermier, journalier. Tous travaillent, mais tous ne travaillent pas avec la même proximité au contrôle. Tous travaillent, mais tous ne sont pas placés à la même place hiérarchique des lieux où se décident les règles, les rythmes et les bénéfices. Certains sont proches de ce qui organise le travail, d’autres n’ont accès qu’à l’effort lui-même. Les uns organisent, arbitrent, orientent. Les autres exécutent ce qui a été décidé sans eux.

Apparaît donc que la hiérarchie ne tient pas d’abord à la quantité d’effort, mais à la position dans l’architecture sociale : être près de ce qui décide, ou n’avoir pour soi que sa fatigue.

Celui qui possède l’outil, l’atelier ou la terre décide. Celui qui ne possède que ses bras exécute.

C’est cette hétérogénéité qui formera le tiers état sous la royauté : un ensemble où se côtoient déjà des dominants relatifs et des dominés internes, mais encore confondus dans une même catégorie politique. Un même « peuple », mais déjà stratifié par la proximité aux passages vitaux : certains organisent, d’autres portent.

Il faudra attendre les manufactures, puis l’industrialisation, pour que cette structure se distingue et se nomme avec l’apparition des syndicats. Là, la pénibilité cesse d’être seulement vécue : elle devient visible comme fonction sociale distincte. Ce n’est plus « le monde est dur ». C’est : « certains portent le dur pour que d’autres organisent ». Les classes apparaissent.

L’exemple des Canuts est une charnière anthropologique. Ils sont souvent présentés comme la première révolte du « travail ouvrier ». Mais ce sont d’abord des artisans. Des travailleurs porteurs d’un savoir, d’une autonomie, d’une dignité propre. La technologie vient bouleverser leur monde en les rapprochant de la condition manœuvrière : le geste maîtrisé devient geste subordonné, et la survie dépend désormais d’un système abstrait.

Leur révolte est celle d’un monde qui meurt au moment même où la modernité promet, à terme, de réduire la pénibilité. Mais le cerveau archaïque ne calcule pas « à terme ». Il calcule « maintenant ». Il préfère un monde dur mais connu, où l’on sait comment survivre, à un monde technique qui déplace les rapports de force et rend la place incertaine. comprendre et tenir compte de cela est primordial, et n'est pas encore un réflexe naturel des humains.

et nous allons mettre en mots une vérité anthropologique d’une grande dureté : ce que nous appelons « résistance au changement » n’est pas d’abord idéologique, elle est biologique. C’est le cerveau archaïque qui parle. Il ne choisit pas entre bon et mauvais. Il choisit entre connu et inconnu. Et il préfère presque toujours ce qui fait souffrir mais qui tient, à ce qui pourrait libérer mais dont il ne connaît pas encore les contours. c'est ce que font les publicités, elles répètent sans cesse, pour devenir réflexe, comme le font des judokas et autres sportifs pour ancrer des réflexes de combinaisons.

Ce réflexe est universel.
C’est exactement celui que l’on entend aujourd’hui face à l’IA : « Elle va supprimer des emplois. » la résistance s'exprime, car derrière il n'y a rein pour rassurer le reptilien.

Et c’est exactement celui que beaucoup de lecteur auront face au Modèle Joule. Non pas parce qu’ils aiment le travail pénible. Mais parce que, pour le reptilien, ce travail est devenu un point fixe : il est ce qui prouve que l’on existe, ce qui donne une place, ce qui permet de dire je suis quelqu’un.
Quitter cela, même pour mieux, c’est risquer le vide.
car le reptilien ne peut pas enregistrer ce qui n'est pas dans son environnement ou ce qui c'est intégré par traumatisme ou répétition.

Le reptilien ne calcule pas en termes d’« évolution culturelle ». Il ne comprend pas « adulescence collective ». Il comprend seulement : « Est-ce que je vais encore manger demain ? » « Est-ce que je vais encore être reconnu ? » « Est-ce que je vais encore compter pour quelqu’un ? »

C’est pourquoi ne propose pas d'imposer brutalement la sortie du monde du travail central, par le modèle Joule. Le cerveau archaïque se cabrerait, il résisterait, il s’accrocherait, il défendrait même ce qui le détruit, parce que c’est ce qu’il connaît. le modèle joule il ne le connaîtra pas même si on le lit. seul le temps peut lui ouvrir les esprits et il y a que deux manières d’apprendre : soit nous transformons consciemment l’environnement dans lequel nos cerveaux archaïques calculent, soit nous laissons la surenchère continuer jusqu’à ce que la compréhension arrive par la brûlure.

c'est à dire soit par la connaissance, ou par la catastrophe.

L’armement nucléaire est précisément ce seuil tragique : une pédagogie par l’irréversible.

Le Modèle Joule ne promet pas que l’humanité deviendra sage. Il tente seulement de rendre possible une autre voie que celle où le reptilien ne comprend qu’au moment où les radiations touchent déjà la peau. Il ne demande pas aux humains d’être meilleurs. Il cherche à créer un monde où être archaïque cesse d’être mortel. Ce n’est pas un projet moral. C’est un projet de survie consciente, issus de la centralité du travail et du sens que donne la pénibilité, c'est à dire la recherche de nature de l'économie d'énergie, dont la concordance a développé des tyrans, des rois des empereurs, des rentiers et des milliardaires.


 

Ce réflexe est universel. C’est exactement celui que l’on entend aujourd’hui face à l’IA :
« Elle va supprimer des emplois. » c'est exactement celui que nous pensons qui sera des travailleurs face au modèle Joule. Le reptilien aura peur de quitter ce qui tient même s'il en souffre, s'il s'en plaint, pour ce qui pourrait être meilleur, si on ne le lui impose pas. Or nous n'imposons rien et laissons le choix qu'il propose entre évoluer vers l'adultescence du passage au monde adulte culturel, ou attendre l'usage de l'armement nucléaire qu'il ne comprendra que quand ses rayons rependus d'en l'environnement le toucheront.
Comme si la disparition d’un poste de travail était en soi une catastrophe anthropologique.

mais dans un monde où la seule valeur reconnue est le travail, oui perdre son travail, c’est perdre son droit d’exister. La société ne possède pas d’autre langage de la dignité. Elle est donc incapable de voir dans la réduction de la pénibilité une libération : elle n’y voit qu’une menace.

C’est en cela que, dans le Modèle Joule, la rémunération des humains pour apprendre possède une double fonction décisive : instruire, et donner un revenu indépendant du travail pénible.

Sans cette dissociation, toute avancée technique est vécue comme une attaque contre l’existence elle-même, et non comme ce qu’elle pourrait être : une sortie progressive de l’usure comme condition de la dignité.

2.3) Syndicats, socialisme et hiérarchies internes : quand la peine devient comptabilité

Avec l’industrialisation, les syndicats et le socialisme rendent enfin la structure lisible : il y a ceux qui vendent leur force de travail, et ceux qui possèdent les moyens de production. Politiquement le même découpage de classe s'installe et le 28 février 1848 la création de la commission du gouvernement pour les travailleurs, dite commission du Luxembourg, première administration du travail en France. Puis en 1878, se constitue en parti, la Fédération du parti des travailleurs socialistes de France (FPTSF).

La Charte d’Amiens l’énonce sans détour : la classe ouvrière se reconnaît comme telle parce que l’appropriation devient visible. La pénibilité cesse d’être seulement un destin individuel ; elle devient un fait collectif, politique, nommé.

Mais une autre dynamique se met aussitôt en place, plus discrète, plus durable :
à l’intérieur même du monde du travail, la hiérarchie renaît. la convention « convention d’Arras » en 1891 et le premier pas. Il faut attendre les grandes grèves du Front populaire et la loi du 24 juin 1936 pour qu’elles puissent être étendues, supprimées en 1941. Elles sont rétablies en décembre 1946 et 1950,

Les conventions collectives protègent et classent,de longue pratique de l’arbitrage et de la conciliation des conflits collectifs.
Les grilles salariales organisent une échelle : du manœuvre à l’agent de maîtrise, de l’ouvrier spécialisé au cadre.

Et une logique étrange s’installe.

Celui qui est au plus près du corps, de la poussière, du bruit, du port de charge, de la répétition, le manœuvre, l’OS, est celui qui reçoit le moins, le moins rémunéré.

Celui qui est éloigné de la pénibilité, qui écrit, organise, contrôle, planifie,
est mieux reconnu, mieux payé, mieux considéré.

La hiérarchie ancienne se recompose sous des formes modernes.

Dans la langue des ateliers, une idéologie implicite s’installe : le pénible est « simple », l’administratif est « complice », l’agent de maîtrise est « capot », le cadre est « au-dessus ».

Et la pénibilité devient une preuve morale : « Tu souffres, donc tu mérites. »

Mais le réel dit exactement l’inverse : plus tu souffres, moins tu reçois.

C’est une inversion anthropologique majeure, et même la nov langue qui fait de la femme de ménage une technicienne de surface, n'a augmenté que le leurre de la considération.
Dans un monde cohérent, celui qui dépense le plus d’énergie devrait être celui qui reçoit le plus pour reconstituer sa réserve.
Or la société industrielle organise une hémorragie énergétique chez ceux qui tiennent physiquement la production.

Ce renversement est si profond qu’il devient invisible, par l’acceptation de tous où depuis des sicles la pénibilité en silence sous classe, de deux manières par la déconsidération et un moindre salaire.

Fait révélateur : le mouvement ouvrier lui-même devient parfois acteur du maintien des emplois les plus pénibles, sous-payés, au nom même de leur existence. Dans les entreprises, on réclame des primes de pénibilité. On ne demande pas la disparition de la peine ; on négocie son prix. On organise l’usure.

Le politique, lui, qui a toujours intégrer cette logique séculaire, la poursuit jusque dans le temps de la vie.
Il crée des carrières longues, des départs anticipés, des métiers « usants ». Ce qu'il faut entendre derrière ces mots, c’est que le politique ne supprime pas la pénibilité : il l’intègre dans l’architecture du système, comme une fatalité gérable, il attend que s'exprime la contestation.

Lorsqu’un État crée : des carrières longues, des départs anticipés, des catégories de métiers dits « usants » ou « pénibles »,

il reconnaît implicitement trois choses très fortes : Certains travaux détruisent les corps plus vite que d’autres, cette destruction est considérée comme « normale » dans l’ordre social, la réponse n’est pas de faire disparaître ces travaux, mais d’en organiser la compensation tardive.

Autrement dit, la société dit en creux : « Oui, nous savons que certains métiers usent prématurément les humains, nous savons qu’ils raccourcissent la vie, nous savons qu’ils abîment les corps.

Mais nous continuons à les faire exister tels quels, en échange, nous promettons une sortie plus tôt… si vous tenez jusque-là. »

C’est une forme d’aveu silencieux : la pénibilité est devenue une variable de gestion de la mortalité.

On ne remet pas en cause la structure qui produit ces métiers, on n’interroge pas leur nécessité à l’ère technique, on ne se demande pas : « Pourquoi des humains doivent-ils encore porter cela ? »

On aménage simplement la trajectoire de ceux qui vont s’user : pour avoir travaillé plus tôt, pour s'être usé, tu partiras plus tôt, tu mourras souvent plus tôt.

La pénibilité n’est plus un accident du système, elle est intégrée comme une donnée comptable de la vie humaine.

C’est ce que ce passage veut montrer : le politique ne supprime pas l’usure, il en organise la gestion dans le temps.
Comme si la société reconnaissait à demi-mot ceci : certains corps sont sacrifiés plus vite que d’autres.

Une vieille formule du mouvement ouvrier le disait déjà, crûment : « Vous avez mis la retraite à 65 ans parce que vous saviez qu’un an après, la plupart mourraient. »

La pénibilité n’est plus seulement une condition de travail. Elle est intégrée dans l’architecture même de la mort.

Et pendant que l’on parle de justice sociale, un autre langage s’impose : celui du marché. On le présente comme une loi naturelle, neutre, presque scientifique. Mais ce que l’on nomme « loi du marché » n’est rien d’autre qu’un rapport de force hérité de cette histoire de la peine.

On a dit : liberté d’entreprendre.
Mais ce que l’on voit, y compris aujourd’hui avec le retour brutal de figures comme Trump, c’est que cette loi n’est jamais qu’une capacité à imposer ses conditions à ceux qui n’ont que leur corps à engager.

Le marché n’abolit pas la hiérarchie de la pénibilité, il la modernise, il la rend abstraite, l la rend mondiale.

Ce que l’histoire industrielle révèle, ce n’est pas seulement l’exploitation, de l'homme par l'homme, c’est la transformation de la peine en unité de compte.
La souffrance devient mesurable, l’usure devient négociable, la vie devient variable d’ajustement.

La pénibilité n’est plus seulement ce que l’on endure, elle devient ce par quoi on est situé.

2.4) La mère au foyer : pièce énergétique cachée de l’usine

Cette inversion, brûler plus d’énergie pour recevoir moins, n’a pas seulement produit des classes. Elle a engendré une architecture sociale entière.

Pour que le travailleur industriel puisse simplement tenir, il a fallu qu’une autre énergie vienne compenser ce que le système lui retirait. Cette énergie fut celle de la femme au foyer.

La « mère au foyer » n’est pas un simple modèle culturel, ni une tradition sentimentale. Elle est une pièce structurelle du système énergétique du travail industriel, dans la longue durée de son histoire.
Elle cuisine ce que le salaire ne permet pas d’acheter préparé.
Elle entretient ce que le temps de travail empêche de réparer.
Elle élève, soigne, organise.
Elle soutient psychiquement un corps et un esprit usés par la chaîne, l’atelier, le chantier.

Autrement dit : le salaire ouvrier ne suffit pas à reconstituer l’énergie qu’il détruit.
Il faut une énergie gratuite en amont : celle du travail domestique invisible.

Le mythe de la mère au foyer « naturelle » masque une réalité plus brute : le système productif externalise une part essentielle de la reproduction humaine sur un travail non payé, non reconnu, tenu pour normal.

L’ouvrier s’use à la production, la femme s’use à la réparation de l’ouvrier.

Et ni l’un ni l’autre ne voient cette chaîne comme un dispositif énergétique global, parce qu’elle est recouverte de morale, de tradition, de rôles dits « naturels ».

Le Modèle Joule rend visible ce que l’économie classique dissimule : le monde moderne repose sur une double extraction : l’énergie du travailleur, sous-payée ; l’énergie domestique, non payée.

La pénibilité n’est pas seulement dans l’usine, elle est un principe d’organisation global de la vie humaine. Tu enfanteras dans la douleur, métaphoriquement là commence l'usure de la mère au foyer.

Quand un couple dispose de revenus suffisants, il paie ce que la mère au foyer assumait autrefois : ménage, repas, garde des enfants. On parlait jadis de « bonne ». Aujourd’hui, ce sont des services.

Mais lorsque ces mêmes tâches sont accomplies par la mère au foyer, nous trouvons normal qu’elles ne produisent aucun revenu.

Ainsi, un célibataire peut vivre correctement avec 2 000 €.
S’il se marie et que le couple ne dispose que de 2 000 € pour deux, chacun tombe dans une forme de pauvreté relative.

Ce n’est pas un paradoxe moral, c’est la preuve que le travail domestique est économiquement réel mais symboliquement annulé.

La société moderne fonctionne comme si une part essentielle de l’énergie humaine devait rester hors valeur.
C’est sur cette invisibilité que reposent encore aujourd’hui : la sous-rémunération du travail pénible, l’inégalité salariale entre les sexes, et la difficulté chronique à reconnaître les métiers du soin, du lien, de la présence.

2.5) La pénibilité, le sexe et la fable morale du monde moderne

Ce que l’époque contemporaine nomme « patriarcat » est souvent raconté comme une faute morale : l’effet d’une volonté historique des hommes de maintenir les femmes dans l’ignorance et la dépendance.

Ce récit est confortable, il désigne un coupable simple, il transforme une structure en intention.
Il permet de croire que l’injustice naît d’un mauvais esprit plutôt que d’un monde matériel soumis à la rareté.

Mais il est faux par insuffisance, même si, bien sûr, des hommes ont abusé de cette situation, l’ont intégrée dès l’enfance comme naturelle, et l’ont inscrite dans les lois de leur temps comme le code civil de 1804 avant d'être patiemment réformé par mes luttes des femmes.

Les sociétés anciennes n’ont pas pensé la femme comme incapable d’apprendre par simple misogynie. La preuve est massive : dans toutes les civilisations, on trouve des femmes instruites, célébrées, initiées, prêtresses, prophétesses, savantes, reines, stratèges, poétesses. Elles existent dans les mythes, dans les archives, dans les lignées de pouvoir. Les religions elles-mêmes consacrent des figures féminines de savoir et de médiation.

Ce que ces sociétés n’ont pas fait, ce n’est pas reconnaître l’intelligence des femmes.
Ce qu’elles n’ont pas fait, c’est organiser massivement leur présence dans les fonctions exposées à la pénibilité vitale du travail rémunéré qui apportait la considération sociale. car les femmes ont toujours travaillées souvent doublement aux champs, au coté de leur époux et comme mère.

Dans les royaumes constitués, il n’y a pas de femmes soldats.
Dans les grandes invasions, où la force brute décide, il n’y en a pas davantage.
Dans les métiers de la forge, de la charpente, de la taille de pierre, de la guerre, de la chasse lourde, elles sont absentes.

Non par mépris intellectuel, mais parce que ces activités sont conçues comme des prolongements directs de la lutte par la force que donne la puissance masculine de nature contre un monde hostile, où la force brute est vitale. Elles sont pensées comme des combats contre la matière, le froid, la mort, l’ennemi. Elles mobilisent un imaginaire de l’exposition, du risque, de la destruction possible du corps.

Dans un univers dominé par la rareté, où chaque perte menace l’équilibre du groupe, la répartition des rôles se fait d’abord selon une logique de survie collective.

Ce n’est pas la femme que l’on exclut. C’est la fonction pénible que l’on protège comme zone vitale, tout en la déclassant socialement.

Même la biologie raconte cette histoire. Des travaux en archéologie montrent qu’au paléolithique, les os des femmes étaient plus robustes que ceux des femmes actuelles. Ce n’est pas un mystère moral. C’est la trace d’un monde où les corps féminins étaient soumis à une charge physique bien plus lourde.

L’effort entretient une structure.
La modernité technologique en exige moins.

La direction assistée, les leviers mécaniques, les systèmes hydrauliques, l’ergonomie, l’exosquelette demain : tout cela déplace la pénibilité hors du corps. Aujourd’hui, une femme conduit un trente-cinq tonnes sans difficulté particulière, alors qu’il y a quelques décennies un jeune homme peinait à tourner le volant d’un camion militaire sans assistance.

Ce n’est pas le corps féminin qui a changé, c'est le monde qui l'entoure, et permet de nouvelles exigences féminines.

La barrière n’était pas cognitive, elle était énergétique.

La véritable révolution, celle que la fable morale refuse de regarder, est là : l’émancipation massive des femmes ne naît pas d’abord d’un éveil éthique, mais d’un basculement matériel. La pénibilité cesse d’être le cœur de la production. Lorsque la survie ne dépend plus directement de corps exposés à la pénibilité qui épuise, lorsque l’effort est médié par la machine, lorsque le travail devient organisation plutôt que combat, la frontière s’effondre.

Ce n’est pas la conscience qui libère en premier, ce sont les conditions de la vie qui changent.

2.6) 1974 : quand la biologie devient comptabilité — l’inégalité comme double peine

Dans les années 1970, lorsque l’égalité salariale devient un enjeu politique explicite, la discussion ne se déroule pas dans un monde vierge. Elle se heurte à une structure déjà vieille de siècles : celle d’une économie où le corps est la première unité de compte.

En 1974, lors de négociations sur l’amélioration des conditions de travail des femmes et sur l’égalité des salaires, le patronat ne se présentait pas comme une misogynie incarnée. Il ne disait pas : « Les femmes valent moins. » Il disait : « Elles coûtent plus. »

Et il s’appuyait, pour cela, sur les propres revendications syndicales.

Pauses pour les femmes enceintes.
Temps de repos pour les menstruations douloureuses.
Journées d’absence pour soigner un enfant malade, sans perte de rémunération.

Tout ce qui était demandé au nom de la protection devenait, dans leur logique, une preuve comptable d’« inégalité fonctionnelle ». Ce qui relevait de la condition biologique était transformé en charge économique. La fragilité devenait un coût. Le soin devenait une anomalie productive.

La pénibilité ne concernait plus seulement le geste. Elle devenait celle du corps lui-même.

Ainsi, l’inégalité biologique était punie deux fois : une première fois par la perte directe de revenu liée à l’absence, une seconde fois par un salaire structurellement inférieur, justifié par l’anticipation de ces absences.

Ce mécanisme ne relevait pas d’une haine des femmes.
Il relevait d’une logique énergétique froide : dans un monde organisé autour du rendement, et tout ce qui interrompt le flux est dévalué.

Ce qui frappe, c’est que cette logique traverse les sexes. Aujourd’hui, des femmes dirigeantes perpétuent ces inégalités au nom des mêmes impératifs : compétitivité, rentabilité, pression des actionnaires. La structure survit à la morale. Changer les personnes ne change pas le système.

Le politique lui-même en porte la trace. Les gouvernants se plaignent de l’absentéisme féminin, notamment dans la fonction publique, enseignement, hôpitaux, services sociaux, comme s’il s’agissait d’une anomalie à corriger. Ils oublient que ces secteurs concentrent précisément les métiers du soin, du lien, de la présence humaine : des fonctions où l’humain reste indispensable parce qu’elles ne se réduisent pas à un flux productif.

On vote des lois pour que les hommes assument eux aussi des responsabilités familiales.
On crée des congés parentaux.
On autorise qu’un couple maintienne au foyer celui dont le revenu est le plus faible.

Mais ces dispositifs viennent s’inscrire dans un monde où la hiérarchie salariale existe déjà. Ils n’abolissent pas la structure : ils la redistribuent marginalement.

Car le problème n’est pas l’injustice morale d’un sexe contre l’autre.
Le problème est qu’une société continue de mesurer la valeur humaine à partir de la disponibilité corporelle.

Dans un tel monde : celui qui tombe malade vaut moins, celle qui enfante vaut moins, celui qui soigne vaut moins, celle qui interrompt vaut moins.

Nous continuons de punir ce qui interrompt le flux. Nous continuons de hiérarchiser selon la disponibilité corporelle. Nous continuons de traduire la vie en coût.

Et nous nous étonnons que les inégalités renaissent.

Ce n’est pas la morale qu’il faut corriger. C’est l’unité de mesure du monde. c'est le plan comptable où l'humain s'inscrit dans le compte 66 comme une charges.

2.7) Sortir de l’équation archaïque : souffrir n’est pas valoir

Tout ce chapitre converge vers un point unique : tant que la valeur restera indexée sur la pénibilité silencieuse, le monde social sera condamné à reproduire des hiérarchies, à fabriquer des suspects, à punir les fragilités, à sanctifier l’usure.

Le travail restera la condition d’existence. La souffrance restera la preuve d’appartenance. La technique restera vécue comme une menace. Le Modèle Joule ne promet pas une égalité incantatoire. Il propose de sortir enfin d’une équation archaïque : ce qui coûte au corps vaut moins.

Il déplace la valeur vers ce qui est réellement rare et commun à tous : l’énergie humaine elle-même —
qu’elle s’exprime par un geste, par un soin, par un apprentissage, ou par la simple capacité de tenir vivant un autre être.

Dans un tel monde, la fragilité ne devient plus une faute, l’interruption ne devient plus une dette, la réduction de la pénibilité ne devient plus une menace.

La puissance technique cesse d’être vécue comme un danger pour l’existence elle redevient ce qu’elle aurait dû être depuis le début : un moyen de réduire la peine, au lieu de faire de la peine un devoir, et un devoir d’enrichissement pour d’autres.

Ce n’est qu’à ce prix que l’égalité cesse d’être un combat moral sans fin pour devenir une conséquence structurelle d’un monde enfin cohérent avec ce qu’il est devenu.

conclusion

Aujourd’hui, chacun est obligé de racheter sa propre existence.

Le salaire n’est pas un socle, c’est un ticket d’entrée.
Il faut d’abord se vendre comme travailleur, puis redevenir client pour manger, se loger, se chauffer, se soigner.
On travaille pour obtenir un salaire, et ce salaire sert aussitôt à redevenir consommateur de ce que l’on a soi-même produit augmenté du revenu de l’employeur et de l’accroissement du capital.
Sans cette ponction structurelle, il n’y aurait pas de milliardaires.
Autrement dit : on est d’abord recherché comme producteur, pour avoir ensuite le droit d’exister comme client, consommateur de ses propres productions et fabricant de la richesse de ceux qui nous emploient.
Le monde salarial fonctionne ainsi : depuis 1804, tu dois d’abord prouver ton utilité pour entrer dans le circuit, puis payer pour avoir le droit d’y rester.
Tu ne vis pas parce que tu existes ; tu existes parce que tu es solvable.
La négociation se fait alors sous contrainte vitale.
Ce n’est pas : « Qu’est-ce que je peux apporter ? » C’est : « Qu’est-ce que j’accepte de subir pour ne pas disparaître du jeu ? »

À partir de là, l’introduction du Modèle Joule devient limpide : Dans le Modèle Joule, ce point de départ change. Le revenu n’est plus la récompense d’un poste occupé, mais de l'énergie qui va falloir pour le remplir. ce revenu n’est plus le prix à payer pour rester client du monde.
Il devient un revenu d’existence active : sans avoir a le racheter dans le prix client. le salarié devenu partenaire n’as plus à acheter son droit de vivre en se vendant comme force de travail. il l'a possède de nature et personne ne peut la lui prendre.

Il n’est plus contraint d’entrer dans n’importe quel emploi pour manger, il n’est plus sommé d’accepter n’importe quelle pénibilité pour rester solvable, il n’est plus d’abord un client sous pression, pour le bénéfice de quelque uns.
Dès lors, la négociation change de nature, les rapports se coordonnent et se complètent.
On ne discute plus pour survivre, on discutes pour contribuer u développement de la société avec toutes ses singularités individuelles, tout son tissus social économique, qui n'a plus rien a caché, qui n'a plus à duper, qui n'a plus à sérier des valeurs de vie biologiques.
Et la pénibilité devient enfin un objet rationnel : ce travail est dur, il use les corps, il mérite une reconnaissance plus forte, il doit être réduit, transformé, mécanisé.
On ne dit plus : « Si tu refuses, il y en a dix derrière toi. »
On peut enfin dire : « Est-il encore raisonnable, aujourd’hui, de faire porter cela à des humains ?
Et si oui, à quelles conditions ? »
Le salarié cesse d’être un client contraint. Il redevient un partenaire économique.
Non plus quelqu’un qui vend sa fatigue pour rester en vie, mais quelqu’un qui choisit ce qu’il est prêt à donner au monde, à partager avec les autres.

 

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Rédigé par ddacoudre

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Publié le 30 Septembre 2025

La dette finance des vies, pas des trous


 

Ce que ne vous disent pas les informations ni les gouvernements.

1. La dette, un faux épouvantail

Depuis Maastricht, les discours politiques nous répètent qu’il faut réduire la dette comme si c’était un monstre menaçant notre survie collective. Or, cette dette n’est rien d’autre que le cumul depuis 1974/76 des déficits annuels de l’État. Elle finance des salaires, des services publics, des investissements collectifs. Depuis des décennies, la dette publique est présentée comme un gouffre, un fardeau insupportable, une anomalie qu’il faudrait absolument résorber. Pourtant, il faut avoir le courage de le dire : la dette ne finance pas des trous, elle finance des vies.

Chaque euro emprunté depuis les années 1970 a permis de maintenir des services publics, des hôpitaux, des écoles, des routes, mais surtout des salaires. Ce sont ces salaires qui font tourner la société, car les salariés, en consommant, financent tout : impôts, cotisations sociales, investissements, bénéfices et dividendes.

Réduire la dette en coupant dans les dépenses publiques, c’est donc supprimer des emplois réels.

Personne ne sait qui, parmi ceux privés de revenus, basculera vers la précarité, la délinquance ou la révolte. Mais l’histoire nous l’a appris : réduire la dette brutalement, c’est créer du chômage et de la misère, donc nourrir les crises politiques.

La dette est ainsi le révélateur d’une hypocrisie collective. Les citoyens réclament toujours plus de services publics, mais refusent l’impôt. Les gouvernements veulent la croissance, mais organisent la rareté monétaire en laissant la création de monnaie aux seuls marchés financiers. Les dominants capitalistes en profitent, car ils perçoivent les intérêts et renforcent leur pouvoir sur les États.
Autrement dit : réduire la dette, c’est réduire directement des emplois et des services.

2. Un calcul simple mais éclairant

Les 3 200 milliards d’euros de dette cumulée en 2024 représentent environ 190 millions de mois de salaires, soit l’équivalent de plus de 15 millions d’emplois annuels sur cinquante ans. Quand un gouvernement annonce vouloir économiser 40 milliards d’euros, cela revient à détruire l’équivalent de 2,4 millions de mois de travail, donc 200 000 emplois annuels.

Si l’on divise cette somme par le coût d’un emploi au SMIC chargé (~2 100 €/mois), on obtient :

    • 1,52 milliard de mois d’emplois financés depuis 1974.

    • Soit 126 millions d’années d’emplois.

Bien sûr, ces emplois ne sont pas simultanés : la dette s’est accumulée en cinquante ans. Mais cela montre qu’elle représente avant tout des vies humaines, du travail, du service rendu à la collectivité.

 

La dette n’est pas une abstraction : ce sont des enseignants, des soignants, des agents publics, des services de proximité. Supprimer des milliards, c’est supprimer des vies professionnelles et précariser la société.

3. Ce que veut dire « faire des économies »

Le gouvernement annonce vouloir réduire les dépenses publiques de 40 milliards €.

  • 40 milliards ÷ 2 100 €/mois = 19 millions de mois d’emplois.

  • ÷ 12 = 1,6 million d’emplois annuels au SMIC.

Cela signifie que, mécaniquement, 1,6 million de personnes perdraient leur activité si l’on coupait cette dépense, sauf à créer immédiatement une activité équivalente dans le privé. Or, cela n’arrive jamais.

C’est la conséquence de réduire l’existence à une comptabilisation, un parfait exemple d’humanistion, qui m’a fait déclarer un jour de colère, ouvrons des fours pour les humains en trop.

Réduire la dette revient donc soit à fabriquer du chômage, soit à rogner sur des services collectifs indispensables (hôpitaux, écoles, transports, justice…). Depuis 1974, l’endettement a servi à compenser l’insuffisance chronique des salaires et des prélèvements. Sans lui, la France aurait connu des crises sociales autrement plus violentes. En vérité, la dette est une respiration collective, un outil de survie dans un système capitaliste qui bride l’émission monétaire.

Le vrai débat n’est donc pas « faut-il réduire la dette ? », mais : qui contrôle la monnaie, et pour financer quoi ? Tant que nous restons prisonniers de la rareté imposée par le capital et par les institutions financières, nous continuerons à nous endetter. À l’inverse, si nous adoptions une création monétaire indexée sur la productivité, sur l’énergie (le joule), ou sur les besoins sociaux et écologiques, nous financerions directement la société sans passer par l’endettement ni par les marchés. Ce n’est pas la dette qui est un danger : c’est l’obsession de la réduire au prix de l’humain.

C’est ce que ne comprennent pas les citoyens que ce soit dans les jaqueries des gilets jaunes ou de Bloquons la société, la batille à prendre n’est pas le gouvernement mais la BCE


 

4. L’angle mort du débat

Quand les politiques parlent de dette, ils oublient toujours cette réalité comptable :

  • La dette, c’est du travail déjà effectué par des salariés.

  • Elle finance des enseignants, des infirmières, des policiers, des chercheurs… qui ont touché un salaire et produit un service.

  • Dire « réduisons la dette », c’est donc implicitement dire : « supprimons des salaires et des services ».

Tableau comparatif (Italie / autres pays)

Pays

Réduction de déficit / ajustement

Coût social / pertes d’emplois / effets sur salaires & services

Commentaire critique

Italie

Réformes du travail, compression budgétaire

Chômage élevé, salaires réels stagnants, services publics comprimés

Le “modèle exemplaire” masque la précarité

Grèce

Austerité radicale

Fuite des talents, explosion de la pauvreté

La dette “réduite” au prix de la survie

Espagne

Réformes, coupes sociales

Perte de millions d’emplois après 2008

Apparence de redressement mais déficit structurel


 

5. Coût social caché de la “réussite” italienne

Les discours politiques citent souvent l’Italie comme « exemple de redressement » ou de “bonne gestion”. Mais derrière ces chiffres se cache un lourd tribut social qu’on préfère occulter. Voici quelques éléments concrets :

Données récentes marquantes
  • En janvier 2025, l’Italie affiche un taux de chômage de 6,3 %, selon l’ISTAT, avec 145 000 emplois créés ce mois-là — un regain ponctuel, mais dans un contexte où le taux d’emploi reste l’un des plus faibles d’Europe. Reuters

  • Le secteur automobile, via l’entreprise Stellantis, a annoncé avoir supprimé près de 10 000 emplois en Italie entre 2020 et 2024. Reuters

  • Le rapport Oxfam Italie (2013) montrait déjà que lors de périodes d’ajustement budgétaire, le plein-emploi recule, les emplois à temps partiel augmentent, et les ménages les plus modestes sont les plus touchés. www-cdn.oxfam.org

  • Depuis les crises de la zone euro, l’Italie a perdu une part importante de sa production industrielle (≈ 25 %), freinant sa capacité à retrouver des emplois industriels de qualité. SpringerLink+1

Limites et analyses critiques
  • Les “emplois créés” ne sont pas tous équivalents : beaucoup sont précaires, temporaires ou à temps partiel. Le renversement de la précarité durable reste peu visible.

  • Le “succès” italien est souvent mesuré en termes de croissance ou de réduction du déficit, mais peu en termes de reconstruction de services publics ou de rehaussement des salaires réels.

  • L’amélioration du ratio dette/PIB peut masquer le fait que ce sont les citoyens ordinaires, et non les marchés, qui ont payé le prix : via des impôts, des coupes dans les services, des compressions salariales.

  • Comparer l’Italie à d’autres pays (Espagne, Grèce…) révèle que les politiques d’ajustement sont toujours assorties d’une précarisation massive, d’une montée du chômage de longue durée et d’une exclusion sociale invisibilisée dans les statistiques officielles.

  • On peut désormais dire : « Oui, l’Italie “s’améliore” sur les indicateurs macroéconomiques — mais à quel coût humain ? »

  • Les “emplois créés” sont souvent des emplois faibles ; les suppressions dans les secteurs industriels ou stables frappent les classes moyennes et populaires.

  • On présente les réductions de dette comme des réussites abstraites, mais elles sont obtenues sur le dos de vies précarisées.

L’obsession comptable, une impasse historique

Les dirigeants répètent : « Il faut réduire la dette ! ». Mais aucun pays ne s’en sort uniquement par la rigueur. Historiquement, les dettes publiques se stabilisent ou se réduisent par :

  • La croissance économique.

  • L’inflation modérée (qui allège le poids réel de la dette).

  • La création monétaire (non admise dans l’Union européenne actuelle).

Couper dans les dépenses publiques n’a jamais produit de miracle. Cela ne fait qu’alimenter le chômage et la défiance politique.

L’enjeu véritable

Le vrai débat n’est pas : « Faut-il réduire la dette ? »
Le vrai débat est : qui contrôle la monnaie, et pour financer quoi ?

Tant que la création monétaire est laissée aux marchés financiers et aux banques, la dette restera une chaîne qui nous étrangle, et les coupes budgétaires continueront de fabriquer du chômage.

Mais si nous assumons que la dette est en réalité une avance sur productivité collective, alors nous pouvons imaginer une autre voie : une création monétaire publique, indexée sur les besoins sociaux, écologiques, ou même sur une mesure énergétique universelle comme le joule.

Alors, au lieu de compter les milliards « à économiser », nous compterions les vies améliorées, les services garantis, et l’avenir construit.

Parce qu’au fond, la dette finance des vies, pas des trous.

Une autre logique : investir dans la vie

Si la dette finance des vies, alors l’enjeu n’est pas de couper, mais de mieux orienter.
Investir dans :

  • La transition écologique,

  • La santé et l’éducation,

  • Les technologies utiles,

c’est garantir des emplois et un avenir. Le problème n’est pas la dette en soi, mais la soumission aux marchés financiers qui exigent leur part d’intérêts.

Une hypocrisie entretenue

Les citoyens ne veulent pas payer plus d’impôts, mais ils exigent des services publics.
Les gouvernements ne veulent pas assumer cette contradiction, alors ils s’endettent.
Les libéraux dénoncent ensuite la dette pour imposer leurs solutions : privatiser, réduire les droits sociaux, transférer la richesse vers le capital.

En vérité, la dette est le reflet d’un choix politique : maintenir un niveau de vie collectif malgré une répartition des richesses toujours plus inégalitaire.

6. résumé

La dette publique n’est pas un gouffre, mais un miroir : celui d’une société qui préfère préserver les profits privés plutôt que de financer équitablement ses besoins collectifs.
Réduire la dette sans alternative, c’est fabriquer des chômeurs.

Réduire la dette pour « rassurer les marchés » est un mythe destructeur. Derrière chaque milliard coupé, ce sont des vies humaines qui basculent dans la précarité.

La vraie question n’est pas : « Comment réduire la dette ? »
Mais : « Comment faire en sorte que la monnaie serve à financer la vie, et non à enrichir une minorité ? »
Alors oui, il vaut mieux « laisser couler la dette » que couler des millions de vies.

La dette n’est pas un trou : c’est une respiration. Coupez-la, et vous étouffez la société.

« Entre dette et austérité, le choix est clair : la dette nourrit, l’austérité affame. »
La comparaison France–Italie montre que l’obsession comptable détruit plus de vies qu’elle n’en sauve. Nous pouvons dire la dette nourrit, l’austérité précarise, la dette c’est la vie, couper la dette c’est couper des vies car elles sont derrières les chiffres


 

7. Retraites – « plancher SMIC » : combien ça coûte ?
Hypothèses (modifiables facilement)
  • Retraités (France) : 17,0 millions

  • SMIC net mensuel de référence : 1 400 €

  • PIB (repère) : 3 000 Md€

  • Dépense retraites actuelle (toutes pensions confondues) : 14 % du PIB ≈ 420 Md€

  • Part de retraités sous le SMIC net : 40 %

  • Écart moyen à combler (mensuel) : 250 €

Résultat – Complément ciblé (« top-up » jusqu’au SMIC net)
  • Bénéficiaires : 40 % × 17,0 M = 6,8 millions

  • Complément annuel par personne : 250 € × 12 = 3 000 €

  • Coût annuel total : 6,8 M × 3 000 € = 20,4 Md€

  • En % du PIB : ~0,68 % du PIB

Lecture : avec ces paramètres réalistes, éradiquer les pensions sous le SMIC net par un complément coûterait de l’ordre de 0,6–0,8 % du PIB.
Variante pédagogique – « SMIC net universel pour tous les retraités » (exercice théorique)
  • Montant annuel par retraité : 1 400 × 12 = 16 800 €

  • Coût total : 17,0 M × 16 800 = 285,6 Md€ ≈ 9,5 % du PIB

Remarque importante : ce scénario remplacerait toutes les pensions actuelles par un seul montant au SMIC net (il réduirait donc mécaniquement les pensions supérieures au SMIC). Il sert juste de borne pour raisonner.
8. 1975–2024 : combien « valent » nos machines — et quelle monnaie pure cela suggère ?

Tu veux approcher la puissance économique des machines (investissements productifs) et relier ça à une création monétaire cible qui n’alimente pas l’inflation (car adossée à des gains réels de productivité).

9. Méthode simple, transparente (ordre de grandeur)

Étape A — Cumul des investissements « machines & équipements »
  • Idée : additionner, sur 50 ans, la FBCF en machines/équipements (part de l’investissement total) rapportée au PIB.

  • Hypothèse prudente (stylisée, solide pour la France) :

    • Part machines/équipements ≈ 6 % du PIB en moyenne long terme.

    • Somme des PIB (euros constants) sur 1975–2024 ≈ 90 000 Md€-années (moyenne ~1 800 Md€ × 50 ans ; c’est un repère raisonnable en €2024).

  • Cumul machines ≈ 6 % × 90 000 = 5 400 Md€ (soit 5,4 T€ en euros 2024).

    • Fourchette réaliste (5–8 % du PIB) : 4,5 à 7,2 T€.

Ce n’est pas un « stock net » (on ne retire pas l’usure), c’est le flux cumulé investi dans des capacités productives non humaines.
Étape B — Quels gains de productivité attribuables au capital (les machines) ?
  • Constat macro stylisé pour la France 1975–2024 : la productivité horaire a été multipliée ~2,0 à 2,5.

  • Décomposition standard : une part de ce gain vient du capital deepening (plus de capital par heure travaillée), l’autre de la TFP (progrès technique/organisation).

  • Hypothèse classique : ~60 % des gains viennent du capital (machines, au sens large), ~40 % de la TFP.

Si on prend un multiplicateur de productivité horaire ×2,2 sur 50 ans :
– Le « gain » est (1 − 1/2,2) ≈ 54,5 % par heure.
– La part machines ≈ 60 % × 54,5 % = ~33 % du PIB courant.

En niveau 2024, ça suggère qu’en gros ~1 000 Md€ par an de valeur ajoutée sont portés par l’apport des machines (ordre de grandeur, pas une identité comptable).

Étape C — Quelle création monétaire “pure” soutenable ?

Idée clé : si une fraction prudente de cette valeur adossée aux machines est canalisée vers des usages non inflationnistes (investissements verts, rénovation énergétique, R&D publique, École/recherche, “banque verte”, écomonnaie locale pour travaux utiles), on n’ajoute pas de tension de prix puisque l’on mobilise une capacité réelle déjà créée par la productivité.

  • Règle prudente : cibler 5 à 10 % de ce « socle machines » annuel comme création monétaire dédiée (hors dette classique), soit environ 50 à 100 Md€ / an en France.

  • Comparaison utile : les déficits budgétaires typiques sont de cet ordre.
    On peut donc remplacer une partie de l’endettement pro-cyclique par une émission monétaire ciblée (Banque verte / écomonnaie de projet), adossée à la productivité — sans nourrir l’inflation, car fléchée vers des capacités réelles et non saturées (transition énergétique, adaptation climatique, bilan matière).

10. Pourquoi ça tient debout (et pourquoi c’est politique, pas magique)

  • L’inflation surgit quand on crée de la demande sans offre disponible. Ici, on financerait des chantiers qui augmentent l’offre future (énergie décarbonée, efficacité, infrastructures d’adaptation, connaissance), ou qui réduisent des coûts futurs (santé, risques climatiques).

  • Comptablement, on traite cette émission comme une monnaie d’investissement à maturité longue, intransférable vers la spéculation, circulaire (dépensée uniquement sur listes de projets certifiés), donc peu inflationniste.

  • Politiquement, c’est acter que la richesse “machines” — créée par la collectivité des savoirs (découvreurs, ingénieurs, systèmes éducatifs) — autorise une part de monnaie publique sans rançon au capital privé, plutôt que d’attendre qu’il « veuille bien » prêter… puis faire payer les plus pauvres quand le cycle se retourne.

Ce que ces chiffres te donnent, tout de suite

  • Plancher de pension au SMIC net : ordre de grandeur 0,6–0,8 % du PIB pour éteindre la pauvreté en complément ciblé.

  • Cumul machines 1975–2024 : ~5,4 T€ (fourchette 4,5–7,2 T€).Les 5 400 milliards d’euros (5,4 T€) correspondent à une estimation du cumul des investissements en machines, équipements et automatisation en France depuis 1975 jusqu’en 2024, en euros constants (c’est-à-dire corrigés de l’inflation).

Ça veut dire qu’en moyenne :

  • ≈ 108 Md€ par an ont été investis dans les machines sur cette période de 50 ans.

  • Ces investissements sont ensuite amortis, mais leur effet productif (la valeur créée par la machine) continue année après année.

Donc :

  • Stock cumulé ≈ 5 400 Md€.

  • Flux annuel actuel (valeur créée par machines/automatisation) ≈ 1 000 Md€/an (≈ 40 % du PIB français).

C’est ce flux annuel qui peut servir de base pour l’idée de création monétaire pure adossée à la productivité machine.

En résumé : 5 400 Md€ = stock cumulé 1975–2024.

≈ 1 000 Md€/an = flux machine actuel.

“Socle machines” annuel (valeur portée par le capital dans la productivité actuelle) : ~1 000 Md€ (33 % du PIB, ordre de grandeur).

Création monétaire “pure” soutenable : 50–100 Md€ / an fléchés (5–10 % de ce socle), sans pression inflationniste si adossée à des projets offre-augmentants.

Comparer 50–100 Md€ / an à nos déficits actuels : montrer qu’il existe une marge publique structurée par la productivité réelle.

Mettre en parallèle cette marge avec les coûts climatiques à financer (rénovation, réseaux, eau/feux, santé).

Cela démonter l’argument « il n’y a pas d’argent » : ce n’est pas l’argent qui manque, c’est la décision d’adosser une monnaie de projet à la richesse machines que nous avons déjà.

11. Retraites aujourd’hui

  • Dépense totale retraites (2023) ≈ 340–350 Md€ (≈ 14 % du PIB).

  • Cotisations sociales (part salariale + patronale) couvrent l’essentiel, avec parfois un complément d’impôt.

12. Complément pour assurer un plancher SMIC net

(d’après le calcul précédent)

  • Besoin ≈ 20 Md€ par an (≈ 0,7 % du PIB).

  • À comparer aux 350 Md€ actuels de dépenses retraite.

En pourcentage de cotisations retraites

20350≈5,7%\frac{20}{350} \approx 5,7 \%35020​≈5,7%

Donc : un effort supplémentaire d’environ +6 % sur les cotisations retraite actuelles permettrait d’assurer à chaque retraité un revenu au moins égal au SMIC net.

13. Si on financait ce besoin avec la « richesse machines »

  • Rappel : les machines contribuent à environ 1 000 Md€ par an de valeur ajoutée dans l’économie (notre estimation prudente).

  • En prélevant 20 Md€ (plafond SMIC net pour tous) sur ce socle :

    201 000=2%\frac{20}{1\,000} = 2 \%100020​=2%

Cela veut dire qu’on pourrait sécuriser toutes les petites retraites en fléchant 2 % de la valeur annuelle créée par les machines, au lieu de surtaxer le travail humain.

14. Lecture politique

Vu du système actuel : il faudrait +6 % de cotisations retraite (partagée entre salariés et employeurs).

Vu sous l’angle de la monnaie “machines” (monnaie pure adossée à la productivité non humaine) : il suffirait d’allouer 2 % de ce socle annuel pour garantir qu’aucun retraité ne tombe sous le SMIC net.

15. Par prudence

Estimer la création pure “jusqu’à 30 %” du flux machine (≈ 1 000 Md€) comme plafond de création de “monnaie pure” est défendable… à condition de cadrer ça proprement.

Politiquement l’on peut aller plus loin en fonction de la réalité des besoins sociaux et économiques de la population.

16. L’idée en 2 lignes
  • Flux annuel de valeur imputable aux machines/automatisation aujourd’hui : ≈ 1 000 Md€.

  • Plafond de création adossé à ce flux à la manière d’un “taux d’effort” de crédit à 30 % : ≈ 300 Md€/an (≈ 10–11 % du PIB).

17. Pourquoi c’est raisonnable (avec garde-fous)
  1. Ancrage réel : on n’émet pas “dans le vide”, on l’adosse à une capacité productive déjà existante (capital machine mesurable).

  2. Proportionnable : 30 % joue le rôle d’un plafond macro-prudentiel (comme le 30 % d’endettement des ménages).

  3. Impact social : 300 Md€ couvrent ~75–85 % de la dépense annuelle de retraites (ordre de grandeur 350–400 Md€), ou financent à la fois retraites minimales pleines + éducation adulte (ECPA) + banque verte. ( Enseignement Complémentaire Pour Adulte, rémunéré).

18. Risques & conditions pour éviter l’inflation
  • Pas de goulots : flécher vers capacités supplémentaires (énergie, transports, rénovation, agro, numérique public), pas seulement vers la demande finale.

  • Ciblage : émettre via une éco-monnaie/banque verte (crédits conditionnels, bons datés, usages éligibles) plutôt que du cash généralisé.

  • Phasage : démarrer à 100 Md€ la 1ʳᵉ année, puis +50 Md€/an jusqu’à 300 Md€, avec déclencheurs (on ralentit si inflation cœur > cible et que l’output gap se ferme).

  • Stérilisation : prévoir des reprises (taxes correctrices, éco-contributions, mise en réserve) si surchauffe locale.

  • Cadre euro : en zone euro, passer par des instruments dédiés (obligations vertes achetées par l’Eurosystème, éco-monnaie non-conversible, fonds d’investissement publics).

19. Règle simple (proposée)
Émission annuelle maximale = min (30 % × “valeur-service du capital machine”, 10–11 % du PIB), avec
(a) ciblage 70 % investissement productif/écologique, 30 % dividende social (retraites plancher, ECPA) ;
(b) review trimestrielle (inflation cœur, capacités, emploi).
20. Ce que ça change concrètement
300 Md€ de “monnaie pure” permettent de réduire le besoin de dette sans couper des services (donc sans fabriquer du chômage).
On socialise le dividende de l’automatisation : la machine ne remplace plus l’humain et le revenu ; elle finance une partie du revenu social et des investissements de transition.
21.Scénarios chiffrés « monnaie pure » adossée au flux machine

(hypothèses simples et transparentes)

Hypothèses de base (France, ordre de grandeur 2024)

  • PIB ≈ 3 000 Md€

  • « Valeur-service » annuelle du capital machine/automatisation1 000 Md€ (repère macro)

  • Dépenses de retraites375 Md€/an (milieu de fourchette 350–400)

  • Coût complet d’un emploi-an (salaire + charges) ≈ 40 k€

  • Coût d’un année d’apprentissage rémunérée (ECPA : allocation + pédagogie) ≈ 15 k€

  • Population ≈ 68,5 M d’habitants

22. Trois paliers d’émission prudente (10 / 20 / 30 % du flux machine)

Palier

“Monnaie pure” émise

% du PIB

% du flux machine

A

100 Md€

3,3 %

10 %

B

200 Md€

6,7 %

20 %

C

300 Md€

10,0 %

30 %

Lecture : 300 Md€ = 30 % du flux machine estimé à 1 000 Md€, soit ~10 % du PIB.

23. Couverture potentielle des retraites

Palier

Couverture des retraites (≈ 375 Md€)

A – 100 Md€

27 %

B – 200 Md€

53 %

C – 300 Md€

80 %

24. Effets « capacité » (emplois-an, années d’étude financées)

Palier

Équivalent emplois-an (40 k€)

Apprenants-an ECPA (15 k€)

A – 100 Md€

2,5 M

6,7 M

B – 200 Md€

5,0 M

13,3 M

C – 300 Md€

7,5 M

20,0 M

Règle simple : 1 Md€ = 25 000 emplois-an (à 40 k€) ou ~66 700 apprenants-an (à 15 k€).

25. Fléchage prudentiel proposé (anti-inflation)

  • 70 % vers investissements productifs/écologiques (banque/éco-monnaie verte ; projets éligibles)

  • 30 % vers dividende social (plancher retraite, ECPA, minimas)

Exemple palier C (300 Md€) :

  • 210 Md€ investissement (énergie, rénovation, mobilité, agro, numérique public)

  • 90 Md€ dividende social
    1 315 €/hab/an si universel ou ~240 €/mois ciblés (retraites plancher, apprenants)


26. Ancrage « Joule » : conversion énergie ↔ monnaie (pour une norme universelle)

Idée : calibrer la « monnaie-travail » sur une référence énergétique observable.

  • Prix repère d’électricité de gros 75–100 €/MWh (moyenne pluriannuelle, hors pics)

  • 1 TWh = 3,6 PJ ; 1 MWh = 3,6 GJ

Palier C (300 Md€) équivaut à 3 000–4 000 TWh achetables
10,8–14,4 EJ (exajoules) d’équivalent énergétique.

Proposition de convention : 1 “Joule-monnaie” = pouvoir d’achat de 1 kJ de travail/énergie standardisée.
Avec 75 €/MWh, 1 kJ ≈ 2,08×10⁻⁵ €1 € ≈ 48 kJ.
On obtient ainsi une échelle physique réplicable, utile pour comparer secteurs/pays.

27. Cadre macro (pour rester non-inflationniste)

  1. Phasage : +100 Md€ la 1ʳᵉ année, puis +50 Md€/an jusqu’à 300 Md€, avec revue trimestrielle (inflation sous-jacente, goulots, output gap).

  2. Ciblage : 70 % capacité réelle (offre), 30 % revenu social (demande) → équilibre.

  3. Mécanismes de reprise : éco-contributions temporaires si surchauffe sectorielle.

  4. Zone euro : passer par banque verte / éco-monnaie non-convertible, ou obligations vertes publiques rachetées par l’Eurosystème (cadre UE déjà existant sur les green bonds).

28. Résumé exécutif
  • La machine (automatisation, logiciels, robots, capital productif) génère un flux économique d’ordre 1 000 Md€/an en France.

  • Adosser une création de “monnaie pure” à ce flux, plafonnée à 30 % (≈ 300 Md€, ~10 % du PIB), est macro-prudent et non-inflationniste si :

    • 70 % vont à des investissements qui augmentent l’offre (énergie, rénovation, mobilité, agro durable, numérique public),

    • 30 % vont à un dividende social (retraite plancher, éducation adulte ECPA).

  • Effets directs (palier 300 Md€) :

    • 80 % des retraites annuelles peuvent être couverte sans taxer davantage le travail.

    • Jusqu’à 7,5 millions d’emplois-an ou 20 millions d’apprenants-an ECPA (selon fléchage).

    • Équivalent énergie : 10–15 EJ (standardisation possible via un étalon Joule).

  • Pourquoi ça marche : on socialise le dividende de l’automatisation. La machine ne remplace pas seulement le travail humain ; elle finance une part du revenu social et de la transition.

  • Objectif : rémunérer les humains pour apprendre (ECPA), sécuriser un plancher de retraite décent, et accélérer la transition productive—sans “faire payer” les plus pauvres ni couper des services publics.

29. Encadré « retraite plancher » (ordre de grandeur)

  • Besoin pour garantir 1 300 €/mois nets aux pensions < seuil (hypothèse : 5,5 M de bénéficiaires moyens, complément moyen 400 €/mois)
    ≈ 26 Md€/an (inclure effets de bord = 30–35 Md€).

  • Pris sur la part sociale (30 %) du palier C (90 Md€), il reste 55–60 Md€ pour ECPA/solidarités.

30. Encadré « ECPA » (éducation rémunérée adulte)

  • 15 k€/an par apprenant (allocation + pédagogie + infra).

  • Palier C (reste social 55–60 Md€ après retraite plancher) → 3,7–4,0 M d’apprenants-an sans impacter l’investissement (210 Md€).

31. Encadré « comparaison au déficit budgétaire »

  • Déficit public typique récent : ~140–150 Md€/an.

  • Palier B (200) couvre ~130 % de ce besoin si fléché vers dépenses substitutives.

  • Palier C (300) permet à la fois transition + socle social sans compression de dépenses utiles → on évite de “faire payer” l’ajustement aux plus fragiles.

32. Formule de pilotage (proposition)

Émission annuelle max = min( 30 % × flux machine, 10–11 % du PIB )
avec (a) 70/30 investissement/dividende social, (b) revue trimestrielle des paramètres (inflation cœur, tensions, emploi), (c) filets anti-surchauffe sectoriels.
33. Deux solides « messages »

1) « La dette finance des vies, pas des trous. »

Réduire la dette, c’est couper dans des salaires, des services publics, des emplois. En Italie, comme en France, ce sont toujours les citoyens qui paient la facture sociale.
2) « Socialiser le dividende de la machine : 10 % du PIB pour des retraites décentes, des cerveaux en apprentissage, et une transition qui crée de l’offre. »

3) On nous dit : maîtriser la dette. Mais à quel prix ? »
Chaque milliard “économisé” équivaut à des milliers d’emplois supprimés. Derrière les chiffres, il y a des vies précarisées.


 

34. Les Canuts et la monnaie pure : de la révolte à l’émancipation


 

Au XIXe siècle, les Canuts, tisserands lyonnais, se révoltèrent contre les machines à tisser qui

menaçaient leur survie. Leur cri « vivre en travaillant ou mourir en combattant » résonne encore

comme une revendication fondamentale de dignité. Face à la misère et aux 18 heures de travail

quotidien, ils inventèrent pourtant des solutions sociales novatrices : mutualisme, coopératives,

conseils de prud’hommes, presse ouvrière, caricatures militantes. Autant de jalons d’émancipation

que nous avons aujourd’hui tendance à oublier.


 

1. Le parallèle avec notre temps est frappant.


 

Hier, les métiers à tisser ; aujourd’hui, la robotisation, l’intelligence artificielle et les caisses automatiques. La technologie détruit des emplois mais améliore le confort et la productivité. Elle est mue par le même ressort : la recherche du moindre effort pour satisfaire les besoins humains.


 

2. Les syndicats, à juste titre, craignent ces destructions.


 

Mais refuser la technologie est vain : l’histoire montre que son avancée est inéluctable.

La différence fondamentale, c’est que nous savons aujourd’hui ce que les Canuts ne pouvaient pas

savoir : la productivité des machines peut être mesurée et traduite en création monétaire pure. Là

où les révoltes d’hier cassaient les outils, notre tâche est d’inventer un système où la valeur créée

par les machines alimente directement la société plutôt que de se concentrer entre les mains d’une

minorité. C’est le sens d’une « monnaie pure » indexée sur la productivité machine et du savoir

accumulé.

3. Une telle approche ouvrirait la voie à de nouveaux instruments :


 

une Banque Verte ou une Écomonnaie, capables de financer les défis écologiques et climatiques, sans faire peser le coût sur les seuls salariés. Car il ne manque pas de travail — il manque de monnaie disponible pour l’accomplir.

La leçon des Canuts est claire : face à une technologie inarrêtable, seule l’émancipation

intellectuelle et collective permet d’éviter la misère. Hier, elle prit la forme du mutualisme et des

coopératives. Aujourd’hui, elle doit prendre la forme d’une réinvention monétaire et d’une vision à

long terme, capable de libérer l’humanité de la peur du progrès technique.

Ne craignons donc pas les machines : organisons-nous pour que leurs gains deviennent une

richesse partagée. C’est la condition pour que l’évolution technologique, loin de nous déposséder,

nous rapproche de ce que nous cherchons depuis toujours : vivre dignement, libres, et capables de

choisir notre avenir


 

4. Le fascisme de Weimar à la France contemporaine : identité de rapport


 

L’histoire ne se répète jamais terme à terme, mais elle offre des résonances troublantes. Entre

l’Allemagne de Weimar au début des années 1930 et la France contemporaine, certains parallèles

s’imposent. Il ne s’agit pas de confondre Hitler et nos acteurs actuels, mais d’identifier des «

identités de rapport » : mêmes mécanismes, mêmes dynamiques, mêmes aveuglements.

Comprendre ce glissement est essentiel pour éviter que l’histoire ne bascule à nouveau.


 

5. La République de Weimar : un laboratoire du glissement autoritaire


 

L’Allemagne des années 1930 ne fut pas emportée par une marée brune irrésistible. Les nazis

n’ont jamais « pris » le pouvoir : on le leur a donné. Les élites conservatrices, industrielles et

médiatiques, préférèrent pactiser avec Hitler plutôt que de perdre leurs privilèges. En utilisant les

failles de la Constitution (article 48), en gouvernant par ordonnances, en criminalisant les «

extrêmes » de gauche, le centre autoritaire ouvrit la voie à l’extrême droite. La presse de masse,

dominée par les magnats comme Hugenberg, entretint la peur du « bolchévisme culturel » et

alimenta les haines identitaires. Ainsi, ce n’est pas la force du nazisme qui l’a porté, mais la

faiblesse des démocrates et la compromission des élites.


 

6. La France (1984-2025) : un terrain de compromissions


 

Depuis 1984, la scène politique française connaît un glissement comparable. La gauche a

abandonné la lutte anticapitaliste, se contentant d’accompagner la gestion libérale. Le PS, en

assumant la « social-démocratie » sans rupture avec le marché, a désarmé idéologiquement ses

militants. La droite, elle, s’est « décomplexée », reprenant des thèmes du Front national pour ne

pas perdre son électorat. Aujourd’hui, une partie de LR n’hésite plus à envisager des alliances avec

le RN.

Macron incarne ce « centre autoritaire » :

austérité budgétaire, verticalité du pouvoir, criminalisation d’une supposée « extrême gauche », instrumentalisation sécuritaire et dissolution du Parlement pour contourner le débat démocratique. Quant aux médias dominants, largement contrôlés par de grands groupes financiers, ils alimentent quotidiennement les thèmes de l’extrême droite : insécurité, immigration, déclin national. La réalité est pourtant contrastée : depuis 1995, le taux de criminalité baisse en proportion, mais le discours médiatique fabrique une insécurité permanente.


 

7. Identité de rapport : similitudes et enseignements


 

Comme à Weimar, nous observons aujourd’hui : – un centre autoritaire qui préfère s’allier à droite

qu’à gauche ; – une gauche social-démocrate en retrait, incapable de porter une alternative claire ;

– des élites économiques et médiatiques qui instrumentalisent la peur pour préserver leurs intérêts

; – une extrême droite qui gagne en crédibilité grâce à ces compromissions. L’histoire ne se répète

pas : Hugenberg n’est pas Bolloré, Papen n’est pas Macron. Mais le rapport entre les forces

politiques est analogue. Les élites, par calcul, nourrissent ce qu’elles prétendent combattre. La «

banalisation » de l’extrême droite est le fruit de cette complicité, et non d’une fatalité.

La République de Weimar est morte moins de la force des nazis que de la lâcheté et de la cupidité

de ses élites. La France contemporaine n’en est pas au même point, mais les signaux sont là. La

judiciarisation, la policiarisation de la société, la criminalisation des contestations sociales, sont les

symptômes d’un glissement. Si l’on veut éviter qu’un jour le RN gouverne comme Hitler fut nommé chancelier, il faut briser cette mécanique. Non par la peur, mais par la lucidité, le courage et la reconstruction d’un horizon commun.

« Le fascisme ne s’impose pas, il s’infiltre. Il prospère quand la démocratie

s’endort.


 

8. Le glissement fascisant : du Juif au Musulman, d’Hitler à nous


 

Héritages et avertissements


 

L’histoire des Canuts ou de l’Allemagne des années 1930 nous rappelle que les sociétés, en crise,

cherchent toujours un ennemi intérieur. Hier, les ouvriers lyonnais détruisaient les métiers à tisser ;

hier encore, Hitler désignait les Juifs comme responsables de tous les maux. Aujourd’hui, nos

sociétés fragilisées par la mondialisation et le capitalisme financier rejouent ce scénario. Non pas

de façon brutale comme en 1933, mais sous une forme insidieuse : un glissement fascisant.


 

35. En 1999 je prédisais cette dérive et en 2011j’écrivais : Le musulman remplacera-t-il le Juif ?


 

À la faveur de la peur et de l’insécurité, le débat sur « l’identité nationale » et « la place de l’islam »

s’est installé. L’amalgame s’est construit : l’immigré = le musulman = l’ennemi potentiel. Les

médias, en relayant sans cesse faits divers et amalgames, ont fixé cette perception dans les

esprits. Comme jadis les caricatures antisémites, les discours péjorant l’altérité ont nourri une

mémoire collective qui habitue les citoyens au rejet. Le processus décrit par l’histoire se répétait :

recherche d’un chef charismatique, construction d’un groupe homogène, désignation d’un « autre »

menaçant, appel à des mesures d’exception. Le fascisme ne se choisit pas : il s’installe lentement,

à travers nos peurs et nos discours quotidiens.


 

1. 2023 — La banalisation du rejet


 

Douze ans plus tard, nous n’en sommes plus à l’étape du glissement : nous sommes dans la

banalisation. Le Parlement vote des lois restrictives sur l’immigration. Le RN s’impose comme parti de gouvernement. La confiance démocratique s’effondre (2 à 6 % de confiance dans les

institutions). La société accepte qu’une partie de la population soit traitée comme une

sous-humanité, privée de droits égaux. Les statistiques montrent pourtant une réalité très différente

: la criminalité baisse depuis 1995, l’immigration irrégulière représente moins de 1 % de la

population, et plus d’un immigré sur dix travaille déjà dans nos entreprises. Mais la peur l’emporte

sur la raison. Comme hier, la stigmatisation remplace l’analyse.


 

2. Un processus en miroir


 

En 2011, nous pouvions dire « attention, le fascisme se glisse en nous ». En 2023, nous devons

dire « attention, le fascisme s’institutionnalise ». Le parallèle est clair : hier, les Juifs étaient

accusés d’être responsables de la misère et des crises sociales. Aujourd’hui, les musulmans sont

désignés comme la cause de l’insécurité et du chômage. Les mêmes mécanismes se déploient,

avec l’appui des médias, la lâcheté du « centre » politique, et la peur instrumentalisée des citoyens.


 

36. Quelle issue ?


 

Peut-on arrêter cette spirale ? Pas en cherchant un nouvel Hitler à abattre, ni en se réfugiant dans

la nostalgie des Canuts. Il nous faut changer le terrain même sur lequel prospère le fascisme :

briser le lien entre rareté économique et désignation d’un ennemi, créer une nouvelle richesse par

la productivité des machines et la monnaie pure, bâtir une banque verte ou une écomonnaie, pour

répondre au défi écologique et donner des revenus indépendants du travail salarié. Car si nous

restons prisonniers du capitalisme de rareté, nous continuerons à chercher des boucs émissaires.

Si nous inventons une richesse nouvelle, nous pourrons enfin sortir du piège qui alimente le

fascisme.

Le fascisme n’entre pas par effraction : il s’installe dans nos habitudes. Pour l’arrêter, il

ne suffit pas de dénoncer ses discours, il faut créer une société qui n’ait plus besoin de boucs

émissaires


 


 

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Rédigé par ddacoudre

Publié dans #critique

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Publié le 2 Août 2026

Quand nous regardons l’état du monde, aujourd’hui où nous disposons de moyens de communication exceptionnels, il est difficile d’échapper à une interrogation : pourquoi, tout autour de la planète et dans tous les États, les comportements humains sont-ils les mêmes, les organisations qu’ils développent sont-elles les mêmes, alors que nous persistons à soutenir que nous disposons du libre arbitre, que nous choisissons nos existences et que nous ne participons à toute chose qu’en y consentant ?

Certes, il y a une raison à cela, ou plusieurs raisons. La première, et la plus fondamentale, est que nous disposons de la même structure cérébrale pour nous mouvoir dans l’environnement planétaire et cosmique.

Ce n’est donc qu’une évidence : nous ne réagissons qu’en fonction de notre environnement, de celui où nous sommes nés et de la culture qui y est attachée par tous les choix qu’ont faits nos ascendants dans l’usage du rapport de force direct, ou par celui des organisations qui s’y sont substituées au travers d’un nombre important de paradigmes culturels visible.Mais la réalité est caché en dessous.

La lecture du monde visible, c'est comme un iceberg, il faut plonger pour voir l'invisible.

Toutes conservent un principe d’illusion, en ayant établi qu’il existe une différence entre le droit de la force primitive et la force du droit culturel, dit positif, qui n’est rien d’autre que le droit de la force de ceux qui dominent, que ce soit à titre individuel, dans les dictatures, ou collectif, dans les démocraties.

Nous examinons tout cela avec la satisfaction d’avoir accompli un pas vers la civilisation, parce que nous avons substitué au droit de la force individuelle celui de la force collective, que nous avons renommé « la force du droit », en soutenant que la démocratie devait développer une société de droits inaliénables.

Il semble donc que cette illusion soit un élément indispensable à l’organisation de la complexité humaine, parce que nous refusons d’analyser notre existence au regard des interdépendances qui existent, en dehors de celles que nous vivons tous les jours dans nos relations interpersonnelles, au seul prétexte que l’individu est la pièce essentielle de l’humanité.

Ce qui est juste, sauf qu’il y en a huit milliards qui vivent leur monde personnel — l’endroit où ils posent leurs pieds à chaque seconde — dans les organisations particulières que l’absence de moyens de communication mondiaux rapides ou instantanés leur a permis de développer au fil des siècles.

Nous savons que les hommes parcourent le monde depuis longtemps. Ce qui fait la différence entre eux et nous, aujourd’hui, c’est la vitesse que les savoirs nous ont permis de développer pour élaborer des technologies adaptées.

Voilà tout ce que nous avons de commun avec les sociétés qui ont dû introduire, pour sortir de la rareté et se la répartir, le droit de la force issu de notre organisation cérébrale, que le cerveau réflexif a renommé autrement, au fur et à mesure qu’il comprenait le monde et que les hommes se multipliaient, afin que nous l’acceptions sous toutes ses formes et toutes ses appellations.

Pour expliquer cela, nous avons rempli des murs, des tablettes d’argile, des peaux et des papiers de milliards d’écritures explicatives, qui ont circulé au rythme des invasions, des guerres et du commerce, dans autant de langages indiquant une sédentarisation géographique : clan, groupe, village, ville, royaume, État, empire, nation.

Tout cela s’est développé dans le cadre permis par la lenteur de la circulation humaine mondiale.

Dans toutes ces organisations, nous retrouvons les mêmes développements de la même structure cérébrale : une organisation directe ou indirecte de la fonction de dominant, fixant le cadre et les règles que doivent suivre les dominés, avec leur participation dans le cadre des démocraties, qu’elles soient directes ou fondées sur une délégation élective. Tout dépend alors de la loi du nombre et des moyens technologiques permettant éventuellement de passer à une démocratie directe.

Je n’ai rien inventé. Je n’ai fait que reprendre ce que nos prédécesseurs et nos scientifiques modernes nous ont permis de comprendre.

Pour ce qui est du bouddhisme, sa philosophie consiste à être bienveillant sur terre pour ne pas y revenir souffrir. Chez les chrétiens, Jésus explique que les hommes, sur terre, ne peuvent que se tromper et qu’ils ne peuvent connaître le Père qu’en passant par lui. Chez les musulmans, Dieu est à l’origine de tout : c’est le déterminisme.

Chacune de ces religions, au travers de rites et de commandements, guide ses croyants, de la même manière que les démocraties guident leurs citoyens avec ce qu’il est convenu d’appeler le droit positif, en nous laissant imaginer qu’il s’agit d’un choix de notre libre arbitre.

Je cite ces exemples parce que c’est le même cerveau humain qui a produit leurs données. La différence repose sur l’environnement et l’époque où chacune est apparue, ainsi que sur les mécanismes qui ont assuré son développement.

Or ces développements ne nous sont accessibles qu’au travers des traces historiques laissées, de ce que nous pouvons en comprendre, de ce qui est visible et de ce qui a été perpétué.

Dans notre développement économique, l’histoire n’échappe pas à celle que je viens de rappeler et que nous lisons au travers de millions de livres. Généralement, ces livres se reprennent les uns les autres, à la mesure du monde personnel de celui qui les a écrits.

C’est exactement ce que j’ai fait lorsque j’ai écrit quatre essais et une multitude d’articles, pour en arriver à saisir ce qui était invisible dans notre organisation mondiale capitaliste, ce qui me distingue des autres, qui se développe sous la forme du seul intérêt du dominant : celui qui détient les moyens de production que sanctifie le plan comptable, fait pour leurs propriétaires et non pour les populations dominées et consentantes, façonnées par la culture qui les élève.

C’est ainsi qu’aujourd’hui, lorsque j’explique que ceux qui paient tout sont les salariés du privé, avec un complément des salariés du public et des retraités, cela n’intéresse personne : ni les syndicats, ni les responsables politiques, ni les économistes.

J’en ai expliqué les raisons, mais la plus centrale est que je m’adresse à leur cerveau réflexif et non à leur cerveau reptilien, qui vit au jour le jour et se satisfait de la situation qu’il connaît, dans laquelle il mange, se loge, s’habille, circule, aime, est aimé et considéré.

Il en va ainsi même s’il appartient aux dominés, ce qui n’a pas de sens particulier pour le cerveau puisque c’est un état inné, conséquence de la sélection du meilleur géniteur, déterminée par le rapport de force ou par la force du droit : c’est la biologie du vivant.

C’est pour toutes ces raisons qu’il ne réagit qu’en cas de conflit qui le prive de ce à quoi il est habitué.

Dire subitement que seuls les salariés du privé paient tout revient à placer les autres en position de profiteurs,ce n'est pas ce que je recherche dans l'explication, alors que chacun se pense essentiel.

Et effectivement, chacun l’est, mais seulement le temps de sa vie, car les indispensables qui nous ont laissé les traces de leur passage ne trouvent plus de considération que dans les musées.

Quelle différence cela fait-il de lire le monde selon une lecture « reptilienne » ou selon une lecture « réflexive » ? C'est ce que j'ai également expliqué avec le monde réel et le monde transmis essentiellement par les médias qui lisent ce qui est visible. Le réflexif lui cherche à comprendre au delà du visible, ce qui nous a donné une évolution exponentielle des savoirs.

Je vais prendre un exemple concret que vit une partie du monde : les incendies, ce qui se voit et ce qui est invisible.

Qu’ils soient naturels — provoqués par la foudre —, accidentels — provoqués par l’imprudence — ou volontaires — provoqués par des pyromanes —, le fait de les qualifier juridiquement ne les éteint pas.

Qu’ils nourrissent le storytelling, l’empathie et les exemples de solidarité ne les éteint pas davantage.

L’incendie n’est pas un phénomène nouveau en été. Tous les lieux et toutes les régions chaudes sont des zones à risque.

Pour rester sur la France, de manière récurrente, tous les ans, le pouvoir parle d’augmenter les mesures préventives et de renforcer les moyens de lutte contre le feu. Tous les ans, les mêmes débats ont lieu à l’Assemblée, le temps que l’été passe, avant de recommencer l’année suivante.

Quelles sont donc les raisons pour lesquelles, lorsqu’un incendie est déclaré, nous ne parvenons pas à l’éteindre rapidement, alors que les mesures préventives existent depuis très longtemps et sont ressassées par la presse, qui n’a rien d’autre à dire ?

Cette année, les destructions de maisons sont énormes et personne ne souligne que cela est inadmissible.

Pourquoi ?

Lorsque l’on demande un permis de construire, s’ensuivent des demandes de raccordement à l’électricité, au tout-à-l’égout et au réseau d’eau potable. Qu’est-ce qui nous empêche d’apporter en même temps une canalisation d’eau sèche destinée à lutter contre les incendies, là où cela est nécessaire, particulièrement dans les zones boisées ? Ce sont les coûts longue distence.

Il existe là des situations que je n’ai pas comprises.

Des campings ont brûlé. En 1976, j’ai envisagé d’en créer un et figurait dans le plan des charges l’obligation d’installer des bornes à incendie.

Aujourd’hui, la réglementation est présentée de la manière suivante :

Des bâches incendie souples de 123 m³ — environ 123 000 litres

Les bâches incendie souples sont conçues pour répondre à deux besoins essentiels :

  1. Fournir une réserve d’eau dédiée aux pompiers, garantissant une intervention rapide et efficace en cas d’incendie.

  2. Offrir une solution aux bâtiments et structures sans accès au réseau d’eau classique, notamment dans les zones isolées ou à risque.

Applications principales des bâches incendie :

— Maison individuelle située en zone à risque, pour l’obtention d’un permis de construire et pour assurer une protection incendie conforme.

— Création ou extension d’usines, de zones commerciales ou artisanales nécessitant une réserve d’eau indépendante et sécurisée.

— Exploitation agricole, afin de garantir une réserve d’eau en cas d’urgence, particulièrement sur les sites éloignés des infrastructures classiques.

— Structures situées dans des zones isolées, où l’accès au réseau d’eau classique est inexistant ou insuffisant pour répondre aux exigences de lutte contre l’incendie.

Ces réserves incendie souples constituent une solution présentée comme fiable, rapide à installer et conforme aux normes de défense extérieure contre l’incendie, permettant de sécuriser différents types de bâtiments et d’activités. Et elles sont ajustables par les communes à leur situation géographiques

Il semblerait pourtant que l’on puisse douter de leur efficacité, bien que, l’année dernière, le gouvernement s’en soit inquiété.

Adaptation des normes incendie aux réalités des territoires ruraux

Question écrite no 04786 — 17e législature

Question de M. Bruno Belin, sénateur de la Vienne, publiée le 22 mai 2025.

M. Bruno Belin attire l’attention de M. le ministre d’État, ministre de l’Intérieur, sur les contraintes liées à la réglementation incendie, qui peuvent constituer un frein important à l’instruction et à la délivrance des permis de construire en zone rurale.

La réglementation actuelle impose, pour toute nouvelle habitation, la présence d’un point d’eau incendie — borne ou bâche — situé à moins de 200 mètres lorsque les habitations sont regroupées, ou à moins de 400 mètres lorsqu’elles sont isolées.

Si cette exigence se comprend dans les zones d’habitat dense, où les risques de propagation sont élevés, elle devient plus difficilement applicable en milieu rural. Dans ces territoires, les habitations sont souvent éloignées les unes des autres et les risques de propagation d’un incendie d’une maison à l’autre sont faibles.

Pourtant, les communes sont tenues d’installer de nombreuses bâches incendie, souvent inesthétiques, très coûteuses à l’achat et à l’entretien, avec un rapport entre le coût et le risque jugé peu pertinent.

Cette norme, uniforme sur l’ensemble du territoire, pèse lourdement sur les petites collectivités rurales.

Dans ce contexte, il interroge le Gouvernement sur l’opportunité d’adapter la réglementation relative à la défense extérieure contre l’incendie aux particularités des territoires ruraux, afin de ne pas freiner leur développement.

Publication au Journal officiel du Sénat du 22 mai 2025, page 2517.

Réponse du ministère de l’Intérieur publiée le 5 juin 2025

Avant la réforme de la défense extérieure contre l’incendie instituée par la loi no 2011-525 du 17 mai 2011 et la parution du décret no 2015-235 du 27 février 2015, la circulaire interministérielle no 465 du 10 décembre 1951, qui constituait la seule référence en la matière, prévoyait déjà la présence d’un point d’eau incendie à moins de 200 mètres de toute construction, voire à 400 mètres dans le cas de risques isolés, par exemple.

L’article R. 2225-3 du Code général des collectivités territoriales dispose désormais qu’un référentiel du règlement départemental de défense extérieure contre l’incendie fixe, pour chaque département, les règles, les dispositifs et les procédures de défense extérieure contre l’incendie, et qu’il caractérise les différents risques présentés par l’incendie, en particulier ceux qui sont liés aux différents types de bâtiments, d’habitats ou d’urbanismes.

Élaboré par le service départemental d’incendie et de secours en application des dispositions de l’article L. 1424-2 du Code général des collectivités territoriales, ce règlement, pris par arrêté préfectoral, est établi en concertation avec les maires et l’ensemble des acteurs concourant à la défense extérieure contre l’incendie.

C’est ce document qui permet de prendre en compte, localement ou à l’échelle du département, les risques particuliers et d’adapter aux particularités des territoires ruraux les modalités de sa mise en œuvre.

Sur sollicitation du préfet, le règlement départemental peut donc être modifié et révisé afin de prendre en compte l’ensemble de ces problématiques.

Ce nouveau dispositif permettrait dorénavant une réelle adaptation de la défense extérieure contre l’incendie aux particularités des territoires ruraux.

Publication au Journal officiel du Sénat du 5 juin 2025, page 3202.

Tout irait donc pour le mieux, du moins dans l’intention, car, dans la réalité que nous vivons cet été , il en est tout autrement.

Le Monde :

« Les moyens des pompiers sont à bout de souffle » : pour augmenter le financement de la sécurité civile, les collectivités locales appellent à trouver de nouvelles aides financières.

Le Monde :

« Lutte contre les incendies : que valent les accusations des différents partis sur le manque de moyens ? »

Les responsables politiques s’accusent mutuellement de ne pas avoir agi pour débloquer des fonds destinés à combattre les feux de forêt.

Elles débattent d'un sujet de financement des déploiement qui auraient du être fait qu'elles ne financement pas, car l'état, pas plus que le capital, ne finance rien, il redistribue les prélèvements effectué sur les citoyens, comme le capital avance les salaires que chacun reçoit du financement par le circuit invisible des salariés du privé.

Nous avons, en fait, trois problèmes.

1. La surveillance du territoire

Nous disposons de moyens techniques capables de détecter les points chauds.

2. L’approvisionnement en eau des zones sensibles ou à risque

Il faut approvisionner en eau les zones dans lesquelles se trouvent des habitations et des cultures.

Il semblerait que les bâches n’aient pas servi à grand-chose.

S’il s’agissait d’apporter du gaz à chaque maison, il existerait un réseau de distribution. Nous avons bien des gazoducs qui arrivent du nord, de Russie ou d’ailleurs.

C’est-à-dire que, lorsqu’il existe un financement individuel et marchand, nous savons faire.

Mais, comme le rappelle Le Monde, les moyens de lutte contre l’incendie sont publics., et nous savons qui paie.

3. L’inadaptation des moyens de lutte

Les incendies qui se sont déclarés ces dernières années ne sont pas particulièrement dramatiques seulement parce qu’il y a eu une période caniculaire ou un vent méchant et vicieux, qui se serait déclaré cette année pour venir lécher les maisons et manger les cultures, à en écouter les informations.

Ils le sont aussi parce que les moyens des pompiers sont dérisoires.

Face au feu, leurs lances ressemblent à des tuyaux d’arrosage de jardin placés devant un incendie de forêt. Il en est de même pour les Canadair et les hélicoptères, qui donnent parfois l’impression de déverser un dé à coudre d’eau.

La lecture du monde visible, c'est comme un iceberg, il faut plonger pour voir l'invisible.

Sans polémiquer sur le fait que les pompiers aient été reçus par des CRS lorsqu’ils ont manifesté pour réclamer davantage de moyens, ces images veulent illustrer l’inadéquation des moyens disponibles.

Pourtant, il existe de gros porteurs.

D’une capacité de 120 tonnes de fret sur une distance de 5 400 kilomètres, l’Antonov An-124 est présenté comme le plus gros avion de transport civil et militaire du monde produit en série.

Cela représenterait 120 000 litres d’eau possibles, contre environ 6 000 litres pour un Canadair et 75 000 litres pour un Boeing 747 Supertanker. Il existe également le DC-10 Air Tanker et l’A400M.

L’essentiel me semble être de protéger toutes les habitations et tous les champs par un autre moyen qu’une bâche de 120 000 litres, c’est-à-dire par une distribution continue de l’eau jusqu’à des bornes.

La lecture du monde visible, c'est comme un iceberg, il faut plonger pour voir l'invisible.

Dans les zones inaccessibles, il faudrait également développer les radars de détection des points chauds ou l’usage des satellites géostationnaires plus performants que ceux d'aujourd'hui c'est une évidence. On ne peut pas dire que ce sont les nuages qui ont caché les départs de feu à nos satellites dans les landes.

J’ai pris cet exemple parce qu’il démontre que, dans le cadre de l’action publique, se pose toujours la question des moyens à mettre en place et des financements qui les définiront.

Le Monde rappelle que ce sont les communes qui financent. Moi, je dis que ce sont les salariés du privé.

Eux décryptent la situation avec les moyens visibles dans lesquels ils ont été élevés qui soulève des débats mais n'apporte rien. Moi, je la décrypte avec les circuits invisibles que j’ai compris et développés dans un autre article, à l’aide d’un schéma pédagogique. Ils indiquent que ce sont les salariés du privé essentiellement qui paierons

Ainsi, que l’incendie soit naturel, involontaire ou volontaire, l’important est qu’il soit détecté immédiatement, que le vent ou la sécheresse l’aident ou le nourrissent. et que les salariés du privé soient disposés d'en financer le coût.

Nous disposons des moyens techniques, mais les citoyens, salariés du privé, ne veulent pas les financer. il ne le disent pas par une interrogation directe, mais en réclament en permanence l'allègement des impôts et en refusant toutes augmentations de ceux-ci, et ils réclament que l'état finance, comme si l'état avait des fonds particuliers en dehors des leurs, ou que le capital paie, comme si le capital avait une seule fois financer un service public ou quoi que ce soit sans le récupérer au triple.

Je ne leur renvoie aucune culpabilité. Je rappelle seulement ce qui demeure invisible : le paradoxe qui existe entre tous les débats politiciens de l’Assemblée, les émotions des citoyens soulevées par les médias, les drames bien réels de ceux qui perdent leurs biens et la solidarité exemplaire de certains. et que ce soit bien compris, qui ont participé politiquement sans le savoirs à leur propres malheurs. Nous ne sommes pas face à un tremblement de terre qui n'a que faire de nos débats, alors que dans le cadre des incendies et d'autres sujets, le circuit invisible aurait ouvert à la compréhension des financements

La solidarité déployé dans ces circonstances peut satisfaire l’ego et recevoir des applaudissements, mais elle ne constitue pas une solution efficace face à l’avenir du réchauffement climatique. et encore moins de la compréhension des financements qu'imposent les incendies.

Que le financement passe par l’État, les collectivités ou le secteur privé, ceux qui paieront seront toujours les salariés du privé, avec une participation des salariés du public et des retraités.

Le capital ne versera pas un seul sou qui ne soit récupéré ailleurs.

Dans le cadre du réchauffement climatique, Emmanuel Macron, interrogé sur les moyens à mettre en œuvre, avait répondu : « Nous aviserons au fur et à mesure. »

Au regard de l’évolution qu’ont prise les incendies, il y a de quoi se faire du souci pour l’avenir.

Mais, surtout, il devrait aller expliquer cela à ceux qui ont perdu leurs biens ou leurs ressources.

En conclusion, cette insuffisance de compréhension des circuits invisibles pour ne s’en tenir qu’aux circuits visibles que soutient l’organisation capitaliste mondiale parce que nous avons tous les mêmes cerveaux qu’elles que soient nos cultures, ils génèrent les mêmes impasses que celle que je viens d’expliquer avec l’exemple visible des incendies vu par le filtre du capital.


 

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Publié le 1 Août 2026

De l’animal humain à l’adulte culturel

Le conatus, la machine et le risque d’autodestruction

Ce que ne comprend pas Spartacus😊😊😊

L’humanité se trouve aujourd’hui dans une situation paradoxale.

Elle possède un cerveau biologiquement façonné au cours d’une très longue évolution, durant laquelle la survie dépendait de la recherche de nourriture, de la protection du groupe, de la défense d’un territoire et de l’économie de l’énergie individuelle. Mais ce même cerveau dispose d’une pensée associative capable d’accumuler les connaissances, d’inventer des outils, de construire des machines et de transformer profondément son environnement.

L’évolution biologique s’inscrit dans des millions d’années. Les traces archéologiques montrent, en comparaison, l’apparition beaucoup plus récente des expressions symboliques complexes, des techniques élaborées et de la grande diversité culturelle humaine.

Notre difficulté vient de ce décalage : La puissance de nos techniques s’accélère beaucoup plus rapidement que la transformation culturelle des dispositions psychiques humaines qui commandent leur utilisation.

L’humanité est devenue capable d’économiser une grande partie de l’effort nécessaire à sa subsistance. Elle peut également épuiser ses ressources, dégrader son environnement et construire les moyens de sa propre destruction, et de s'attribuer ce mérité.

Elle est techniquement presque adulte, mais culturellement encore adolescente.

Graphique un psychisme ancien pour puissance technique devenu planétaire.

De l’animal humain à l’adulte culturel, un chemin de croix.

Qu’est-ce que le conatus chez Frédéric Lordon ?

Frédéric Lordon emprunte à Spinoza le concept de conatus.

Dans une formulation simple, le conatus désigne l’effort par lequel chaque être tend à persévérer dans son existence. Lordon l’utilise pour développer une conception élargie de l’intérêt humain.

L’individu n’est pas seulement intéressé lorsqu’il cherche : de l’argent ; un avantage matériel ; une propriété ; un rendement.

Il est également intéressé à lui-même lorsqu’il recherche : la reconnaissance ; l’amour ; l’appartenance ; la connaissance ; la création ; la puissance ; la générosité ; la défense d’une cause à laquelle il s’identifie.

Le conatus ne se réduit donc pas au calcul égoïste de l’économie traditionnelle. Il ne suppose pas non plus l’existence d’un désintéressement absolu. Même une action généreuse exprime une manière pour la personne de persévérer dans une certaine représentation d’elle-même, de ses relations ou du monde auquel elle veut appartenir et d'en éprouver une satisfaction d'elle même indispensable à sa vie, même si elle la consacre aux autres.

Dans L’Intérêt souverain, Lordon utilise ainsi le conatus pour dépasser l’opposition trop simple entre l’individu égoïste et l’individu désintéressé. L’existence est toujours, d’une manière ou d’une autre, intéressée à elle-même, mais cet intérêt peut prendre des formes extrêmement différentes.

Cette conception ne signifie pas que l’être humain serait condamné à l’égoïsme.

Elle signifie que l’on ne transformera pas la société en demandant simplement aux individus de renoncer à leur intérêt.

La question politique devient : Quelles institutions orientent le désir de persévérer, et vers quelles formes d’existence dirigent-elles la puissance humaine ?

Pour ma par j'ai répondu en développant le modèle joule objet d'une très longue réflexion commencée en 1971 en recherchant la taxation machine d'André Bergeron.

Les institutions orientent les désirs

Le conatus ne se développe pas dans le vide.

L’enfant naît avec : des besoins ; des affects ; une capacité d’apprentissage ; une future puissance associative.

Mais il ne naît pas avec : une langue construite ; une connaissance de l’histoire ; une compréhension de l’économie ; une conception de la propriété ; une conscience des limites écologiques ; une représentation des conséquences mondiales de ses actes.

Il reçoit tout cela de son environnement culturel.

Les institutions lui apprennent progressivement ce qui représente : la réussite ; la sécurité ; le mérite l’échec ; la propriété ; le travail ; la valeur ; le pouvoir.

Dans le capitalisme, l’individu apprend très tôt que sa continuité dépendra largement : d’un revenu ; d’un emploi ; d’une propriété ; d’une épargne ; de sa capacité à trouver une place dans la concurrence.

Son désir de persévérer est alors orienté vers l’obtention et la conservation de ces moyens.

La peur de manquer ne relève pas seulement d’un défaut moral ou d’un tempérament individualiste. Elle est continuellement entretenue par une organisation dans laquelle perdre son revenu peut signifier perdre : son logement ; son autonomie ; sa protection ; sa reconnaissance sociale.

Une société qui conditionne les moyens de vivre à la possession de monnaie produit nécessairement un puissant désir d’accumulation monétaire.

Elle reproche ensuite aux individus l’individualisme qu’elle a elle-même rendu rationnel.

L’enrôlement du désir par le capital

Dans Capitalisme, désir et servitude, Lordon rapproche l’analyse marxiste des structures économiques et la pensée spinoziste des affects.

Le capitaliste possède un projet qu’il ne peut pas réaliser seul. Il doit enrôler la puissance d’autres personnes : leur corps ; leur temps ; leurs connaissances ; leur attention ; leur créativité ; leur désir de reconnaissance.

Le rapport salarial ne consiste donc pas seulement à acheter une quantité de travail.

Il consiste à obtenir que les puissances des salariés se mettent au service du désir de l’organisation.

Le capitalisme contemporain ne se contente plus toujours d’un salarié obéissant sous la menace. Il cherche également un salarié motivé, satisfait, fier de son entreprise et désireux de réussir conformément aux objectifs de celle-ci.

Cette adhésion peut être sincère.

Une personne peut aimer : son métier ; ses collègues ; les problèmes qu’elle résout ; les personnes qu’elle soigne ; le produit qu’elle fabrique.

Mais cet attachement ne supprime pas la question fondamentale : Qui décide de la finalité de l’organisation et qui s’attribue le résultat de cette mobilisation collective ?

Le salarié peut investir une grande partie de sa puissance dans une entreprise sans obtenir de droits correspondants sur : ses machines ; ses connaissances accumulées ; ses orientations ; la décision de déplacer ou d’arrêter l’activité ; les gains produits par son automatisation.

Son consentement existe, mais il se forme dans un environnement matériel où l’accès à la vie dépend encore du revenu versé par l’employeur.

Le salariat peut ainsi être défini comme : une servitude économiquement consentie sous nécessité. Ou plus brutalement une exploitation des dominés.

Le paradoxe du cerveau humain

Le conatus humain dispose d’un instrument extraordinaire : la pensée associative.

L’être humain peut rapprocher : une observation et une connaissance ; un problème et une technique ; une matière et une fonction ; une expérience ancienne et une situation nouvelle.

Cette capacité permet : la recherche ; la créativité ; l’invention ; l’anticipation ; la transmission.

Mais la pensée associative ne possède pas par elle-même une finalité morale.

Elle peut servir : à soigner ; à nourrir ; à réduire une fatigue ; à instruire ;

comme elle peut servir : à dominer ; à surveiller ; à dissimuler ; à exploiter ; à construire des armes.

Une intelligence très développée ne garantit pas une finalité culturellement adulte. Elle peut rendre beaucoup plus efficace la satisfaction d’un désir archaïque.

C’est ici que le temps long de l’évolution rencontre la rapidité du développement culturel.

Le psychisme humain conserve des dispositions qui furent adaptées à la survie dans un milieu naturel incertain : rechercher des réserves ; protéger son groupe ; défendre un territoire ; éviter l’effort inutile ; obtenir une position favorable ; se méfier d’un rival.

Mais la pensée associative a donné à ces dispositions des moyens démesurés : États ; armées ; industries ; systèmes financiers ; intelligence artificielle ; technologies de surveillance ; armes de destruction massive.

La peur du manque peut désormais organiser une accumulation sans limite.

La défense du groupe peut devenir une puissance militaire mondiale.

La recherche d’une position dominante peut contrôler les moyens de vivre de millions de personnes.

La domination comme économie de sa propre énergie

La domination peut être interprétée comme l’une des réponses historiques à la lutte contre la rareté.

Celui qui dominait pouvait disposer : du territoire ; des réserves ; des armes ; du travail d’autrui ; d’une part supérieure du produit.

Il économisait sa propre énergie en mobilisant celle des autres.

L’esclavage, le servage puis le salariat appartiennent à des organisations juridiquement et moralement très différentes. Mais on retrouve une continuité fonctionnelle : celui qui contrôle les moyens de vivre peut obtenir qu’un autre consacre son énergie à ses objectifs.

Le capital a progressivement remplacé le glaive comme instrument accepté de cette organisation.

Le propriétaire n’a pas besoin de menacer physiquement le salarié.

Il lui suffit de posséder : l’entreprise ; les machines ; le crédit ; les droits juridiques ; les moyens de rémunérer l’activité.

Graphique ; vivre de l'énergie d'autrui ; de la domination humaine à la machine.

De l’animal humain à l’adulte culturel, un chemin de croix.

La monnaie devient un glaive lorsqu’elle ne sert plus seulement à échanger, mais à obtenir l’activité de ceux qui doivent impérativement en recevoir pour vivre.

La machine réalise un désir ancien

Depuis toujours, l’être humain cherche à réduire : la peine ; la fatigue ; le temps nécessaire à sa subsistance ; son exposition aux dangers.

Le machinisme poursuit cette recherche.

La machine peut : accomplir un travail répétitif ; soulever une charge ; calculer ; fabriquer en série ; remplacer un effort dangereux ; libérer du temps humain.

Elle réalise donc partiellement un très ancien désir : vivre sans devoir consacrer toute son énergie à la production des moyens de vivre.

Pendant la plus grande partie de l’histoire, ce privilège fut principalement réservé aux dominants.

Ils pouvaient travailler moins parce qu'ils soumettaient d’autres à travailler davantage.

La machine introduit une possibilité radicalement nouvelle : économiser l’énergie de tous sans imposer la fatigue correspondante à un autre être humain.

L’esclave économisait l’énergie du maître en dépensant la sienne.

La machine peut économiser l’énergie humaine sans éprouver elle-même la souffrance ou la fatigue.

Elle pourrait donc rendre inutile une grande partie de l’ancienne domination économique.

Pourtant, le régime de propriété reproduit encore l’organisation antérieure.

Le propriétaire de la machine reçoit : l’augmentation de productivité ; l’économie de salaire ; le produit supplémentaire ; la possibilité d’accumuler.

La personne remplacée peut perdre : son emploi ; son salaire ; ses cotisations ; sa reconnaissance sociale.

La machine libère matériellement du temps, mais l’institution capitaliste transforme cette libération en menace pour celui dont le revenu dépendait du temps de travail supprimé.Le vieux désir de vivre du travail d’autrui s’est approprié la technique qui pourrait permettre à tous de travailler moins.

Graphique une même machine, deux formes d'attribution de la puissance libérée.

De l’animal humain à l’adulte culturel, un chemin de croix.

Le rêve symbolique d’un Éden

L’Éden peut être utilisé comme une représentation symbolique.

Il ne s’agit pas d’affirmer qu’un paradis historique aurait réellement existé.

Il représente le désir humain d’un monde dans lequel la vie ne serait plus entièrement commandée par : la faim ; la fatigue ; la peur ; le manque ; l’obligation de travailler sans cesse.

Le machinisme donne à cette ancienne aspiration une base matérielle partielle.

Il ne supprimera jamais : toutes les limites ; tous les efforts ; tous les risques ; tous les conflits.

Mais il peut réduire considérablement la quantité d’énergie humaine nécessaire à la satisfaction de nombreux besoins.

La question politique devient alors : Cette économie d’énergie restera-t-elle le privilège de celui qui possède la machine, ou deviendra-t-elle un patrimoine de l’ensemble de la population ?

Le Modèle Joule que j'ai développé choisit la seconde voie.

Il ne promet pas un paradis.

Il cherche à rendre collective la réduction de la fatigue produite par les connaissances, les infrastructures et les machines accumulées par les générations.

Le capital de civilisation

Aucune machine n’est l’œuvre d’un propriétaire isolé.

Elle incorpore : des découvertes scientifiques ; des mathématiques ; une langue ; des méthodes ; des formations ; des infrastructures ; des logiciels ; des matériaux ; du travail passé ; les expériences de plusieurs générations.

L’inventeur peut avoir réalisé une association originale.

L’entrepreneur peut avoir pris une initiative, réuni des moyens et assumé une responsabilité.

Ces apports doivent être reconnus et rémunérés.

Mais ils ne suffisent pas à expliquer toute la puissance de la machine.

Le Modèle Joule appelle capital de civilisation ce patrimoine humain accumulé qui rend chaque invention nouvelle possible.

La machine devient ainsi le point de rencontre entre : l’intérêt particulier de l’inventeur ; les connaissances reçues de la collectivité ; le travail transmis par les générations ; la capacité productive nouvelle.

Sa puissance ne peut donc pas être attribuée exclusivement à celui qui en possède le titre juridique.

Une part doit retourner vers la population qui a produit les conditions de son apparition.

À chaque naissance revient le petit animal humain

La civilisation ne se transmet pas entièrement par les gènes.

À chaque naissance apparaît un petit animal humain disposant : d’un corps ; d’affects ; de besoins ; de facultés potentielles ; d’une future pensée associative.

Mais il doit apprendre : à parler ; à comprendre les autres ; à connaître l’histoire ; à utiliser les outils ; à maîtriser ses réactions ; à reconnaître les conséquences de ses actes.

La culture doit être reconstruite dans chaque génération.

L’humanité peut accumuler les connaissances dans ses livres, ses machines et ses institutions ; elle doit néanmoins les réintroduire dans chaque conscience nouvelle.

Un enfant né dans une civilisation nucléaire, numérique et industrielle ne comprend spontanément : ni le fonctionnement d’une monnaie ; ni les circuits économiques ; ni les risques écologiques ; ni l’origine collective des connaissances ; ni les conséquences mondiales d’un choix individuel.

Il doit les apprendre.

C’est pourquoi aucune maturité culturelle n’est définitivement acquise.

Une société techniquement avancée peut reproduire des individus instruits dans leur spécialité mais ignorants du circuit général auquel ils participent.

Elle peut former : d’excellents ingénieurs ; d’excellents financiers ; d’excellents militaires ; d’excellents publicitaires, sans leur avoir appris à mesurer la finalité collective de ce qu’ils rendent possible.

L’adolescence culturelle

L’adolescence culturelle ne constitue pas une insulte adressée aux individus.

Elle désigne un décalage entre : la puissance technique acquise ; la capacité collective à en gouverner les conséquences.

L’adolescent peut disposer d’une intelligence remarquable tout en demeurant fortement orienté par : l’immédiateté ; la recherche de reconnaissance ; la rivalité ; la difficulté à mesurer les conséquences lointaines ; le sentiment que le danger peut toujours être maîtrisé.

Notre organisation économique présente des traits comparables.

Elle sait : mesurer les rendements ; déplacer des capitaux ; produire en masse ; automatiser ; exploiter des données ; construire des armes extrêmement puissantes.

Mais elle continue à organiser sa sécurité autour :de l’accumulation ; de la concurrence ; de la menace ; de la propriété exclusive ; de la supériorité sur les autres.

Le capitalisme peut ainsi être compris comme l’organisation économique d’une humanité techniquement adulte, mais encore culturellement structurée par la peur du manque et la recherche de la position dominante.

La possibilité de l’autodestruction

Le problème n’est plus seulement moral ou social.

L’humanité a désormais construit des moyens capables de compromettre les conditions de sa propre continuité.

La dissuasion militaire repose encore sur l’idée que chacun doit posséder une puissance de destruction suffisante pour empêcher l’autre d’utiliser la sienne.

Chaque acteur présente son accumulation comme défensive.

Mais la somme de ces défenses constitue une menace permanente.

Le même mécanisme existe dans l’économie : l’entreprise accumule pour résister à ses concurrentes ; l’individu accumule pour se protéger du manque ; l’État développe sa puissance pour ne pas être dominé ; le propriétaire protège ses secrets pour conserver son avantage.

Chacun cherche rationnellement sa propre sécurité.

La somme de ces sécurités particulières peut produire : l’insécurité sociale ; la surexploitation des ressources ; la concentration du pouvoir ; la menace militaire ; l’autodestruction.

L’intérêt particulier devient mal compris lorsqu’il détruit les conditions collectives dont dépend sa propre durée.

L’âge adulte culturel ne supprimera pas le conatus

Devenir culturellement adulte ne signifie pas : cesser de désirer ; renoncer à soi ; abandonner toute propriété ; supprimer les différences ; se dissoudre dans une collectivité abstraite.

Le conatus demeure.

L’individu continuera à rechercher : sa sécurité ; sa reconnaissance ; son plaisir ; son accomplissement ; la protection de ses proches.

Mais l’enseignement peut lui permettre de comprendre que son intérêt durable dépend : des connaissances produites par les autres ; des infrastructures communes ; de la santé de la population ; des ressources naturelles ; de la coopération ; de la continuité des générations suivantes.

Le passage recherché est celui-ci : de l’intérêt immédiat isolé à l’intérêt particulier éclairé par la connaissance de l’interdépendance.

Il ne s’agit pas d’enseigner à l’entrepreneur qu’il ne doit plus avoir d’ambition.

Il faut lui apprendre que son ambition ne peut durablement prospérer en détruisant : ses partenaires ; les connaissances communes ; les ressources ; le territoire ; le pouvoir d’achat de la population.

Il ne s’agit pas d’interdire à l’inventeur d’être reconnu.

Il faut distinguer : la reconnaissance de son apport ; son droit de retirer durablement la connaissance à l’humanité qui l’a formé.

L’enseignement comme passage à l’âge adulte

L’enseignement actuel prépare encore largement l’individu : à obtenir une qualification ; à trouver un emploi ; à occuper une place ; à s’adapter à l’organisation économique existante.

Cette fonction demeure utile, mais elle est insuffisante.

L’enseignement doit également transmettre : l’histoire de la lutte contre la rareté ; les mécanismes de la domination ; le fonctionnement des prix ; le circuit des salaires et du capital ; l’origine collective des connaissances ; les conséquences de l’automatisation ; les limites écologiques ; la manière dont les affects sont orientés par les institutions.

Il doit permettre à chaque personne de reconnaître en elle-même : la peur du manque ; le désir d’accumuler ; la recherche d’une position protectrice ; la tentation de transférer les coûts vers les autres ; la préférence pour l’avantage immédiat.

Ces dispositions ne doivent pas être condamnées comme des fautes originelles.

Elles ont participé à la survie humaine.

Mais elles doivent être maîtrisées lorsqu’elles commandent des instruments capables d’agir à l’échelle de la planète.

L’âge adulte culturel commence lorsque l’humanité apprend à gouverner les dispositions qui l’ont sauvée avant qu’elles n’utilisent sa puissance nouvelle pour la détruire.

Ce que propose le Modèle Joule

Le Modèle Joule ne prétend pas transformer miraculeusement le psychisme humain.

Il modifie les institutions dans lesquelles le conatus cherche à persévérer.

Le revenu d’actif réduit : la peur de perdre les moyens de vivre ; la dépendance envers l’employeur ; la nécessité d’accumuler uniquement pour se protéger.

La rémunération de l’apprentissage permet : de prolonger la formation ; d’actualiser les connaissances ; de comprendre les institutions ; de participer à leur gouvernance.

La contribution machinique restitue à la population : une part de la productivité ; une part du temps libéré ; une part du capital de civilisation.

La mise à disposition des connaissances diminue : les secrets ; les duplications ; l’espionnage ; les monopoles intellectuels ; les conflits destinés à protéger une avance technique.

La Réserve du capital de subsistance énergétique humaine garantit la continuité de la personne à travers : l’apprentissage ; l’activité ; la maladie ; le handicap ; la retraite.

L’individu ne cesse pas de poursuivre son intérêt.

Mais il le poursuit dans un environnement où sa vie dépend moins : de la domination d’autrui ; de la conservation d’un emploi devenu inutile ; de la propriété exclusive ; de la peur du manque.

De l’humain contraint à l’humain assuré

L’humain assuré n’est pas naturellement plus généreux que l’humain contraint.

Il conserve : ses ambitions ; ses jalousies ; ses attachements ; sa recherche de reconnaissance ; son intérêt personnel.

Mais ses associations intellectuelles ne sont plus orientées par les mêmes contraintes.

L’humain contraint mobilise une grande partie de son intelligence pour : protéger son emploi ; conserver son avantage ; cacher une connaissance ; accumuler une sécurité personnelle ; battre un concurrent ; rendre son salaire au circuit par la consommation.

L’humain assuré peut utiliser davantage cette puissance pour : apprendre ; rechercher ; créer ; entreprendre ; réparer ; transmettre ; participer ; disposer librement d’une partie de son temps.

La sécurité ne détruit pas le désir d’agir ; elle retire à la peur le monopole de son orientation.

Une voie, non une idéologie achevée

Le Modèle Joule ne décrit pas une société parfaite et définitive.

Il propose une direction.

Cette direction repose sur quelques constats : la vie ne peut plus dépendre exclusivement du salaire ; les machines réduisent le temps humain nécessaire ; les connaissances sont collectivement héritées ; la propriété ne peut pas justifier l’appropriation absolue de la puissance commune ; l’humanité doit apprendre à gouverner les moyens de sa propre destruction.

Les institutions pourront être : expérimentées ; corrigées ; adaptées ; remplacées.

Mais la direction reste claire : faire de la puissance accumulée par l’humanité le moyen de garantir la vie, plutôt que le glaive permettant à certains de commander ceux qui doivent encore travailler pour vivre.

Graphique ; du conatus défensif au conatus éclairé par l'interdépendance.

De l’animal humain à l’adulte culturel, un chemin de croix.

Conclusion

Le conatus de Frédéric Lordon nous rappelle que l’être humain ne deviendra jamais un acteur parfaitement désintéressé.

Il cherchera toujours, sous des formes diverses, à persévérer dans son existence et à augmenter sa puissance d’agir.

Le problème n’est donc pas le conatus.

Le problème réside dans les institutions qui orientent cette puissance.

Le capitalisme associe aujourd’hui : la peur ancienne du manque ; la recherche d’une position dominante ; la monnaie ; la propriété ; la puissance des machines ; les connaissances modernes.

Il utilise une pensée associative extraordinairement développée pour poursuivre des finalités issues d’une longue histoire de rareté, de possession et de rivalité archaïques.

La machine pourrait libérer l’ensemble de la population d’une partie du travail nécessaire.

Mais l’ancien ordre transforme encore cette libération en propriété pour l’un et en perte de revenu pour l’autre.

À chaque naissance apparaît de nouveau un petit animal humain qui doit recevoir : la langue ; les connaissances ; l’histoire ; la conscience de l’interdépendance ; la maîtrise de la puissance technique héritée.

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Rédigé par ddacoudre

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Publié le 25 Juillet 2026

Qui paie vraiment la France ?

De la Sécurité sociale au populisme : le circuit invisible par lequel les salariés financent la société.

Chapitre I.

1. Deux milliards d’économies sur la santé : le gouvernement réduit-il le déficit ou déplace-t-il la facture ?

 

Le gouvernement vient d’annoncer une nouvelle réduction de la prise en charge des dépenses de santé. Un décret est en préparation pour doubler le plafond annuel cumulé des franchises médicales et des participations forfaitaires, qui passerait de 100 à 200 euros par assuré. D’autres transferts de remboursements de l’Assurance maladie vers les organismes complémentaires sont également envisagés. L’ensemble doit permettre de dégager environ 2 milliards d’euros d’économies.

La décision est présentée comme une nécessité comptable. Le déficit de l’Assurance maladie est projeté à 13,8 milliards d’euros en 2026. Le vieillissement de la population, la progression des maladies chroniques, l’amélioration des traitements et la prise en charge plus longue des patients exercent une pression continue sur les dépenses. Au 1er janvier 2026, 22 % de la population française a déjà au moins 65 ans.

Mais cette nouvelle économie ne résout pas le problème qu’elle prétend traiter. Elle reproduit l’éternelle boucle de notre système économique.

2. Une économie pour la Sécurité sociale n’est pas une économie pour la société

 

Le gouvernement parle de 2 milliards d’euros d’économies. Pourtant, les médicaments continueront d’être produits, les consultations continueront d’avoir lieu, les analyses seront réalisées et les professionnels devront être rémunérés.

La dépense de santé ne disparaît donc pas. Seul le payeur change.

Ce que l’Assurance maladie ne rembourse plus sera payé directement par le malade, supporté par sa complémentaire, répercuté dans les cotisations des mutuelles ou finalement intégré au coût du travail lorsque la complémentaire est financée en partie par l’employeur.

Nous devrions donc distinguer deux expressions :

Une économie réelle résulte d’une diminution du coût de production d’un médicament, d’une meilleure organisation des soins, d’un acte devenu inutile, d’une prévention efficace ou d’une réduction des frais administratifs.

Une économie comptable consiste à retirer une dépense du compte de la Sécurité sociale pour la faire apparaître dans celui des ménages, des mutuelles ou des entreprises.

Le plan gouvernemental relève principalement de la seconde catégorie.

La Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques confirme que les déremboursements pèsent davantage sur les personnes âgées, les personnes malades et les ménages modestes. Elle estime même qu’une hausse générale des prélèvements finançant l’Assurance maladie serait moins défavorable à ces catégories qu’une augmentation des franchises ou du reste à charge.

3. Deux milliards face à une dépense de 250 milliards

 

L’Assurance maladie dépense approximativement 250 milliards d’euros par an. Une économie de 2 milliards représente environ 0,8 % de cette dépense et 14,5 % du déficit projeté de 13,8 milliards.

Même si le rendement annoncé était intégralement obtenu, le déficit resterait donc proche de 12 milliards d’euros.

La décision ne peut pas être présentée comme une réforme structurelle. Elle est une mesure de trésorerie destinée à ralentir momentanément la progression du déficit.

Or le problème est structurel.

Les besoins de santé augmentent indépendamment du nombre de personnes qui travaillent. Une population vieillissante consomme davantage de soins au moment même où la part relative des actifs susceptibles de financer collectivement ces soins progresse moins rapidement. Les progrès médicaux permettent de vivre plus longtemps avec des maladies qui auraient autrefois entraîné un décès rapide, mais ils prolongent également les périodes de traitement.

Nous ne sommes pas devant un dysfonctionnement accidentel. Nous sommes devant le résultat prévisible de notre réussite sanitaire.

4. La transformation du financement n’a pas supprimé la boucle

 

À l’origine, la Sécurité sociale reposait principalement sur les cotisations associées au travail. Le système a progressivement élargi ses recettes à la contribution sociale généralisée, à la TVA et à différentes taxes.

En 2018, la cotisation salariale d’assurance maladie a été supprimée et remplacée en partie par une augmentation de la CSG. La branche maladie reçoit également une fraction importante de la TVA. En 2024, son financement provenait notamment des cotisations, de la CSG et des impôts et taxes affectés.

Cela pourrait donner l’impression que la santé n’est plus essentiellement financée par le travail. Mais la CSG est en grande partie prélevée sur les revenus d’activité, tandis que la TVA est acquittée lors de la consommation des revenus distribués.

La source économique reste donc la même :

activité humaine → revenus → cotisations et CSG → consommation et TVA → financement de la santé.

Lorsque le gouvernement augmente les franchises, une nouvelle étape s’ajoute :

activité → salaire → prélèvements sociaux → TVA → complémentaire santé → franchises → reste à charge.

Le salarié finance ainsi le système à plusieurs endroits sans toujours percevoir qu’il s’agit de la même dépense qui circule d’un compte à l’autre.

5. Le salarié ne paie pas seulement sur sa fiche de paie

 

La DREES estime que les cotisations maladie, la CSG et les taxes sur la consommation affectées à l’Assurance maladie représentent ensemble environ 11 % du revenu des ménages. Les salariés et les travailleurs indépendants contribuent davantage que les autres catégories, notamment en raison des prélèvements reposant sur les revenus d’activité.

Notre estimation selon laquelle un salarié peut consacrer indirectement jusqu’à 51 % de la valeur de son salaire au circuit complet de la santé doit cependant être expliquée avec précaution.

Ce chiffre ne représente pas le taux officiel de la cotisation maladie figurant sur une fiche de paie. Il correspond à notre reconstitution économique élargie, qui additionne ou réaffecte notamment :

  • la part du coût patronal considérée comme produite par le travail du salarié ;

  • les cotisations et contributions sociales ;

  • la CSG ;

  • la part de TVA finançant la branche maladie ;

  • la complémentaire santé ;

  • les franchises et les restes à charge ;

  • ainsi que certains prélèvements inclus dans les prix payés par le consommateur.

Cette méthode cherche à identifier le payeur économique final, et non seulement celui qui effectue administrativement le versement.

La décision gouvernementale confirme notre raisonnement : lorsqu’un financement ne peut plus être prélevé ouvertement sur le salaire, il réapparaît sous la forme d’une taxe, d’une cotisation complémentaire ou d’un reste à charge.

6. La responsabilisation du malade

 

La justification politique des franchises repose généralement sur l’idée de « responsabiliser » les patients. Le malade devrait comprendre que les soins ont un coût et éviter les consommations inutiles.

Mais cette représentation soulève une difficulté : le patient ne décide ni de vieillir, ni de développer une affection chronique, ni du prix des médicaments prescrits, ni de l’organisation hospitalière, ni du tarif des actes.

La consommation de santé n’est pas une consommation ordinaire. La personne ne consulte généralement pas un médecin pour accroître son confort de consommation, mais parce qu’elle estime que son état le nécessite.

Augmenter son reste à charge ne distingue pas le soin inutile du soin indispensable. Cela distingue seulement celui qui peut encore payer de celui qui hésitera à consulter, à renouveler un traitement ou à effectuer un examen.

Les franchises sont en outre concentrées sur les personnes qui consomment le plus de soins. Relever leur plafond affecte donc particulièrement les malades chroniques et les personnes âgées, puisque ce sont eux qui atteignent le plus fréquemment les plafonds annuels.

La responsabilisation devient ainsi une manière de faire porter sur le malade la responsabilité d’un déficit produit par l’organisation générale du financement.

7. Le choix politique réel

 

Le gouvernement disposait théoriquement de plusieurs possibilités :

augmenter les recettes collectives ;

élargir davantage l’assiette du financement aux revenus du capital et aux productions automatisées ;

réorganiser les parcours de soins ;

négocier les prix des médicaments et des équipements ;

réduire les frais de gestion et les superpositions entre l’Assurance maladie et les complémentaires ;

développer une politique de prévention de long terme ;

ou augmenter directement le reste à charge des patients.

Il a choisi cette dernière possibilité parce qu’elle permet d’améliorer immédiatement le compte de l’Assurance maladie sans afficher une hausse générale des cotisations ou des impôts.

Il s’agit donc d’un choix politique avant d’être une nécessité technique.

Ce choix affirme implicitement que la progression des besoins de santé doit être supportée davantage par ceux qui tombent malades que par l’ensemble de la collectivité.

8. La boucle continue

 

Le salarié finance la santé par son travail. Son employeur intègre les prélèvements sociaux dans le coût de production. Ce coût est incorporé dans les prix. Le salarié paie ensuite ces prix en tant que consommateur, avec la TVA qu’ils contiennent. Il finance sa complémentaire santé, puis paie encore les franchises et les soins insuffisamment remboursés.

Lorsque ces dépenses réduisent son pouvoir d’achat, il consomme moins. Les entreprises vendent moins, l’emploi et les recettes sociales progressent moins rapidement, tandis que le déficit réapparaît.

La boucle devient alors :

salaire → cotisations → prix → TVA → dépenses de santé → déficit → déremboursement → hausse des mutuelles et du reste à charge → réduction du pouvoir d’achat → ralentissement de l’activité → insuffisance des recettes.

Le gouvernement intervient à l’intérieur de la boucle sans en modifier la structure.

 

 

9. Le problème n’est pas que nous nous soignons trop

 

Nous vivons plus longtemps, nous dépistons davantage de maladies et nous savons traiter des pathologies autrefois incurables. Le besoin de santé augmente parce que les connaissances médicales progressent.

La réponse ne peut donc pas consister indéfiniment à demander aux salariés de cotiser davantage, aux patients de payer davantage et aux professionnels de réduire leurs moyens.

Notre organisation économique continue de faire dépendre l’accès à la santé d’une richesse principalement mesurée et distribuée par l’emploi humain, au moment même où les machines, les logiciels, l’intelligence artificielle et les organisations automatisées prennent une part croissante dans la production.

Tant que cette production technologique ne participera pas directement au financement de la vie et de la santé, le nombre des cotisants humains et leurs revenus resteront continuellement confrontés à l’augmentation des besoins.

Le Modèle Joule propose précisément de sortir de cette contradiction. Il ne financerait plus la santé à partir du seul salaire, mais à partir de l’ensemble de l’énergie productive mobilisée par la société, qu’elle soit humaine, mécanique ou numérique.

10. Conclusion

 

Le gouvernement annonce 2 milliards d’euros d’économies. En réalité, il ne supprime pas 2 milliards de dépenses de santé : il change leur adresse comptable.

La Sécurité sociale remboursera moins. Les malades, les complémentaires et les entreprises paieront davantage. Puis les cotisations des mutuelles, les coûts de production et les prix augmenteront à leur tour.

La décision ne rompt donc pas la boucle. Elle la prolonge.

La question politique véritable n’est pas de savoir combien les malades doivent encore payer. Elle est de savoir comment une société qui produit de plus en plus avec des machines peut financer des besoins humains qui augmentent avec l’âge, la connaissance et le progrès médical.

Réduire les remboursements permet de présenter momentanément un meilleur compte. Cela ne constitue pas une politique de santé. C’est le déplacement d’une facture que le citoyen avait déjà financée et qu’on lui demande maintenant de payer une nouvelle fois.

Graphique : Sécurité sociale: le déficit ne disparaît pas, il se déplace, et les salariés le finance toujours.

Qui paie vraiment la France ? ou état d'impuissance ?

Chapitre II.


 

1. Comment nous avons retrouvé environ 51 % de protection sociale dans la valeur du salaire

 

Ce tableau ne reproduit pas un taux officiel figurant sur une seule ligne du bulletin de paie. Il reconstitue la part de protection sociale comprise dans la valeur totale du travail, en réunissant ce qui est juridiquement payé par le salarié et ce qui est juridiquement versé par l’employeur.

Élément reconstitué

Part approximative rapportée au salaire brut fiscal

Lecture habituelle

Lecture économique retenue

Cotisations et contributions prélevées sur le salaire

22 à 25 %

Elles sont payées par le salarié

Elles réduisent directement son revenu disponible

Cotisations dites patronales

26 à 29 %

Elles sont payées par l’employeur

Elles appartiennent au coût du travail produit par le salarié et sont intégrées dans les prix

Protection sociale totale comprise dans la valeur du travail

48 à 54 %

Deux payeurs distincts

Un même circuit économique

Valeur centrale retenue dans notre étude

environ 51 %

Part socialisée de la valeur du salaire

Les taux exacts varient selon le niveau de rémunération, le statut du salarié, le secteur d’activité, les allègements de cotisations et les risques couverts. Le chiffre de 51 % constitue donc un ordre de grandeur construit à partir d’un bulletin représentatif, et non un taux légal universel.

Il ne signifie pas qu’un salarié verse personnellement 51 % de son salaire à la seule branche maladie. Il signifie qu’une part proche de la moitié de la valeur salariale complète finance l’ensemble de la protection sociale : santé, retraites, famille, accidents du travail, chômage, autonomie et autres dispositifs associés.

Cette lecture doit être distinguée de la comptabilité officielle. En 2023, les cotisations représentaient 54 % des recettes des administrations de Sécurité sociale : 38 % étaient juridiquement attribuées aux employeurs et 17 % aux salariés. Les impôts et taxes affectés représentaient 37 % des recettes, dont 20 % pour la CSG. Mais les documents officiels reconnaissent également que la CSG est largement prélevée sur les revenus du travail et que les taxes du type TVA représentent une part croissante du financement.

La différence entre les deux lectures est donc la suivante :

La comptabilité officielle classe les recettes selon celui qui les verse juridiquement. Notre analyse cherche celui qui les supporte économiquement au terme du circuit des salaires, des prix, de la consommation et des prélèvements.

2. La participation fantôme des salariés à la gestion de leur Sécurité sociale

 

La décision de réduire les remboursements ne révèle pas seulement une difficulté financière. Elle met également en évidence l’effacement progressif des salariés dans la gestion d’un système qu’ils contribuent pourtant largement à financer.

La Sécurité sociale de 1945 reposait sur trois principes : sa généralisation, son financement par les cotisations des salariés et des employeurs et une démocratie sociale donnant aux représentants des travailleurs une autonomie de gestion. De 1945 à 1967, les administrateurs des caisses étaient directement élus par les salariés. Depuis 1967, ils sont désignés par les organisations syndicales et patronales. À partir du plan Juppé de 1995 et de la réforme constitutionnelle de 1996, le Gouvernement et le Parlement ont pris une place déterminante à travers les lois annuelles de financement de la Sécurité sociale et les conventions conclues entre l’État et les caisses.

Les syndicats siègent encore dans les conseils des caisses. Ils examinent les budgets, votent des avis et participent aux orientations administratives. Mais les montants des prestations, les taux de cotisations et les grands équilibres financiers sont désormais principalement décidés par le Gouvernement et le Parlement.

La participation syndicale n’est donc pas totalement inexistante, mais elle est devenue largement consultative. Elle ressemble de plus en plus à une participation fantôme : les représentants des salariés demeurent présents dans les institutions, tandis que le pouvoir de fixer les ressources et les remboursements s’est déplacé vers l’État.

Graphique : De la sécurité sociale des salariés à la gestion par l'état.

Qui paie vraiment la France ? ou état d'impuissance ?

3. Les syndicats protestent, mais sans remettre en cause la boucle

 

Il serait inexact d’affirmer que les syndicats sont restés totalement silencieux devant le nouveau plan. La CGT a dénoncé le doublement des franchises, la baisse des remboursements et le transfert des dépenses vers les complémentaires. Elle reconnaît explicitement qu’un transfert vers les mutuelles ne constitue pas une économie et qu’il finit par augmenter les cotisations supportées par les salariés et les entreprises. Force ouvrière s’est également opposée aux franchises et aux économies réalisées au détriment des malades.

Le problème se situe donc moins dans une absence totale de réaction que dans les limites du raisonnement proposé.

Les syndicats défendent les remboursements, demandent davantage de recettes, dénoncent les exonérations de cotisations et proposent souvent une contribution accrue des revenus du capital ou des grandes entreprises. Mais ils n’expliquent presque jamais au salarié le circuit complet par lequel les prélèvements dits patronaux, les taxes sur les entreprises, les cotisations des complémentaires et les impôts sur la production se retrouvent dans les prix.

Ils continuent ainsi à parler comme s’il existait plusieurs payeurs indépendants :

  • le salarié ;

  • l’employeur ;

  • l’entreprise ;

  • l’État ;

  • les riches ;

  • les consommateurs.

Or ces acteurs appartiennent au même circuit économique.

L’entreprise ne produit pas elle-même l’argent qu’elle verse. Elle le retire de ses ventes, donc des prix acquittés par ses clients. Lorsqu’elle paie une cotisation patronale, une taxe ou une complémentaire santé, elle l’intègre dans son coût de production. Ce coût se retrouve ensuite dans le prix du bien ou du service.

Le salarié paie donc une première fois comme producteur par la part socialisée de son travail, puis une seconde fois comme consommateur lorsque les charges de l’entreprise sont incorporées dans les prix.

4. La fiscalisation a rendu le financement plus invisible

 

Le passage progressif des cotisations vers la CSG, la TVA et les autres taxes a élargi l’assiette du financement. Il a aussi rendu beaucoup plus difficile l’identification de celui qui paie.

En 2023, les impôts et taxes affectés représentaient 37 % des recettes des administrations de Sécurité sociale. La CSG en constituait la principale recette fiscale. En 2024, 67 % du rendement de la CSG provenait encore des revenus d’activité, 21,5 % des revenus de remplacement et 10,9 % des revenus du patrimoine et des placements.

Le financement ne s’est donc pas réellement détaché du travail. Il a été dispersé entre plusieurs prélèvements :

salaire → cotisations → CSG → prix → TVA → mutuelle → franchises → reste à charge.

Cette dispersion produit une illusion politique. Chacun croit qu’un autre pourrait payer à sa place :

  • le salarié désigne l’employeur ;

  • l’employeur désigne le consommateur ;

  • le consommateur désigne l’État ;

  • l’État désigne le contribuable ;

  • les partis de gauche désignent les riches ;

  • les partis de droite désignent les malades, les chômeurs ou les prétendus abus.

Mais aucun prélèvement ne crée de richesse. Il répartit une richesse préalablement produite.

5. Le financement repose-t-il exclusivement sur les salariés du privé ?

 

Cette proposition constitue le point le plus original, mais aussi le plus contestable, de notre analyse. Elle doit être exposée comme une thèse économique et non comme une donnée officielle.

Les comptes nationaux répartissent la valeur ajoutée entre la rémunération du travail, les prélèvements et l’excédent d’exploitation rémunérant le capital. Ils reconnaissent donc plusieurs facteurs et plusieurs bénéficiaires de la production.

Notre lecture remonte cependant plus loin dans le circuit.

Les personnels publics sont payés par des prélèvements provenant de l’activité économique. Les retraités reçoivent un revenu issu des cotisations et des impôts, puis contribuent à leur tour par la CSG, la TVA et leurs achats. Les employeurs financent juridiquement certaines cotisations, mais récupèrent leur coût dans les prix lorsque la concurrence et la demande le permettent. Les détenteurs du capital participent par l’impôt, mais peuvent reconstituer une partie de leur revenu par les prix, les rendements, les dividendes ou l’appréciation de leurs actifs.

Dans cette lecture, les salariés du secteur marchand constituent la principale origine humaine du circuit monétaire, parce que leur travail produit les biens et services vendus dont sont tirés les salaires, les profits et les prélèvements.

Cela ne signifie pas que les fonctionnaires, les indépendants, les entrepreneurs ou les retraités seraient inutiles ou ne contribueraient pas à la société. Cela signifie que le financement monétaire de leurs activités doit finalement rencontrer une production échangeable permettant de prélever et de redistribuer une valeur.

La difficulté moderne est que cette production repose de moins en moins exclusivement sur le travail salarié. Les machines, les logiciels, les robots et l’intelligence artificielle produisent une part croissante de la valeur, tandis que notre financement social continue d’être organisé autour des revenus humains du travail.

6. Les études de long terme existent

 

Le déséquilibre futur ne constitue pas une surprise.

Les nouvelles projections de l’Insee indiquent qu’entre 2026 et 2070, la France pourrait perdre 8,9 millions d’habitants de moins de 45 ans et compter 5,8 millions de personnes supplémentaires âgées de 65 ans ou plus. L’augmentation concernerait surtout les personnes de 80 ans ou plus, dont le nombre progresserait de 4,6 millions.

Les projections de population active indiquent également qu’après une progression de plus en plus faible, le nombre d’actifs commencerait à diminuer à partir de 2040. La baisse serait ensuite comprise entre 30 000 et 50 000 actifs par an selon les périodes.

Dans le même temps, la DREES prévoit près de 23 millions de personnes de 60 ans ou plus en 2050, soit cinq millions de plus qu’en 2021. Elle estime que 738 000 personnes supplémentaires pourraient être en perte d’autonomie et que 150 000 à 200 000 emplois supplémentaires seraient nécessaires pour les accompagner.

Les dépenses de santé atteignaient déjà 333 milliards d’euros en 2024, soit 11,4 % du produit intérieur brut. La consommation de soins et de biens médicaux représentait 255 milliards d’euros et progressait de 3,6 % sur un an.

Nous connaissons donc depuis longtemps les trois courbes qui vont se croiser :

Évolution prévisible

Conséquence

Vieillissement de la population

Besoins sanitaires et d’autonomie en hausse

Progression plus lente puis diminution de la population active

Base humaine de cotisation moins dynamique

Progrès médicaux et techniques

Davantage de maladies traitées et des traitements plus longs

Automatisation de la production

Moins de lien direct entre richesse produite et masse salariale

Maintien d’un financement centré sur les revenus humains

Déficits, transferts et déremboursements répétés

Le gouvernement ne découvre donc pas un accident budgétaire. Il gère année après année les conséquences d’une transformation démographique et productive étudiée depuis des décennies.

Graphique : vieillissement, moins d'actifs, plus de besoins de santé

Qui paie vraiment la France ? ou état d'impuissance ?

7. Pourquoi les représentants des salariés ne changent-ils pas de raisonnement ?

 

Nous ne pouvons pas démontrer l’existence d’une volonté organisée de dissimuler ce circuit. Le silence rencontré après l’envoi de nos études peut avoir plusieurs explications plus ordinaires.

La première est institutionnelle. Les syndicats ont été construits pour négocier les salaires, les cotisations, les conditions de travail et les prestations à l’intérieur du salariat. Reconnaître que le travail humain ne pourra plus rester le pilier principal du financement les obligerait à transformer leur propre fonction historique.

La deuxième est politique. Dire aux salariés qu’ils financent directement ou indirectement l’essentiel du système est moins mobilisateur que leur promettre de faire payer quelqu’un d’autre.

La troisième est intellectuelle. Le financement est divisé entre les bulletins de salaire, les budgets publics, la fiscalité, les assurances complémentaires, les prix et la dette. Chaque spécialiste étudie une partie du circuit sans toujours revenir au payeur économique final.

La quatrième est électorale. Un responsable qui annoncerait que les prélèvements sur les entreprises peuvent revenir dans les prix risquerait d’être accusé de défendre les employeurs. Celui qui expliquerait que taxer les grandes fortunes ne suffira pas serait accusé de protéger les riches. La complexité du circuit est alors abandonnée au profit de slogans immédiatement compréhensibles.

La cinquième est culturelle. Nous continuons à croire que la richesse est créée par l’argent, par l’investissement ou par l’État, alors que l’argent ne produit rien par lui-même. Il ne fait qu’autoriser, mesurer et répartir l’accès aux productions humaines et mécaniques.

8. Taxer les riches ne supprime pas le problème

 

Une fiscalité plus progressive peut réduire les inégalités, financer des besoins collectifs et limiter la concentration patrimoniale. Elle possède donc une utilité sociale réelle.

Mais elle ne constitue pas à elle seule une nouvelle base durable de financement.

Lorsqu’une personne riche paie davantage d’impôts, plusieurs situations sont possibles. Elle peut réellement réduire sa consommation ou son patrimoine. Mais elle peut aussi chercher à maintenir son rendement, augmenter le prix de ses services, déplacer son capital, modifier ses investissements ou recevoir des revenus supplémentaires tirés des entreprises qu’elle possède.

Une partie du prélèvement peut alors revenir dans le circuit des prix et être supportée par les consommateurs, les salariés ou d’autres entreprises. Cela ne signifie pas qu’il ne faut jamais taxer les riches. Cela signifie que la fiscalité redistribue la richesse existante mais ne remplace pas une réforme de sa production et de son affectation.

La question n’est donc pas seulement :

Qui allons-nous davantage taxer ?

Elle est :

Sur quelle production nouvelle allons-nous faire reposer durablement les besoins croissants de la population ?

9. Une démocratie politique sans démocratie économique réelle

 

Tous les citoyens majeurs disposent du droit de vote. Ils peuvent choisir les représentants qui décident des prestations sociales, des impôts, des dépenses publiques et des remboursements de santé.

Mais ils ne disposent pas tous de la même place dans la production et dans son financement.

La démocratie politique repose sur l’égalité des voix. Le financement du pays repose sur une organisation économique profondément inégale et sur des circuits que la majorité des citoyens ne peut pas lire.

Le bulletin de salaire sépare artificiellement la contribution salariale et la contribution patronale. Les prix ne disent pas quelle part finance la protection sociale. La TVA est prélevée sans que le consommateur sache quelle fraction est ensuite affectée à la Sécurité sociale. Les complémentaires présentent leurs cotisations comme un nouveau paiement alors qu’elles prennent en charge une dépense précédemment socialisée.

Le citoyen vote donc sur des dépenses dont il ignore souvent qu’il constitue lui-même le payeur final.

Il peut voter pour augmenter les prestations, diminuer les impôts, faire contribuer les entreprises, taxer les riches et préserver son pouvoir d’achat, sans qu’aucun responsable ne lui explique que ces choix se rejoignent finalement dans les mêmes prix, les mêmes revenus et la même production.

10. La France des Lumières est-elle entrée dans l’ombre de sa gestion ?

 

Le discours politique célèbre régulièrement la France des Lumières, de la Révolution, des droits humains, de la Sécurité sociale et des grandes découvertes.

Mais les Lumières ne sont pas nées d’une consultation populaire majoritaire. Elles ont été portées par une minorité instruite capable de contester les vérités établies, l’autorité religieuse et l’ordre monarchique. Les populations ne disposaient ni du suffrage universel, ni de l’instruction, ni des moyens modernes d’information.

Aujourd’hui, les citoyens votent, les responsables politiques sont instruits, les syndicats disposent d’experts et les administrations accumulent les études. Pourtant, notre système semble moins capable de penser une transformation radicale.

Dans l’économie, nous cherchons à préserver le financement par le salaire alors que la machine remplace progressivement l’homme.

Dans la justice, nous multiplions les peines et les interdits sans retrouver l’audace intellectuelle de Beccaria, qui osa contester la torture, la peine de mort et la vengeance judiciaire.

Dans l’éducation, nous revenons à la sélection des initiés alors que la complexité du monde exige un apprentissage permanent pour tous.

Dans la politique, même les partis qui se présentent comme les héritiers de la gauche restent prisonniers de la boucle salaire, cotisations, prix, impôts et capital.

Dans les religions, les textes anciens continuent souvent à être défendus comme des prescriptions intemporelles plutôt que réinterprétés à la lumière des connaissances nouvelles.

La France se glorifie donc de ses ancêtres novateurs tout en administrant l’héritage qu’ils lui ont laissé sans parvenir à accomplir une rupture comparable.

Si les responsables politiques actuels avaient gouverné au temps des Lumières avec la prudence, les interdits et le conformisme qu’ils manifestent aujourd’hui, la France serait peut-être restée dans l’ombre de sa royauté.

11. La question adressée aux syndicats et aux partis de gauche

 

La question ne consiste pas seulement à leur demander pourquoi ils n’ont pas empêché une nouvelle baisse des remboursements.

Elle est plus profonde :

Pourquoi continuent-ils à défendre un financement reposant principalement sur le travail humain, alors qu’ils savent que le nombre relatif des cotisants diminuera, que les besoins progresseront et que la production sera de plus en plus automatisée ?

Pourquoi demandent-ils toujours davantage de cotisations, de CSG ou d’impôts sans expliquer qui les retrouvera finalement dans les prix ?

Pourquoi acceptent-ils de siéger dans des organismes dont les décisions essentielles ont été transférées au Gouvernement et au Parlement ?

Pourquoi ne revendiquent-ils pas que la production mécanique et numérique participe directement au financement de la vie ?

Pourquoi ne disent-ils pas aux salariés que la promesse de faire payer exclusivement les entreprises, les employeurs ou les riches ne peut pas suffire, puisque ces acteurs restent intégrés au même circuit économique ?

Le silence rencontré ne prouve pas qu’ils ignorent notre étude. Il révèle peut-être une difficulté plus grave : la proposition sort de leurs catégories habituelles et les obligerait à reconnaître que le salariat ne pourra plus rester le centre de la protection sociale.

12. Conclusion — Les études existent, mais la décision manque

 

Nous savons que la population vieillit.

Nous savons que les besoins de santé et d’autonomie vont augmenter.

Nous savons que la population active progressera moins rapidement avant de diminuer.

Nous savons que la production utilise de plus en plus de machines et de technologies.

Nous savons enfin que transférer une dépense de l’Assurance maladie vers les mutuelles ou les ménages ne constitue pas une économie collective.

Ce qui manque n’est donc pas l’information. Ce qui manque est la décision de sortir du modèle existant.

Les gouvernements administrent le déficit. Les syndicats défendent les remboursements. Les partis de gauche proposent de nouvelles redistributions. Les partis de droite demandent davantage de responsabilisation individuelle. Mais tous continuent à raisonner à l’intérieur d’un système où la protection sociale doit être financée par les revenus tirés du travail humain.

Le Modèle Joule pose une autre question : pourquoi continuer à prélever uniquement ou principalement sur l’homme lorsque les machines produisent à sa place ?

La baisse des remboursements n’est pas une fatalité sanitaire. Elle est le résultat d’une incapacité politique à adapter le financement de la vie à la transformation de la production.

La France ne manque ni d’études, ni d’experts, ni d’histoire intellectuelle. Elle manque aujourd’hui de responsables capables d’en tirer une organisation nouvelle.

Chapitre III.


 

1. En finir avec la fiction de « l’État financeur »

 

Il faut en finir avec une expression trompeuse, répétée quotidiennement dans les discours politiques, médiatiques et syndicaux : « l’État finance ».

L’État ne finance rien à partir d’une richesse qui lui serait propre. Il ne produit ni les médicaments, ni les logements, ni les aliments, ni les machines, ni les heures de travail nécessaires au fonctionnement de la société. Il prélève une partie des revenus issus de la production, les redistribue, les emprunte lorsqu’ils sont insuffisants et décide de leur affectation.

Lorsqu’un ministre annonce que l’État finance un hôpital, une école, une pension de retraite, une allocation ou une politique de santé, il faudrait dire plus exactement :

L’État utilise une partie de la richesse produite, prélevée sur les revenus du travail, sur la consommation et sur les activités économiques, afin de financer cette dépense.

Cette correction n’est pas seulement une question de vocabulaire. Elle change entièrement la compréhension du système.

La formule « l’État paiera » laisse croire au citoyen que la dépense sera supportée par une entité extérieure à lui. Elle dissimule le fait que l’argent public provient des salaires, des cotisations, de la CSG, de la TVA, des impôts incorporés aux prix, de la dette qui devra être remboursée et, finalement, de la production réelle de la société.

L’État ne crée donc pas le financement. Il en organise le prélèvement et la circulation.

2. Les salariés ne savent pas qu’ils financent tout : il faut leur montrer comment

 

Il ne suffit pas d’affirmer que les salariés financent le système. Encore faut-il leur expliquer le circuit par lequel leur travail est prélevé plusieurs fois sous des appellations différentes.

Le salarié voit sur son bulletin de paie des cotisations dites salariales. Il croit que les cotisations patronales sont payées par son employeur. Il paie ensuite la TVA sans savoir quelle part finance la protection sociale. Il acquitte une mutuelle, des franchises médicales, des impôts locaux ou nationaux et les taxes incluses dans les produits qu’il achète.

Chaque paiement lui est présenté comme une opération distincte.

Pourtant, tous proviennent du même circuit :

production → salaire et chiffre d’affaires → cotisations et impôts → prix → consommation → TVA → financement public et social.

Les cotisations patronales ne tombent pas du ciel. Elles appartiennent au coût total de la production. L’entreprise les récupère dans ses prix lorsqu’elle vend ses biens ou ses services.

Les impôts sur les entreprises ne sont pas prélevés dans une réserve extérieure à l’économie. Ils diminuent la marge, modifient l’investissement ou sont répercutés dans les prix.

Les prélèvements sur les revenus du capital proviennent eux-mêmes des bénéfices, des dividendes, des intérêts, des loyers ou des plus-values retirés de l’activité économique.

Même la dette publique ne crée pas une richesse nouvelle. Elle permet de dépenser aujourd’hui des revenus qui devront être prélevés demain.

Le salarié paie donc directement par son travail et indirectement par les prix de tout ce qu’il consomme.

3. L’illusion selon laquelle les autres paieront

 

Tous les jours, les responsables politiques proposent de faire payer quelqu’un d’autre.

La droite affirme que les malades, les chômeurs, les étrangers ou les prétendus assistés doivent davantage contribuer.

La gauche annonce que les employeurs, les grandes entreprises, les banques ou les riches paieront.

Les syndicats demandent une augmentation des cotisations patronales comme si celle-ci ne pouvait jamais revenir dans le coût de production et dans les prix.

Le Gouvernement transfère une dépense de la Sécurité sociale vers les mutuelles et appelle cela une économie.

Chacun déplace la facture vers une autre colonne comptable et présente ce déplacement comme une solution.

Mais, au bout du circuit, la richesse nécessaire doit toujours être produite. Une taxe ne crée pas un médicament. Une cotisation ne soigne pas un patient. Un impôt ne construit pas directement un hôpital. Ces prélèvements donnent seulement accès au travail, aux matières, à l’énergie, aux connaissances et aux machines nécessaires à leur réalisation.

La question véritable n’est donc jamais seulement : Qui allons-nous taxer ?

Elle est : Qui produit la richesse réelle, et comment celle-ci est-elle distribuée ?

Tant que cette question n’est pas expliquée aux salariés, le débat politique reste un spectacle de magicien. La facture disparaît d’une main pour réapparaître dans l’autre.

4. L’inadmissible silence des syndicats et de la gauche

 

Cette illusion est particulièrement inadmissible lorsqu’elle est entretenue par les organisations censées représenter les salariés.

Les syndicats savent que les cotisations sont assises sur le travail. Ils savent que les entreprises répercutent leurs coûts dans les prix. Ils savent que la TVA est payée par le consommateur et que les complémentaires santé sont financées par les salariés, directement ou par l’intermédiaire de l’entreprise.

Ils savent également que la production se mécanise et que la masse salariale ne peut plus demeurer éternellement l’assiette principale du financement social.

Pourtant, ils continuent à présenter chaque augmentation des prélèvements patronaux comme une contribution extérieure aux salariés.

Les partis politiques de gauche dénoncent le capitalisme, mais restent incapables d’expliquer aux travailleurs le circuit par lequel ils alimentent eux-mêmes l’ensemble du système capitaliste, public et social.

Ils leur disent : Nous ferons payer les riches.

Mais ils n’expliquent pas comment une partie du prélèvement peut revenir dans les prix, les loyers, les intérêts, les dividendes, les investissements ou la valeur des actifs.

Ils leur disent : L’État prendra en charge.

Mais ils ne disent pas que l’État prélèvera cette prise en charge sur la production, les revenus et la consommation.

Ils leur disent :

L’entreprise cotisera davantage.

Mais ils ne disent pas que cette cotisation deviendra une composante du coût du produit acheté ensuite par le salarié.

Cette incapacité à présenter le circuit complet constitue un aveu : les organisations traditionnelles n’ont pas trouvé de solution permettant de remplacer l’économie capitaliste qu’elles dénoncent.

Elles restent enfermées dans les mêmes catégories :

  • salaire ;

  • cotisation ;

  • impôt ;

  • profit ;

  • prix ;

  • dette ;

  • redistribution.

Elles déplacent les proportions sans modifier la structure.

5. Les tours de passe-passe remplacent l’innovation

 

La baisse des remboursements de santé illustre parfaitement cette absence de solution.

Le Gouvernement diminue la participation de l’Assurance maladie. La dépense passe aux mutuelles. Les mutuelles augmentent leurs cotisations. Les entreprises prennent en charge une partie de ces cotisations. Elles les incluent dans leurs coûts. Les prix augmentent. Le salarié paie finalement comme assuré, comme travailleur et comme consommateur.

Pourtant, la décision est présentée comme une économie.

Il s’agit d’un tour de passe-passe comptable.

Le même mécanisme existe lorsque l’État compense une baisse de cotisations par une fraction de TVA, lorsqu’il finance une aide aux entreprises par la dette ou lorsqu’il augmente un impôt en promettant que seuls les plus riches le supporteront.

La dépense change de compte, de nom ou de date. Elle ne disparaît pas.

Les responsables couvrent ainsi leur incapacité d’innovation par des déplacements comptables dignes d’un magicien : ils attirent l’attention sur la main qui distribue afin que personne ne regarde celle qui prélève.

6. Un guide de compréhension des revenus du travail

 

Les salariés auraient besoin d’un véritable guide de compréhension et d’utilisation des revenus produits par leur activité.

Ce guide devrait montrer, pour cent euros de valeur créée :

  • ce qui devient salaire direct ;

    ce qui est versé en cotisations sociales ;

    ce qui finance les retraites et la santé ;

    ce qui est prélevé par la fiscalité ;

    ce qui est incorporé dans les prix ;

    ce qui rémunère le capital ;

    ce qui finance les services publics ;

    ce qui est consacré à l’investissement ; et ce qui provient désormais du travail des machines, des logiciels et de l’intelligence artificielle.

Le bulletin de paie ne suffit pas. Il ne montre qu’une partie du circuit.

Les comptes publics ne suffisent pas. Ils classent les recettes selon celui qui les verse juridiquement, sans toujours rechercher celui qui en supporte économiquement le coût.

Les prix ne suffisent pas. Ils ne révèlent pas les prélèvements, les marges et les coûts sociaux qu’ils contiennent.

Il faut donc reconstituer l’ensemble du parcours de la valeur.

7. Du travail humain au travail machinique

 

Dire que les salariés financent tout ne signifie pas que leur corps accomplit encore matériellement toute la production.

Une part croissante de la richesse est désormais produite avec des machines, des logiciels, des robots et des systèmes d’intelligence artificielle. Mais cette production mécanique reste juridiquement rattachée au capital qui possède les équipements.

Le salarié crée directement une partie de la richesse par son activité. Il contribue également indirectement à la production machinique par ses connaissances, son organisation, son entretien des équipements et les générations de travail ayant permis leur conception.

Pourtant, les revenus issus de la machine ne sont pas socialisés comme ceux du travail humain.

Le système prélève fortement le salaire, mais ne reconnaît pas la machine comme partenaire direct du financement social.

C’est cette contradiction qui doit être expliquée :

La richesse ne dépend plus seulement du nombre de salariés, mais la protection sociale continue à dépendre principalement de leurs revenus.

Tant que cette contradiction subsistera, les gouvernements réduiront les prestations, augmenteront les prélèvements ou transféreront les dépenses vers les ménages.

8. La première tâche politique : dire qui paie réellement

 

Avant de promettre une nouvelle réforme fiscale, les partis et les syndicats devraient commencer par dire la vérité aux salariés.

L’État ne paie pas à leur place.

L’employeur ne paie pas indépendamment de la production.

Le consommateur n’est pas séparé du salarié.

Les riches ne constituent pas une source inépuisable extérieure au circuit.

La dette ne finance pas gratuitement le présent.

Toute dépense collective repose finalement sur une richesse produite, puis distribuée par des circuits monétaires et juridiques.

La première émancipation économique consiste donc à rendre ces circuits visibles.

Un citoyen ne peut décider démocratiquement de l’utilisation de la richesse s’il ignore comment elle est créée, prélevée et redistribuée.

Le suffrage universel donne à chacun une voix politique. Mais sans connaissance du circuit économique, cette voix choisit entre des illusions concurrentes.

Il est temps de donner aux salariés la lecture complète de la valeur qu’ils produisent directement, indirectement et désormais machiniquement.

Ce n’est qu’à cette condition qu’ils pourront choisir consciemment ce qu’ils veulent financer, dans quelles proportions et selon quelle organisation.

Graphique : qui paie réellement ? le circuit invisible du financement


 

Qui paie vraiment la France ? ou état d'impuissance ?

9; Conclusion

 

L’État ne finance pas la Sécurité sociale, les hôpitaux, les retraites ou les services publics à partir d’une richesse qui lui appartiendrait.

Il organise l’utilisation de la richesse prélevée sur la production.

Les entreprises ne paient pas indépendamment de leurs ventes.

Les riches ne paient pas indépendamment des revenus qu’ils tirent de cette même économie.

Les salariés et les consommateurs se retrouvent au terme de tous ces circuits.

Continuer à leur faire croire que quelqu’un d’autre paiera à leur place est devenu inadmissible.

Cette illusion permet aux gouvernements, aux partis et aux syndicats de masquer leur incapacité à proposer une autre organisation économique.

Ils dénoncent les conséquences du capitalisme, mais continuent à raisonner avec ses instruments et à déplacer ses factures.

Le problème n’est plus de trouver un nouveau prélèvement.

Il est de reconnaître que la production humaine et machinique doit être organisée comme une réserve commune permettant de financer la vie.

Sans cette transformation, chaque réforme restera un tour de passe-passe et chaque économie annoncée une facture rendue momentanément invisible.


 

Chapitre IV.


 

1. Après 1995 : quand le bouc émissaire remplace l’explication économique

 

Dans le monde politique qui s’est installé après 1995, la complexité des circuits économiques a progressivement disparu du débat public. Elle a été remplacée par des explications immédiatement compréhensibles, qui désignent un responsable visible et promettent qu’il suffira de le contraindre, de le punir ou de l’écarter pour que la situation s’améliore.

Ce discours populiste, au sens péjoratif du terme, a été systématisé par le Front national puis par le Rassemblement national. Le programme officiel du RN associe lui-même la défense du pouvoir d’achat à la sécurité, à l’identité, à la réduction de l’immigration et à la priorité nationale. Il promet ainsi de réserver certains avantages aux Français, de réduire les prestations accordées aux étrangers, de renforcer les sanctions et de restaurer une souveraineté nationale présentée comme la condition du redressement.

Le mécanisme fonctionne parce qu’il offre une espérance simple à des citoyens qui ne comprennent plus le circuit qu’ils financent :

  • expulser les immigrés permettrait de retrouver les ressources qui manquent ;

  • poursuivre les fraudeurs rétablirait les comptes sociaux ;

  • punir plus fortement les délinquants rétablirait l’ordre ;

  • réserver les prestations aux nationaux protégerait le pouvoir d’achat ;

  • fermer davantage les frontières préserverait les emplois ;

  • produire français rétablirait l’industrie ;

  • sortir des contraintes européennes rendrait à la nation sa liberté ;

  • réduire les normes permettrait aux entreprises de produire ;

  • rétablir l’autorité ferait disparaître les désordres ;

  • confier davantage de pouvoir à un dirigeant résolu permettrait de dépasser l’impuissance des institutions ;

  • soumettre davantage les juges, les associations, les journalistes ou les contre-pouvoirs empêcherait les obstacles à la volonté populaire ;

  • multiplier les référendums permettrait au peuple de décider directement, même lorsque les conséquences économiques des réponses proposées ne lui sont pas expliquées.

Chacune de ces propositions peut correspondre à une difficulté réelle. Il existe des fraudes, des infractions, des dépenses injustifiées, des délocalisations et des dysfonctionnements administratifs. Mais leur accumulation devient une diversion lorsqu’elle laisse croire que leur suppression suffirait à résoudre un déséquilibre beaucoup plus profond : le vieillissement de la population, la diminution relative du nombre de cotisants, l’automatisation de la production et le maintien d’un financement social centré sur le travail humain.

Le populisme ne consiste pas seulement à mentir. Il consiste à prendre une difficulté visible et à lui attribuer une capacité explicative qu’elle ne possède pas.

La fraude devient la cause du déficit.

L’immigré devient la cause du chômage et de l’insuffisance des services publics.

Le délinquant devient la cause de la défiance.

L’Union européenne devient la cause de l’impuissance nationale.

Le fonctionnaire devient la cause de la dépense.

Le riche devient, dans le discours inverse, la réserve financière inépuisable qui pourrait tout payer.

Dans tous les cas, le fonctionnement général de l’économie demeure invisible.


 

Graphique : Après 1995 : quand le bouc émissaire remplace l'explication économique

Qui paie vraiment la France ? ou état d'impuissance ?

2. Une promesse sans explication : produire français

 

La formule « produire français » illustre parfaitement cette illusion.

Produire en France ne dépend pas seulement d’une volonté politique ou patriotique. Il faut disposer de matières premières, d’énergie, de machines, de connaissances, de travailleurs formés, d’investissements, de débouchés et de prix compatibles avec ceux des concurrents.

Lorsque les coûts humains sont plus élevés en France que dans les pays producteurs, la relocalisation suppose soit d’accepter des prix plus élevés, soit de diminuer les revenus, soit d’augmenter fortement la productivité grâce aux machines.

La solution présentée comme un retour de l’emploi industriel risque donc d’être une production française largement automatisée.

L’usine peut revenir sans que les emplois reviennent dans les mêmes proportions.

Une politique sérieuse devrait alors expliquer comment les revenus produits par cette usine machinique financeront les citoyens dont le travail humain ne sera plus nécessaire. Mais cette question n’est presque jamais posée.

Le slogan arrête son raisonnement à la porte de l’usine.

3. L’hélice politique de la diversion

 

Nous retrouvons ici le fonctionnement de l’hélice que nous avons mis en évidence.

La transformation économique produit de l’insécurité sociale.

L’absence d’explication produit de la défiance.

La défiance rend crédibles les explications simples.

Les explications simples désignent des boucs émissaires.

La désignation des boucs émissaires justifie davantage de contrôle, de sanctions et d’exclusion.

Ces politiques ne modifient pas le circuit économique, de sorte que les difficultés persistent.

La persistance des difficultés est alors utilisée pour démontrer que les mesures n’ont pas été suffisamment sévères.

L’échec ne conduit donc pas à changer de raisonnement. Il conduit à demander davantage de la même politique.

Il faut expulser davantage.

Contrôler davantage.

Punir davantage.

Fermer davantage.

Surveiller davantage.

Donner davantage de pouvoir à l’autorité.

L’hélice se nourrit de son propre échec.

La situation actuelle de défiance rend ce mécanisme particulièrement puissant. En 2026, seuls 15 % des Français déclarent faire confiance aux partis politiques et 23 % seulement estiment que la démocratie fonctionne bien. Le populisme prospère précisément dans cet espace en opposant un peuple supposé homogène à des élites accusées de trahir ses intérêts, tout en présentant la souveraineté nationale, le rejet du multiculturalisme et la restauration de l’autorité comme des réponses globales.

4. La contagion au reste du débat politique

 

Le phénomène ne se limite pas au RN.

À mesure que ses thèmes progressent dans l’opinion, les autres partis reprennent son vocabulaire ou tentent de répondre sur son terrain :

  • la droite cherche à apparaître plus ferme sur l’immigration, la sécurité et les prestations sociales ;

  • le centre développe la responsabilisation, le contrôle et la lutte contre les abus ;

  • une partie de la gauche répond en désignant les riches, les multinationales, les banques ou les actionnaires comme s’ils constituaient une économie extérieure à celle des salariés ;

  • les syndicats continuent à demander que « les employeurs paient » sans expliquer comment les coûts des entreprises rejoignent les prix ;

  • les médias organisent le débat autour de l’affrontement entre catégories visibles plutôt qu’autour de la circulation complète de la valeur.

Les responsables politiques ne proposent donc plus des organisations nouvelles. Ils proposent des payeurs différents.

Chacun affirme que la facture sera supportée par celui que son électorat apprécie le moins.

Le RN désigne l’étranger, le fraudeur et le délinquant.

La droite désigne l’assisté et la dépense publique.

La gauche désigne le riche et l’entreprise.

Le Gouvernement désigne le malade en augmentant son reste à charge.

Mais aucun ne dit clairement au salarié que ces catégories sont reliées par un même circuit et que la plupart des prélèvements reviennent finalement dans les salaires, les prix, la consommation ou la dette.

5. Une démocratie sans connaissance devient manipulable

 

On pourrait alors être tenté de conclure qu’il aurait mieux valu, comme au temps des Lumières, que les « manants » ne disposent pas du droit de vote. Une population insuffisamment informée pourrait ainsi être tenue à distance des décisions et protégée de ses propres choix émotionnels.

Mais cette conclusion reproduirait exactement ce que nous dénonçons.

Elle instituerait un nouveau cens de capacité.

Certains citoyens s’attribueraient le droit de décider quels autres seraient suffisamment instruits pour participer à la vie publique.

La peur du fascisme conduirait alors à supprimer l’égalité politique, c’est-à-dire à adopter l’un de ses principes essentiels.

Les Lumières ne peuvent pas servir à justifier une nouvelle tutelle des savants sur les ignorants. Leur héritage le plus important réside précisément dans la sortie de la tutelle et dans l’accès de chacun aux connaissances nécessaires pour exercer son jugement.

Le problème n’est donc pas que les citoyens votent.

Le problème est qu’on leur demande de voter sans leur expliquer le fonctionnement économique des décisions proposées.

Ils entendent que l’État paiera, sans qu’on leur dise d’où vient l’argent de l’État.

Ils entendent que l’employeur cotisera, sans qu’on leur explique comment ce coût entre dans les prix.

Ils entendent que les riches financeront les dépenses, sans qu’on leur montre comment une partie du prélèvement peut être récupérée dans les rendements, les loyers ou les prix.

Ils entendent que la préférence nationale libérera des milliards, sans comparaison sérieuse avec l’ensemble des besoins sociaux.

Ils entendent que produire français créera des emplois, sans qu’on leur dise quelle part de la production sera réalisée par des machines.

La démocratie sans connaissances devient manipulable.

Mais la connaissance sans démocratie devient une oligarchie.

Il faut donc associer les deux.

Graphique : L'hélice politique après 1995

Qui paie vraiment la France ? ou état d'impuissance ?

5. Le guide économique du citoyen

 

La réponse au populisme ne peut pas se limiter à le condamner moralement. Elle doit lui retirer ce qui fait sa force : l’absence d’une explication compréhensible du monde économique.

Chaque citoyen devrait pouvoir disposer d’un guide lui montrant :

  • comment se forme la valeur d’un produit ;

  • comment se répartit la valeur créée ;

  • ce que représente réellement le coût du travail ;

  • comment les cotisations patronales sont incorporées aux coûts ;

  • comment la TVA et les taxes rejoignent le financement public ;

  • comment les revenus du capital sont constitués ;

  • comment l’impôt peut être répercuté ou récupéré ;

  • comment la dette reporte les prélèvements dans le temps ;

  • comment la machine produit une valeur qui n’entre pas directement dans les cotisations sociales ;

  • pourquoi le transfert d’une dépense publique vers une mutuelle ou un ménage ne constitue pas une économie collective.

Ce guide ne devrait pas indiquer aux citoyens ce qu’ils doivent voter.

Il devrait leur permettre de repérer les tours de passe-passe.

Un citoyen pourrait alors demander à chaque candidat :

Qui produit réellement la richesse nécessaire à ta proposition ?
Par quel circuit sera-t-elle prélevée ?
Qui la supportera finalement ?
Cette mesure crée-t-elle une production nouvelle ou déplace-t-elle seulement une facture ?
Que se passera-t-il lorsque l’entreprise répercutera son coût ?
Quelle part sera produite par les machines et à qui reviendra son revenu ?

Une telle connaissance ne supprimerait ni les désaccords ni les émotions. Elle empêcherait seulement qu’un bouc émissaire puisse tenir lieu de politique économique.


 

Graphique : Le guide économique du citoyen : qui produit, qui finance qui reçoit ?

Qui paie vraiment la France ? ou état d'impuissance ?

6. L’obscurité contemporaine

 

La France célèbre les Lumières, mais elle entretient une obscurité économique quotidienne.

Elle donne à tous les citoyens le droit de voter, mais ne leur donne pas les moyens de suivre les revenus qu’ils produisent.

Elle leur demande de choisir entre davantage d’impôts, davantage de dette, davantage de cotisations ou davantage de déremboursements, sans leur montrer que ces solutions appartiennent au même circuit.

Elle leur présente l’étranger, le riche, l’entreprise, l’État ou le malade comme des payeurs séparés, alors qu’ils sont liés par les mêmes productions et les mêmes prix.

Cette obscurité alimente le populisme.

Lorsque le circuit réel n’est pas expliqué, le bouc émissaire devient une explication.

Lorsque l’innovation politique disparaît, l’autorité devient une solution.

Lorsque personne ne montre comment sortir de la boucle, le repli national devient une espérance.

Le fascisme ne vient pas seulement de citoyens ignorants qui voteraient mal. Il naît aussi de responsables instruits qui refusent d’expliquer, d’innover et de proposer une organisation crédible de remplacement.

La responsabilité première appartient donc à ceux qui savent, disposent des études, dirigent les institutions et continuent néanmoins à vendre l’illusion que quelqu’un d’autre paiera.

Graphique : L'obscurantisme contemporain

Qui paie vraiment la France ? ou état d'impuissance ?

7. Tocqueville

 

Tocqueville considérait que la démocratie abaissait le niveau des savoirs, faudrait-il donc ne faire voter que ceux qui savent établir un cens intellectuel comme il y a eu un cens financier.

Ce n'est pas la démocratie qui rend les citoyens ignorants c'est leur refus d'apprendre.

TOUS LES HUMAINS REFUSENT D'APPRENDRE SI ON NE LES Y OBLIGE PAS.

 

Le retrait du droit de vote ne protégerait pas la démocratie de la dérive vers le fascisme. Il commencerait par détruire la démocratie au nom de sa protection. Si le populisme péjoratif est une source de dérive fascisante, l'expérience de l'avant guerre de 40 a démontré que ce sont des gens instruits qui ont développé le fascisme. Il n'y a donc pas de bonne solution miraculeuse sauf apprendre pour trouver le juste à propos de toute chose. Et nous ne naissons pas avec cette faculté.

La solution est qu'il faut rendre aux citoyens la connaissance des circuits économiques qui leur a été retirée par leur complexité et par le langage trompeur des institutions.

Les salariés ne doivent plus seulement entendre qu’ils financent la société.

Ils doivent pouvoir voir comment ils la financent.

Ils doivent comprendre ce que deviennent les revenus de leur travail humain et machinique.

Ils doivent pouvoir distinguer une économie réelle d’un déplacement comptable, une innovation d’un slogan et une politique d’un bouc émissaire.

Les Lumières du XXIe siècle ne consisteront pas à retirer la parole aux citoyens jugés ignorants.

Elles consisteront à leur donner les connaissances qui rendent les illusions politiques inopérantes.

8. Conclusion

 

Il serait naïf de croire que les responsables politiques, les économistes, les chercheurs et les grands organismes d’expertise ignorent entièrement les mécanismes que nous venons de décrire. Ils connaissent les cotisations, la fiscalité, la répercussion des coûts dans les prix, la place de la consommation, le financement public par les prélèvements et la dépendance croissante de la protection sociale à une base salariale fragilisée par l’automatisation.

Ce qu’ils ne disent pas clairement, ce n’est donc pas nécessairement ce qu’ils ignorent, mais ce qu’ils ne savent pas remplacer.

La plupart de leurs analyses restent enfermées dans les catégories de l’économie existante : salaire, profit, impôt, dette, redistribution, croissance, investissement et consommation. Ils savent déplacer les prélèvements, modifier les taux, élargir les assiettes, réduire certaines dépenses ou taxer davantage certaines catégories. Mais ils ne disposent pas d’une organisation économique nouvelle permettant de financer durablement la vie lorsque le travail humain cesse progressivement d’être la source principale de la production.

Leur silence n’est pas forcément le résultat d’une volonté commune de dissimulation. Il provient aussi de la division des savoirs et des responsabilités. Chaque spécialiste observe une partie du circuit : l’un étudie les recettes publiques, un autre les entreprises, un autre la protection sociale, les prix, la dette ou le marché du travail. Tous connaissent leur segment, mais peu acceptent de remonter jusqu’au payeur économique final qui est le salarié du privé essentiellement et de tirer les conséquences politiques de l’ensemble.

Il existe également une dépendance institutionnelle. Les partis politiques cherchent à gagner les élections à l’intérieur du système actuel. Les syndicats négocient la répartition des revenus du salariat. Les administrations gèrent les budgets existants. Les économistes sont formés à mesurer, corriger ou optimiser les mécanismes du capitalisme, plus rarement à concevoir son remplacement. Les groupes de réflexion (Tink tank) dépendent souvent de financements, de réseaux professionnels et d’institutions qui vivent elles-mêmes de cette organisation.

Reconnaître publiquement que les salariés financent directement ou indirectement l’essentiel du circuit, et que la production machinique échappe encore largement au financement social, obligerait chacun à reconnaître les limites de ses solutions habituelles, ce qu'ils refusent de faire.

La droite devrait admettre que la réduction des dépenses et la responsabilisation individuelle ne corrigent pas la transformation de la production.

La gauche devrait reconnaître que taxer davantage les riches et les entreprises ne suffit pas à créer une nouvelle source durable de financement, puisque ces prélèvements restent intégrés au même circuit des prix, des revenus et du capital et sont financés par les salariés du privé particulièrement. Aucun acteur économique qui dispose d'un moyen de production ou de service ne finance la vie. Ils avancent une part des financements par le Chiffre d'affaires qu'ils retirent de la consommation des salariés, devenus solvables par le versement d'un salaire pour produire ce qu'ils achèteront. Ce salaire est financé par le capital que financent les salariés en achetant leur production ou service plus cher que ce qu'ils ont reçu pour produire. C'est ainsi qu'ils rendent leur salaire issu du capital au capital. C'est parce qu’avec le salaire qu'ils reçoivent du capital, ils ne peuvent acheter ce qu'ils ont produit. Ils doivent alors réaliser une productivité à l'aide du machinisme ou emprunter un crédit. Le capital dégagé par la productivité ou le crédit servira à financer leur prochain salaire. C'est ainsi que la boucle s’entretient et que les salariés financent Tout.

Graphique le circuit de dupe : qui finance réellement.

Qui paie vraiment la France ? ou état d'impuissance ?

Les syndicats devraient constater que défendre exclusivement le salaire et les cotisations revient à protéger un pilier qui perd progressivement sa place centrale.

Les économistes devraient accepter que l’amélioration marginale du modèle ne répond plus nécessairement à son changement de nature.

C’est pourquoi le débat public préfère souvent les déplacements comptables aux ruptures intellectuelles. Il est plus facile d’annoncer une nouvelle taxe, une économie, une exonération ou un transfert que d’avouer que l’on ne sait pas encore organiser une économie dans laquelle la machine produit de plus en plus, tandis que l’être humain doit continuer à vivre, apprendre, se soigner et participer à la collectivité.

Tous se lèvent chaque matin dans cette économie. Elle assure leurs revenus, leurs fonctions, leurs institutions et leur reconnaissance sociale. Il leur est donc difficile d’en contester les fondements sans remettre également en question la place qu’ils y occupent.

La critique ne doit pas consister à les accuser tous de mensonge délibéré. Elle doit leur poser une question plus dérangeante :

Vous connaissez les éléments du circuit. Pourquoi continuez-vous à présenter ses déplacements comme des solutions, au lieu d’expliquer honnêtement que vous ne disposez pas encore d’une économie de remplacement ?

Les nouvelles Lumières ne consisteraient donc pas seulement à transmettre aux citoyens des connaissances inconnues des élites. Elles consisteraient aussi à rendre publiques les connaissances que les institutions ont fragmentées, neutralisées ou enfermées dans leurs spécialités, afin qu’aucun responsable ne puisse plus masquer son absence de solution derrière l’illusion qu’un autre paiera.

Cette critique est plus difficile à écarter : elle ne les accuse pas tous de complot ou de mensonge, elle montre qu’ils connaissent les mécanismes tout en restant enfermés dans une économie qu’ils savent seulement corriger à la marge.

Une question dérangeante est plus efficace qu'une colère de rue, qu'un glissement fascisant. Il y a moins de colère apparente, mais une question à laquelle ils ne peuvent pas répondre sans reconnaître leur impuissance.

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Rédigé par ddacoudre

Publié dans #Politique

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Publié le 12 Juillet 2026

L’hélice de 1995 et l’avenir du monde

Quand le capitalisme mondial ne laisse que deux issues : le conflit ou une nouvelle comptabilité de la vie.

Tous ce que Nous ne savons pas ou ne voulons pas savoir, pour ne lire que ce que nous pouvons comprendre comme l'indique l’hélice 1995 pour la France, avec une chute de 53 points de compréhension de la complexité (ligne jaune).

Cette hélice structurellement se rencontre dans tous les pays, elle n'est pas la volonté de quelques individus mais celui du comportement capitaliste des citoyens du monde. L'hélice 1995 n'est pas la conséquence d'un seul élément, mais d'une conjonction de plusieurs facteurs comme je l'indique ci-dessous, pour la France, d'autres états reconstituent cette hélice à d'autres dates.

Fin des trente glorieuses.

1973 la loi sur la Banque de France le début des problèmes de la dette publique française.

1983 : tournant de la rigueur, acceptation du cadre économique dominant.

1990 : Le débat sur la "panne" de l'ascenseur social apparaît.
1992 : Maastricht, verrouillage européen et monétaire.
1995 : fracture sociale, puis déception politique.
2002 : choc Le Pen au second tour, mais sans remise en cause profonde.
2008 : crise financière, sentiment que les responsables ne paient pas.
2017 : recomposition politique, affaiblissement PS/LR, montée du face-à-face centre/RN.
2018-2019 : Gilets jaunes, expression d’une colère sociale non représentée.
2022-2024 : banalisation électorale du RN et diffusion de ses thèmes dans une partie de la droite.

Cela permet de comprendre que le RN n’arrive pas par accident. Il pousse sur un terrain déjà labouré par quarante ans de défiance, de promesses non tenues, de perte de culture politique et d'abandons d'une majorité de citoyens des lieux d'expression démocratique.

Le mouvement de la population vers la RN n'est pas un bien pour un mal, c'est un glissement général du monde occidental capitaliste que le développement suivant va essayer, par un résumé de 50 ans d'activité politique sociale et économique, d'illustrer.

Ce développement tachera d'expliquer les risques connu du capitalisme que nous refusons de reconnaître, et que nous n'apprenons pas, alors qu'ils ont ensanglanté le monde cycliquement.

Nous croyons souvent que nos difficultés sont franco-françaises. Nous regardons la progression du Rassemblement national, la défiance envers les partis, la colère sociale, la montée de l’insécurité ressentie, la perte de confiance dans les institutions, comme si tout cela venait seulement de notre histoire nationale, de nos gouvernements successifs, de nos erreurs électorales ou de nos querelles médiatiques.

C’est une erreur de perspective.

La France a bien son histoire propre. Mais cette chronologie française n’est qu’une forme nationale d’un mouvement plus large. Elle ne doit pas nous faire croire que le mal est seulement français.

Ce que j’appelle l’hélice de 1995 permet justement de comprendre cela. Elle n’est pas une courbe officielle. Elle est un modèle de lecture. Elle montre le croisement de plusieurs tendances : la baisse de la confiance politique, l’affaiblissement de la culture critique, la montée du monde transmis par les médias, l’insécurité suggestive, le mécontentement structurel et l’attraction populiste. En France, ce croisement devient particulièrement visible autour de 1995. Mais le mécanisme peut se retrouver ailleurs, avec d’autres dates, d’autres partis, d’autres récits nationaux, d’autres peurs collectives.

Le RN n’arrive donc pas comme un accident. Il pousse sur un terrain labouré depuis longtemps : promesses non tenues, désindustrialisation, déclassement réel ou ressenti, perte de repères collectifs, disparition d’une grande alternative anticapitaliste(1989 effondrement communiste), affaiblissement des partis traditionnels (confusion de la bipolarité), domination d’une information émotionnelle et répétitive (stratégie de l'émotion). Le RN n’est pas seulement une cause ; il est aussi un symptôme. Il devient le porte-drapeau d’une société qui a cessé de comprendre les mécanismes qui la conduisent où elle va. Dans le graphique Français nous voyons bien, que les deux directions indiquées ne vont pas disparaître d'un coup de baguette Magique.

L’hélice de 1995 et l’avenir du monde

La question devient alors plus vaste : est-ce que cette hélice est seulement française ?

La réponse est non.

Elle peut valoir pour tous les pays qui combinent une économie capitalistique concurrentielle, une information de masse émotionnelle, des institutions contestées, des citoyens éloignés de la compréhension des mécanismes économiques, et des offres politiques capables de transformer la peur en identité.

Dans beaucoup de pays occidentaux, on retrouve cette structure. Aux États-Unis, le croisement ne se situe pas exactement en 1995, mais il passe par les années 1990, le 11-Septembre, la guerre contre le terrorisme, la crise financière de 2008, puis Trump. Au Royaume-Uni, il mène vers le Brexit. En Italie, il passe par l’effondrement des anciens partis, Berlusconi, la télévision politique, puis la droite nationaliste. En Allemagne, il a été plus tardif, freiné par la mémoire historique, les institutions fédérales et la culture de coalition, mais la progression de l’AfD montre que le mécanisme peut aussi s’y installer.

L’hélice de 1995 et l’avenir du monde

Le point commun est clair : lorsque la confiance politique baisse, que les partis ne structurent plus une compréhension collective, que l’information devient émotionnelle, et que la société ne sait plus distinguer le monde vécu, le monde factuel et le monde transmis, alors le citoyen ne vote plus seulement sur ce qui est réel. Il vote sur ce qu’il ressent comme réel.

Le Reuters Institute observe en 2025 que les médias traditionnels ont de plus en plus de difficultés à maintenir le lien avec le public, avec un engagement en baisse, une confiance faible et une concurrence croissante des plateformes, des vidéos, des réseaux sociaux, des influenceurs et des médias partisans. L’OCDE montre de son côté que, dans trente pays étudiés, la part des citoyens ayant peu ou pas confiance dans leur gouvernement atteint 44 %, contre 39 % ayant une confiance élevée ou modérée. Elle souligne aussi que le sentiment de ne pas avoir son mot à dire pèse fortement sur la confiance politique.

Cela signifie que la crise démocratique occidentale n’est pas seulement une crise des partis. C’est une crise de la compréhension. Les citoyens reçoivent plus d’informations que jamais, mais ces informations ne forment pas nécessairement une intelligence collective. Elles peuvent au contraire fragmenter, inquiéter, opposer, saturer, simplifier. Nous ne manquons pas d’images ; nous manquons de filtres pour empêcher une boucle de s'auto-alimenter.

L’hélice de 1995 et l’avenir du monde

C’est ici que l’hélice devient mondiale.

On oppose souvent l’Occident capitaliste aux BRICS, présentés comme un ensemble non aligné, voire comme une alternative au monde occidental. Mais cette opposition masque une réalité plus dérangeante : les BRICS ne sont pas hors du capitalisme. Ils sont eux aussi entrés dans la compétition capitalistique mondiale. La différence n’est plus principalement entre communisme et capitalisme. Elle est entre plusieurs formes de capitalisme : capitalisme libéral occidental, capitalisme d’État chinois, capitalisme industriel indien, capitalisme énergétique russe ou moyen-oriental, capitalisme agricole et minier brésilien, capitalismes de ressources, de services et de marchés intérieurs.

Les BRICS élargis rassemblent aujourd’hui onze grands pays émergents ou en développement : Brésil, Chine, Égypte, Éthiopie, Inde, Indonésie, Iran, Russie, Arabie saoudite, Afrique du Sud et Émirats arabes unis. Le site officiel des BRICS 2026 les présente comme une plateforme de consultation et de coopération sur les enjeux de gouvernance mondiale, économique et politique.

Leur force ne vient pas d’une unité idéologique. Elle vient d’une addition d’atouts : population, énergie, minerais, agriculture, industrie, services, ports, marchés intérieurs, fonds souverains, technologies, armées, monnaies, circuits commerciaux alternatifs. Les BRICS ne forment pas un bloc homogène. Mais ils expriment une transformation historique : le centre du capitalisme mondial n’est plus exclusivement occidental.

L’hélice de 1995 et l’avenir du monde

C’est ici que l’histoire devient ironique.

c'est le revers de la médaille. L’Occident a gagné la guerre froide contre le communisme. Mais il l’a gagnée en imposant au monde ses propres armes : concurrence, productivité, ouverture commerciale, baisse des coûts, délocalisation, financiarisation, chaînes mondiales de production, innovations technologiques, domination monétaire. Or ces armes ont été reprises par ceux qui étaient autrefois périphériques ou dominés et qui se retrouvent dans le BRIC.

L’hélice de 1995 et l’avenir du monde

La Chine est l’exemple le plus spectaculaire. Alain Peyrefitte avait déjà annoncé en 1973, avec Quand la Chine s’éveillera… le monde tremblera, que la montée chinoise finirait par bouleverser l’équilibre mondial. Jacques Attali a également pensé l’histoire comme une succession de centres de puissance, appelés à se déplacer avec les formes du marché, de la technologie et du pouvoir.

Notre suffisance nous a écarté de leur vision en favorisant leur développement par intérêts immédiats

La Chine inquiète l’Occident parce qu’elle ne se contente plus d’être un pays à bas salaires, toujours cité comme bouc émissaire. Elle est devenue une puissance industrielle complète : usines, ports, infrastructures, électronique, batteries, véhicules électriques, panneaux solaires, terres rares, logiciels, plateformes, banques publiques, planification industrielle et marché intérieur immense.

Son atout principal est la combinaison de quatre forces : une masse de main-d’œuvre, un État stratège (planification), une industrie intégrée et une capacité d’exportation gigantesque. La balance commerciale le montre clairement. En 2024, l’Union européenne a exporté pour 213,3 milliards d’euros de biens vers la Chine, mais en a importé pour 517,8 milliards, soit un déficit de 304,5 milliards d’euros. La Chine était alors le premier partenaire de l’Union européenne pour les importations de biens.

Aux États-Unis, malgré les droits de douane et la volonté de découplage, la dépendance reste visible. Les données de l’USTR indiquent qu’en 2025 les États-Unis ont exporté pour 106,3 milliards de dollars de biens vers la Chine, mais en ont importé pour 308,4 milliards, soit un déficit commercial de 202,1 milliards de dollars.

Ce qui inquiète donc l’Occident, ce n’est pas seulement le “prix chinois”. C’est le fait que la Chine soit passée du textile, des jouets et de l’assemblage à l’électronique, aux batteries, aux véhicules électriques, aux infrastructures numériques, aux machines et aux secteurs stratégiques. L’Agence internationale de l’énergie note que la transition énergétique accroît la demande de minerais critiques comme le cuivre, le lithium, le nickel, le cobalt, le graphite et les terres rares, et que les grandes augmentations d’offre sont notamment menées par la Chine, l’Indonésie et la République démocratique du Congo.

L’Inde inquiète autrement. Elle n’est pas encore l’atelier industriel mondial au niveau de la Chine, mais elle possède d’autres atouts : services informatiques, ingénierie, externalisation, logiciels, télécommunications, finance, langue anglaise, diaspora, formation scientifique, coût du travail et marché intérieur immense. Pour l’année financière 2024-2025, les services indiens ont dégagé un excédent estimé à 188,57 milliards de dollars, avec 383,51 milliards de dollars d’exportations de services contre 194,95 milliards d’importations.

Cela signifie que la Chine concurrence l’usine occidentale, tandis que l’Inde concurrence de plus en plus les services qualifiés, les centres d’ingénierie, les tâches informatiques, les plateformes numériques et demain une partie de l’industrie par la stratégie dite “China + 1”, qui consiste à chercher une base alternative à la Chine sans revenir nécessairement en Occident.

Les autres BRICS n’inquiètent pas de la même manière. La Russie pèse par l’énergie, les matières premières, l’armement, le nucléaire et le territoire. Le Brésil pèse par l’agriculture, les minerais, l’eau, l’alimentation mondiale et l’espace continental. Les pays du Golfe pèsent par l’énergie, les fonds souverains, la finance, les ports et les investissements. L’Indonésie pèse par sa population, son marché intérieur, son nickel et sa position stratégique. L’Afrique du Sud, l’Égypte, l’Éthiopie et l’Iran pèsent par leurs ressources, leurs positions régionales, leurs corridors commerciaux, leur énergie ou leur rôle géopolitique.

Le commerce extérieur devient alors un thermomètre. Il ne dit pas tout, mais il révèle une chose simple : quand un pays importe durablement plus de biens industriels qu’il n’en exporte, il dépend d’une production organisée ailleurs. La France en donne un exemple parlant. En 2025, son déficit commercial de biens s’est réduit à 69,2 milliards d’euros, après 79,3 milliards en 2024 et 98,4 milliards en 2023, mais il reste supérieur à son niveau de 2019. Les exportations françaises atteignaient 614,7 milliards d’euros, contre 683,9 milliards d’importations.

Ce déficit n’est pas seulement comptable. Il signifie que la France achète à l’extérieur une partie de ce qu’elle ne produit plus, ou ne produit plus assez compétitivement. Elle conserve des forces : aéronautique, luxe, pharmacie, agroalimentaire, services. Mais elle a perdu beaucoup de profondeur industrielle. La balance commerciale devient alors le miroir d’une perte de souveraineté productive.

La contradiction occidentale est donc profonde.

L’Occident a voulu un monde ouvert pour vendre, investir, délocaliser et imposer ses normes (la loi du marché). Mais un monde ouvert permet aussi aux autres de monter en puissance. Tant que la concurrence servait à baisser les coûts des entreprises occidentales, elle était présentée comme naturelle. Quand elle revient sous forme d’importations chinoises, de services indiens, de minerais contrôlés par d’autres, de fonds souverains non occidentaux ou de marchés qui échappent aux anciennes puissances, elle devient une menace.

L’Occident découvre que la concurrence qu’il avait présentée comme rationnelle devient inquiétante lorsqu’elle n’est plus à son avantage, c'est a dire qu'il ne pille plus la richesse des autres, non pour la répartir mais pour alimenter ses capitaux.

L’hélice de 1995 et l’avenir du monde

C’est là que les États-Unis occupent une place centrale. Ils ne sont pas seulement une puissance parmi d’autres. Ils sont la puissance qui a organisé l’ordre mondial après l’Europe. Ils ont dominé par le dollar, l’armée, les technologies, les multinationales, les institutions internationales, les plateformes numériques et le contrôle des routes commerciales. Une telle puissance n’accepte pas facilement de devenir ordinaire.

L’élection de Donald Trump et ses mesures économiques ne contredisent pas cette analyse. Elles l’illustrent. Les mesures tarifaires de 2025, notamment les “reciprocal tariffs” et les mesures visant la Chine, montrent une volonté de corriger par la contrainte commerciale ce que le libre-échange ne garantit plus : la supériorité américaine. La Maison Blanche a notamment justifié certaines hausses de droits contre la Chine par la réponse chinoise aux mesures américaines.

Il serait imprudent d’affirmer qu’un conflit majeur est certain. Mais il serait naïf de croire que la puissance dominante acceptera toujours pacifiquement son déclassement. Quand une puissance a construit sa domination mondiale sur la supériorité économique, militaire, technologique et monétaire, elle peut être tentée de défendre cette supériorité par des moyens de plus en plus durs.

Le risque nucléaire s’inscrit dans cette logique de puissance. Il ne vient pas seulement des États-Unis. Il vient de toute structure internationale où les puissances nucléaires se sentent menacées, encerclées, humiliées ou déclassées. Mais les États-Unis sont au cœur du risque parce qu’ils sont au cœur de l’ordre mondial contesté. Le SIPRI alerte en 2025 sur l’émergence d’une nouvelle course aux armements nucléaires, dans un moment où les régimes de contrôle des armements sont fortement affaiblis. (la guerre en IRAN)

Cela ne signifie pas que la guerre est inévitable. Cela signifie que la logique concurrentielle mondiale, si elle reste la seule règle du jeu, pousse les blocs à se durcir. Chaque pays parle alors de souveraineté, de sécurité, de réindustrialisation, de protection des chaînes d’approvisionnement, de contrôle des exportations, de sanctions, de défense. L’écologie elle-même risque d’être absorbée par cette logique.

Car l’écologie peut changer la donne dans deux directions opposées.

La première direction est celle de la concurrence aggravée. La transition écologique a besoin de cuivre, lithium, nickel, cobalt, graphite, terres rares, batteries, réseaux électriques, semi-conducteurs, logiciels, intelligence artificielle et énergie. Celui qui contrôle ces ressources contrôle une partie de l’avenir industriel. L’Agence internationale de l’énergie souligne que les minerais critiques sont devenus centraux pour les technologies propres et que leur production et leur transformation restent concentrées dans un nombre limité de pays.

Dans cette première voie, l’écologie devient une nouvelle guerre économique : qui contrôle le lithium ? qui raffine les terres rares ? qui fabrique les batteries ? qui produit les panneaux solaires ? qui possède les brevets ? qui impose les normes ? qui recycle ? qui dépend de qui ? La transition écologique ne libère pas alors l’humanité de la concurrence ; elle lui donne de nouveaux champs de bataille.

La deuxième direction est celle de la coopération. Le climat, l’eau, les terres agricoles, les océans, l’énergie, les migrations, les pandémies, la biodiversité et les risques technologiques ne peuvent pas être résolus par une seule puissance. Aucun pays ne peut sauver seul son climat, sa sécurité alimentaire, ses chaînes d’approvisionnement ou son équilibre énergétique. La planète impose donc une évidence que le capitalisme concurrentiel refuse encore : nous sommes interdépendants.

L’hélice de 1995 et l’avenir du monde

C’est ici que le Modèle Joule peut devenir une troisième voie.

Il ne s’agit pas de demander aux BRICS d’adopter l’Occident. Il ne s’agit pas non plus de demander à l’Occident de s’effacer devant les BRICS. Il s’agit de reconnaître que tous sont enfermés dans le même paradigme : produire plus vite, vendre plus, capter les marchés, réduire les coûts, augmenter la productivité, contrôler les ressources, dominer les concurrents. C’est ce paradigme qui conduit à l’hélice : perte de sens, perte de confiance, monde transmis, peur, ressentiment, populisme, autoritarisme.

Le Modèle Joule propose de changer la comptabilité. Aujourd’hui, nous comptons la monnaie, le PIB, les profits, les déficits, les dettes et les balances commerciales. Mais nous ne comptons pas correctement l’énergie humaine, l’énergie machine, le temps libéré, l’apprentissage, la maintenance, les besoins réels, les ressources naturelles, les conséquences écologiques, ni les effets sociaux de la productivité.

Or l’automatisation, l’intelligence artificielle et la robotique posent une question simple : si la machine produit de plus en plus à la place de l’homme, pourquoi continuer à organiser la vie autour du salaire comme si le travail humain restait le seul pilier de la subsistance ? Et si la planète devient finie dans ses ressources disponibles, pourquoi continuer à gouverner par la concurrence illimitée ?

Le Modèle Joule ne prétend pas supprimer la production. Il cherche au contraire à la rendre visible. Il rappelle que toute richesse vient d’une énergie mobilisée : énergie humaine, énergie machine, énergie naturelle, savoir, organisation, maintenance. Si nous continuons à ne compter que la monnaie, nous laisserons la concurrence transformer l’écologie en guerre économique et la technologie en arme de domination. Si nous comptons l’énergie réelle, les besoins réels et le temps humain libéré, alors nous pouvons construire une coopération.

L’alternative historique devient donc claire.

Dans le premier avenir, l’Occident et les BRICS continuent à utiliser les mêmes armes : productivité, concurrence, dette, monnaie, technologies, matières premières, sanctions, armement, information, influence, contrôle des marchés. Ce chemin mène à une guerre économique permanente, et possiblement à un conflit majeur si l’une des grandes puissances refuse son déclassement.

Dans le second avenir, les puissances reconnaissent que la rareté écologique, l’automatisation, l’intelligence artificielle, les matières premières et le temps humain obligent à changer de comptabilité. Il ne s’agit plus seulement de savoir qui domine. Il s’agit de savoir comment l’humanité peut produire, apprendre, vivre, réparer et transmettre sans se détruire.

L’hélice de 1995 n’est donc pas seulement une lecture de la France. Elle est un avertissement. Elle montre ce qui arrive quand les citoyens perdent les outils pour comprendre le monde réel, le monde vécu et le monde transmis. En Occident, son moteur est souvent le marché médiatique, l’émotion, la concurrence politique et l’effondrement des alternatives collectives. Dans les BRICS démocratiques ou électoraux, elle existe sous d’autres formes, mêlant frustrations sociales, réseaux sociaux, nationalismes et polarisation. Dans les BRICS autoritaires, elle devient plutôt une spirale d’encadrement : récit national, contrôle de l’information, désignation d’ennemis, surveillance, limitation de l’opposition et légitimation du pouvoir par la stabilité ou la grandeur nationale. V-Dem documente d’ailleurs depuis plusieurs années la progression de l’autocratisation et les atteintes aux libertés civiles, à la société civile ou à la liberté d’expression dans de nombreux pays.

La question n’est donc plus seulement : comment empêcher le RN ? Elle devient : comment empêcher que chaque pays, sous des formes différentes, soit aspiré par son hélice intérieure ?

La réponse ne peut pas être seulement électorale. Voter reste nécessaire, mais voter sans comprendre ne suffit plus. Changer de gouvernement sans changer les mécanismes économiques, médiatiques et cognitifs qui produisent la défiance ne fera que déplacer la colère. Nous continuerons alors à élire, espérer, décevoir, punir, recommencer. Et chaque échec nourrira la demande d’autorité.

L’écologie et la technologie nous placent devant une bifurcation. Ou bien elles deviennent les nouveaux champs de bataille du capitalisme mondial, et alors l’Occident et les BRICS iront vers une confrontation de plus en plus dure. Ou bien elles obligent les puissances à comprendre que la planète ne peut plus être gouvernée par la seule concurrence.

Dans ce cas, il faut un nouveau langage commun.

Le Modèle Joule peut être ce langage. Non pas une idéologie occidentale de plus. Non pas une morale adressée aux autres. Mais une comptabilité de la vie : énergie humaine, énergie machine, ressources naturelles, apprentissage, production réelle, besoins collectifs, temps libéré, maintenance et coopération.

L’Occident n’est pas menacé par un retour du communisme. Il est concurrencé par les capitalismes qu’il a contribué à mondialiser.

La Chine et l’Inde ne sont pas des anomalies. Elles sont le retour logique des règles que l’Occident a imposées au monde.

Les BRICS ne sont pas hors du capitalisme. Ils en sont une autre phase.

La crise démocratique n’est pas seulement française. Elle est le symptôme politique d’une concurrence économique mondiale devenue incapable de produire une compréhension commune.

La vraie alternative n’est donc plus entre l’Occident et les BRICS. Elle est entre deux civilisations possibles : une civilisation de la concurrence jusqu’au conflit, ou une civilisation de la coopération par une nouvelle comptabilité de la vie.

La transition écologique peut devenir une guerre pour les ressources, ou l’occasion de changer la comptabilité du monde. Le Modèle Joule propose de compter la vie réelle : énergie humaine, énergie machine, ressources, besoins, apprentissage et maintenance.

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Publié le 9 Juillet 2026

Le changement du monde occidental.

La période électorale devrait être un moment particulier : celui où les citoyens peuvent sortir de la domination médiatique quotidienne pour reprendre la maîtrise de leur jugement. Depuis des mois, l’espace public semble pourtant occupé par la figure de Marine Le Pen, comme si son éventuelle élection pouvait, à elle seule, résoudre les difficultés économiques, sociales et démocratiques accumulées depuis plusieurs décennies.

Or le problème est plus profond. L’économie capitaliste, telle qu’elle s’est développée depuis les années 1980, a lentement produit de l’amertume, de la méfiance, du déclassement ressenti et une perte de confiance dans la parole politique, introduisant un changement essentiel à mesurer à partir de 1995.

La RN et une partie de la droite radicalisée n’en sont pas les causes premières ; ils en sont plutôt les porte-drapeaux. Certains par convictions d'autres par opportunismes électoraux.C’est précisément pour cette raison qu’il serait dangereux de les porter au pouvoir : non parce qu’ils auraient créé seuls cette dérive, mais parce qu’ils risquent de l’organiser politiquement dans une société déjà fragilisée, de plus en plus attirée par des valeurs autoritaires, identitaires et fascisantes.

Ce n’est pourtant pas de cela que le débat public traite réellement. Pendant plus de trente ans, les citoyens ont été égarés par des gouvernements successifs qui ont présenté comme des crises exceptionnelles, ce qui était, en réalité, le fonctionnement normal d’un modèle économique accepté depuis 1983. En l’absence d’une opposition suffisamment puissante, et aussi d’une participation citoyenne assez consciente pour la rejoindre, la responsabilité a été renvoyée sur les leaders, les partis ou les circonstances, plutôt que sur l’affaiblissement de la culture politique elle-même.

Beaucoup de citoyens se sont alors retrouvés dépendants des sondages, des commentaires médiatiques, des images répétées et des impressions immédiates, sans disposer des outils critiques nécessaires pour comprendre la profondeur des mécanismes en cours.

De cet affaiblissement naît une formule dangereuse : « votons RN, puisque nous ne l’avons jamais essayé ». Cette opinion paraît simple, mais elle révèle une fracture intellectuelle profonde. Elle réduit l’acte démocratique à une expérimentation d’humeur, comme si l’on pouvait confier l’État à un parti sans examiner son histoire, ses valeurs, ses alliances, ses effets sociaux et les logiques qu’il porte. Ce n’est pas une pensée politique ; c’est une réaction de lassitude. Et c’est précisément ainsi que le populisme prospère : en transformant la colère légitime en réponse simpliste, en désignant des boucs émissaires, et en maintenant le pays dans le cap même qui a produit l’amertume, la peur et la défiance.

N'élisons plus sans comprendre : L'hélice de 1995.

C e graphique montre que les valeurs fascisantes n’ont pas commencé avec le FN/RN, et qu’une bonne partie des citoyens les partagent sans même le savoir.

Le graphique qui suit représente l’évolution générale à la suite de la disparition de l’Union soviétique et la période de transition autour de 1995. Ce ne sont pas les partis politiques qui ont généré à eux seuls la progression des courbes vers la fascisation et l’effondrement des institutions démocratiques.

N'élisons plus sans comprendre : L'hélice de 1995.

Dans celui qui suit est représenté ce que j’avais dénoncé en 1995 quand Chirac parlait de la fracture sociale j’avais souligné qu’elle s’accompagnait d’une fracture intellectuelle, que personne ne soulève, car nous n’allons jamais voir ce qu’il y a comme réalité derrière le miroir sans tain, nous satisfaisant de celui narcissique de nos salles de bain.

N'élisons plus sans comprendre : L'hélice de 1995.

Comme lecture supplémentaire qu’il faut retenir, c’est que ces trajectoires ne se sont pas inversées, elles ont poursuivi leur route, nous pouvons lire cela dans le baromètre de l’opinion publique qu’a publié le CEVIPOF le 17 février 2026. Nous devons comprendre de ce graphique qu’il ne peut y avoir un tour de magie d’élection d’un homme politique au pouvoir, si les citoyens n’ont pas assimilé que ce sont eux qui doivent changer.

N'élisons plus sans comprendre : L'hélice de 1995.

Mais nous ne pouvons pas y parvenir sans nous instruire dans des sources fiables de notre histoire sociale économique, et supprimer notre paradoxe, où les citoyens massivement ne font pas confiance dans les médias à 71% et les réseaux sociaux à 85%. Or ce sont eux qui façonnent l’opinion politique et émotionnelle des citoyens, comme le démontre le graphique ci dessous.

N'élisons plus sans comprendre : L'hélice de 1995.

Nous voyons très nettement la progression d’internet et des réseaux sociaux qui ont contribué au changement intervenu en 1995 en collaboration avec la télévision qui reste à un point culminant. Résultat, une chute de la confiance dans les partis politiques, suivant le résultat de février 2026, seuls 15% leur font confiance.

N'élisons plus sans comprendre : L'hélice de 1995.

Mais nous ne devons pas croire que nous sommes des victimes. Les graphiques que je vous présente valent pour la plupart des pays occidentaux, car ils tiennent du résultat de l’absence de bipolarité politique capitalisme/anticapitalisme durant plus de trente ans et trente ans d’informations capitalistes cela marque les esprits et produit toujours les mêmes résultats baisse des savoirs critiques, recherche de responsables boucs émissaires en dehors du néolibéralisme et développement de conflits général, où celui de la guerre froide fait exception dans l’histoire du capitalisme.

N'élisons plus sans comprendre : L'hélice de 1995.
Nous ne pouvons pas douter de l’emprise émotionnelle par rapport à la capacité réflexive. Cela pose un problème sérieux pour la démocratie; si nous devions passer à la démocratie directe nous aurions que des lois émotionnelles et un gouvernement émotionnel fascisant, nous nous rapprocherions encore plus vite de l’être primitif simpliste que de l’être culturel complexe, et il n’y a rien de péjoratif que de ne pas sortir de ses instincts. Nous n’avons pas choisi d’être ce que nous sommes, mais notre pensée associative peut par l’enseignement et l’apprentissage y remédier pour de pas déboucher sur la violence.

Le graphique suivant montre que nous avons une multitude de distributeurs d’information, mais toujours la même source. Il ne sera pas exagéré de parler de conditionnement l’égal de Pavlov.

N'élisons plus sans comprendre : L'hélice de 1995.

Chacun doit se souvenir avec l’élection de Mitterrand de la liberté de la presse : c’est la ligne jaune, le bleu, c’est l’illusion de cette liberté, chacun peut créer son organisme de presse, mais il diffusera ce qu’un lui donnera.

Il en résulte une suggestivité aux risques par le développement d’opinion qui sont transmis par l’ensemble des médias et de leur relais politique dans le jeu électoral.

N'élisons plus sans comprendre : L'hélice de 1995.

Ce graphique démontre la suggestibilité de l’insécurité par rapport aux risques réels. Les ascendantes ne sont pas une anomalie, elles sont le résultat de ce que l’on a appelé la stratégie de l’émotion à partir des années 90 où c’est restructuré l’information. Nous avons lentement, puis rapidement à partir de 1995 abandonné l’homme culturel fait de savoirs technicistes et de savoirs réflexifs et critiques pour ne retenir que ceux technicistes et retourner vers l’homme primitif aux réactions essentiellement émotionnelles. Sans une fracture intellectuelle, il n’y aurait pas eu de possibilité de réussir une stratégie de l’émotion, un seul site l’a dénoncé INFO sans INFO.

Le dernier graphique démontre le basculement du pays en 1995, ce que j’ai appelé l’hélice sociale politique.

N'élisons plus sans comprendre : L'hélice de 1995.

Le questionnement que soulèvent ces quelques graphiques c’est l’écart entre la réalité et le monde perçus. Or les citoyens vivent le monde perçu, loin des réalités factuelles, et demandent aux hommes politiques de résoudre des problèmes qui ne sont pas réels, mais perçus et suggestifs.

En continuant dans cette voie, qui que ce soit qui sera élu ne pourra pas trouver des solutions et de fait les citoyens conduiront le président élu à l’échec et postuleront son incapacité comme nous le faisons et l’avons fait pour tous les prédécesseurs de macron; il ne restera qu’à réclamer la dictature. C’est la voie qu’indiquent les graphiques que je vous ai présentés.

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Rédigé par ddacoudre

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Publié le 5 Juillet 2026

Comment empêcher une espèce devenue capable de tout détruire d’utiliser sa puissance contre elle-même.

Présentation de l’essai

Comment empêcher une espèce devenue capable de tout détruire d’utiliser sa puissance contre elle-même est un essai consacré à la divergence croissante entre le monde réel, le monde vécu et le monde transmis.

L’humanité est devenue techniquement puissante. Elle sait produire, communiquer, automatiser, surveiller, soigner, détruire, reconstruire, calculer et intervenir sur le monde à une échelle jamais atteinte auparavant.

Mais cette puissance technique ne s’est pas accompagnée d’une même maîtrise de nos peurs, de nos pulsions, de nos récits, de nos institutions et de nos décisions collectives.

Nous disposons d’outils du XXIᵉ siècle, mais nous réagissons encore souvent avec des mécanismes biologiques très anciens : peur, rivalité, recherche de protection, désignation d’un danger, besoin d’autorité, défense du groupe, rejet de l’autre, simplification du réel.

Cet essai cherche donc à comprendre comment une société peut devenir plus informée, plus surveillée, plus réglementée, plus médiatisée, et pourtant se sentir plus inquiète, plus menacée et plus défiantes envers ses institutions.

Idée centrale

Le problème contemporain n’est pas seulement que le monde est dangereux.

Le problème est que nous confondons de plus en plus trois réalités différentes :

le monde réel, celui des faits mesurables ;
le monde vécu, celui que chacun éprouve dans son existence ;
le monde transmis, celui que les médias, les réseaux sociaux, les images, les récits politiques et les émotions collectives nous montrent en permanence.

Lorsque ces trois mondes se séparent, la démocratie devient fragile.

Le risque réel peut rester stable ou modéré, tandis que le risque ressenti augmente. La peur peut alors devenir plus puissante que la mesure. L’émotion peut remplacer l’analyse. Le fait divers peut devenir une représentation générale du monde.

Les indices utilisés dans l’essai

Pour rendre cette divergence visible, l’essai utilise plusieurs indices de lecture.

IRR — Indice de Risque Réel
Il cherche à mesurer le risque effectivement encouru par un citoyen : fréquence statistique, probabilité d’exposition, gravité potentielle, population réellement concernée.

IRS — Indice de Risque Suggestif
Il mesure la force médiatique, émotionnelle et psychologique d’un risque : visibilité, répétition, dramatisation, réseaux sociaux, charge émotionnelle, capacité à produire peur ou indignation.

IAP — Indice d’Aggravation Pénale
Il observe l’intensité de la réponse répressive : durcissement des lois, augmentation des peines, nouvelles incriminations, surveillance, incarcération, dispositifs d’exception.

IPD — Indice de Pression Délinquante
Il cherche à représenter les pressions sociales pouvant favoriser certains passages à l’acte : précarité, chômage, inflation, frustration, isolement, endettement, déclassement, désirabilité de consommation.

Ces indices ne remplacent pas les statistiques officielles. Ils proposent un filtre de lecture pour comprendre comment un fait réel devient une peur collective, puis une demande politique, puis une réponse institutionnelle.

Le cœur du raisonnement

L’essai montre que la société contemporaine traite souvent davantage la peur que les causes.

Un fait divers réel peut être rare, mais fortement médiatisé. Il devient alors visible, répété, commenté, dramatisé. Cette répétition alimente le sentiment d’insécurité. Le sentiment d’insécurité nourrit ensuite la demande d’ordre. La demande d’ordre pousse les institutions à durcir la réponse pénale. Ce durcissement confirme à son tour l’idée que le danger est partout.

La boucle devient alors auto-entretenue :

fait réel → médiatisation → émotion → peur → demande d’ordre → durcissement pénal → validation du danger → nouvelle peur.

Ce mécanisme ne signifie pas que les dangers n’existent pas. Il signifie que leur perception peut devenir autonome par rapport à leur fréquence réelle.

Une société peut donc devenir plus inquiète sans être nécessairement beaucoup plus exposée. Elle peut réclamer plus de contrôle sans résoudre les causes profondes des violences, des ruptures sociales, des passages à l’acte et de la défiance démocratique.

Vieillissement, vulnérabilité et sentiment d’insécurité

L’essai montre aussi que le sentiment d’insécurité n’est pas seulement produit par les médias ou par la criminalité. Il dépend aussi de la structure de la population.

Une société vieillissante ressent plus fortement la vulnérabilité. À risque réel comparable, une personne âgée peut se sentir davantage exposée qu’une personne jeune, parce que les conséquences d’une agression, d’une chute, d’une intrusion, d’une arnaque ou d’un isolement sont plus graves pour elle.

Le vieillissement transforme donc la réception du danger.

Cela ne veut pas dire que la peur est fausse. Elle est réelle pour ceux qui la vivent. Mais elle ne mesure pas seulement la criminalité. Elle mesure aussi la fragilité biologique, sociale et existentielle de la population.

Défiance démocratique et demande d’autorité

Lorsque le monde transmis devient plus fort que le monde réel, la démocratie se fragilise.

Les citoyens ne votent plus seulement à partir de faits mesurés. Ils votent aussi à partir d’images, de peurs, de récits, d’indignations et de dangers ressentis.

Cette situation peut favoriser la demande d’autorité, la recherche d’un homme providentiel, la défiance envers les institutions, la surveillance accrue, le durcissement pénal et la montée de valeurs fascisantes.

L’essai ne dit pas que les citoyens deviennent naturellement autoritaires. Il montre que leur perception du monde peut le devenir lorsque l’information émotionnelle remplace durablement la compréhension.

Quand le danger semble permanent, la liberté devient secondaire.

Lien avec le Modèle Joule

Cet essai complète les deux précédents.

Rémunérer les hommes pour apprendre proposait de reconnaître l’apprentissage comme une richesse humaine fondamentale.

La République de l’énergie humaine proposait de reconnecter le financement de la vie à la richesse réellement produite par l’énergie humaine et l’énergie-machine.

Ce troisième essai montre pourquoi cette transformation ne peut pas être seulement économique. Elle doit aussi être culturelle, démocratique et anthropologique.

Une société ne peut pas seulement produire plus. Elle doit aussi apprendre à mieux comprendre ce qu’elle produit, ce qu’elle craint, ce qu’elle transmet, ce qu’elle punit et ce qu’elle décide.

Le Modèle Joule cherche ainsi à agir en amont des tensions : réduire la précarité, la peur du manque, l’exclusion, la frustration, la dépendance au salaire, la concurrence destructrice et les facteurs sociaux qui alimentent la pression délinquante.

Table des matières simplifiée

  1. Définir l’IRR, l’IRS, l’IAP et l’IPD
  2. La fracture entre monde réel, monde vécu et monde transmis
  3. La transformation de l’information en émotion collective
  4. Criminalité réelle et criminalité perçue
  5. Faits divers, médiatisation et construction du danger
  6. Réponse pénale, surveillance et demande d’ordre
  7. Vieillissement, vulnérabilité et sentiment d’insécurité
  8. Défiance démocratique et montée des demandes d’autorité
  9. Valeurs fascisantes et stratégie de l’émotion
  10. Économie, précarité et pression sociale
  11. Automatisation, salariat et crise du financement de la vie
  12. Le Modèle Joule comme changement de référentiel
  13. Résistances au changement
  14. Temps libéré, apprentissage et nouvelles richesses
  15. Le retour du filtre critique

Formule centrale

Une démocratie ne peut pas décider lucidement si elle confond ce qui est, ce qu’elle ressent et ce qu’on lui montre.

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Document complet : consulter le fichier — Comment empêcher une espèce devenue capable de tout détruire d’utiliser sa puissance contre elle-même

Citation recommandée

DDacoudre, Comment empêcher une espèce devenue capable de tout détruire d’utiliser sa puissance contre elle-même, essai sur la divergence entre monde réel, monde vécu et monde transmis, le sentiment d’insécurité, la réponse pénale, la défiance démocratique, les valeurs fascisantes et la nécessité d’un filtre critique.

Mots-clés

Monde réel — monde vécu — monde transmis — IRR — IRS — IAP — IPD — criminalité — sentiment d’insécurité — peur — médias — faits divers — justice pénale — surveillance — vieillissement — vulnérabilité — défiance démocratique — valeurs fascisantes — demande d’autorité — information émotionnelle — filtre critique — Modèle Joule — démocratie — paix — coopération mondiale.

Note au lecteur

Cet essai ne cherche pas à nier les dangers réels.

Il cherche à distinguer les faits, les perceptions et les récits.

Une société qui ne sait plus faire cette distinction peut devenir prisonnière de ses peurs. Elle risque alors de répondre aux images plutôt qu’aux causes, de durcir les sanctions sans réduire les ruptures, et de renforcer la surveillance sans reconstruire la confiance.

L’enjeu est donc de retrouver un filtre critique.

Mais cet essai porte aussi une interrogation plus vaste. L’humanité est entrée dans une époque où ses moyens techniques dépassent sa maturité politique et culturelle. Les guerres du passé ont souvent été suivies de reconstructions. Mais avec l’arme nucléaire, les armes de destruction massive, les technologies autonomes et les risques planétaires, la logique ancienne destruction-reconstruction atteint sa limite.

Une destruction générale ne laisserait peut-être plus personne pour reconstruire, sinon les scorpions.

Cet essai ouvre donc une proposition pour un futur plus paisible et plus collaborateur entre les peuples et les États du monde. Il ne s’agit plus seulement d’éviter une crise économique ou une crise politique. Il s’agit d’apprendre à orienter la puissance humaine vers la coopération plutôt que vers la destruction.

Le véritable progrès ne consiste pas seulement à devenir plus puissant.

Il consiste à devenir capable de ne pas utiliser cette puissance contre soi-même.

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Rédigé par ddacoudre

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Publié le 25 Juin 2026

Les choix économiques réels, leur coût pour les citoyens, et la limite commune du système

Le débat politique français est saturé de peurs.

Peur du déclassement. Peur de l’insécurité. Peur de l’avenir économique.

Et, à chaque élection, une peur revient avec insistance : celle d’un changement radical du système économique.

Parmi ces peurs, celle associée au programme de la France Insoumise occupe une place particulière.

Elle mérite d’être examinée sérieusement.

On dira que si l’on vote, autant que ce soit en connaissance de cause, c’est encore mieux; c’est également vrai pour ceux qui s’abstiennent, qu’ils sachent ce que cela engage.


 

Une évidence admise, une mécanique invisible

Il est aujourd’hui largement admis que le travail humain est à l’origine de la richesse.
Cette idée est partagée, répétée, intégrée.

Et pourtant, une dimension essentielle demeure invisible : la manière dont cette richesse circule, et surtout, la manière dont elle échappe à ceux qui la produisent.

Ce décalage entre perception et réalité constitue l’un des points aveugles majeurs de l’organisation économique contemporaine.

La boucle fondamentale : du travail au capital

Pour rendre visible ce qui ne l’est pas, il faut simplifier.

Un individu produit une valeur. Il est rémunéré pour cette production. Mais lorsque cette même valeur revient à lui sous forme de bien ou de service, qu’il achète comme client de sa propre production, elle intègre : le coût du travail, la consommation de l’employeur, l’accumulation de capital, et, le cas échéant, le coût du crédit. Un coût de crédit que nous examinerons plus tard.

Ainsi, la valeur produite revient à son producteur sous une forme augmentée. Elle retourne au capital.

Le salarié ne peut donc pas, avec sa seule rémunération, acquérir ce qu’il a lui-même produit.

Deux solutions s’imposent alors : produire davantage (productivité) ou d’endetter.

Dans les deux cas, la boucle se referme.

N’ayons pas peur de voter LFI

La reconstitution permanente du capital

Ce mécanisme a une conséquence déterminante : le capital engagé initialement n’est pas consommé, il est reconstitué, puis augmenté.

De fait la part de richesse créée par le travail humain qui retourne au capital servira à rémunère le salarié, permettre la consommation de l’employeur, reconstitue le capital et alimente sa croissance

autrement dit : le salarié est rémunéré par la richesse qu’il produit, mais cette richesse devient du capital, juridiquement distinct de lui, ce qui est connu du marxisme, la propriété des moyens de production, souvent démagogiquement confondu avec la propriété des biens de consommation et du patrimoine immobilier ou autre qui ne concourt pas à la production.

Le salarié est l’origine de la création de capital, mais non le détenteur, cela depuis des siècles bien avant que soit institué le droit à la propriété privée.

Une invisibilité structurelle

Ce mécanisme ne s’impose pas comme une évidence pour une raison simple : il est dilué dans le temps et les flux. Il n’apparaît jamais comme un tout, mais comme une succession d’actes séparés : travailler, être payé, consommer, emprunter.

Cette fragmentation empêche toute perception globale pour les citoyens lambda

L’individu ne voit pas la boucle. Il en vit seulement les effets.

Le compromis historique : liberté contre compréhension

Il serait erroné de nier les transformations historiques.

Par rapport aux sociétés antérieures, les individus ont acquis : une liberté réelle de mouvement et de choix, une capacité d’accès aux biens, une possibilité de constitution de patrimoine, une protection sociale élargie.

Ces acquis ne sont pas le fruit des possédants, ce sont les fruits : des luttes sociales, du développement du socialisme (avec tous ses errements), et de l’évolution des rapports de force syndicale et politique d’opposition.

Mais ce progrès produit un effet déterminant : il rend le système acceptable, pour les citoyens

Une servitude transformée

La contrainte n’a pas disparu.
Elle a changé de forme.

L’individu n’est plus attaché à une terre.
Il n’est plus juridiquement dépendant.

Mais il reste inséré dans une structure où : il produit une richesse qui se transforme en capital et qui lui échappe.

Cette situation est tolérée parce qu’elle s’accompagne d’une amélioration des conditions de vie.

La liberté de consommer remplace la compréhension du système.

N’ayons pas peur de voter LFI
N’ayons pas peur de voter LFI

C’est deux graphiques permettent de comprendre qu’il y a eu de 1950 à aujourd’hui par rapport à (800 à 1800) un changement de détention de la richesse, mec ce n’est pas cela le plus significatif, c’est une productivité qui a augmenté de 60 points, une liberté de 60 points, mais que l’autonomie économique, ce qui est essentiel pour jouir de sa liberté n’a progressé que de 25 points. Nous comprenons facilement que les gains de productivité n’ont pas bénéficié à ceux qui les ont produits, les salariés ont produit 60 points de plus et n’en ont reçu que 25, les 35 points d’écart ont bénéficié au capital.

Le choix caché : crédit privé ou dette publique

Le débat économique contemporain est souvent présenté comme un affrontement idéologique.

En réalité, il repose sur un choix beaucoup plus simple, mais rarement formulé clairement : qui doit financer la transformation économique, et à quel coût ?

Une ligne de fracture réelle, mais peu explicitée

Les formations politiques situées autour de LR, Horizons et Renaissances et autres dits de droite défendent une orientation cohérente : limitation de la dette publique, discipline budgétaire, confiance dans les marchés financiers, mobilisation du capital privé pour financer l’économie.

Cette position repose sur une idée simple : le capital doit être orienté vers les investissements les plus rentables, pour l’enrichissement de ceux qui détiennent les capitaux, et le travail salarié produira la distribution de dividende et d’augmentation de capital, qui sera réinvestie pour financer des emplois dans d’autres projets rentables en recherchant la réduction des charges qui le plus généralement consiste à supprimer des emplois qui peuvent être "machinisés" ou en réduisant le coût de la protection de la vie financé par la Sécurité sociale qui ne rentre pas dans la production d’investissement rentable. (privatisation vers des assurances, débat qui a eu lieu avec Jacques Chirac dans les états généraux de la Sécurité sociale, le 20 mars 1987 ).

Maastricht : un choix structurant

Cette orientation a été institutionnalisée en Europe avec les accords de Maastricht.

En limitant la capacité d’endettement des États, ces règles ont : restreint le financement public, favorisé le recours au crédit privé, renforcé le rôle des marchés financiers.

Traduction du recours au crédit privé, ce sont le recours aux des dépôts de capitaux qu’on produit les salariés en travaillant et qu’on leur prête, car avec la loi sur le louage des services ils sont dépossédés de la richesse qu’ils produisent contre un dédommagement pour leur service productif rendu (salaires) qui n’oblige en rien l’employeur à leur retourner une part du capital qu’ils produisent, sauf lois sur la participation et actionnariat.

Ce choix a été validé à l’époque par un PS au pouvoir devenu social-démocratie compatible avec la logique de marché. Contrairement à ce qui se dit, il n’y a en cela aucune trahison, seulement le droit de changer d’orientation politique. La problématique qui en a découlé fut la duperie entretenue en laissant croire que le socialisme était au pouvoir.

Une conséquence directe pour les citoyens

Dans ce système, les investissements sont réalisés : s’ils sont rentables pour les prêteurs.

Cela signifie que : les projets non rentables économiquement, mais utiles socialement ou écologiquement sont plus difficiles à financer.

Mais surtout : le coût du financement est plus élevé quand quelques investisseurs s’y engagent.

Crédit privé ou dette publique : qui paie le moins cher ?

Dans tous les cas de figure : ce sont les citoyens salariés qui remboursent par leur travail, par leur consommation, par les prix clients, puisque chaque employeur ou artisan et autre incluent leur consommation et prélèvement dans le prix client.

La différence ne porte pas sur le fait de payer, puisque le système a été élaboré pour que ce soient eux qui soient exploités dans la servitude ou le salaria, mais sur le montant payé. Il faut donc déplacer le débat.

Le crédit bancaire : le financement le plus coûteux

Lorsque l’on passe par le crédit privé : remboursement du capital plus les intérêts et la marge bancaire, le coût final est supérieur à la somme empruntée, nous connaissons tout cela.

Ce coût est invisible, car intégré dans l’économie quotidienne et nous ne discutons que les taux.

La dette publique : un financement mutualisé

Lorsque l’État emprunte : le taux est plus faible que celui pratiqué par les banques, il a une absence de logique de profit direct de l’état et une mutualisation du remboursement. Le coût global est inférieur pour la collectivité (sans analyser qui sont les investisseurs, et la garantie que représente l’état).

Le véritable intérêt des citoyens

Dès lors : les citoyens ont intérêt à privilégier les financements les moins coûteux, c’est le réflexe de tout capitaliste, et ces derniers auraient tort de le leur reprocher, si ce n’est pour dire clairement qu’ils le font pour diriger les crédits vers leur dépôt qui leur rapporte plus qu’un investissement public. Et cela ne vous est jamais expliqué bien que ce soit le fondement de l’accord de Maastricht.

Ainsi dans la plupart des cas : la dette publique coûte moins cher que le crédit privé pour les salariés qui la rembourseront. Je dis bien les salariés n’allaient pas imaginer que ce soit d’autres qu’eux parce qu’il ne nous est pas expliqué le transfert indirect qu’opèrent les entreprises et autres vers les prix client.

Le cas de la LFI : une transformation sans rupture

La France Insoumise propose : une redistribution accrue, un investissement public, une transformation écologique.

Dans les faits : ce sont toujours les citoyens salariés qui financeront grâce au transfert de prix client.

Mais la question n’est pas là.

La question est : combien cela leur coûtera ?

Et dans ce cadre : il n’y a pas de raison économique fondamentale d’avoir peur, ça coûtera moins cher pour chaque salarié, car ils auront à rembourser moins d’intérêts bancaires plus chers.

Politiquement la LFI tout en étant anti-capitaliste vit dans le système actuel et ne propose pas un modèle pour en sortir, comme le NPA ou lutte ouvrière qui propose le communisme. Delà sorte accuser la LFI d’être communiste est une fumisterie faite pour effrayer les ignorants.

Une illusion persistante

La dette publique fait peur parce qu’elle est visible.

Le crédit privé, lui, est : diffus, intégré dans les prix, invisible, alors qu’il coûte plus cher.

La limite commune du système

Cependant, ces deux approches, privée et publique se partagent une limite fondamentale : elles reposent toutes deux sur la même boucle économique.

Dans cette boucle : le travail salarié produit la richesse, cette richesse devient du capital, ce capital ne revient pas à ceux qui l’ont produit, il sera utilisé pour refinancer le salaire qui reproduira du capital et ainsi de suite depuis des millénaires.

N’ayons pas peur de voter LFI

La rupture du Modèle Joule

Le Modèle Joule que j’ai rédigé dans " La république de l’énergie humaine" accessible sur mon blog (ddacoudre overblog) propose une autre lecture. :

Il affirme que la richesse provient de l’énergie humaine et que nous en disposons dès la naissance;

Cette énergie représente une fois comptabilisé et monétisé en € à partir d’une valeur extraite du PIB, environ 32 000 milliards d’euros par an disponible pour financer la vie et les investissements écologiques, contre : environ 6 400 milliards d’euros actuellement reconnus avec le modèle capitaliste. Comme le modèle Joule ne spolie pas les riches possesseurs de capitaux, au total cela représente environ 38 000 milliards d’€ disponibles. Un autre monde.

Une inversion fondamentale

Dans le système actuel : le capital appartient à ceux qui le détiennent.

Dans le modèle Joule : il appartient à ceux qui le produisent sans empêcher la propriété des moyens de production qui n’auront plus besoin d’exploiter les salariés pour faire du capital et investir.

Une conséquence majeure

Les citoyens n’auraient plus à : financer leur existence par le crédit, dépendre d’un capital extérieur dont ils ne sont pas les propriétaires mêmes si ce sont eux qui le produisent.

Ils disposeraient : de leur propre capital énergétique monétisé pour faire leur choix économique et le gérer directement sans passer par l’état qui reste détentrice du pouvoir politique démocratique.

Le débat politique oppose : financement privé et financement public, comme un débat idéologique alors qu’il n’est que financier, et que personne ne sera dépossédé de ce qu’il a acquis si cher (3 fois),

mais ces deux options restent enfermées dans la même structure capitaliste ou néolibérale.

Alors le véritable choix n’est pas seulement politique, il est économique et cognitif : combien cela coûte réellement et à qui appartient la richesse produite.

Tant que cette question ne sera pas posée, les citoyens continueront de payer sans voir la boucle dans laquelle ils vivent et les alternances politiques continueront d’opérer sans transformation de fond.

Si les citoyens s’interrogent alors à qui doit appartenir la richesse, il deviendra idéologique, anthropologique et existentiel. Pour l’instant le seul choix de ce type est posé par le NPA, Lutte Ouvrière vers un communisme qui est dépassé et le mouvement anarchiste.

Conclusion

Nous ne vivons pas dans un système que nous choisissons.
Nous vivons dans un système que nous comprenons mal.

Nous produisons la richesse, mais nous ne voyons pas comment elle circule.

Nous la finançons, mais nous ne voyons pas combien elle nous coûte réellement.

Alors nous débattons, nous opposons des programmes, nous choisissons des camps.

Mais tant que la boucle reste invisible, nous ne changeons que les répartitions, jamais la structure.

Le véritable enjeu n’est pas d’avoir peur ou non d’un programme.

Il est de savoir : ce que nous produisons, ce que nous finançons, et ce que nous comprenons

Car une société qui comprend son économie peut la transformer.

Une société qui ne la voit pas s’y adapte, et finit toujours par élire ce qu’elle redoute. C’est actuellement la réalité. 92% (des citoyens d’étude cevipof) veulent trans former le capitalisme et jusqu’à présent votent pour ceux qui le soutiennent.

Ainsi si nous comprenons tout cela voter pour LFI ne représente aucun risque d’un retour du communisme comme les démagogues le développent, mais le coût le plus bas du développement économique et social.

N’ayons pas peur de voter LFI

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Rédigé par ddacoudre

Publié dans #Politique

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Publié le 24 Juin 2026

Le gouvernement a trouvé ses lampistes.

« L’étoile n’est jamais un accident. Elle est l’aboutissement d’un processus. Voici ce processus. »

Dans le meurtre de la petite Lyhanna, après un rapport pointant des dysfonctionnements, les premières sanctions tombent immédiatement : une magistrate et deux gendarmes du Gers sont visés, dès la publication des conclusions de l’IGGN et de l’IGJ.

« L’urgence n’a pas été prise en compte. »

Laurent Nuñez demande la mutation d’office du directeur d’enquête et du commandant de compagnie de Condom, avec mise à l’écart de la police judiciaire.

La machine est en route. Les responsables sont désignés. Le récit est prêt.

La fachosphère peut être satisfaite, accompagnée très certainement d’âmes naïves. Car ce qui se joue ici dépasse largement ce drame atroce : c’est la mécanique collective de réaction qui interroge.

À ce rythme, que demanderons-nous demain ?
Des fichiers comme pour les terroristes ?
Un suivi généralisé ?
Une marque visible pour les pédocriminels ?

Et pourquoi s’arrêter là ?

Après dix ans de soins, s’ils ne sont pas « guéris », on les brûle.
Et pour faire bonne mesure, on jette dans le même bûcher la magistrate, le commandant de gendarmerie, et tous ceux qui n’auront pas su prévoir l’imprévisible.

Je n’exagère pas. Je pousse simplement la logique jusqu’au bout.

Ne venez pas me dire que ce raisonnement est délirant. Je n’ai ni fumé ni bu. Mais j’observe les dérives, et elles sont là.

Avec ce meurtre, nous assistons à un basculement inédit : même Sarkozy, dans ses glissements sécuritaires passés, apparaît dépassé.

Nous sommes à des années-lumière de ce que réclament les spécialistes de ces problématiques paraphiliques.

Le docteur Mathieu Lacambre, intervenant dans l’affaire des viols de Mazan, travaille précisément sur ces sujets complexes. Ses travaux existent. Ils sont accessibles. Mais ils ne nourrissent pas le débat. ( VIOLENCES 29€ en PDF)

À la place, ce sont les ignorants, les vindicatifs, les faiseurs d’opinion et les chasseurs d’audience qui guident l’émotion collective.

Nous glissons depuis longtemps dans une fascisation lente.

Il n’y a pas un responsable unique.
Même si le RN l’exploite électoralement, il n’en est pas l’origine.

Nous y participons tous, sans nous en rendre compte.

Le fascisme ne porte plus de moustache.
Il s’habille de la protection des enfants.
Et dans ce cadre, tout devient acceptable.

Nous n’avions jamais atteint un tel degré de mise au pilori avant le retour symbolique du bûcher.

Même le gouvernement et l’Union européenne se mobilisent, comme si la question n’était pas déjà prise en charge depuis longtemps. Mais cela, les médias ne vous le disent pas.

Je suis démocrate. Je suis pour le pouvoir au peuple.

Mais quand je vois ce dont il est capable faute de connaissances, je constate qu’il est parfois plus proche de l’élection d’un tyran tous les cinq ans que de l’exercice éclairé de la démocratie.

Je souhaite que les magistrats et les gendarmes se mobilisent pour demander la réintégration de leurs collègues.

Que ceux qui prétendent savoir détecter un passage à l’acte s’engagent dans la police. Ils feraient œuvre utile.

Que ceux qui se croient détenteurs du sens de l’urgence quittent les manifestations et prennent des responsabilités concrètes. Peut être qu'ils connaissent le secret de l'indicateur absolu d'urgence et de gravité.

Car manifester est facile. Agir est autre chose.

Notre comportement collectif est d’autant plus indécent que, dans le même temps, 3,1 millions d’enfants meurent de faim chaque année dans le monde, soit plus de 8 000 par jour.

Ceux qui marchent en silence et lâchent des ballons auront au moins de beaux mollets.

Qu’on se comprenne bien : la pédocriminalité est une problématique grave, complexe, difficile à cerner. L’anthropologie montre à quel point elle traverse les sociétés et les époques.

Mais lorsque le meurtre d’un enfant déclenche une telle dérive punitive, cela signifie une chose :

ce crime n’est pas seulement un fait.

Il est le révélateur.

Le déclencheur.

La cristallisation d’un ensemble de tensions invisibles, profondes, accumulées, que notre société est incapable de penser autrement que par la punition.

Le gouvernement a trouvé ses lampistes.

La pédocriminalité se situe dans la catégorie "population désigné comme moralement dangereuse";

le 17 mai 1990, l’Organisation mondiale de la santé décide de ne plus considérer l’homosexualité comme une maladie mentale, la pédocriminalité la largement dépassé comme telle.

« Le plus inquiétant n’est pas que ce mécanisme existe. C’est qu’il fonctionne avec notre consentement. »

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Rédigé par ddacoudre

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