Disons-le franchement : nous allons vivre une présidentielle de merde.
Non parce que les candidats seraient tous incapables, malhonnêtes ou dépourvus d’intelligence. Non parce que la démocratie serait inutile. Mais parce que nous allons de nouveau consacrer des mois à commenter les mêmes sujets, avec les mêmes mots, dans le même cadre économique, pour finalement nous étonner d’obtenir les mêmes résultats.
Nous parlerons de sécurité
Cela dans la désinformation la plus complète qui sévit depuis le développement des faits divers renforcés par toutes les émissions judiciaires qui se sont multipliées, et la psychose de la surveillance, quand seulement 29% des agressions physiques se font dans la rue et 71% au sein de la famille.Tous les chiffres officiels en annexes 1/.
Mais les violences enregistrées ne signifie pas automatiquement violences réellement commises. La libération de la parole, les campagnes de sensibilisation, l’amélioration de l’accueil des victimes et le repérage plus systématique ont augmenté les plaintes et les signalements. Une partie de la hausse révèle des violences anciennes qui demeuraient auparavant invisibles.
Également, l'enregistrement d’une plainte déposée dans une année A ne signifie donc pas nécessairement que les faits se sont produits cette année-là.
Les atteintes traditionnelles aux biens diminuent, mais les médias continuent de nous en abreuver et les citoyens en déduisent qu'elles augmentent alors que certaines diminuent en 2025 de 49%.
La délinquance s’est déplacée vers le numérique. Les escroqueries et fraudes aux moyens de paiement progressent d’environ 74 % par habitant. En 2025, 53 % de ces infractions étaient liées au numérique, contre 31 % en 2016. SSMSI
Les chiffres des stupéfiants mesurent aussi l’activité policière. Le ministère indique lui-même que la forte augmentation des usages enregistrés depuis 2020 est portée par la mise en place des amendes des consommateurs. SSMSI
En 2024, la justice française a prononcé environ 560 000 condamnations définitives, correspondant à 8,2 condamnations pour 1 000 habitants. Après retrait des infractions routières, il reste approximativement 329 000 condamnations relevant de la délinquance et de la criminalité générales, soit 4,8 pour 1 000 habitants et environ 0,48 % de la population. Ce taux ne mesure pas le nombre exact de délinquants, puisqu’une même personne peut être condamnée plusieurs fois et qu’une condamnation peut sanctionner plusieurs infractions. Il montre néanmoins l’écart considérable entre la masse des faits évoqués quotidiennement et celle des affaires finalement établies par une condamnation.
L’exploitation politique des plaintes et des faits enregistrés nourrit le sentiment d’insécurité en présentant toute hausse comme une augmentation équivalente de la criminalité réelle. Or les statistiques montrent une situation contrastée : les vols, cambriolages et atteintes aux véhicules diminuent, tandis que certaines violences déclarées et les escroqueries augmentent. Surtout, les plaintes, les infractions enregistrées et les condamnations définitives ne mesurent pas la même réalité. En ne présentant qu’un seul de ces thermomètres, les responsables politiques et les médias ne mentent pas nécessairement sur les chiffres : ils mentent par omission sur leur signification.
Le fait divers produit de l’émotion, l’émotion produit de la peur, et la peur produit une demande d’autorité. La statistique partielle devient ainsi un instrument électoral.
En conclusion : la délinquance et la criminalité suivent l'humain "culturalisè" qui se font concurrence pour disposer de biens ou satisfaire des désirs dans une organisation capitaliste qui existe depuis des lustres dans sa lutte contre la rareté économique. La criminalité n'est donc pas une découverte, mais c'est la première fois qu'elle est mise en spectacle journalier avec des intentions malhonnêtes du contrôle des populations.
Sur ce chapitre qui sera redondant dans là campagne, en lisant l'annexe chacun sera outillé pour ne pas se laisser manipuler et comprendre qui l'abuse.
Nous évoquerons la dette.
Depuis la dissolution, l’instabilité politique et l’incertitude budgétaire ont augmenté la prime de risque demandée à la France. Les discours permanents sur l’insoutenabilité de sa dette peuvent entretenir cette inquiétude, mais le taux dépend également de la BCE, de l’inflation, des taux mondiaux et de l’offre générale de titres. Les investisseurs ne votent pas collectivement un taux : celui-ci émerge des prix auxquels ils acceptent d’acheter et de revendre les obligations françaises.
En annexe 2, ce qu'il faut savoir pour ne pas se faire abuser par les discours simplistes et réducteurs et que l'on ne vous dira pas dans les débats.
Puis le pouvoir d’achat : ce qui nourrit le capital
Le pouvoir d’achat est un gros morceau du débat politique. C’est également lui qui nourrit le capital. Tous les partis le propose même la droite en travaillant plus;
Dans mon analyse de la boucle économique, le salaire permet au travailleur d’acheter une fraction du coût matériel des produits — que j’évalue à environ 14 % — mais surtout de financer les coûts monétaires de l’existence collective : salaires, cotisations, impôts, services, retraites, intérêts, revenus des employeurs et marges, soit environ 86 % du prix final.
Après avoir circulé par la consommation, cet argent devient le chiffre d’affaires des entreprises. Il rembourse les capitaux avancés, finance les intérêts et les dividendes, puis permet l’accumulation d’un nouveau capital. Celui-ci pourra ensuite être investi en France ou à l’étranger, y compris dans des obligations émises par l’État français.
Une partie de l’épargne produite en France peut donc sortir juridiquement du territoire, être placée dans un fonds luxembourgeois ou irlandais, puis revenir financer la dette française en rapportant des intérêts. Le citoyen finance alors successivement la production, l’accumulation du capital et les intérêts que l’État versera aux détenteurs de ce capital.
Manifester contre la vie chère sans en expliquer le mécanisme
Samedi 17 octobre, une mobilisation nationale doit rassembler des citoyens contre la vie chère, la stagnation des salaires et les politiques d’austérité. Elle doit également faire converger une partie du mouvement lycéen et étudiant, des Gilets jaunes, des syndicats, des salariés et des retraités.
Dans mon article Les citoyens trouvent leur propre existence trop chère, j’ai déjà expliqué le processus de formation de cette cherté.
Lorsque les citoyens disent que « tout est trop cher », ils pensent généralement au prix de la nourriture, du logement, de l’énergie ou du carburant. Mais ils ne voient pas que ces prix portent toute l’organisation sociale et capitalistique : les revenus, les prélèvements, les intérêts, les amortissements, les marges et la reconstitution du capital. Tout ce dont il ne sera pas fait état dans les débats.
Ce ne sont donc pas seulement les marchandises qui sont devenues chères. C’est l’existence humaine, transformée en ensemble de coûts et revendue à ceux qui la produisent, qui nourrit l’accumulation de capital.
Les manifestations contre la vie chère, contre les réformes des retraites et contre les mesures d’austérité expriment une colère parfaitement compréhensible. Mais elles attaquent généralement les conséquences visibles sans mettre en cause la boucle économique qui les reproduit qi n'est pas connu de la plus part des citoyens et dont les fervents défenseur du capitalisme se gardent bien d'expliquer pour ne pas justifier ou réalimenter une opposition au capitalisme.
On demande des salaires plus élevés sans expliquer comment leur augmentation reviendra dans les prix et le chiffre d’affaires augmenter le capital. On réclame une baisse des taxes sans dire comment seront financés les services correspondants en dehors de la dette. On accuse le gouvernement du moment sans interroger l’organisation comptable et monétaire qu’appliquerait presque identiquement son successeur. Le capitalisme est une impasse pour les salariés.
Une manifestation paisible suffit-elle ?
Chaque manifestation accompagnée d’incidents provoque le même commentaire : la violence desservirait la revendication et une marche paisible, familiale et chantante serait beaucoup plus efficace.
Si quelqu’un connaît une manifestation simplement souriante qui, par sa seule bonne humeur, a contraint un gouvernement à changer de politique, qu’il me la fasse connaître.
Il existe certes des mobilisations majoritairement pacifiques qui ont obtenu un recul politique : la défense de l’école privée en 1984, je ne connais que celle là; Le mouvement contre le plan Juppé de 1995 ou celui contre le contrat première embauche en 2006 n'ont pas été pacifistes. Mais leur efficacité associait une participation massive, une durée suffisante, des grèves, des blocages ou une menace électorale crédible.
Une manifestation tranquille que le pouvoir peut attendre de voir se disperser ne lui impose pratiquement aucun rapport de force.
Pour que la rue représente à elle seule une fraction politiquement incontournable du pays, il faudrait imaginer la présence d’environ neuf millions de salariés, soit près du tiers d’entre eux. Nous n’avons jamais connu une mobilisation nationale d’une telle ampleur au cours d’une même journée ni en France ni dans le monde, mais par un référendum cela est possible.
Faute de disposer de ces neuf millions de manifestants, les cortèges ordinaires sont comptés, commentés pendant quelques heures, puis rangés dans les archives de l’actualité.
Le cercle de la colère et de la violence
L’impuissance répétée nourrit alors la colère. Des casseurs profitent des rassemblements ; les forces de l’ordre interviennent ; les affrontements occupent les écrans ; les violences policières ou celles des manifestants alimentent les suivantes.
Le débat se déplace immédiatement : on ne parle plus du coût de la vie, mais des vitrines brisées ; on ne parle plus des salaires, mais du maintien de l’ordre ; on ne parle plus de l’austérité, mais des interpellations ; on ne parle plus du mécanisme économique, mais des images les plus spectaculaires.
Les casseurs offrent ainsi au pouvoir la justification de son dispositif policier, tandis que certaines pratiques policières renforcent en retour la colère et la radicalisation. Chacun nourrit alors l’existence de l’autre, pendant que le mécanisme économique initial disparaît de l’information.
Cela ne signifie pas que la violence serait une solution. Elle peut blesser des personnes, détruire le bien d’innocents, effrayer les participants et permettre au pouvoir de délégitimer l’ensemble du mouvement. Mais la condamner moralement ne suffit pas à expliquer pourquoi elle réapparaît : elle prospère aussi sur le sentiment que les moyens démocratiques ordinaires ne produisent aucun résultat.
Une surdité démocratique comptable
Dans une démocratie, manifester ne devrait pas seulement constituer un droit accordé aux citoyens. Cela devrait créer une obligation politique d’examiner sérieusement ce qu’ils expriment.
Or les gouvernements répondent généralement que la manifestation est entendue, tout en poursuivant la politique prévue. Ils invoquent la légitimité acquise lors de l’élection, même lorsque le vote reposait sur plusieurs sujets différents et n’accordait aucun mandat précis pour la mesure contestée ou que la légitimité du 2e tour était un trompe l'oeil.
C’est cette surdité institutionnelle qui permet de comprendre pourquoi La France insoumise propose un mécanisme de révocation des élus.
Je ne partage pas nécessairement cette proposition, car la révocation permanente pourrait soumettre l’action publique aux émotions immédiates, aux campagnes médiatiques et aux groupes disposant des moyens de mobilisation les plus puissants. Mais je comprends le problème auquel elle tente de répondre : que reste-t-il au citoyen lorsque voter ne permet pas de contrôler les décisions prises ensuite et que manifester pacifiquement ne suffit plus à les infléchir, et que le plan comptable gère la circulation monétaire ?
Nous n’aurons probablement jamais neuf millions de personnes simultanément dans la rue. Il faut donc inventer des institutions intermédiaires capables de transformer une contestation massive en obligation de débat, d’évaluation et de réponse : référendum encadré, initiative citoyenne, conventions représentatives, contrôle des engagements électoraux ou procédure de réexamen d’une loi.
Sans cela, nous conserverons le même enchaînement : vie chère→ colère→ manifestations →incidents →répression débat →sécuritaire→ oublie de la revendication.
Puis tout recommencera à la prochaine réforme.
Pendant ce temps, le pouvoir d’achat continuera d’être présenté comme la quantité de marchandises que chacun peut acheter, alors qu’il constitue surtout le carburant monétaire de la boucle économique de la reconstitution du capital par des clients salariés, qui ont acheté leur production ou service presque trois fois le prix, salaire + revenu employeur + augmentation du capital.
Les citoyens manifesteront contre la vie chère. Les gouvernements proposeront quelques aides financées par les citoyens eux-mêmes. Ces aides seront dépensées dans les entreprises, reviendront dans leur chiffre d’affaires et participeront de nouveau à la reconstitution du capital.
La protestation aura demandé que l’on corrige les conséquences. Le capitalisme aura récupéré le financement de la correction.
Nous aborderons l'identité française et l’migration
La chasse gardé de nostalgiques de la suprématie blanche de nationaliste de culture catholique qui nous vient de l'Asie mineure Sumérienne recueillant, au passage du juif Jésus christ sa romanité, d’une France prétendument homogène, blanche, nationale et catholique.
Se cristalliseront autour la peur d'un grand remplacement, l'effroi du métissage ou de la créolisation apporté par les colonies françaises disparues et les moyens modernes de communication et la circulation des personnes qui ne peut aller qu'en s’accélérant.
il est bon de savoir que le caractère fascisant ne réside pas dans le simple fait de parler d’identité française, mais dans la manière de la transformer en une essence immuable, menacée par des populations désignées comme étrangères au corps national.
Il s’agit pourtant déjà d’une reconstruction historique.
Le christianisme est né au Proche-Orient dans le monde juif. Jésus était juif et vivait dans une province soumise à Rome. Cette religion orientale a ensuite été traduite, diffusée et institutionnalisée dans l’Empire romain avant de devenir l’un des fondements culturels de l’Europe. Même ce que certains présentent comme l’essence catholique éternelle de la France résulte donc de migrations, de métissages intellectuels, de traductions et d’emprunts successifs.
La langue française elle-même mêle le latin populaire, des héritages celtiques et germaniques, puis d’innombrables apports italiens, arabes, espagnols, anglais, africains et asiatiques. La France n’a jamais été une substance demeurée pure. Elle est une construction géohistorique continuellement transformée par les conquêtes, les invasions, les échanges, les guerres, les migrations, les colonisations et les progrès techniques.
Mais cette réalité complexe se vend mal électoralement. La peur, elle, se résume facilement.
Le débat se cristallisera donc autour du « grand remplacement », de l’immigration, de l’islam, du métissage et de la créolisation. La disparition de l’empire colonial français sera oubliée, comme si la France pouvait avoir occupé, administré et culturellement transformé une partie du monde sans que cette histoire produise ensuite des circulations humaines vers la métropole.
On voudrait conserver les conséquences économiques et linguistiques de la colonisation tout en refusant ses conséquences humaines.
Les moyens modernes de communication et de transport accélèrent désormais la circulation des personnes, des images, des marchandises, des croyances et des manières de vivre. Aucun mur ne pourra rendre aux nations l’isolement relatif dans lequel elles se sont autrefois construites. On peut organiser ces mouvements, fixer des règles et débattre légitimement de la capacité d’accueil. Mais promettre de restaurer une France culturellement figée revient à vendre une photographie imaginaire d’un passé qui n’a jamais existé.
Quand l’identité devient un instrument de pouvoir.
Le FN/RN s'en est emparé et une partie de la droite décomplexé cours après.
L’identité possède une fonction psychique importante. Elle répond aux besoins d’appartenance, de continuité et de sécurité. Elle permet à l’individu de dire « nous » dans un monde qu’il maîtrise imparfaitement.
Mais elle devient politiquement dangereuse lorsque ce « nous » ne peut plus exister sans fabriquer un « eux ».
Le mécanisme fascisant commence précisément à cet endroit : la nation est présentée comme un organisme vivant ; son identité serait naturelle, ancienne et homogène ; une population intérieure ou étrangère serait en train de la contaminer ou de la remplacer ; les institutions démocratiques seraient trop faibles pour la défendre ; les intellectuels, les juges, les journalistes et les associations seraient complices de son déclin ; seul un pouvoir autoritaire pourrait restaurer son unité et sa grandeur.
La population n’est alors plus considérée comme un ensemble de citoyens juridiquement égaux. Elle est divisée entre ceux qui appartiendraient véritablement à la nation et ceux qui n’y seraient que tolérés, même lorsqu’ils sont nés en France, y travaillent, y paient leurs impôts et participent à toute sa vie sociale.
La nationalité légale ne suffit plus : on lui substitue une nationalité imaginaire fondée sur l’origine, la religion, le prénom, la couleur de peau ou une mystérieuse « souche ».
Transformer une inquiétude réelle en explication universelle
Les tensions liées à l’immigration, à l’intégration, aux pratiques religieuses ou à la concentration de populations pauvres dans certains quartiers ne doivent pas être niées. Les nier abandonne le terrain à ceux qui les transforment en obsession identitaire.
Mais ces difficultés ont également des causes économiques et politiques : chômage, ségrégation urbaine, insuffisance des services publics, discrimination, crise du logement, désindustrialisation, concentration de la pauvreté et abandon de certains territoires.
Le discours fascisant accomplit alors une substitution particulièrement efficace. Il remplace l’analyse du système économique capitaliste par la désignation d’une population responsable des maux qui lui appartiennent.
Le salarié ne peut plus se loger : on lui montre l’immigré.
L’hôpital manque de personnel : on lui montre l’étranger qui se fait soigner.
L’école manque de moyens : on lui montre les enfants issus de l’immigration.
Les salaires stagnent et le capital s’accumule : on lui montre le bénéficiaire d’une prestation sociale.
Ainsi, les responsables visibles de la pauvreté deviennent les pauvres eux-mêmes, tandis que le mécanisme de production et de concentration du capital demeure hors du débat.
Une identité continuellement reconstruite
Une identité collective n’est pas une origine biologique conservée intacte. C’est un récit transmis, corrigé et enrichi par chaque génération.
La République française avait précisément tenté de déplacer l’appartenance : ne plus faire de la religion, du sang ou de l’origine la condition de la communauté politique, mais reconnaître comme citoyens ceux qui vivent sous les mêmes lois et participent à leur élaboration.
Cette promesse n’a jamais été parfaitement réalisée. Mais elle représente une rupture décisive avec la conception tribale de la nation.
La question raisonnable n’est donc pas : « Comment empêcher la France de changer ? » Elle change depuis qu’elle existe. Pas une seule culture ne peut pas arrêter l'évolution humaine.
La véritable question est : Comment construire une culture politique commune permettant à des populations d’origines différentes de vivre, de travailler et de décider ensemble, sans exiger qu’elles effacent toutes leurs histoires particulières en attendant que le temps et les générations fassent leurs œuvres transformatrices.
Le retour du groupe primitif
Le nationalisme réactive à l’échelle d’un territoire les anciens réflexes du groupe : identifier les semblables, surveiller les étrangers, défendre les ressources et se soumettre à un chef lorsque la menace paraît suffisamment grande.
Ce mécanisme a longtemps contribué à la survie des communautés humaines. Mais il devient dangereux dans un monde où les économies, les communications, les technologies, le climat, les armes et les migrations dépassent les frontières.
Nous sommes techniquement entrés dans une civilisation mondiale tout en restant psychiquement attachés aux réflexes de petites tribus concurrentes.
C’est là que le débat identitaire devient fascisant : non lorsqu’il demande ce que nous voulons transmettre, mais lorsqu’il prétend résoudre les difficultés du présent par l’exclusion, l’homogénéisation et la recherche d’un homme providentiel.
Pendant que les citoyens débattront de la couleur, de la religion et de l’origine de leurs voisins, ils ne débattront plus de la propriété du capital, de la formation des prix, du financement de leur existence ni de l’avenir du travail.
Le capitalisme n’a aucune difficulté à s’accommoder du nationalisme. Il peut déplacer les capitaux, employer une main-d’œuvre internationale et vendre partout dans le monde, tout en laissant les populations se disputer pour savoir lesquelles seraient les plus authentiquement nationales.
La bataille identitaire occupe alors les émotions. La boucle économique, elle, poursuit silencieusement son travail.
Les retraites, l'enseignement, la santé
Ils feront l’objet de contre verse par le petit bout de la lorgnette.
Nous pouvons financer nos retraites, nos services de santé et l’enseignement en faisant cotiser les machines à hauteur des besoins de ces branches, car les machines travaillent plus que les salariés, sans que les cotisations machine entre dans les charges, sinon les employeurs l'incorporeront dans les prix et les salariés l’achèteront, mais cela suppose de changer de modèle économique.
j'avais estimé pour couvrir l'endettement de la sécurité sociale par le financement direct sur les salaires sans passer par l'emprunt qui exige de rembourser des intérêts une augmentation des cotisation sécurité sociale de 11%, soit 436 € sur un salaire moyen de 3602 €. Le refus permanent des salariés d'assumer le coût de de la sécurité sociale faire à mesure les rattrapent aujourd'hui par l'endettement en croyant que faire financer la sécu par l'état ou le patronat ce n'étaient pas eux qui le payaient.Voir les détails en annexe 3/
Nous aurons droit aux petites phrases.
également aux sondages quotidiens, aux affrontements soigneusement organisés, aux révélations sur la personnalité des candidats plus que,sur leur programme déjà la confrontation Le Pen Mélenchon à commencé et aux analyses psychologiques de comptoir que suscitent une partie d'inculture chez des citoyens.
Les communicants chercheront la formule qui touche l’émotion. Les chaînes d’information transformeront la politique en feuilleton. Ensuite lors que le candidat sera trop long pour fournir des explications sur son programme, la parole lui sera coupé pour qu'il le résume synthétiquement car les téléspectateurs n'écoutent plus au delà d'une minute. Ils préfèrent les raccourcies, "un tel est un con", l'on ne sait pas pourquoi mais c'est clair et facile à reprendre pour le diffuser.
Dans ce long article j'ai mis en annexe ce qu'il faut savoir pour comprendre ce qui sera évoqué en phrases morses. Personne n'écouterait les explications mises en annexe, aussi sont-ils surpris quand il voit l'élu faire autre chose que ce qu'ils avaient cru comprendre; l'émancipation des citoyens est toujours d'actualité dans un pays et même un monde de borgnes comme le démontrera une étude.
Ainsi chaque candidat proposera sa variété de salade : scarole sécuritaire, laitue sociale, feuille de chêne identitaire ou mesclun écologique. Les goûts différeront, mais nous resterons devant le même rayon, où les acheter nourri l'humain et lecapital.
Personne, ou presque, ne demandera pourquoi nos difficultés se reproduisent sous tous les gouvernements.
Les mêmes problèmes dans la même machine
La droite parlera d’autorité, de travail et d’économies budgétaires. L’extrême droite désignera les étrangers, les immigrés et l’Europe comme responsables de nos difficultés. Les sociaux-démocrates proposeront une redistribution plus juste. Les écologistes chercheront de nouveaux financements pour la transition. Les libéraux demanderont encore de réduire les dépenses publiques et de travailler davantage.
La France insoumise tentera probablement de maintenir un débat plus élevé sur les institutions, la redistribution, la planification écologique et la VIᵉ République. Mais elle devra le faire devant tous ceux qui ont intérêt à ramener la discussion vers les faits divers, les personnes, les appartenances et les peurs.
Même si elle y parvient, une difficulté demeurera : redistribuer autrement les résultats du capitalisme ne suffit pas à sortir de son mécanisme de reproduction.
Nous discuterons donc de la meilleure manière de conduire une machine dont presque personne ne voudra ouvrir le moteur.
Or ce moteur est relativement simple :
capital avancé → salaires et dépenses de production → biens et services → consommation → chiffre d’affaires → reconstitution et accumulation du capital.
Les gouvernements peuvent modifier les impôts, les cotisations, les aides, les salaires minimaux et les prestations. Ces interventions changent légitimement la répartition des richesses. Elles peuvent soulager la pauvreté, financer les services publics et réduire certaines inégalités.
Mais l’argent redistribué devient ensuite de la consommation. Cette consommation alimente le chiffre d’affaires. Celui-ci reconstitue les coûts, les marges et le capital engagé. La redistribution corrige les résultats de la boucle sans nécessairement transformer la boucle elle-même.
Voilà ce dont la présidentielle ne parlera vraisemblablement pas.
Exemple avec la proposition de la LFI de porter le Smic à 1700 €.
Porter le Smic à 1 700 euros améliorerait immédiatement la vie des salariés concernés. Mais, sans modification de la formation des prix, l’augmentation deviendrait une charge que les entreprises chercheraient à récupérer par la consommation, la productivité et l’automatisation. Une partie importante des 5,9 milliards distribués reviendrait immédiatement dans leur chiffre d’affaires ; le reste serait progressivement incorporé aux prix. Le capital récupérerait alors l’avance salariale et pourrait y ajouter sa marge.
Lire les explications techniques en ANNEXE 4/
La retraite comme théâtre de l’absurde
La question des retraites résume cette incapacité à penser autrement.
On nous demandera s’il faut travailler jusqu’à 64, 65, 66 ou 67 ans, augmenter le nombre de trimestres, diminuer les pensions ou relever les cotisations. Les candidats disposeront les curseurs différemment, puis présenteront leur combinaison comme une découverte historique.
Pendant ce temps, la fécondité diminue, la population vieillit et l’intelligence artificielle comme la robotisation transforment progressivement la place du travail humain. En 2025, la France a enregistré moins de naissances que de décès pour la première fois depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Le nombre de naissances était inférieur d’environ 24 % à celui de 2010.
Le Conseil d’orientation des retraites estime que les dépenses de retraite représentaient 14,1 % du PIB en 2025. Ses projections dépendent nécessairement de la démographie, de l’emploi, de la productivité, des salaires et de la croissance.
Nous pourrions donc poser une question fondamentale :
Si les machines permettent de produire davantage avec moins de travail humain, pourquoi cette augmentation de la capacité productive devient-elle un problème pour financer la retraite ?
Matériellement, une société plus productive est plus riche. Pourtant, comptablement, elle peut devenir incapable de financer ses retraités parce que les machines ne perçoivent pas de salaire et ne versent pas de cotisations.
Ce paradoxe ne démontre pas l’échec de la technologie. Il révèle l’inadaptation d’un financement de la vie presque entièrement construit autour de l’emploi salarié.
La réponse électorale habituelle consiste néanmoins à faire travailler les humains plus longtemps au moment même où nous consacrons des fortunes à inventer des machines capables de les remplacer.
Il fallait oser.
Les syndicats ont-ils oublié la Charte d’Amiens ?
En 1906, la Charte d’Amiens assignait au syndicalisme une double tâche : défendre les intérêts immédiats des travailleurs et préparer leur émancipation complète. Elle évoquait explicitement la disparition du salariat et du patronat. Elle concevait le syndicat comme une possible organisation future de la production et de la répartition. Les deux organisations disposant de ce statut sont la CGT et la CGT-FO
Que reste-t-il aujourd’hui de cette ambition ?
Les organisations syndicales défendent les salaires, les retraites, les conditions de travail et les services publics. Elles accomplissent ainsi une mission indispensable. Mais la défense du salarié a progressivement remplacé la réflexion sur l’abolition de sa dépendance économique. l'abolition du salariat et du patronat est devenu pour eux une déclaration Utopique.
En fait ils négocient, comme je l'ai eu fait, le prix de la soumission au capital, beaucoup plus rarement sa disparition. Encore heureux qui ne l'ai pas retiré de la charte d'Amiens comme les socialiste on retiré de leur statut la lutte anti capitaliste
J’ai transmis le Modèle Joule à tous les syndicats, des chercheurs, des économistes, des responsables politiques, des médias, des institutions nationales et internationales. J’ai reçu quelques encouragements, de nombreux accusés de réception automatiques et surtout un immense silence.
Ce silence ne démontre pas que le modèle est juste. Il serait prétentieux de l’affirmer. Mais il révèle notre difficulté collective à examiner une proposition qui déplace les fondations de ce que nous connaissons.
De quoi ont peur la CGT et la CGT-FO
Les institutions syndicales elles-mêmes vivent dans le monde du salariat. L’abolition du salariat ne menace donc pas seulement une relation économique : elle bouleverse les identités, les fonctions, les habitudes et les raisons d’exister de ceux qui sont chargés de le défendre.
La peur ne vient pas toujours de ce que l’on risque de perdre matériellement. Elle vient aussi de la disparition du monde intellectuel dans lequel on a appris à penser. Clairement les syndicalistes d'aujourd'hui n'auraient jamais écrit l'abolition du salariat et du patronat dans la charte d'Amiens.
Tous les deux ont reçu le modèle économique Joule qui redonne le capital réel (l'énergie humaine aux citoyens) avec la responsabilité de sa gestion par les acteurs économiques. Le salariat disparaît, l'employeur ne finance plus les salaires et les salariés deviennent des partenaires économiques; les travailleurs n’achètent plus leur vie aux employeurs, ils achètent le coût de production réel d'un produit ou service. La liberté d'entreprendre et maintenue et encouragée, mais elle ne permet plus de dominer le monde du travail par le capital. Ensuite dans la continuité de la valeur du travail, celle des machines est comptabilisée pour le nombre d'emplois qu'elles remplacent. Il n'y a plus de dette de l'état, plus d'impôts nécessaires, plus de TVA et autres prélèvements. la comptabilisation de l'énergie humaine et celle des machines cristallisées suffisent pour dégager plus de financement que nous en avons besoin, ou voir assez pour entreprendre avec efficacité la transition écologique. Le modèle pérennise également l'émancipation des citoyens par un enseignement rémunéré tout au long de l'existence; ainsi le modèle Joule apporte ce que la charte d'Amiens revendiquait mais avec les moyens d'aujourd'hui sans grève générale et sans révolution.
Et bien aucune de ces deux organisations dont le modèle joule réalise la disparition du salariat et la domination du patronat ne c'est fendu d'une réponse pas même l'organisation dans laquelle j'ai milité.
La France est riche, mais sa richesse ne finance pas librement ses besoins
La campagne parlera sans relâche de la dette et de l’appauvrissement de la France.
Pourtant, fin 2024, le patrimoine économique national atteignait 19 559 milliards d’euros. Le patrimoine des ménages en représentait 14 953 milliards. Ces données ne signifient évidemment pas que cette somme existe sous forme de billets immédiatement disponibles : elle comprend des logements, des terrains, des entreprises et des actifs financiers. Elles montrent néanmoins que la France n’est pas matériellement un pays pauvre.
Cette richesse est en outre très inégalement distribuée : début 2024, 10 % des ménages possédaient plus de 858 000 euros de patrimoine brut tandis que 30 % en détenaient moins de 40 000.
Nous disposons de travailleurs, de connaissances, de machines, d’ingénieurs, de scientifiques et de ressources. Mais nous affirmons régulièrement ne pas avoir les moyens de construire, de soigner, de former, de protéger les forêts, de retenir l’eau ou d’adapter les territoires.
Ce qui manque n’est pas toujours la capacité réelle. Ce qui manque, c’est l’autorisation monétaire de la mobiliser.
Dans notre organisation, une réalisation qui ne promet pas de revenus suffisants au capital peine à voir le jour, même lorsqu’elle est indispensable à la collectivité. La monnaie n’est plus seulement un moyen d’échange. Elle est devenue une autorisation d’agir.
Le climat ne se négociera pas avec le plan comptable
La transition écologique change entièrement l’échelle du problème.
Il faut adapter les logements, transformer les transports, remplacer les énergies fossiles, réorganiser l’agriculture, préserver les sols, retenir l’eau hivernale, restaurer les nappes, protéger les forêts, prévenir les incendies, renforcer les digues, dépolluer les territoires et développer la recherche.
Ces travaux demandent des matériaux, des machines, des connaissances et surtout du temps humain.
Nous continuons pourtant à les traiter comme des dépenses supplémentaires qu’il faudrait faire entrer dans les marges budgétaires du système existant.
Nous cherchons combien cela coûtera avant de demander si nous possédons les capacités physiques de le réaliser. Puisque le financement paraît trop lourd, nous retardons les travaux. Lorsqu’une inondation, une sécheresse ou un incendie survient, nous dépensons pour réparer ce que nous n’avons pas voulu prévenir.
Le plan comptable peut parfaitement enregistrer la destruction d’une forêt, puis la reconstruction des maisons brûlées, comme une augmentation d’activité. Il sait mesurer la circulation monétaire engendrée par le désastre. Il ne sait pas décider si cette activité constitue un progrès humain.
Le climat se moque de la rentabilité des capitaux. L’eau ne consulte pas le déficit public avant de déborder. Le feu n’attend pas qu’un investissement produise un rendement convenable avant de traverser une forêt. C'est pourquoi il faut changer de modèle économique, le capitalisme consommera toutes les énergies fossiles, nous pourrions déjà calculer par rapport aux réserves déclaré combien nous allons produire de CO2.
Les réserves mondiales prouvées atteignent environ 1 572 milliards de barils. À raison de 0,43 tonne de CO₂ par baril brûlé, leur combustion produirait près de 676 milliards de tonnes de CO₂. En ajoutant l’extraction, le raffinage et le transport, leur empreinte pourrait approcher 800 milliards de tonnes. Les réserves pétrolières ne constituent donc pas seulement une richesse disponible : elles représentent une quantité de carbone que l’atmosphère ne peut absorber sans aggraver considérablement le dérèglement climatique. Le capitalisme les inscrit comme des actifs à exploiter, alors que la sécurité humaine impose d’en laisser une part importante sous terre.
Les politiques climatiques ne font pas encore baisser la température mondiale. Elles évitent qu’elle augmente davantage. Les engagements actuellement annoncés permettraient, s’ils étaient intégralement respectés, d’éviter environ 0,3 à 0,5 °C de réchauffement d’ici 2100 par rapport aux politiques effectivement appliquées. Une action permettant de rester près de 1,5 °C éviterait environ 1,3 °C par rapport à la trajectoire actuelle de 2,8 °C. Pour que la température commence véritablement à diminuer, il faudrait atteindre zéro émission nette, puis retirer durablement du CO₂ de l’atmosphère. Nous comprenons déjà que l'intérêt capitaliste qui pousse à trouver de nouveau gisement contrevient à toutes les décisions écologiques des réunions internationale.
Voir Annexe 5/
L’intelligence artificielle révèle notre contradiction
L’intelligence artificielle peut supprimer certaines tâches, transformer des métiers et libérer du temps humain. Elle pourrait nous aider à organiser les connaissances, optimiser les réseaux, anticiper les catastrophes, développer de nouvelles technologies et orienter les capacités disponibles vers les nécessités collectives.
Mais dans le modèle actuel, chaque gain de productivité pose immédiatement une question marchande : combien d’emplois peut-on supprimer, combien de coûts peut-on réduire et quelle marge supplémentaire peut-on dégager ?
La machine n’est pas dangereuse par elle-même. Ce sont les finalités que notre organisation lui assigne qui doivent être interrogées.
Nous risquons ainsi de disposer simultanément :
- de millions d’heures humaines libérées ou précarisées par l’automatisation ;
- d’immenses besoins de travail pour adapter le pays ;
- et d’un système comptable déclarant qu’il n’existe pas assez d’argent pour relier les deux.
Il ne faut pas inventer de faux chiffres pour comprendre le paradoxe. Personne ne sait exactement combien d’emplois l’IA supprimera, transformera ou créera. Mais une chose est certaine : l’automatisation affaiblira progressivement un financement social reposant principalement sur les revenus du travail si ses gains restent concentrés dans le capital.
Il m'arrivait souvent d'affirmer que la droite n'a jamais apporter des progrès sociaux sans qu'ils leur furent imposés par le conflit. leur proposition sur les retraites le démontre encore et il est regrettable que le PS s'y associe. Cela car les choix des gouvernements doivent pouvoir entrer dans le plan comptable et ne pas représenter une charge plus élevé, pour faire face à la concurrence extérieure.
Le combat économique entre nations.
Le capitalisme transforme l’abondance productive en insécurité sociale
Le capitalisme nous a apporté une puissance productive considérable. Il a développé les machines, les échanges, les sciences appliquées et une grande partie de notre confort matériel.
Mais il est organisé juridiquement et comptablement pour reconstituer et, si possible, augmenter le capital engagé.
Il ne produit donc pas seulement des biens au moyen du capital. Il produit du capital au moyen des biens.
Lorsque la machine remplace l’être humain, le propriétaire de la machine augmente potentiellement sa productivité. Mais le salarié supprimé perd le revenu qui lui permettait d’acheter la production. Ce qui constitue une richesse technique devient alors une menace sociale.
Plus nous sommes capables de produire avec peu de travail, plus notre système nous demande de protéger l’emploi nécessaire à la distribution des revenus.
Nous avons créé des machines pour économiser notre énergie, puis organisé notre survie autour de l’obligation de vendre cette énergie.
Voilà l’absurdité que la présidentielle devrait mettre en débat.
nous pouvons imaginer par l'absurde que sur la poursuite de la ligne économique capitaliste d'aujourd'hui en l'an 3000 le peu de travailleurs qui il y aura mourront au travail pour financer les retraites en travaillant plus.
Le dominant a changé d’apparence
Pendant des millénaires, le dominant fut facilement identifiable. Il tenait un glaive, possédait la terre, commandait une armée ou disposait d’un titre.
L’esclave, le serf et le serviteur connaissaient celui auquel ils étaient soumis.
Le dominant contemporain est plus difficile à voir. Il prend la forme d’un système de propriété, de contrats, de dettes et d’écritures comptables. Les dirigeants d’entreprise eux-mêmes lui sont soumis : ils doivent produire, vendre, préserver leurs marges, rémunérer les capitaux et dépasser leurs concurrents sous peine de disparaître.
Le capitalisme est un dominant sans visage.
Il demeure cependant solidement appuyé sur notre psychologie. Chacun cherche la sécurité, la reconnaissance et, si possible, une position lui permettant de ne pas être dominé. Le système transforme cette recherche universelle en concurrence permanente.
Voilà pourquoi les populations s’attachent souvent aux formes de dépendance qu’elles connaissent. L’esclave pouvait redouter l’abandon de la protection du maître. Le serf dépendait du domaine. Le serviteur dépendait de la maison. Le salarié dépend de l’emploi qui lui donne accès à la consommation.
Lorsque cette dépendance assure la subsistance, notre cerveau préfère fréquemment une sécurité imparfaite à une liberté inconnue.
Les dominés ne créent donc pas spontanément l’organisation qui succédera à leur domination. Les esclaves n’ont pas inventé le servage, les serfs n’ont pas conçu la servitude et les serviteurs n’ont pas créé le salariat. Rien ne garantit que les salariés imagineront spontanément le partenariat qui pourrait lui succéder.
Seul le hasard de sa circulation pourra retenir une attention ici ou ailleurs.
Les Français critiquent le capitalisme sans nécessairement connaître son mécanisme
Une enquête Ipsos de 1998 montrait déjà que : 30 % des Français associaient le capitalisme à la peur ; 23 % à la révolte ; seulement 3 % à l’enthousiasme ; 13 % voulaient le transformer radicalement ; 33 % le réformer en profondeur ; 44 % seulement l’aménager sur quelques aspects.
Par ailleurs, 68 % associaient le capitalisme à l’égoïsme, mais 72 % aux innovations technologiques. Ipsos; C'est deux opinions sont la preuve de l'ignorance de ce qui est le fondement psychologique du capitalisme. Je l'illustre souvent par la parabole du pommier. l'humain prend d'abord celles à porté de main, puis se hisse sur la pointe des pieds pour d'autres et enfin organise une industrie pour fabriquer une échelle pour atteindre celles hors de porté naturelle, c'est la culture.
Ce résultat montre une perception ambivalente : les citoyens voient les effets positifs et négatifs du capitalisme, mais cela ne démontre nullement qu’ils comprennent sa mécanique comptable.
Si les citoyens avaient une connaissance de la formation du capital que j'explique par la boucle, ils comprendraient que le capitalisme ne se réforme pas, si l'on ne réforme pas sa comptabilisation dans le plan comptable, c'est à dire, si l'on ne sort pas la vie de charge.
Une enquête internationale publiée en 2023 dans 34 pays confirme cette opposition. En France, les deux critiques les plus fréquemment retenues étaient :
- le capitalisme accroît les inégalités ;
- il est dominé par les riches, qui influencent l’agenda politique.
L’égoïsme, la cupidité et les monopoles figurent également parmi les reproches les plus fréquents. Wiley Online Library
Les citoyens identifient donc assez bien certains résultats du capitalisme : concentration des richesses, pouvoir des plus fortunés et inégalités. Mais percevoir les conséquences n’est pas comprendre le processus qui les produit.
Leur connaissance économique reste partielle
Une enquête Ifop publiée en septembre 2026 conclut que les Français disposent de repères économiques généraux, mais maîtrisent mal les ordres de grandeur, particulièrement ceux concernant les finances publiques et les entreprises. Le sentiment de comprendre l’économie est aussi beaucoup plus élevé parmi les personnes les mieux dotées scolairement et économiquement. Ifop Group
L’enquête 2023 de la Banque de France donne aux Français un score global de culture financière de 12,45 sur 20. Mais seulement 56 % possèdent les connaissances financières considérées comme élémentaires, contre 58 % dans l’ensemble des pays étudiés par l’OCDE. Les mécanismes des intérêts simples et composés restent notamment insuffisamment compris. Mes questions d'argent
Une ancienne étude du Crédoc apportait une indication encore plus parlante :
- à peine une personne sur deux connaissait la définition d’un dividende ;
- moins d’une sur quatre savait ce qu’est une obligation ;
-moins d’une sur deux identifiait correctement un fonds commun de placement. solidarites.gouv.fr
Même les dirigeants de petites entreprises présentent certaines lacunes. Une enquête de la Banque de France indique que beaucoup comprennent mal la place des fonds propres dans le bilan, alors que ceux-ci comprennent précisément le capital apporté et les résultats accumulés qui n’ont pas été distribués. 2021
Ce que les enquêtes ne demandent pratiquement jamais
Les études interrogent les citoyens sur : leur appréciation du capitalisme ; les inégalités ; la liberté d’entreprendre ; la concurrence ; les profits et les dividendes ; l’inflation, le crédit ou l’épargne.
Mais elles ne leur demandent presque jamais de reconstituer le circuit complet :
capital avancé → salaires, matières et autres coûts → production → prix → consommation → chiffre d’affaires → paiement des charges → bénéfice conservé ou distribué → retour au capital reconstitué et éventuellement augmenté.
Elles ne demandent pas davantage :
- d’où vient l’argent qui permet de payer les bénéfices et les dividendes ;
- comment les prélèvements et les intérêts entrent dans les coûts, les prix ou les marges ;
- comment la consommation des ménages permet aux entreprises de récupérer leurs avances ;
- comment les bénéfices non distribués deviennent des réserves puis des capitaux propres ;
- pourquoi une machine est inscrite comme actif tandis que le travail humain est enregistré comme charge ;
- comment la redistribution publique réinjecte de la demande dans le chiffre d’affaires des entreprises.
Nous disposons donc de nombreuses enquêtes sur ce que les citoyens ressentent devant le capitalisme, mais presque aucune sur leur compréhension de ce qui reproduit le capitalisme.
La conclusion que l'on peut raisonnablement défendre
Il serait excessif d’écrire qu’aucun citoyen ne sait comment le capital se forme. Certains salariés, entrepreneurs, comptables, économistes ou investisseurs le comprennent.
Mais en revanche on peut affirmer ceci :
Les enquêtes montrent que les citoyens perçoivent assez clairement les conséquences du capitalisme — inégalités, concentration des richesses et pouvoir des plus fortunés — mais elles ne démontrent pas qu’ils comprennent son mécanisme de reproduction. Les études de culture financière révèlent au contraire des lacunes jusque dans la compréhension des dividendes, des intérêts et des fonds propres. Surtout, aucune grande enquête ne semble leur demander de reconstituer la boucle complète par laquelle le capital avancé revient à ses propriétaires, puis s’accumule grâce aux ventes et aux bénéfices conservés.
Souvent quand ils ont affirmé que le capitalisme est l'exploitation de l'homme par l'homme, ils ont diffusé toutes leurs connaissances disponibles.
Cela renforcerait parfaitement mon idée centrale : les citoyens jugent le capitalisme principalement à partir de ce qu’ils voient — prix, salaires, impôts, dette et fortunes — sans disposer d’une représentation d’ensemble reliant ces éléments. et les débats politiques s'en tiennent là, puisque personne ne pose les questions qui fâchent en conscience car les journaux et les médias généralistes ont reçu le modèle joule où ce sujet est traité.
On pourrait même en tirer une phrase mordante :
Les Français savent que le capitalisme produit des riches, mais personne ne leur demande s’ils savent comment leur propre travail et leur consommation produisent ces richesses.
Ce que propose le Modèle Joule
Le Modèle Joule part d’une réalité que la comptabilité monétaire laisse dans l’ombre : aucune richesse humaine n’existe sans l’énergie des mains, de l’intelligence, de l’apprentissage et de la coopération.
Les machines elles-mêmes constituent de l’énergie humaine accumulée. Elles ont été imaginées, construites, alimentées, entretenues et perfectionnées par des générations d’êtres humains.
Le Modèle Joule propose donc de reconnaître comme capital fondamental la capacité humaine, scientifique, technique et mécanique dont dispose la société.
Il ne s’agit pas de confisquer les logements, les entreprises ou les biens personnels. La propriété privée, l’initiative et le droit d’entreprendre peuvent subsister. Mais l’accès à la vie ne dépendrait plus exclusivement de l’obligation de vendre son travail à celui qui possède le capital monétaire.
Le salariat serait remplacé par un partenariat économique. La capacité productive des machines participerait au financement de la vie. Un revenu d’enseignement rémunérerait l’apprentissage des adultes tout au long de leur existence. L’État évaluerait démocratiquement ses besoins et serait financé par la Banque Joule à partir de la réserve de capacité nationale, plutôt que par une accumulation infinie d’impôts, de cotisations et de dettes.
On peut contester cette proposition, en discuter les méthodes, en vérifier les calculs et en corriger l’architecture.
Mais encore faudrait-il accepter de l’étudier.
Pourquoi cette présidentielle sera-t-elle de merde ?
Parce qu’elle traitera les symptômes comme des problèmes indépendants.
La dette sera séparée de la création monétaire. Les retraites seront séparées de l’automatisation. L’automatisation sera séparée de la répartition des revenus. L’écologie sera séparée de la comptabilité et des disponibilités monétaires. L’immigration sera séparée de la démographie et des besoins de main-d’œuvre. La sécurité sera séparée des inégalités et de l’insécurité sociale.
Chaque candidat viendra avec son morceau de puzzle et prétendra posséder l’image complète.
Les citoyens seront invités à choisir celui qui exprime le mieux leur colère, leur peur ou leur espoir immédiat. Les médias demanderont qui a gagné le débat, qui s’est montré présidentiable, qui a commis une faute et qui a prononcé la phrase destinée à circuler sur les réseaux sociaux.
Puis nous élirons un nouveau conducteur pour la même machine.Des candidats se dévoilent mais que pense t'il être capable de faire s'ils ne remettent pas en cause le capitalisme, ils vendront, l'illusion d'une nouveauté, et nous continuerons de croire qu'en changeant la tête nous changeons de politique. L'on ne peut pas dire qu'ils manque d'expérience en la matière après avoir essayé cinq présidents depuis 1981. et ils croient toujours en cela, c'est pourquoi nous entendons dire : nous n'avons pas essayé Marine. Nous ne pouvons pas être aussi nul que cela, sans remettre en cause les qualités de chacun, qui comme leurs prédécesseurs, suivrons le plan comptable et la boucle.
Alors quelques mois plus tard, nous découvrirons qu’il ne peut pas tenir ses promesses. Nous l’accuserons de nous avoir trompés. Nous oublierons que nous lui avons demandé de résoudre les conséquences du système sans toucher au système qui les produit.
Le courage politique ne consisterait pas à promettre davantage, mais à dire aux citoyens :
Vous ne choisirez pas seulement un président. Vous devrez décider si vous voulez continuer à organiser votre existence autour de l’accumulation du capital ou reconnaître comme richesse première la puissance humaine qui produit tout le reste.
Voilà le débat présidentiel dont nous aurions besoin, et que personne ne soutiendra.
Nous aurons probablement à la place des drapeaux, des faits divers, des boucs émissaires, des courbes de sondage, des promesses de pouvoir d’achat et des concours d’autorité.
Nous sommes une espèce techniquement surpuissante, philosophiquement adolescente et psychiquement gouvernée par des réflexes qui assuraient autrefois la survie de petits groupes concurrents.
Nous pouvons changer de président autant de fois que nous le voulons : tant que nous ne changerons pas la représentation de la richesse et la finalité de notre économie, nous reproduirons les mêmes crises.
C’est pour cela, et non par simple goût de la provocation, que je l’affirme dès maintenant :
Nous allons vivre une présidentielle de merde, parce que nous nous apprêtons une fois encore à discuter de tout, sauf de l’organisation qui produit ce dont nous nous plaignons.
ANNEXES 1/
Evolution sur dix millésimes comparables, de 2016 à 2025, de la délinquance et la criminalité en France déclaré par des dépôts de plaintes. Ce sont les chiffres que donne le ministère sans distinguer celles qui seront écartés après enquête; Ce qui donne un résultat faussé sur lequel s'appuient les médias, des politiques qu'ils transmettent à la population qui en déduit émotionnellement une insécurité.
La réalité est plus complexe je vous l'expose.
La conclusion est nette : la délinquance n’évolue pas dans une seule direction. Les vols et cambriolages diminuent sensiblement, tandis que les violences enregistrées, les tentatives d’homicide et les escroqueries augmentent.
Il n’existe donc pas un « taux général de criminalité » scientifiquement satisfaisant. Additionner des victimes, des infractions, des véhicules volés et des personnes mises en cause pour stupéfiants produirait un chiffre sans signification. Le ministère lui-même précise que les unités de compte diffèrent et qu’il n’est pas pertinent de les agréger. data.gouv.fr Mais un parti comme le FN/RN s'en bat l’œil depuis 1984, il a construit sa notoriété sur l'insécurité et l'immigration.
Évolution en masse et rapportée à la population
Les calculs suivants sont réalisés à partir des données régionales du SSMSI, agrégées pour la France. La population prise en compte passe d’environ 66,6 millions en 2016 à 68,4 millions en 2025, soit une augmentation proche de 2,6 %. Le taux corrige donc l’effet de cette croissance démographique.
Infraction enregistrée 2016 2025 Évolution du nombre Taux 2016 Taux 2025 Évolution du taux
Homicides 911 975 +7 % 1,37 pour 100 000 hab. 1,43 +4 %
Tentatives d’homicide 2 259 4 477 +98 % 3,39 pour 100 000 hab. 6,55 +93 %
Violences physiques 277 268 472 409 +70 % 4,16 pour 1 000 hab. 6,91 +66 %
dont intrafamiliales 113 821 256 681 +126 % 1,71 3,76 +120 %
dont hors cadre familial 163 447 215 728 +32 % 2,45 3,16 +29 %
Violences sexuelles 51 913 132 143 +155 % 0,78 1,93 +148 %
Vols avec armes 10 907 7 913 −27 % 0,16 0,12 −29 %
Vols violents sans arme 94 758 49 193 −48 % 1,42 0,72 −49 %
Vols sans violence contre des personnes 709 436 622 059 −12 % 10,65 9,10 −15 %
Cambriolages de logements 248 887 211 596 −15 % 6,99 pour 1 000 logements 5,63 −20 %
Vols de véhicules 164 797 124 816 −24 % 2,47 pour 1 000 hab. 1,83 −26 %
Vols dans les véhicules 272 984 233 440 −14 % 4,10 3,42 −17 %
Dégradations volontaires 626 565 539 112 −14 % 9,41 7,89 −16 %
Escroqueries et fraudes aux paiements 249 477 445 463 +79 % 3,75 6,52 +74 %
Usage de stupéfiants¹ 182 543 309 854 +70 % 2,74 4,53 +65 %
Trafic de stupéfiants¹ 40 823 57 287 +40 % 0,61 0,84 +37 %
¹ Pour les stupéfiants, il s’agit de personnes mises en cause et non de victimes.
Les chiffres nationaux définitifs du SSMSI confirment ces tendances. En 2025, il recense notamment 975 victimes d’homicide, 4 477 victimes de tentative d’homicide, environ 472 400 victimes de violences physiques et 132 100 victimes de violences sexuelles. SSMSI
Ce que les chiffres permettent réellement de dire
1. Les homicides restent relativement stables
Le nombre d’homicides augmente de 7 % en masse, mais seulement d’environ 4 % une fois rapporté à la population. Le taux passe approximativement de 1,37 à 1,43 victime pour 100 000 habitants.
On ne peut donc pas parler d’une explosion générale des meurtres sur dix ans.
En revanche, les tentatives d’homicide ont presque doublé, même après correction démographique. Cette progression peut traduire davantage de violences extrêmement graves, mais aussi une amélioration du repérage et une évolution des qualifications pénales. Elle mérite une analyse spécifique.
2. Les violences physiques enregistrées augmentent fortement
Le taux de violences physiques progresse d’environ 66 %. Mais la hausse est très différente selon les catégories :
• violences intrafamiliales : environ +120 % par habitant ;
• violences hors du cadre familial : environ +29 %.
L’augmentation la plus forte concerne donc les violences commises dans la famille ou dans le couple, et non uniquement les agressions dans l’espace public.
3. Les violences sexuelles enregistrées ont plus que doublé
Le taux enregistré progresse d’environ 148 %. C’est la hausse la plus spectaculaire du tableau.
Il serait néanmoins faux d’en conclure mécaniquement que les violences sexuelles réellement commises ont été multipliées par deux et demi. Le SSMSI souligne régulièrement le rôle :
• des dépôts de plainte plus nombreux ;
• de la libération de la parole après 2017 ;
• de l’amélioration de l’accueil des victimes ;
• du dépôt tardif de plaintes portant sur des faits anciens.
En 2025, le délai médian de plainte était de six mois pour l’ensemble des violences sexuelles et d’un an pour les viols. Pour certaines violences intrafamiliales non conjugales, il atteignait trois ans et cinq mois. SSMSI
4. Les atteintes traditionnelles aux biens diminuent
Les baisses sont importantes, y compris après prise en compte de la population :
• vols avec armes : −29 % ;
• vols violents sans arme : −49 % ;
• vols sans violence : −15 % ;
• cambriolages : −20 % par logement ;
• vols de véhicules : −26 % ;
• dégradations volontaires : −16 %.
C’est une transformation majeure. La délinquance visible traditionnellement associée à l’espace public — vols, agressions pour voler, cambriolages et voitures volées — est globalement moins fréquente qu’en 2016.
Les données 2025 montrent encore une baisse annuelle des vols avec armes, cambriolages et vols liés aux véhicules. SSMSI
5. La délinquance s’est déplacée vers le numérique
Les escroqueries et fraudes aux moyens de paiement progressent d’environ 74 % par habitant.
En 2025, 53 % de ces infractions étaient liées au numérique, contre 31 % en 2016. SSMSI
Une partie de la délinquance n’a donc pas disparu : elle a changé de lieu et de méthode. Le téléphone, les réseaux sociaux, les plateformes commerciales et les moyens de paiement sont devenus de nouveaux territoires criminels.
Cette délinquance est moins visible dans la rue, mais peut toucher simultanément un très grand nombre de victimes.
6. Les chiffres des stupéfiants mesurent aussi l’activité policière
L’usage enregistré augmente de 65 % par habitant et le trafic d’environ 37 %. Mais ces indicateurs ne mesurent pas directement la consommation ou le trafic réels.
Ils dépendent notamment :
• des contrôles effectués ;
• des priorités données aux forces de l’ordre ;
• des opérations policières ;
• de l’introduction des amendes forfaitaires délictuelles pour usage de stupéfiants.
Le ministère indique lui-même que la forte augmentation des usages enregistrés depuis 2020 est portée par la mise en place de ces amendes. SSMSI
Plus la police recherche une infraction sans victime venant spontanément porter plainte, plus elle en découvre. Le chiffre mesure donc simultanément le phénomène et l’intensité de sa répression.
Police enregistrée et délinquance réellement vécue
Les statistiques administratives ne recensent que les faits portés à la connaissance de la police ou de la gendarmerie. Elles dépendent du comportement des victimes.
On porte généralement plainte pour une voiture volée parce que l’assurance l’exige. En revanche, une victime de violence conjugale, sexuelle, de menace ou d’escroquerie peut ne jamais signaler les faits.
Il faut donc rapprocher deux thermomètres :
• les plaintes et procédures enregistrées ;
• les enquêtes de victimation, qui interrogent directement la population.
Les deux ne mesurent pas exactement la même chose. Le premier mesure l’activité officiellement connue ; le second tente d’approcher les faits vécus, y compris sans plainte.
Les citoyens ont la totale liberté de décider et la responsabilité de choisir de déposer plainte ou quand ils se sentent en sécurité pour le faire.
Une évolution contrastée, non une explosion uniforme
La conclusion la plus exacte serait la suivante :
Entre 2016 et 2025, la France n’a pas connu une augmentation générale et uniforme de toute la criminalité. Les homicides sont relativement stables et la plupart des atteintes traditionnelles aux biens diminuent, parfois fortement. En revanche, les tentatives d’homicide, les violences physiques enregistrées, les violences sexuelles et les escroqueries progressent. La délinquance s’est donc moins généralisée qu’elle ne s’est transformée.
Cela remet en cause les deux discours simplistes :
- dire que « toute la délinquance explose » est faux ;
- dire que « l’insécurité n’est qu’un seul sentiment » est tout aussi faux.
- mais une réalité demeure, les courbes que j'ai établie en 2025 sur l'insécurité démontrent que ce sentiment est largement émotionnel par rapport à la réalité des faits qui donnent lieu à poursuites.
Certaines formes diminuent, d’autres augmentent, et la médiatisation quotidienne des faits divers ne respecte pas nécessairement leur poids statistique. En 2025, par exemple, les taux d’élucidation à douze mois n’étaient que de 7 % pour les cambriolages, 8 % pour les escroqueries et 6 % pour les vols dans les véhicules, contre 68 % pour les homicides. SSMSI
La future campagne présidentielle pourra donc sélectionner les chiffres qui servent le mieux chaque récit. Une analyse honnête devra toujours préciser : quelle infraction, quel indicateur, quelle population de référence et quelle part de la hausse provient d’un meilleur enregistrement ?
Si l’on retient uniquement les faits ayant abouti à une condamnation pénale définitive, le taux annuel se situe autour de 0,8 % de la population française.
En 2024, les juridictions ont prononcé 560 000 condamnations définitives, sanctionnant 929 000 infractions. La population française était alors d’environ 68,4 millions d’habitants. Ministère de la justice
Deux calculs possibles
1. Nombre de condamnations rapporté à la population
560,000 / 68,400,000 = 0,82 %
Cela représente environ : 8,2 condamnations pour 1 000 habitants par an.
Mais une condamnation peut sanctionner plusieurs infractions.
2. Nombre d’infractions sanctionnées rapporté à la population
929,000 / 68,400,000 = 1,36 %
Cela représente :
13,6 infractions sanctionnées pour 1 000 habitants par an.
Ce deuxième chiffre mesure des infractions, pas des personnes différentes.
En retirant les infractions routières
Les statistiques policières de délinquance que nous avons étudiées précédemment excluent généralement les délits routiers. Or ceux-ci représentent 41 % des condamnations définitives de 2024, soit environ 231 000 condamnations. Ministère de la justice
Il reste donc approximativement :
560,000-231,000=329,000
condamnations non routières, rapportées à la population : 329,000 / 68,400,000=0,48 %
Soit environ : 4,8 condamnations non routières pour 1 000 habitants par an.
C’est ce chiffre de 0,48 %, ou environ une condamnation non routière pour 208 habitants chaque année, qui se rapproche le plus de ta question sur la criminalité et la délinquance effectivement sanctionnées. Nous sommes loin de l'inquiétude que soulèvent les médias avec des faits divers théâtralisés.
Ce taux ne représente pas la proportion de « citoyens délinquants »
Il faut conserver plusieurs précautions :
- une même personne peut recevoir plusieurs condamnations dans l’année ;
- une condamnation peut porter sur plusieurs infractions ;
- certaines personnes condamnées ne résident pas en France ;
- les contraventions des quatre premières classes ne figurent pas dans ce total ;
- les classements sans suite, faute d’auteur identifié ou de preuves suffisantes, ne sont pas des déclarations d’innocence sur la réalité du fait ;
- les alternatives aux poursuites ne constituent pas toujours une condamnation inscrite au casier ;
- une infraction commise une année peut être sanctionnée plusieurs années plus tard.
Le taux de réponse pénale de 87,8 % ne signifie pas non plus que près de neuf infractions sur dix enregistrées sont sanctionnées. Il est calculé seulement sur les affaires considérées comme "poursuivables", généralement lorsque l’auteur est identifié et que les preuves sont suffisantes. Ministère de la justice
Les faits divers;
Le point politique important est donc celui-ci : les faits divers occupent une place immense dans l’information et la campagne électorale, tandis que les condamnations non routières représentent chaque année moins de cinq décisions pour mille habitants. Cela ne diminue en rien la gravité subie par les victimes, mais replace le phénomène dans sa proportion nationale.
Il y a bien un usage politique partiel de l’information, et une réelle désinformation et une réelle manipulation pour conserver la population dans l'angoisse ou la peur.
ceci dit le faible nombre de condamnations ne prouve pas que les plaintes seraient fausses ni que l’insécurité serait seulement imaginaire. Une infraction réelle peut ne conduire à aucune condamnation parce que l’auteur reste inconnu, que les preuves sont insuffisantes ou que la procédure échoue. Les plaintes et les condamnations ne mesurent donc pas la même chose.
En revanche, présenter uniquement l’augmentation des faits enregistrés, sans indiquer simultanément : leur taux rapporté à la population ; les catégories qui diminuent ; l’évolution du dépôt de plainte ; la part des affaires sans auteur identifié ; le nombre de condamnations définitives ; et la différence entre insécurité ressentie et victimation réelle, construit une représentation déformée du phénomène.
Cela rejoint les courbes que j'avais établies : le sentiment d’insécurité peut rester élevé, voire progresser, alors que certaines victimations reculent. Il dépend non seulement de l’expérience personnelle, mais aussi de la répétition médiatique, de la proximité apparente des événements et de leur exploitation politique.
Cela n'ôte pas que la délinquance existe et ses victimes ne doivent jamais être minimisées. Mais sa mise en spectacle permanente fabrique une perception qui ne correspond ni à l’évolution de toutes les infractions ni à leur poids dans l’ensemble de la population. Une présidentielle honnête présenterait ensemble les plaintes, les taux par habitant, les enquêtes de victimation, les élucidations et les condamnations. La prochaine préférera probablement les faits divers, parce que la peur est électoralement plus rentable que la compréhension.
Durée d’exécution : 23s
merci j'ai un beau morceau à traiter;
Avec plaisir André. Tu as désormais un ensemble solide : les faits enregistrés, leur évolution par habitant, les condamnations effectives et la distinction indispensable avec le sentiment d’insécurité.
Le cœur de ta démonstration tient bien : la délinquance existe, mais sa présentation fragmentaire transforme une réalité contrastée en récit général d’insécurité, particulièrement rentable en période électorale.
Les Étrangers.
Les étrangers résidant habituellement en France sont déjà compris dans la population utilisée pour calculer les taux.
La population Insee d’environ 68,4 millions comprend : les Français résidant en France ; les étrangers résidant légalement ou habituellement en France, quelle que soit leur nationalité.
Il ne s’agit donc pas de la seule population possédant la nationalité française, mais de la population résidente totale.
Là où une distorsion subsiste
Les statistiques policières enregistrent les faits commis sur le territoire et peuvent inclure : des touristes étrangers victimes d’un vol ; des travailleurs frontaliers ; des personnes en séjour temporaire ; des personnes sans résidence administrative recensée ; des Français résidant à l’étranger présents temporairement ; des auteurs ou des victimes de passage.
Ces personnes peuvent apparaître au numérateur — parmi les victimes, les faits ou les condamnations — sans appartenir à la population résidente placée au dénominateur.
Cela peut augmenter artificiellement certains taux, particulièrement : à Paris ; dans les communes touristiques ; près des aéroports et des gares ; dans les zones frontalières ; lors de grands événements internationaux.
En 2023, par exemple, environ 27 200 victimes de vols sans violence enregistrées en France résidaient à l’étranger, soit approximativement 4,5 % des victimes de cette catégorie. www.interieur.gouv.fr
Pour le tableau sur la délinquance
Le calcul reste valable comme mesure :
des faits enregistrés sur le territoire pour 1 000 habitants résidant en France.
Mais il ne représente pas exactement : le nombre de résidents français victimes ou auteurs pour 1 000 résidents.
Pour obtenir ce deuxième résultat, il faudrait retirer du numérateur les victimes non résidentes et connaître, pour chaque catégorie, la résidence habituelle des personnes concernées.
À l’échelle nationale, cette correction modifierait assez peu la plupart des taux. Elle peut en revanche modifier fortement les comparaisons entre certaines communes.
Pour les condamnations, la précaution est encore plus importante
Les 560 000 condamnations prononcées par les juridictions françaises peuvent concerner : des Français résidant en France ; des étrangers résidant en France ; des Français établis à l’étranger ; des étrangers de passage ou sans résidence recensée.
Par conséquent, notre taux de 8,2 condamnations pour 1 000 habitants, ou 4,8 hors contentieux routier, est un rapport entre l’activité annuelle des juridictions françaises et la population résidente. Ce n’est pas exactement la proportion de résidents condamnés.
Il faudrait disposer du nombre de personnes distinctes condamnées et résidant effectivement en France pour établir cette proportion.
Les taux sont calculés par rapport à l’ensemble de la population résidant en France, étrangers compris, et non par rapport aux seuls citoyens français. Toutefois, les faits enregistrés et les condamnations peuvent aussi concerner des touristes, des travailleurs frontaliers ou d’autres personnes non résidentes. Les résultats constituent donc des taux d’activité délinquante et judiciaire rapportés à la population résidente, et non la proportion exacte de résidents victimes ou condamnés.
ANNEXE 2/
La dette française.
La dette publique totale de la France : environ 3 460 milliards d’euros, soit près de 116 % du PIB.
- Dette négociable de l’État : environ 2 737 milliards d’euros.
- Part détenue par des non-résidents : 56 %, soit approximativement :
2737 x 56\% = 1533 milliards d’euros
Ainsi, les investisseurs non résidents détiennent environ 1 530 milliards d’euros de dette négociable de l’État français. Agence France Trésor
Attention : cela ne veut pas dire que la France « doit 1 530 milliards à des États étrangers ». Les détenteurs peuvent être des banques, des fonds de pension, des assurances ou des fonds d’investissement établis à l’étranger. Certains peuvent même gérer l’épargne de Français depuis le Luxembourg ou l’Irlande.
Si l’on considère maintenant l’ensemble des relations financières — ce que les Français possèdent à l’étranger et ce que les étrangers possèdent en France — la France avait fin 2025 une position extérieure nette de –885,4 milliards d’euros. Autrement dit, les créances étrangères sur la France dépassaient d’environ 885 milliards les créances françaises sur l’étranger. Banque de France
La dette publique française atteint environ 3 460 milliards d’euros, mais elle n’est pas entièrement due à l’étranger. Environ 1 530 milliards d’euros de dette négociable de l’État sont détenus par des non-résidents. Plus largement, une fois comparés les actifs français à l’étranger et les actifs étrangers en France, la France présente une dette extérieure nette d’environ 885 milliards d’euros.
Cela laisserait croire que la France disposerait d'un crédit de 645 milliards à l'étranger. mais ce n'est pas comme cela les deux chiffres 1530 milliards ne couvre pas la même chose.
-1 530 milliards : est estimation de la dette négociable de l’État français détenue par des non-résidents ;
– moins 885 milliards : est solde de l’ensemble des avoirs et engagements extérieurs de toute l’économie française : État, entreprises, banques, assurances, fonds et ménages.
On ne peut donc pas les soustraire directement.
Ce que les Français ont réellement financé à l’étranger
Les résidents français possèdent plusieurs milliers de milliards d’euros d’actifs étrangers, notamment : des filiales et des usines appartenant aux entreprises françaises ; des actions de sociétés étrangères ; des obligations émises par des États ou des entreprises étrangères ; des prêts et dépôts accordés par les banques françaises ; des biens immobiliers ; les réserves de change de la Banque de France.
À eux seuls, les investissements directs français à l’étranger représentaient environ 1 520 milliards d’euros fin 2025. Ils correspondent principalement aux filiales, entreprises et participations contrôlées par des groupes français hors de France.
Les investissements directs étrangers en France atteignaient parallèlement environ 988 milliards. Banque de France
Mais les étrangers détiennent également plusieurs milliers de milliards d’actifs français : dette publique, actions d’entreprises, filiales, immobilier, dépôts et prêts. Après compensation de tous ces avoirs et engagements, la France présente une position extérieure nette de –885,4 milliards d’euros. Banque de France
La formulation correcte est donc :
La France possède d’importants actifs à l’étranger, qui ont financé des entreprises, des États, des banques et des biens immobiliers étrangers. Mais les étrangers possèdent encore davantage d’actifs en France : l’écart défavorable atteignait environ 885 milliards d’euros fin 2025.
Et surtout, ce n’est généralement pas l’État français qui a financé ces investissements. Ce sont principalement des entreprises, des banques, des assurances, des fonds de placement et, indirectement, l’épargne des ménages français.
Les détenteurs peuvent être des banques, des fonds de pension, des assurances ou des fonds d’investissement établis à l’étranger. Certains peuvent même gérer l’épargne de Français depuis le Luxembourg ou l’Irlande. Cela veut dire que des société français à l'étranger peuvent financer la dette française.
Une société française peut financer la dette française en passant par une entité installée à l’étranger.
Par exemple :
1. Une banque, une compagnie d’assurance ou un fonds français place de l’argent dans une filiale ou un fonds situé au Luxembourg.
2. Cette entité luxembourgeoise achète des obligations de l’État français.
3. Statistiquement, ces obligations sont alors détenues par un non-résident, puisque leur propriétaire juridique est établi au Luxembourg.
4. Pourtant, l’argent peut provenir à l’origine d’une entreprise française ou de l’épargne de ménages français.
Le classement repose donc sur le pays de résidence du détenteur immédiat, et non nécessairement sur la nationalité de son propriétaire final ou sur l’origine de l’épargne.
Cela peut concerner : les filiales étrangères de banques et d’assurances françaises ; des fonds luxembourgeois ou irlandais commercialisés auprès des épargnants français ; des multinationales françaises détenant leur trésorerie à l’étranger ; des fonds étrangers qui gèrent des contrats d’assurance-vie ou l’épargne retraite de Français ; des sociétés françaises passées sous le contrôle d’un groupe étranger.
Toutefois deux cas doivent être distinguer :
- Une filiale juridiquement établie à l’étranger est normalement comptée comme non-résidente, même si sa maison mère est française.
- Une simple succursale à l’étranger d’une société française peut, selon sa structure et les règles statistiques, rester rattachée à l’entité française ou être considérée comme une unité résidente étrangère si elle exerce durablement une activité autonome.
La formule « 56 % de la dette négociable est détenue par des non-résidents » ne signifie donc pas que 56 % appartiennent réellement à des étrangers. Elle signifie que les titres sont inscrits auprès d’entités établies hors de France. La Banque de France précise d’ailleurs que ses statistiques distinguent les acteurs selon leur résidence économique. www.banque-france.fr
Environ 56 % de la dette négociable de l’État est détenue par des entités non résidentes. Mais « non-résident » ne signifie pas nécessairement « investisseur étranger » : une partie peut être détenue par des filiales étrangères de groupes français ou par des fonds luxembourgeois et irlandais alimentés par l’épargne française. La nationalité économique du détenteur final n’est donc pas identifiable à partir de ce seul pourcentage.
C’est une illustration supplémentaire de l’opacité du circuit financier : une partie de l’épargne française peut sortir juridiquement du pays, puis revenir financer l’État français en produisant des intérêts.
Oui, absolument. Une société française peut financer la dette française en passant par une entité installée à l’étranger.
Par exemple :
1. Une banque, une compagnie d’assurance ou un fonds français place de l’argent dans une filiale ou un fonds situé au Luxembourg.
2. Cette entité luxembourgeoise achète des obligations de l’État français.
3. Statistiquement, ces obligations sont alors détenues par un non-résident, puisque leur propriétaire juridique est établi au Luxembourg.
4. Pourtant, l’argent peut provenir à l’origine d’une entreprise française ou de l’épargne de ménages français.
Le classement repose donc sur le pays de résidence du détenteur immédiat, et non nécessairement sur la nationalité de son propriétaire final ou sur l’origine de l’épargne.
Cela peut concerner :
• les filiales étrangères de banques et d’assurances françaises ;
• des fonds luxembourgeois ou irlandais commercialisés auprès des épargnants français ;
• des multinationales françaises détenant leur trésorerie à l’étranger ;
• des fonds étrangers qui gèrent des contrats d’assurance-vie ou l’épargne retraite de Français ;
• des sociétés françaises passées sous le contrôle d’un groupe étranger.
Il faut toutefois distinguer deux cas :
• Une filiale juridiquement établie à l’étranger est normalement comptée comme non-résidente, même si sa maison mère est française.
• Une simple succursale à l’étranger d’une société française peut, selon sa structure et les règles statistiques, rester rattachée à l’entité française ou être considérée comme une unité résidente étrangère si elle exerce durablement une activité autonome.
La formule « 56 % de la dette négociable est détenue par des non-résidents » ne signifie donc pas que 56 % appartiennent réellement à des étrangers. Elle signifie que les titres sont inscrits auprès d’entités établies hors de France. La Banque de France précise d’ailleurs que ses statistiques distinguent les acteurs selon leur résidence économique. www.banque-france.fr
La formulation rigoureuse serait :
Environ 56 % de la dette négociable de l’État est détenue par des entités non résidentes. Mais « non-résident » ne signifie pas nécessairement « investisseur étranger » : une partie peut être détenue par des filiales étrangères de groupes français ou par des fonds luxembourgeois et irlandais alimentés par l’épargne française. La nationalité économique du détenteur final n’est donc pas identifiable à partir de ce seul pourcentage.
C’est une illustration supplémentaire de l’opacité du circuit financier : une partie de l’épargne française peut sortir juridiquement du pays, puis revenir financer l’État français en produisant des intérêts.
Les discours alarmistes sur « l’incapacité de la France à rembourser » peuvent contribuer à augmenter les taux, mais ils ne constituent ni la seule cause ni nécessairement la principale. Il faut distinguer le taux général de l’euro et la prime de risque propre à la France.
Deux éléments composent le taux français
On peut simplifier ainsi : Taux français = aux général de la zone euro + \prime de risque française
Le taux général dépend notamment : des taux directeurs et des décisions anticipées de la BCE ; de l’inflation attendue ; de la croissance ; des taux américains et des mouvements internationaux de capitaux ; du volume considérable de dettes émises par les États ; des crises énergétiques, militaires ou financières.
La prime française dépend davantage : du déficit et de l’évolution de la dette ; de la capacité politique à voter un budget ; de la stabilité gouvernementale ; des perspectives économiques ; des notations attribuées par les agences ; de la liquidité des obligations françaises ; de la confiance, mais également des anticipations et parfois des mouvements spéculatifs.
L’effet particulier de la dissolution
La dissolution de juin 2024 a bien produit un effet identifiable. Avant celle-ci, l’État français empruntait à dix ans à environ 0,5 point de plus que l’Allemagne. En décembre 2024, cet écart avait atteint environ 0,8 point.
La Banque de France attribue explicitement cet élargissement à l’incertitude politique et à la réévaluation de la situation budgétaire française par les investisseurs. 2024S2_RSF_v10_bis
Cet écart, appelé spread OAT-Bund, est particulièrement utile : si tous les taux européens montent ensemble, la cause est surtout monétaire ou internationale ; si le taux français monte davantage que le taux allemand, il existe probablement une cause propre à la France.
La Banque de France constatait encore en juin 2025 que cet écart restait supérieur à son niveau antérieur à la dissolution. Banque de France
Mais l’instabilité politique n’explique pas tout. Entre mai et décembre 2024, le coût absolu du financement français avait malgré tout diminué, car le recul de l’inflation et l’anticipation d’une politique monétaire plus souple avaient compensé l’augmentation de la prime française. Banque de France
Les discours font-ils monter le taux
Oui, lorsqu’ils apportent une information nouvelle ou modifient les anticipations.
Si un responsable politique annonce : qu’aucune majorité ne peut voter le budget ; que le déficit sera sensiblement plus élevé ; que la dette pourrait ne pas être honorée ; qu’une confrontation est envisagée avec les institutions européennes ; ou qu’une mesure sera financée par des emprunts supplémentaires,
certains investisseurs peuvent exiger une rémunération supérieure pour acheter ou conserver la dette française.
Mais les propos répétés dans les médias ne provoquent pas mécaniquement une hausse à chaque déclaration. Lorsqu’un risque est déjà connu, il est généralement déjà intégré dans le prix. Le marché réagit principalement aux informations nouvelles, aux surprises et aux modifications de probabilité.
Il existe néanmoins un phénomène de rétroaction : discours alarmistes, crainte accrue, ventes ou exigences de rendement, hausse du taux, charge d’intérêts accrue, nouveaux discours alarmistes.
Les discours peuvent ainsi aggraver le phénomène qu’ils prétendent seulement décrire.
Qui décide du taux ?
Personne ne le décide seul. Le taux résulte de la confrontation entre l’offre de titres et les demandes d’une multitude d’investisseurs.
L’Agence France Trésor décide : combien l’État doit emprunter ; quelles obligations seront proposées ; leurs échéances ; le calendrier des émissions.
Lors d’une adjudication, les banques habilitées transmettent leurs offres : montant désiré et prix proposé. L’Agence France Trésor accepte les offres les plus avantageuses jusqu’à obtenir le montant recherché. Le prix résultant détermine le rendement.
Ensuite, les obligations sont revendues continuellement sur le marché secondaire. Leur prix varie selon les achats et les ventes : lorsqu’un titre est très demandé, son prix monte et son rendement baisse ; lorsque les investisseurs veulent s’en débarrasser, son prix baisse et son rendement monte.
Il n’existe donc pas une assemblée secrète d’investisseurs qui fixerait le taux français. Celui-ci résulte de millions de décisions, mais ces décisions sont fortement influencées par quelques grands acteurs : banques internationales, assureurs, banques centrales, fonds de pension, fonds obligataires et gestionnaires d’actifs.
Dans des paniers de placements financiers de fond commun de placement de participation et certainement d'autres y figurent des obligations de l'état qui assurent un rendement sécurisé.
Une contradiction importante entre la réalité et les discours d'inquiétudes
Les investisseurs s’inquiètent officiellement de la capacité de remboursement de la France, mais continuent à acheter massivement ses obligations. Les dernières émissions restent largement sursouscrites : les montants demandés dépassent souvent de deux à trois fois ceux proposés par l’État. Agence France Trésor
Ils ne pensent donc pas nécessairement que la France ne remboursera pas. Ils estiment plutôt que l’incertitude justifie une rémunération supplémentaire.
La formulation la plus juste serait : Depuis la dissolution, l’instabilité politique et l’incertitude budgétaire ont augmenté la prime de risque demandée à la France.
Les discours permanents sur l’insoutenabilité de sa dette peuvent entretenir cette inquiétude, mais le taux dépend également de la BCE, de l’inflation, des taux mondiaux et de l’offre générale de titres. Les investisseurs ne votent pas collectivement un taux : celui-ci émerge des prix auxquels ils acceptent d’acheter et de revendre les obligations françaises.
Autrement dit, le discours sur la dette n’est pas neutre : transformer continuellement un problème budgétaire en doute sur la solvabilité française peut finir par rendre son financement réellement plus coûteux.
ANNEXE 3/
Les retraites et la cotisation machine.
Le résultat dépend de ce que l’on appelle exactement la « cotisation machine ». Si nous la calculons sur la valeur du parc de machines et d’équipements détenu par les entreprises non financières, l’Insee l’évalue à environ 730 milliards d’euros fin 2025. Insee
Pour financer 80 milliards d’euros :\80 / 7301=10,96%
Il faudrait donc une cotisation annuelle moyenne équivalente à environ 11 % de la valeur comptable du parc de machines.
Cela représenterait :
Valeur comptable de la machine Cotisation annuelle à 11 % Par mois
10 000 € 1 100 € 92 €
50 000 € 5 500 € 458 €
100 000 € 11 000 € 917 €
500 000 € 55 000 € 4 583 €
1 million € 110 000 € 9 167 €
Pour financer les 87,8 milliards du déficit hors intérêts
Les 436 euros mensuels correspondaient en réalité à un besoin annuel de 87,8 milliards.
Rapportés aux 730 milliards de machines : 87,8 / 730=12,03 %
La cotisation machine devrait alors représenter environ 12 % par an de leur valeur comptable.
Valeur comptable de la machine Cotisation annuelle à 12 % Par mois
10 000 € 1 200 € 100 €
50 000 € 6 000 € 500 €
100 000 € 12 000 € 1 000 €
500 000 € 60 000 € 5 000 €
1 million € 120 000 € 10 000 €
Nous retrouvons presque le même taux que sur les salaires parce que les deux assiettes utilisées sont fortuitement très proches : masse salariale privée retenue dans notre calcul : 726 milliards ; valeur des machines des entreprises non financières : environ 730 milliards.
Mais taxer simplement la valeur des machines poserait un problème
Une cotisation uniforme de 11 ou 12 % de la valeur comptable pénaliserait fortement les entreprises utilisant des équipements coûteux, même lorsqu’elles dégagent peu de bénéfices. Elle pourrait aussi décourager l’investissement et accélérer le vieillissement des équipements.
Une cotisation machine cohérente devrait plutôt mesurer ce que la machine remplace ou produit, par exemple : les heures de travail humain économisées ; la valeur ajoutée créée par l’automatisation ; l’énergie mécanique mobilisée ; la productivité supplémentaire ; ou une combinaison de la puissance, de la durée d’utilisation et de l’autonomie de la machine.
La France pourrait, par exemple, répartir les 80 milliards entre travail humain et puissance mécanique :
Part financée par les machines Produit recherché Taux sur un parc de 730 Md€
25 % 20 Md€ 2,7 %
50 % 40 Md€ 5,5 %
75 % 60 Md€ 8,2 %
100 % 80 Md€ 11,0 %
Une solution l ne serait donc probablement pas de transférer immédiatement toute la cotisation des salaires vers les machines, mais de l’effectuer progressivement à mesure que celles-ci remplacent le travail humain.
Pour financer directement 80 milliards d’euros sans les prélever sur les salaires ni les emprunter aux détenteurs du capital, une cotisation prélevée sur les 730 milliards d’euros de machines et d’équipements détenus par les entreprises représenterait environ 11 % de leur valeur comptable par an. Pour couvrir 87,8 milliards, elle atteindrait environ 12 %. Mais une véritable cotisation machine ne devrait pas seulement frapper la valeur d’achat des équipements : elle devrait mesurer la puissance productive qui remplace progressivement l’énergie humaine et réduit le nombre des salariés appelés à financer l’ensemble de la société.
Il serait dit alors certainement par le patronat qu'une cotisation uniforme de 11 ou 12 % de la valeur comptable pénaliserait fortement les entreprises utilisant des équipements coûteux, même lorsqu’elles dégagent peu de bénéfices.
Elle pourrait aussi décourager l’investissement et accélérer le vieillissement des équipements. Cela c'est le discours que j'ai toujours entendu. mais il est faux, dans le cadre de la boucle le patronat récupérerait cette avance de 11 ou 12% majoré et cela reviendrai à faire financer les salariés plus cher que s'il avaient payé directement.
Or il ne faut pas que ces 11% soit récupérable par le capital, ce n'est alors pas sur que le parc machine soit laissé vieillissant. Mais pour récupérer c'est 11 ou 12 % ils procéderaient à d'autres investissements machines en remplacement d'emplois. Tant que l'on reste dans l'organisation capitaliste, l'on ne peut pas éviter les vases communicants qui ramènent tout aux financement par les salariés.
Dans l’organisation capitaliste, la cotisation machine devient une charge comptable. L’entreprise cherchera donc à la récupérer : dans ses prix lorsque la concurrence le permet ; par une réduction des salaires ou de l’emploi ; par une compression d’autres dépenses ; par des gains de productivité ; par une automatisation supplémentaire ; ou par une diminution temporaire de sa marge.
Même si la concurrence empêche certaines entreprises de répercuter immédiatement la cotisation, le système cherchera constamment un autre passage. À l’échelle générale, la charge ne disparaît pas : elle circule entre prix, salaires, emploi, marge et investissement.
Le paradoxe de la cotisation machine
Une cotisation destinée à faire participer les machines au financement de la société pourrait paradoxalement accélérer l’automatisation.
L’entreprise chercherait à récupérer les 11 ou 12 % non seulement en augmentant éventuellement ses prix, mais également en investissant dans des équipements plus productifs afin de réduire ses dépenses de main-d’œuvre. Elle pourrait remplacer une ancienne machine par une nouvelle, mais surtout remplacer davantage de salariés par des machines.
Le raisonnement deviendrait :
cotisation machine supplémentaire,→recherche de productivité →nouvel investissement→réduction des emplois→diminution de la masse salariale.
La cotisation aurait alors permis de financer temporairement la protection sociale, mais elle réduirait progressivement le nombre de salariés sur lesquels repose encore l’essentiel de son financement.
Le parc ne serait donc pas nécessairement laissé vieillissant. Au contraire, les entreprises disposant du capital nécessaire pourraient moderniser plus rapidement leurs équipements pour récupérer cette nouvelle charge par la productivité et la suppression d’emplois. Les entreprises plus fragiles, qui ne pourraient pas investir, risqueraient en revanche de disparaître ou d’être absorbées.
Nous retrouverions ainsi la logique ordinaire du capitalisme : la mesure proposée pour corriger un effet du système serait transformée en nouvelle occasion d’accumulation et de concentration de capital.
Peut-on rendre cette cotisation irrécupérable ?
C’est là que se trouve la difficulté fondamentale : on ne peut pas garantir qu’une cotisation restera à la charge du capital tant que les entreprises restent libres de reconstruire leurs prix et d’organiser leur production selon le plan comptable capitaliste.
Même si une loi interdisait d’ajouter explicitement la cotisation au prix, l’entreprise pourrait la récupérer autrement : en réorganisant ses coûts ; en diminuant les augmentations salariales ; en réduisant les effectifs ; en modifiant sa marge sur d’autres produits ; en automatisant davantage ; en délocalisant certaines opérations ; ou en augmentant indirectement ses tarifs.
L’argent n’est pas marqué. Une fois intégré dans les comptes, il devient impossible de distinguer précisément la part du prix qui rembourse telle cotisation de celle qui finance la marge, les salaires ou l’investissement.
Pour rendre véritablement les 11 ou 12 % irrécupérables par le capital, il ne suffirait donc pas de créer une taxe. Il faudrait encadrer simultanément : la formation des prix ; la marge ; la rémunération du capital ; le remplacement des salariés par les machines ; l’usage des gains de productivité ; et la propriété de la puissance productive ainsi accumulée.
À ce stade, nous ne serions plus devant une simple réforme fiscale. Nous commencerions à changer de modèle économique.
La différence avec le financement direct
Si les salariés financent directement 80 milliards de services collectifs, ils versent 80 milliards et reçoivent en contrepartie les soins, les retraites, l’enseignement ou les infrastructures correspondantes.
Si l’on prélève ces 80 milliards sur les machines, mais que les entreprises les récupèrent ensuite dans les prix avec une marge, les salariés peuvent finalement payer :
80 milliards + les majorations + les marges éventuelles
Ils auront cru déplacer le financement vers le capital, mais celui-ci leur aura revendu la contribution par la consommation.
La cotisation machine peut malgré tout présenter un intérêt transitoire : elle rend visible le fait que les machines participent à la production et doivent contribuer au financement collectif. Mais elle ne rompt pas avec la boucle tant que son produit est traité comme une charge que le capital doit récupérer.
Une cotisation de 11 ou 12 % sur la valeur des machines ne conduirait pas nécessairement les entreprises à laisser vieillir leur parc. Dans la logique capitaliste, elles chercheraient plutôt à récupérer cette avance par les prix, les gains de productivité ou de nouveaux investissements automatisés remplaçant davantage d’emplois. La cotisation finirait alors par revenir aux salariés, éventuellement majorée, au travers de leur consommation ou de la réduction de leurs revenus. Tant que la formation des prix, des marges et du capital demeure inchangée, les prélèvements fonctionnent comme des vases communicants : leur coût se déplace, mais revient finalement vers ceux dont le salaire rend la consommation solvable, les salariés.
C’est précisément ici que la cotisation machine de transition se distingue du Modèle Joule. Dans le Modèle Joule, la machine ne paie pas une taxe que son propriétaire cherchera à récupérer : sa capacité productive est directement intégrée à la Réserve collective qui finance l’existence humaine. La puissance mécanique cesse alors d’être seulement un capital privé à rentabiliser.
Annexe 4/
Il nous faut distinguer ce que les entreprises récupèrent comme chiffre d’affaires de ce qui devient réellement un capital supplémentaire.
Depuis juin 2026, le Smic net mensuel est d’environ 1 477,93 €. Le porter à 1 700 € représenterait :
1 700−1 477,93=222,07 € nets supplémentaires soit : 222,07×12=2 64,84 € par/an
Le dernier décompte disponible recense environ 2,2 millions de salariés directement concernés par une revalorisation du Smic.
1. Supplément net distribué
2 664,84×2,2 millions=5,86 milliards d’euros
Les salariés directement au Smic recevraient donc environ 5,9 milliards d’euros nets supplémentaires par an.
Comme les ménages modestes épargnent très peu et consomment l’essentiel de leur revenu, on peut retenir une consommation de 95 % : 5,86×95%=5,57 milliards
En première circulation, environ 5,6 milliards d’euros reviendraient donc rapidement dans le chiffre d’affaires des entreprises.
2. L’avance réellement supportée par les entreprises
Le Smic brut actuel est d’environ 1 867 €. Un salaire net de 1 700 € correspondrait approximativement, à taux de cotisations inchangé, à 2 148 € bruts.
L’augmentation brute serait donc proche de : 2 148−1 867=281 € par/mois
Pour 2,2 millions de salariés : 281×12×2,2 millions≈7,42 milliards d’euros
En ajoutant les cotisations patronales résiduelles, malgré les allègements appliqués aux bas salaires, l’avance totale des employeurs pourrait se situer autour de 7,7 à 8 milliards d’euros par an.
3. Combien le capital récupérerait-il ?
Trois situations peuvent être distinguées.
Mécanisme Montant approximatif
Salaire net supplémentaire 5,9 Md€
Retour immédiat par la consommation 5,6 Md€
Coût supplémentaire total pour les employeurs 7,7 à 8 Md€
Les entreprises, prises globalement, récupéreraient donc immédiatement environ 5,6 milliards de chiffre d’affaires grâce à la consommation supplémentaire.
Mais cela ne signifie pas qu’elles récupéreraient déjà toute leur avance : une partie de la consommation porte sur des importations, une partie revient à l’État par la TVA, et le chiffre d’affaires doit financer les matières, l’énergie, le transport et les salaires.
Elles chercheraient alors à récupérer le reste par :
• l’augmentation des prix ;
• les gains de productivité ;
• la diminution d’autres salaires ou de l’emploi ;
• la réduction provisoire des marges ;
• l’automatisation ;
• ou la hausse générale de la demande.
4. Si l’augmentation est entièrement incorporée aux prix
Si les entreprises réussissent collectivement à transférer la totalité du coût supplémentaire dans leurs prix, elles récupéreront les 7,7 à 8 milliards avancés.
Si elles appliquent ensuite une marge sur cette augmentation de coût :
Majoration appliquée Somme récupérée dans les prix
Aucune marge supplémentaire 8,0 Md€
Marge de 5 % 8,4 Md€
Marge de 10 % 8,8 Md€
Marge de 20 % 9,6 Md€
Dans ce cas, l’augmentation du Smic serait finalement financée par l’ensemble des consommateurs, y compris les salariés qui viennent de la recevoir.
Le capital aurait :
1. avancé environ 8 milliards ;
2. récupéré cette avance dans les prix ;
3. éventuellement ajouté une marge ;
4. bénéficié parallèlement d’une augmentation de son chiffre d’affaires.
5. Le chiffre peut être plus élevé par l’effet de diffusion
Le calcul de 5,9 milliards ne concerne que les 2,2 millions de salariés directement rattrapés par le nouveau Smic. Mais une hausse à 1 700 € provoquerait probablement une remontée des salaires légèrement supérieurs afin de préserver les écarts de qualification.
Nombre de salariés concernés directement ou indirectement Supplément net annuel
2,2 millions 5,9 Md€
3,5 millions 9,3 Md€
5 millions 13,3 Md€
Avec cinq millions de salariés concernés, le coût brut pourrait approcher 17 milliards d’euros, dont environ 12,7 milliards reviendraient rapidement dans la consommation si 95 % du supplément net était dépensé.
Ce que démontre la boucle
On ne peut pas affirmer rigoureusement que le capital transformera automatiquement 5,9 milliards de salaires en trois fois cette somme de bénéfices. Les 17,6 milliards obtenus en multipliant par trois représenteraient éventuellement une valeur de ventes ou de circulation selon ton hypothèse générale, mais pas un bénéfice net.
L’augmentation du Smic est donc socialement utile, mais elle ne rompt pas la boucle :
hausse du salaire→hausse de la consommation→hausse du chiffre d’affaires→récupération des coûts→marge→capital /hausse du salaire→hausse de la consommation→hausse du chiffre d’affaires→récupération des coûts→marge→capital
Elle améliore la répartition pendant un temps. Elle ne supprime pas le mécanisme qui ramène progressivement l’augmentation vers le capital.
ANNEXE 5/
Aujourd'hui less réserves mondiales prouvées de pétrole, l’OPEP les évalue à environ 1 572 milliards de barils à la fin de 2025. Ce chiffre reste une estimation économique et technique : il désigne le pétrole considéré comme récupérable dans les conditions actuelles, non tout le pétrole présent dans le sous-sol. opec.org
Calcul des émissions à la combustion
L’Agence américaine de protection de l’environnement retient une émission moyenne d’environ :
0,43 tonne de CO₂ par baril.Le calcul devient donc : 1,572 milliards de barils x 0,43 tonne de CO₂ =675,96 milliards de tonnes de CO2
Si toutes les réserves actuellement déclarées étaient extraites et brûlées, elles produiraient donc environ :
676 milliards de tonnes de CO₂ pour la seule combustion.
En ajoutant l’extraction, le transport et le raffinage
La combustion ne représente pas toute l’empreinte. Il faut ajouter : l’énergie employée pour extraire le pétrole ; le torchage et les fuites de méthane ; son transport maritime ou terrestre ; son raffinage ; la distribution des carburants.
Selon la nature des gisements, ces opérations peuvent ajouter approximativement 15 à 25 % aux émissions de combustion.
Hypothèse Émissions cumulées
Combustion seulement 676 milliards de tonnes
Cycle complet : +15 % 777 milliards de tonnes
Cycle complet : +20 % 811 milliards de tonnes
Cycle complet : +25 % 845 milliards de tonnes
Nous pouvons donc retenir un ordre de grandeur compris entre 780 et 845 milliards de tonnes de CO₂ équivalent, si toutes les réserves prouvées sont effectivement exploitées.
Comparaison avec les émissions actuelles
Le monde émet actuellement autour de 37 à 40 milliards de tonnes de CO₂ fossile par an. Les seules réserves pétrolières représenteraient donc environ : 676 / 38 = 17,8 années
soit presque 18 années d’émissions mondiales actuelles, toutes sources fossiles confondues.
Mais cette comparaison est trompeuse si on l’interprète comme dix-huit années supplémentaires disponibles : pendant que le pétrole serait brûlé, le monde continuerait aussi à utiliser du charbon et du gaz, et les sociétés pétrolières continuent à rechercher activement du pétroleet intensifient même leurs efforts d'exploration.
Malgré les discours et les engagements sur la transition énergétique, le secteur de l'exploration pétrolière et gazière connaît un très fort regain d'activité, c'est une donnée qui n'est jamais mentionner dans la lutte contre le réchauffement climatique.
Comparaison avec le budget climatique
Le budget carbone encore disponible pour avoir une chance raisonnable de limiter le réchauffement à 1,5 °C est désormais très faible et dépend du niveau de probabilité retenu ainsi que de la prise en compte des autres gaz.
Même sans fixer ici un chiffre unique, la conclusion est robuste : les 676 milliards de tonnes contenues dans les seules réserves pétrolières dépassent largement ce que l’humanité peut encore émettre pour rester proche de 1,5 °C. Et ce calcul ne comprend ni les réserves de charbon ni celles de gaz.
Nous pouvons écrire ainsi :
Les réserves mondiales prouvées atteignent environ 1 572 milliards de barils. À raison de 0,43 tonne de CO₂ par baril brûlé, leur combustion produirait près de 676 milliards de tonnes de CO₂. En ajoutant l’extraction, le raffinage et le transport, leur empreinte pourrait approcher 800 milliards de tonnes. Les réserves pétrolières ne constituent donc pas seulement une richesse disponible : elles représentent une quantité de carbone que l’atmosphère ne peut absorber sans aggraver considérablement le dérèglement climatique. Le capitalisme les inscrit comme des actifs à exploiter, alors que la sécurité humaine impose d’en laisser une part importante sous terre.
Voilà précisément une limite du plan comptable : le pétrole non extrait apparaît comme une richesse potentielle, tandis que le climat préservé grâce à sa non-extraction n’apparaît presque nulle part comme un capital à protéger.
Elle ne fait pas encore véritablement baisser la température mondiale : elle réduit surtout le réchauffement supplémentaire que nous provoquerions sans action.
La différence est fondamentale :
• tant que les émissions mondiales nettes de CO₂ restent positives, la température continue généralement à monter ;
• lorsqu’elles atteignent zéro net, le réchauffement dû au CO₂ se stabilise approximativement ;
• pour faire réellement redescendre la température, il faudrait retirer durablement davantage de CO₂ de l’atmosphère qu’on en émet, tout en réduisant fortement le méthane et les autres gaz.
Ce que les politiques actuelles évitent
Le Programme des Nations unies pour l’environnement estime qu’en 2100 :
Scénario mondial Réchauffement total
Politiques actuellement appliquées environ 2,8 °C
Engagements climatiques entièrement respectés 2,3 à 2,5 °C
Trajectoire conforme à l’objectif de Paris proche de 1,5 °C
Par rapport aux politiques actuelles, l’application complète des engagements permettrait donc d’éviter :
2,8-2,5=0,3 °C
Les engagements annoncés permettraient ainsi d’éviter environ 0,3 à 0,5 °C de réchauffement d’ici 2100, à condition qu’ils soient réellement appliqués.
Une politique suffisamment forte pour limiter le réchauffement à 1,5 °C éviterait :
2,8-1,5=1,3 °C
soit environ 1,3 °C par rapport à la trajectoire actuelle.
Cela ne signifie pas que le thermomètre redescend immédiatement
Avec environ 1,4 °C de réchauffement durable déjà acquis, une trajectoire limitée à 1,5 °C signifie que nous ajoutons encore environ 0,1 °C avant la stabilisation.
Action Conséquence climatique
Réduire légèrement les émissions La température monte moins vite
Réduire fortement les émissions La hausse ralentit fortement
Atteindre zéro émission nette de CO₂ La température se stabilise approximativement
Produire des émissions nettes négatives La température peut commencer à redescendre lentement
Réduire rapidement le méthane Effet bénéfique plus rapide, car il reste moins longtemps dans l’atmosphère
Le GIEC souligne la relation presque linéaire entre les émissions cumulées de CO₂ et le réchauffement : chaque tonne supplémentaire ajoute une petite fraction de température. www.ipcc.ch
Un exemple avec les réserves pétrolières
Nous avons calculé que brûler toutes les réserves pétrolières prouvées ajouterait approximativement 0,30 °C.
Si une politique mondiale permettait d’en laisser :
Part des réserves laissée sous terre Réchauffement approximativement évité
25 % 0,075 °C
50 % 0,15 °C
75 % 0,225 °C
100 % 0,30 °C
Ces valeurs sont centrales et ne comprennent que le CO₂ issu de la combustion du pétrole. Elles n’intègrent pas totalement le raffinage, les fuites de méthane, le charbon et le gaz.
Ce que la lutte actuelle a réellement obtenu
Elle a déjà produit : davantage d’électricité renouvelable ; une amélioration de l’efficacité énergétique ; le développement des véhicules électriques ; des réglementations industrielles et thermiques ; une réduction des émissions dans certains pays ; une baisse de la trajectoire climatique envisagée il y a quelques décennies. Mais je l'ai dit tout cela dans le cadre du capital marchands disponible, ce qui freine la lutte écologique.
Mais à l’échelle mondiale, les émissions restent trop élevées. La lutte climatique a donc, jusqu’à présent, ralenti l’aggravation sans inverser le mouvement.
Autrement dit, la lutte climatique n’a pas pour premier résultat de refroidir la planète, mais d’empêcher que le capitalisme fossile continue à la réchauffer jusqu’à des niveaux beaucoup dangereux