Publié le 22 Janvier 2026

2.1) La peine mise en récit : quand l’archaïsme devient cosmologie

Ce que nous venons de décrire prend une puissance particulière dès qu’on regarde l’histoire longue : la pénibilité n’a jamais été seulement matérielle. Elle a toujours été mise en récit pour devenir légitime, parfois même sacrée. On peut relire une grande part de l’histoire humaine comme une longue naturalisation de la peine.

Chez les Sumériens déjà, l’Épopée d’Atrahasis raconte que les dieux mineurs se révoltent parce qu’ils sont épuisés à creuser les canaux et à entretenir la terre pour les grands dieux. La solution n’est pas d’abolir la pénibilité. Elle est de créer l’homme pour la porter à leur place. L’humanité naît littéralement comme force de travail substitutive. Le récit fonde l’idée que certains existent pour peiner afin que d’autres puissent gouverner. La peine devient une fonction cosmique.

La Bible reprend ce schéma sous une autre forme. Dans la Genèse, le travail pénible apparaît comme une conséquence de la chute :
« Tu gagneras ton pain à la sueur de ton front. »
La peine n’est plus seulement une nécessité matérielle : elle devient une condition morale. Travailler durement, souffrir, c’est expier. L’ordre social peut alors s’appuyer sur un fond théologique : si tu peines, ce n’est pas seulement parce que le monde est dur, c’est parce qu’il doit être ainsi, et que ta peine a un sens.

Chez les Grecs, la division devient plus explicite encore. Le citoyen libre est celui qui ne travaille pas de ses mains. La pénibilité est l’affaire des esclaves et des métèques. Le loisir (scholè) devient la condition de la pensée, de la politique, de la philosophie. La cité repose sur une masse de corps qui peinent pour que quelques-uns puissent gouverner et réfléchir. La fatigue devient un marqueur de place : celui qui s’épuise n’est pas fait pour décider.

Le servage médiéval prolonge cette logique en la stabilisant dans une trinité sociale presque parfaite : ceux qui prient, ceux qui combattent, ceux qui travaillent, comme quoi se stratifier en classe n'est une modernité

Les trois fonctions se veulent complémentaires, mais une seule est pénible au quotidien, et surtout : elle est continue, sans sortie, sans évolution sociale possible.
Le paysan n’est pas seulement “celui qui fait”, il est “celui qui peine”
, ce n’est pas une situation transitoire, c’est une condition. On ne travaille pas pour en sortir : on y naît, on y demeure, on y meurt. Ce n’est plus une situation, c’est une identité. Et lorsque l’identité est ainsi fixée, l’ordre cesse d’être contesté : il devient naturel. Lorsque cette condition est sacralisée, l’ordre cesse d’être contesté : il devient naturel.
Le système des castes en Inde en est l’exemple le plus abouti. La pénibilité y devient une essence.
On ne fait pas un travail inférieur : on
est inférieur par nature. Ce que l’histoire européenne a produit par la tradition, l’Inde l’a inscrit dans une cosmologie. Dans les deux cas, la même opération est à l’œuvre : transformer une organisation de la peine en vérité du monde. Ainsi, ce qui est décrit n’est ni occidental, ni moderne, ni accidentel.
C’est une
dynamique anthropologique universelle : lorsque la pénibilité se fige, elle devient destin.


 

Puis nous trouvons l’esclavage moderne, où la peine devient pure extraction d’énergie de l'autre sans compensation. Le corps de l’autre est réduit à une machine biologique. Sa fatigue ne compte pas : elle est la condition même du profit. Ici, la pénibilité se sépare totalement de la reconnaissance : plus tu souffres, moins tu existes symboliquement.

De la mythologie aux théologies, des cités aux empires, la civilisation n’a pas seulement utilisé la peine : elle l’a justifiée. Elle a appris à faire de l’épuisement une place, parfois même une vertu. L’archaïsme biologique est devenu cosmologie, puis morale, puis évidence.

2.2) De la plèbe aux classes : quand la pénibilité devient lisible

Jusqu’aux manufactures, la hiérarchie existe déjà, mais elle reste diffuse. Dans la plèbe elle-même, on trouve des distinctions : maître artisan, compagnon, manœuvre ; petit propriétaire, fermier, journalier. Tous travaillent, mais tous ne travaillent pas avec la même proximité au contrôle. Tous travaillent, mais tous ne sont pas placés à la même place hiérarchique des lieux où se décident les règles, les rythmes et les bénéfices. Certains sont proches de ce qui organise le travail, d’autres n’ont accès qu’à l’effort lui-même. Les uns organisent, arbitrent, orientent. Les autres exécutent ce qui a été décidé sans eux.

Apparaît donc que la hiérarchie ne tient pas d’abord à la quantité d’effort, mais à la position dans l’architecture sociale : être près de ce qui décide, ou n’avoir pour soi que sa fatigue.

Celui qui possède l’outil, l’atelier ou la terre décide. Celui qui ne possède que ses bras exécute.

C’est cette hétérogénéité qui formera le tiers état sous la royauté : un ensemble où se côtoient déjà des dominants relatifs et des dominés internes, mais encore confondus dans une même catégorie politique. Un même « peuple », mais déjà stratifié par la proximité aux passages vitaux : certains organisent, d’autres portent.

Il faudra attendre les manufactures, puis l’industrialisation, pour que cette structure se distingue et se nomme avec l’apparition des syndicats. Là, la pénibilité cesse d’être seulement vécue : elle devient visible comme fonction sociale distincte. Ce n’est plus « le monde est dur ». C’est : « certains portent le dur pour que d’autres organisent ». Les classes apparaissent.

L’exemple des Canuts est une charnière anthropologique. Ils sont souvent présentés comme la première révolte du « travail ouvrier ». Mais ce sont d’abord des artisans. Des travailleurs porteurs d’un savoir, d’une autonomie, d’une dignité propre. La technologie vient bouleverser leur monde en les rapprochant de la condition manœuvrière : le geste maîtrisé devient geste subordonné, et la survie dépend désormais d’un système abstrait.

Leur révolte est celle d’un monde qui meurt au moment même où la modernité promet, à terme, de réduire la pénibilité. Mais le cerveau archaïque ne calcule pas « à terme ». Il calcule « maintenant ». Il préfère un monde dur mais connu, où l’on sait comment survivre, à un monde technique qui déplace les rapports de force et rend la place incertaine. comprendre et tenir compte de cela est primordial, et n'est pas encore un réflexe naturel des humains.

et nous allons mettre en mots une vérité anthropologique d’une grande dureté : ce que nous appelons « résistance au changement » n’est pas d’abord idéologique, elle est biologique. C’est le cerveau archaïque qui parle. Il ne choisit pas entre bon et mauvais. Il choisit entre connu et inconnu. Et il préfère presque toujours ce qui fait souffrir mais qui tient, à ce qui pourrait libérer mais dont il ne connaît pas encore les contours. c'est ce que font les publicités, elles répètent sans cesse, pour devenir réflexe, comme le font des judokas et autres sportifs pour ancrer des réflexes de combinaisons.

Ce réflexe est universel.
C’est exactement celui que l’on entend aujourd’hui face à l’IA : « Elle va supprimer des emplois. » la résistance s'exprime, car derrière il n'y a rein pour rassurer le reptilien.

Et c’est exactement celui que beaucoup de lecteur auront face au Modèle Joule. Non pas parce qu’ils aiment le travail pénible. Mais parce que, pour le reptilien, ce travail est devenu un point fixe : il est ce qui prouve que l’on existe, ce qui donne une place, ce qui permet de dire je suis quelqu’un.
Quitter cela, même pour mieux, c’est risquer le vide.
car le reptilien ne peut pas enregistrer ce qui n'est pas dans son environnement ou ce qui c'est intégré par traumatisme ou répétition.

Le reptilien ne calcule pas en termes d’« évolution culturelle ». Il ne comprend pas « adulescence collective ». Il comprend seulement : « Est-ce que je vais encore manger demain ? » « Est-ce que je vais encore être reconnu ? » « Est-ce que je vais encore compter pour quelqu’un ? »

C’est pourquoi ne propose pas d'imposer brutalement la sortie du monde du travail central, par le modèle Joule. Le cerveau archaïque se cabrerait, il résisterait, il s’accrocherait, il défendrait même ce qui le détruit, parce que c’est ce qu’il connaît. le modèle joule il ne le connaîtra pas même si on le lit. seul le temps peut lui ouvrir les esprits et il y a que deux manières d’apprendre : soit nous transformons consciemment l’environnement dans lequel nos cerveaux archaïques calculent, soit nous laissons la surenchère continuer jusqu’à ce que la compréhension arrive par la brûlure.

c'est à dire soit par la connaissance, ou par la catastrophe.

L’armement nucléaire est précisément ce seuil tragique : une pédagogie par l’irréversible.

Le Modèle Joule ne promet pas que l’humanité deviendra sage. Il tente seulement de rendre possible une autre voie que celle où le reptilien ne comprend qu’au moment où les radiations touchent déjà la peau. Il ne demande pas aux humains d’être meilleurs. Il cherche à créer un monde où être archaïque cesse d’être mortel. Ce n’est pas un projet moral. C’est un projet de survie consciente, issus de la centralité du travail et du sens que donne la pénibilité, c'est à dire la recherche de nature de l'économie d'énergie, dont la concordance a développé des tyrans, des rois des empereurs, des rentiers et des milliardaires.


 

Ce réflexe est universel. C’est exactement celui que l’on entend aujourd’hui face à l’IA :
« Elle va supprimer des emplois. » c'est exactement celui que nous pensons qui sera des travailleurs face au modèle Joule. Le reptilien aura peur de quitter ce qui tient même s'il en souffre, s'il s'en plaint, pour ce qui pourrait être meilleur, si on ne le lui impose pas. Or nous n'imposons rien et laissons le choix qu'il propose entre évoluer vers l'adultescence du passage au monde adulte culturel, ou attendre l'usage de l'armement nucléaire qu'il ne comprendra que quand ses rayons rependus d'en l'environnement le toucheront.
Comme si la disparition d’un poste de travail était en soi une catastrophe anthropologique.

mais dans un monde où la seule valeur reconnue est le travail, oui perdre son travail, c’est perdre son droit d’exister. La société ne possède pas d’autre langage de la dignité. Elle est donc incapable de voir dans la réduction de la pénibilité une libération : elle n’y voit qu’une menace.

C’est en cela que, dans le Modèle Joule, la rémunération des humains pour apprendre possède une double fonction décisive : instruire, et donner un revenu indépendant du travail pénible.

Sans cette dissociation, toute avancée technique est vécue comme une attaque contre l’existence elle-même, et non comme ce qu’elle pourrait être : une sortie progressive de l’usure comme condition de la dignité.

2.3) Syndicats, socialisme et hiérarchies internes : quand la peine devient comptabilité

Avec l’industrialisation, les syndicats et le socialisme rendent enfin la structure lisible : il y a ceux qui vendent leur force de travail, et ceux qui possèdent les moyens de production. Politiquement le même découpage de classe s'installe et le 28 février 1848 la création de la commission du gouvernement pour les travailleurs, dite commission du Luxembourg, première administration du travail en France. Puis en 1878, se constitue en parti, la Fédération du parti des travailleurs socialistes de France (FPTSF).

La Charte d’Amiens l’énonce sans détour : la classe ouvrière se reconnaît comme telle parce que l’appropriation devient visible. La pénibilité cesse d’être seulement un destin individuel ; elle devient un fait collectif, politique, nommé.

Mais une autre dynamique se met aussitôt en place, plus discrète, plus durable :
à l’intérieur même du monde du travail, la hiérarchie renaît. la convention « convention d’Arras » en 1891 et le premier pas. Il faut attendre les grandes grèves du Front populaire et la loi du 24 juin 1936 pour qu’elles puissent être étendues, supprimées en 1941. Elles sont rétablies en décembre 1946 et 1950,

Les conventions collectives protègent et classent,de longue pratique de l’arbitrage et de la conciliation des conflits collectifs.
Les grilles salariales organisent une échelle : du manœuvre à l’agent de maîtrise, de l’ouvrier spécialisé au cadre.

Et une logique étrange s’installe.

Celui qui est au plus près du corps, de la poussière, du bruit, du port de charge, de la répétition, le manœuvre, l’OS, est celui qui reçoit le moins, le moins rémunéré.

Celui qui est éloigné de la pénibilité, qui écrit, organise, contrôle, planifie,
est mieux reconnu, mieux payé, mieux considéré.

La hiérarchie ancienne se recompose sous des formes modernes.

Dans la langue des ateliers, une idéologie implicite s’installe : le pénible est « simple », l’administratif est « complice », l’agent de maîtrise est « capot », le cadre est « au-dessus ».

Et la pénibilité devient une preuve morale : « Tu souffres, donc tu mérites. »

Mais le réel dit exactement l’inverse : plus tu souffres, moins tu reçois.

C’est une inversion anthropologique majeure, et même la nov langue qui fait de la femme de ménage une technicienne de surface, n'a augmenté que le leurre de la considération.
Dans un monde cohérent, celui qui dépense le plus d’énergie devrait être celui qui reçoit le plus pour reconstituer sa réserve.
Or la société industrielle organise une hémorragie énergétique chez ceux qui tiennent physiquement la production.

Ce renversement est si profond qu’il devient invisible, par l’acceptation de tous où depuis des sicles la pénibilité en silence sous classe, de deux manières par la déconsidération et un moindre salaire.

Fait révélateur : le mouvement ouvrier lui-même devient parfois acteur du maintien des emplois les plus pénibles, sous-payés, au nom même de leur existence. Dans les entreprises, on réclame des primes de pénibilité. On ne demande pas la disparition de la peine ; on négocie son prix. On organise l’usure.

Le politique, lui, qui a toujours intégrer cette logique séculaire, la poursuit jusque dans le temps de la vie.
Il crée des carrières longues, des départs anticipés, des métiers « usants ». Ce qu'il faut entendre derrière ces mots, c’est que le politique ne supprime pas la pénibilité : il l’intègre dans l’architecture du système, comme une fatalité gérable, il attend que s'exprime la contestation.

Lorsqu’un État crée : des carrières longues, des départs anticipés, des catégories de métiers dits « usants » ou « pénibles »,

il reconnaît implicitement trois choses très fortes : Certains travaux détruisent les corps plus vite que d’autres, cette destruction est considérée comme « normale » dans l’ordre social, la réponse n’est pas de faire disparaître ces travaux, mais d’en organiser la compensation tardive.

Autrement dit, la société dit en creux : « Oui, nous savons que certains métiers usent prématurément les humains, nous savons qu’ils raccourcissent la vie, nous savons qu’ils abîment les corps.

Mais nous continuons à les faire exister tels quels, en échange, nous promettons une sortie plus tôt… si vous tenez jusque-là. »

C’est une forme d’aveu silencieux : la pénibilité est devenue une variable de gestion de la mortalité.

On ne remet pas en cause la structure qui produit ces métiers, on n’interroge pas leur nécessité à l’ère technique, on ne se demande pas : « Pourquoi des humains doivent-ils encore porter cela ? »

On aménage simplement la trajectoire de ceux qui vont s’user : pour avoir travaillé plus tôt, pour s'être usé, tu partiras plus tôt, tu mourras souvent plus tôt.

La pénibilité n’est plus un accident du système, elle est intégrée comme une donnée comptable de la vie humaine.

C’est ce que ce passage veut montrer : le politique ne supprime pas l’usure, il en organise la gestion dans le temps.
Comme si la société reconnaissait à demi-mot ceci : certains corps sont sacrifiés plus vite que d’autres.

Une vieille formule du mouvement ouvrier le disait déjà, crûment : « Vous avez mis la retraite à 65 ans parce que vous saviez qu’un an après, la plupart mourraient. »

La pénibilité n’est plus seulement une condition de travail. Elle est intégrée dans l’architecture même de la mort.

Et pendant que l’on parle de justice sociale, un autre langage s’impose : celui du marché. On le présente comme une loi naturelle, neutre, presque scientifique. Mais ce que l’on nomme « loi du marché » n’est rien d’autre qu’un rapport de force hérité de cette histoire de la peine.

On a dit : liberté d’entreprendre.
Mais ce que l’on voit, y compris aujourd’hui avec le retour brutal de figures comme Trump, c’est que cette loi n’est jamais qu’une capacité à imposer ses conditions à ceux qui n’ont que leur corps à engager.

Le marché n’abolit pas la hiérarchie de la pénibilité, il la modernise, il la rend abstraite, l la rend mondiale.

Ce que l’histoire industrielle révèle, ce n’est pas seulement l’exploitation, de l'homme par l'homme, c’est la transformation de la peine en unité de compte.
La souffrance devient mesurable, l’usure devient négociable, la vie devient variable d’ajustement.

La pénibilité n’est plus seulement ce que l’on endure, elle devient ce par quoi on est situé.

2.4) La mère au foyer : pièce énergétique cachée de l’usine

Cette inversion, brûler plus d’énergie pour recevoir moins, n’a pas seulement produit des classes. Elle a engendré une architecture sociale entière.

Pour que le travailleur industriel puisse simplement tenir, il a fallu qu’une autre énergie vienne compenser ce que le système lui retirait. Cette énergie fut celle de la femme au foyer.

La « mère au foyer » n’est pas un simple modèle culturel, ni une tradition sentimentale. Elle est une pièce structurelle du système énergétique du travail industriel, dans la longue durée de son histoire.
Elle cuisine ce que le salaire ne permet pas d’acheter préparé.
Elle entretient ce que le temps de travail empêche de réparer.
Elle élève, soigne, organise.
Elle soutient psychiquement un corps et un esprit usés par la chaîne, l’atelier, le chantier.

Autrement dit : le salaire ouvrier ne suffit pas à reconstituer l’énergie qu’il détruit.
Il faut une énergie gratuite en amont : celle du travail domestique invisible.

Le mythe de la mère au foyer « naturelle » masque une réalité plus brute : le système productif externalise une part essentielle de la reproduction humaine sur un travail non payé, non reconnu, tenu pour normal.

L’ouvrier s’use à la production, la femme s’use à la réparation de l’ouvrier.

Et ni l’un ni l’autre ne voient cette chaîne comme un dispositif énergétique global, parce qu’elle est recouverte de morale, de tradition, de rôles dits « naturels ».

Le Modèle Joule rend visible ce que l’économie classique dissimule : le monde moderne repose sur une double extraction : l’énergie du travailleur, sous-payée ; l’énergie domestique, non payée.

La pénibilité n’est pas seulement dans l’usine, elle est un principe d’organisation global de la vie humaine. Tu enfanteras dans la douleur, métaphoriquement là commence l'usure de la mère au foyer.

Quand un couple dispose de revenus suffisants, il paie ce que la mère au foyer assumait autrefois : ménage, repas, garde des enfants. On parlait jadis de « bonne ». Aujourd’hui, ce sont des services.

Mais lorsque ces mêmes tâches sont accomplies par la mère au foyer, nous trouvons normal qu’elles ne produisent aucun revenu.

Ainsi, un célibataire peut vivre correctement avec 2 000 €.
S’il se marie et que le couple ne dispose que de 2 000 € pour deux, chacun tombe dans une forme de pauvreté relative.

Ce n’est pas un paradoxe moral, c’est la preuve que le travail domestique est économiquement réel mais symboliquement annulé.

La société moderne fonctionne comme si une part essentielle de l’énergie humaine devait rester hors valeur.
C’est sur cette invisibilité que reposent encore aujourd’hui : la sous-rémunération du travail pénible, l’inégalité salariale entre les sexes, et la difficulté chronique à reconnaître les métiers du soin, du lien, de la présence.

2.5) La pénibilité, le sexe et la fable morale du monde moderne

Ce que l’époque contemporaine nomme « patriarcat » est souvent raconté comme une faute morale : l’effet d’une volonté historique des hommes de maintenir les femmes dans l’ignorance et la dépendance.

Ce récit est confortable, il désigne un coupable simple, il transforme une structure en intention.
Il permet de croire que l’injustice naît d’un mauvais esprit plutôt que d’un monde matériel soumis à la rareté.

Mais il est faux par insuffisance, même si, bien sûr, des hommes ont abusé de cette situation, l’ont intégrée dès l’enfance comme naturelle, et l’ont inscrite dans les lois de leur temps comme le code civil de 1804 avant d'être patiemment réformé par mes luttes des femmes.

Les sociétés anciennes n’ont pas pensé la femme comme incapable d’apprendre par simple misogynie. La preuve est massive : dans toutes les civilisations, on trouve des femmes instruites, célébrées, initiées, prêtresses, prophétesses, savantes, reines, stratèges, poétesses. Elles existent dans les mythes, dans les archives, dans les lignées de pouvoir. Les religions elles-mêmes consacrent des figures féminines de savoir et de médiation.

Ce que ces sociétés n’ont pas fait, ce n’est pas reconnaître l’intelligence des femmes.
Ce qu’elles n’ont pas fait, c’est organiser massivement leur présence dans les fonctions exposées à la pénibilité vitale du travail rémunéré qui apportait la considération sociale. car les femmes ont toujours travaillées souvent doublement aux champs, au coté de leur époux et comme mère.

Dans les royaumes constitués, il n’y a pas de femmes soldats.
Dans les grandes invasions, où la force brute décide, il n’y en a pas davantage.
Dans les métiers de la forge, de la charpente, de la taille de pierre, de la guerre, de la chasse lourde, elles sont absentes.

Non par mépris intellectuel, mais parce que ces activités sont conçues comme des prolongements directs de la lutte par la force que donne la puissance masculine de nature contre un monde hostile, où la force brute est vitale. Elles sont pensées comme des combats contre la matière, le froid, la mort, l’ennemi. Elles mobilisent un imaginaire de l’exposition, du risque, de la destruction possible du corps.

Dans un univers dominé par la rareté, où chaque perte menace l’équilibre du groupe, la répartition des rôles se fait d’abord selon une logique de survie collective.

Ce n’est pas la femme que l’on exclut. C’est la fonction pénible que l’on protège comme zone vitale, tout en la déclassant socialement.

Même la biologie raconte cette histoire. Des travaux en archéologie montrent qu’au paléolithique, les os des femmes étaient plus robustes que ceux des femmes actuelles. Ce n’est pas un mystère moral. C’est la trace d’un monde où les corps féminins étaient soumis à une charge physique bien plus lourde.

L’effort entretient une structure.
La modernité technologique en exige moins.

La direction assistée, les leviers mécaniques, les systèmes hydrauliques, l’ergonomie, l’exosquelette demain : tout cela déplace la pénibilité hors du corps. Aujourd’hui, une femme conduit un trente-cinq tonnes sans difficulté particulière, alors qu’il y a quelques décennies un jeune homme peinait à tourner le volant d’un camion militaire sans assistance.

Ce n’est pas le corps féminin qui a changé, c'est le monde qui l'entoure, et permet de nouvelles exigences féminines.

La barrière n’était pas cognitive, elle était énergétique.

La véritable révolution, celle que la fable morale refuse de regarder, est là : l’émancipation massive des femmes ne naît pas d’abord d’un éveil éthique, mais d’un basculement matériel. La pénibilité cesse d’être le cœur de la production. Lorsque la survie ne dépend plus directement de corps exposés à la pénibilité qui épuise, lorsque l’effort est médié par la machine, lorsque le travail devient organisation plutôt que combat, la frontière s’effondre.

Ce n’est pas la conscience qui libère en premier, ce sont les conditions de la vie qui changent.

2.6) 1974 : quand la biologie devient comptabilité — l’inégalité comme double peine

Dans les années 1970, lorsque l’égalité salariale devient un enjeu politique explicite, la discussion ne se déroule pas dans un monde vierge. Elle se heurte à une structure déjà vieille de siècles : celle d’une économie où le corps est la première unité de compte.

En 1974, lors de négociations sur l’amélioration des conditions de travail des femmes et sur l’égalité des salaires, le patronat ne se présentait pas comme une misogynie incarnée. Il ne disait pas : « Les femmes valent moins. » Il disait : « Elles coûtent plus. »

Et il s’appuyait, pour cela, sur les propres revendications syndicales.

Pauses pour les femmes enceintes.
Temps de repos pour les menstruations douloureuses.
Journées d’absence pour soigner un enfant malade, sans perte de rémunération.

Tout ce qui était demandé au nom de la protection devenait, dans leur logique, une preuve comptable d’« inégalité fonctionnelle ». Ce qui relevait de la condition biologique était transformé en charge économique. La fragilité devenait un coût. Le soin devenait une anomalie productive.

La pénibilité ne concernait plus seulement le geste. Elle devenait celle du corps lui-même.

Ainsi, l’inégalité biologique était punie deux fois : une première fois par la perte directe de revenu liée à l’absence, une seconde fois par un salaire structurellement inférieur, justifié par l’anticipation de ces absences.

Ce mécanisme ne relevait pas d’une haine des femmes.
Il relevait d’une logique énergétique froide : dans un monde organisé autour du rendement, et tout ce qui interrompt le flux est dévalué.

Ce qui frappe, c’est que cette logique traverse les sexes. Aujourd’hui, des femmes dirigeantes perpétuent ces inégalités au nom des mêmes impératifs : compétitivité, rentabilité, pression des actionnaires. La structure survit à la morale. Changer les personnes ne change pas le système.

Le politique lui-même en porte la trace. Les gouvernants se plaignent de l’absentéisme féminin, notamment dans la fonction publique, enseignement, hôpitaux, services sociaux, comme s’il s’agissait d’une anomalie à corriger. Ils oublient que ces secteurs concentrent précisément les métiers du soin, du lien, de la présence humaine : des fonctions où l’humain reste indispensable parce qu’elles ne se réduisent pas à un flux productif.

On vote des lois pour que les hommes assument eux aussi des responsabilités familiales.
On crée des congés parentaux.
On autorise qu’un couple maintienne au foyer celui dont le revenu est le plus faible.

Mais ces dispositifs viennent s’inscrire dans un monde où la hiérarchie salariale existe déjà. Ils n’abolissent pas la structure : ils la redistribuent marginalement.

Car le problème n’est pas l’injustice morale d’un sexe contre l’autre.
Le problème est qu’une société continue de mesurer la valeur humaine à partir de la disponibilité corporelle.

Dans un tel monde : celui qui tombe malade vaut moins, celle qui enfante vaut moins, celui qui soigne vaut moins, celle qui interrompt vaut moins.

Nous continuons de punir ce qui interrompt le flux. Nous continuons de hiérarchiser selon la disponibilité corporelle. Nous continuons de traduire la vie en coût.

Et nous nous étonnons que les inégalités renaissent.

Ce n’est pas la morale qu’il faut corriger. C’est l’unité de mesure du monde. c'est le plan comptable où l'humain s'inscrit dans le compte 66 comme une charges.

2.7) Sortir de l’équation archaïque : souffrir n’est pas valoir

Tout ce chapitre converge vers un point unique : tant que la valeur restera indexée sur la pénibilité silencieuse, le monde social sera condamné à reproduire des hiérarchies, à fabriquer des suspects, à punir les fragilités, à sanctifier l’usure.

Le travail restera la condition d’existence. La souffrance restera la preuve d’appartenance. La technique restera vécue comme une menace. Le Modèle Joule ne promet pas une égalité incantatoire. Il propose de sortir enfin d’une équation archaïque : ce qui coûte au corps vaut moins.

Il déplace la valeur vers ce qui est réellement rare et commun à tous : l’énergie humaine elle-même —
qu’elle s’exprime par un geste, par un soin, par un apprentissage, ou par la simple capacité de tenir vivant un autre être.

Dans un tel monde, la fragilité ne devient plus une faute, l’interruption ne devient plus une dette, la réduction de la pénibilité ne devient plus une menace.

La puissance technique cesse d’être vécue comme un danger pour l’existence elle redevient ce qu’elle aurait dû être depuis le début : un moyen de réduire la peine, au lieu de faire de la peine un devoir, et un devoir d’enrichissement pour d’autres.

Ce n’est qu’à ce prix que l’égalité cesse d’être un combat moral sans fin pour devenir une conséquence structurelle d’un monde enfin cohérent avec ce qu’il est devenu.

conclusion

Aujourd’hui, chacun est obligé de racheter sa propre existence.

Le salaire n’est pas un socle, c’est un ticket d’entrée.
Il faut d’abord se vendre comme travailleur, puis redevenir client pour manger, se loger, se chauffer, se soigner.
On travaille pour obtenir un salaire, et ce salaire sert aussitôt à redevenir consommateur de ce que l’on a soi-même produit augmenté du revenu de l’employeur et de l’accroissement du capital.
Sans cette ponction structurelle, il n’y aurait pas de milliardaires.
Autrement dit : on est d’abord recherché comme producteur, pour avoir ensuite le droit d’exister comme client, consommateur de ses propres productions et fabricant de la richesse de ceux qui nous emploient.
Le monde salarial fonctionne ainsi : depuis 1804, tu dois d’abord prouver ton utilité pour entrer dans le circuit, puis payer pour avoir le droit d’y rester.
Tu ne vis pas parce que tu existes ; tu existes parce que tu es solvable.
La négociation se fait alors sous contrainte vitale.
Ce n’est pas : « Qu’est-ce que je peux apporter ? » C’est : « Qu’est-ce que j’accepte de subir pour ne pas disparaître du jeu ? »

À partir de là, l’introduction du Modèle Joule devient limpide : Dans le Modèle Joule, ce point de départ change. Le revenu n’est plus la récompense d’un poste occupé, mais de l'énergie qui va falloir pour le remplir. ce revenu n’est plus le prix à payer pour rester client du monde.
Il devient un revenu d’existence active : sans avoir a le racheter dans le prix client. le salarié devenu partenaire n’as plus à acheter son droit de vivre en se vendant comme force de travail. il l'a possède de nature et personne ne peut la lui prendre.

Il n’est plus contraint d’entrer dans n’importe quel emploi pour manger, il n’est plus sommé d’accepter n’importe quelle pénibilité pour rester solvable, il n’est plus d’abord un client sous pression, pour le bénéfice de quelque uns.
Dès lors, la négociation change de nature, les rapports se coordonnent et se complètent.
On ne discute plus pour survivre, on discutes pour contribuer u développement de la société avec toutes ses singularités individuelles, tout son tissus social économique, qui n'a plus rien a caché, qui n'a plus à duper, qui n'a plus à sérier des valeurs de vie biologiques.
Et la pénibilité devient enfin un objet rationnel : ce travail est dur, il use les corps, il mérite une reconnaissance plus forte, il doit être réduit, transformé, mécanisé.
On ne dit plus : « Si tu refuses, il y en a dix derrière toi. »
On peut enfin dire : « Est-il encore raisonnable, aujourd’hui, de faire porter cela à des humains ?
Et si oui, à quelles conditions ? »
Le salarié cesse d’être un client contraint. Il redevient un partenaire économique.
Non plus quelqu’un qui vend sa fatigue pour rester en vie, mais quelqu’un qui choisit ce qu’il est prêt à donner au monde, à partager avec les autres.

 

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Rédigé par ddacoudre

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Publié le 30 Septembre 2025

La dette finance des vies, pas des trous


 

Ce que ne vous disent pas les informations ni les gouvernements.

1. La dette, un faux épouvantail

Depuis Maastricht, les discours politiques nous répètent qu’il faut réduire la dette comme si c’était un monstre menaçant notre survie collective. Or, cette dette n’est rien d’autre que le cumul depuis 1974/76 des déficits annuels de l’État. Elle finance des salaires, des services publics, des investissements collectifs. Depuis des décennies, la dette publique est présentée comme un gouffre, un fardeau insupportable, une anomalie qu’il faudrait absolument résorber. Pourtant, il faut avoir le courage de le dire : la dette ne finance pas des trous, elle finance des vies.

Chaque euro emprunté depuis les années 1970 a permis de maintenir des services publics, des hôpitaux, des écoles, des routes, mais surtout des salaires. Ce sont ces salaires qui font tourner la société, car les salariés, en consommant, financent tout : impôts, cotisations sociales, investissements, bénéfices et dividendes.

Réduire la dette en coupant dans les dépenses publiques, c’est donc supprimer des emplois réels.

Personne ne sait qui, parmi ceux privés de revenus, basculera vers la précarité, la délinquance ou la révolte. Mais l’histoire nous l’a appris : réduire la dette brutalement, c’est créer du chômage et de la misère, donc nourrir les crises politiques.

La dette est ainsi le révélateur d’une hypocrisie collective. Les citoyens réclament toujours plus de services publics, mais refusent l’impôt. Les gouvernements veulent la croissance, mais organisent la rareté monétaire en laissant la création de monnaie aux seuls marchés financiers. Les dominants capitalistes en profitent, car ils perçoivent les intérêts et renforcent leur pouvoir sur les États.
Autrement dit : réduire la dette, c’est réduire directement des emplois et des services.

2. Un calcul simple mais éclairant

Les 3 200 milliards d’euros de dette cumulée en 2024 représentent environ 190 millions de mois de salaires, soit l’équivalent de plus de 15 millions d’emplois annuels sur cinquante ans. Quand un gouvernement annonce vouloir économiser 40 milliards d’euros, cela revient à détruire l’équivalent de 2,4 millions de mois de travail, donc 200 000 emplois annuels.

Si l’on divise cette somme par le coût d’un emploi au SMIC chargé (~2 100 €/mois), on obtient :

    • 1,52 milliard de mois d’emplois financés depuis 1974.

    • Soit 126 millions d’années d’emplois.

Bien sûr, ces emplois ne sont pas simultanés : la dette s’est accumulée en cinquante ans. Mais cela montre qu’elle représente avant tout des vies humaines, du travail, du service rendu à la collectivité.

 

La dette n’est pas une abstraction : ce sont des enseignants, des soignants, des agents publics, des services de proximité. Supprimer des milliards, c’est supprimer des vies professionnelles et précariser la société.

3. Ce que veut dire « faire des économies »

Le gouvernement annonce vouloir réduire les dépenses publiques de 40 milliards €.

  • 40 milliards ÷ 2 100 €/mois = 19 millions de mois d’emplois.

  • ÷ 12 = 1,6 million d’emplois annuels au SMIC.

Cela signifie que, mécaniquement, 1,6 million de personnes perdraient leur activité si l’on coupait cette dépense, sauf à créer immédiatement une activité équivalente dans le privé. Or, cela n’arrive jamais.

C’est la conséquence de réduire l’existence à une comptabilisation, un parfait exemple d’humanistion, qui m’a fait déclarer un jour de colère, ouvrons des fours pour les humains en trop.

Réduire la dette revient donc soit à fabriquer du chômage, soit à rogner sur des services collectifs indispensables (hôpitaux, écoles, transports, justice…). Depuis 1974, l’endettement a servi à compenser l’insuffisance chronique des salaires et des prélèvements. Sans lui, la France aurait connu des crises sociales autrement plus violentes. En vérité, la dette est une respiration collective, un outil de survie dans un système capitaliste qui bride l’émission monétaire.

Le vrai débat n’est donc pas « faut-il réduire la dette ? », mais : qui contrôle la monnaie, et pour financer quoi ? Tant que nous restons prisonniers de la rareté imposée par le capital et par les institutions financières, nous continuerons à nous endetter. À l’inverse, si nous adoptions une création monétaire indexée sur la productivité, sur l’énergie (le joule), ou sur les besoins sociaux et écologiques, nous financerions directement la société sans passer par l’endettement ni par les marchés. Ce n’est pas la dette qui est un danger : c’est l’obsession de la réduire au prix de l’humain.

C’est ce que ne comprennent pas les citoyens que ce soit dans les jaqueries des gilets jaunes ou de Bloquons la société, la batille à prendre n’est pas le gouvernement mais la BCE


 

4. L’angle mort du débat

Quand les politiques parlent de dette, ils oublient toujours cette réalité comptable :

  • La dette, c’est du travail déjà effectué par des salariés.

  • Elle finance des enseignants, des infirmières, des policiers, des chercheurs… qui ont touché un salaire et produit un service.

  • Dire « réduisons la dette », c’est donc implicitement dire : « supprimons des salaires et des services ».

Tableau comparatif (Italie / autres pays)

Pays

Réduction de déficit / ajustement

Coût social / pertes d’emplois / effets sur salaires & services

Commentaire critique

Italie

Réformes du travail, compression budgétaire

Chômage élevé, salaires réels stagnants, services publics comprimés

Le “modèle exemplaire” masque la précarité

Grèce

Austerité radicale

Fuite des talents, explosion de la pauvreté

La dette “réduite” au prix de la survie

Espagne

Réformes, coupes sociales

Perte de millions d’emplois après 2008

Apparence de redressement mais déficit structurel


 

5. Coût social caché de la “réussite” italienne

Les discours politiques citent souvent l’Italie comme « exemple de redressement » ou de “bonne gestion”. Mais derrière ces chiffres se cache un lourd tribut social qu’on préfère occulter. Voici quelques éléments concrets :

Données récentes marquantes
  • En janvier 2025, l’Italie affiche un taux de chômage de 6,3 %, selon l’ISTAT, avec 145 000 emplois créés ce mois-là — un regain ponctuel, mais dans un contexte où le taux d’emploi reste l’un des plus faibles d’Europe. Reuters

  • Le secteur automobile, via l’entreprise Stellantis, a annoncé avoir supprimé près de 10 000 emplois en Italie entre 2020 et 2024. Reuters

  • Le rapport Oxfam Italie (2013) montrait déjà que lors de périodes d’ajustement budgétaire, le plein-emploi recule, les emplois à temps partiel augmentent, et les ménages les plus modestes sont les plus touchés. www-cdn.oxfam.org

  • Depuis les crises de la zone euro, l’Italie a perdu une part importante de sa production industrielle (≈ 25 %), freinant sa capacité à retrouver des emplois industriels de qualité. SpringerLink+1

Limites et analyses critiques
  • Les “emplois créés” ne sont pas tous équivalents : beaucoup sont précaires, temporaires ou à temps partiel. Le renversement de la précarité durable reste peu visible.

  • Le “succès” italien est souvent mesuré en termes de croissance ou de réduction du déficit, mais peu en termes de reconstruction de services publics ou de rehaussement des salaires réels.

  • L’amélioration du ratio dette/PIB peut masquer le fait que ce sont les citoyens ordinaires, et non les marchés, qui ont payé le prix : via des impôts, des coupes dans les services, des compressions salariales.

  • Comparer l’Italie à d’autres pays (Espagne, Grèce…) révèle que les politiques d’ajustement sont toujours assorties d’une précarisation massive, d’une montée du chômage de longue durée et d’une exclusion sociale invisibilisée dans les statistiques officielles.

  • On peut désormais dire : « Oui, l’Italie “s’améliore” sur les indicateurs macroéconomiques — mais à quel coût humain ? »

  • Les “emplois créés” sont souvent des emplois faibles ; les suppressions dans les secteurs industriels ou stables frappent les classes moyennes et populaires.

  • On présente les réductions de dette comme des réussites abstraites, mais elles sont obtenues sur le dos de vies précarisées.

L’obsession comptable, une impasse historique

Les dirigeants répètent : « Il faut réduire la dette ! ». Mais aucun pays ne s’en sort uniquement par la rigueur. Historiquement, les dettes publiques se stabilisent ou se réduisent par :

  • La croissance économique.

  • L’inflation modérée (qui allège le poids réel de la dette).

  • La création monétaire (non admise dans l’Union européenne actuelle).

Couper dans les dépenses publiques n’a jamais produit de miracle. Cela ne fait qu’alimenter le chômage et la défiance politique.

L’enjeu véritable

Le vrai débat n’est pas : « Faut-il réduire la dette ? »
Le vrai débat est : qui contrôle la monnaie, et pour financer quoi ?

Tant que la création monétaire est laissée aux marchés financiers et aux banques, la dette restera une chaîne qui nous étrangle, et les coupes budgétaires continueront de fabriquer du chômage.

Mais si nous assumons que la dette est en réalité une avance sur productivité collective, alors nous pouvons imaginer une autre voie : une création monétaire publique, indexée sur les besoins sociaux, écologiques, ou même sur une mesure énergétique universelle comme le joule.

Alors, au lieu de compter les milliards « à économiser », nous compterions les vies améliorées, les services garantis, et l’avenir construit.

Parce qu’au fond, la dette finance des vies, pas des trous.

Une autre logique : investir dans la vie

Si la dette finance des vies, alors l’enjeu n’est pas de couper, mais de mieux orienter.
Investir dans :

  • La transition écologique,

  • La santé et l’éducation,

  • Les technologies utiles,

c’est garantir des emplois et un avenir. Le problème n’est pas la dette en soi, mais la soumission aux marchés financiers qui exigent leur part d’intérêts.

Une hypocrisie entretenue

Les citoyens ne veulent pas payer plus d’impôts, mais ils exigent des services publics.
Les gouvernements ne veulent pas assumer cette contradiction, alors ils s’endettent.
Les libéraux dénoncent ensuite la dette pour imposer leurs solutions : privatiser, réduire les droits sociaux, transférer la richesse vers le capital.

En vérité, la dette est le reflet d’un choix politique : maintenir un niveau de vie collectif malgré une répartition des richesses toujours plus inégalitaire.

6. résumé

La dette publique n’est pas un gouffre, mais un miroir : celui d’une société qui préfère préserver les profits privés plutôt que de financer équitablement ses besoins collectifs.
Réduire la dette sans alternative, c’est fabriquer des chômeurs.

Réduire la dette pour « rassurer les marchés » est un mythe destructeur. Derrière chaque milliard coupé, ce sont des vies humaines qui basculent dans la précarité.

La vraie question n’est pas : « Comment réduire la dette ? »
Mais : « Comment faire en sorte que la monnaie serve à financer la vie, et non à enrichir une minorité ? »
Alors oui, il vaut mieux « laisser couler la dette » que couler des millions de vies.

La dette n’est pas un trou : c’est une respiration. Coupez-la, et vous étouffez la société.

« Entre dette et austérité, le choix est clair : la dette nourrit, l’austérité affame. »
La comparaison France–Italie montre que l’obsession comptable détruit plus de vies qu’elle n’en sauve. Nous pouvons dire la dette nourrit, l’austérité précarise, la dette c’est la vie, couper la dette c’est couper des vies car elles sont derrières les chiffres


 

7. Retraites – « plancher SMIC » : combien ça coûte ?
Hypothèses (modifiables facilement)
  • Retraités (France) : 17,0 millions

  • SMIC net mensuel de référence : 1 400 €

  • PIB (repère) : 3 000 Md€

  • Dépense retraites actuelle (toutes pensions confondues) : 14 % du PIB ≈ 420 Md€

  • Part de retraités sous le SMIC net : 40 %

  • Écart moyen à combler (mensuel) : 250 €

Résultat – Complément ciblé (« top-up » jusqu’au SMIC net)
  • Bénéficiaires : 40 % × 17,0 M = 6,8 millions

  • Complément annuel par personne : 250 € × 12 = 3 000 €

  • Coût annuel total : 6,8 M × 3 000 € = 20,4 Md€

  • En % du PIB : ~0,68 % du PIB

Lecture : avec ces paramètres réalistes, éradiquer les pensions sous le SMIC net par un complément coûterait de l’ordre de 0,6–0,8 % du PIB.
Variante pédagogique – « SMIC net universel pour tous les retraités » (exercice théorique)
  • Montant annuel par retraité : 1 400 × 12 = 16 800 €

  • Coût total : 17,0 M × 16 800 = 285,6 Md€ ≈ 9,5 % du PIB

Remarque importante : ce scénario remplacerait toutes les pensions actuelles par un seul montant au SMIC net (il réduirait donc mécaniquement les pensions supérieures au SMIC). Il sert juste de borne pour raisonner.
8. 1975–2024 : combien « valent » nos machines — et quelle monnaie pure cela suggère ?

Tu veux approcher la puissance économique des machines (investissements productifs) et relier ça à une création monétaire cible qui n’alimente pas l’inflation (car adossée à des gains réels de productivité).

9. Méthode simple, transparente (ordre de grandeur)

Étape A — Cumul des investissements « machines & équipements »
  • Idée : additionner, sur 50 ans, la FBCF en machines/équipements (part de l’investissement total) rapportée au PIB.

  • Hypothèse prudente (stylisée, solide pour la France) :

    • Part machines/équipements ≈ 6 % du PIB en moyenne long terme.

    • Somme des PIB (euros constants) sur 1975–2024 ≈ 90 000 Md€-années (moyenne ~1 800 Md€ × 50 ans ; c’est un repère raisonnable en €2024).

  • Cumul machines ≈ 6 % × 90 000 = 5 400 Md€ (soit 5,4 T€ en euros 2024).

    • Fourchette réaliste (5–8 % du PIB) : 4,5 à 7,2 T€.

Ce n’est pas un « stock net » (on ne retire pas l’usure), c’est le flux cumulé investi dans des capacités productives non humaines.
Étape B — Quels gains de productivité attribuables au capital (les machines) ?
  • Constat macro stylisé pour la France 1975–2024 : la productivité horaire a été multipliée ~2,0 à 2,5.

  • Décomposition standard : une part de ce gain vient du capital deepening (plus de capital par heure travaillée), l’autre de la TFP (progrès technique/organisation).

  • Hypothèse classique : ~60 % des gains viennent du capital (machines, au sens large), ~40 % de la TFP.

Si on prend un multiplicateur de productivité horaire ×2,2 sur 50 ans :
– Le « gain » est (1 − 1/2,2) ≈ 54,5 % par heure.
– La part machines ≈ 60 % × 54,5 % = ~33 % du PIB courant.

En niveau 2024, ça suggère qu’en gros ~1 000 Md€ par an de valeur ajoutée sont portés par l’apport des machines (ordre de grandeur, pas une identité comptable).

Étape C — Quelle création monétaire “pure” soutenable ?

Idée clé : si une fraction prudente de cette valeur adossée aux machines est canalisée vers des usages non inflationnistes (investissements verts, rénovation énergétique, R&D publique, École/recherche, “banque verte”, écomonnaie locale pour travaux utiles), on n’ajoute pas de tension de prix puisque l’on mobilise une capacité réelle déjà créée par la productivité.

  • Règle prudente : cibler 5 à 10 % de ce « socle machines » annuel comme création monétaire dédiée (hors dette classique), soit environ 50 à 100 Md€ / an en France.

  • Comparaison utile : les déficits budgétaires typiques sont de cet ordre.
    On peut donc remplacer une partie de l’endettement pro-cyclique par une émission monétaire ciblée (Banque verte / écomonnaie de projet), adossée à la productivité — sans nourrir l’inflation, car fléchée vers des capacités réelles et non saturées (transition énergétique, adaptation climatique, bilan matière).

10. Pourquoi ça tient debout (et pourquoi c’est politique, pas magique)

  • L’inflation surgit quand on crée de la demande sans offre disponible. Ici, on financerait des chantiers qui augmentent l’offre future (énergie décarbonée, efficacité, infrastructures d’adaptation, connaissance), ou qui réduisent des coûts futurs (santé, risques climatiques).

  • Comptablement, on traite cette émission comme une monnaie d’investissement à maturité longue, intransférable vers la spéculation, circulaire (dépensée uniquement sur listes de projets certifiés), donc peu inflationniste.

  • Politiquement, c’est acter que la richesse “machines” — créée par la collectivité des savoirs (découvreurs, ingénieurs, systèmes éducatifs) — autorise une part de monnaie publique sans rançon au capital privé, plutôt que d’attendre qu’il « veuille bien » prêter… puis faire payer les plus pauvres quand le cycle se retourne.

Ce que ces chiffres te donnent, tout de suite

  • Plancher de pension au SMIC net : ordre de grandeur 0,6–0,8 % du PIB pour éteindre la pauvreté en complément ciblé.

  • Cumul machines 1975–2024 : ~5,4 T€ (fourchette 4,5–7,2 T€).Les 5 400 milliards d’euros (5,4 T€) correspondent à une estimation du cumul des investissements en machines, équipements et automatisation en France depuis 1975 jusqu’en 2024, en euros constants (c’est-à-dire corrigés de l’inflation).

Ça veut dire qu’en moyenne :

  • ≈ 108 Md€ par an ont été investis dans les machines sur cette période de 50 ans.

  • Ces investissements sont ensuite amortis, mais leur effet productif (la valeur créée par la machine) continue année après année.

Donc :

  • Stock cumulé ≈ 5 400 Md€.

  • Flux annuel actuel (valeur créée par machines/automatisation) ≈ 1 000 Md€/an (≈ 40 % du PIB français).

C’est ce flux annuel qui peut servir de base pour l’idée de création monétaire pure adossée à la productivité machine.

En résumé : 5 400 Md€ = stock cumulé 1975–2024.

≈ 1 000 Md€/an = flux machine actuel.

“Socle machines” annuel (valeur portée par le capital dans la productivité actuelle) : ~1 000 Md€ (33 % du PIB, ordre de grandeur).

Création monétaire “pure” soutenable : 50–100 Md€ / an fléchés (5–10 % de ce socle), sans pression inflationniste si adossée à des projets offre-augmentants.

Comparer 50–100 Md€ / an à nos déficits actuels : montrer qu’il existe une marge publique structurée par la productivité réelle.

Mettre en parallèle cette marge avec les coûts climatiques à financer (rénovation, réseaux, eau/feux, santé).

Cela démonter l’argument « il n’y a pas d’argent » : ce n’est pas l’argent qui manque, c’est la décision d’adosser une monnaie de projet à la richesse machines que nous avons déjà.

11. Retraites aujourd’hui

  • Dépense totale retraites (2023) ≈ 340–350 Md€ (≈ 14 % du PIB).

  • Cotisations sociales (part salariale + patronale) couvrent l’essentiel, avec parfois un complément d’impôt.

12. Complément pour assurer un plancher SMIC net

(d’après le calcul précédent)

  • Besoin ≈ 20 Md€ par an (≈ 0,7 % du PIB).

  • À comparer aux 350 Md€ actuels de dépenses retraite.

En pourcentage de cotisations retraites

20350≈5,7%\frac{20}{350} \approx 5,7 \%35020​≈5,7%

Donc : un effort supplémentaire d’environ +6 % sur les cotisations retraite actuelles permettrait d’assurer à chaque retraité un revenu au moins égal au SMIC net.

13. Si on financait ce besoin avec la « richesse machines »

  • Rappel : les machines contribuent à environ 1 000 Md€ par an de valeur ajoutée dans l’économie (notre estimation prudente).

  • En prélevant 20 Md€ (plafond SMIC net pour tous) sur ce socle :

    201 000=2%\frac{20}{1\,000} = 2 \%100020​=2%

Cela veut dire qu’on pourrait sécuriser toutes les petites retraites en fléchant 2 % de la valeur annuelle créée par les machines, au lieu de surtaxer le travail humain.

14. Lecture politique

Vu du système actuel : il faudrait +6 % de cotisations retraite (partagée entre salariés et employeurs).

Vu sous l’angle de la monnaie “machines” (monnaie pure adossée à la productivité non humaine) : il suffirait d’allouer 2 % de ce socle annuel pour garantir qu’aucun retraité ne tombe sous le SMIC net.

15. Par prudence

Estimer la création pure “jusqu’à 30 %” du flux machine (≈ 1 000 Md€) comme plafond de création de “monnaie pure” est défendable… à condition de cadrer ça proprement.

Politiquement l’on peut aller plus loin en fonction de la réalité des besoins sociaux et économiques de la population.

16. L’idée en 2 lignes
  • Flux annuel de valeur imputable aux machines/automatisation aujourd’hui : ≈ 1 000 Md€.

  • Plafond de création adossé à ce flux à la manière d’un “taux d’effort” de crédit à 30 % : ≈ 300 Md€/an (≈ 10–11 % du PIB).

17. Pourquoi c’est raisonnable (avec garde-fous)
  1. Ancrage réel : on n’émet pas “dans le vide”, on l’adosse à une capacité productive déjà existante (capital machine mesurable).

  2. Proportionnable : 30 % joue le rôle d’un plafond macro-prudentiel (comme le 30 % d’endettement des ménages).

  3. Impact social : 300 Md€ couvrent ~75–85 % de la dépense annuelle de retraites (ordre de grandeur 350–400 Md€), ou financent à la fois retraites minimales pleines + éducation adulte (ECPA) + banque verte. ( Enseignement Complémentaire Pour Adulte, rémunéré).

18. Risques & conditions pour éviter l’inflation
  • Pas de goulots : flécher vers capacités supplémentaires (énergie, transports, rénovation, agro, numérique public), pas seulement vers la demande finale.

  • Ciblage : émettre via une éco-monnaie/banque verte (crédits conditionnels, bons datés, usages éligibles) plutôt que du cash généralisé.

  • Phasage : démarrer à 100 Md€ la 1ʳᵉ année, puis +50 Md€/an jusqu’à 300 Md€, avec déclencheurs (on ralentit si inflation cœur > cible et que l’output gap se ferme).

  • Stérilisation : prévoir des reprises (taxes correctrices, éco-contributions, mise en réserve) si surchauffe locale.

  • Cadre euro : en zone euro, passer par des instruments dédiés (obligations vertes achetées par l’Eurosystème, éco-monnaie non-conversible, fonds d’investissement publics).

19. Règle simple (proposée)
Émission annuelle maximale = min (30 % × “valeur-service du capital machine”, 10–11 % du PIB), avec
(a) ciblage 70 % investissement productif/écologique, 30 % dividende social (retraites plancher, ECPA) ;
(b) review trimestrielle (inflation cœur, capacités, emploi).
20. Ce que ça change concrètement
300 Md€ de “monnaie pure” permettent de réduire le besoin de dette sans couper des services (donc sans fabriquer du chômage).
On socialise le dividende de l’automatisation : la machine ne remplace plus l’humain et le revenu ; elle finance une partie du revenu social et des investissements de transition.
21.Scénarios chiffrés « monnaie pure » adossée au flux machine

(hypothèses simples et transparentes)

Hypothèses de base (France, ordre de grandeur 2024)

  • PIB ≈ 3 000 Md€

  • « Valeur-service » annuelle du capital machine/automatisation1 000 Md€ (repère macro)

  • Dépenses de retraites375 Md€/an (milieu de fourchette 350–400)

  • Coût complet d’un emploi-an (salaire + charges) ≈ 40 k€

  • Coût d’un année d’apprentissage rémunérée (ECPA : allocation + pédagogie) ≈ 15 k€

  • Population ≈ 68,5 M d’habitants

22. Trois paliers d’émission prudente (10 / 20 / 30 % du flux machine)

Palier

“Monnaie pure” émise

% du PIB

% du flux machine

A

100 Md€

3,3 %

10 %

B

200 Md€

6,7 %

20 %

C

300 Md€

10,0 %

30 %

Lecture : 300 Md€ = 30 % du flux machine estimé à 1 000 Md€, soit ~10 % du PIB.

23. Couverture potentielle des retraites

Palier

Couverture des retraites (≈ 375 Md€)

A – 100 Md€

27 %

B – 200 Md€

53 %

C – 300 Md€

80 %

24. Effets « capacité » (emplois-an, années d’étude financées)

Palier

Équivalent emplois-an (40 k€)

Apprenants-an ECPA (15 k€)

A – 100 Md€

2,5 M

6,7 M

B – 200 Md€

5,0 M

13,3 M

C – 300 Md€

7,5 M

20,0 M

Règle simple : 1 Md€ = 25 000 emplois-an (à 40 k€) ou ~66 700 apprenants-an (à 15 k€).

25. Fléchage prudentiel proposé (anti-inflation)

  • 70 % vers investissements productifs/écologiques (banque/éco-monnaie verte ; projets éligibles)

  • 30 % vers dividende social (plancher retraite, ECPA, minimas)

Exemple palier C (300 Md€) :

  • 210 Md€ investissement (énergie, rénovation, mobilité, agro, numérique public)

  • 90 Md€ dividende social
    1 315 €/hab/an si universel ou ~240 €/mois ciblés (retraites plancher, apprenants)


26. Ancrage « Joule » : conversion énergie ↔ monnaie (pour une norme universelle)

Idée : calibrer la « monnaie-travail » sur une référence énergétique observable.

  • Prix repère d’électricité de gros 75–100 €/MWh (moyenne pluriannuelle, hors pics)

  • 1 TWh = 3,6 PJ ; 1 MWh = 3,6 GJ

Palier C (300 Md€) équivaut à 3 000–4 000 TWh achetables
10,8–14,4 EJ (exajoules) d’équivalent énergétique.

Proposition de convention : 1 “Joule-monnaie” = pouvoir d’achat de 1 kJ de travail/énergie standardisée.
Avec 75 €/MWh, 1 kJ ≈ 2,08×10⁻⁵ €1 € ≈ 48 kJ.
On obtient ainsi une échelle physique réplicable, utile pour comparer secteurs/pays.

27. Cadre macro (pour rester non-inflationniste)

  1. Phasage : +100 Md€ la 1ʳᵉ année, puis +50 Md€/an jusqu’à 300 Md€, avec revue trimestrielle (inflation sous-jacente, goulots, output gap).

  2. Ciblage : 70 % capacité réelle (offre), 30 % revenu social (demande) → équilibre.

  3. Mécanismes de reprise : éco-contributions temporaires si surchauffe sectorielle.

  4. Zone euro : passer par banque verte / éco-monnaie non-convertible, ou obligations vertes publiques rachetées par l’Eurosystème (cadre UE déjà existant sur les green bonds).

28. Résumé exécutif
  • La machine (automatisation, logiciels, robots, capital productif) génère un flux économique d’ordre 1 000 Md€/an en France.

  • Adosser une création de “monnaie pure” à ce flux, plafonnée à 30 % (≈ 300 Md€, ~10 % du PIB), est macro-prudent et non-inflationniste si :

    • 70 % vont à des investissements qui augmentent l’offre (énergie, rénovation, mobilité, agro durable, numérique public),

    • 30 % vont à un dividende social (retraite plancher, éducation adulte ECPA).

  • Effets directs (palier 300 Md€) :

    • 80 % des retraites annuelles peuvent être couverte sans taxer davantage le travail.

    • Jusqu’à 7,5 millions d’emplois-an ou 20 millions d’apprenants-an ECPA (selon fléchage).

    • Équivalent énergie : 10–15 EJ (standardisation possible via un étalon Joule).

  • Pourquoi ça marche : on socialise le dividende de l’automatisation. La machine ne remplace pas seulement le travail humain ; elle finance une part du revenu social et de la transition.

  • Objectif : rémunérer les humains pour apprendre (ECPA), sécuriser un plancher de retraite décent, et accélérer la transition productive—sans “faire payer” les plus pauvres ni couper des services publics.

29. Encadré « retraite plancher » (ordre de grandeur)

  • Besoin pour garantir 1 300 €/mois nets aux pensions < seuil (hypothèse : 5,5 M de bénéficiaires moyens, complément moyen 400 €/mois)
    ≈ 26 Md€/an (inclure effets de bord = 30–35 Md€).

  • Pris sur la part sociale (30 %) du palier C (90 Md€), il reste 55–60 Md€ pour ECPA/solidarités.

30. Encadré « ECPA » (éducation rémunérée adulte)

  • 15 k€/an par apprenant (allocation + pédagogie + infra).

  • Palier C (reste social 55–60 Md€ après retraite plancher) → 3,7–4,0 M d’apprenants-an sans impacter l’investissement (210 Md€).

31. Encadré « comparaison au déficit budgétaire »

  • Déficit public typique récent : ~140–150 Md€/an.

  • Palier B (200) couvre ~130 % de ce besoin si fléché vers dépenses substitutives.

  • Palier C (300) permet à la fois transition + socle social sans compression de dépenses utiles → on évite de “faire payer” l’ajustement aux plus fragiles.

32. Formule de pilotage (proposition)

Émission annuelle max = min( 30 % × flux machine, 10–11 % du PIB )
avec (a) 70/30 investissement/dividende social, (b) revue trimestrielle des paramètres (inflation cœur, tensions, emploi), (c) filets anti-surchauffe sectoriels.
33. Deux solides « messages »

1) « La dette finance des vies, pas des trous. »

Réduire la dette, c’est couper dans des salaires, des services publics, des emplois. En Italie, comme en France, ce sont toujours les citoyens qui paient la facture sociale.
2) « Socialiser le dividende de la machine : 10 % du PIB pour des retraites décentes, des cerveaux en apprentissage, et une transition qui crée de l’offre. »

3) On nous dit : maîtriser la dette. Mais à quel prix ? »
Chaque milliard “économisé” équivaut à des milliers d’emplois supprimés. Derrière les chiffres, il y a des vies précarisées.


 

34. Les Canuts et la monnaie pure : de la révolte à l’émancipation


 

Au XIXe siècle, les Canuts, tisserands lyonnais, se révoltèrent contre les machines à tisser qui

menaçaient leur survie. Leur cri « vivre en travaillant ou mourir en combattant » résonne encore

comme une revendication fondamentale de dignité. Face à la misère et aux 18 heures de travail

quotidien, ils inventèrent pourtant des solutions sociales novatrices : mutualisme, coopératives,

conseils de prud’hommes, presse ouvrière, caricatures militantes. Autant de jalons d’émancipation

que nous avons aujourd’hui tendance à oublier.


 

1. Le parallèle avec notre temps est frappant.


 

Hier, les métiers à tisser ; aujourd’hui, la robotisation, l’intelligence artificielle et les caisses automatiques. La technologie détruit des emplois mais améliore le confort et la productivité. Elle est mue par le même ressort : la recherche du moindre effort pour satisfaire les besoins humains.


 

2. Les syndicats, à juste titre, craignent ces destructions.


 

Mais refuser la technologie est vain : l’histoire montre que son avancée est inéluctable.

La différence fondamentale, c’est que nous savons aujourd’hui ce que les Canuts ne pouvaient pas

savoir : la productivité des machines peut être mesurée et traduite en création monétaire pure. Là

où les révoltes d’hier cassaient les outils, notre tâche est d’inventer un système où la valeur créée

par les machines alimente directement la société plutôt que de se concentrer entre les mains d’une

minorité. C’est le sens d’une « monnaie pure » indexée sur la productivité machine et du savoir

accumulé.

3. Une telle approche ouvrirait la voie à de nouveaux instruments :


 

une Banque Verte ou une Écomonnaie, capables de financer les défis écologiques et climatiques, sans faire peser le coût sur les seuls salariés. Car il ne manque pas de travail — il manque de monnaie disponible pour l’accomplir.

La leçon des Canuts est claire : face à une technologie inarrêtable, seule l’émancipation

intellectuelle et collective permet d’éviter la misère. Hier, elle prit la forme du mutualisme et des

coopératives. Aujourd’hui, elle doit prendre la forme d’une réinvention monétaire et d’une vision à

long terme, capable de libérer l’humanité de la peur du progrès technique.

Ne craignons donc pas les machines : organisons-nous pour que leurs gains deviennent une

richesse partagée. C’est la condition pour que l’évolution technologique, loin de nous déposséder,

nous rapproche de ce que nous cherchons depuis toujours : vivre dignement, libres, et capables de

choisir notre avenir


 

4. Le fascisme de Weimar à la France contemporaine : identité de rapport


 

L’histoire ne se répète jamais terme à terme, mais elle offre des résonances troublantes. Entre

l’Allemagne de Weimar au début des années 1930 et la France contemporaine, certains parallèles

s’imposent. Il ne s’agit pas de confondre Hitler et nos acteurs actuels, mais d’identifier des «

identités de rapport » : mêmes mécanismes, mêmes dynamiques, mêmes aveuglements.

Comprendre ce glissement est essentiel pour éviter que l’histoire ne bascule à nouveau.


 

5. La République de Weimar : un laboratoire du glissement autoritaire


 

L’Allemagne des années 1930 ne fut pas emportée par une marée brune irrésistible. Les nazis

n’ont jamais « pris » le pouvoir : on le leur a donné. Les élites conservatrices, industrielles et

médiatiques, préférèrent pactiser avec Hitler plutôt que de perdre leurs privilèges. En utilisant les

failles de la Constitution (article 48), en gouvernant par ordonnances, en criminalisant les «

extrêmes » de gauche, le centre autoritaire ouvrit la voie à l’extrême droite. La presse de masse,

dominée par les magnats comme Hugenberg, entretint la peur du « bolchévisme culturel » et

alimenta les haines identitaires. Ainsi, ce n’est pas la force du nazisme qui l’a porté, mais la

faiblesse des démocrates et la compromission des élites.


 

6. La France (1984-2025) : un terrain de compromissions


 

Depuis 1984, la scène politique française connaît un glissement comparable. La gauche a

abandonné la lutte anticapitaliste, se contentant d’accompagner la gestion libérale. Le PS, en

assumant la « social-démocratie » sans rupture avec le marché, a désarmé idéologiquement ses

militants. La droite, elle, s’est « décomplexée », reprenant des thèmes du Front national pour ne

pas perdre son électorat. Aujourd’hui, une partie de LR n’hésite plus à envisager des alliances avec

le RN.

Macron incarne ce « centre autoritaire » :

austérité budgétaire, verticalité du pouvoir, criminalisation d’une supposée « extrême gauche », instrumentalisation sécuritaire et dissolution du Parlement pour contourner le débat démocratique. Quant aux médias dominants, largement contrôlés par de grands groupes financiers, ils alimentent quotidiennement les thèmes de l’extrême droite : insécurité, immigration, déclin national. La réalité est pourtant contrastée : depuis 1995, le taux de criminalité baisse en proportion, mais le discours médiatique fabrique une insécurité permanente.


 

7. Identité de rapport : similitudes et enseignements


 

Comme à Weimar, nous observons aujourd’hui : – un centre autoritaire qui préfère s’allier à droite

qu’à gauche ; – une gauche social-démocrate en retrait, incapable de porter une alternative claire ;

– des élites économiques et médiatiques qui instrumentalisent la peur pour préserver leurs intérêts

; – une extrême droite qui gagne en crédibilité grâce à ces compromissions. L’histoire ne se répète

pas : Hugenberg n’est pas Bolloré, Papen n’est pas Macron. Mais le rapport entre les forces

politiques est analogue. Les élites, par calcul, nourrissent ce qu’elles prétendent combattre. La «

banalisation » de l’extrême droite est le fruit de cette complicité, et non d’une fatalité.

La République de Weimar est morte moins de la force des nazis que de la lâcheté et de la cupidité

de ses élites. La France contemporaine n’en est pas au même point, mais les signaux sont là. La

judiciarisation, la policiarisation de la société, la criminalisation des contestations sociales, sont les

symptômes d’un glissement. Si l’on veut éviter qu’un jour le RN gouverne comme Hitler fut nommé chancelier, il faut briser cette mécanique. Non par la peur, mais par la lucidité, le courage et la reconstruction d’un horizon commun.

« Le fascisme ne s’impose pas, il s’infiltre. Il prospère quand la démocratie

s’endort.


 

8. Le glissement fascisant : du Juif au Musulman, d’Hitler à nous


 

Héritages et avertissements


 

L’histoire des Canuts ou de l’Allemagne des années 1930 nous rappelle que les sociétés, en crise,

cherchent toujours un ennemi intérieur. Hier, les ouvriers lyonnais détruisaient les métiers à tisser ;

hier encore, Hitler désignait les Juifs comme responsables de tous les maux. Aujourd’hui, nos

sociétés fragilisées par la mondialisation et le capitalisme financier rejouent ce scénario. Non pas

de façon brutale comme en 1933, mais sous une forme insidieuse : un glissement fascisant.


 

35. En 1999 je prédisais cette dérive et en 2011j’écrivais : Le musulman remplacera-t-il le Juif ?


 

À la faveur de la peur et de l’insécurité, le débat sur « l’identité nationale » et « la place de l’islam »

s’est installé. L’amalgame s’est construit : l’immigré = le musulman = l’ennemi potentiel. Les

médias, en relayant sans cesse faits divers et amalgames, ont fixé cette perception dans les

esprits. Comme jadis les caricatures antisémites, les discours péjorant l’altérité ont nourri une

mémoire collective qui habitue les citoyens au rejet. Le processus décrit par l’histoire se répétait :

recherche d’un chef charismatique, construction d’un groupe homogène, désignation d’un « autre »

menaçant, appel à des mesures d’exception. Le fascisme ne se choisit pas : il s’installe lentement,

à travers nos peurs et nos discours quotidiens.


 

1. 2023 — La banalisation du rejet


 

Douze ans plus tard, nous n’en sommes plus à l’étape du glissement : nous sommes dans la

banalisation. Le Parlement vote des lois restrictives sur l’immigration. Le RN s’impose comme parti de gouvernement. La confiance démocratique s’effondre (2 à 6 % de confiance dans les

institutions). La société accepte qu’une partie de la population soit traitée comme une

sous-humanité, privée de droits égaux. Les statistiques montrent pourtant une réalité très différente

: la criminalité baisse depuis 1995, l’immigration irrégulière représente moins de 1 % de la

population, et plus d’un immigré sur dix travaille déjà dans nos entreprises. Mais la peur l’emporte

sur la raison. Comme hier, la stigmatisation remplace l’analyse.


 

2. Un processus en miroir


 

En 2011, nous pouvions dire « attention, le fascisme se glisse en nous ». En 2023, nous devons

dire « attention, le fascisme s’institutionnalise ». Le parallèle est clair : hier, les Juifs étaient

accusés d’être responsables de la misère et des crises sociales. Aujourd’hui, les musulmans sont

désignés comme la cause de l’insécurité et du chômage. Les mêmes mécanismes se déploient,

avec l’appui des médias, la lâcheté du « centre » politique, et la peur instrumentalisée des citoyens.


 

36. Quelle issue ?


 

Peut-on arrêter cette spirale ? Pas en cherchant un nouvel Hitler à abattre, ni en se réfugiant dans

la nostalgie des Canuts. Il nous faut changer le terrain même sur lequel prospère le fascisme :

briser le lien entre rareté économique et désignation d’un ennemi, créer une nouvelle richesse par

la productivité des machines et la monnaie pure, bâtir une banque verte ou une écomonnaie, pour

répondre au défi écologique et donner des revenus indépendants du travail salarié. Car si nous

restons prisonniers du capitalisme de rareté, nous continuerons à chercher des boucs émissaires.

Si nous inventons une richesse nouvelle, nous pourrons enfin sortir du piège qui alimente le

fascisme.

Le fascisme n’entre pas par effraction : il s’installe dans nos habitudes. Pour l’arrêter, il

ne suffit pas de dénoncer ses discours, il faut créer une société qui n’ait plus besoin de boucs

émissaires


 


 

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Rédigé par ddacoudre

Publié dans #critique

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Publié le 21 Septembre 2026

Ce que chacun devrait savoir avant d'aller voter.

Théodore Monod décrivait volontiers l’être humain comme un animal encore imparfaitement hominisé, avançant avec une lenteur désespérante vers la maîtrise de lui-même. Il disait que les hommes ont un cerveau "débile".

Cette appréciation ne signifiait pas que l’être humain serait dépourvu d’intelligence. Nos sciences, nos œuvres, nos techniques et nos organisations démontrent exactement le contraire. Elle attirait plutôt l’attention sur la difficulté que nous éprouvons à maîtriser les mécanismes archaïques avec lesquels nous naissons et à les soumettre aux capacités de réflexion, d’anticipation et de coopération développées par la culture.

Nous finissons même par prendre les mots que nous avons inventés pour la réalité elle-même. Un arbre n’est pas « un arbre » pour l’arbre. Il ne le devient que dans le langage humain, afin que nous puissions le reconnaître, le désigner et communiquer à son sujet.

Il en va de même de mots comme monnaie, capital, salaire, dette ou économie. Nous les employons quotidiennement comme s’ils désignaient des réalités naturelles. Ils désignent pourtant des conventions et des institutions inventées par les êtres humains.Puisqu'elles sont inventées par les hommes elles peuvent être changées.

Je voudrais montrer, par l’examen de l’économie, comment une espèce capable de réalisations extraordinaires peut demeurer collectivement soumise à une organisation qu’elle a elle-même créée, sans en comprendre entièrement le fonctionnement.

Du dominant humain au dominant systémique

Les sociétés humaines se sont longtemps organisées autour de dominants identifiables : chef, roi, seigneur, conquérant ou dictateur.

Depuis l’apparition des premières productions accumulables, celui qui pouvait s’en emparer par la force détenait les moyens de commander ceux qui les avaient produites (pillage). Les formes politiques ont changé au cours des siècles, mais les populations sont constamment passées sous l’autorité de nouveaux dominants, eux-mêmes engagés dans une concurrence territoriale, militaire et économique dans des organisations démocratiques où de débat la notion de néolibéralisme qui donne le pouvoir au capital privé de quelques uns..

Les ressources de ces dominants ont également évolué. Le pillage direct a progressivement laissé place aux tributs, aux prélèvements en nature, aux taxes, aux impôts et aux cotisations.

Le pouvoir politique actuel ne vient plus normalement saisir la récolte du paysan ou la production de l’artisan. Il prélève une partie des revenus et de la consommation pour financer les institutions, les services et les protections que la collectivité lui demande d’organiser.

Cette évolution est considérable. Les luttes sociales, la démocratie, l’imprimerie, la scolarisation, les progrès scientifiques et les technologies ont amélioré les conditions de vie et de travail. Mais elles n’ont pas fait disparaître la relation de domination économique. Elles l’ont rendue moins personnelle (S.A) et beaucoup plus difficile à voir.

Le dominant contemporain n’est plus nécessairement un homme. Il est devenu un système : le capitalisme. Les hommes qui le dirigent sont seulement cooptés.

Une dette qui ne peut pas être expliquée par une seule loi

La France connaît des déficits publics presque continus depuis le milieu des années 1970. La dette dépasse désormais 3 500 milliards d’euros.

On entend depuis des décennies les mêmes explications : l’État serait dépensier, il faudrait réduire les services publics, supprimer des fonctionnaires, diminuer les prestations, réformer les retraites et « faire maigrir le mammouth ».

La transformation du financement de l’État constitue bien une partie de l’histoire, mais il serait inexact d’affirmer que la loi du 3 janvier 1973 aurait soudainement interdit à la Banque de France de financer l’État et aurait, à elle seule, créé la dette.

Cette loi a réorganisé les relations entre le Trésor et la Banque de France sans supprimer toutes les avances. L’interdiction juridique stricte du financement direct des États par leur banque centrale est intervenue plus tard, dans le cadre du traité de Maastricht et de l’organisation monétaire européenne, négocié par les sociaux démocrate du PS puis de l'UMP (Lisbonne).

La dette française résulte d’un ensemble de causes : déficits successifs, crises économiques, chômage, vieillissement, politiques fiscales, dépenses nouvelles, ralentissement de la croissance, sauvetages financiers, intérêts versés et choix de financement.

Mais une question plus profonde demeure rarement posée :

Pourquoi une collectivité capable matériellement de produire des hôpitaux, des écoles, des routes, des logements et des connaissances doit-elle emprunter par une convention monétaire aux riches pour mobiliser ses propres capacités humaines et techniques ?
Nous retrouvons là la responsabilité des citoyens qui la renvoient depuis des décennies et du moins depuis les années 70 au système et aux hommes politiques qui ne mentent pas mais omettent de faire le tours de la boucle du système entre le départ du capital et le retour à celui-ci.

L’État n’a pas de ressources indépendantes de la société

L’État n’est pas une personne physique qui travaillerait, produirait et disposerait d’un revenu propre. C’est une personne morale (chose que je regrette car l’état ne paie rien ce sont les salariés qui paient) et une institution politique qui organise des fonctions collectives.

Ses ressources proviennent principalement : des impôts sur les revenus ; des cotisations sociales ; de la TVA et des taxes sur la consommation ; de l’imposition des bénéfices et du patrimoine ; des revenus de certains actifs publics ; et de l’emprunt.

Ces ressources sont prélevées sur l’activité économique générale, mais financées seulement en fin de circuit par les salariés qui eux mêmes l'ignorent, car aucun politiques, aucun économistes, aucun politologues, aucun journalistes, aucun chercheurs économiques, aucun think tank ne leur explique.

C'est une omerta consensuelle "doxatique"d'une messe internationale d'un credo capitaliste.

Qui demandent ?

Les citoyens demandent à l’État et aux collectivités de financer la santé, l’enseignement, la sécurité, la justice, les infrastructures, les retraites, les prestations sociales, la culture et de nombreuses autres missions. Ces demandes sont légitimes : elles correspondent aux besoins d’une société développée.

Mais cela Coûte !

Mais tout service exige des personnes, des bâtiments, des machines, de l’énergie, des matières et des connaissances des institutions démocratiques. Dans notre système, toutes ces capacités doivent être financées par de la monnaie.

Si les citoyens salariés refusent le financement ?

Si les citoyens demandent davantage de services sans accepter les prélèvements correspondants, ou s’ils ne disposent plus de revenus suffisants pour les supporter, l’État couvre la différence par l’emprunt.

C'est ainsi que la dette apparaît donc 1/ dans l’écart entre les besoins collectivement reconnus, les ressources fiscales politiquement acceptées, 2/ la manière dont la monnaie nécessaire peut être obtenue (accord de Maastricht). 3/ les choix politiques public ou privés dont aucun n'est gratuit.

Cela signifie que les citoyens sont seuls responsables de la dette par leurs choix électoraux Dans une démocratie, les gouvernements appliquent les orientations politiques issues du choix des citoyens. Ils doivent financer les services réclamés, répondre aux crises et traiter les difficultés produites par l’organisation capitaliste, sans que les électeurs leur donnent pour mandat de remplacer cette organisation en ne votant pas pour les partis anticapitalistes.

Les citoyens ne décident évidemment pas de chaque crise, mais ils reconduisent le cadre économique dans lequel ses conséquences sont traitées. Ils demandent à leurs gouvernements de maintenir ou d’accroître les services tout en refusant souvent les prélèvements correspondants. Les gouvernements recourent alors à l’emprunt pour exécuter cette volonté contradictoire.

La responsabilité politique.

La responsabilité politique première de la dette appartient donc aux citoyens. Les gouvernements successifs en sont les administrateurs : ils organisent son financement et choisissent ses modalités, mais ils ne font qu’appliquer, dans le cadre capitaliste maintenu par les choix électoraux, la contradiction collective entre les services demandés et leur financement refusé.

Certes les gouvernements choisissent les dépenses, les impôts, les exonérations et les emprunts. Les citoyens n’exercent qu’un contrôle indirect et très imparfait sur ces décisions mais ce sont eux qui les ont élus et ne peuvent pas s'en tirer en disant que c'est de leurs fautes.

Les différentes catégories sociales ne bénéficient pas davantage des mêmes dépenses et ne supportent pas les mêmes prélèvements, mais ces choix ne se font pas en catimini.

Mais la démocratie entretient une contradiction sans l’expliquer: nous voulons les services collectifs sans toujours accepter de reconnaître leur coût. Cela est un comportement conforme aux comportements humains qui ont sévit durant des siècles (recevoir sans participer au coût de production, l'esprit du pillage d'antan dont nous devons pas avoir honte de le reconnaître pour le maîtriser). Nous le voyons encore dans certain drames collectifs.

Pourquoi le prix peut représenter plusieurs fois le salaire net

Prenons un exemple volontairement simplifié. Il ne constitue pas une règle universelle, mais permet de rendre visible le mécanisme.

Supposons qu’un salarié reçoive 1 000 euros nets pour participer à une production.

Pour lui verser ces 1 000 euros, l’entreprise doit également financer les cotisations salariales, les cotisations patronales et différents prélèvements. Selon le niveau de rémunération et les allègements applicables, le coût total du travail pourrait, dans notre exemple, approcher 1 700 à 1 900 euros.

Mais le travail de ce salarié n’est pas le seul coût de la production. Il faut encore financer : les matières premières ; l’énergie ; les bâtiments ; les machines et leur amortissement ; la maintenance ; le transport ; l’administration ; les assurances ; le financement ; les impôts ; la marge nécessaire à la continuité de l’entreprise.

Imaginons la décomposition suivante :

Composition simplifiée

Montant

Salaire net

1 000 €

Cotisations et prélèvements liés au travail

800 €

Matières, énergie et autres services

600 €

Amortissements, administration et financement

300 €

Marge de l’entreprise

300 €

Prix hors taxe de la production

3 000 €

TVA à 20 %

600 €

Prix payé par les consommateurs

3 600 €

Dans cet exemple, le salarié reçoit 1 000 euros nets tandis que la production à laquelle il participe doit être vendue 3 600 euros toutes taxes comprises pour que l’ensemble de la boucle soit financé. Les 2600 correspondent au travail de salariés acheté par l'entreprise et revendu avec tout ce qui s'y rattache.

Cet exemple démontre qu’il ne peut pas racheter l'intégralité de sa production sans productivité ou emprunt.

La réalité cache cela.

Mais dans la réalité il n’achète pas sa production, mais une fraction de la production des autres dont il a besoin et il ne le voit pas. Il peut donc s’arrêter au 1000 € net qu’il a reçus, Avec les 1 000 euros reçus, il ne peut acquérir qu’une fraction de la valeur marchande finale à laquelle son travail a contribué. Environ 1/3 de ce qu’il a produit.

Le principe général reste que le salaire reçu ne permet pas de racheter sa production, même si cela nous échappe parce que celle-ci est achetée par l’ensemble des consommateurs, et avec des proportions diffèrent considérablement selon les secteurs.

Mais le rapport révèle une contradiction collective : les salariés reçoivent une fraction de la valeur monétaire nécessaire pour racheter l’ensemble des biens et services produits. Le complément de la demande doit provenir d’autres revenus, des dépenses publiques, du crédit, des exportations et de la circulation du capital ou de la productivité et de l’emprunt.

Les salariés financent donc collectivement, par leur travail et leur consommation, non seulement leurs revenus, mais également la reconstitution des capitaux qui leur seront de nouveau avancés lors du cycle suivant pour les rémunérer.

Pourquoi taxer les riches ne suffit pas à changer le système

Face à l’insuffisance du pouvoir d’achat et aux besoins de financement public, que refusent d’assumer les salariés, une réponse consiste à demander une contribution plus importante aux plus riches et aux détenteurs de capitaux du seul fait d’une vision sectorielle du processus économique.

Cette demande semble alors justifiée par la recherche de justice sociale face à la concentration considérable des patrimoines auxquels les salariés savent participer, mais pas comment. Mais elle ne suffit pas à sortir du capitalisme, c’est-à-dire du système de fabrication du capital au bénéfice de quelques-uns obtenu par la promesse politique néolibérale que c’était possible disponible pour tous.

Ainsi si l’on taxe davantage une entreprise ou son propriétaire, plusieurs effets sont possibles : une diminution de la marge ou des dividendes ; une réduction de l’investissement ; une pression sur les salaires ; une augmentation des prix lorsque le marché le permet ; un déplacement du capital ; ou une combinaison de ces différentes réactions.

La fiscalité ne change pas la boucle.

La fiscalité peut modifier le partage de la richesse. Elle ne change pas automatiquement la boucle qui a produit toutes ces combinaisons différentes. Elles seront récupérées par le capital au travers de la consommation par les prix et le chiffre d’affaires, il n’est pas inutile de le répéter.

L’argent redistribué par l’État devient le revenu de ceux qui le reçoivent. Ceux-ci le dépensent. Leur consommation devient le chiffre d’affaires des entreprises. Ce chiffre d’affaires reconstitue les coûts et le capital.

un bien être coûteux.
La redistribution améliore légitimement la vie des personnes au prix d'une majoration élevée (trois fois environ). Mais elle réinjecte cet argent dans le circuit dont le capital demeure propriétaire bénéficiaire pour récupérer les avances que la loi l’a obligé à consentir.

C’est pourquoi on ne sort pas du capitalisme en modifiant seulement la distribution de ses résultats. Il faut comprendre et transformer son mécanisme de reproduction.

Le plan comptable : mémoire ou moteur du système ?

Le plan comptable n’a pas inventé à lui seul le capitalisme, le capitalisme est conséquent de l’action des dominants. Le commerce, la propriété et l’accumulation existaient avant sa forme contemporaine.

Mais la comptabilité fournit au capitalisme son langage, sa mémoire et sa règle de continuité.

Elle classe : les bâtiments et les machines comme actifs ; les capitaux apportés comme ressources appartenant à leurs détenteurs ; les salaires et les services publics comme charges ; les ventes comme produits ; le bénéfice comme résultat ; les bénéfices conservés comme réserves venant augmenter les capitaux propres.

L’entreprise doit au minimum reconstituer ce qu’elle a consommé. Si elle ne couvre pas ses coûts, elle disparaît. Si elle ne peut pas investir, elle risque d’être dépassée. Si elle accumule, elle peut grandir, automatiser, conquérir des marchés et absorber ses concurrentes. C’est le combat des groupes internationaux dont les salariés des pays du monde produisent le capital et subissent leurs choix qui exclut l’intérêt collectif s’il n’est pas marchand et rentable.

Même lorsqu’un entrepreneur veut produire quelque chose d’utile, créer des emplois ou exercer un métier qu’il aime, son entreprise reste soumise à cette obligation, tenir ses comptes dans le cadre normatif du plan comptable.

Le capitalisme peut donc être défini ainsi :

Le capitalisme est un système de production organisé juridiquement et comptablement pour assurer la reconstitution et, si possible, l’accumulation du capital privé.

La production des biens et la satisfaction des besoins sont indispensables à son fonctionnement, mais elles sont sélectionnées par leur capacité à faire revenir le capital engagé. Marx avait déjà compris cela.

Le capitalisme ne produit donc pas uniquement des biens. Il produit du capital au moyen des biens.

Et si la possession de ces biens, même au prix fort, satisfait au quotidiens le "reptiliens" nous acceptons les situations qui y conduisent que ce soit l’esclavage, le servage, la servitude, le salariat suivant les siècles. Nous devons alors comprendre que l’émancipation que ce soit par les religions, la philosophie, la scolarité nous a fait passer d’un état à un autre sans modifier le capitalisme dont la base et le besoin de domination animalier, le Vieil homme".

Pourquoi acceptons-nous cette domination ?

Si ce mécanisme nous soumet, pourquoi ne décidons-nous pas démocratiquement de le transformer ?

C’est ici que l’explication économique rejoint la psychologie.

Nous possédons des capacités de réflexion, d’abstraction et d’anticipation remarquables. Mais une grande partie de nos comportements demeure orientée par des mécanismes automatiques de survie, de sécurité, d’appartenance et de recherche de statut qui définissent des paradigmes du "Vieil homme" cité ci-dessus, notre inné.

L’ancienne représentation du « cerveau reptilien » est trop simplificatrice pour décrire scientifiquement notre cerveau. Elle reste cependant une métaphore utile : l’urgence immédiate l’emporte souvent sur la compréhension du long terme.

Celui qui craint de perdre son emploi se préoccupe d’abord du revenu du mois suivant. Il lui importe peu, dans l’immédiat, de savoir quelle part de sa production reconstitue le capital, dès lors qu’il peut manger, se loger et protéger ses proches.

La réflexion sur le fonctionnement général du système exige du temps, de l’éducation et une certaine sécurité. Or le système entretient précisément l’insécurité qui empêche cette réflexion.

Dans L’Hélice, en 1995, j’ai voulu montrer comment la capacité réflexive pouvait être progressivement dominée par les sollicitations immédiates de la vie sociale. Il ne s’agit pas nécessairement d’une régression biologique du cortex, mais d’un recul culturel de son usage critique.

Le désir individuel de domination

L’évolution culturelle a également transformé la domination.

Dans nos relations quotidiennes, chacun cherche une forme de reconnaissance : estime de soi, statut professionnel, réussite, autorité ou prestige. Cette recherche n’est pas condamnable en elle-même. Elle peut encourager l’effort, la création et la responsabilité.

Mais elle devient le relais psychologique du système lorsque la réussite est principalement mesurée par l’accumulation monétaire et la capacité de commander le travail des autres.

Le capitalisme n’est pas seulement imposé d’en haut. Il s’appuie sur le désir de chacun de ne pas rester dominé et, si possible, de devenir dominant à son tour.

La concurrence économique trouve ainsi un puissant appui dans nos comportements :

  • chacun veut améliorer sa position ;

  • chaque entreprise veut dépasser ses concurrentes ;

  • chaque détenteur de capital veut préserver ou accroître son patrimoine ;

  • chaque nation veut maintenir sa puissance.

Le dominant systémique demeure le capitalisme, mais il survit parce qu’il transforme des millions de recherches individuelles de sécurité et de reconnaissance en moteurs de sa propre accumulation.

Ce que nous lui devons et ce qu’il nous coûte

Le capitalisme a contribué à développer la production, les échanges, les sciences appliquées, les machines et une part considérable de notre confort matériel.

Il serait absurde de le nier.

Mais ses défenseurs parlent moins volontiers de ce que son obligation d’accumulation produit également : guerres, exploitation salariale, surexploitation des ressources ; pollution ; réchauffement climatique ; déchets durables ; artificialisation des sols ; concentration des richesses ; remplacement du travail humain sans nouveau mode de distribution ; concurrence militaire et technologique destructive nucléaire ; paralysie des investissements collectifs qui ne promettent pas une rentabilité suffisante.

La sécheresse en fournit un exemple. Nous disposons de capacités humaines, techniques et scientifiques permettant de retenir une partie des eaux hivernales, de recharger les nappes et d’organiser leur distribution. Mais les projets indispensables sont ralentis lorsqu’ils ne procurent pas une rentabilité monétaire suffisamment rapide à un propriétaire du capital.

La capacité réelle existe. C’est son financement comptable qui fait défaut.

Changer la nature du capital

Le problème n’est donc pas seulement de savoir qui possède la monnaie ni de mieux partager les résultats de la boucle existante (la redistribution).

Il faut modifier ce que notre comptabilité reconnaît comme capital.

L’être humain est la seule source capable d’imaginer, d’organiser et de mettre en œuvre la production. Les machines elles-mêmes sont de l’énergie humaine accumulée : elles résultent du travail, de l’apprentissage, des découvertes et de la coopération des générations précédentes.

Le Modèle Joule propose de reconnaître cette réalité.

Le capital fondamental ne serait plus seulement la monnaie détenue par quelques-uns. Il deviendrait la capacité énergétique humaine et mécanique dont dispose collectivement la société pour satisfaire ses besoins.

La propriété privée, le droit d’entreprendre et l’initiative pourraient subsister. Mais l’accès à la vie ne dépendrait plus de l’obligation de vendre son travail au détenteur du capital monétaire.

La question finale n’est donc pas de savoir si l’être humain est intelligent. Ses réalisations le démontrent.

Elle consiste à savoir pourquoi cette intelligence demeure au service de mécanismes archaïques de domination et d’un système comptable qui transforme toute activité, y compris nos progrès et nos besoins, en occasions d’accumuler davantage de capital.

Alors, débiles ou pas ?

Nous préférons payer les intérêts plutôt que financer les services.

Ce que les salariés financent sans le voir

Le salarié voit distinctement, plusieurs opérations : il travaille ; il reçoit un salaire ; il paie des cotisations et des impôts ; il achète des produits ; l’État lui fournit certains services.

Ce qu’il voit moins clairement, c’est le circuit qui relie ces opérations.

Pour produire, l’entreprise avance des capitaux. Elle paie les salaires, les matières, les machines, l’énergie, les intérêts, les assurances, les impôts et les cotisations. Ensuite elle cherche à incorporer ces dépenses dans ses prix, ou les couvrir par le chiffre d'affaires comme principe général. Mais dans la mesure où la concurrence et la demande le permettent toutes ne peuvent pas le faire mais c'est un principe accepté comme concurrence innovante.

Lorsque les consommateurs salariés seulement ( car la consommations des entreprises, des entrepreneurs et des rentiers sont transférés sans que nous nous en rendions compte dans les prix et le chiffre d'affaires) achètent les produits, le chiffre d’affaires permet à l’entreprise : de payer ou de reconstituer les salaires avancés ; de remplacer les matières consommées ; d’amortir les machines ; de payer les prélèvements ; de rembourser les emprunts et les intérêts ; de constituer une marge ; de distribuer éventuellement des dividendes ; et d’accumuler un nouveau capital.

Les salariés financent tout.

Ainsi, les salariés ne financent pas seulement l’État par les prélèvements visibles sur leurs revenus. En tant que consommateurs, ils participent également au financement des coûts, des impôts, des intérêts et des marges incorporés dans les prix des autres consommateurs listés ci-dessus.

Dans la réalité nous ne le voyons pas parce que cela est dilué dans chaque produit ou service que nous achetons.

Cela ne veut pas dire que toute taxe sur une entreprise retombe automatiquement et intégralement sur les consommateurs. Selon la concurrence et le rapport de force, son coût peut réduire la marge, peser sur les salaires, diminuer l’investissement ou être répercuté dans le prix. C'est alors un effet naturel de la concurrence.

Mais, à l’échelle de l’économie, aucun prélèvement ne tombe du ciel. Il est nécessairement supporté, dans les explications économiques selon des proportions variables, par les consommateurs, qu'ils soient les travailleurs, les propriétaires ou les détenteurs du capital. Seuls les salariés n'ont aucun moyens d'en transférer le coût à quelqu'un d'autre.

Les citoyens demandent à l’État des hôpitaux, des écoles, des retraites, des infrastructures, des prestations et de la sécurité. Mais ils refusent simultanément les prélèvements nécessaires pour les financer, parce que ces prélèvements réduisent immédiatement leur pouvoir d’achat.

Ils élisent alors des gouvernements qui maintiennent les services sans augmenter suffisamment les recettes. La différence est empruntée aux détenteurs du capital.

Le citoyen croit ainsi avoir évité l’impôt. En réalité, il a seulement reporté son paiement et accepté de l’augmenter des intérêts.

Exemple chiffré.

Entre 1974 et 2023, les déficits publics cumulés hors intérêts représentent environ 1 188 milliards d’euros. Ce sont, pour simplifier, les services et dépenses que les recettes salariales du moment n’ont pas financés. Durant la même période, les intérêts cumulés ont atteint environ 1 641 milliards d’euros.

Les intérêts ont donc coûté environ 453 milliards de plus que les déficits initiaux qu’ils accompagnaient.

À ces intérêts s’ajoute le fait que le capital emprunté n’a pas disparu. La dette publique atteignait encore 3 101 milliards d’euros en 2023. Lorsqu’un emprunt arrive à échéance, l’État ne le rembourse généralement pas avec un excédent fiscal : il contracte un nouvel emprunt. Le capital roule, et les intérêts continuent.

Il ne faut cependant pas additionner mécaniquement tous les intérêts déjà versés et la totalité de la dette restante, car une partie des intérêts a elle-même été financée par de nouveaux emprunts et se retrouve déjà incorporée dans cette dette.

Le mécanisme n’en demeure pas moins évident : les citoyens avaient le choix entre financer les services au moment où ils les demandaient ou les payer plus tard avec un supplément. Ils ont préféré, par leurs choix électoraux successifs, la seconde solution.dont les prochaines élections ne vont pas se priver de s'étendre dessus comme si cela était la faute des gouvernants précédents.

Ils n’ont donc pas évité le paiement des besoins qu'ils ont demandé. Ils ont transformé une contribution collective en revenu durable pour le capital (doit-on le considérer comme une preuve d'intelligence ou d'un déficit de son utilisation).

La dette publique est ainsi devenue une machine de redistribution inversée : l’État emprunte aux détenteurs de l’épargne ce qu’il n’a pas prélevé, leur verse des intérêts, puis demande aux contribuables présents et futurs d’en assurer le paiement en toute logique, car c'est leur choix politique éclairé ou non.

Les citoyens réduisent aujourd’hui leur pouvoir d’achat pour payer les intérêts des services qu’ils n’ont pas voulu financer hier, tout en restant redevables du capital emprunté pour les fournir.

Ils ont voulu les services sans leur prix immédiat. Ils en paient maintenant le prix capitaliste.

S’ils avaient accepté de financer ces services au moment où ils les demandaient, ils auraient versé environ 1 188 milliards d’euros supplémentaires en prélèvements cumulés de 1974 à 2023 pris comme exemple. En choisissant l’endettement, ils ont supporté environ 1 641 milliards d’euros d’intérêts cumulés, tandis que le capital emprunté demeure à rembourser.

La différence représente près de 453 milliards d’euros courants.Sur cette période, le cumul des intérêts dépasse donc d’environ 453 milliards d’euros celui des déficits hors intérêts. Cette comparaison ne constitue pas une simulation exacte de ce qui se serait produit si chaque dépense avait été financée immédiatement. Elle révèle cependant l’ampleur du supplément versé aux détenteurs de la dette pour avoir différé le financement des services publics.

Les citoyens ont voulu préserver immédiatement leur pouvoir d’achat en refusant une partie du prix collectif des services demandés. Ils ont ensuite dû financer les intérêts, tandis que le capital emprunté continuait de rouler d’un emprunt à l’autre.

Ils n’ont pas supprimé la facture : ils ont transformé une contribution publique immédiate en dette durable et en revenu pour les détenteurs du capital. ils ont perdu le bénéfice d'un financement immédiat plutôt que par l’emprunt, et n'auraient pas eu le capital à rembourser.

Ils ont voulu préserver leur pouvoir d’achat en refusant le prix immédiat des services.

La mauvaise affaire due à l'avarice ou à l'ignorance

Ils ont finalement perdu davantage en intérêts et restent débiteurs du capital. Ce qu’ils n’ont pas voulu verser collectivement à l’État, ils l’ont versé avec supplément aux détenteurs du capital.

Le capitalisme n'a jamais été conçu par et pour les salariés, en voulant se comporter en tant que salariés comme des capitalistes (recherche de plus-value) faire une économie sur les impôts et taxes, ’ils ont offert au capital 453 milliards en plus du capital à rembourser. Il n'y a pas de quoi en être fier et encore moins pour ceux qui depuis des années comme politiques, journalistes, politologues, éditorialistes, économistes et autres commentent, en tant qu'experts une "entourloupe" du vieil homme de puis tant de temps.

 

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Rédigé par ddacoudre

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Publié le 17 Septembre 2026

Pendant que l’actualité se déverse ses faits divers, près de 200 milliards de mètres cubes d’eau renouvelable traversent chaque année notre territoire sans véritable politique nationale de stockage et de répartition.

Chaque année, la France semble découvrir successivement deux catastrophes qui seraient sans rapport entre elles.

Lorsqu’il pleut abondamment, les journaux montrent des routes coupées, des maisons inondées et des rivières sorties de leur lit. Nous nous plaignons alors qu’il tombe trop d’eau. Quelques mois plus tard, lorsque les sols se dessèchent et que les nappes baissent, les mêmes journaux annoncent les restrictions, les récoltes menacées et les communes en difficulté. Nous nous plaignons cette fois qu’il ne pleut plus assez.

Entre ces deux moments, l’eau s’est écoulée vers la Méditerranée, la Manche et l’océan Atlantique.

Nous traitons ainsi l’inondation et la sécheresse comme deux événements séparés, alors qu’elles sont les deux faces d’une même incapacité collective : nous ne savons pas suffisamment retenir l’eau lorsqu’elle est abondante, la laisser pénétrer dans les sols et les nappes, puis la redistribuer lorsqu’elle devient rare.

La France ne manque pourtant pas d’eau à l’échelle annuelle. Elle reçoit chaque année environ 513 milliards de mètres cubes de pluie et de neige. Après évapotranspiration, près de 208 milliards de mètres cubes constituent sa ressource renouvelable moyenne. Notre consommation nette annuelle n’en représente qu’environ 4,1 milliards.

Le problème n’est donc pas seulement la quantité d’eau disponible. Il réside dans sa répartition géographique, dans son irrégularité saisonnière et, surtout, dans l’absence d’une politique nationale suffisamment ambitieuse pour relier les années humides aux années sèches.

Pendant ce temps, notre espace médiatique consacre des heures aux faits divers, aux polémiques passagères et aux petites phrases politiques. Les inondations sont racontées comme des drames. Les sécheresses sont présentées comme des fatalités. Mais la question essentielle est rarement posée : que faisons-nous des immenses volumes d’eau qui traversent notre territoire pendant les mois humides avant de nous manquer en été ?

L'autre problématique est ces villes qui s’inondent sous des trombes d'eau. Couverte de béton ou de bitume, rien ne s'infiltre. Les évacuations d'eau de pluie sont calculées sur une pluviosité moyenne et non sur la plus élevée pour des raisons budgétaires. Ainsi face à l'évolution climatique tout est à repenser, mais qui pose la question, ni les institutions ni les journalistes qui pour le spectacle envoie leurs reporters sous parapluie et avec des bottes faire des pantomimes déplorées.

1. Une société vivant dans l’événement
Une inondation produit des images spectaculaires ; une sécheresse produit des restrictions et des inquiétudes ; les deux événements sont commentés séparément ; une fois l’émotion passée, le débat disparaît ; les faits divers occupent l’espace qui devrait être consacré aux transformations de long terme.
Nous avons une information météorologique de la catastrophe, mais pas encore une pensée politique de l’eau.
2. La France ne manque pas globalement d’eau
513 milliards de m³ de précipitations ; 208 milliards de m³ de ressource renouvelable ; 31 milliards de m³ prélevés ; 4,1 milliards de m³ réellement consommés.

le paradoxe est clair : la pénurie estivale existe, mais elle ne provient pas d’une absence annuelle générale d’eau.

3. L’erreur de calendrier

C’est le cœur de la démonstration : environ 85 % des écoulements ont lieu hors de l’été ; les consommations sont les plus importantes lorsque les débits sont les plus faibles ; quelques pour cent des hautes eaux hivernales représenteraient plusieurs années de consommation nette.

 

L’eau dont nous manquons en août est, pour une part, celle que nous avons laissée partir en janvier.
4. Pourquoi l’eau qui rejoint la mer n’est pas entièrement perdue

Il faut reconnaître clairement que les fleuves doivent continuer à couler pour : préserver les poissons et les zones humides ; alimenter les nappes ; transporter les sédiments ; empêcher l’eau salée de remonter dans les estuaires ; maintenir la qualité de l’eau.

 

Nous ne devons pas barrer toutes les rivières mais nous devons Préler une fraction scientifiquement déterminée des hautes eaux, sans compromettre la vie des bassins.


 

5. Les solutions à combiner

Un ouvrage unique n'est pas indispensable. l'ensemble doit être cohérent : adaptation des barrages existants ; nouvelles retenues dans les sites appropriés ; retenues latérales remplies seulement pendant les hautes eaux ; recharge artificielle des nappes ; restauration des sols, haies et zones humides ; réutilisation des eaux usées ; réparation des réseaux ; transferts limités entre bassins ; canaux ou conduites lorsque la géographie le justifie ; distribution gravitaire depuis les retenues d’altitude.

6. La vraie question : qui finance un projet dont les bénéfices sont collectifs ?

L’absence d’investissement ne démontre pas que ces ouvrages seraient inutiles. Elle révèle que notre comptabilité ne sait entreprendre que ce qui procure rapidement un revenu financier à un propriétaire du capital.

Cela établie naturellement un lien avec mon Modèle Joule : la capacité humaine, technique et mécanique existe, mais la réalisation dépend de la disponibilité du financement monétaire.

7. Une conclusion tournée vers l’action

Il n'y a pas à faire de reproche comme nous aimons si bien le faire mais cela doit déboucher sur une proposition institutionnelle : établir une cartographie nationale des hautes eaux récupérables ; calculer les besoins de chaque bassin à l’horizon 2050 ; inventorier les possibilités de stockage en surface et sous terre ; comparer les coûts des barrages, nappes, transferts et restaurations naturelles ; lancer un programme national sur plusieurs décennies ; créer une autorité démocratique de planification de l’eau. Il me semble que le sujet est plus important que de savoir si les musulmanes doivent porter le voile.


 

Une civilisation adulte ne prie pas pour qu’il pleuve après avoir regardé partir l’eau. Elle organise, longtemps à l’avance, la conservation et le partage de la ressource dont dépend sa vie.

ANNEXE

 

La France ne manque pas d’eau à l’échelle annuelle. Elle souffre surtout d’un décalage entre les lieux et les périodes où l’eau arrive et ceux où elle est nécessaire. Nous laissons passer des volumes considérables pendant l’automne et l’hiver, puis nous découvrons la pénurie locale en été.

Mais toute l’eau rejoignant la mer n’est pas « perdue » : une partie doit impérativement rester dans les rivières pour les écosystèmes, les nappes, les estuaires, la qualité de l’eau et la prévention des intrusions salines.

Les quantités disponibles en France

La France métropolitaine reçoit approximativement 513 milliards de mètres cubes de pluie et de neige par an. Environ 60 % repartent dans l’atmosphère par évaporation et transpiration des végétaux.

La ressource renouvelable moyenne est donc proche de 208 milliards de mètres cubes par an. Elle comprend les précipitations restant après évapotranspiration ainsi que l’eau arrivant des pays voisins. Mais elle peut fortement varier : en 2019, elle n’était plus que de 142 milliards de mètres cubes. Service des données du ministère de la Transition écologique

Élément

Volume annuel approximatif

Pluie et neige reçues

513 milliards de m³

Évapotranspiration

environ 305 milliards de m³

Ressource renouvelable restante

208 milliards de m³

Prélèvements humains

environ 31 milliards de m³

Eau réellement consommée et non restituée

4,1 milliards de m³

Ressource estimée prélevable en préservant les milieux

environ 97 milliards de m³

La différence entre les 31 milliards prélevés et les 4,1 milliards consommés est importante : les centrales, les industries et certains usages prélèvent de l’eau puis en restituent une grande partie au milieu.

Combien finit dans la mer ?

On ne dispose pas d’un compteur unique placé à toutes les embouchures. Mais on peut établir un ordre de grandeur.

Sur les 208 milliards de mètres cubes renouvelables :

  • environ 4,1 milliards sont consommés définitivement ;

    une partie recharge provisoirement les sols, les nappes et les retenues ;

    l’essentiel du reste finit tôt ou tard par rejoindre la mer, directement par les fleuves ou indirectement par les nappes.

L’ordre de grandeur des écoulements annuels vers les mers et les pays voisins se situe donc probablement entre 170 et 200 milliards de mètres cubes, selon les années. Ce n’est pas un volume intégralement récupérable.

Le chiffre le plus révélateur concerne la répartition saisonnière : seulement 15 % du débit annuel des cours d’eau transite pendant l’été, alors que 60 % de la consommation annuelle se concentre à cette période. Ministère de la Transition écologique

En moyenne, cela donnerait approximativement :

Saison

Volume transitant dans les cours d’eau

Été

environ 31 milliards de m³

Reste de l’année

environ 177 milliards de m³

C’est donc bien dans les forts débits d’automne, d’hiver et de printemps qu’il faudrait prélever une fraction de l’eau destinée à être restituée durant l’été.

Que représenterait la récupération d’une petite partie des crues ?

Si nous récupérions seulement une fraction des quelque 177 milliards de mètres cubes transitant hors été :

Fraction stockée

Volume récupéré

1 %

1,8 milliard de m³

5 %

8,9 milliards de m³

10 %

17,7 milliards de m³

La consommation nette annuelle française n’est que de 4,1 milliards de mètres cubes. Théoriquement, récupérer 5 % des écoulements hors été représenterait plus de deux années de consommation nette actuelle.

Cela ne signifie pas que l’on pourrait stocker cette eau au même endroit et la distribuer partout. Mais cela montre que le problème n’est pas d’abord une absence physique d’eau : il tient à l’insuffisance, à la localisation et à l’organisation des stockages.

Ce que représentent déjà les barrages

Les grands barrages français stockent approximativement 12 à 14 milliards de mètres cubes, selon le périmètre retenu. EDF indique gérer environ 6 milliards de mètres cubes dans ses lacs et retenues. Le seul lac de Serre-Ponçon approche 1,3 milliard de mètres cubes.

Un programme ajoutant progressivement 8 à 10 milliards de mètres cubes de stockage ne serait donc pas physiquement inimaginable. Il reviendrait approximativement à augmenter fortement la capacité actuelle, et non à construire quelques « mégabassines » isolées.

Les barrages pourraient remplir plusieurs fonctions : écrêter certaines crues ; produire de l’électricité ; conserver l’eau hivernale ; soutenir le débit des rivières en été ; approvisionner les villes ; assurer certaines irrigations ; constituer des réserves contre les incendies ; éventuellement alimenter des transferts entre bassins.

La quantité tombant sur les montagnes

Il n’existe pas un chiffre national simple regroupant toute la pluie tombant sur les Alpes, les Pyrénées, le Jura, les Vosges, le Massif central et la Corse. Un calcul exact demanderait de croiser les cartes de précipitations de Météo-France avec les limites géographiques et les bassins versants.

Nous pouvons néanmoins établir une première estimation.

En retenant : environ 150 000 km² de territoires montagneux ou de massifs ; une pluviométrie moyenne comprise entre 1 200 et 1 500 mm par an ;

on obtient :

150 000 km2×1,2 m=180 milliards de m3150\,000\ \text{km}^2 \times 1,2\ \text{m} = 180\ \text{milliards de m}^3

et, dans l’hypothèse haute :

150 000 km2×1,5 m=225 milliards de m3150\,000\ \text{km}^2 \times 1,5\ \text{m} = 225\ \text{milliards de m}^3

Ainsi, les régions montagneuses pourraient recevoir grossièrement entre 180 et 225 milliards de mètres cubes de précipitations par an.

Mais ce volume est brut. Une partie : s’évapore ; nourrit les végétaux ; s’infiltre dans les nappes ; reste temporairement sous forme de neige ; doit alimenter les torrents et les rivières ; ne peut matériellement être interceptée.

Si 40 à 55 % devenaient un écoulement récupérable ou infiltrable, le volume hydrologique correspondant serait de l’ordre de 70 à 120 milliards de mètres cubes. Il ne serait évidemment pas question de tout retenir. Stocker seulement 5 à 10 % de cet écoulement représenterait déjà plusieurs milliards de mètres cubes.

Il s’agit ici d’un ordre de grandeur à vérifier massif par massif, et non d’un chiffrage définitif.

Pourquoi ne construit-on pas simplement des barrages partout ?

Les obstacles ne sont pas seulement financiers.

Les meilleurs sites sont souvent déjà équipés

Les grandes vallées encaissées permettant de stocker beaucoup d’eau avec un barrage relativement court ont largement été utilisées au XXᵉ siècle. Les sites restant disponibles peuvent nécessiter des ouvrages plus coûteux pour un volume inférieur.

Les vallées ne sont pas vides

Un barrage peut submerger des terres agricoles, des routes, des habitations, des forêts et des sites naturels. Il faut indemniser, déplacer ou reconstruire.

Les rivières ont besoin de circuler

Les barrages retiennent les sédiments, perturbent les migrations des poissons et modifient la température de l’eau. En aval, les plages, deltas et zones humides dépendent des sédiments transportés par les cours d’eau.

Une retenue perd de l’eau par évaporation

Une retenue peu profonde située dans une région chaude peut perdre une quantité importante d’eau. Les réservoirs profonds, les stockages souterrains et la recharge des nappes sont souvent préférables lorsque la géologie le permet.

Stocker l’eau ne crée pas automatiquement un droit illimité à la consommer

Une nouvelle réserve peut encourager l’augmentation de l’irrigation ou l’installation de cultures très consommatrices. Après quelques années, la nouvelle demande absorbe alors toute la réserve supplémentaire.

Ces objections ne justifient pas l’inaction. Elles signifient qu’un programme doit sélectionner les ouvrages selon leur rendement réel, leur localisation et leurs conséquences.

Peut-on transporter l’eau par canaux ou conduites ?

Oui, techniquement. Mais l’échelle est considérable.

Un milliard de mètres cubes transporté régulièrement pendant une année correspond à un débit moyen de :

1 000 000 00031 536 000≃31,7 m3/s\frac{1\,000\,000\,000}{31\,536\,000} \simeq 31,7\ \text{m}^3/\text{s}

C’est déjà le débit d’une rivière importante.

Une seule conduite de cinq mètres de diamètre devrait transporter l’eau à environ 1,6 mètre par seconde pour déplacer ce milliard de mètres cubes par an. Pour transférer cinq milliards de mètres cubes, il faudrait plusieurs conduites gigantesques ou un grand canal.

L’énergie nécessaire au pompage

Pour élever un milliard de mètres cubes de 100 mètres :

E=mghE = mgh

Cela représente environ 0,27 TWh dans un système parfait, et approximativement 0,35 à 0,45 TWh en tenant compte des pertes.

Dénivelé

Électricité approximative pour 1 milliard de m³

100 mètres

0,35 à 0,45 TWh

300 mètres

1,1 à 1,3 TWh

500 mètres

1,8 à 2,2 TWh

À cela s’ajoutent les frottements dans les canalisations et les stations intermédiaires.

La solution la plus avantageuse consiste donc à stocker l’eau en altitude puis à la distribuer autant que possible par gravité. Dans ce cas, elle peut même produire de l’électricité en descendant.

Le mot « oléoduc » serait remplacé par aqueduc, canal de transfert ou conduite d’adduction. Mais ton rapprochement est pertinent : la France sait transporter du pétrole, du gaz et de l’électricité sur de grandes distances. Elle pourrait techniquement construire des infrastructures comparables pour l’eau.

Ce qu’un véritable plan national devrait envisager

La réponse ne devrait pas se limiter à choisir entre barrages et restrictions. Elle devrait réunir plusieurs solutions.

1. Mesurer les volumes réellement disponibles

Pour chaque bassin versant, il faudrait connaître : les débits hivernaux et estivaux ; les volumes de crue récupérables ; les besoins écologiques ; la recharge des nappes ; les consommations présentes et futures ; les effets attendus du changement climatique.

2. Utiliser d’abord les ouvrages existants

Beaucoup de barrages ont été conçus principalement pour l’électricité. Leur gestion pourrait être réexaminée pour combiner énergie, écrêtement des crues, soutien d’étiage et réserves d’eau.

Il faudrait également restaurer ou sécuriser certaines retenues existantes avant de construire systématiquement de nouveaux ouvrages.

3. Créer des retenues hors cours d’eau

Au lieu de barrer directement une rivière, une retenue latérale peut être remplie seulement lorsque son débit est élevé. Elle laisse ainsi le cours d’eau fonctionner normalement pendant les périodes ordinaires.

Cette solution est différente d’une bassine remplie par pompage dans les nappes : elle consiste à détourner une partie contrôlée des hautes eaux.

4. Recharger les nappes souterraines

Les nappes constituent des réservoirs naturels sans grande surface d’évaporation. Des zones d’infiltration peuvent recevoir une partie des eaux hivernales, à condition que leur qualité et la géologie le permettent.

5. Restaurer les sols, forêts et zones humides

Un sol compacté et imperméabilisé transforme la pluie en crue rapide. Un sol vivant, des haies, des forêts et des zones humides ralentissent l’eau, facilitent l’infiltration et la restituent plus tard.

Ce stockage diffus est moins visible qu’un barrage, mais il peut couvrir des surfaces considérables.

6. Réutiliser les eaux usées traitées

L’eau potable utilisée puis épurée peut servir à l’irrigation, à l’industrie, au nettoyage urbain ou à la recharge contrôlée de certaines nappes. Cela évite d’utiliser une nouvelle eau potable pour chaque besoin.

7. Réparer les réseaux

Les fuites ne constituent pas toutes une perte définitive — une partie retourne au sol — mais elles représentent une dépense inutile de captage, de traitement et de pompage. Leur réduction doit accompagner la création de nouvelles réserves.

8. Étudier quelques transferts interbassins

Des transferts pourraient être pertinents entre un bassin régulièrement excédentaire en hiver et un bassin déficitaire, à condition de ne pas transférer simplement les dommages écologiques.

Ils devraient rester des infrastructures stratégiques, décidées nationalement, et non une multitude de projets locaux sans cohérence.

Sur le fond : la politique française paraît trop souvent attendre la sécheresse pour réglementer les usages, puis attendre les inondations pour constater qu’il est tombé trop d’eau.

La France dispose annuellement de volumes considérables. Stocker seulement 5 % des écoulements hors été représenterait près de 9 milliards de mètres cubes, soit plus du double de sa consommation nette annuelle actuelle.

Cependant, la bonne politique ne serait pas de barrer chaque rivière ni de chercher à empêcher toute eau de rejoindre la mer. Elle consisterait à déterminer scientifiquement, bassin par bassin, la fraction des hautes eaux qui peut être : stockée en surface ; infiltrée dans les nappes ; conservée dans les sols et les zones humides ; transférée vers les régions déficitaires ; puis restituée pendant les périodes sèches.

Le véritable manque français n’est donc probablement pas seulement un manque d’eau. C’est l’absence d’une politique nationale de stockage saisonnier, d’infiltration et de transfert à la hauteur des changements climatiques.

 

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Rédigé par ddacoudre

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Publié le 16 Septembre 2026

Pétrole et guerre en Iran : comment la facture est présentée aux citoyens

Lorsqu’un automobiliste voit le prix du carburant augmenter, il se tourne naturellement vers son gouvernement. Il voit les taxes inscrites sur la pompe, connaît son ministre et peut manifester devant une préfecture. En revanche, il ne connaît ni les producteurs qui ont vendu le pétrole brut, ni les capacités qu’ils conservent volontairement ou matériellement inutilisées, ni les contrats maritimes, ni les compagnies d’assurance, ni les opérateurs financiers qui interviennent dans la formation du prix mondial.

Il demande donc à l’État de diminuer les taxes. C’est compréhensible, mais cela déplace le débat. La collectivité est appelée à renoncer à une partie de ses recettes tandis que les producteurs ayant continué à exporter conservent l’augmentation du prix du brut.

La guerre en Iran constitue une cause réelle de perturbation. Mais une cause réelle peut aussi devenir un écran derrière lequel disparaissent les choix économiques et stratégiques des autres acteurs. Pour comprendre qui paie et qui gagne, il faut remonter toute la chaîne.

Une pénurie réelle, mais qui n’explique pas tout

La perturbation de l’approvisionnement n’est pas imaginaire. Une part considérable du pétrole mondial transite normalement par le détroit d’Ormuz. Les attaques contre les navires et les infrastructures, la fermeture de certaines voies, les détours maritimes et l’augmentation des assurances ont effectivement réduit et renchéri les livraisons.

L’Agence internationale de l’énergie estimait dès juin 2026 que les pertes cumulées de production du Moyen-Orient avaient dépassé 1,3 milliard de barils. En août, la production mondiale a encore diminué de 1,6 million de barils par jour pour atteindre 100,1 millions. Il existe donc une contrainte matérielle incontestable. (AIE, juin 2026, AIE, septembre 2026)

Mais le prix ne représente pas seulement le pétrole physiquement manquant. Il incorpore également :

  • le risque de nouvelles interruptions ;

  • le coût des itinéraires de remplacement ;

  • les assurances maritimes ;

  • la constitution préventive de stocks ;

  • les anticipations des négociants ;

  • les décisions de production des pays non directement touchés.

La rareté est donc à la fois réelle, anticipée et administrée. J'ai déjà explique que c'est le prix de la peur que nous payons et pas celui de l'essence.

Pourquoi les autres producteurs ne remplacent-ils pas les volumes manquants ?

La première question que les citoyens devraient poser est simple : pourquoi les producteurs qui ne sont pas touchés par le blocage n’augmentent-ils pas suffisamment leur production ?

Les gouvernements importateurs peuvent leur demander de le faire. Ils peuvent négocier avec eux, garantir l’achat des volumes supplémentaires ou coordonner l’utilisation des réserves stratégiques. Mais plusieurs limites apparaissent.

D’abord, beaucoup de producteurs situés hors du Golfe exploitent déjà leurs installations à un niveau élevé. Aux États-Unis, la production atteignait encore 13,9 millions de barils par jour en septembre, sans augmentation par rapport à la semaine précédente. Ouvrir de nouveaux puits, installer des équipements et développer des oléoducs ne se décide pas en quelques jours.

Ensuite, une grande partie des capacités théoriquement disponibles se trouve précisément dans les pays du Golfe. Produire davantage ne résout rien si le pétrole ne peut pas sortir par le détroit, les oléoducs ou les ports menacés. L’Irak tente ainsi de transporter une partie de son pétrole par camions vers Kirkouk et la Turquie, mais les quantités restent dérisoires par rapport aux millions de barils habituellement exportés.

Enfin, les producteurs qui peuvent encore vendre n’ont pas nécessairement intérêt à faire redescendre le prix. La logique est facile à comprendre :

Vaut-il mieux vendre davantage à 73 dollars le baril, ou vendre un peu moins à 105 dollars ?

Avant la guerre, un million de barils vendu 73,50 dollars procurait 73,5 millions de dollars. Au prix de 105,40 dollars, la vente de seulement 800 000 barils procure 84,3 millions de dollars. Un producteur peut donc vendre 20 % de moins et encaisser près de 11 millions de dollars supplémentaires par jour.

La concurrence, souvent présentée comme le mécanisme qui doit faire baisser les prix, ne remplit pas automatiquement cette fonction. L’extraction pétrolière exige des investissements lourds, dépend d’un petit nombre de producteurs et repose sur des infrastructures longues à construire. Surtout, celui qui augmente fortement sa production contribue à faire baisser le prix de tous les barils qu’il vend.

La rareté n’est donc pas nécessairement créée de toutes pièces. Mais ceux qui en bénéficient n’ont aucune raison économique de la faire disparaître rapidement.

Une rente exceptionnelle peu visible

Le Brent valait approximativement 73,50 dollars le baril avant la guerre. Il se négociait autour de 105 dollars à la mi-septembre. L’écart approche donc 32 dollars par baril.

Pour chaque million de barils vendus quotidiennement, cette différence représente environ :

32 millions de dollars de recettes supplémentaires par jour, soit près d’un milliard de dollars par mois.

À l’échelle mondiale, en tenant compte de la diminution des volumes effectivement vendus, le supplément de recettes brutes des producteurs peut être estimé entre 2,2 et 2,7 milliards de dollars par jour aux prix actuels. Sur trente jours, cela représente entre 66 et 82 milliards de dollars.

Sur la période allant de mars à août 2026, l’ordre de grandeur pourrait atteindre 350 à 450 milliards de dollars de recettes brutes supplémentaires par rapport à une situation où les prix et les volumes seraient restés proches de leur niveau antérieur.

Il ne s’agit pas intégralement de bénéfices nets. Certains producteurs ont perdu des volumes, des installations ont été endommagées et les coûts de transport ont augmenté. Une partie de la rente est également perçue par les États producteurs sous forme de redevances, d’impôts ou de dividendes versés par leurs compagnies nationales.

Mais pour le producteur qui a conservé ses installations et ses débouchés, comme ceux qui fournissent la France, le coût d’extraction d’un baril n’a pas augmenté de 32 dollars. Une part importante de la différence devient donc une rente exceptionnelle.

Le contribuable est appelé à compenser ce que le producteur encaisse

En France, les manifestants réclament une réduction des taxes. La redevance représente environ 59,4 centimes par litre de gazole et 68,3 centimes par litre d’essence, avant certaines majorations régionales. Cette redevance est principalement fixe : elle ne croît pas avec le cours du pétrole. En revanche, la TVA augmente avec le prix hors taxe. (Guide officiel 2026 sur la fiscalité des énergies)

Une diminution des taxes soulagerait immédiatement les ménages et certaines professions. Mais elle ne ferait pas baisser le prix mondial du brut. Elle transférerait une partie de la facture vers le budget public : moins de recettes pour financer les dépenses collectives, tandis que la rente encaissée en amont par les fournisseurs resterait intacte.

Les professionnels ne se trouvent pas tous dans la même situation. Certains transporteurs disposent de clauses d’indexation et de remboursements partiels de l’accise. D’autres artisans, agriculteurs, pêcheurs ou petites entreprises ne peuvent répercuter immédiatement la hausse en raison de leurs contrats, de la concurrence ou de la faiblesse de leurs clients.

Le salarié, lui, ne peut généralement pas ajouter le carburant à un prix de vente. Pour compenser son trajet domicile-travail, il doit obtenir une augmentation de salaire qu'il rendra au capital majoré ou réduire une autre consommation qui réduira l'activité économique.

La demande d’aide peut donc être légitime. Mais une aide correctement construite devrait être ciblée, provisoire et accompagnée d’une récupération lorsqu’une entreprise a pu répercuter la hausse dans ses prix. Sinon, la même augmentation est payée deux fois : une première fois par la collectivité qui accorde l’aide, puis une seconde fois par le consommateur dans le prix final.

Pourquoi les États-Unis ne terminent-ils pas cette guerre comme celle d’Irak ?

La comparaison avec l’Irak vient naturellement à l’esprit. En 1991, l’armée irakienne était couramment présentée comme l’une des plus importantes du monde. La supériorité technologique et aérienne de la coalition a pourtant permis une victoire militaire très rapide. En 2003, le régime de Saddam Hussein a également été renversé en quelques semaines.

Mais cette comparaison rappelle aussi une leçon essentielle : gagner une campagne militaire ne signifie pas obtenir le résultat politique recherché. L’occupation de l’Irak, la désorganisation de l’État, les affrontements confessionnels et le développement d’insurrections ont prolongé la guerre bien après la chute du régime.

L’Iran constitue en outre un adversaire différent : population et territoire beaucoup plus importants, relief difficile, missiles, drones, forces dispersées et réseaux d’alliés régionaux. La puissance américaine peut détruire des installations et infliger des pertes considérables. Elle ne garantit ni la disparition du régime, ni la sécurisation durable du détroit, ni l’installation d’un ordre politique accepté.

Il faut surtout demander : que signifie « en finir » ? Détruire les capacités nucléaires ? Neutraliser les missiles ? Renverser le régime ? Occuper le pays ? Obtenir la libre circulation maritime ? Chacun de ces objectifs exige des moyens, une durée et des risques différents.

Les opérations publiées par le commandement américain montrent d’ailleurs une succession de frappes, d’interceptions maritimes et d’actions contre les forces iraniennes, mais pas l’existence d’un objectif politique final publiquement défini et rapidement réalisable. (CENTCOM)

Les BRICS sont-ils la raison de cette prudence ?

L’Iran appartient aux BRICS depuis l’élargissement de 2024. Il entretient des relations étroites avec la Russie et la Chine, et il serait invraisemblable qu’aucune consultation diplomatique, économique ou stratégique n’ait lieu entre ces pays pendant une guerre de cette importance. L’adhésion de l’Iran est confirmée par la présidence indienne des BRICS en 2026. (BRICS India 2026)

Mais il faut éviter une conclusion trop rapide : les BRICS ne sont pas une alliance militaire comparable à l’OTAN. Ils ne comportent pas de clause obligeant la Russie, la Chine, l’Inde, le Brésil ou l’Afrique du Sud à défendre militairement un membre attaqué. Leurs intérêts divergent souvent.

La Chine et la Russie peuvent soutenir diplomatiquement l’Iran, commercer avec lui, lui fournir certaines ressources ou chercher à empêcher une victoire américaine totale. Cela peut peser dans les calculs de Washington. Mais nous ne disposons pas de preuve permettant d’affirmer qu’un accord secret entre les BRICS expliquerait à lui seul la durée de la guerre.

La prudence américaine peut plus simplement résulter de plusieurs risques cumulés : extension régionale du conflit, fermeture durable des routes énergétiques, pertes militaires, épuisement des stocks de munitions, réactions russe et chinoise, rejet d’une nouvelle occupation et impossibilité de définir un pouvoir iranien de remplacement.

Une stratégie de prolongation pour enrichir les pétroliers ?

L’hypothèse mérite d’être posée, mais elle ne doit pas être transformée en certitude sans preuve.

Il est démontrable que certains producteurs gagnent énormément à la hausse des prix. Il est également démontrable que les États importateurs n’ont pas mobilisé immédiatement toutes les réponses économiques possibles. En revanche, cela ne suffit pas à prouver que la guerre aurait été volontairement prolongée dans le but de procurer des profits aux compagnies pétrolières.

Une guerre peut durer sans plan unique. Les intérêts militaires, diplomatiques, électoraux, industriels et financiers peuvent se combiner. Certains acteurs peuvent bénéficier d’une situation qu’ils n’ont pas créée ; d’autres peuvent éviter de la résoudre trop rapidement parce que la solution leur coûterait davantage que sa prolongation.

La question raisonnable n’est donc pas : « Existe-t-il nécessairement un complot pétrolier ? » Elle est plutôt :

Quels acteurs ont intérêt à ce que la crise dure, quels moyens possèdent-ils pour la réduire, et pourquoi ces moyens ne sont-ils pas pleinement mobilisés ?

Les citoyens ne sont pas ignorants : ils sont placés devant la mauvaise cible

Dire que les citoyens sont « pris pour des veaux » exprime une colère compréhensible, mais ne décrit pas exactement le mécanisme.

Le citoyen réagit aux informations dont il dispose. Il voit le prix affiché, le montant des taxes et les déclarations de son gouvernement. Il ne voit pas les capacités de production inutilisées, les marges de chaque intermédiaire, les négociations entre États, les contrats d’assurance, les stocks constitués ni les recettes des producteurs.

Son gouvernement est responsable devant lui ; Saudi Aramco, les compagnies internationales, l’OPEP+ ou les négociants ne le sont pas. Il proteste donc contre l’acteur qu’il peut atteindre.

Le véritable abus réside dans l’organisation de l’information : la fiscalité nationale est constamment exposée, tandis que la rente internationale demeure abstraite. On demande alors à l’État de corriger avec l’argent public une augmentation dont une part considérable enrichit des acteurs situés hors de portée démocratique.

Cette crise révèle finalement une question plus large : qui gouverne les ressources indispensables à la vie ? Tant que l’énergie est organisée principalement par la propriété, la rareté, la concurrence et la recherche du rendement, chaque crise réelle devient aussi une occasion d’accumulation.

La guerre explique une partie du prix. Elle ne dispense pas d’examiner ceux qui déterminent la production, ceux qui bénéficient de la hausse et ceux auxquels on demande d’en payer la facture.

La France achète aujourd’hui son pétrole brut principalement aux États-Unis, au Kazakhstan, au Nigeria, à l’Algérie et à la Norvège. Elle n’achète pratiquement pas de brut iranien en raison des sanctions. Ces pays ne subissent pas l'impact de la guerre en IRAN, ils augmentent leur prix parce qu'ils ne sont pas philanthropes, mais capitalistes et s'ajustent au prix mondial pour gagner plus, point.

Alors nous pouvons en appeler au pouvoir, il ne peut pas changer cela et nous paierons d'une manière ou d'une autre. Toutes les radios trottoirs de citoyens et manifestations sont des coups d'épées dans l'eau, le général aurai dit de "veaux"

Pays d’origine

Part du brut importé

Kazakhstan

28 %

États-Unis

16 %

Nigeria

15 %

Algérie

13 %

Libye

11 %


 

À la pompe ou par l’impôt, ce sont toujours les citoyens qui paient

La guerre contre l’Iran et la fermeture du détroit d’Ormuz provoquent une véritable perturbation de l’approvisionnement mondial. Mais cette explication, répétée seule par les médias, dissimule une seconde réalité : les fournisseurs qui ne sont pas touchés par le conflit vendent eux aussi leur pétrole au prix mondial devenu plus élevé.

Les États-Unis, le Kazakhstan, le Nigeria, l’Algérie ou la Norvège ne supportent pas nécessairement une augmentation équivalente de leurs coûts de production. Ils bénéficient néanmoins du nouveau cours international. La pénurie créée dans une région devient ainsi une rente supplémentaire pour des producteurs situés à des milliers de kilomètres du conflit. Les raffineurs et certains intermédiaires peuvent également profiter de l’augmentation des marges, des coûts d’assurance et des anticipations du marché.

L’information médiatique demeure médiocre lorsqu’elle se contente d’affirmer : « la guerre fait augmenter le prix de l’essence ». Elle décrit le déclencheur sans expliquer le mécanisme économique ni rechercher qui encaisse la différence. Elle devrait distinguer la pénurie physique, la hausse du prix mondial, les marges de raffinage, la spéculation, les bénéfices supplémentaires des producteurs et la fiscalité française.

Faute de cette explication, les citoyens se tournent vers leur gouvernement et réclament une diminution des taxes. Cette réaction est compréhensible, puisque l’État est le seul acteur visible et politiquement accessible. Mais elle laisse intacts les bénéfices supplémentaires encaissés par les producteurs et les intermédiaires pétroliers.

Si le gouvernement ne réduit pas les taxes, l’automobiliste paie directement la hausse à la pompe. S’il les réduit ou verse une aide, la dépense est transférée au budget public. Elle sera alors financée par d’autres prélèvements, par une diminution des services publics ou par l’endettement, dont la charge future reposera encore sur la collectivité. Une baisse fiscale peut modifier la personne qui paie immédiatement et soulager temporairement les ménages les plus exposés ; elle ne fait pas disparaître le coût économique.

Les professionnels peuvent, dans une certaine mesure, intégrer la hausse du carburant dans leurs prix. Le consommateur la retrouve alors dans son alimentation, ses transports, ses travaux ou ses services. Le salarié, le retraité et tous ceux dont le revenu ne s’ajuste pas automatiquement ne disposent pas de cette possibilité.

Dans tous les cas, les citoyens finissent donc par payer :

  • directement à la pompe ;

  • indirectement dans le prix des marchandises et des services ;

  • collectivement par les aides publiques ;

  • ultérieurement par l’impôt, la réduction des dépenses publiques ou la dette.

Pendant ce temps, la rente née de la hausse du cours mondial demeure entre les mains des producteurs, des raffineurs et des détenteurs de capitaux qui en bénéficient.

La véritable question politique ne devrait donc pas être seulement : combien l’État doit-il retirer de taxes ? Elle devrait être également : qui profite de la hausse, combien gagne-t-il réellement et pourquoi la collectivité devrait-elle financer une rente privée créée par le fonctionnement du marché mondial ?

La guerre crée ou aggrave la rareté. Le marché capitaliste transforme cette rareté en prix mondial. Les entreprises capables de répercuter leurs coûts les transfèrent dans leurs prix. L’État peut déplacer momentanément la charge. Mais, au bout de la boucle, ce sont toujours les citoyens-consommateurs qui financent le système, tandis que l’augmentation du capital reste acquise à ceux qui possèdent les moyens de production et de distribution.

Les citoyens ont la tête dure, je ne cesse de l'expliquer, au bout du bout ce sont les salariés du privé qui paient TOUT (avec une participation du public et retraités) et toutes les gesticulations citoyennes ne sont que des braiments d'ânes, avec tout le respect que j'ai pour eux, alors vérifié si j'ai raisons ou tord.

 

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Rédigé par ddacoudre

Publié dans #Politique

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Publié le 12 Septembre 2026

Mesdames et Messieurs les secrétaires généraux,
Chers camarades,

À l’approche des prochaines échéances électorales, les déficits de la Sécurité sociale et des retraites vont une nouvelle fois occuper le débat public. Nous entendrons les propositions habituelles : allonger la durée de cotisation, retarder l’âge de départ, réduire certaines prestations, augmenter les prélèvements ou rapprocher davantage les différents régimes.

Depuis plus de trente ans, les mêmes solutions sont appliquées et conduisent aux mêmes régressions.

En 1993, la réforme Balladur a fait passer progressivement la durée d’assurance de 37,5 à 40 ans pour les salariés du privé. Elle a étendu le calcul de la pension des 10 aux 25 meilleures années et remplacé l’indexation sur les salaires par une indexation sur les prix. Les réformes suivantes ont prolongé cette évolution : rapprochement des régimes, allongement de la durée d’assurance, recul de l’âge de départ et développement de l’épargne retraite par capitalisation.

Les mobilisations ont parfois ralenti les réformes, comme en 1995, mais elles n’ont pas permis aux salariés de préserver durablement leurs acquis.

Je ne formule pas ce constat depuis un bureau. Je l’ai vécu comme responsable syndical. Dans une ville de près de 400 000 habitants, nous nous sommes retrouvés à environ 150 personnes sous une banderole pour défendre des droits qui concernaient pourtant des dizaines de milliers de salariés.

Cette disproportion entre l’importance des enjeux et la faiblesse de la mobilisation doit être regardée lucidement. Les salariés n’ont pas toujours trouvé la volonté, la confiance collective ou le courage nécessaires pour défendre leurs propres droits. Ce constat n’est pas un reproche moral : il révèle l’affaiblissement progressif de la conscience syndicale et du rapport de force.

Trente années de discrédit du mouvement syndical

Depuis les années 1990, une stratégie constante a présenté les cotisations sociales comme des « charges », les droits collectifs comme des privilèges, les grèves comme des prises d’otages et les syndicats comme les défenseurs d’un monde dépassé.

Cette représentation répétée a produit ses effets. Les organisations syndicales ont progressivement perdu une partie de leur capacité à structurer la colère sociale. Mais la colère, elle, n’a pas disparu.

Elle a resurgi avec les Gilets jaunes sous la forme d’un mouvement puissant, mais extrêmement hétéroclite, regroupant des citoyens jusque-là éloignés de toute organisation, des travailleurs, des retraités, des indépendants, des abstentionnistes et des militants provenant de sensibilités politiques très différentes.

Des militants du Rassemblement national ou de sa mouvance y ont également trouvé un terrain favorable. Ils ont été particulièrement visibles dans certains rassemblements où le drapeau tricolore était employé comme signe de ralliement identitaire — même si ce drapeau appartient évidemment à tous les Français et ne saurait être abandonné à un parti.

La colère exprimée par les Gilets jaunes possédait des causes sociales légitimes. Mais, faute d’organisation permanente, de représentation reconnue et de projet économique commun, elle a souvent tourné au pataquès. Des revendications contradictoires se sont additionnées sans déboucher sur une construction capable de modifier durablement les règles économiques.

À l’heure où circulent de nouveaux appels à ressortir les Gilets jaunes le 17 octobre, les organisations syndicales doivent s’interroger : vont-elles une nouvelle fois attendre que la colère se développe en dehors d’elles ou vont-elles reprendre l’initiative en proposant une revendication à la hauteur des transformations économiques ?

Une revendication syndicale ancienne devenue actuelle

En 1971, dans le cadre des négociations nationales des carrières et matériaux de construction, j’ai porté au nom de l’organisation syndicale la revendication d’une taxation des machines qui remplaçaient des emplois.

Le patronat avait alors opposé un argument simple : taxer les machines risquerait de ralentir les investissements.

Cet argument devait être entendu dans le contexte industriel de l’époque. Mais, depuis 1971, l’automatisation, la robotique, l’informatique et désormais l’intelligence artificielle ont profondément transformé la production. La puissance productive des machines a progressé beaucoup plus rapidement que la population active et que le nombre d’heures travaillées.

Le problème est maintenant évident : notre protection sociale demeure principalement financée par des prélèvements assis sur les revenus du travail, alors que la production dépend de moins en moins de la seule quantité de travail humain directement employée.

Plus les machines permettent de produire avec moins de salariés, plus elles réduisent potentiellement l’assiette salariale sur laquelle reposent les cotisations. Ce qui constitue un progrès technique devient alors une fragilité sociale.

La circulation réelle de l’argent

Le capital avance les sommes nécessaires au fonctionnement de l’entreprise : salaires, cotisations, matières, énergie, équipements, services et investissements.

Le travail humain, associé aux machines et aux savoirs accumulés, transforme ces avances en biens ou en services. La vente de cette production fournit ensuite le chiffre d’affaires permettant à l’entreprise de couvrir ses dépenses, de renouveler son activité et, lorsqu’elle y parvient, de dégager une marge.

La boucle fondamentale peut être résumée ainsi :

Capital avancé → salaires, cotisations et dépenses de production → travail humain et puissance des machines → biens et services → consommation → prix payés → chiffre d’affaires → reconstitution et augmentation possible du capital.

Les cotisations dites « patronales » sont juridiquement versées par les employeurs, mais elles constituent économiquement un élément du coût de production financé par la valeur ajoutée de l’entreprise. Selon la situation du marché et de la concurrence, leur poids peut être réparti entre les prix, les marges et l’évolution des rémunérations. Mais tout absolument toutes les avances de capital retournent ne fin de boucle à celui-ci.

Une cotisation assise sur la puissance productive automatisée ne serait donc pas une confiscation d’un capital immobile. Elle participerait à la même circulation économique que les autres dépenses de production. Les sommes recueillies deviendraient des pensions, des remboursements de soins, des prestations et des revenus qui retourneraient en grande partie vers l’économie par la consommation au capital. Le gain de salarié se présenterait par ne plus avoir à financer les intérêts de la dette, puisque celle-ci disparaitrait.

Ce que mesure la réserve machine

Dans La République de l’énergie humaine, j’ai cherché à mesurer la puissance productive accumulée dans les machines, les infrastructures, les savoirs et l’organisation.

En retenant, à titre d’hypothèse pédagogique, une productivité horaire moderne environ dix fois supérieure à celle de 1870, les 30 millions d’actifs actuels produisent théoriquement autant que 300 millions d’actifs travaillant avec les moyens de cette époque.

La différence représente environ 270 millions d’« équivalents emplois-machine ».

Ce chiffre ne désigne ni 270 millions d’emplois réellement supprimés ni une somme d’argent déposée quelque part. Il constitue un indicateur de la puissance productive supplémentaire fournie par l’accumulation technique et scientifique.

Le calcul énergétique du Modèle Joule permet d’exprimer cette puissance en équivalent de travail humain. Il ne crée pas une réserve monétaire disponible : il révèle une capacité productive réelle que la comptabilité actuelle enregistre seulement à travers la productivité, la valeur ajoutée, les équipements et les résultats des entreprises.

La revendication consiste à transformer cette mesure physique et économique en une assiette de financement social applicable dans notre système monétaire.

De la « taxation des machines » à une cotisation sur la production automatisée

L’expression « faire cotiser les machines » est une simplification. Une machine ne peut évidemment pas verser elle-même une cotisation. L’entreprise propriétaire ou utilisatrice acquitterait une contribution calculée à partir d’un indicateur représentant la part de production obtenue grâce aux équipements, aux logiciels, aux robots et aux systèmes automatisés.

Cette contribution pourrait être désignée comme une :

Cotisation sociale sur la valeur productive automatisée.

Sa mise en œuvre demanderait de déterminer :

  1. la manière de mesurer la part de valeur ajoutée attribuable à l’automatisation et aux équipements productifs ;

  2. le taux nécessaire pour couvrir tout ou partie des déficits sociaux ;

  3. les modalités permettant de ne pas pénaliser les investissements indispensables ;

  4. les mécanismes évitant les délocalisations ou les contournements comptables ;

  5. la différence à établir entre un investissement qui complète le travail humain et celui qui remplace durablement une assiette de cotisation salariale.

En 2025, le déficit des régimes obligatoires de base de la Sécurité sociale et du Fonds de solidarité vieillesse s’est élevé à 21,6 milliards d’euros, dont 7,2 milliards pour la branche vieillesse.

Il ne s’agit donc pas de prélever les 25 189 milliards d’euros d’équivalence énergétique obtenus dans mon étude comme s’ils constituaient une somme disponible. Ce montant représente une capacité productive théorique exprimée en monnaie. L’objectif est d’en tirer une assiette réelle, vérifiable et limitée, permettant de collecter les 21,6 milliards nécessaires sans prétendre transformer directement toute l’équivalence énergétique en monnaie.

Une occasion historique pour les syndicats

Un mouvement spontané comme celui des Gilets jaunes peut exprimer puissamment une souffrance. Il ne possède cependant ni les structures, ni les compétences permanentes, ni la représentativité nécessaires pour expertiser une nouvelle assiette sociale, la négocier avec le patronat et l’inscrire durablement dans la loi.

Les organisations syndicales disposent encore de cette capacité.

Porter la cotisation sur la valeur productive automatisée leur permettrait de reprendre l’initiative, non par une opération de communication, mais en apportant une réponse concrète à une contradiction devenue centrale : comment continuer à financer les retraites, la santé et la protection sociale lorsque les machines accomplissent une part croissante de la production ?

Il ne suffit plus de défendre chaque droit au moment où il est attaqué. Il faut proposer la nouvelle source de financement permettant de le garantir.

Je demande donc à votre organisation :

  • de soumettre cette proposition à ses économistes et spécialistes de la protection sociale ;

  • d’examiner contradictoirement le calcul de la réserve machine ;

  • d’étudier une assiette juridiquement et économiquement applicable à la valeur productive automatisée ;

  • de porter cette question dans les débats intersyndicaux et électoraux ;

  • et de me faire connaître les raisons précises pour lesquelles cette revendication pourrait être retenue, corrigée ou rejetée.

Cette proposition provient d’une revendication syndicale formulée dès 1971. L’évolution technique lui donne aujourd’hui une urgence et une justification nouvelles.

Les syndicats peuvent laisser la colère sociale continuer à se disperser dans des mouvements sans organisation ni débouché, au risque qu’elle profite principalement au Rassemblement national. Ils peuvent aussi lui donner une perspective, une revendication et une force collective.

La possibilité de reprendre le devant de la scène existe. Encore faut-il décider de la saisir.

La balle est désormais entre vos mains.

Respectueusement et fraternellement,

Syndicaliste retraité – Essayiste
Auteur de La République de l’énergie humaine
Présentation du Modèle Joule

Au-delà du capitalisme et du communisme — Le Modèle Joule https://modele-joule.ddacoudre.chatgpt.site/edition/index.html

Pièces jointes proposées :

  • ANNEXE 1 : Méthode de calcul de la réserve machine actualisé.

Au 11 septembre 2026, la « valeur machine » du Modèle Joule peut être évaluée à environ 26 920 milliards d’euros par an, en équivalent comptable.

Calcul actualisé

Nous conservons les conventions du Modèle Joule :

Élément

Calcul

Résultat

Population active de référence

30 millions

Énergie annuelle par personne

300 kcal × 24 h × 365 jours

2 628 000 kcal

Énergie humaine productive

30 millions × 2 628 000

78 840 milliards kcal

Productivité actuelle supposée

10 fois celle de 1870

facteur 10

Équivalent fourni par les machines

9 × 30 millions

270 millions d’emplois humains

Énergie machine équivalente

270 millions × 2 628 000

709 560 milliards kcal

Le dernier PIB annuel complet publié par l’Insee est celui de 2025 : 2 991,1 milliards d’euros. Insee — Comptes nationaux annuels 2025

La valeur monétaire d’une kilocalorie productive devient donc :

2 991,1 milliards €÷78 840 milliards kcal=0,03794 €/kcal2\,991{,}1\ \text{milliards €} \div 78\,840\ \text{milliards kcal} = 0{,}03794\ €/\text{kcal}

La valeur machine est alors :

709 560 milliards kcal×0,03794 €=26 919,9 milliards €709\,560\ \text{milliards kcal} \times 0{,}03794\ € = 26\,919{,}9\ \text{milliards €}

Résultat à retenir
La valeur productive annuelle attribuée aux machines représente, selon les conventions du Modèle Joule, environ 26 920 milliards d’euros en valeur 2025.

L’ancien résultat était de 25 189 milliards d’euros, parce qu’il reposait sur un PIB arrondi à 2 800 milliards. L’actualisation ajoute donc environ 1 731 milliards d’euros, soit 6,9 %.

Pourquoi le résultat correspond exactement à neuf PIB

Il existe une simplification importante :

Valeur machine=(facteur de productiviteˊ−1)×PIB\text{Valeur machine}=(facteur\ de\ productivité-1)\times PIB

Avec un facteur de productivité égal à 10 :

(10−1)×2 991,1=9×2 991,1=26 919,9 milliards €(10-1)\times 2\,991{,}1 =9\times2\,991{,}1 =26\,919{,}9\ \text{milliards €}

Ainsi, même si nous remplacions les 30 millions d’actifs par le chiffre plus récent de 31,4 millions, le résultat final en euros resterait identique : l’énergie machine augmenterait, mais la valeur attribuée à chaque kilocalorie diminuerait proportionnellement.

La précision indispensable

Ces 26 920 milliards ne sont pas une somme d’argent disponible, ni une richesse supplémentaire qui s’ajouterait au PIB. Ils représentent :

l’équivalent monétaire théorique de la capacité productive que les machines substituent au travail humain, selon le facteur de productivité retenu par le Modèle Joule.

C’est donc une valeur comptable annuelle de capacité productive, et non un capital dormant que l’on pourrait directement prélever.

À titre d’illustration, une cotisation théorique de 0,08 % sur cette valeur représenterait environ :

26 919,9×0,08%=21,54 milliards €26\,919{,}9 \times 0{,}08\% = 21{,}54\ \text{milliards €}

Mais, pour transformer cette démonstration en cotisation applicable, il reste à définir comment répartir cette valeur machine entre les entreprises : selon leur valeur ajoutée automatisée, leurs équipements productifs, leurs gains de productivité ou le nombre d’emplois humains remplacés. C’est désormais le point technique central.

  • ANNEXE 2 : Schéma de la boucle économique et proposition d’assiette sociale.

LA BOUCLE ÉCONOMIQUE ET LA COTISATION SOCIALE SUR LA VALEUR PRODUCTIVE AUTOMATISÉE

1. Pourquoi représenter la boucle économique ?

Le débat sur le financement de la Sécurité sociale s’arrête généralement au premier mouvement de l’argent : l’entreprise verse les salaires et les cotisations, le salarié cotise et l’État prélève des impôts et des taxes.

Mais cette première opération ne suffit pas à expliquer le fonctionnement de l’économie. Il faut suivre l’argent jusqu’à son retour.

Lorsqu’un capital est engagé dans une entreprise, il permet de verser des salaires, d’acquitter des cotisations, d’acheter des matières, de l’énergie, des services et des équipements. Le travail humain, associé aux machines, transforme ces dépenses en biens ou en services. Ces derniers sont ensuite mis sur le marché et vendus à un prix.

Le prix payé devient le chiffre d’affaires de l’entreprise. Ce chiffre d’affaires doit permettre, dans la durée, de couvrir les dépenses de production, de renouveler les équipements, de financer un nouveau cycle d’activité et, lorsque cela est possible, de dégager une marge permettant de rémunérer ou d’augmenter le capital.

La boucle fondamentale peut donc être représentée ainsi :

Capital avancé → salaires, cotisations et autres dépenses de production → travail humain associé aux machines → biens et services → mise sur le marché → prix payés → chiffre d’affaires → reconstitution du capital, financement d’un nouveau cycle et augmentation éventuelle du capital.

Sans retour des sommes engagées par l’intermédiaire des ventes, l’entreprise ne peut durablement poursuivre son activité.

2. Les revenus qui permettent d’acheter la production

La production ne peut être vendue que s’il existe, en face d’elle, une demande solvable. Cette demande provient de trois grandes catégories de revenus.

Les revenus directs

Les entreprises versent des salaires en contrepartie du travail. Une partie de ces salaires est ensuite utilisée par les salariés pour se loger, se nourrir, se chauffer, se déplacer, s’équiper et accéder aux différents services.

La consommation des salariés devient alors le chiffre d’affaires des entreprises.

Les revenus socialisés ou différés

Les cotisations sociales, les impôts et les taxes alimentent la Sécurité sociale, l’État et les collectivités publiques.

Ces ressources sont ensuite transformées en :

  • retraites ;

  • remboursements de soins ;

  • indemnités ;

  • prestations familiales ;

  • allocations ;

  • traitements des agents publics ;

  • services collectifs ;

  • commandes publiques.

Les bénéficiaires utilisent à leur tour une partie de ces revenus pour consommer. Les prélèvements initiaux reviennent ainsi, au moins en partie, vers les entreprises sous la forme de chiffre d’affaires.

Les revenus financiers

Les entreprises et les organismes financiers versent également des intérêts, des dividendes, des loyers et différentes rémunérations du capital.

Ces revenus peuvent être consommés, épargnés ou investis. Ils participent donc eux aussi à la circulation économique.

La circulation complète peut être résumée ainsi :

Capital avancé → salaires, prélèvements et production → revenus directs, socialisés et financiers → consommation → prix payés → chiffre d’affaires → reconstitution, rémunération et augmentation possible du capital.

Ce ne sont pas nécessairement les mêmes entreprises qui récupèrent exactement ce qu’elles ont engagé. Le retour s’observe au niveau du circuit économique pris collectivement. Une partie de la consommation peut également alimenter les importations ou une partie des revenus peut être épargnée. Mais le principe comptable demeure : toute somme versée par un acteur est reçue par un autre et réapparaît quelque part dans les comptes de l’économie.

3. Ce que contient le prix payé par le consommateur

Le salarié devenu consommateur ne rachète pas seulement la part de salaire contenue dans le bien ou le service qu’il acquiert.

Le prix peut comprendre :

  • les rémunérations du travail ;

  • les cotisations sociales ;

  • les matières premières ;

  • l’énergie ;

  • les fournitures ;

  • les prestations achetées à d’autres entreprises ;

  • les impôts et taxes liés à la production ;

  • l’entretien et l’amortissement des équipements ;

  • les frais de financement ;

  • les dépenses de recherche et d’innovation ;

  • la marge de l’entreprise.

Dans une économie concurrentielle, l’entreprise ne peut pas toujours répercuter immédiatement et intégralement l’augmentation de ses dépenses dans ses prix. Elle peut être contrainte de réduire sa marge, d’améliorer sa productivité, de modifier son organisation ou d’abandonner une production devenue insuffisamment rentable.

Mais, dans la durée, une entreprise qui ne retrouve pas dans ses ventes les sommes nécessaires à la poursuite de son activité finit par disparaître.

Cela signifie que les cotisations versées par l’employeur ne restent pas définitivement à sa charge. Elles constituent une dépense de production que l’entreprise doit chercher à couvrir par son chiffre d’affaires, donc par les prix payés par l’ensemble de ses clients.

4. La faiblesse de l’assiette actuelle des cotisations

La protection sociale repose encore principalement sur les rémunérations du travail humain.

Une entreprise qui emploie beaucoup de salariés verse une masse importante de cotisations sociales. À l’inverse, une entreprise fortement mécanisée ou automatisée peut augmenter sa production tout en employant proportionnellement moins de personnes. Sa contribution sociale par l’intermédiaire des salaires diminue alors relativement à sa capacité productive.

La machine ne perçoit aucun salaire. Elle ne cotise ni pour la maladie, ni pour la famille, ni pour le chômage, ni pour la retraite. Pourtant, elle peut remplacer une partie du travail humain ou multiplier considérablement sa puissance productive.

Le problème n’est donc pas l’existence des machines. Elles libèrent l’être humain de tâches pénibles, dangereuses et répétitives. Le problème vient du maintien d’un financement social reposant principalement sur le nombre de salariés, alors que la production dépend de plus en plus des équipements, des robots, des logiciels et de l’automatisation.

Le développement technologique réduit ainsi progressivement l’assiette salariale qui finance la protection sociale, sans faire disparaître les besoins de santé, de retraite, de solidarité et de protection.

5. La valeur machine dans le Modèle Joule

Le Modèle Joule propose de mesurer la puissance productive des machines en emplois humains équivalents.

La comparaison historique retenue repose sur l’hypothèse selon laquelle la productivité actuelle serait approximativement dix fois supérieure à celle de 1870. Dans cette convention, un actif d’aujourd’hui, associé aux machines, produit autant que dix actifs auraient pu produire avec les moyens techniques de 1870.

La part humaine représente une unité. La part attribuée aux machines et à l’organisation technique représente donc neuf unités.

Les conventions de calcul sont les suivantes :

  • population active de référence : 30 millions de personnes ;

  • énergie annuelle conventionnelle par personne : 2 628 000 kilocalories ;

  • énergie humaine productive annuelle : 78 840 milliards de kilocalories ;

  • facteur de productivité retenu : 10 ;

  • équivalent humain attribué aux machines : 270 millions de personnes ;

  • énergie machine équivalente : 709 560 milliards de kilocalories.

Le dernier produit intérieur brut annuel complet publié par l’Insee est celui de 2025. Il atteint 2 991,1 milliards d’euros.

La valeur monétaire conventionnelle d’une kilocalorie productive est donc :

2 991,1 milliards d’euros ÷ 78 840 milliards de kilocalories = 0,03794 euro par kilocalorie.

La valeur machine devient :

709 560 milliards de kilocalories × 0,03794 euro = 26 919,9 milliards d’euros.

La valeur productive annuelle attribuée aux machines représente donc, selon les conventions du Modèle Joule :

Environ 26 920 milliards d’euros en équivalent de capacité productive.

La même opération peut être présentée plus simplement :

Valeur machine = (facteur de productivité – part humaine) × PIB.

Avec un facteur de productivité égal à 10 :

(10 – 1) × 2 991,1 milliards = 26 919,9 milliards d’euros.

Le facteur 10 constitue une convention historique et productive qui devra être vérifiée, discutée et éventuellement ajustée par des spécialistes de l’économie, de la productivité, de l’histoire du travail et de la comptabilité nationale.

6. Ce que représentent réellement ces 26 920 milliards d’euros

Cette somme ne constitue pas un capital disponible sur un compte bancaire. Elle ne représente pas davantage une richesse supplémentaire qui viendrait s’ajouter aux 2 991,1 milliards d’euros du PIB.

Elle exprime l’équivalent monétaire théorique de la capacité productive attribuée aux machines par rapport au travail humain de référence.

Il faut donc distinguer :

  • le PIB, qui mesure la valeur ajoutée effectivement produite pendant l’année ;

  • la valeur machine, qui représente une capacité productive humaine équivalente ;

  • l’assiette sociale applicable, qui doit reposer sur des éléments observables dans les comptes des entreprises.

La valeur machine du Modèle Joule est un instrument de mesure et de démonstration. Elle permet de rendre visible la puissance productive que le système comptable actuel attribue principalement au capital, alors qu’elle résulte de siècles de travail humain, de connaissances, d’apprentissages, d’inventions et d’accumulation technique.

7. Proposition d’une cotisation sociale sur la valeur productive automatisée

L’objectif n’est pas de taxer aveuglément les machines ni d’empêcher les investissements.

Il est de faire participer la capacité productive automatisée au financement de la vie sociale lorsque cette capacité complète, multiplie ou remplace le travail humain.

La nouvelle contribution pourrait être appelée :

Cotisation sociale sur la valeur productive automatisée.

Son principe serait le suivant :

Lorsqu’une entreprise utilise des équipements, des robots, des logiciels, des algorithmes ou des dispositifs automatisés pour produire, une partie de la valeur ainsi obtenue entre dans une nouvelle assiette de cotisation sociale.

La machine ne paierait évidemment pas elle-même la cotisation. L’entreprise contribuerait en fonction de la capacité productive automatisée dont elle bénéficie.

Une formule de transition pourrait être étudiée :

Assiette productive automatisée de l’entreprise = valeur ajoutée de l’entreprise × coefficient d’automatisation.

Puis :

Cotisation sociale machine = assiette productive automatisée × taux de cotisation.

Le coefficient d’automatisation pourrait prendre en considération :

  • la proportion de travail effectuée par des équipements automatisés ;

  • le rapport entre la valeur ajoutée et le nombre d’heures humaines nécessaires ;

  • les gains de productivité obtenus grâce aux équipements ;

  • la valeur et l’amortissement des machines, robots et logiciels productifs ;

  • la diminution du travail humain nécessaire pour produire une même quantité ;

  • les différences de productivité entre les secteurs économiques.

Ces critères devraient être définis secteur par secteur. Une usine automobile, une entreprise de transport, une banque numérique, un commerce, une exploitation agricole ou un cabinet médical ne peuvent pas être évalués de manière identique.

Cette évaluation devrait être confiée à une instance nationale paritaire réunissant les organisations syndicales de salariés et les représentants des entreprises, assistés de statisticiens, de comptables et de spécialistes de la productivité. Le pouvoir politique fixerait le cadre légal et resterait présent à titre consultatif dans l’évaluation économique.

8. Une illustration du rendement possible

Sur une valeur machine théorique de 26 919,9 milliards d’euros, une contribution de 0,08 % représenterait :

26 919,9 milliards × 0,08 % = environ 21,5 milliards d’euros.

Cette comparaison montre qu’un taux apparemment très faible appliqué à une capacité productive très large peut représenter une ressource sociale importante.

Elle doit cependant être présentée avec transparence. Puisque la valeur machine théorique correspond à neuf fois le PIB, une contribution de 0,08 % appliquée à cette valeur équivaut comptablement à environ 0,72 % du PIB effectivement produit.

Ce calcul ne constitue donc pas encore une prévision de recettes. Il permet de mesurer l’ordre de grandeur d’un financement possible. Le rendement réel dépendrait :

  • de la définition juridique de l’assiette ;

  • du coefficient d’automatisation retenu ;

  • du taux de cotisation ;

  • des exonérations éventuelles ;

  • du traitement des importations ;

  • des règles européennes ;

  • des mesures destinées à prévenir les délocalisations et les contournements comptables.

9. Les garanties nécessaires

Pour que cette cotisation soit économiquement viable et socialement juste, plusieurs garanties devraient être prévues.

Elle ne devrait pas pénaliser indistinctement tout investissement. Une machine qui protège la santé des salariés, supprime une tâche dangereuse, réduit la consommation d’énergie ou permet de maintenir une activité sur le territoire ne peut pas être traitée exactement comme une automatisation uniquement destinée à supprimer des emplois et à augmenter la rentabilité financière.

Le dispositif devrait donc :

  • préserver les investissements nécessaires à la sécurité et à la transition écologique ;

  • tenir compte de la situation des petites entreprises ;

  • appliquer des règles comparables aux productions importées ;

  • empêcher la délocalisation artificielle des bénéfices et des équipements ;

  • publier les méthodes de calcul utilisées ;

  • garantir que les sommes recueillies financent exclusivement la protection sociale ;

  • faire l’objet d’une évaluation annuelle par les acteurs sociaux.

L’objectif n’est pas d’opposer les salariés aux machines. Il est d’adapter le financement social à une économie dans laquelle la machine prend une place croissante dans la production.

10. La question posée aux organisations syndicales

La revendication d’une contribution des machines au financement social fut déjà avancée syndicalement en 1971. Elle fut alors écartée au motif qu’elle risquait de freiner les investissements.

Plus d’un demi-siècle plus tard, les investissements ont considérablement augmenté, l’automatisation s’est généralisée et les machines ont remplacé une part toujours plus importante du travail humain. Pourtant, la Sécurité sociale continue de dépendre principalement des rémunérations versées aux personnes employées.

La question posée aux organisations syndicales est donc simple :

Pourquoi continuer à faire reposer l’essentiel du financement social sur le travail humain, alors qu’une part croissante de la production est réalisée grâce aux machines, aux robots, aux logiciels et à l’intelligence artificielle ?

La cotisation sociale sur la valeur productive automatisée ne prétend pas fournir immédiatement une formule achevée. Elle constitue une revendication à expertiser, à négocier et à transformer en proposition applicable.

Les organisations syndicales disposent de l’expérience, de la légitimité sociale et des structures nécessaires pour conduire ce travail. Elles pourraient ainsi reprendre l’initiative sur une question essentielle : assurer le financement durable de la Sécurité sociale sans faire dépendre son avenir du seul nombre de salariés employés.

Conclusion

La machine est le produit du travail, de l’intelligence et des connaissances accumulées par les générations humaines. Elle multiplie la capacité de produire, mais elle ne participe pas directement au financement de la vie sociale lorsqu’elle réduit la masse salariale.

La proposition peut donc être résumée en une phrase :

Lorsque la machine complète, multiplie ou remplace le travail humain, la valeur productive qu’elle apporte doit contribuer, elle aussi, au financement de la protection sociale.

Il ne s’agit pas de refuser le progrès technique. Il s’agit d’éviter que le progrès technique détruise progressivement l’assiette sociale qui permet aux êtres humains de vivre.

Source du PIB : Insee, Comptes nationaux annuels 2025, publication du 29 mai 2026.


 

  • ANNEXE 3 : Hélice 1995.

Retraites et Sécurité sociale : ouvrons enfin une nouvelle assiette de cotisation fondée sur la puissance productive des machines

Ce graphique se passe de commentaire la régression de la culture critique est nette et la progression du populiste tout autant que la place du monde transmis par les médias que répètent les réseaux sociaux. pour plus d'indication suivre le lien https://ddacoudre.over-blog.com/2026/06/lire-la-societe-en-image.html.

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Publié le 8 Septembre 2026

L’affaire Bruel et la curée numérique

Quand le monde transmis condamne avant la justice

Je ne sais pas si Patrick Bruel est coupable des faits qui lui sont reprochés. Ceux qui réclament aujourd’hui son exclusion professionnelle ne le savent pas davantage.

C’est précisément le sujet.

Patrick Bruel est mis en examen pour des accusations de viol, de tentative de viol, d’agression sexuelle et de harcèlement sexuel. Il conteste les faits. La justice instruit le dossier. Pourtant, avant même qu’un tribunal ait entendu contradictoirement les différentes parties, une autre juridiction s’est déjà constituée : celle des médias, des réseaux sociaux, des pétitions et des mouvements d’opinion.

Cette juridiction ne dispose pas du dossier. Elle ne vérifie pas les témoignages, ne procède pas aux confrontations et ne recherche pas les contradictions. Elle reçoit des fragments d’information, les partage, les commente et finit par fabriquer une certitude collective.

Nous ne sommes plus seulement devant une affaire judiciaire. Nous assistons à un phénomène de foule organisé par la technologie.

La distance entre le consentement légal et la vie réelle

La loi doit nécessairement définir le consentement. Elle ne peut pas laisser sans protection une personne à laquelle un acte sexuel aurait été imposé. Mais la définition juridique constitue une construction intellectuelle beaucoup plus nette que la réalité des rapports humains.

Le consentement prévu par la loi doit être libre, éclairé, spécifique, préalable et révocable. Cette définition établit un principe nécessaire. Elle ne décrit cependant pas la manière dont se nouent ordinairement toutes les relations sexuelles.

Une relation humaine n’est pas un contrat administratif signé avant chaque geste. Elle se construit avec des paroles, des regards, des rapprochements, des hésitations, des silences et des conventions partagées. Elle comporte parfois des malentendus, des attentes non exprimées, des concessions, des mensonges adressés à l’autre et des mensonges que l’on se fait à soi-même.

À l’exception d’une attirance immédiatement et manifestement réciproque, le désir ne se présente pas toujours simultanément ni avec la même intensité chez les deux personnes. L’un prend généralement l’initiative et cherche à convaincre l’autre. Toute la difficulté consiste alors à distinguer la séduction acceptée, l’insistance maladroite, la pression morale, le harcèlement et la contrainte.

Ces situations ne sont pas identiques. Mais leurs frontières vécues ne possèdent pas toujours la netteté que le droit doit leur donner après les faits.

Cela ne signifie pas que le consentement n’a aucune réalité. Cela signifie que sa réalité se découvre dans un ensemble de circonstances et non dans une formule prononcée devant témoin. Le danger commence lorsque la société oublie cette complexité et applique rétroactivement une définition idéale à des relations faites d’implicites.

Ce qui est contestable n’est pas la faculté humaine d’accepter ou de refuser une relation. Celle-ci existe évidemment. Ce qui n’existe guère dans la réalité, c’est le consentement idéal, parfaitement libre, éclairé, continu et dépourvu de toute ambiguïté que certains discours érigent en réalité ordinaire. Il s’agit d’une construction normative nécessaire au droit pour trancher, mais non d’une description fidèle de la vie humaine. Présentée comme une évidence observable après coup, cette conception absolutiste peut transformer toute hésitation, tout malentendu ou tout regret ultérieur en soupçon d’infraction. La justice doit donc rechercher une contrainte démontrable dans les circonstances, et non fabriquer rétrospectivement une certitude que les personnes elles-mêmes ne possédaient pas nécessairement au moment de leur relation, sans cette obligation de la justice la définition du consentement devient une fabrique de criminels, comme par la loi nous avons fabriqué des criminels de la route, des criminels pédophiles, comme une société qui par la loi parviendrait à se purifier des maux quelle crée. Il n'y a rien de plus fascisant que la recherche d'une purification culturelles pour solutionner des difficultés humaine du à la sédentarisation, à sa concentration pour produire de quoi survivre et à son ignorance séculaire de croire qu'elle à le libre arbitre et détient des responsabilités. Là où elle n'a qu'à assumer les choix que lui ont imposé son environement.

Le mensonge social rend aussi la vie possible

Toute société repose en partie sur ce que j’appelle le mensonge social.

Nous ne disons pas constamment tout ce que nous pensons. Nous dissimulons certaines colères, contenons certains désirs, acceptons des compromis et respectons des conventions qui nous permettent de vivre ensemble sans nous affronter continuellement.

Ce mensonge social n’est pas seulement une tromperie. Il est aussi une protection. Il contient la violence, préserve les relations et rend supportable une existence collective composée d’intérêts et de désirs contradictoires.

La sexualité ne peut pas échapper à ce fonctionnement. Elle comporte ses conventions, ses demi-mots, ses apparences et ses arrangements. Cela ne justifie aucune violence, mais cela explique pourquoi la justice doit se garder de reconstruire artificiellement une certitude parfaite à partir d’une relation ancienne et ambiguë.

Le droit doit trancher : un acte est juridiquement consenti ou il ne l’est pas. La vie, elle, présente parfois des situations dans lesquelles une personne hésite, cède, se tait, se protège ou accepte ce qu’elle n’aurait pas spontanément recherché.

C’est dans cette distance entre la complexité de la vie et la nécessité du jugement que peut naître l’erreur judiciaire.

La peur n’est pas une invention

Tous les êtres humains ne sont pas courageux. Aucun discours moral ne supprimera cette réalité.

Si nous étions toujours courageux, la fuite, l’évitement, la soumission et la dissimulation ne feraient pas partie de nos moyens de protection. Nous nous affronterions probablement à longueur de journée.

Mon expérience militante m’a appris que les hommes ne sont ni continuellement courageux ni spontanément raisonnables. Placés devant le risque de perdre un emploi, un revenu, une position ou l’appartenance à un groupe, beaucoup se taisent, reculent ou acceptent un compromis qu’ils désapprouvent.

Cela vaut également dans une relation sexuelle. Une personne peut ne pas souhaiter pleinement une relation et pourtant ne pas parvenir à s’y opposer. Elle peut redouter les conséquences d’un refus, se sentir impressionnée par la notoriété de l’autre ou choisir de subir momentanément une situation plutôt que d’affronter un danger qu’elle imagine plus grand.

Reconnaître ce choix contraint ne revient ni à condamner celui qui l’a fait ni à déclarer automatiquement innocent celui qui a exercé la pression. Cela signifie seulement que les conduites humaines ne se divisent pas naturellement entre un oui enthousiaste et un non héroïquement défendu.

La justice doit rechercher la nature de la pression, la conscience qu’en avait l’autre personne et les circonstances concrètes de la relation. Elle ne peut se contenter de l’émotion produite par un récit public.

Le poids particulier du mot « viol »

Dans la représentation ordinaire, le mot « viol » évoque encore souvent une pénétration imposée brutalement par un homme à une femme qui se défend.

La définition juridique est plus étendue. Elle comprend différentes formes de pénétration sexuelle et certains actes bucco-génitaux ou bucco-anaux non consentis. La qualification ne dépend donc plus de l’image traditionnelle que la majorité des citoyens associe spontanément à ce mot.

Cette différence entre la définition populaire et la définition juridique produit un choc. Le public entend le mot avec toute sa puissance émotionnelle, mais ignore souvent la diversité des situations auxquelles le droit peut l’appliquer.

Le mot suffit alors à entraîner l’indignation, la répulsion et la volonté de punir. Les distinctions entre accusation, plainte, mise en examen, renvoi devant un tribunal et condamnation disparaissent.

La justice n’a pas encore statué, mais la peine sociale commence.

La foule technologique

Je connais la force d’un phénomène de foule.

Lorsque j’affrontais seul des groupes hostiles au cours de mon activité syndicale, je devais identifier rapidement le meneur. Il fallait comprendre qui orientait le groupe, qui amplifiait sa colère et comment éviter que l’affrontement ne dégénère.

Avec les réseaux sociaux, le meneur devient presque impossible à identifier. Il est remplacé par un mécanisme composé d’algorithmes, de médias en quête d’audience, de militants, de commentateurs et de personnes qui ressentent le besoin de réagir à ce qu’on leur a transmis.

La foule n’est plus réunie dans une même salle. Elle agit à distance, sans visage et sans responsabilité personnelle. Chacun ne produit qu’un commentaire, un partage ou une signature. Mais l’addition de ces gestes peut détruire une réputation, interrompre une carrière et rendre toute défense inaudible.

Nous retrouvons ici la distinction entre trois mondes :

  • le monde vécu par les personnes directement concernées ;

  • le monde factuel que l’enquête judiciaire cherche à reconstituer ;

  • le monde transmis par les médias et les réseaux sociaux.

Le danger apparaît lorsque le monde transmis se substitue au monde factuel. Les citoyens, et peut-être parfois les jurés eux-mêmes, n’abordent plus le dossier avec leur seule capacité de jugement. Ils arrivent chargés d’images, de récits et de condamnations déjà diffusées pendant des mois.

La présomption d’innocence devenue abstraite

Nous répétons que toute personne est innocente jusqu’à ce que sa culpabilité ait été établie. Mais cette formule perd sa portée lorsque l’accusé perd déjà son travail, ses engagements et sa réputation avant d’avoir été jugé.

Patrick Bruel a annulé sa tournée sous la pression des protestations. Cette annulation n’est pas juridiquement une peine. Elle en possède néanmoins certains effets matériels et symboliques.

Peut-on empêcher une personne d’exercer son métier sur le fondement d’accusations qui n’ont pas encore été jugées ? Les organisateurs peuvent naturellement prendre leurs décisions, les spectateurs peuvent refuser d’assister à un spectacle et les militants peuvent manifester. Mais l’addition de ces libertés peut produire une sanction collective que personne n’a formellement prononcée et dont personne n’assume seul la responsabilité.

La question se présente différemment pour Bertrand Cantat, qui a été condamné et a exécuté sa peine. Elle se pose encore autrement pour Gérard Depardieu, condamné en première instance et ayant fait appel. Confondre ces situations empêche de réfléchir sérieusement au droit de travailler avant le jugement, pendant la procédure et après l’exécution d’une peine.

Une société doit savoir ce qu’elle veut : la réinsertion prévue par le droit ou l’exclusion perpétuelle imposée par l’opinion.

Renforcer le secret sans rétablir l’omerta

Il ne s’agit pas de restaurer le silence qui a longtemps protégé les puissants. Une personne doit pouvoir porter plainte, être entendue et bénéficier d’une protection.

Mais le dossier judiciaire ne devrait pas être instruit quotidiennement sur la place publique.

Le secret de l’enquête et de l’instruction devrait être réellement renforcé. Les fuites provenant des dossiers devraient être sanctionnées. Les communications du parquet devraient présenter uniquement des faits objectifs et le stade exact de la procédure. Les médias devraient être tenus de ne jamais présenter comme coupable une personne qui n’a pas été définitivement condamnée.

Faire perdre à une plaignante son droit d’agir parce qu’elle s’est exprimée publiquement serait néanmoins une solution trop dangereuse. Cela permettrait aux puissants d’obtenir l’impunité en invoquant une déclaration médiatique. La justice doit rester accessible, quelle que soit l’attitude publique des parties.

En revanche, parler publiquement ne devrait accorder aucun avantage judiciaire. Une campagne médiatique ne doit jamais remplacer une preuve et sa puissance ne doit jamais déterminer le verdict.

Il faut protéger simultanément le droit de parler et le droit de ne pas être condamné par cette parole seule.

Ce que révèle la guerre

La comparaison avec la guerre doit être conservée, mais comprise dans sa dimension anthropologique.

La civilisation repose sur la maîtrise des frustrations, la règle morale, la peur de la sanction et l’apprentissage de la coexistence. Lorsque la guerre détruit ces contraintes, certains humains libèrent des violences qu’ils contenaient dans la vie ordinaire.

Les violences sexuelles commises pendant les conflits ne proviennent d’ailleurs pas seulement d’un désir individuel libéré. Elles peuvent être organisées, tolérées ou employées comme instruments de domination et de destruction collective.

Il ne s’agit donc pas d’un simple retour à l’homme de Cro-Magnon, dont nous connaissons mal les comportements. L’être humain moderne débarrassé de ses contraintes peut devenir plus destructeur qu’un humain préhistorique, car il dispose de groupes organisés, d’idéologies, d’armes et de moyens techniques incomparablement plus puissants.

La guerre démontre ainsi que la morale individuelle ne suffit pas. Nos comportements dépendent aussi des institutions qui contiennent nos pulsions et empêchent la domination du plus fort.

C’est également la fonction de la justice.

Sortir de l’alternative entre omerta et lynchage

Il ne s’agit pas de défendre Patrick Bruel ni de condamner celles qui l’accusent. Il s’agit de refuser que la foule rende son verdict avant ceux qui ont accès au dossier.

Les mouvements féministes ont légitimement combattu une omerta ancienne. Mais aucune cause, aussi juste soit-elle, ne devrait s’attribuer le pouvoir de punir sans jugement. Lorsqu’une mobilisation exige l’exclusion professionnelle immédiate d’un accusé, elle ne se contente plus de demander justice : elle commence à prononcer elle-même la peine.

La curée qui accompagne certaines affaires rappelle alors, par son mécanisme, les anciennes accusations de sorcellerie : la répétition de l’accusation devient la démonstration de sa vérité, la défense devient suspecte et celui qui demande d’attendre le jugement est accusé de soutenir le coupable.

Nous avons pourtant créé la justice pour sortir de la vengeance et du rapport de force. Elle doit protéger le plus faible contre le puissant, mais aussi l’accusé contre la foule.

La présomption d’innocence n’est pas un cadeau fait aux coupables. Elle est une protection accordée à chacun d’entre nous contre la possibilité d’être un jour condamné par ce que les autres auront entendu dire.

Nous n’avons pas à choisir entre l’omerta et le lynchage.

Nous devons écouter sans condamner, enquêter sans exhiber et juger sans nous laisser gouverner par le monde transmis.

 

L’affaire Bruel et la curée numérique

Voir les détails de l’image associée. Couvertures, images et illustrations de La Curée de Émile Zola

La foule technologique

Je connais la force d’un phénomène de foule.

Lorsque j’affrontais seul des groupes hostiles au cours de mon activité syndicale, je devais identifier rapidement le meneur. Il fallait comprendre qui orientait le groupe, qui amplifiait sa colère et comment éviter que l’affrontement ne dégénère.

Avec les réseaux sociaux, le meneur devient presque impossible à identifier. Il est remplacé par un mécanisme composé d’algorithmes, de médias en quête d’audience, de militants, de commentateurs et de personnes qui ressentent le besoin de réagir à ce qu’on leur a transmis.

La foule n’est plus réunie dans une même salle. Elle agit à distance, sans visage et sans responsabilité personnelle. Chacun ne produit qu’un commentaire, un partage ou une signature. Mais l’addition de ces gestes peut détruire une réputation, interrompre une carrière et rendre toute défense inaudible.

Nous retrouvons ici la distinction entre trois mondes :

  • le monde vécu par les personnes directement concernées ;

  • le monde factuel que l’enquête judiciaire cherche à reconstituer ;

  • le monde transmis par les médias et les réseaux sociaux.

Le danger apparaît lorsque le monde transmis se substitue au monde factuel. Les citoyens, et peut-être parfois les jurés eux-mêmes, n’abordent plus le dossier avec leur seule capacité de jugement. Ils arrivent chargés d’images, de récits et de condamnations déjà diffusées pendant des mois.

La présomption d’innocence devenue abstraite

Nous répétons que toute personne est innocente jusqu’à ce que sa culpabilité ait été établie. Mais cette formule perd sa portée lorsque l’accusé perd déjà son travail, ses engagements et sa réputation avant d’avoir été jugé.

Patrick Bruel a annulé sa tournée sous la pression des protestations. Cette annulation n’est pas juridiquement une peine. Elle en possède néanmoins certains effets matériels et symboliques.

Peut-on empêcher une personne d’exercer son métier sur le fondement d’accusations qui n’ont pas encore été jugées ? Les organisateurs peuvent naturellement prendre leurs décisions, les spectateurs peuvent refuser d’assister à un spectacle et les militants peuvent manifester. Mais l’addition de ces libertés peut produire une sanction collective que personne n’a formellement prononcée et dont personne n’assume seul la responsabilité.

La question se présente différemment pour Bertrand Cantat, qui a été condamné et a exécuté sa peine. Elle se pose encore autrement pour Gérard Depardieu, condamné en première instance et ayant fait appel. Confondre ces situations empêche de réfléchir sérieusement au droit de travailler avant le jugement, pendant la procédure et après l’exécution d’une peine.

Une société doit savoir ce qu’elle veut : la réinsertion prévue par le droit ou l’exclusion perpétuelle imposée par l’opinion.

Renforcer le secret sans rétablir l’omerta

Il ne s’agit pas de restaurer le silence qui a longtemps protégé les puissants. Une personne doit pouvoir porter plainte, être entendue et bénéficier d’une protection.

Mais le dossier judiciaire ne devrait pas être instruit quotidiennement sur la place publique.

Le secret de l’enquête et de l’instruction devrait être réellement renforcé. Les fuites provenant des dossiers devraient être sanctionnées. Les communications du parquet devraient présenter uniquement des faits objectifs et le stade exact de la procédure. Les médias devraient être tenus de ne jamais présenter comme coupable une personne qui n’a pas été définitivement condamnée.

Faire perdre à une plaignante son droit d’agir parce qu’elle s’est exprimée publiquement serait néanmoins une solution trop dangereuse. Cela permettrait aux puissants d’obtenir l’impunité en invoquant une déclaration médiatique. La justice doit rester accessible, quelle que soit l’attitude publique des parties.

En revanche, parler publiquement ne devrait accorder aucun avantage judiciaire. Une campagne médiatique ne doit jamais remplacer une preuve et sa puissance ne doit jamais déterminer le verdict.

Il faut protéger simultanément le droit de parler et le droit de ne pas être condamné par cette parole seule.

Ce que révèle la guerre

La comparaison avec la guerre doit être conservée, mais comprise dans sa dimension anthropologique.

La civilisation repose sur la maîtrise des frustrations, la règle morale, la peur de la sanction et l’apprentissage de la coexistence. Lorsque la guerre détruit ces contraintes, certains humains libèrent des violences qu’ils contenaient dans la vie ordinaire.

Les violences sexuelles commises pendant les conflits ne proviennent d’ailleurs pas seulement d’un désir individuel libéré. Elles peuvent être organisées, tolérées ou employées comme instruments de domination et de destruction collective.

Il ne s’agit donc pas d’un simple retour à l’homme de Cro-Magnon, dont nous connaissons mal les comportements. L’être humain moderne débarrassé de ses contraintes peut devenir plus destructeur qu’un humain préhistorique, car il dispose de groupes organisés, d’idéologies, d’armes et de moyens techniques incomparablement plus puissants.

La guerre démontre ainsi que la morale individuelle ne suffit pas. Nos comportements dépendent aussi des institutions qui contiennent nos pulsions et empêchent la domination du plus fort.

C’est également la fonction de la justice.

Sortir de l’alternative entre omerta et lynchage

Il ne s’agit pas de défendre Patrick Bruel ni de condamner celles qui l’accusent. Il s’agit de refuser que la foule rende son verdict avant ceux qui ont accès au dossier.

Les mouvements féministes ont légitimement combattu une omerta ancienne. Mais aucune cause, aussi juste soit-elle, ne devrait s’attribuer le pouvoir de punir sans jugement. Lorsqu’une mobilisation exige l’exclusion professionnelle immédiate d’un accusé, elle ne se contente plus de demander justice : elle commence à prononcer elle-même la peine.

La curée qui accompagne certaines affaires rappelle alors, par son mécanisme, les anciennes accusations de sorcellerie : la répétition de l’accusation devient la démonstration de sa vérité, la défense devient suspecte et celui qui demande d’attendre le jugement est accusé de soutenir le coupable.

Nous avons pourtant créé la justice pour sortir de la vengeance et du rapport de force. Elle doit protéger le plus faible contre le puissant, mais aussi l’accusé contre la foule.

La présomption d’innocence n’est pas un cadeau fait aux coupables. Elle est une protection accordée à chacun d’entre nous contre la possibilité d’être un jour condamné par ce que les autres auront entendu dire.

Nous n’avons pas à choisir entre l’omerta et le lynchage.

Nous devons écouter sans condamner, enquêter sans exhiber et juger sans nous laisser gouverner par le monde transmis.

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Publié le 6 Septembre 2026

La peur cachée derrière les mots

Dans le paysage politique, quelques mots finissent parfois par tenir lieu de pensée : « gauche », « droite », « extrême droite », « extrême gauche ».

Ces appellations ne sont pas inutiles. Elles permettent de situer approximativement les familles politiques. Mais elles deviennent des caches d’inculture lorsqu’elles dispensent les citoyens, les journalistes et parfois les responsables politiques d’examiner le contenu réel des projets.

On classe un parti, puis on croit l’avoir expliqué. On condamne ou l’on approuve son étiquette sans rechercher les conditions sociales, économiques et psychologiques qui ont conduit une partie de la population à voter pour lui.

Ce que révèle la victoire de l’AfD

Le résultat obtenu par l’Alternative pour l’Allemagne en Saxe-Anhalt en fournit un nouvel exemple. Selon les premières estimations du scrutin du 6 septembre 2026, l’AfD arrive très largement en tête avec environ 44 % des suffrages. Cette victoire électorale ne lui garantit pas encore la direction du gouvernement régional, mais elle constitue un événement politique majeur.

Créée en 2013 autour d’une opposition à l’euro et à la politique européenne, l’AfD s’est progressivement radicalisée. Elle défend aujourd’hui une conception nationaliste et ethnoculturelle de l’Allemagne, combat l’immigration, présente fréquemment l’islam comme une menace et rejette une grande partie de la construction politique européenne.

La branche de Saxe-Anhalt ne fait pas seulement l’objet d’une qualification polémique formulée par ses adversaires : elle est officiellement classée depuis 2023 comme organisation d’extrême droite avérée par le service régional chargé de la protection de la Constitution.

Cependant, prononcer les mots « extrême droite » ne suffit toujours pas à expliquer pourquoi près d’un électeur sur deux a choisi ce parti.

Tous ces électeurs ne sont pas nécessairement des militants racistes convaincus. Certains expriment une hostilité envers les étrangers ou les musulmans ; d’autres votent contre les partis établis, contre le gouvernement fédéral, contre le déclassement économique ou contre le sentiment d’abandon des régions de l’Est. Certains pensent retrouver dans la nation fermée une protection qu’ils ne trouvent plus dans les institutions politiques et sociales.

Comprendre ces causes ne signifie ni les approuver ni excuser les discours xénophobes. Cela signifie simplement qu’on ne combat pas une évolution politique en refusant de comprendre les peurs dont elle se nourrit.

La xénophobie n’est pas une anomalie inexplicable

La méfiance envers l’inconnu appartient aux possibilités du comportement humain. Dans un environnement dangereux, se méfier de ce que l’on ne connaît pas a pu constituer un mécanisme de protection.

Ce que j’appelle, par commodité, le comportement « reptilien » désigne cette tendance ancienne à rechercher une sécurité immédiate, à privilégier ce qui est familier et à considérer rapidement le changement comme une menace.

Il ne s’agit pas littéralement d’un cerveau reptilien autonome qui commanderait nos actes. Notre cerveau fonctionne comme un ensemble dans lequel la perception, l’émotion, la mémoire, le raisonnement et l’environnement social interagissent constamment. Mais l’image demeure utile pour comprendre une difficulté : nous pouvons imaginer intellectuellement une évolution future sans parvenir à la ressentir comme rassurante tant qu’elle n’est pas devenue une réalité vécue.

La peur de l’inconnu n’entraîne pourtant pas automatiquement la xénophobie. Celle-ci apparaît lorsque l’inquiétude est dirigée contre une population entière, définie par son origine, sa religion ou sa culture, et présentée comme responsable des difficultés collectives.

Cette transformation de la peur en hostilité n’est pas seulement individuelle. Elle peut être entretenue par les discours politiques, la répétition médiatique, les réseaux sociaux et la désignation permanente d’un groupe comme source du danger.

La peur est alors utilisée comme une matière première électorale.

Le conservatisme est un frein, non un moteur

Le conservatisme n’est pas nécessairement une anomalie. Il remplit une fonction de ralentissement qui peut être utile à l’évolution humaine.

Devant un changement dont nous ne connaissons pas encore les conséquences, nos mécanismes de protection nous invitent à la prudence. L’être humain n’accepte pas facilement une transformation tant qu’il ne peut pas la reconnaître comme viable et compatible avec sa sécurité.

C’est ce mécanisme que je continue d’appeler, par image, le « reptilien ». Il ne s’agit pas d’une partie indépendante du cerveau qui penserait à notre place, mais de l’ensemble de nos réactions anciennes de protection devant l’incertitude, le danger et l’inconnu.

Le conservatisme peut ainsi jouer le rôle d’un frein. Il ralentit le changement, oblige à en mesurer les conséquences et laisse à la population le temps de l’intégrer dans sa représentation du monde.

Un frein est indispensable à un véhicule. Mais il ne lui donne ni sa direction ni son mouvement.

De la même manière, le conservatisme peut demander des garanties, corriger une évolution trop brutale ou empêcher une innovation dangereuse. Mais il ne peut pas constituer, à lui seul, une politique progressiste, puisqu’il prend pour finalité la préservation de ce qui existe déjà.

Si la conservation avait toujours prévalu sur l’adaptation, nous vivrions encore dans les cavernes.

Les hommes dits de Cro-Magnon appartenaient déjà à notre espèce, Homo sapiens. Ils n’ont donc pas disparu comme une espèce étrangère à la nôtre : nous sommes leurs lointains descendants. Mais leur organisation sociale, leurs techniques, leurs croyances et leur manière d’habiter le monde ont été profondément transformées.

Ils ont survécu biologiquement parce que leurs descendants ne sont pas restés culturellement des hommes de Cro-Magnon.

Nous ne pouvons évidemment pas les qualifier de nationalistes au sens politique actuel, puisque les nations n’existaient pas. Mais leurs groupes devaient eux aussi protéger leurs territoires, leurs ressources et leurs membres, et probablement se méfier de ceux qu’ils ne connaissaient pas. Si cette méfiance avait rendu impossibles les rencontres, les échanges, les alliances, les déplacements et la transmission des connaissances, aucune civilisation n’aurait pu se développer.

La continuité humaine ne vient donc pas de l’immobilité. Elle vient de notre capacité à transformer nos façons de vivre sans cesser d’appartenir à la même espèce.

C’est précisément ce que les nationalistes ne comprennent pas lorsqu’ils présentent une identité nationale comme une réalité ancienne, homogène et définitivement fixée. Toutes les nations sont le résultat de déplacements, de conflits, de rapprochements, de métissages et d’emprunts culturels. La culture qu’ils prétendent figer est elle-même le produit d’évolutions qu’un conservateur d’une époque antérieure aurait probablement combattues.

Le nationalisme confond ainsi la préservation avec la fossilisation.

Il veut faire du frein le moteur de la société et transformer un mécanisme temporaire de prudence en une politique permanente de fermeture. Il promet de retrouver un monde antérieur qui n’a jamais été aussi homogène qu’il l’imagine et qui ne peut plus être reproduit dans une humanité devenue interdépendante.

Cela ne signifie pas qu’il faille imposer brutalement toutes les transformations. Une évolution durable doit être expliquée, expérimentée et rendue suffisamment concrète pour que les mécanismes de protection de la population puissent la reconnaître comme viable.

Une politique progressiste ne doit donc pas mépriser la peur conservatrice. Elle doit l’entendre, répondre aux problèmes réels qui la nourrissent et démontrer qu’une autre organisation est possible.

Mais elle ne doit jamais lui abandonner la direction de l’avenir.

Le conservatisme peut ralentir l’évolution afin qu’elle soit assimilée. Dès qu’il prétend l’arrêter, il ne protège plus la société : il l’empêche de s’adapter au monde qui se transforme autour d’elle.


 

Les déplacements humains ne sont pas nouveaux

La circulation des personnes a toujours accompagné l’histoire humaine. Les populations se sont déplacées pour trouver de la nourriture, du travail, des terres ou une protection, mais aussi pour échapper aux guerres, aux famines, aux persécutions et aux catastrophes.

La France s’est construite à travers des migrations venues de ses frontières européennes, de ses anciennes colonies et de nombreux autres territoires.

Les États-Unis sont nés d’une colonisation européenne qui s’est accompagnée de la dépossession et de la disparition d’une grande partie des populations autochtones. L’Amérique du Sud a connu la conquête, les épidémies importées, l’esclavage, la destruction de sociétés préexistantes, mais également de multiples formes de métissage.

L’Europe n’a pas seulement vécu la suprématie blanche comme un non-dit. Elle l’a longtemps exprimée ouvertement dans la colonisation, les théories raciales et la prétendue mission civilisatrice qu’elle s’attribuait. Après la Seconde Guerre mondiale et la découverte de l’extermination industrielle, l’expression publique du racisme biologique est devenue moralement et juridiquement condamnable. Mais certaines de ses représentations ont survécu sous des formes nouvelles : défense d’une identité prétendument homogène, incompatibilité supposée des cultures ou peur du remplacement de la population.

Les capitaux circulent, les personnes inquiètent

La mondialisation a rendu presque naturelle la circulation internationale des capitaux, des marchandises, des entreprises et des informations. Un capital peut traverser plusieurs frontières en quelques secondes sans provoquer la même émotion qu’une famille étrangère s’installant dans un quartier.

Cette différence est révélatrice.

La circulation du capital est présentée comme une nécessité économique. La circulation des personnes est souvent présentée comme un danger identitaire. Pourtant, les deux appartiennent à la même transformation mondiale.

Les guerres, les régimes autoritaires, les écarts de richesse, les besoins de main-d’œuvre, le dérèglement climatique et la destruction de certaines économies locales produisent des déplacements de population. L’organisation capitaliste du monde y contribue lorsqu’elle permet aux richesses de quitter facilement les territoires sans donner à leurs habitants les moyens d’y vivre.

On accepte alors le départ des capitaux, mais on reproche aux personnes de suivre les emplois, la sécurité et les conditions d’existence.

Reconnaître les problèmes sans désigner des peuples

Cela ne signifie pas que l’immigration ne pose aucun problème réel.

L’accueil, le logement, l’école, la santé, l’emploi, la sécurité, la formation linguistique et la coexistence de pratiques culturelles différentes nécessitent une organisation publique. Lorsque les gouvernements laissent les communes, les associations bénévoles et les habitants les plus modestes gérer seuls ces difficultés, ils créent les conditions du ressentiment.

Les populations qui vivent déjà dans la précarité peuvent alors avoir le sentiment que les nouveaux arrivants deviennent leurs concurrents pour des ressources insuffisantes.

La responsabilité politique consiste à résoudre ces difficultés, non à les nier. Mais elle consiste également à expliquer que leur origine ne se trouve pas dans l’existence d’une religion ou d’une population entière. Elle se trouve aussi dans l’insuffisance des logements, la concentration de la pauvreté, l’abandon de certains territoires, l’inégale distribution de la richesse et l’absence d’une politique internationale capable d’agir sur les causes des migrations.

Ces questions sont rarement suivies jusqu’à leur origine économique. Elles sont enfermées dans des mots : immigration, identité, sécurité, islam, frontière. Le mot remplace alors l’explication.

Des partis différents, une logique comparable

L’AfD allemande, le Rassemblement national français et les autres mouvements nationalistes européens ne sont pas identiques. Ils sont issus d’histoires nationales différentes et ne défendent pas exactement les mêmes programmes.

Ils partagent néanmoins une logique : présenter le repli national, la fermeture des frontières et la limitation des droits des étrangers comme des réponses centrales à des difficultés qui sont également économiques, sociales et mondiales.

Il ne faut pas confondre toute pensée conservatrice avec la xénophobie. On peut vouloir préserver des institutions, des habitudes ou une culture sans désigner l’étranger comme un ennemi. Le basculement se produit lorsque la protection de ce qui existe exige l’exclusion de ceux qui seraient supposés ne pas appartenir réellement à la nation.

Ces partis promettent le retour à un monde plus homogène, plus stable et plus souverain. Mais ce monde ne peut plus être reproduit. Les économies, les technologies, les communications, les ressources et les populations sont devenues interdépendantes.

Pour recréer artificiellement une société fermée, il faudrait multiplier les contrôles, les exclusions et les contraintes. La promesse de protection conduit alors progressivement à une politique autoritaire.

L’histoire n’avance pas automatiquement

Il serait toutefois dangereux de croire que l’évolution humaine se réalisera nécessairement et pacifiquement malgré les nationalistes. L’histoire peut connaître des retours en arrière. Une population inquiète peut démocratiquement confier le pouvoir à ceux qui réduiront ensuite ses libertés.

Lorsque les nationalismes xénophobes sont devenus des politiques d’État, ils n’ont pas supprimé les inégalités qui avaient nourri leur progression. Ils ont déplacé la colère vers des populations plus faibles et produit l’exclusion, la persécution, la violence et parfois la guerre.

Le vote en faveur de l’AfD ne doit donc être ni banalisé ni seulement condamné par une étiquette. Il doit être compris comme le symptôme d’une peur que les dirigeants démocratiques n’ont pas su entendre, expliquer et traiter.

La véritable question n’est pas seulement : « Ce parti appartient-il à l’extrême droite ? »

Elle est aussi :

Pourquoi tant de citoyens pensent-ils désormais que leur protection exige l’exclusion d’autres êtres humains ? Qui entretient cette peur ? Quelles réalités économiques se cachent derrière elle ? Et quelle autre organisation de la société permettrait de rendre la sécurité matérielle à chacun sans transformer son voisin en ennemi ?

La peur de l’inconnu peut ralentir une évolution. Elle ne constitue jamais, à elle seule, un projet d’avenir.

 

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Rédigé par ddacoudre

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Publié le 27 Août 2026

Grand oral devant le Medef : sept candidats, mais toujours la même boucle économique

Les entreprises demandent moins d’impôts, moins de cotisations et moins de normes. Mais puisque leurs coûts sont récupérés dans les prix, qui paiera réellement — et qui financera la vie lorsque les machines remplaceront les salariés ?

Ce n’était pas un débat économique neutre. Le Medef avait choisi cinq thèmes correspondant à ses priorités : fiscalité des entreprises, réindustrialisation, dépenses publiques et dette, coût du travail, normes. Cinq chefs d’entreprise interrogeaient les sept candidats. Le Medef avait d’ailleurs annoncé vouloir placer les préoccupations de ses 65 872 dirigeants consultés « au cœur du débat présidentiel » : 83 % réclament moins de fiscalité et de « charges », 75 % moins de dépenses publiques et 75 % moins de normes. Consultation du Medef

Autrement dit, avant même que les candidats parlent, le cadre était fixé : l’entreprise était présentée comme celle qui paie, et non comme celle qui récupère ses coûts et ses prélèvements dans ses prix et son chiffre d’affaires, comme je l'expliquait dans mon article les hommes politique ne mentent pas. Bref un débat biaisé;

Ce qu’a réellement proposé chaque candidat

Candidat

Propositions principales

Ce que cela signifie réellement

Gabriel Attal

Déficit inférieur à 3 % en 2032, équilibre en 2037, économies sur l’assurance-maladie, les arrêts maladie et le chômage, baisse des cotisations sur les salaires, retraite fondée sur la durée de cotisation, confiance dans l’IA pour augmenter les salaires

Il déplace une partie de la rémunération socialisée — santé, chômage, retraite — vers le salaire net immédiat. Le salarié peut recevoir davantage aujourd’hui, mais être moins protégé demain.

Édouard Philippe

Indemnisation du chômage ramenée à douze mois pour les moins de 50 ans, travail plus long, rapprochement du brut et du net, baisse de 50 milliards des impôts de production compensée par 50 milliards d’aides aux entreprises supprimées

Sa mesure fiscale est essentiellement une ventilation comptable : il enlève 50 milliards d’impôts et retire 50 milliards d’aides. Cela peut modifier les comportements, mais ne crée pas 50 milliards de richesse supplémentaire.

Bruno Retailleau

Baisse de 40 milliards des cotisations et impôts de production, exonération au-delà de la 36ᵉ heure, plafonnement des prestations sociales, sortie négociée des 35 heures, suppression de normes et du principe constitutionnel de précaution

C’est le programme le plus directement conforme aux attentes du Medef : travailler davantage, réduire la protection sociale et libérer l’employeur des règles collectives. Mais le financement manquant de la Sécurité sociale n’est pas expliqué.

Marine Le Pen

Plan annoncé de 125 milliards d’économies, remboursement de la dette, retraite à 60 ans pour ceux ayant commencé avant 20 ans, baisse d’impôts de production, préférence accordée aux entreprises françaises dans la commande publique, maintien conditionnel du pacte Dutreil

Elle cherche manifestement à rassurer le patronat. Mais son plan détaillé n’a pas été présenté : les 125 milliards restent donc une annonce invérifiable. Son programme économique apparaît désormais assez proche de la droite patronale, complété par le nationalisme et l’immigration.

Raphaël Glucksmann

Baisse de la CSG sur les salaires financée par les « mégahéritages », protection industrielle européenne, commande publique européenne réservée aux productions européennes, mesures contre la concurrence chinoise

C’est une social-démocratie industrielle et redistributive. Il veut mieux partager les revenus du capitalisme et protéger la production européenne, mais il ne modifie ni le salariat ni la propriété du capital.

Marine Tondelier

SMIC à 2 000 euros brut, aides aux TPE-PME, prêts à taux zéro pour la transition, fiscalité plus favorable aux PME, protectionnisme européen, maintien des normes environnementales

Elle a justement rappelé que le coût de l’énergie avait davantage augmenté que celui du travail. Mais augmenter le SMIC tout en indemnisant les entreprises reporte une partie du financement vers les impôts, la dette ou d’autres prélèvements.

Jean-Luc Mélenchon

Hausse du SMIC et des salaires, retour vers la retraite à 60 ans, annulation d’une partie de la dette détenue par la BCE, pôle public de financement, impôt sur les sociétés progressif, fiscalité différente pour les profits réinvestis et les dividendes

Il est le seul à avoir frontalement demandé au patronat : « Vous ne voulez plus rien payer, mais qui va payer ? » Il conteste donc le cadre du Medef. Cependant, ses solutions restent principalement fondées sur l’impôt, la dépense publique et la redistribution à l’intérieur de la même circulation monétaire.

Ces propositions et les principaux échanges sont rapportés dans les directs du Monde, de RTL et dans la synthèse de l’AFP.

Ce qui m’a le plus frappé

La phrase la plus révélatrice est probablement celle de Gabriel Attal : l’innovation et l’intelligence artificielle permettraient, à terme, une progression des salaires.

Mais par quel mécanisme ?

Une machine ou une intelligence artificielle peut augmenter la production tout en réduisant le nombre de salariés nécessaires. Si aucun nouveau droit économique n’est créé, le gain de productivité appartient d’abord au propriétaire de la machine. Rien ne garantit qu’il se transformera spontanément en hausse générale des salaires.

Attal suppose donc ce qu’il faudrait démontrer : que les gains technologiques descendront naturellement vers les salariés. Or toute l’histoire du capitalisme montre que cette redistribution dépend des rapports de force, des lois, des syndicats et des règles de financement.

Aucun candidat n’a posé les questions suivantes :

  • Si les machines remplacent des cotisants, comment financeront-elles la protection sociale ?

  • À qui appartiennent les gains de l’intelligence artificielle ?

  • Comment maintenir la consommation si le nombre d’emplois et la masse salariale diminuent ?

  • Pourquoi continuer à faire reposer la solvabilité de la population sur le seul salaire humain ?

  • Comment faire contribuer la production mécanique et numérique au financement de la vie ?

C’est pourtant là que se trouve le véritable problème des prochaines décennies.

Mélenchon a posé la bonne question, mais sans aller jusqu’au bout

Mélenchon a été le plus proche de MON interrogation lorsqu’il a demandé au Medef : « Vous ne voulez plus rien payer, mais qui va payer ? »

C'EST TOUT DE MÊME INQUIÉTANT DE LA PART DE DIRIGEANTS ÉCONOMIQUES, DE NIER AINSI QUE LES SALAIRES QU'IL AVANCENT ILS LES RECUPERENT MAJORE. (La boucle : capital /salaire travail/production consommation/prix chiffres d'affaires/retour capital.

Il a également rappelé une chose élémentaire : si les salaires n’augmentent pas suffisamment, la consommation ralentit et les entreprises finissent elles-mêmes par manquer de clients.

Mais il continue de présenter les entreprises, les dividendes, les héritages et la finance comme des réserves dans lesquelles l’État pourrait trouver durablement de nouvelles ressources. Cette redistribution peut être nécessaire et juste, mais elle ne crée pas une source indépendante de financement.

L’argent prélevé puis redistribué revient ensuite dans la consommation, les prix et le chiffre d’affaires. La boucle continue :

capital → salaires → production → consommation → chiffre d’affaires → impôts et cotisations → dépenses publiques et sociales → nouvelle consommation → retour aux entreprises.

Mélenchon voit mieux que les autres la question de la répartition, mais il ne sort pas encore de cette boucle. Il ne propose ni la mesure énergétique de la production, ni la contribution directe des machines, ni l’abandon progressif de la dépendance salariale.

Les droites ont proposé de déplacer les coûts

Attal, Philippe et surtout Retailleau parlent de « rapprocher le brut du net », de réduire les « charges » et d’augmenter le temps de travail.

Pour le salarié, cela peut paraître séduisant : recevoir davantage sur son compte bancaire. Mais les cotisations ne disparaissent pas dans le néant. Elles financent la santé, les retraites, le chômage et les accidents du travail.

Si on les réduit, quatre possibilités demeurent :

  1. réduire les prestations ;

  2. reporter le financement sur l’impôt ou la TVA ;

  3. augmenter la dette ;

  4. demander aux personnes de payer individuellement leur santé, leur chômage et leur retraite.

C’est donc moins une suppression du coût qu’un déplacement du coût, du collectif vers l’individu.

Retailleau pousse cette logique le plus loin. Il veut supprimer les cotisations au-delà de la 36ᵉ heure tout en faisant travailler davantage. Il augmente ainsi le volume de travail sans alimenter proportionnellement la protection sociale. Il faudra donc nécessairement réduire celle-ci ou la financer autrement.

Le positionnement révélateur de Marine Le Pen

Marine Le Pen a accompli devant le Medef une opération de normalisation économique. Elle a promis de rembourser la dette, de réduire les impôts de production, de protéger les transmissions d’entreprises et de supprimer des taxes et des normes.

Sur le fond économique, elle ne menace donc plus sérieusement le pouvoir du capital. Elle cherche à démontrer qu’elle peut gérer le même système en y ajoutant la préférence nationale, la limitation de l’immigration et une commande publique orientée vers les entreprises françaises.

Cela confirme notre analyse précédente : l’extrême droite ne se distingue pas fondamentalement de la droite patronale par son modèle économique. Elle s’en distingue surtout par son nationalisme, son rapport aux étrangers, à l’identité et à l’autorité.

L’AFP rapporte d’ailleurs qu’elle a promis un plan de 125 milliards d’économies, mais que le détail ne sera présenté que plus tard. En l’état, il est impossible de dire quels services, quelles populations ou quels revenus en supporteront le coût. Synthèse AFP

Mon jugement général

Le débat a fait apparaître quatre variantes du même système :

  • Attal, Philippe et Retailleau veulent réduire les prélèvements et la protection sociale pour restaurer la rentabilité et la compétitivité.

  • Le Pen veut conserver cette orientation économique en la nationalisant et en y ajoutant l’immigration comme explication politique.

  • Glucksmann et Tondelier veulent mieux répartir les richesses, protéger les PME, l’industrie européenne et l’environnement.

  • Mélenchon veut renforcer les salaires, l’État et la redistribution en faisant davantage contribuer le capital et la finance.

Les différences sont réelles et elles auraient des conséquences importantes pour la population. Il serait faux de dire que tous proposent exactement la même politique.

Mais aucun ne remet complètement en cause le principe fondamental : le capital conserve les moyens de production, verse les revenus nécessaires à la consommation, puis récupère cette monnaie dans les prix et le chiffre d’affaires.

Aucun n’a demandé comment remplacer le salaire comme moyen principal d’accès à la vie lorsque la machine produit une part croissante de la richesse.

C’est pourquoi ton impression de médiocrité est justifiée, avec une nuance : les candidats n’ont pas seulement mal répondu ; on leur a posé des questions enfermées dans le cadre comptable du patronat. Le JT a ensuite réduit ces réponses à quelques affrontements sur l’immigration, la dette, l’assistanat et les petites phrases.

Le débat véritable aurait dû commencer par cette question :

Les entreprises demandent moins d’impôts, moins de cotisations et moins de normes. Mais puisque leurs dépenses et leurs prélèvements sont intégrés à leurs prix, qui les finance finalement, et comment financerons-nous la vie collective lorsque les machines remplaceront une part croissante des salariés ?

Personne n’y a répondu.

 

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Rédigé par ddacoudre

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Publié le 26 Août 2026

GUIDE CITOYEN

Les hommes politiques
ne vous mentent pas !

Ne votez plus sans filtre

Comprendre les programmes électoraux, identifier qui finance réellement les politiques publiques et reconnaître les limites de la comptabilité capitaliste.


 


 

Quand on ne sait pas, on se méfie ou l'on se fait duper. Nous pouvons, par exemple, croire que le capital finance la vie parce qu'il avance 100. Mais s'il avance 100 et récupère 300, il faut rechercher qui paie les 300. Nous commencerons alors à comprendre qui finance réellement la vie.

Ce guide ne désigne aucun parti salvateur. Il fournit un canevas de lecture. Il cherche à faire passer l'électeur du monde transmis par les slogans et les émotions au monde factuel des comptes, des circuits économiques et des conséquences programmatiques.

Partie I : sortir de la démocratie émotionnelle

Une société qui redécouvre chaque jour ce qu'elle produit

Notre société, devenue accro aux drames comme à une véritable addiction pathologique, ressasse quotidiennement les faits divers. Elle découvre chaque jour ce dont elle est capable avec l'étonnement de nouveau-nés, alors que nous nourrissons collectivement, par nos choix politiques et les lois qui en découlent, les situations sur lesquelles nous pleurnichons ensuite.

À chaque événement, les mêmes questions reviennent :

Mais que fait l'État ?

Mais que fait la justice ?

Mais que fait la police ?

L'État doit s'occuper de moi. La justice doit me venger. La police doit surveiller les autres, toujours considérés comme des criminels potentiels, sauf lorsqu'ils appartiennent à ma famille ou à mon entourage.

Cette attitude entretient une société de citoyens infantilisés, réclamant simultanément davantage de protection, davantage de services, davantage de surveillance et moins de prélèvements. Mais une démocratie ne peut pas fonctionner durablement avec des citoyens qui refusent de comprendre ce qu'ils demandent, ce que cela exige et comment cela se finance.

La démocratie est une conquête culturelle. Elle n'est pas un don biologique. Nous ne naissons pas avec une intelligence démocratique, une culture politique ou une connaissance spontanée des mécanismes économiques. Nous apprenons, ou nous n'apprenons pas. Lorsque nous n'apprenons pas, d'autres pensent, choisissent et parlent à notre place.

Le droit de voter ne donne pas automatiquement les moyens de comprendre

Le droit de vote des femmes a été reconnu par l'ordonnance du 21 avril 1944. Les Françaises ont voté pour la première fois aux élections municipales de 1945. En 1974, la majorité civile et électorale a été abaissée à 18 ans.[1]

Ces évolutions ont élargi le droit des citoyens à participer à leur destinée politique. Elles ne leur ont donné ni une compréhension automatique des institutions, ni une connaissance de la fiscalité, ni une lecture des circuits économiques.

Mettre un bulletin dans une urne est un droit fondamental. Savoir ce que ce bulletin engage est une responsabilité culturelle.

La Constitution de 1958 a organisé les rapports entre le gouvernement, le Parlement et le président dans un régime destiné notamment à réduire l'instabilité gouvernementale. L'article 49, alinéa 3, permet au Premier ministre d'engager la responsabilité du gouvernement sur un texte. Celui-ci est adopté sans vote si l'Assemblée nationale n'adopte pas une motion de censure. Ce ne sont donc pas directement les citoyens qui censurent le gouvernement, mais leurs représentants.[2]

On peut critiquer cette procédure ou demander sa suppression. Il faut d'abord comprendre ce qu'elle est. Une démocratie qui confond ses propres institutions finit par débattre davantage de représentations que de mécanismes.

Je suis favorable au pouvoir du peuple. Il a même le droit de se tromper et de choisir des gouvernements qui dégraderont sa situation. Mais encore faut-il qu'il puisse débattre clairement des conséquences de ses choix.

La démocratie ne garantit pas automatiquement ce qui serait juste, raisonnable ou favorable à l'intérêt général. Il ne suffit pas d'inscrire « Liberté, Égalité, Fraternité » au fronton des bâtiments publics pour que ces principes deviennent une réalité économique.

Le monde vécu, le monde factuel et le monde transmis

Pour comprendre nos choix politiques, il faut distinguer trois réalités.

  • Le monde vécu est ce que chacun rencontre directement : son travail, sa retraite, ses dépenses, son quartier, ses relations et ses inquiétudes.

  • Le monde factuel est celui que l'on peut établir à partir des comptes publics, des statistiques, des textes, des budgets, de la production et de l'emploi.

  • Le monde transmis est celui que nous recevons par les médias, les réseaux sociaux, les récits politiques et les commentaires.

Ces trois mondes ne se superposent pas. Un fait divers peut occuper les écrans pendant plusieurs jours sans représenter l'expérience quotidienne de la majorité des citoyens. Une impression de ruine peut coexister avec une augmentation des patrimoines ou des capacités productives. Un discours promettant de « faire payer les riches » peut éviter de dire où retournera l'argent redistribué. Un discours promettant de « réduire les charges » peut dissimuler une diminution des services, des protections ou des revenus.

L'électeur vote à partir d'un mélange de ce qu'il vit, de ce qu'il ressent et de ce qu'on lui raconte. C'est précisément pour cette raison qu'il a besoin d'un filtre.

Donner directement la parole à des citoyens privés d'informations, saturés d'émotions et soumis à des campagnes permanentes de peur peut produire des décisions autoritaires. Il ne s'agit pas de les priver de démocratie, mais de l'organiser afin que chacun puisse confronter ses idées, vérifier les faits et construire son opinion, plutôt que rechercher tous les cinq ans un sauveur ou un dictateur démocratiquement élu.

Les phrases de ma sœur

À chaque élection, ma sœur me dit :

Que l'on vote pour l'un ou pour l'autre, cela ne change rien.

Elle n'a pas complètement tort, mais elle ne sait pas nécessairement pourquoi.

Elle me dit aussi :

De toute manière, c'est nous qui payons.

Là encore, elle perçoit quelque chose de réel, sans toujours savoir comment cela circule.

D'autres affirment :

Ce sont les riches qui financent la vie.

Cette formule confond la détention de moyens financiers et la production des biens et services nécessaires à l'existence. Posséder des capitaux permet de décider de leur utilisation, d'acheter des équipements et d'avancer des salaires. Mais la détention d'argent ne produit, à elle seule, ni nourriture, ni logement, ni soin, ni transport.

L'argent n'est pas la vie. Il constitue un moyen de commander une production et de distribuer des droits sur cette production.

Celui qui verse un salaire apparaît comme celui qui nourrit. Mais cette perception n'explique ni d'où viennent les ressources qu'il distribue, ni comment elles sont reconstituées. Tant que le salarié croit que sa vie dépend exclusivement de la générosité de celui qui le rémunère, il peut défendre les règles mêmes dont il subit les conséquences. Il regarde la main qui lui donne sa nourriture sans examiner le circuit qui l'a produite.

Une famille, une entreprise et l'État ne poursuivent pas la même finalité

Les citoyens ont été habitués à raisonner sur leur famille et sur l'État avec les mots de l'entreprise. On parle de charges, de rentabilité, de compétitivité, d'investissement et d'équilibre comme si une famille, une administration et une entreprise poursuivaient le même objectif.

Une entreprise vend des biens ou des services, réalise un chiffre d'affaires, supporte des dépenses et cherche généralement à préserver son activité et sa rentabilité.

Un ménage reçoit des revenus et les utilise pour vivre. Il paie son logement, son alimentation, son énergie, ses transports et ses assurances. Ces consommations ne sont pas des coûts de production destinés à dégager un bénéfice commercial. Un ménage peut acheter un logement ou constituer un patrimoine, mais il ne devient pas pour autant une entreprise.

L'État et les administrations financent des services collectifs, des infrastructures, des transferts et des politiques publiques. Les comptes publics enregistrent des dépenses de fonctionnement et d'investissement, mais cela ne signifie pas que l'État devrait être jugé comme une société cherchant un profit. Un hôpital public n'existe pas pour distribuer des dividendes. Une école ne doit pas sa légitimité à sa rentabilité financière.

Il faut également distinguer le revenu disponible, le reste à vivre, l'épargne et le pouvoir d'achat. Le revenu disponible tient compte des revenus, de certaines prestations et des prélèvements directs. Après les dépenses contraintes, ce qui reste constitue le revenu arbitrable ou reste à vivre. La part non consommée devient l'épargne. Le pouvoir d'achat dépend à la fois du revenu et des prix.

Promettre une hausse de revenu sans examiner les prix ne montre qu'une moitié du problème. Promettre une baisse d'impôt sans examiner les services supprimés ne montre que l'autre moitié.

Partie II : les étiquettes changent, la matrice économique demeure

Une majorité salariale qui ne gouverne pas comme une majorité de classe

L'existence d'une majorité de salariés pourrait conduire à penser qu'ils devraient imposer des politiques correspondant à leurs intérêts économiques communs. Pourtant, ils ne se comportent pas électoralement comme une majorité de classe.

Notre économie est issue d'un rapport très ancien entre dominants et dominés. Cette disposition psychique, héritée de notre histoire animale et humaine, a été modulée par la culture sans disparaître. Elle s'est présentée sous des paradigmes sociaux, religieux, juridiques et économiques qui ont organisé, légitimé et parfois dissimulé cette permanence.

La loi du marché n'est pas une loi de la nature. Elle est une construction culturelle et historique. Elle peut être comprise, dans la lecture défendue ici, comme une transformation juridiquement organisée de l'ancienne économie de pillage. Ce qui était obtenu directement par la force a été encadré par le droit religieux, les philosophies puis le droit positif. L'appropriation a pris des formes successives : conquête, esclavage, servage, propriété, héritage et salariat. La violence visible a reculé, mais le rapport de dépendance n'a pas nécessairement disparu.

Le christianisme a contribué à moraliser certaines relations entre le maître, le serviteur et l'esclave sans abolir la hiérarchie "CAPITALISTE"qui les organisait. Le droit a ensuite imposé d'autres règles et d'autres limites. Nous sommes passés du glaive aux capitaux : autrefois, le glaive et la richesse étaient souvent réunis sous un même pouvoir; aujourd'hui, les capitaux sont largement privés tandis que le pouvoir politique se veut collectif. Les élections arbitrent leurs interactions sans supprimer leur conflit.

Avec le salariat, la dépendance devient juridiquement libre et économiquement sophistiquée. Le salarié doit vendre son activité pour obtenir le revenu qui lui permettra d'acheter les biens et services nécessaires à son existence, y compris ceux qu'il a contribué à produire.

Les salariés restent divisés par leurs revenus, leurs métiers, leurs diplômes, leurs statuts, leurs origines et leurs aspirations. Le cadre, l'ouvrier, l'employé et le fonctionnaire ne se perçoivent pas spontanément comme participants d'une même circulation économique.

À cette fragmentation s'ajoute la dépendance immédiate au salaire. Le salarié voit la main qui le paie beaucoup plus facilement que la boucle par laquelle son travail produit, son salaire le rend solvable et sa consommation alimente le chiffre d'affaires qui reconstitue le capital qui reviendra le rémunérer.Ainsi il crée la richesse financière qui viendra le rémunérer, il se paie son salaire.

Une majorité numérique ne devient donc pas automatiquement une majorité politique consciente de ses intérêts de classe. La difficulté est culturelle, psychique et économique : les salariés sont majoritaires dans la production et dans le corps électoral, mais ils continuent souvent de penser l'économie avec les catégories élaborées par ceux qui détiennent le capital.

Les salariés ne forment d'ailleurs pas un bloc homogène. Certains votent à gauche, d'autres à droite ou pour des partis nationalistes, et beaucoup s'abstiennent. L'idée selon laquelle les pauvres auraient toujours voté majoritairement à droite ne peut pas être érigée en vérité historique générale.

En revanche, l'abstention des catégories modestes est documentée. En 2022, parmi les 25 % d'inscrits les plus modestes, 24,9 % n'ont participé à aucun tour des élections présidentielle et législatives, contre 8,2 % parmi les 25 % les plus aisés. L'abstention systématique atteignait 23,6 % chez les ouvriers non qualifiés, contre 7,4 % chez les cadres.[3]

Ceux qui subissent le plus directement certaines difficultés économiques sont donc aussi, en moyenne, moins présents dans le processus électoral. Une majorité sociologique ne devient pas, de ce seul fait, une majorité politique.

Les brèves séquences de réformisme social

Dans l'histoire politique française, plusieurs séquences ont affiché une volonté de transformation sociale plus affirmée. Je retiens ici quatre épisodes :

Les hommes politiques ne vous mentent pas !

Le premier gouvernement de Léon Blum a commencé le 4 juin 1936 et sa démission est intervenue le 21 juin 1937. Cette durée ne représente pas toute l'histoire du Front populaire.[4]

La monarchie de Juillet, elle, a pris fin en février 1848. Le 30 janvier 1879 correspond à la démission de Mac Mahon et à l'élection de Jules Grévy, qui marque l'installation durable des républicains au sommet de la IIIe République.[5]

Il serait également faux de classer tous les autres gouvernements à droite au sens partisan. D'autres gouvernements de gauche, des coalitions, la Libération, des participations communistes et des gouvernements socialistes ultérieurs ont existé.

Le décompte d'environ six années mesure seulement les séquences de réformisme social offensif retenues ici, soit environ 4 % de la période ouverte en 1879. La conclusion utile est ailleurs : même pendant ces épisodes, les règles fondamentales de propriété, de production marchande et de valorisation du capital sont demeurées en place.

Si l'on parle des étiquettes de "gauche" et de "droite", le décompte peut être discuté. Si l'on parle de la permanence de la matrice capitaliste, elle traverse pratiquement toute la période, gouvernements socialistes compris.

Accuser le socialisme d'avoir ruiné la France tout en taisant cette permanence constitue donc une présentation trompeuse. Les politiques ont été plus ou moins redistributives, ont nationalisé ou privatisé, mais aucune n'a supprimé l'organisation monétaire et comptable dominante. Nous devons comprendre une chose simple qui est claire historiquement. Le Capitalisme n'est pas social, il ne peut pas exister un capitalisme anticapitaliste comme le souhaite 92% des citoyens qui veulent réformer le capitalisme. Le capitalisme n'a jamais accordé sans conflits les avantages sociaux dont bénéficient les citoyens. Je n'ai pas à juger le vote des salariés qui trouvent leurs intérêts dans cette association paradoxale qui dépend de l'expression de notre psychique dans un environnement sociologique donné, et non d'un choix intellectuel. Chacun de nous peut facilement observer la place qu’occupe la peur du Manque dans nos décisions.

La boucle invisible : de l'avance du capital à son retour

Le fonctionnement général peut être résumé ainsi : la formule la plus simple : Capital/salaire → travail/production → consommation/prix → chiffre d'affaire/retour au Capital. La formule étendu pour un même résultat est ci-dessous.

Capital avancé -> salaires et autres revenus distribués -> travail et production -> acheteurs solvables -> consommation -> prix et chiffre d'affaires -> dépenses de l'entreprise, rémunération de l'employeur, cotisations, impôts et marge -> salaires publics, retraites et prestations -> nouvelle consommation -> retour au chiffre d'affaires -> reconstitution et accroissement éventuel du capital.

Quand j'écris que les homes politique ne mentent pas l'exemple l eplus probant est celui de la "droite", c'est le capital qui finance, c'est vrai. Mais ils oublient d'aller au bout de la boucle et de dire les salaires retournent au capital pour s'autofinancer.

Le capital ne se dépense pas durablement sans retour, faute de se détruire. L'entreprise avance des fonds pour produire, puis cherche à les récupérer par la vente. Les acheteurs sont solvables parce qu'ils ont reçu un salaire, une pension, un revenu public, une rémunération indépendante ou un revenu patrimonial.

Dans la lecture développée ici, les salariés du privé occupent une place particulière. Ils participent à la production marchande, reçoivent les salaires avancés par les entreprises, acquittent des prélèvements directs et achètent des prix qui contiennent aussi des dépenses, des prélèvements et la rémunération éventuelle du capital.

Les impôts et cotisations alimentent ensuite les budgets publics et sociaux. Ils financent notamment les agents publics, les retraités et les bénéficiaires de prestations. Ces derniers deviennent à leur tour des acheteurs solvables. Lorsqu'ils consomment, la monnaie retourne dans le chiffre d'affaires des entreprises.

Les services publics et les retraites ne se trouvent donc pas à l'extérieur de la boucle. Ils en constituent des ramifications redistributives. Le capital avance, le travail produit, le revenu solvabilise, le prix récupère, les prélèvements redistribuent, la consommation fait revenir la monnaie et le capital se reconstitue.

La comptabilité présente les indépendants, les revenus patrimoniaux, les exportations et les emprunts comme des origines distinctes. Ils restent pourtant intégrés à une même histoire économique. L'indépendant ne reçoit un revenu que si des clients solvables achètent son activité. Le propriétaire ne perçoit un loyer que si son locataire dispose de ressources. L'actionnaire ne reçoit un dividende que si l'entreprise dispose de résultats distribuables. Le prêteur ne perçoit un intérêt que si l'emprunteur peut rembourser. L'exportateur dépend d'acheteurs solvables situés dans une autre économie.

Ces revenus sont des positions, des droits de tirage ou des redistributions à l'intérieur d'un circuit historiquement constitué; ils ne sont pas des sources originelles et autonomes de richesse. Karl Marx a analysé l'exploitation du travail et l'accumulation du capital. Le modèle Joule prolonge l'interrogation en intégrant l'énergie humaine, l'apport des machines et l'héritage productif accumulé par les générations.

Chiffre d'affaires, bénéfice et ventilation comptable

Quand un ménage dépense 100 euros dans une entreprise, ces 100 euros deviennent une recette, pas automatiquement un bénéfice. L'entreprise doit payer ses salariés, ses fournisseurs, ses locaux, ses taxes, ses emprunts et ses autres dépenses.

Une taxation des bénéfices ou du patrimoine ne se répercute pas non plus à l'identique dans tous les prix. Une entreprise peut être empêchée d'augmenter ses tarifs par la concurrence. Elle peut réduire sa marge, reporter un investissement, réorganiser ses achats ou chercher à transférer une partie du coût vers ses clients, ses fournisseurs ou ses salariés.

Nous sommes au cœur de la ventilation comptable, fer de lance du capitalisme : répartir les dépenses, les prélèvements et les recettes de manière à préserver autant que possible la rentabilité et la valorisation du capital. Cette technique traduit aussi une disposition psychique ancienne : rechercher le plus grand avantage au moindre coût et au moindre effort.

Toutes les entreprises ne réussissent pas à préserver leur marge. Dans le cadre de la concurrence certaines font des pertes ou disparaissent pour ne pas atteindre leur finalité. Reconnaître cette diversité évite simplement d'affirmer que chaque euro de chiffre d'affaires devient automatiquement un euro de profit en le comprenant au premier degré. Cela ne supprime pas la circulation générale qui oriente la production vers la reconstitution et, lorsque cela est possible, l'accroissement du capital.

Ce que l'on achète réellement dans un prix

Lorsque ma sœur dit que tout est cher, elle observe une conséquence visible. Derrière le prix se trouvent le travail humain, les matières premières, l'énergie, les transports, les équipements, les locaux, les assurances, les intérêts, les impôts, les cotisations, les marges et les revenus distribués aux détenteurs du capital.

Dans mon essai, j'utilise une reconstitution distinguant environ 14 % de composantes directement productives et 86 % d'autres éléments liés au financement de l'organisation économique et sociale. Cette proportion n'est pas une statistique officielle applicable à chaque produit. Elle repose sur les hypothèses du modèle et sert à poser une question : quelle part du prix correspond à la production immédiate, et quelle part finance l'ensemble du circuit dans lequel cette production est organisée ? c'est à dire quelle part paie la production, quelle part paie la vie;14%/86%

LFI : une étiquette administrative ne définit pas un modèle économique

Pour les élections municipales de 2026, le ministère de l'Intérieur a classé La France insoumise dans le bloc administratif « extrême gauche ». Le Conseil d'État a rejeté le recours contre ce classement, tout en précisant qu'il ne jugeait pas le contenu du programme politique. Il examinait seulement la légalité d'une classification destinée à présenter les résultats électoraux.[6]

En 2024, une autre décision mentionnait LFI parmi les formations classées à gauche.[7] Un mouvement ne change pas de système économique parce qu'une administration le déplace d'une case à une autre.

Une politique qui augmente les impôts sur les hauts patrimoines, renforce les services publics et redistribue davantage peut être radicale dans ses ambitions sociales. Cela ne suffit pas à démontrer qu'elle supprime la propriété privée des entreprises, le salaire, le profit ou le circuit du capital.

La question pertinente est donc : que modifie réellement le programme dans la propriété, la production, la distribution des revenus et le financement de la vie collective ?

Maintient d'une confusion.

Nous devons reconnaître que le débat politique entretient une grande confusion. Les mots « gauche » et « droite » sont employés comme des étiquettes, sans expliquer clairement les choix économiques qu’ils représentent.

À l’origine, être de "gauche" signifie s’opposer au pouvoir économique du capital lorsque son objectif principal est d’enrichir une minorité grâce au travail de la majorité des salariés, est ce l'est toujours.

Cette opposition peut prendre deux formes. Elle peut être révolutionnaire, comme l’était le communisme, ou réformiste, comme l’ancien Parti socialiste lorsqu’il se disait encore socialiste et, aujourd’hui, La France insoumise.

Dans sa forme réformiste, la "gauche" ne cherche pas nécessairement à supprimer la liberté d’entreprendre. Elle veut surtout rendre aux salariés une plus grande part de la richesse qu’ils produisent, les soustraire au pouvoir du capital.

Cela ne signifie pas que nous pouvons nous passer de capitaux. Il faut de l’argent pour construire une usine, un hôpital, une voie ferrée, acheter des machines ou financer de grands projets qu’une personne ne pourrait jamais réaliser seule.

Mais le capital devrait redevenir un outil au service de la société, et non rester le pouvoir qui décide qui aura un emploi, un salaire et les moyens de vivre.

Les salariés devraient donc participer collectivement à la constitution de ce capital. Ils pourraient le faire directement ou par l’intermédiaire de décisions politiques et d’une planification démocratique. Cette organisation est indispensable pour répondre aux besoins collectifs — la santé, l’éducation, les transports, l’énergie ou la protection de l’environnement — qui ne correspondent pas toujours aux intérêts financiers des propriétaires privés.

Les pouvoirs publics disposent également d’une vision générale du pays et du monde que la plupart des citoyens ne peuvent pas avoir dans leur vie quotidienne. Ils connaissent les budgets, les besoins des territoires, l’évolution de la population, les échanges économiques et les risques à venir. Ces informations devraient être clairement mises à la disposition des citoyens, car leur absence empêche de faire des choix politiques réellement éclairés. Nous pouvons en déduire du risque qu'il y aurait à élire des dirigeants au tirage au sort. Ce n'est pas pour le fun qu'existe INSP, une école de service public.

À "droite" se trouvent ceux qui restent attachés au modèle néolibéral. Selon ce modèle, l’État ne doit pas intervenir dans les affaires économiques, sauf pour garantir la sécurité, la propriété et la liberté du commerce.

Mais cette prétendue liberté ne part pas d’une situation où tout le monde posséderait les mêmes moyens. L’économie s’est construite pendant des siècles à l’avantage des plus puissants. Ceux qui possèdent les terres, les entreprises, les machines et les capitaux disposent déjà d’un pouvoir que les autres n’ont pas.

La loi du marché prolonge ce rapport de force. Les salariés travaillent avec les moyens de production qui appartiennent à d’autres. Ils produisent des biens et des services qui enrichissent les propriétaires de ces moyens de production.

Pour augmenter leurs ventes, les entreprises répondent aux besoins humains, mais elles cherchent aussi à en créer de nouveaux par la publicité, le crédit, la mode et le renouvellement permanent des produits.

La boucle est alors facile à comprendre : les salariés produisent les marchandises et les services ; les entreprises leur versent un salaire ; les salariés utilisent ce salaire pour acheter ce qui a été produit ; l’argent revient dans le chiffre d’affaires des entreprises ; une partie permet de verser de nouveaux salaires et une autre augmente le capital de leurs propriétaires.

Ainsi, les salariés contribuent par leur travail à former les capitaux qui serviront ensuite à financer leurs prochains salaires. Ils participent donc eux-mêmes à la puissance économique dont ils restent dépendants.

La vie collective ne se résume pas aux règles économiques. Certes, toutes les sociétés ont dû s’organiser pour produire ce qui était nécessaire à leur survie et lutter contre la rareté. Mais les citoyens ne choisissent pas seulement en fonction de leur salaire, de leurs impôts ou de leur niveau de vie.

Dans le circuit économique, le capital sert à verser les salaires nécessaires à la production. Les salariés utilisent ensuite leur salaire pour consommer, et cet argent revient dans le chiffre d’affaires des entreprises, permettant ainsi de reconstituer et d’accroître le capital.

Mais, entre le versement du salaire et son retour vers les entreprises, l’argent circule de nombreuses manières. Il sert à payer les logements, la nourriture, les transports, les loisirs, les impôts et les cotisations. Il finance aussi les services publics, les retraites, les prestations sociales et les revenus de ceux qui produisent les biens et les services achetés.

Or chacun ne voit qu’une partie de ce circuit.

Le salarié voit son salaire et les prélèvements effectués sur celui-ci. L’employeur voit ses coûts et ses recettes. Le retraité voit sa pension. Le fonctionnaire voit le budget de son administration. Le consommateur voit surtout les prix qu’il doit payer. Peu de citoyens disposent d’une vision complète de la circulation de l’argent.

Cette vision partielle se mélange à leur conception de la vie, à leur éducation, à leur religion, à leur morale, à leur métier et à leur position sociale. Un ouvrier, un cadre, un commerçant, un agriculteur, un fonctionnaire ou un retraité ne vivent pas les mêmes situations et ne regardent donc pas toujours la société de la même manière.

C’est de cette diversité que naissent les nombreux partis politiques. Certains accordent la priorité au pouvoir d’achat et aux services publics. D’autres défendent avant tout la propriété, la liberté d’entreprendre ou la réduction des impôts. D’autres encore placent au premier plan l’écologie, la sécurité, l’immigration, la religion, la famille ou l’identité nationale.

Certaines différences entre les partis ne concernent que la manière de gérer le même système économique. D’autres sont beaucoup plus profondes. Les questions culturelles et identitaires peuvent même l’emporter sur les intérêts matériels communs.

Ainsi, un salarié peut voter pour une politique économique favorable aux détenteurs du capital parce qu’il accorde davantage d’importance à la sécurité, à l’immigration, à la religion ou à l’autorité. La peur de l’étranger, le racisme, l’antisémitisme ou la recherche de boucs émissaires peuvent diviser des citoyens qui partagent pourtant la même dépendance économique. Poussés suffisamment loin, ces mécanismes peuvent favoriser le nationalisme autoritaire et le fascisme.

C’est pourquoi la majorité des salariés ne forme pas automatiquement une majorité politique consciente de ses intérêts communs. Les citoyens se regroupent dans différents partis selon la représentation de la réalité qui leur a été transmise par leur famille, leur milieu social, leur religion, l’école, les médias et leur propre expérience.

Les divisions culturelles occupent alors le devant de la scène, tandis que la question économique fondamentale est laissée de côté, comme si elle était trop compliquée pour être comprise.

Pourtant, la question de fond est assez simple :

Qui possède les moyens de production ? Qui travaille ? Qui décide ? Qui supporte les coûts ? Et qui conserve la richesse produite ?

Au-delà de la diversité des partis et de leurs programmes, le choix essentiel reste celui du rapport entre dominants et dominés : entre ceux qui possèdent le capital et ceux qui dépendent d’un salaire pour vivre ; entre une économie organisée pour accumuler du capital et une économie destinée à satisfaire les besoins humains.

On peut appeler cette opposition patronat contre salariat, capitalisme contre socialisme, exploitation contre humanisme. Les mots peuvent changer et les solutions sont nécessairement complexes. Mais la question politique fondamentale demeure : l’économie doit-elle servir principalement ceux qui possèdent, ou l’ensemble de ceux qui produisent et font vivre la société ?

Conclusion — Le classement des partis : un repère ou une arme politique ?

Classer les partis politiques n’est jamais totalement innocent. Les mots « gauche », « droite », « centre », « extrême gauche » ou « extrême droite » donnent l’impression de décrire une réalité objective. Pourtant, leur sens dépend du critère que l’on choisit et de l’endroit où l’on place le centre.

Un classement peut d’abord correspondre à une réalité. Il permet de distinguer les partis selon leur histoire, leur électorat, leurs valeurs et leurs propositions. Certains défendent davantage les propriétaires du capital et la liberté du marché. D’autres veulent mieux répartir les richesses, renforcer les services publics ou protéger les salariés. D’autres encore souhaitent sortir du capitalisme.

Mais le classement devient une fadaise lorsqu’il remplace l’étude des programmes. Dire qu’un parti est « de gauche » ou « d’extrême gauche » ne nous apprend pas qui financera ses promesses, ce qu’il changera réellement et s’il remettra en cause la propriété du capital ou se contentera d’en redistribuer une partie des revenus.

Il devient même un moyen d’élimination politique lorsque le mot « extrême » sert à rendre un parti inquiétant avant que ses propositions soient examinées.

Un parti peut vouloir transformer profondément l’économie tout en respectant le vote, les libertés publiques et la démocratie. À l’inverse, un parti présenté comme modéré peut adopter des mesures autoritaires. Il faut donc distinguer deux choses : l’importance du changement économique proposé et les moyens employés pour le réaliser.

Vouloir libérer les êtres humains de leur dépendance au salaire est évidemment une idée radicale par rapport au système actuel. Elle remet en cause le pouvoir de ceux qui possèdent les moyens de production et décident, par l’emploi et le salaire, qui disposera des ressources nécessaires pour vivre.

Il n’est donc pas surprenant que les défenseurs du capitalisme qualifient cette volonté d’« extrême ». Pour eux, l’abolition du capitalisme représente une rupture majeure. Mais le mot produit aussi un effet politique : il transforme la recherche d’une indépendance économique en menace contre la société.

On ne demande plus alors si cette proposition serait juste, réalisable et démocratique. On laisse entendre qu’elle serait dangereuse par sa seule position dans le classement.

L’histoire américaine en offre une illustration. En 1954, les États-Unis ont adopté une loi destinée à priver le Parti communiste de ses droits et de son existence légale. Même si ce parti existe encore aujourd’hui, cet épisode montre jusqu’où un pouvoir peut aller lorsqu’il ne combat plus seulement des actes illégaux, mais une pensée économique qui menace l’ordre établi.

En France, la méthode est moins directe. Elle passe davantage par les mots, les rapprochements et les exclusions symboliques. Un parti classé à « l’extrême gauche » peut être présenté comme étant situé en dehors du raisonnable, voire en dehors du champ républicain. Le classement prépare alors sa disqualification sans qu’il soit nécessaire d’interdire son existence.

La confusion devient encore plus grande lorsque la social-démocratie est présentée comme l’ensemble de la gauche.

La social-démocratie contemporaine ne cherche généralement plus à sortir du capitalisme. Elle accepte l’entreprise privée, le salariat, la propriété des moyens de production et l’accumulation du capital. Elle tente surtout de corriger les conséquences les plus injustes de ce système par les impôts, les prestations sociales, les services publics et la réglementation.

On peut la classer à gauche si la gauche désigne seulement une meilleure redistribution, davantage de protection sociale et une plus grande égalité des droits. Mais si l’on reprend le sens historique du socialisme — rendre aux producteurs la maîtrise de la richesse qu’ils créent et les libérer de leur dépendance envers les propriétaires du capital — alors la social-démocratie ne représente plus une sortie du capitalisme. Elle en constitue une forme de gestion sociale.

Présenter cette gestion du capitalisme comme l’aboutissement du socialisme entretient donc une confusion fondamentale. Cela revient à faire croire que mieux répartir les revenus produits par le système équivaut à changer les règles qui permettent leur appropriation.

Il ne faut pas pour autant nier les progrès obtenus. Les congés payés, la réduction du temps de travail, la retraite, la Sécurité sociale, les droits syndicaux et la protection contre les licenciements ont réellement amélioré la vie des populations.

Mais ces progrès ne sont pas nés spontanément de la générosité du capitalisme. Ils ont été obtenus par les conflits sociaux, les grèves, les syndicats, les partis ouvriers et toutes les forces socialisantes qui ont obligé les détenteurs du capital à faire des concessions.

Le capitalisme a ensuite intégré ces conquêtes à son propre fonctionnement. Les congés payés ont développé le tourisme et les loisirs. Les retraites ont créé une nouvelle catégorie de consommateurs. La protection sociale a financé des secteurs économiques entiers. La réduction du temps de travail a favorisé de nouveaux marchés. Même les conquêtes obtenues contre lui ont ainsi pu être transformées en nouvelles offres, en nouvelles consommations et en nouveaux profits.

Cela ne retire rien à leur valeur humaine. Cela montre seulement la capacité du capitalisme à absorber les progrès sociaux, puis à les retourner au service de son propre développement.

Le classement politique peut donc être plusieurs choses à la fois :

  • une réalité historique lorsqu’il décrit clairement les valeurs et les objectifs d’un parti ;

  • une simplification commode lorsqu’il permet aux citoyens de se repérer ;

  • une fadaise lorsqu’il remplace l’analyse économique ;

  • une ineptie lorsqu’il confond la gestion sociale du capitalisme avec son dépassement ;

  • une opération opportuniste lorsqu’il sert à rendre un adversaire infréquentable ;

  • un instrument d’élimination lorsqu’il dispense de discuter sérieusement de ses propositions ;

  • enfin, un moyen d’entretenir la confusion lorsque tous les partis qui veulent seulement répartir différemment les revenus sont présentés comme socialistes.

Avant de classer un parti, il faudrait donc lui poser des questions simples :

Veut-il seulement mieux répartir les revenus du capitalisme ou modifier la propriété et le pouvoir du capital ?

Veut-il rendre le salariat plus supportable ou libérer progressivement les humains de leur dépendance au salaire ?

Veut-il administrer autrement la boucle économique existante ou en construire une nouvelle ?

Et veut-il réaliser cette transformation par la démocratie ou par la contrainte ?

Voilà le véritable classement dont les citoyens auraient besoin.

La frontière politique essentielle ne passe pas seulement entre la gauche, le centre et la droite. Elle passe entre ceux qui veulent conserver la dépendance économique en la rendant plus ou moins supportable, et ceux qui veulent donner à chacun les moyens de vivre, d’apprendre, de produire et de participer à la formation du capital collectif sans dépendre d’un propriétaire pour obtenir un salaire.

Un parti ne devrait donc pas être jugé d’après l’endroit où ses adversaires le placent, mais d’après ce qu’il veut changer, les intérêts qu’il défend et les moyens démocratiques qu’il propose pour y parvenir.


 


 

Partie III : les machines, l'intelligence artificielle et la richesse invisible

La technologie libère du travail, mais le salaire reste la condition pour vivre

Les machines transportent, assemblent, calculent, creusent, récoltent et produisent avec une puissance que l'être humain ne pourrait pas fournir seul. L'intelligence artificielle prolonge cette évolution en automatisant certaines tâches administratives, intellectuelles et organisationnelles.

Une augmentation de productivité devrait permettre de réduire les tâches pénibles, de libérer du temps et d'améliorer les conditions d'existence. Dans le système actuel, elle peut pourtant devenir une menace, parce que la plupart des citoyens ont besoin d'un salaire pour accéder aux biens et services nécessaires à leur vie.

Lorsque la machine remplace une activité humaine, elle maintient ou augmente la capacité productive tout en pouvant supprimer le revenu qui rendait une personne solvable. Nous nous réjouissons alors que les machines travaillent pour nous, puis nous nous inquiétons de ne plus pouvoir vivre parce qu'elles travaillent à notre place.

Le programme IA des Républicains comme exemple

Le programme des Républicains consacré à l'intelligence artificielle annonce l'équivalent de 250 000 postes publics transformés : 125 000 agents seraient redéployés et 125 000 départs à la retraite ne seraient pas remplacés.

Le parti estime à 7,5 milliards d'euros par an, à terme, l'économie de masse salariale associée aux départs non remplacés. Il ajoute environ 4 milliards sur les achats publics et 3 à 4 milliards grâce à la lutte contre la fraude, soit environ 15 milliards par an à l'horizon 2031-2032. Le document prévoit parallèlement 11,6 milliards d'investissements nouveaux sur cinq ans.[8]

Un départ à la retraite non remplacé ne fait pas disparaître la personne : elle continue de vivre et de percevoir une pension. Mais l'emploi qui aurait pu accueillir un nouvel actif n'est pas créé, et les cotisations correspondantes ne sont pas versées de la même manière. Une économie de masse salariale ne décrit donc pas, à elle seule, toutes les conséquences économiques et sociales.

La question centrale devient : pourquoi une part importante de la protection collective reste-t-elle financée à partir du travail humain rémunéré alors qu'une part croissante de la production provient des machines, des logiciels et des robots ?

La taxation des machines : un témoignage personnel de 1971

La revendication d'une taxation des machines n'est pas, pour moi, une reconstruction théorique récente. En 1971, je l'ai personnellement soutenue devant la chambre patronale des carrières et matériaux, alors que je remplaçais le responsable de cette branche, Robert Génovoy, appelé ailleurs.

Je rapporte ici un fait vécu. L'absence actuelle d'une archive facilement identifiable ne le transforme pas en invention. Je n'attribue pas cette intervention à un tiers sur la foi d'une source incertaine; j'atteste avoir moi-même défendu cette revendication en 1971.

L'idée consistait déjà à ne plus faire reposer exclusivement le financement social sur le travail humain. Lorsqu'une machine remplace un salarié tout en maintenant ou en augmentant la production, elle réduit une assiette de cotisations sans supprimer la capacité productive. Il devient logique de demander que cette capacité contribue au financement collectif. La robotisation et l'intelligence artificielle rendent cette revendication plus actuelle encore.

Les 700 millions : une population théorique, pas des emplois supprimés

Le modèle Joule utilise une hypothèse simplifiée : environ 30 millions d'actifs et un rapport de productivité de 1 à 10 entre le travail humain isolé et le travail humain appuyé par la technologie. Les 30 millions constituent la convention de l'essai, non la statistique actuelle exacte. L'Insee estime la population active à 31,8 millions de personnes en moyenne en 2025.[9]

En conservant la convention initiale :

30 millions x 10 = 300 millions d'équivalents-travailleurs.

300 millions - 30 millions = 270 millions d'équivalents-travailleurs attribués aux machines.

Le chiffre de 270 millions ne représente donc pas des emplois ayant réellement existé puis disparu. Il mesure une capacité productive théorique dans les hypothèses du modèle.

La France comptait environ 69,1 millions d'habitants au 1er janvier 2026.[10] Si l'on applique le même facteur dix à la population totale, on obtient 691 millions d'habitants théoriques. L'ordre de grandeur de 680 à 700 millions concerne donc une population hypothétique, pas 700 millions d'emplois supprimés.

Les hommes politiques ne vous mentent pas !

Ces résultats dépendent du facteur de productivité retenu. Ils ne constituent pas une reconstitution démographique réelle; ils rendent visible l'ordre de grandeur de la contribution technique.

Comment obtient-on 25 189,38 milliards d'euros ?

Le modèle attribue à chaque équivalent-travailleur une dépense énergétique annuelle de 2 628 000 kilocalories.

270 000 000 x 2 628 000 = 709 560 000 000 000 kilocalories.

Comme 1 kilocalorie équivaut à 4 184 joules :

709 560 000 000 000 x 4 184 = 2 968 799 040 000 000 000 joules.

Le modèle applique ensuite une convention de valorisation de 0,0355 euro par kilocalorie :

709 560 000 000 000 x 0,0355 = 25 189 380 000 000 euros.

Soit :

25 189,38 milliards d'euros.

Cette somme ne représente ni une caisse disponible, ni le PIB français, ni un chiffre d'affaires enregistré. Elle constitue une valorisation théorique de l'apport productif des machines selon les conventions énergétiques et monétaires du modèle Joule.

À titre d'illustration arithmétique :

Les hommes politiques ne vous mentent pas !

Ces montants ne sont pas des promesses de recettes. Une contribution réelle exigerait une définition juridique, une méthode d'évaluation et un mécanisme de recouvrement.

La machine est un héritage collectif

La machine résulte de générations de découvertes, d'inventions, de travaux scientifiques et d'apprentissages. Elle dépend de matériaux, d'infrastructures, de réseaux et de compétences collectives. L'intelligence artificielle repose elle-même sur des connaissances, des données, des centres de calcul, de l'énergie et du travail humain.

La société bénéficie de la technologie lorsqu'elle réduit la pénibilité, améliore les soins ou augmente la production. Mais la propriété juridique des équipements, des logiciels et des entreprises détermine largement qui reçoit les revenus monétaires associés à leur utilisation.

Le problème n'est pas la machine. Il est l'écart entre son héritage collectif et l'appropriation privée d'une partie de son rendement.

Cette question devient décisive face au changement climatique. Les besoins sont immenses : adaptation des logements, protection de l'eau, transformation des transports, entretien des territoires et accompagnement des personnes. Le chômage ne signifie pas qu'il n'y a rien à faire. Il peut signifier que les besoins ne deviennent pas des activités solvables lorsqu'aucun profit suffisant n'est attendu.

Partie IV : lire les programmes sans se laisser hypnotiser par les slogans

La situation publique de départ

En 2025, les comptes publics français se présentaient ainsi :

Les hommes politiques ne vous mentent pas !

Les chiffres sont consolidés : les transferts entre administrations ne doivent pas être additionnés plusieurs fois.[11]

1 714,2 - 1 561,7 = 152,5 milliards d'euros de déficit.

Le déficit annuel n'est pas exactement identique à la variation de la dette, car d'autres opérations financières interviennent. Mais un déficit persistant contribue généralement à l'endettement.

Deux précautions avant toute comparaison

Un programme peut parler du budget de l'État, de la Sécurité sociale, des collectivités, de l'ensemble des administrations ou d'une mesure isolée. Ces périmètres ne sont pas interchangeables. Comparer un chiffre de 1 462,3 milliards à 1 714,2 milliards de dépenses publiques n'a de sens que si l'année, les administrations concernées et les conventions comptables sont identiques.

Les documents comparés ci-dessous ne sont pas tous des programmes présidentiels définitifs. Ils portent sur des années différentes et utilisent leurs propres hypothèses. Pour fournir un repère pédagogique, leurs soldes annoncés sont appliqués au déficit public de 2025. Cette simulation est statique; elle ne constitue pas une prévision économique.

Tableau comparatif des propositions disponibles

Les hommes politiques ne vous mentent pas !

Sources des propositions : LFI,[12] Parti socialiste,[13] Écologistes,[14] Rassemblement national[15] et Les Républicains.[8]

Ce que finance chaque proposition

La France insoumise. Son contre-budget annonce 182,775 milliards de recettes et 161,181 milliards de dépenses nouvelles, soit une amélioration théorique de 21,594 milliards. Appliquée à la base 2025, elle laisserait 130,906 milliards de déficit. Le programme modifie fortement la répartition des prélèvements et finance des politiques sociales, sans faire disparaître pour autant le circuit marchand et les rapports de propriété.

Le Parti socialiste. Les 26,9 milliards de recettes nouvelles, ajoutés à 14 milliards d'économies puis diminués de 19,2 milliards de dépenses, améliorent le solde de 21,7 milliards. Le déficit simulé resterait de 130,8 milliards. Le projet arbitre entre fiscalité patrimoniale, économies et relance à l'intérieur du modèle existant.

Les Écologistes. Les 28,5 milliards de recettes n'entraînent qu'une réduction annoncée de 11,7 milliards du déficit. La différence finance d'autres priorités, notamment écologiques et sociales. Trouver une recette nouvelle et réduire le déficit du même montant sont donc deux affirmations distinctes.

Le Rassemblement national. Les recettes et économies annoncées, diminuées des baisses d'impôts et des nouvelles dépenses, amélioreraient le solde de 36 milliards et laisseraient 116,5 milliards de déficit sur la base commune. Il faut ensuite identifier qui perdra les services, aides ou financements supprimés. Une économie pour l'État peut devenir une dépense supplémentaire pour une famille, une commune, un hôpital ou une association.

Les Républicains. Le plan IA ne constitue pas un budget complet. Les 15 milliards de gains annuels sont annoncés à terme et nécessitent des investissements. Il faut examiner le calendrier, les emplois non créés, les cotisations associées, la qualité du service, les fournisseurs technologiques et la propriété des outils et des données.

Qui paie réellement ?

Les programmes disent souvent : les riches paieront, les entreprises paieront, l'État économisera ou les ménages paieront moins. Ces phrases ne décrivent que le premier mouvement.

Un impôt sur une entreprise peut réduire son bénéfice. Il peut aussi conduire à une hausse de prix, à un report d'investissement, à une pression sur les salaires ou à une diminution des dividendes. Une cotisation dite patronale est versée par l'employeur, mais elle entre dans son calcul de coût. Un salaire public est financé par les ressources collectives puis revient partiellement dans l'économie marchande lorsque l'agent consomme. Une retraite finance à son tour des achats, des loyers, des services et des prélèvements.

Dans la thèse défendue ici, il faut distinguer celui qui avance l'argent, celui qui paie juridiquement, celui qui supporte finalement le coût et celui qui conserve la propriété. Les salaires privés constituent un moteur majeur de la solvabilité marchande; les salaires publics, pensions et prestations prolongent cette solvabilité après redistribution. Tous reviennent en partie dans les prix et les chiffres d'affaires.

Supposons qu'un programme prélève 157 milliards sur des entreprises, des patrimoines ou des revenus financiers. Il faut demander si la somme est recouvrable, sur qui elle porte et comment elle sera utilisée. Si elle finance des salaires publics, des pensions, des prestations ou des commandes, elle circulera de nouveau. Cela ne signifie pas que les propriétaires récupéreront automatiquement 157 milliards de profits : une partie peut réduire les marges, les dividendes ou les patrimoines, être épargnée ou financer des importations. Ce qui demeure est l'organisation marchande et juridique du circuit.

La redistribution peut être nécessaire et améliorer immédiatement l'accès aux soins, à l'éducation ou au logement. Elle ne constitue pas, à elle seule, une nouvelle source de richesse ni une réponse au déplacement de la production vers les machines.

Le filtre citoyen avant de voter

Avant de soutenir un programme, chaque électeur devrait obtenir une réponse à dix questions :

  1. Quelle est la situation réelle de départ : dépenses, recettes, déficit et dette ?

  2. Quel périmètre est concerné : État, Sécurité sociale, collectivités ou ensemble des administrations ?

  3. Quelles dépenses nouvelles sont promises et quels services financeront-elles ?

  4. Quelles recettes sont annoncées, sur quelle assiette et avec quel rendement crédible ?

  5. Quelles dépenses seront réduites et qui perdra un service, un emploi ou une aide ?

  6. Qui paiera juridiquement ?

  7. Qui supportera finalement l'effet économique par les prix, les revenus, les marges ou les services ?

  8. Quel déficit restera après toutes les mesures ?

  9. Que deviendront les gains de productivité des machines et de l'intelligence artificielle ?

  10. Le programme change-t-il les règles de propriété et de financement, ou seulement la redistribution ?

Conclusion : faire le tour complet de la boucle

Les partis ne sont pas identiques. Ils ne défendent ni les mêmes services publics, ni la même fiscalité, ni la même place pour l'écologie, la protection sociale, l'autorité ou les entreprises. Ces différences ont des conséquences réelles.

Les responsables politiques ne disposent pourtant pas de comptes secrets. Ils utilisent les mêmes grandes données comptables et statistiques que celles mobilisées ici. Ils ne mentent pas nécessairement lorsqu'ils présentent une proposition. Ils s'arrêtent souvent à l'endroit de la boucle qui sert leur démonstration et leurs intérêts politiques.

L'un montre le prélèvement sur le riche sans suivre toute la redistribution. L'autre montre le coût d'un fonctionnaire sans suivre le service produit, les cotisations perdues et la consommation. Un troisième montre une baisse d'impôt sans montrer la dépense privée qui remplacera le service supprimé. Chacun éclaire une partie du mécanisme et laisse le reste dans l'ombre.

Le citoyen remplace alors ce qu'il ignore par une émotion partisane. L'étiquette remplace le programme. Le slogan remplace le calcul. La peur remplace la compréhension.

La démocratie mérite des citoyens capables de demander : qui produit, qui possède, qui décide, qui paie, qui bénéficie, et pourquoi les gains de la technologie ne sont-ils pas organisés pour financer la vie de tous ?

Tant que ces questions resteront absentes des campagnes, les électeurs choisiront entre différentes manières de gérer la même boucle sans débattre des règles qui la font fonctionner.

Ne votez plus sans filtre.

Sources
  1. Vie publique, « Histoire des droits des femmes » et « Chronologie de la justice pénale des mineurs » : https://www.vie-publique.fr/eclairage/19590-histoire-des-droits-des-femmes-chronologie-de-la-revolution-nos-jours ; https://www.vie-publique.fr/eclairage/281310-chronologie-de-la-justice-penale-des-mineurs-en-france-1791-2025

  2. Vie publique, « Le recours à l'article 49.3 de la Constitution » : https://www.vie-publique.fr/fiches/19494-le-recours-larticle-493-de-la-constitution

  3. Insee, « Élections présidentielle et législatives de 2022 » : https://www.insee.fr/fr/statistiques/6658145

  4. Assemblée nationale, premier gouvernement Léon Blum : https://www2.assemblee-nationale.fr/14/evenements/2016/80eme-anniversaire-de-la-victoire-du-front-populaire-3-mai-2016/le-nouveau-gouvernement/composition-du-gouvernement

  5. Élysée, biographie de Jules Grévy : https://www.elysee.fr/jules-grevy

  6. Conseil d'État, décision du 27 février 2026 : https://www.conseil-etat.fr/actualites/elections-municipales-2026-le-conseil-d-etat-rejette-les-recours-de-lfi-et-de-l-udr-contre-la-circulaire-attribuant-des-nuances-politiques-pour-l

  7. Conseil d'État, décision du 11 mars 2024 : https://www.conseil-etat.fr/fr/arianeweb/CE/decision/2024-03-11/488378

  8. Les Républicains, « L'IA au service des Français » : https://republicains.fr/wp-content/uploads/2026/07/LR_IA.pdf

  9. Insee, population active en 2025 : https://www.insee.fr/fr/statistiques/8733063

  10. Insee, bilan démographique 2025 : https://www.insee.fr/fr/statistiques/8719824

  11. Insee, comptes des administrations publiques en 2025 : https://www.insee.fr/fr/statistiques/8997691

  12. La France insoumise, contre-budget 2025 : https://lafranceinsoumise.fr/wp-content/uploads/2024/11/1.-LIVRET-ContreProjet-2025-H-Site-1.pdf

  13. LCP, présentation du contre-budget socialiste : https://lcp.fr/actualites/le-ps-volontaire-pour-gouverner-a-presente-son-budget-alternatif-a-celui-de-francois

  14. Les Écologistes, plan de sortie de crise : https://lesecologistes.fr/posts/2aT2dm9CmbSGn92dKF4reV/revue-de-presse-presentation-du-plan-de-sortie-de-crise

  15. Rassemblement national, contre-budget 2026 : https://rassemblementnational.fr/documents/GRN-CONTRE-BUDGET-2026.pdf

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Rédigé par ddacoudre

Publié dans #Politique

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