Publié le 22 Janvier 2026

2.1) La peine mise en récit : quand l’archaïsme devient cosmologie

Ce que nous venons de décrire prend une puissance particulière dès qu’on regarde l’histoire longue : la pénibilité n’a jamais été seulement matérielle. Elle a toujours été mise en récit pour devenir légitime, parfois même sacrée. On peut relire une grande part de l’histoire humaine comme une longue naturalisation de la peine.

Chez les Sumériens déjà, l’Épopée d’Atrahasis raconte que les dieux mineurs se révoltent parce qu’ils sont épuisés à creuser les canaux et à entretenir la terre pour les grands dieux. La solution n’est pas d’abolir la pénibilité. Elle est de créer l’homme pour la porter à leur place. L’humanité naît littéralement comme force de travail substitutive. Le récit fonde l’idée que certains existent pour peiner afin que d’autres puissent gouverner. La peine devient une fonction cosmique.

La Bible reprend ce schéma sous une autre forme. Dans la Genèse, le travail pénible apparaît comme une conséquence de la chute :
« Tu gagneras ton pain à la sueur de ton front. »
La peine n’est plus seulement une nécessité matérielle : elle devient une condition morale. Travailler durement, souffrir, c’est expier. L’ordre social peut alors s’appuyer sur un fond théologique : si tu peines, ce n’est pas seulement parce que le monde est dur, c’est parce qu’il doit être ainsi, et que ta peine a un sens.

Chez les Grecs, la division devient plus explicite encore. Le citoyen libre est celui qui ne travaille pas de ses mains. La pénibilité est l’affaire des esclaves et des métèques. Le loisir (scholè) devient la condition de la pensée, de la politique, de la philosophie. La cité repose sur une masse de corps qui peinent pour que quelques-uns puissent gouverner et réfléchir. La fatigue devient un marqueur de place : celui qui s’épuise n’est pas fait pour décider.

Le servage médiéval prolonge cette logique en la stabilisant dans une trinité sociale presque parfaite : ceux qui prient, ceux qui combattent, ceux qui travaillent, comme quoi se stratifier en classe n'est une modernité

Les trois fonctions se veulent complémentaires, mais une seule est pénible au quotidien, et surtout : elle est continue, sans sortie, sans évolution sociale possible.
Le paysan n’est pas seulement “celui qui fait”, il est “celui qui peine”
, ce n’est pas une situation transitoire, c’est une condition. On ne travaille pas pour en sortir : on y naît, on y demeure, on y meurt. Ce n’est plus une situation, c’est une identité. Et lorsque l’identité est ainsi fixée, l’ordre cesse d’être contesté : il devient naturel. Lorsque cette condition est sacralisée, l’ordre cesse d’être contesté : il devient naturel.
Le système des castes en Inde en est l’exemple le plus abouti. La pénibilité y devient une essence.
On ne fait pas un travail inférieur : on
est inférieur par nature. Ce que l’histoire européenne a produit par la tradition, l’Inde l’a inscrit dans une cosmologie. Dans les deux cas, la même opération est à l’œuvre : transformer une organisation de la peine en vérité du monde. Ainsi, ce qui est décrit n’est ni occidental, ni moderne, ni accidentel.
C’est une
dynamique anthropologique universelle : lorsque la pénibilité se fige, elle devient destin.


 

Puis nous trouvons l’esclavage moderne, où la peine devient pure extraction d’énergie de l'autre sans compensation. Le corps de l’autre est réduit à une machine biologique. Sa fatigue ne compte pas : elle est la condition même du profit. Ici, la pénibilité se sépare totalement de la reconnaissance : plus tu souffres, moins tu existes symboliquement.

De la mythologie aux théologies, des cités aux empires, la civilisation n’a pas seulement utilisé la peine : elle l’a justifiée. Elle a appris à faire de l’épuisement une place, parfois même une vertu. L’archaïsme biologique est devenu cosmologie, puis morale, puis évidence.

2.2) De la plèbe aux classes : quand la pénibilité devient lisible

Jusqu’aux manufactures, la hiérarchie existe déjà, mais elle reste diffuse. Dans la plèbe elle-même, on trouve des distinctions : maître artisan, compagnon, manœuvre ; petit propriétaire, fermier, journalier. Tous travaillent, mais tous ne travaillent pas avec la même proximité au contrôle. Tous travaillent, mais tous ne sont pas placés à la même place hiérarchique des lieux où se décident les règles, les rythmes et les bénéfices. Certains sont proches de ce qui organise le travail, d’autres n’ont accès qu’à l’effort lui-même. Les uns organisent, arbitrent, orientent. Les autres exécutent ce qui a été décidé sans eux.

Apparaît donc que la hiérarchie ne tient pas d’abord à la quantité d’effort, mais à la position dans l’architecture sociale : être près de ce qui décide, ou n’avoir pour soi que sa fatigue.

Celui qui possède l’outil, l’atelier ou la terre décide. Celui qui ne possède que ses bras exécute.

C’est cette hétérogénéité qui formera le tiers état sous la royauté : un ensemble où se côtoient déjà des dominants relatifs et des dominés internes, mais encore confondus dans une même catégorie politique. Un même « peuple », mais déjà stratifié par la proximité aux passages vitaux : certains organisent, d’autres portent.

Il faudra attendre les manufactures, puis l’industrialisation, pour que cette structure se distingue et se nomme avec l’apparition des syndicats. Là, la pénibilité cesse d’être seulement vécue : elle devient visible comme fonction sociale distincte. Ce n’est plus « le monde est dur ». C’est : « certains portent le dur pour que d’autres organisent ». Les classes apparaissent.

L’exemple des Canuts est une charnière anthropologique. Ils sont souvent présentés comme la première révolte du « travail ouvrier ». Mais ce sont d’abord des artisans. Des travailleurs porteurs d’un savoir, d’une autonomie, d’une dignité propre. La technologie vient bouleverser leur monde en les rapprochant de la condition manœuvrière : le geste maîtrisé devient geste subordonné, et la survie dépend désormais d’un système abstrait.

Leur révolte est celle d’un monde qui meurt au moment même où la modernité promet, à terme, de réduire la pénibilité. Mais le cerveau archaïque ne calcule pas « à terme ». Il calcule « maintenant ». Il préfère un monde dur mais connu, où l’on sait comment survivre, à un monde technique qui déplace les rapports de force et rend la place incertaine. comprendre et tenir compte de cela est primordial, et n'est pas encore un réflexe naturel des humains.

et nous allons mettre en mots une vérité anthropologique d’une grande dureté : ce que nous appelons « résistance au changement » n’est pas d’abord idéologique, elle est biologique. C’est le cerveau archaïque qui parle. Il ne choisit pas entre bon et mauvais. Il choisit entre connu et inconnu. Et il préfère presque toujours ce qui fait souffrir mais qui tient, à ce qui pourrait libérer mais dont il ne connaît pas encore les contours. c'est ce que font les publicités, elles répètent sans cesse, pour devenir réflexe, comme le font des judokas et autres sportifs pour ancrer des réflexes de combinaisons.

Ce réflexe est universel.
C’est exactement celui que l’on entend aujourd’hui face à l’IA : « Elle va supprimer des emplois. » la résistance s'exprime, car derrière il n'y a rein pour rassurer le reptilien.

Et c’est exactement celui que beaucoup de lecteur auront face au Modèle Joule. Non pas parce qu’ils aiment le travail pénible. Mais parce que, pour le reptilien, ce travail est devenu un point fixe : il est ce qui prouve que l’on existe, ce qui donne une place, ce qui permet de dire je suis quelqu’un.
Quitter cela, même pour mieux, c’est risquer le vide.
car le reptilien ne peut pas enregistrer ce qui n'est pas dans son environnement ou ce qui c'est intégré par traumatisme ou répétition.

Le reptilien ne calcule pas en termes d’« évolution culturelle ». Il ne comprend pas « adulescence collective ». Il comprend seulement : « Est-ce que je vais encore manger demain ? » « Est-ce que je vais encore être reconnu ? » « Est-ce que je vais encore compter pour quelqu’un ? »

C’est pourquoi ne propose pas d'imposer brutalement la sortie du monde du travail central, par le modèle Joule. Le cerveau archaïque se cabrerait, il résisterait, il s’accrocherait, il défendrait même ce qui le détruit, parce que c’est ce qu’il connaît. le modèle joule il ne le connaîtra pas même si on le lit. seul le temps peut lui ouvrir les esprits et il y a que deux manières d’apprendre : soit nous transformons consciemment l’environnement dans lequel nos cerveaux archaïques calculent, soit nous laissons la surenchère continuer jusqu’à ce que la compréhension arrive par la brûlure.

c'est à dire soit par la connaissance, ou par la catastrophe.

L’armement nucléaire est précisément ce seuil tragique : une pédagogie par l’irréversible.

Le Modèle Joule ne promet pas que l’humanité deviendra sage. Il tente seulement de rendre possible une autre voie que celle où le reptilien ne comprend qu’au moment où les radiations touchent déjà la peau. Il ne demande pas aux humains d’être meilleurs. Il cherche à créer un monde où être archaïque cesse d’être mortel. Ce n’est pas un projet moral. C’est un projet de survie consciente, issus de la centralité du travail et du sens que donne la pénibilité, c'est à dire la recherche de nature de l'économie d'énergie, dont la concordance a développé des tyrans, des rois des empereurs, des rentiers et des milliardaires.


 

Ce réflexe est universel. C’est exactement celui que l’on entend aujourd’hui face à l’IA :
« Elle va supprimer des emplois. » c'est exactement celui que nous pensons qui sera des travailleurs face au modèle Joule. Le reptilien aura peur de quitter ce qui tient même s'il en souffre, s'il s'en plaint, pour ce qui pourrait être meilleur, si on ne le lui impose pas. Or nous n'imposons rien et laissons le choix qu'il propose entre évoluer vers l'adultescence du passage au monde adulte culturel, ou attendre l'usage de l'armement nucléaire qu'il ne comprendra que quand ses rayons rependus d'en l'environnement le toucheront.
Comme si la disparition d’un poste de travail était en soi une catastrophe anthropologique.

mais dans un monde où la seule valeur reconnue est le travail, oui perdre son travail, c’est perdre son droit d’exister. La société ne possède pas d’autre langage de la dignité. Elle est donc incapable de voir dans la réduction de la pénibilité une libération : elle n’y voit qu’une menace.

C’est en cela que, dans le Modèle Joule, la rémunération des humains pour apprendre possède une double fonction décisive : instruire, et donner un revenu indépendant du travail pénible.

Sans cette dissociation, toute avancée technique est vécue comme une attaque contre l’existence elle-même, et non comme ce qu’elle pourrait être : une sortie progressive de l’usure comme condition de la dignité.

2.3) Syndicats, socialisme et hiérarchies internes : quand la peine devient comptabilité

Avec l’industrialisation, les syndicats et le socialisme rendent enfin la structure lisible : il y a ceux qui vendent leur force de travail, et ceux qui possèdent les moyens de production. Politiquement le même découpage de classe s'installe et le 28 février 1848 la création de la commission du gouvernement pour les travailleurs, dite commission du Luxembourg, première administration du travail en France. Puis en 1878, se constitue en parti, la Fédération du parti des travailleurs socialistes de France (FPTSF).

La Charte d’Amiens l’énonce sans détour : la classe ouvrière se reconnaît comme telle parce que l’appropriation devient visible. La pénibilité cesse d’être seulement un destin individuel ; elle devient un fait collectif, politique, nommé.

Mais une autre dynamique se met aussitôt en place, plus discrète, plus durable :
à l’intérieur même du monde du travail, la hiérarchie renaît. la convention « convention d’Arras » en 1891 et le premier pas. Il faut attendre les grandes grèves du Front populaire et la loi du 24 juin 1936 pour qu’elles puissent être étendues, supprimées en 1941. Elles sont rétablies en décembre 1946 et 1950,

Les conventions collectives protègent et classent,de longue pratique de l’arbitrage et de la conciliation des conflits collectifs.
Les grilles salariales organisent une échelle : du manœuvre à l’agent de maîtrise, de l’ouvrier spécialisé au cadre.

Et une logique étrange s’installe.

Celui qui est au plus près du corps, de la poussière, du bruit, du port de charge, de la répétition, le manœuvre, l’OS, est celui qui reçoit le moins, le moins rémunéré.

Celui qui est éloigné de la pénibilité, qui écrit, organise, contrôle, planifie,
est mieux reconnu, mieux payé, mieux considéré.

La hiérarchie ancienne se recompose sous des formes modernes.

Dans la langue des ateliers, une idéologie implicite s’installe : le pénible est « simple », l’administratif est « complice », l’agent de maîtrise est « capot », le cadre est « au-dessus ».

Et la pénibilité devient une preuve morale : « Tu souffres, donc tu mérites. »

Mais le réel dit exactement l’inverse : plus tu souffres, moins tu reçois.

C’est une inversion anthropologique majeure, et même la nov langue qui fait de la femme de ménage une technicienne de surface, n'a augmenté que le leurre de la considération.
Dans un monde cohérent, celui qui dépense le plus d’énergie devrait être celui qui reçoit le plus pour reconstituer sa réserve.
Or la société industrielle organise une hémorragie énergétique chez ceux qui tiennent physiquement la production.

Ce renversement est si profond qu’il devient invisible, par l’acceptation de tous où depuis des sicles la pénibilité en silence sous classe, de deux manières par la déconsidération et un moindre salaire.

Fait révélateur : le mouvement ouvrier lui-même devient parfois acteur du maintien des emplois les plus pénibles, sous-payés, au nom même de leur existence. Dans les entreprises, on réclame des primes de pénibilité. On ne demande pas la disparition de la peine ; on négocie son prix. On organise l’usure.

Le politique, lui, qui a toujours intégrer cette logique séculaire, la poursuit jusque dans le temps de la vie.
Il crée des carrières longues, des départs anticipés, des métiers « usants ». Ce qu'il faut entendre derrière ces mots, c’est que le politique ne supprime pas la pénibilité : il l’intègre dans l’architecture du système, comme une fatalité gérable, il attend que s'exprime la contestation.

Lorsqu’un État crée : des carrières longues, des départs anticipés, des catégories de métiers dits « usants » ou « pénibles »,

il reconnaît implicitement trois choses très fortes : Certains travaux détruisent les corps plus vite que d’autres, cette destruction est considérée comme « normale » dans l’ordre social, la réponse n’est pas de faire disparaître ces travaux, mais d’en organiser la compensation tardive.

Autrement dit, la société dit en creux : « Oui, nous savons que certains métiers usent prématurément les humains, nous savons qu’ils raccourcissent la vie, nous savons qu’ils abîment les corps.

Mais nous continuons à les faire exister tels quels, en échange, nous promettons une sortie plus tôt… si vous tenez jusque-là. »

C’est une forme d’aveu silencieux : la pénibilité est devenue une variable de gestion de la mortalité.

On ne remet pas en cause la structure qui produit ces métiers, on n’interroge pas leur nécessité à l’ère technique, on ne se demande pas : « Pourquoi des humains doivent-ils encore porter cela ? »

On aménage simplement la trajectoire de ceux qui vont s’user : pour avoir travaillé plus tôt, pour s'être usé, tu partiras plus tôt, tu mourras souvent plus tôt.

La pénibilité n’est plus un accident du système, elle est intégrée comme une donnée comptable de la vie humaine.

C’est ce que ce passage veut montrer : le politique ne supprime pas l’usure, il en organise la gestion dans le temps.
Comme si la société reconnaissait à demi-mot ceci : certains corps sont sacrifiés plus vite que d’autres.

Une vieille formule du mouvement ouvrier le disait déjà, crûment : « Vous avez mis la retraite à 65 ans parce que vous saviez qu’un an après, la plupart mourraient. »

La pénibilité n’est plus seulement une condition de travail. Elle est intégrée dans l’architecture même de la mort.

Et pendant que l’on parle de justice sociale, un autre langage s’impose : celui du marché. On le présente comme une loi naturelle, neutre, presque scientifique. Mais ce que l’on nomme « loi du marché » n’est rien d’autre qu’un rapport de force hérité de cette histoire de la peine.

On a dit : liberté d’entreprendre.
Mais ce que l’on voit, y compris aujourd’hui avec le retour brutal de figures comme Trump, c’est que cette loi n’est jamais qu’une capacité à imposer ses conditions à ceux qui n’ont que leur corps à engager.

Le marché n’abolit pas la hiérarchie de la pénibilité, il la modernise, il la rend abstraite, l la rend mondiale.

Ce que l’histoire industrielle révèle, ce n’est pas seulement l’exploitation, de l'homme par l'homme, c’est la transformation de la peine en unité de compte.
La souffrance devient mesurable, l’usure devient négociable, la vie devient variable d’ajustement.

La pénibilité n’est plus seulement ce que l’on endure, elle devient ce par quoi on est situé.

2.4) La mère au foyer : pièce énergétique cachée de l’usine

Cette inversion, brûler plus d’énergie pour recevoir moins, n’a pas seulement produit des classes. Elle a engendré une architecture sociale entière.

Pour que le travailleur industriel puisse simplement tenir, il a fallu qu’une autre énergie vienne compenser ce que le système lui retirait. Cette énergie fut celle de la femme au foyer.

La « mère au foyer » n’est pas un simple modèle culturel, ni une tradition sentimentale. Elle est une pièce structurelle du système énergétique du travail industriel, dans la longue durée de son histoire.
Elle cuisine ce que le salaire ne permet pas d’acheter préparé.
Elle entretient ce que le temps de travail empêche de réparer.
Elle élève, soigne, organise.
Elle soutient psychiquement un corps et un esprit usés par la chaîne, l’atelier, le chantier.

Autrement dit : le salaire ouvrier ne suffit pas à reconstituer l’énergie qu’il détruit.
Il faut une énergie gratuite en amont : celle du travail domestique invisible.

Le mythe de la mère au foyer « naturelle » masque une réalité plus brute : le système productif externalise une part essentielle de la reproduction humaine sur un travail non payé, non reconnu, tenu pour normal.

L’ouvrier s’use à la production, la femme s’use à la réparation de l’ouvrier.

Et ni l’un ni l’autre ne voient cette chaîne comme un dispositif énergétique global, parce qu’elle est recouverte de morale, de tradition, de rôles dits « naturels ».

Le Modèle Joule rend visible ce que l’économie classique dissimule : le monde moderne repose sur une double extraction : l’énergie du travailleur, sous-payée ; l’énergie domestique, non payée.

La pénibilité n’est pas seulement dans l’usine, elle est un principe d’organisation global de la vie humaine. Tu enfanteras dans la douleur, métaphoriquement là commence l'usure de la mère au foyer.

Quand un couple dispose de revenus suffisants, il paie ce que la mère au foyer assumait autrefois : ménage, repas, garde des enfants. On parlait jadis de « bonne ». Aujourd’hui, ce sont des services.

Mais lorsque ces mêmes tâches sont accomplies par la mère au foyer, nous trouvons normal qu’elles ne produisent aucun revenu.

Ainsi, un célibataire peut vivre correctement avec 2 000 €.
S’il se marie et que le couple ne dispose que de 2 000 € pour deux, chacun tombe dans une forme de pauvreté relative.

Ce n’est pas un paradoxe moral, c’est la preuve que le travail domestique est économiquement réel mais symboliquement annulé.

La société moderne fonctionne comme si une part essentielle de l’énergie humaine devait rester hors valeur.
C’est sur cette invisibilité que reposent encore aujourd’hui : la sous-rémunération du travail pénible, l’inégalité salariale entre les sexes, et la difficulté chronique à reconnaître les métiers du soin, du lien, de la présence.

2.5) La pénibilité, le sexe et la fable morale du monde moderne

Ce que l’époque contemporaine nomme « patriarcat » est souvent raconté comme une faute morale : l’effet d’une volonté historique des hommes de maintenir les femmes dans l’ignorance et la dépendance.

Ce récit est confortable, il désigne un coupable simple, il transforme une structure en intention.
Il permet de croire que l’injustice naît d’un mauvais esprit plutôt que d’un monde matériel soumis à la rareté.

Mais il est faux par insuffisance, même si, bien sûr, des hommes ont abusé de cette situation, l’ont intégrée dès l’enfance comme naturelle, et l’ont inscrite dans les lois de leur temps comme le code civil de 1804 avant d'être patiemment réformé par mes luttes des femmes.

Les sociétés anciennes n’ont pas pensé la femme comme incapable d’apprendre par simple misogynie. La preuve est massive : dans toutes les civilisations, on trouve des femmes instruites, célébrées, initiées, prêtresses, prophétesses, savantes, reines, stratèges, poétesses. Elles existent dans les mythes, dans les archives, dans les lignées de pouvoir. Les religions elles-mêmes consacrent des figures féminines de savoir et de médiation.

Ce que ces sociétés n’ont pas fait, ce n’est pas reconnaître l’intelligence des femmes.
Ce qu’elles n’ont pas fait, c’est organiser massivement leur présence dans les fonctions exposées à la pénibilité vitale du travail rémunéré qui apportait la considération sociale. car les femmes ont toujours travaillées souvent doublement aux champs, au coté de leur époux et comme mère.

Dans les royaumes constitués, il n’y a pas de femmes soldats.
Dans les grandes invasions, où la force brute décide, il n’y en a pas davantage.
Dans les métiers de la forge, de la charpente, de la taille de pierre, de la guerre, de la chasse lourde, elles sont absentes.

Non par mépris intellectuel, mais parce que ces activités sont conçues comme des prolongements directs de la lutte par la force que donne la puissance masculine de nature contre un monde hostile, où la force brute est vitale. Elles sont pensées comme des combats contre la matière, le froid, la mort, l’ennemi. Elles mobilisent un imaginaire de l’exposition, du risque, de la destruction possible du corps.

Dans un univers dominé par la rareté, où chaque perte menace l’équilibre du groupe, la répartition des rôles se fait d’abord selon une logique de survie collective.

Ce n’est pas la femme que l’on exclut. C’est la fonction pénible que l’on protège comme zone vitale, tout en la déclassant socialement.

Même la biologie raconte cette histoire. Des travaux en archéologie montrent qu’au paléolithique, les os des femmes étaient plus robustes que ceux des femmes actuelles. Ce n’est pas un mystère moral. C’est la trace d’un monde où les corps féminins étaient soumis à une charge physique bien plus lourde.

L’effort entretient une structure.
La modernité technologique en exige moins.

La direction assistée, les leviers mécaniques, les systèmes hydrauliques, l’ergonomie, l’exosquelette demain : tout cela déplace la pénibilité hors du corps. Aujourd’hui, une femme conduit un trente-cinq tonnes sans difficulté particulière, alors qu’il y a quelques décennies un jeune homme peinait à tourner le volant d’un camion militaire sans assistance.

Ce n’est pas le corps féminin qui a changé, c'est le monde qui l'entoure, et permet de nouvelles exigences féminines.

La barrière n’était pas cognitive, elle était énergétique.

La véritable révolution, celle que la fable morale refuse de regarder, est là : l’émancipation massive des femmes ne naît pas d’abord d’un éveil éthique, mais d’un basculement matériel. La pénibilité cesse d’être le cœur de la production. Lorsque la survie ne dépend plus directement de corps exposés à la pénibilité qui épuise, lorsque l’effort est médié par la machine, lorsque le travail devient organisation plutôt que combat, la frontière s’effondre.

Ce n’est pas la conscience qui libère en premier, ce sont les conditions de la vie qui changent.

2.6) 1974 : quand la biologie devient comptabilité — l’inégalité comme double peine

Dans les années 1970, lorsque l’égalité salariale devient un enjeu politique explicite, la discussion ne se déroule pas dans un monde vierge. Elle se heurte à une structure déjà vieille de siècles : celle d’une économie où le corps est la première unité de compte.

En 1974, lors de négociations sur l’amélioration des conditions de travail des femmes et sur l’égalité des salaires, le patronat ne se présentait pas comme une misogynie incarnée. Il ne disait pas : « Les femmes valent moins. » Il disait : « Elles coûtent plus. »

Et il s’appuyait, pour cela, sur les propres revendications syndicales.

Pauses pour les femmes enceintes.
Temps de repos pour les menstruations douloureuses.
Journées d’absence pour soigner un enfant malade, sans perte de rémunération.

Tout ce qui était demandé au nom de la protection devenait, dans leur logique, une preuve comptable d’« inégalité fonctionnelle ». Ce qui relevait de la condition biologique était transformé en charge économique. La fragilité devenait un coût. Le soin devenait une anomalie productive.

La pénibilité ne concernait plus seulement le geste. Elle devenait celle du corps lui-même.

Ainsi, l’inégalité biologique était punie deux fois : une première fois par la perte directe de revenu liée à l’absence, une seconde fois par un salaire structurellement inférieur, justifié par l’anticipation de ces absences.

Ce mécanisme ne relevait pas d’une haine des femmes.
Il relevait d’une logique énergétique froide : dans un monde organisé autour du rendement, et tout ce qui interrompt le flux est dévalué.

Ce qui frappe, c’est que cette logique traverse les sexes. Aujourd’hui, des femmes dirigeantes perpétuent ces inégalités au nom des mêmes impératifs : compétitivité, rentabilité, pression des actionnaires. La structure survit à la morale. Changer les personnes ne change pas le système.

Le politique lui-même en porte la trace. Les gouvernants se plaignent de l’absentéisme féminin, notamment dans la fonction publique, enseignement, hôpitaux, services sociaux, comme s’il s’agissait d’une anomalie à corriger. Ils oublient que ces secteurs concentrent précisément les métiers du soin, du lien, de la présence humaine : des fonctions où l’humain reste indispensable parce qu’elles ne se réduisent pas à un flux productif.

On vote des lois pour que les hommes assument eux aussi des responsabilités familiales.
On crée des congés parentaux.
On autorise qu’un couple maintienne au foyer celui dont le revenu est le plus faible.

Mais ces dispositifs viennent s’inscrire dans un monde où la hiérarchie salariale existe déjà. Ils n’abolissent pas la structure : ils la redistribuent marginalement.

Car le problème n’est pas l’injustice morale d’un sexe contre l’autre.
Le problème est qu’une société continue de mesurer la valeur humaine à partir de la disponibilité corporelle.

Dans un tel monde : celui qui tombe malade vaut moins, celle qui enfante vaut moins, celui qui soigne vaut moins, celle qui interrompt vaut moins.

Nous continuons de punir ce qui interrompt le flux. Nous continuons de hiérarchiser selon la disponibilité corporelle. Nous continuons de traduire la vie en coût.

Et nous nous étonnons que les inégalités renaissent.

Ce n’est pas la morale qu’il faut corriger. C’est l’unité de mesure du monde. c'est le plan comptable où l'humain s'inscrit dans le compte 66 comme une charges.

2.7) Sortir de l’équation archaïque : souffrir n’est pas valoir

Tout ce chapitre converge vers un point unique : tant que la valeur restera indexée sur la pénibilité silencieuse, le monde social sera condamné à reproduire des hiérarchies, à fabriquer des suspects, à punir les fragilités, à sanctifier l’usure.

Le travail restera la condition d’existence. La souffrance restera la preuve d’appartenance. La technique restera vécue comme une menace. Le Modèle Joule ne promet pas une égalité incantatoire. Il propose de sortir enfin d’une équation archaïque : ce qui coûte au corps vaut moins.

Il déplace la valeur vers ce qui est réellement rare et commun à tous : l’énergie humaine elle-même —
qu’elle s’exprime par un geste, par un soin, par un apprentissage, ou par la simple capacité de tenir vivant un autre être.

Dans un tel monde, la fragilité ne devient plus une faute, l’interruption ne devient plus une dette, la réduction de la pénibilité ne devient plus une menace.

La puissance technique cesse d’être vécue comme un danger pour l’existence elle redevient ce qu’elle aurait dû être depuis le début : un moyen de réduire la peine, au lieu de faire de la peine un devoir, et un devoir d’enrichissement pour d’autres.

Ce n’est qu’à ce prix que l’égalité cesse d’être un combat moral sans fin pour devenir une conséquence structurelle d’un monde enfin cohérent avec ce qu’il est devenu.

conclusion

Aujourd’hui, chacun est obligé de racheter sa propre existence.

Le salaire n’est pas un socle, c’est un ticket d’entrée.
Il faut d’abord se vendre comme travailleur, puis redevenir client pour manger, se loger, se chauffer, se soigner.
On travaille pour obtenir un salaire, et ce salaire sert aussitôt à redevenir consommateur de ce que l’on a soi-même produit augmenté du revenu de l’employeur et de l’accroissement du capital.
Sans cette ponction structurelle, il n’y aurait pas de milliardaires.
Autrement dit : on est d’abord recherché comme producteur, pour avoir ensuite le droit d’exister comme client, consommateur de ses propres productions et fabricant de la richesse de ceux qui nous emploient.
Le monde salarial fonctionne ainsi : depuis 1804, tu dois d’abord prouver ton utilité pour entrer dans le circuit, puis payer pour avoir le droit d’y rester.
Tu ne vis pas parce que tu existes ; tu existes parce que tu es solvable.
La négociation se fait alors sous contrainte vitale.
Ce n’est pas : « Qu’est-ce que je peux apporter ? » C’est : « Qu’est-ce que j’accepte de subir pour ne pas disparaître du jeu ? »

À partir de là, l’introduction du Modèle Joule devient limpide : Dans le Modèle Joule, ce point de départ change. Le revenu n’est plus la récompense d’un poste occupé, mais de l'énergie qui va falloir pour le remplir. ce revenu n’est plus le prix à payer pour rester client du monde.
Il devient un revenu d’existence active : sans avoir a le racheter dans le prix client. le salarié devenu partenaire n’as plus à acheter son droit de vivre en se vendant comme force de travail. il l'a possède de nature et personne ne peut la lui prendre.

Il n’est plus contraint d’entrer dans n’importe quel emploi pour manger, il n’est plus sommé d’accepter n’importe quelle pénibilité pour rester solvable, il n’est plus d’abord un client sous pression, pour le bénéfice de quelque uns.
Dès lors, la négociation change de nature, les rapports se coordonnent et se complètent.
On ne discute plus pour survivre, on discutes pour contribuer u développement de la société avec toutes ses singularités individuelles, tout son tissus social économique, qui n'a plus rien a caché, qui n'a plus à duper, qui n'a plus à sérier des valeurs de vie biologiques.
Et la pénibilité devient enfin un objet rationnel : ce travail est dur, il use les corps, il mérite une reconnaissance plus forte, il doit être réduit, transformé, mécanisé.
On ne dit plus : « Si tu refuses, il y en a dix derrière toi. »
On peut enfin dire : « Est-il encore raisonnable, aujourd’hui, de faire porter cela à des humains ?
Et si oui, à quelles conditions ? »
Le salarié cesse d’être un client contraint. Il redevient un partenaire économique.
Non plus quelqu’un qui vend sa fatigue pour rester en vie, mais quelqu’un qui choisit ce qu’il est prêt à donner au monde, à partager avec les autres.

 

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Rédigé par ddacoudre

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Publié le 30 Septembre 2025

La dette finance des vies, pas des trous


 

Ce que ne vous disent pas les informations ni les gouvernements.

1. La dette, un faux épouvantail

Depuis Maastricht, les discours politiques nous répètent qu’il faut réduire la dette comme si c’était un monstre menaçant notre survie collective. Or, cette dette n’est rien d’autre que le cumul depuis 1974/76 des déficits annuels de l’État. Elle finance des salaires, des services publics, des investissements collectifs. Depuis des décennies, la dette publique est présentée comme un gouffre, un fardeau insupportable, une anomalie qu’il faudrait absolument résorber. Pourtant, il faut avoir le courage de le dire : la dette ne finance pas des trous, elle finance des vies.

Chaque euro emprunté depuis les années 1970 a permis de maintenir des services publics, des hôpitaux, des écoles, des routes, mais surtout des salaires. Ce sont ces salaires qui font tourner la société, car les salariés, en consommant, financent tout : impôts, cotisations sociales, investissements, bénéfices et dividendes.

Réduire la dette en coupant dans les dépenses publiques, c’est donc supprimer des emplois réels.

Personne ne sait qui, parmi ceux privés de revenus, basculera vers la précarité, la délinquance ou la révolte. Mais l’histoire nous l’a appris : réduire la dette brutalement, c’est créer du chômage et de la misère, donc nourrir les crises politiques.

La dette est ainsi le révélateur d’une hypocrisie collective. Les citoyens réclament toujours plus de services publics, mais refusent l’impôt. Les gouvernements veulent la croissance, mais organisent la rareté monétaire en laissant la création de monnaie aux seuls marchés financiers. Les dominants capitalistes en profitent, car ils perçoivent les intérêts et renforcent leur pouvoir sur les États.
Autrement dit : réduire la dette, c’est réduire directement des emplois et des services.

2. Un calcul simple mais éclairant

Les 3 200 milliards d’euros de dette cumulée en 2024 représentent environ 190 millions de mois de salaires, soit l’équivalent de plus de 15 millions d’emplois annuels sur cinquante ans. Quand un gouvernement annonce vouloir économiser 40 milliards d’euros, cela revient à détruire l’équivalent de 2,4 millions de mois de travail, donc 200 000 emplois annuels.

Si l’on divise cette somme par le coût d’un emploi au SMIC chargé (~2 100 €/mois), on obtient :

    • 1,52 milliard de mois d’emplois financés depuis 1974.

    • Soit 126 millions d’années d’emplois.

Bien sûr, ces emplois ne sont pas simultanés : la dette s’est accumulée en cinquante ans. Mais cela montre qu’elle représente avant tout des vies humaines, du travail, du service rendu à la collectivité.

 

La dette n’est pas une abstraction : ce sont des enseignants, des soignants, des agents publics, des services de proximité. Supprimer des milliards, c’est supprimer des vies professionnelles et précariser la société.

3. Ce que veut dire « faire des économies »

Le gouvernement annonce vouloir réduire les dépenses publiques de 40 milliards €.

  • 40 milliards ÷ 2 100 €/mois = 19 millions de mois d’emplois.

  • ÷ 12 = 1,6 million d’emplois annuels au SMIC.

Cela signifie que, mécaniquement, 1,6 million de personnes perdraient leur activité si l’on coupait cette dépense, sauf à créer immédiatement une activité équivalente dans le privé. Or, cela n’arrive jamais.

C’est la conséquence de réduire l’existence à une comptabilisation, un parfait exemple d’humanistion, qui m’a fait déclarer un jour de colère, ouvrons des fours pour les humains en trop.

Réduire la dette revient donc soit à fabriquer du chômage, soit à rogner sur des services collectifs indispensables (hôpitaux, écoles, transports, justice…). Depuis 1974, l’endettement a servi à compenser l’insuffisance chronique des salaires et des prélèvements. Sans lui, la France aurait connu des crises sociales autrement plus violentes. En vérité, la dette est une respiration collective, un outil de survie dans un système capitaliste qui bride l’émission monétaire.

Le vrai débat n’est donc pas « faut-il réduire la dette ? », mais : qui contrôle la monnaie, et pour financer quoi ? Tant que nous restons prisonniers de la rareté imposée par le capital et par les institutions financières, nous continuerons à nous endetter. À l’inverse, si nous adoptions une création monétaire indexée sur la productivité, sur l’énergie (le joule), ou sur les besoins sociaux et écologiques, nous financerions directement la société sans passer par l’endettement ni par les marchés. Ce n’est pas la dette qui est un danger : c’est l’obsession de la réduire au prix de l’humain.

C’est ce que ne comprennent pas les citoyens que ce soit dans les jaqueries des gilets jaunes ou de Bloquons la société, la batille à prendre n’est pas le gouvernement mais la BCE


 

4. L’angle mort du débat

Quand les politiques parlent de dette, ils oublient toujours cette réalité comptable :

  • La dette, c’est du travail déjà effectué par des salariés.

  • Elle finance des enseignants, des infirmières, des policiers, des chercheurs… qui ont touché un salaire et produit un service.

  • Dire « réduisons la dette », c’est donc implicitement dire : « supprimons des salaires et des services ».

Tableau comparatif (Italie / autres pays)

Pays

Réduction de déficit / ajustement

Coût social / pertes d’emplois / effets sur salaires & services

Commentaire critique

Italie

Réformes du travail, compression budgétaire

Chômage élevé, salaires réels stagnants, services publics comprimés

Le “modèle exemplaire” masque la précarité

Grèce

Austerité radicale

Fuite des talents, explosion de la pauvreté

La dette “réduite” au prix de la survie

Espagne

Réformes, coupes sociales

Perte de millions d’emplois après 2008

Apparence de redressement mais déficit structurel


 

5. Coût social caché de la “réussite” italienne

Les discours politiques citent souvent l’Italie comme « exemple de redressement » ou de “bonne gestion”. Mais derrière ces chiffres se cache un lourd tribut social qu’on préfère occulter. Voici quelques éléments concrets :

Données récentes marquantes
  • En janvier 2025, l’Italie affiche un taux de chômage de 6,3 %, selon l’ISTAT, avec 145 000 emplois créés ce mois-là — un regain ponctuel, mais dans un contexte où le taux d’emploi reste l’un des plus faibles d’Europe. Reuters

  • Le secteur automobile, via l’entreprise Stellantis, a annoncé avoir supprimé près de 10 000 emplois en Italie entre 2020 et 2024. Reuters

  • Le rapport Oxfam Italie (2013) montrait déjà que lors de périodes d’ajustement budgétaire, le plein-emploi recule, les emplois à temps partiel augmentent, et les ménages les plus modestes sont les plus touchés. www-cdn.oxfam.org

  • Depuis les crises de la zone euro, l’Italie a perdu une part importante de sa production industrielle (≈ 25 %), freinant sa capacité à retrouver des emplois industriels de qualité. SpringerLink+1

Limites et analyses critiques
  • Les “emplois créés” ne sont pas tous équivalents : beaucoup sont précaires, temporaires ou à temps partiel. Le renversement de la précarité durable reste peu visible.

  • Le “succès” italien est souvent mesuré en termes de croissance ou de réduction du déficit, mais peu en termes de reconstruction de services publics ou de rehaussement des salaires réels.

  • L’amélioration du ratio dette/PIB peut masquer le fait que ce sont les citoyens ordinaires, et non les marchés, qui ont payé le prix : via des impôts, des coupes dans les services, des compressions salariales.

  • Comparer l’Italie à d’autres pays (Espagne, Grèce…) révèle que les politiques d’ajustement sont toujours assorties d’une précarisation massive, d’une montée du chômage de longue durée et d’une exclusion sociale invisibilisée dans les statistiques officielles.

  • On peut désormais dire : « Oui, l’Italie “s’améliore” sur les indicateurs macroéconomiques — mais à quel coût humain ? »

  • Les “emplois créés” sont souvent des emplois faibles ; les suppressions dans les secteurs industriels ou stables frappent les classes moyennes et populaires.

  • On présente les réductions de dette comme des réussites abstraites, mais elles sont obtenues sur le dos de vies précarisées.

L’obsession comptable, une impasse historique

Les dirigeants répètent : « Il faut réduire la dette ! ». Mais aucun pays ne s’en sort uniquement par la rigueur. Historiquement, les dettes publiques se stabilisent ou se réduisent par :

  • La croissance économique.

  • L’inflation modérée (qui allège le poids réel de la dette).

  • La création monétaire (non admise dans l’Union européenne actuelle).

Couper dans les dépenses publiques n’a jamais produit de miracle. Cela ne fait qu’alimenter le chômage et la défiance politique.

L’enjeu véritable

Le vrai débat n’est pas : « Faut-il réduire la dette ? »
Le vrai débat est : qui contrôle la monnaie, et pour financer quoi ?

Tant que la création monétaire est laissée aux marchés financiers et aux banques, la dette restera une chaîne qui nous étrangle, et les coupes budgétaires continueront de fabriquer du chômage.

Mais si nous assumons que la dette est en réalité une avance sur productivité collective, alors nous pouvons imaginer une autre voie : une création monétaire publique, indexée sur les besoins sociaux, écologiques, ou même sur une mesure énergétique universelle comme le joule.

Alors, au lieu de compter les milliards « à économiser », nous compterions les vies améliorées, les services garantis, et l’avenir construit.

Parce qu’au fond, la dette finance des vies, pas des trous.

Une autre logique : investir dans la vie

Si la dette finance des vies, alors l’enjeu n’est pas de couper, mais de mieux orienter.
Investir dans :

  • La transition écologique,

  • La santé et l’éducation,

  • Les technologies utiles,

c’est garantir des emplois et un avenir. Le problème n’est pas la dette en soi, mais la soumission aux marchés financiers qui exigent leur part d’intérêts.

Une hypocrisie entretenue

Les citoyens ne veulent pas payer plus d’impôts, mais ils exigent des services publics.
Les gouvernements ne veulent pas assumer cette contradiction, alors ils s’endettent.
Les libéraux dénoncent ensuite la dette pour imposer leurs solutions : privatiser, réduire les droits sociaux, transférer la richesse vers le capital.

En vérité, la dette est le reflet d’un choix politique : maintenir un niveau de vie collectif malgré une répartition des richesses toujours plus inégalitaire.

6. résumé

La dette publique n’est pas un gouffre, mais un miroir : celui d’une société qui préfère préserver les profits privés plutôt que de financer équitablement ses besoins collectifs.
Réduire la dette sans alternative, c’est fabriquer des chômeurs.

Réduire la dette pour « rassurer les marchés » est un mythe destructeur. Derrière chaque milliard coupé, ce sont des vies humaines qui basculent dans la précarité.

La vraie question n’est pas : « Comment réduire la dette ? »
Mais : « Comment faire en sorte que la monnaie serve à financer la vie, et non à enrichir une minorité ? »
Alors oui, il vaut mieux « laisser couler la dette » que couler des millions de vies.

La dette n’est pas un trou : c’est une respiration. Coupez-la, et vous étouffez la société.

« Entre dette et austérité, le choix est clair : la dette nourrit, l’austérité affame. »
La comparaison France–Italie montre que l’obsession comptable détruit plus de vies qu’elle n’en sauve. Nous pouvons dire la dette nourrit, l’austérité précarise, la dette c’est la vie, couper la dette c’est couper des vies car elles sont derrières les chiffres


 

7. Retraites – « plancher SMIC » : combien ça coûte ?
Hypothèses (modifiables facilement)
  • Retraités (France) : 17,0 millions

  • SMIC net mensuel de référence : 1 400 €

  • PIB (repère) : 3 000 Md€

  • Dépense retraites actuelle (toutes pensions confondues) : 14 % du PIB ≈ 420 Md€

  • Part de retraités sous le SMIC net : 40 %

  • Écart moyen à combler (mensuel) : 250 €

Résultat – Complément ciblé (« top-up » jusqu’au SMIC net)
  • Bénéficiaires : 40 % × 17,0 M = 6,8 millions

  • Complément annuel par personne : 250 € × 12 = 3 000 €

  • Coût annuel total : 6,8 M × 3 000 € = 20,4 Md€

  • En % du PIB : ~0,68 % du PIB

Lecture : avec ces paramètres réalistes, éradiquer les pensions sous le SMIC net par un complément coûterait de l’ordre de 0,6–0,8 % du PIB.
Variante pédagogique – « SMIC net universel pour tous les retraités » (exercice théorique)
  • Montant annuel par retraité : 1 400 × 12 = 16 800 €

  • Coût total : 17,0 M × 16 800 = 285,6 Md€ ≈ 9,5 % du PIB

Remarque importante : ce scénario remplacerait toutes les pensions actuelles par un seul montant au SMIC net (il réduirait donc mécaniquement les pensions supérieures au SMIC). Il sert juste de borne pour raisonner.
8. 1975–2024 : combien « valent » nos machines — et quelle monnaie pure cela suggère ?

Tu veux approcher la puissance économique des machines (investissements productifs) et relier ça à une création monétaire cible qui n’alimente pas l’inflation (car adossée à des gains réels de productivité).

9. Méthode simple, transparente (ordre de grandeur)

Étape A — Cumul des investissements « machines & équipements »
  • Idée : additionner, sur 50 ans, la FBCF en machines/équipements (part de l’investissement total) rapportée au PIB.

  • Hypothèse prudente (stylisée, solide pour la France) :

    • Part machines/équipements ≈ 6 % du PIB en moyenne long terme.

    • Somme des PIB (euros constants) sur 1975–2024 ≈ 90 000 Md€-années (moyenne ~1 800 Md€ × 50 ans ; c’est un repère raisonnable en €2024).

  • Cumul machines ≈ 6 % × 90 000 = 5 400 Md€ (soit 5,4 T€ en euros 2024).

    • Fourchette réaliste (5–8 % du PIB) : 4,5 à 7,2 T€.

Ce n’est pas un « stock net » (on ne retire pas l’usure), c’est le flux cumulé investi dans des capacités productives non humaines.
Étape B — Quels gains de productivité attribuables au capital (les machines) ?
  • Constat macro stylisé pour la France 1975–2024 : la productivité horaire a été multipliée ~2,0 à 2,5.

  • Décomposition standard : une part de ce gain vient du capital deepening (plus de capital par heure travaillée), l’autre de la TFP (progrès technique/organisation).

  • Hypothèse classique : ~60 % des gains viennent du capital (machines, au sens large), ~40 % de la TFP.

Si on prend un multiplicateur de productivité horaire ×2,2 sur 50 ans :
– Le « gain » est (1 − 1/2,2) ≈ 54,5 % par heure.
– La part machines ≈ 60 % × 54,5 % = ~33 % du PIB courant.

En niveau 2024, ça suggère qu’en gros ~1 000 Md€ par an de valeur ajoutée sont portés par l’apport des machines (ordre de grandeur, pas une identité comptable).

Étape C — Quelle création monétaire “pure” soutenable ?

Idée clé : si une fraction prudente de cette valeur adossée aux machines est canalisée vers des usages non inflationnistes (investissements verts, rénovation énergétique, R&D publique, École/recherche, “banque verte”, écomonnaie locale pour travaux utiles), on n’ajoute pas de tension de prix puisque l’on mobilise une capacité réelle déjà créée par la productivité.

  • Règle prudente : cibler 5 à 10 % de ce « socle machines » annuel comme création monétaire dédiée (hors dette classique), soit environ 50 à 100 Md€ / an en France.

  • Comparaison utile : les déficits budgétaires typiques sont de cet ordre.
    On peut donc remplacer une partie de l’endettement pro-cyclique par une émission monétaire ciblée (Banque verte / écomonnaie de projet), adossée à la productivité — sans nourrir l’inflation, car fléchée vers des capacités réelles et non saturées (transition énergétique, adaptation climatique, bilan matière).

10. Pourquoi ça tient debout (et pourquoi c’est politique, pas magique)

  • L’inflation surgit quand on crée de la demande sans offre disponible. Ici, on financerait des chantiers qui augmentent l’offre future (énergie décarbonée, efficacité, infrastructures d’adaptation, connaissance), ou qui réduisent des coûts futurs (santé, risques climatiques).

  • Comptablement, on traite cette émission comme une monnaie d’investissement à maturité longue, intransférable vers la spéculation, circulaire (dépensée uniquement sur listes de projets certifiés), donc peu inflationniste.

  • Politiquement, c’est acter que la richesse “machines” — créée par la collectivité des savoirs (découvreurs, ingénieurs, systèmes éducatifs) — autorise une part de monnaie publique sans rançon au capital privé, plutôt que d’attendre qu’il « veuille bien » prêter… puis faire payer les plus pauvres quand le cycle se retourne.

Ce que ces chiffres te donnent, tout de suite

  • Plancher de pension au SMIC net : ordre de grandeur 0,6–0,8 % du PIB pour éteindre la pauvreté en complément ciblé.

  • Cumul machines 1975–2024 : ~5,4 T€ (fourchette 4,5–7,2 T€).Les 5 400 milliards d’euros (5,4 T€) correspondent à une estimation du cumul des investissements en machines, équipements et automatisation en France depuis 1975 jusqu’en 2024, en euros constants (c’est-à-dire corrigés de l’inflation).

Ça veut dire qu’en moyenne :

  • ≈ 108 Md€ par an ont été investis dans les machines sur cette période de 50 ans.

  • Ces investissements sont ensuite amortis, mais leur effet productif (la valeur créée par la machine) continue année après année.

Donc :

  • Stock cumulé ≈ 5 400 Md€.

  • Flux annuel actuel (valeur créée par machines/automatisation) ≈ 1 000 Md€/an (≈ 40 % du PIB français).

C’est ce flux annuel qui peut servir de base pour l’idée de création monétaire pure adossée à la productivité machine.

En résumé : 5 400 Md€ = stock cumulé 1975–2024.

≈ 1 000 Md€/an = flux machine actuel.

“Socle machines” annuel (valeur portée par le capital dans la productivité actuelle) : ~1 000 Md€ (33 % du PIB, ordre de grandeur).

Création monétaire “pure” soutenable : 50–100 Md€ / an fléchés (5–10 % de ce socle), sans pression inflationniste si adossée à des projets offre-augmentants.

Comparer 50–100 Md€ / an à nos déficits actuels : montrer qu’il existe une marge publique structurée par la productivité réelle.

Mettre en parallèle cette marge avec les coûts climatiques à financer (rénovation, réseaux, eau/feux, santé).

Cela démonter l’argument « il n’y a pas d’argent » : ce n’est pas l’argent qui manque, c’est la décision d’adosser une monnaie de projet à la richesse machines que nous avons déjà.

11. Retraites aujourd’hui

  • Dépense totale retraites (2023) ≈ 340–350 Md€ (≈ 14 % du PIB).

  • Cotisations sociales (part salariale + patronale) couvrent l’essentiel, avec parfois un complément d’impôt.

12. Complément pour assurer un plancher SMIC net

(d’après le calcul précédent)

  • Besoin ≈ 20 Md€ par an (≈ 0,7 % du PIB).

  • À comparer aux 350 Md€ actuels de dépenses retraite.

En pourcentage de cotisations retraites

20350≈5,7%\frac{20}{350} \approx 5,7 \%35020​≈5,7%

Donc : un effort supplémentaire d’environ +6 % sur les cotisations retraite actuelles permettrait d’assurer à chaque retraité un revenu au moins égal au SMIC net.

13. Si on financait ce besoin avec la « richesse machines »

  • Rappel : les machines contribuent à environ 1 000 Md€ par an de valeur ajoutée dans l’économie (notre estimation prudente).

  • En prélevant 20 Md€ (plafond SMIC net pour tous) sur ce socle :

    201 000=2%\frac{20}{1\,000} = 2 \%100020​=2%

Cela veut dire qu’on pourrait sécuriser toutes les petites retraites en fléchant 2 % de la valeur annuelle créée par les machines, au lieu de surtaxer le travail humain.

14. Lecture politique

Vu du système actuel : il faudrait +6 % de cotisations retraite (partagée entre salariés et employeurs).

Vu sous l’angle de la monnaie “machines” (monnaie pure adossée à la productivité non humaine) : il suffirait d’allouer 2 % de ce socle annuel pour garantir qu’aucun retraité ne tombe sous le SMIC net.

15. Par prudence

Estimer la création pure “jusqu’à 30 %” du flux machine (≈ 1 000 Md€) comme plafond de création de “monnaie pure” est défendable… à condition de cadrer ça proprement.

Politiquement l’on peut aller plus loin en fonction de la réalité des besoins sociaux et économiques de la population.

16. L’idée en 2 lignes
  • Flux annuel de valeur imputable aux machines/automatisation aujourd’hui : ≈ 1 000 Md€.

  • Plafond de création adossé à ce flux à la manière d’un “taux d’effort” de crédit à 30 % : ≈ 300 Md€/an (≈ 10–11 % du PIB).

17. Pourquoi c’est raisonnable (avec garde-fous)
  1. Ancrage réel : on n’émet pas “dans le vide”, on l’adosse à une capacité productive déjà existante (capital machine mesurable).

  2. Proportionnable : 30 % joue le rôle d’un plafond macro-prudentiel (comme le 30 % d’endettement des ménages).

  3. Impact social : 300 Md€ couvrent ~75–85 % de la dépense annuelle de retraites (ordre de grandeur 350–400 Md€), ou financent à la fois retraites minimales pleines + éducation adulte (ECPA) + banque verte. ( Enseignement Complémentaire Pour Adulte, rémunéré).

18. Risques & conditions pour éviter l’inflation
  • Pas de goulots : flécher vers capacités supplémentaires (énergie, transports, rénovation, agro, numérique public), pas seulement vers la demande finale.

  • Ciblage : émettre via une éco-monnaie/banque verte (crédits conditionnels, bons datés, usages éligibles) plutôt que du cash généralisé.

  • Phasage : démarrer à 100 Md€ la 1ʳᵉ année, puis +50 Md€/an jusqu’à 300 Md€, avec déclencheurs (on ralentit si inflation cœur > cible et que l’output gap se ferme).

  • Stérilisation : prévoir des reprises (taxes correctrices, éco-contributions, mise en réserve) si surchauffe locale.

  • Cadre euro : en zone euro, passer par des instruments dédiés (obligations vertes achetées par l’Eurosystème, éco-monnaie non-conversible, fonds d’investissement publics).

19. Règle simple (proposée)
Émission annuelle maximale = min (30 % × “valeur-service du capital machine”, 10–11 % du PIB), avec
(a) ciblage 70 % investissement productif/écologique, 30 % dividende social (retraites plancher, ECPA) ;
(b) review trimestrielle (inflation cœur, capacités, emploi).
20. Ce que ça change concrètement
≈ 300 Md€ de “monnaie pure” permettent de réduire le besoin de dette sans couper des services (donc sans fabriquer du chômage).
On socialise le dividende de l’automatisation : la machine ne remplace plus l’humain et le revenu ; elle finance une partie du revenu social et des investissements de transition.
21.Scénarios chiffrés « monnaie pure » adossée au flux machine

(hypothèses simples et transparentes)

Hypothèses de base (France, ordre de grandeur 2024)

  • PIB ≈ 3 000 Md€

  • « Valeur-service » annuelle du capital machine/automatisation ≈ 1 000 Md€ (repère macro)

  • Dépenses de retraites ≈ 375 Md€/an (milieu de fourchette 350–400)

  • Coût complet d’un emploi-an (salaire + charges) ≈ 40 k€

  • Coût d’un année d’apprentissage rémunérée (ECPA : allocation + pédagogie) ≈ 15 k€

  • Population ≈ 68,5 M d’habitants

22. Trois paliers d’émission prudente (10 / 20 / 30 % du flux machine)

Palier

“Monnaie pure” émise

% du PIB

% du flux machine

A

100 Md€

3,3 %

10 %

B

200 Md€

6,7 %

20 %

C

300 Md€

10,0 %

30 %

Lecture : 300 Md€ = 30 % du flux machine estimé à 1 000 Md€, soit ~10 % du PIB.

23. Couverture potentielle des retraites

Palier

Couverture des retraites (≈ 375 Md€)

A – 100 Md€

27 %

B – 200 Md€

53 %

C – 300 Md€

80 %

24. Effets « capacité » (emplois-an, années d’étude financées)

Palier

Équivalent emplois-an (40 k€)

Apprenants-an ECPA (15 k€)

A – 100 Md€

2,5 M

6,7 M

B – 200 Md€

5,0 M

13,3 M

C – 300 Md€

7,5 M

20,0 M

Règle simple : 1 Md€ = 25 000 emplois-an (à 40 k€) ou ~66 700 apprenants-an (à 15 k€).

25. Fléchage prudentiel proposé (anti-inflation)

  • 70 % vers investissements productifs/écologiques (banque/éco-monnaie verte ; projets éligibles)

  • 30 % vers dividende social (plancher retraite, ECPA, minimas)

Exemple palier C (300 Md€) :

  • 210 Md€ investissement (énergie, rénovation, mobilité, agro, numérique public)

  • 90 Md€ dividende social
    → 1 315 €/hab/an si universel ou ~240 €/mois ciblés (retraites plancher, apprenants)


26. Ancrage « Joule » : conversion énergie ↔ monnaie (pour une norme universelle)

Idée : calibrer la « monnaie-travail » sur une référence énergétique observable.

  • Prix repère d’électricité de gros 75–100 €/MWh (moyenne pluriannuelle, hors pics)

  • 1 TWh = 3,6 PJ ; 1 MWh = 3,6 GJ

Palier C (300 Md€) équivaut à 3 000–4 000 TWh achetables
→ 10,8–14,4 EJ (exajoules) d’équivalent énergétique.

Proposition de convention : 1 “Joule-monnaie” = pouvoir d’achat de 1 kJ de travail/énergie standardisée.
Avec 75 €/MWh, 1 kJ ≈ 2,08×10⁻⁵ € → 1 € ≈ 48 kJ.
On obtient ainsi une échelle physique réplicable, utile pour comparer secteurs/pays.

27. Cadre macro (pour rester non-inflationniste)

  1. Phasage : +100 Md€ la 1ʳᵉ année, puis +50 Md€/an jusqu’à 300 Md€, avec revue trimestrielle (inflation sous-jacente, goulots, output gap).

  2. Ciblage : 70 % capacité réelle (offre), 30 % revenu social (demande) → équilibre.

  3. Mécanismes de reprise : éco-contributions temporaires si surchauffe sectorielle.

  4. Zone euro : passer par banque verte / éco-monnaie non-convertible, ou obligations vertes publiques rachetées par l’Eurosystème (cadre UE déjà existant sur les green bonds).

28. Résumé exécutif
  • La machine (automatisation, logiciels, robots, capital productif) génère un flux économique d’ordre 1 000 Md€/an en France.

  • Adosser une création de “monnaie pure” à ce flux, plafonnée à 30 % (≈ 300 Md€, ~10 % du PIB), est macro-prudent et non-inflationniste si :

    • 70 % vont à des investissements qui augmentent l’offre (énergie, rénovation, mobilité, agro durable, numérique public),

    • 30 % vont à un dividende social (retraite plancher, éducation adulte ECPA).

  • Effets directs (palier 300 Md€) :

    • 80 % des retraites annuelles peuvent être couverte sans taxer davantage le travail.

    • Jusqu’à 7,5 millions d’emplois-an ou 20 millions d’apprenants-an ECPA (selon fléchage).

    • Équivalent énergie : 10–15 EJ (standardisation possible via un étalon Joule).

  • Pourquoi ça marche : on socialise le dividende de l’automatisation. La machine ne remplace pas seulement le travail humain ; elle finance une part du revenu social et de la transition.

  • Objectif : rémunérer les humains pour apprendre (ECPA), sécuriser un plancher de retraite décent, et accélérer la transition productive—sans “faire payer” les plus pauvres ni couper des services publics.

29. Encadré « retraite plancher » (ordre de grandeur)

  • Besoin pour garantir 1 300 €/mois nets aux pensions < seuil (hypothèse : 5,5 M de bénéficiaires moyens, complément moyen 400 €/mois)
    → ≈ 26 Md€/an (inclure effets de bord = 30–35 Md€).

  • Pris sur la part sociale (30 %) du palier C (90 Md€), il reste 55–60 Md€ pour ECPA/solidarités.

30. Encadré « ECPA » (éducation rémunérée adulte)

  • 15 k€/an par apprenant (allocation + pédagogie + infra).

  • Palier C (reste social 55–60 Md€ après retraite plancher) → 3,7–4,0 M d’apprenants-an sans impacter l’investissement (210 Md€).

31. Encadré « comparaison au déficit budgétaire »

  • Déficit public typique récent : ~140–150 Md€/an.

  • Palier B (200) couvre ~130 % de ce besoin si fléché vers dépenses substitutives.

  • Palier C (300) permet à la fois transition + socle social sans compression de dépenses utiles → on évite de “faire payer” l’ajustement aux plus fragiles.

32. Formule de pilotage (proposition)

Émission annuelle max = min( 30 % × flux machine, 10–11 % du PIB )
avec (a) 70/30 investissement/dividende social, (b) revue trimestrielle des paramètres (inflation cœur, tensions, emploi), (c) filets anti-surchauffe sectoriels.
33. Deux solides « messages »

1) « La dette finance des vies, pas des trous. »

Réduire la dette, c’est couper dans des salaires, des services publics, des emplois. En Italie, comme en France, ce sont toujours les citoyens qui paient la facture sociale.
2) « Socialiser le dividende de la machine : 10 % du PIB pour des retraites décentes, des cerveaux en apprentissage, et une transition qui crée de l’offre. »

3) On nous dit : maîtriser la dette. Mais à quel prix ? »
Chaque milliard “économisé” équivaut à des milliers d’emplois supprimés. Derrière les chiffres, il y a des vies précarisées.


 

34. Les Canuts et la monnaie pure : de la révolte à l’émancipation


 

Au XIXe siècle, les Canuts, tisserands lyonnais, se révoltèrent contre les machines à tisser qui

menaçaient leur survie. Leur cri « vivre en travaillant ou mourir en combattant » résonne encore

comme une revendication fondamentale de dignité. Face à la misère et aux 18 heures de travail

quotidien, ils inventèrent pourtant des solutions sociales novatrices : mutualisme, coopératives,

conseils de prud’hommes, presse ouvrière, caricatures militantes. Autant de jalons d’émancipation

que nous avons aujourd’hui tendance à oublier.


 

1. Le parallèle avec notre temps est frappant.


 

Hier, les métiers à tisser ; aujourd’hui, la robotisation, l’intelligence artificielle et les caisses automatiques. La technologie détruit des emplois mais améliore le confort et la productivité. Elle est mue par le même ressort : la recherche du moindre effort pour satisfaire les besoins humains.


 

2. Les syndicats, à juste titre, craignent ces destructions.


 

Mais refuser la technologie est vain : l’histoire montre que son avancée est inéluctable.

La différence fondamentale, c’est que nous savons aujourd’hui ce que les Canuts ne pouvaient pas

savoir : la productivité des machines peut être mesurée et traduite en création monétaire pure. Là

où les révoltes d’hier cassaient les outils, notre tâche est d’inventer un système où la valeur créée

par les machines alimente directement la société plutôt que de se concentrer entre les mains d’une

minorité. C’est le sens d’une « monnaie pure » indexée sur la productivité machine et du savoir

accumulé.

3. Une telle approche ouvrirait la voie à de nouveaux instruments :


 

une Banque Verte ou une Écomonnaie, capables de financer les défis écologiques et climatiques, sans faire peser le coût sur les seuls salariés. Car il ne manque pas de travail — il manque de monnaie disponible pour l’accomplir.

La leçon des Canuts est claire : face à une technologie inarrêtable, seule l’émancipation

intellectuelle et collective permet d’éviter la misère. Hier, elle prit la forme du mutualisme et des

coopératives. Aujourd’hui, elle doit prendre la forme d’une réinvention monétaire et d’une vision à

long terme, capable de libérer l’humanité de la peur du progrès technique.

Ne craignons donc pas les machines : organisons-nous pour que leurs gains deviennent une

richesse partagée. C’est la condition pour que l’évolution technologique, loin de nous déposséder,

nous rapproche de ce que nous cherchons depuis toujours : vivre dignement, libres, et capables de

choisir notre avenir


 

4. Le fascisme de Weimar à la France contemporaine : identité de rapport


 

L’histoire ne se répète jamais terme à terme, mais elle offre des résonances troublantes. Entre

l’Allemagne de Weimar au début des années 1930 et la France contemporaine, certains parallèles

s’imposent. Il ne s’agit pas de confondre Hitler et nos acteurs actuels, mais d’identifier des «

identités de rapport » : mêmes mécanismes, mêmes dynamiques, mêmes aveuglements.

Comprendre ce glissement est essentiel pour éviter que l’histoire ne bascule à nouveau.


 

5. La République de Weimar : un laboratoire du glissement autoritaire


 

L’Allemagne des années 1930 ne fut pas emportée par une marée brune irrésistible. Les nazis

n’ont jamais « pris » le pouvoir : on le leur a donné. Les élites conservatrices, industrielles et

médiatiques, préférèrent pactiser avec Hitler plutôt que de perdre leurs privilèges. En utilisant les

failles de la Constitution (article 48), en gouvernant par ordonnances, en criminalisant les «

extrêmes » de gauche, le centre autoritaire ouvrit la voie à l’extrême droite. La presse de masse,

dominée par les magnats comme Hugenberg, entretint la peur du « bolchévisme culturel » et

alimenta les haines identitaires. Ainsi, ce n’est pas la force du nazisme qui l’a porté, mais la

faiblesse des démocrates et la compromission des élites.


 

6. La France (1984-2025) : un terrain de compromissions


 

Depuis 1984, la scène politique française connaît un glissement comparable. La gauche a

abandonné la lutte anticapitaliste, se contentant d’accompagner la gestion libérale. Le PS, en

assumant la « social-démocratie » sans rupture avec le marché, a désarmé idéologiquement ses

militants. La droite, elle, s’est « décomplexée », reprenant des thèmes du Front national pour ne

pas perdre son électorat. Aujourd’hui, une partie de LR n’hésite plus à envisager des alliances avec

le RN.

Macron incarne ce « centre autoritaire » :

austérité budgétaire, verticalité du pouvoir, criminalisation d’une supposée « extrême gauche », instrumentalisation sécuritaire et dissolution du Parlement pour contourner le débat démocratique. Quant aux médias dominants, largement contrôlés par de grands groupes financiers, ils alimentent quotidiennement les thèmes de l’extrême droite : insécurité, immigration, déclin national. La réalité est pourtant contrastée : depuis 1995, le taux de criminalité baisse en proportion, mais le discours médiatique fabrique une insécurité permanente.


 

7. Identité de rapport : similitudes et enseignements


 

Comme à Weimar, nous observons aujourd’hui : – un centre autoritaire qui préfère s’allier à droite

qu’à gauche ; – une gauche social-démocrate en retrait, incapable de porter une alternative claire ;

– des élites économiques et médiatiques qui instrumentalisent la peur pour préserver leurs intérêts

; – une extrême droite qui gagne en crédibilité grâce à ces compromissions. L’histoire ne se répète

pas : Hugenberg n’est pas Bolloré, Papen n’est pas Macron. Mais le rapport entre les forces

politiques est analogue. Les élites, par calcul, nourrissent ce qu’elles prétendent combattre. La «

banalisation » de l’extrême droite est le fruit de cette complicité, et non d’une fatalité.

La République de Weimar est morte moins de la force des nazis que de la lâcheté et de la cupidité

de ses élites. La France contemporaine n’en est pas au même point, mais les signaux sont là. La

judiciarisation, la policiarisation de la société, la criminalisation des contestations sociales, sont les

symptômes d’un glissement. Si l’on veut éviter qu’un jour le RN gouverne comme Hitler fut nommé chancelier, il faut briser cette mécanique. Non par la peur, mais par la lucidité, le courage et la reconstruction d’un horizon commun.

« Le fascisme ne s’impose pas, il s’infiltre. Il prospère quand la démocratie

s’endort.


 

8. Le glissement fascisant : du Juif au Musulman, d’Hitler à nous


 

Héritages et avertissements


 

L’histoire des Canuts ou de l’Allemagne des années 1930 nous rappelle que les sociétés, en crise,

cherchent toujours un ennemi intérieur. Hier, les ouvriers lyonnais détruisaient les métiers à tisser ;

hier encore, Hitler désignait les Juifs comme responsables de tous les maux. Aujourd’hui, nos

sociétés fragilisées par la mondialisation et le capitalisme financier rejouent ce scénario. Non pas

de façon brutale comme en 1933, mais sous une forme insidieuse : un glissement fascisant.


 

35. En 1999 je prédisais cette dérive et en 2011j’écrivais : Le musulman remplacera-t-il le Juif ?


 

À la faveur de la peur et de l’insécurité, le débat sur « l’identité nationale » et « la place de l’islam »

s’est installé. L’amalgame s’est construit : l’immigré = le musulman = l’ennemi potentiel. Les

médias, en relayant sans cesse faits divers et amalgames, ont fixé cette perception dans les

esprits. Comme jadis les caricatures antisémites, les discours péjorant l’altérité ont nourri une

mémoire collective qui habitue les citoyens au rejet. Le processus décrit par l’histoire se répétait :

recherche d’un chef charismatique, construction d’un groupe homogène, désignation d’un « autre »

menaçant, appel à des mesures d’exception. Le fascisme ne se choisit pas : il s’installe lentement,

à travers nos peurs et nos discours quotidiens.


 

1. 2023 — La banalisation du rejet


 

Douze ans plus tard, nous n’en sommes plus à l’étape du glissement : nous sommes dans la

banalisation. Le Parlement vote des lois restrictives sur l’immigration. Le RN s’impose comme parti de gouvernement. La confiance démocratique s’effondre (2 à 6 % de confiance dans les

institutions). La société accepte qu’une partie de la population soit traitée comme une

sous-humanité, privée de droits égaux. Les statistiques montrent pourtant une réalité très différente

: la criminalité baisse depuis 1995, l’immigration irrégulière représente moins de 1 % de la

population, et plus d’un immigré sur dix travaille déjà dans nos entreprises. Mais la peur l’emporte

sur la raison. Comme hier, la stigmatisation remplace l’analyse.


 

2. Un processus en miroir


 

En 2011, nous pouvions dire « attention, le fascisme se glisse en nous ». En 2023, nous devons

dire « attention, le fascisme s’institutionnalise ». Le parallèle est clair : hier, les Juifs étaient

accusés d’être responsables de la misère et des crises sociales. Aujourd’hui, les musulmans sont

désignés comme la cause de l’insécurité et du chômage. Les mêmes mécanismes se déploient,

avec l’appui des médias, la lâcheté du « centre » politique, et la peur instrumentalisée des citoyens.


 

36. Quelle issue ?


 

Peut-on arrêter cette spirale ? Pas en cherchant un nouvel Hitler à abattre, ni en se réfugiant dans

la nostalgie des Canuts. Il nous faut changer le terrain même sur lequel prospère le fascisme :

briser le lien entre rareté économique et désignation d’un ennemi, créer une nouvelle richesse par

la productivité des machines et la monnaie pure, bâtir une banque verte ou une écomonnaie, pour

répondre au défi écologique et donner des revenus indépendants du travail salarié. Car si nous

restons prisonniers du capitalisme de rareté, nous continuerons à chercher des boucs émissaires.

Si nous inventons une richesse nouvelle, nous pourrons enfin sortir du piège qui alimente le

fascisme.

Le fascisme n’entre pas par effraction : il s’installe dans nos habitudes. Pour l’arrêter, il

ne suffit pas de dénoncer ses discours, il faut créer une société qui n’ait plus besoin de boucs

émissaires


 


 

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Rédigé par ddacoudre

Publié dans #critique

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Publié le 25 Septembre 2026

 Tout ce qui n'est pas dit sur le pétrole.

 

La guerre en Iran a réduite la livraison de pétrole mais peu d'information sont données le nombre de pays impactés par cette restriction.? 
Il nous faut distinguer les pays qui ont subi une baisse physique de leurs livraisons de ceux qui ont seulement subi la hausse mondiale des prix, comme la France.
La restriction n’a pas visé une liste déterminée de pays : elle a touché les cargaisons qui devaient traverser le détroit d’Ormuz. Depuis le début de la guerre, le trafic est passé d’environ 20 millions de barils par jour à seulement 2,7 millions en moyenne entre mars et mai 2026. Il s’agit, selon l’Agence internationale de l’énergie, de la plus importante perturbation pétrolière jamais enregistrée. 
Les pays les plus directement touchés
Les quatre principaux acheteurs de pétrole passant par Ormuz sont : la Chine ; l’Inde ; le Japon ; la Corée du Sud. 
À eux quatre, ils recevaient 69 % du pétrole brut et des condensats transitant par le détroit en 2024. La Chine et l’Inde représentaient à elles seules 44 % des exportations de brut en 2025. Il faut noter au passage cette étrange situation car la Chine, l'Inde et l'Iran font partie du BRICS
Il faut y ajouter : le Bangladesh ; le Pakistan ; les autres pays asiatiques acheteurs de brut ou de produits raffinés du Golfe ; plusieurs pays européens ; les États-Unis, dans une proportion beaucoup plus faible. 
Le Bangladesh, l’Inde et le Pakistan sont particulièrement vulnérables pour le gaz : près des deux tiers de leurs importations de gaz naturel liquéfié provenaient de cargaisons traversant Ormuz. Le Japon et la Corée du Sud sont également très dépendants de cette voie maritime. 
On peut donc identifier avec certitude au moins sept pays fortement et directement exposés :
Pays    Nature principale de l’exposition
Chine    Pétrole brut et produits pétroliers
Inde    Pétrole brut et gaz naturel liquéfié
Japon    Pétrole brut et gaz
Corée du Sud    Pétrole brut et gaz
Pakistan    Gaz qatari et produits pétroliers
Bangladesh    Gaz qatari
États-Unis    Une faible part du brut importé
Cette liste n’est cependant pas exhaustive. Les données publiques regroupent souvent les autres destinataires sous les catégories « autres pays asiatiques » ou « Europe ». On ne peut donc pas donner  un nombre définitif de pays ayant perdu au moins une cargaison.
Les pays producteurs empêchés d’exporter normalement
Sept producteurs utilisent habituellement Ormuz : l’Arabie saoudite ; l’Iran ; l’Irak ; le Koweït ; le Qatar ; Bahreïn ; les Émirats arabes unis. 
L’Iran, l’Irak, le Koweït, le Qatar et Bahreïn en dépendent pour la très grande majorité de leurs exportations. L’Arabie saoudite et les Émirats disposent de conduites permettant de contourner partiellement le détroit, mais leur capacité est insuffisante pour remplacer les quelque 20 millions de barils qui le traversaient quotidiennement, avec le risque d'incursion des Houthis.
Combien de pays sont touchés ?
La réponse la plus sérieuse est donc : 7 pays producteurs sont directement gênés dans leurs exportations ; au moins 7 grands pays importateurs sont clairement identifiés comme fortement exposés ; de nombreux autres importateurs asiatiques et européens ont perdu ou remplacé des cargaisons ; pratiquement tous les pays du monde sont indirectement touchés par la hausse du prix mondial du pétrole, du diesel, du kérosène, du transport et des produits dérivés. 
Même la France, qui importe relativement peu de pétrole directement du Golfe, paie le prix mondial. Elle peut donc subir une augmentation sans qu’un seul de ses pétroliers ait été matériellement bloqué dans le détroit.
Cela confirme que : la diminution physique des livraisons est bien réelle et considérable, mais elle n’explique pas mécaniquement toute l’augmentation facturée dans chaque pays. 
Le marché applique immédiatement la nouvelle valeur mondiale à des barils provenant aussi des États-Unis, de Norvège, du Kazakhstan, du Brésil ou d’Afrique et qui n’ont jamais traversé Ormuz. Les producteurs non touchés bénéficient ainsi de la hausse créée par la raréfaction des cargaisons du Golfe.
Dans les 7 grands pays touché par ce conflits voici pour comparaison quelques prix de vente du diesel et de l'essence.
Voici les prix moyens à la pompe relevés le 21 septembre 2026, convertis au taux de référence de la BCE du même jour : 1 € = 1,1490 $, soit 1 $ = 0,8703 €. 
Pays    Diesel €/litre    Essence 95 €/litre    Prix en monnaie nationale
Chine    1,04 €    1,16 €    7,97 et 8,90 yuans
Inde    0,89 €    0,99 €    98,17 et 108,69 roupies
Japon    0,88 €    0,94 €    159,30 et 169,90 yens
Corée du Sud    1,22 €    1,23 €    1 843,86 et 1 858,62 wons
Pakistan    1,31 €    1,24 €    418,96 et 392,05 roupies
Bangladesh    0,96 €    1,17 €    135 et 165 takas
États-Unis    1,51 €    1,11 €    1,73 $ et 1,27 $
France, pour comparaison    environ 2,38 €    environ 2,14 €    
Mais suivant les stations et les régions des prix du diesel grimpe jusqu'à plus de 2,70€
Les données correspondent aux prix de détail, taxes et prélèvements compris. Elles sont des moyennes nationales : les prix peuvent varier considérablement entre les villes, les régions et, surtout si les États américains décident de cesser ses exportations. 
Quelques observations importantes
      Les pays les plus dépendants ne paient pas nécessairement le carburant le plus cher. La Chine, l’Inde, le Japon et le Bangladesh encadrent ou subventionnent plus ou moins directement leurs prix. 
      La Chine a limité administrativement les augmentations : sans cette intervention, la hausse de septembre aurait été sensiblement plus forte. Depuis le début de la guerre, ses prix officiels ont tout de même progressé d’environ 19 % pour l’essence et 21 % pour le diesel. 
      La Corée du Sud maintient jusqu’en novembre une réduction fiscale de 15 % sur l’essence et de 25 % sur le diesel. 
      Le Bangladesh vient d’augmenter le diesel de 17,4 %, de 115 à 135 takas, et l’essence de 140 à 160 takas — l’essence 95 atteignant 165 takas. 
      Aux États-Unis, le diesel est devenu beaucoup plus cher que l’essence : il a augmenté de près de 75 % en un an et de 41 % en trois mois. 
Étrangement aux états-Unis l'augmentation est considérable pour les raisons ci-dessous.
Les États-Unis ne dépendent que très faiblement du pétrole passant par le détroit d’Ormuz. Ils produisent beaucoup de brut et disposent d’importantes raffineries. Pourtant, leur diesel augmente parce qu’il est vendu sur un marché mondial : le prix américain ne correspond pas seulement au coût du pétrole extrait aux États-Unis.
La cause principale : ce n’est plus seulement le brut qui manque, c’est le diesel raffiné
Le conflit a simultanément perturbé : les raffineries et exportations du Moyen-Orient ; les raffineries russes attaquées par l’Ukraine ; les exportations russes, interdites en juillet ; les exportations chinoises, temporairement limitées ; les voies d’exportation saoudiennes, touchées dans le Golfe et en mer Rouge. Raison pour laquelle Macron envisage d'envoyer des troupes pour sécuriser ces voies d'exportations.
Entre mars et août 2026, les exportations de diesel du Moyen-Orient auraient été réduites de moitié par rapport à l’année précédente. La Russie, qui était le deuxième exportateur mondial de diesel, a suspendu ses exportations. 
Les États-Unis ne manquent donc pas nécessairement de pétrole brut américain. Le monde manque de capacités disponibles pour transformer suffisamment de brut en diesel.
Les raffineries américaines ne peuvent presque plus produire davantage
Les raffineries américaines ont fonctionné à 97 % de leur capacité durant la semaine du 11 septembre. Entre janvier et août 2026, elles ont produit en moyenne 5,1 millions de barils de produits distillés par jour, leur niveau le plus élevé depuis 2019.
Elles produisent donc beaucoup, mais ne disposent pratiquement plus de marge permettant d’augmenter rapidement la production. 
Une partie du diesel américain part à l’étranger
Comme l’Europe et l’Asie manquent de diesel, elles proposent des prix élevés pour attirer les cargaisons américaines. Les raffineurs américains ont alors intérêt à exporter.
Les exportations nettes américaines se situent depuis février près ou au-dessus de leur maximum des cinq dernières années. Simultanément, les stocks nationaux sont tombés à environ 13 % sous leur moyenne saisonnière. 
Le mécanisme est capitaliste et très simple :
Si un raffineur américain peut vendre son diesel 6 dollars à l’étranger, il ne le vendra pas 4 dollars aux États-Unis, sauf si la loi l’y oblige.
Le prix intérieur s’aligne donc sur le prix international que le producteur pourrait obtenir en exportant. C’est le coût d’opportunité, non le coût réel de production, qui commande le prix.
La marge de raffinage a explosé
Le prix du diesel contient notamment :
    1. le prix du pétrole brut ; 
    2. la transformation du brut en diesel ; 
    3. le transport et la distribution ; 
    4. les taxes ; 
    5. les marges. 
L’écart entre le prix du brut et celui du diesel raffiné est appelé marge de craquage ou crack spread. En septembre, cette marge aurait atteint le record de 112,17 dollars par baril. 
Un baril contient 42 gallons américains. Cette marge représente donc approximativement :
112,17÷42=2,67 dollars par gallon 
Avec un brut autour de 102 dollars :
102÷42=2,43 dollars par gallon 
On obtient déjà approximativement :
2,43+2,67=5,10 dollars 
avant les frais de distribution, la vente au détail et les taxes. Cela permet de comprendre comment le diesel peut dépasser 6 dollars le gallon.
La hausse exceptionnelle ne provient donc pas seulement du baril : elle vient largement de l’explosion de la valeur marchande du raffinage.
Pourquoi l’essence augmente-t-elle moins ?
Une raffinerie ne produit pas indifféremment ce qu’elle veut. Chaque pétrole donne une combinaison d’essence, de diesel, de kérosène et d’autres produits.
Or la pénurie mondiale concerne particulièrement : le diesel routier ; le fioul domestique ; le carburant agricole ; le carburant ferroviaire et maritime ; le kérosène aérien. 
Le diesel est donc beaucoup plus recherché que l’essence. Les transports, l’agriculture et l’industrie ne peuvent pas facilement diminuer leur consommation. À l’approche de l’hiver, le fioul domestique exerce également une pression sur les mêmes produits distillés.
Les taxes américaines n’expliquent pas la hausse
Les taxes moyennes sur le diesel américain représentent environ : 24,4 cents par gallon au niveau fédéral ; 35,86 cents en moyenne au niveau des États. 
Soit environ 60 cents par gallon. Elles n’ont pas augmenté de 75 % en un an et ne peuvent donc pas expliquer l’envolée. 
La conclusion
Les États-Unis ne sont pas principalement victimes d’un manque de pétrole importé par Ormuz. Ils subissent : l’augmentation mondiale du brut ; la disparition d’une partie du diesel russe et moyen-oriental ; le manque mondial de capacités de raffinage disponibles ; l’augmentation de leurs exportations ; la diminution de leurs stocks ; et surtout l’envolée des marges de raffinage. 
Nous retrouvons exactement le mécanisme que je dénonces : un produit fabriqué aux États-Unis avec du pétrole parfois américain est vendu aux Américains au prix de la pénurie mondiale, parce que le propriétaire peut obtenir ce prix ailleurs.
La guerre n’a donc pas augmenté de 75 % le coût matériel de fabrication du diesel américain. Elle a créé une rareté mondiale permettant au marché, aux raffineurs et aux négociants de lui attribuer une valeur beaucoup plus élevée. Le consommateur américain paie non seulement le coût du produit, mais également le prix international maximal que la concurrence permet d’exiger.
cela permet de comprendre que Trump envisage d'exporter cette augmentation en cessant d’approvisionner ses clients habituels dont la France.
Le prix en euros peut être trompeur
Les prix au litre indiqué  précédemment peuvent être trompeur. Un litre à 1,31 € au Pakistan paraît moins cher qu’un litre français. Mais il représente une charge beaucoup plus lourde par rapport au pouvoir d'achat des pakistanais. Selon la source utilisée, un plein de 40 litres d’essence absorbe environ 34 % du revenu mensuel moyen pakistanais. Soit l'équivalant en moyenne du prix d'un logement en France, 33%.
Le tableau révèle donc deux réalités :
    1. la guerre et la restriction des livraisons augmentent le coût de base mondial ; 
    2. chaque État transforme ensuite ce coût par ses taxes, ses subventions, ses plafonnements et ses aides. 
Lorsqu’un gouvernement maintient artificiellement le litre à bas prix, le consommateur ne paie pas nécessairement toute l’augmentation à la pompe. Mais celle-ci est alors prise en charge par le budget public, par l’entreprise pétrolière publique ou par de nouvelles dettes. Le coût n’est pas supprimé : il est déplacé vers les contribuables, les autres dépenses publiques ou les générations futures.
J'ai déjà expliqué comment tout est financé par les salariés quelle que soit la voie emprunter
Qui fixe le coût du baril ?
Personne ne fixe seul le prix mondial du baril. Il résulte d’un marché organisé autour de quelques pétroles de référence, surtout le Brent pour l’Europe et le WTI pour l’Amérique du Nord.
Comment le prix se forme
    1. Des producteurs, raffineurs, négociants, banques et fonds achètent et vendent quotidiennement des cargaisons et des contrats à terme. 
    2. Leurs ordres d’achat et de vente se rencontrent sur des places de marché : le Brent est principalement négocié sur l’ICE de Londres ; le WTI sur le NYMEX-CME aux États-Unis. 
    3. Le prix affiché varie continuellement selon ce que ces acteurs pensent de l’offre et de la demande futures : production, stocks, guerre, sanctions, fermeture d’un détroit, état des raffineries, consommation attendue et valeur du dollar. 
Le Brent sert directement ou indirectement de référence à environ 80 % du pétrole mondial. L’indice Brent de l’ICE est construit à partir des transactions réalisées sur le marché physique de la mer du Nord. 
Le prix réellement payé n’est pas exactement le Brent
Un fournisseur vend généralement son pétrole selon une formule de ce type :
Prix du Brent + ou − différence de qualité + transport + assurance + conditions contractuelles
Un brut facile à raffiner peut être vendu au-dessus du Brent. Un pétrole lourd, soufré ou difficile à transporter sera vendu avec une décote.
Ainsi, l’Arabie saoudite, le Koweït ou la Norvège ne décident pas librement : « aujourd’hui, notre pétrole vaudra 100 dollars ». Ils choisissent toutefois les primes ou les rabais appliqués au prix de référence.
On mesure ainsi toute la difficulté qu'il y a à intervenir politiquement pour faire baisser les prix à la pompe.
Le rôle de l’OPEP+
L’OPEP+ ne fixe pas directement le chiffre affiché sur les écrans. Elle agit sur la quantité disponible : réduction de la production pour soutenir ou augmenter le prix ; augmentation de la production pour détendre le marché ; annonce d’une décision future, qui peut immédiatement modifier les anticipations. 
En juin 2026, par exemple, plusieurs membres ont décidé une augmentation collective de production de 188 000 barils par jour. Le marché a aussitôt intégré cette annonce dans ses calculs. 
pays membre de l'OPEP ; Algérie Arabie saoudite Congo (République du Congo) Gabon Guinée équatoriale Irak Iran Koweït Libye Nigeria Venezuela .
Qui fait monter le prix pendant une guerre ?
Plusieurs acteurs interviennent simultanément : les producteurs qui diminuent ou ne peuvent plus exporter ; les États producteurs qui limitent volontairement l’offre ; les acheteurs qui cherchent à constituer des stocks ; les négociants qui anticipent une pénurie ; les fonds financiers qui achètent des contrats en espérant les revendre plus cher ; les assureurs et les transporteurs qui augmentent leurs tarifs devant le risque ; les raffineries qui se disputent les cargaisons encore disponibles. 
La hausse commence donc souvent avant que la pénurie se manifeste réellement, parce que le marché évalue ce qui pourrait se produire. 
L’administration américaine de l’énergie confirme que le prix ne dépend pas seulement de l’offre et de la demande physiques immédiates : les marchés financiers et les anticipations peuvent également le faire varier. 
Mon raisonnement sur les fournisseurs est donc juste, avec une nuance
Un producteur norvégien, américain ou brésilien dont les installations n’ont subi aucun dommage peut vendre son pétrole beaucoup plus cher uniquement parce que la guerre a fait monter le Brent. Il n’a pas nécessairement supporté une augmentation comparable de son coût de production.
Il ne fixe pas seul le prix, mais il bénéficie du nouveau prix formé collectivement par le marché. La rareté causée par les uns augmente ainsi le revenu des autres. C’est cette différence entre un coût de production relativement stable et un prix mondial fortement augmenté qui produit les profits exceptionnels.
Le prix du baril n’est donc pas fixé par son coût réel de production. Il est fixé par le prix maximal auquel les acheteurs concurrents acceptent encore de l’acheter, dans un marché influencé par l’offre physique, les anticipations et les rapports de force.
Enfin, le prix français à la pompe ajoute encore au pétrole brut :
Brent en dollars → taux de change euro/dollar → raffinage → transport et distribution → marges → taxes
Voilà pourquoi le baril peut redescendre sans que le prix du diesel diminue immédiatement, et pourquoi une guerre peut enrichir des producteurs qui n’y participent pas et dont aucun baril n’a été bloqué.

Pourquoi les pouvoir politique des états n’interviennent pas
Les pouvoirs politiques interviennent, mais principalement après la formation du prix mondial, pour en atténuer les conséquences. Ils n’interviennent presque jamais directement sur le mécanisme international qui produit la hausse.
Pourquoi ne fixent-ils pas directement le prix du pétrole ?
Parce que les États importateurs, comme la France, ne disposent pas du pétrole qu’ils consomment. Ils peuvent réglementer les prix sur leur territoire, mais ils ne peuvent pas obliger la Norvège, l’Arabie saoudite, les États-Unis ou une compagnie internationale à leur vendre le brut moins cher que le prix mondial.
Si la France imposait seule un prix d’achat inférieur au Brent, les vendeurs pourraient livrer leur pétrole aux acheteurs disposés à payer davantage.
Cette situation donne au marché international un pouvoir supérieur à celui d’un État isolé.
Ils pourraient pourtant agir sur les producteurs
Mais cela exigerait une action coordonnée des grands États consommateurs : et pour l'instant le président n'envisage qu'une réunion du G7 qui ne changera pas grand chose au fond car il n'y a que deux producteurs de pétrole les USA et le royaume Unis sur les 7 qui sont L'Allemagne Le Canada Les États-Unis La France L'Italie Le Japon Le Royaume-Uni.
Mais ils pourraient demander :
      aux producteurs non touchés par la guerre d’augmenter temporairement leur production ; 
      négocier un prix maximal pour les achats publics ou européens ; 
      organiser des achats groupés ; 
      libérer conjointement les réserves stratégiques ; 
      taxer les bénéfices exceptionnels réalisés grâce à la guerre ; ( macron la cité)
      imposer davantage de transparence sur les coûts, les marges et les stocks ; 
      lutter contre les opérations financières purement spéculatives ; 
      constituer une entreprise publique européenne d’achat et de raffinage. 
Des mesures partielles existent. L’Agence internationale de l’énergie a organisé en 2026 la libération de 400 millions de barils de réserves d’urgence. Mais il s’agit seulement de remplacer provisoirement une partie des cargaisons manquantes, pas de remettre en cause la fixation capitalistique du prix. 
Pourquoi ne contraignent-ils pas les producteurs à produire davantage ?
Pour trois raisons principales.
Premièrement, une partie de la production appartient à des États souverains. La France ne peut pas ordonner à l’Arabie saoudite ou aux Émirats d’ouvrir davantage leurs puits.
Deuxièmement, de nombreux producteurs ont intérêt à maintenir une certaine rareté. Produire moins mais vendre beaucoup plus cher peut rapporter davantage que produire plus à bas prix.
Troisièmement, les pays consommateurs sont eux-mêmes concurrents. La Chine, l’Inde, les États-Unis et les pays européens cherchent chacun à garantir leurs propres approvisionnements. Cette concurrence empêche souvent la constitution d’un pouvoir politique collectif face aux producteurs.
Les États protègent donc surtout les consommateurs
Ils réduisent les taxes, versent des chèques, plafonnent les prix ou subventionnent les entreprises. Mais ces politiques présentent une contradiction fondamentale :
L’État laisse le fournisseur vendre au prix mondial, puis utilise l’argent public pour permettre au consommateur de payer ce prix.
La compagnie reçoit toujours la somme demandée. La seule chose qui change est l’identité du payeur :
    • une partie est payée directement à la pompe ; 
    • une autre est payée par l’État ; 
    • mais les ressources de l’État proviennent des contribuables ou de l’emprunt. 
L’aide ne diminue donc pas nécessairement le revenu exceptionnel du producteur. Elle peut au contraire garantir que la demande restera solvable malgré la hausse.Et les salariés ne saurons pas que ce sont eux qui financent ces aides.
Pourquoi les gouvernements choisissent-ils cette solution ?
Parce qu’elle produit un soulagement immédiatement visible et évite une confrontation beaucoup plus difficile avec les producteurs, les marchés et les autres États.
Réduire une taxe est politiquement rapide. Transformer le système international de fixation du pétrole suppose, au contraire :
      une coordination entre de nombreux pays ; 
      une opposition aux intérêts des producteurs et des négociants ; 
      une réglementation des marchés financiers ; 
      une politique énergétique planifiée sur plusieurs décennies ; 
      l’acceptation possible de restrictions temporaires de consommation. 
Les gouvernements administrent donc les conséquences sans modifier la cause.
Le véritable choix politique
Il serait faux de dire que les États sont totalement impuissants. Ils ont collectivement créé et accepté les règles permettant au marché de fixer les prix. Ils pourraient en créer d’autres, mais aucun État ne veut prendre seul le risque économique et diplomatique de commencer.
La question devient alors :
Pourquoi les États protègent-ils le pouvoir d’achat des consommateurs en finançant le prix demandé, au lieu de contester à la source les profits exceptionnels produits par la guerre ?
Parce que leur politique demeure enfermée dans la logique capitaliste : le prix formé par le marché est traité comme une donnée légitime. L’État intervient ensuite pour redistribuer, indemniser ou emprunter, mais il ne remet pas en cause le droit du capital à profiter de la rareté.
Dans le vocabulaire de mon analyse, le pouvoir politique corrige les dommages causés par le dominant économique, mais ne commande plus véritablement ce dominant. Les citoyens salariés paieront donc la hausse dans tous les cas : directement à la pompe, indirectement par leurs impôts, par la réduction d’autres services publics ou par la dette et ses intérêts.
Demande Mondiale.
Avant la guerre actuelle, la demande mondiale de pétrole augmentait encore, mais beaucoup moins rapidement qu’il y a dix ou vingt ans.
L’augmentation annuelle observée
Période    Augmentation de la consommation quotidienne    Quantité supplémentaire consommée sur une année
Moyenne 2010-2019    +1,4 million de barils/jour    environ 511 millions de barils/an
2024    +750 000 barils/jour    environ 274 millions de barils/an
2025    +650 000 barils/jour    environ 237 millions de barils/an
Prévision moyenne 2024-2030    environ +420 000 barils/jour par an    environ 153 millions de barils supplémentaires chaque année
La demande mondiale a progressé de 0,7 % en 2025, contre une augmentation annuelle moyenne de 1,4 million de barils par jour durant la décennie 2010-2019. 
Attention à l’expression « 650 000 barils par jour supplémentaires » : elle signifie que le monde consomme chaque jour 650 000 barils de plus que l’année précédente. Sur une année :
650 000×365=237 250 000 barils supplémentaires.
La population devrait pourtant entraîner une hausse plus forte
La population mondiale augmente actuellement d’environ 69 millions d’habitants par an, soit approximativement 0,84 %. Elle est passée d’environ 8,23 milliards en 2025 à 8,30 milliards en 2026. 
Avec une consommation mondiale proche de 104 millions de barils par jour, si la consommation par personne restait strictement constante, la croissance démographique entraînerait théoriquement :
104 millions×0,84%=874 000 barils/jour supplémentaires 104 {millions}  
La progression réelle de 2025 n’a été que de 650 000 barils par jour. Cela montre que les économies d’énergie, les véhicules électriques, l’amélioration des moteurs et le recul de la consommation dans les pays développés compensent déjà une partie de la croissance démographique.
Mais la population supplémentaire se trouve principalement dans des pays où la consommation par habitant demeure faible. Son effet pétrolier augmente lorsque ces populations accèdent à l’automobile, aux transports aériens, aux logements équipés et aux produits industriels.
L’automobile : le parc augmente, mais sa consommation ralentit
Le transport routier représentait encore environ 44 % de la consommation mondiale de pétrole en 2024. 
Le nombre d’automobiles continue d’augmenter, surtout en Inde, en Afrique et dans les autres économies émergentes. Pourtant, la consommation pétrolière automobile mondiale ne progresse presque plus, car elle est compensée par :
    • l’amélioration du rendement des moteurs ; 
    • les normes de consommation ; 
    • les véhicules hybrides ; 
    • les véhicules électriques ; 
    • les biocarburants ; 
    • le recul de l’utilisation automobile dans certaines économies développées. 
Plus de 17 millions de voitures électriques ont été vendues en 2024 et plus de 20 millions étaient attendues en 2025. Selon l’AIE, les véhicules électriques pourraient éviter une consommation de 5,4 millions de barils de pétrole par jour en 2030. 
Ainsi, entre aujourd’hui et 2030, la circulation routière exprimée en kilomètres pourrait augmenter de presque 20 %, alors que sa consommation totale d’énergie n’augmenterait que de 5 %, principalement grâce au rendement des véhicules électriques. 
Le pétrole destiné aux automobiles n’est donc probablement plus le principal moteur de la croissance mondiale.
Le plastique et la pétrochimie deviennent le moteur principal
Le pétrole ne sert pas seulement à produire de l’essence et du diesel. Il constitue aussi une matière première pour :
    • les plastiques ; 
    • les emballages ; 
    • les fibres synthétiques ; 
    • les peintures ; 
    • les solvants ; 
    • les engrais et produits chimiques ; 
    • les composants électroniques ; 
    • les matériaux utilisés dans les automobiles, les éoliennes et les panneaux solaires. 
En 2024, les matières premières pétrochimiques représentaient environ 15,8 % de toute la consommation mondiale de pétrole. Cette part devrait atteindre 17,4 % en 2030.
La pétrochimie a représenté environ les trois quarts de l’augmentation nette de la demande en 2024. Selon les projections de l’AIE, elle pourrait représenter plus de 95 % de l’augmentation nette mondiale d’ici 2030, car la consommation routière devrait commencer à diminuer. 
Il faut toutefois préciser que toute la pétrochimie ne devient pas du plastique. Mais les plastiques, les emballages et les fibres synthétiques en constituent une part essentielle.
Une évolution paradoxale
Nous pourrions donc utiliser moins de pétrole comme carburant tout en continuant à en consommer davantage comme matière première :
moins d’essence dans les moteurs, mais davantage de pétrole dans les objets.
Cette transformation est importante pour ton analyse : l’électrification automobile ne supprime pas la dépendance au pétrole. Elle la déplace partiellement du carburant vers la fabrication industrielle et pétrochimique.
Jusqu’où la demande peut-elle augmenter ?
Dans son scénario fondé sur les politiques actuellement annoncées, l’AIE prévoit une augmentation d’environ 2,5 millions de barils par jour entre 2024 et 2030, portant la consommation mondiale à environ 105,5 millions de barils par jour, puis un plafonnement vers la fin de la décennie. 
Cela correspond à une croissance moyenne d’environ :
2,5 millions÷6=417 000 barils/jour par an 2,5 {millions} \div 6 = 417\,000 barils/jour par an} 
Soit environ :
417 000×365=152 millions de barils supplémentaires par année 417\,000 / 365 = 152{millions de barils supplémentaires par année} 
Mais ce résultat dépend fortement des politiques publiques. Dans un scénario où le développement des véhicules électriques ralentirait, l’AIE envisage encore une demande atteignant 113 millions de barils par jour en 2050, soutenue par le transport routier des pays émergents, l’aviation et la pétrochimie. 
L’effet exceptionnel de la guerre en 2026
La guerre a provisoirement renversé cette évolution. Avant le conflit, l’AIE prévoyait pour 2026 une hausse d’environ 850 000 barils par jour. Avec la flambée des prix, les restrictions d’approvisionnement et le recul de l’activité pétrochimique, elle envisage désormais une diminution annuelle de la consommation pouvant atteindre environ 1,1 million de barils par jour.
Ce recul ne signifie pas que les besoins structurels ont disparu. Il traduit en grande partie une destruction de la demande : les ménages, les transporteurs et les industries réduisent leur consommation parce que le pétrole est devenu trop cher ou indisponible. 
En résumé, hors crise exceptionnelle, la demande mondiale augmente aujourd’hui d’environ 400 000 à 700 000 barils par jour chaque année, contre 1,4 million avant 2020. La croissance de la population et de la pétrochimie continue de la pousser vers le haut, tandis que l’électrification et l’efficacité énergétique freinent désormais la consommation automobile.
Incidences écologique.

On retient généralement qu’un baril de pétrole consommé produit en moyenne 0,43 tonne de CO₂ lors de sa combustion. (US EPA)
Hypothèse basse : 400 000 barils supplémentaires par jour
Sur une année :
400 000 × 365 = 146 millions de barils supplémentaires
Émissions correspondantes :
146 millions × 0,43 = 62,8 millions de tonnes de CO₂ par an
Hypothèse haute : 700 000 barils supplémentaires par jour
700 000 × 365 = 255,5 millions de barils supplémentaires
255,5 millions × 0,43 = 109,9 millions de tonnes de CO₂ par an
Résultat
Une augmentation annuelle de la demande mondiale de 400 000 à 700 000 barils par jour entraîne donc approximativement :
63 à 110 millions de tonnes supplémentaires de CO₂ chaque année.
Et cette augmentation est cumulative. Si la demande progresse ainsi pendant cinq années consécutives, la consommation quotidienne supplémentaire atteindra entre 2 et 3,5 millions de barils par jour. Les émissions annuelles de la cinquième année seront alors supérieures de 314 à 549 millions de tonnes de CO₂ à celles de l’année de départ.
Cette estimation ne comprend pas les émissions produites par : l’extraction ; le pompage ; le transport maritime ; le raffinage ; les fuites de méthane ; la distribution.
Elle suppose également que tout le pétrole supplémentaire est brûlé. Or une partie sert à fabriquer des plastiques et d’autres produits chimiques : leur carbone reste temporairement contenu dans les objets, puis peut être libéré plus tard s’ils sont incinérés ou dégradés. Le chiffre de 63 à 110 millions de tonnes représente donc essentiellement l’équivalent d’une combustion complète.
Sans remettre en cause les efforts fait pour maintenir le réchauffement climatique celui-ci croît tous les ans.
Peut-on passer au tout électrique.
La réponse la plus juste est : la planète semble disposer globalement d’assez de matières premières pour réaliser une électrification très importante, mais pas assez de mines, de raffineries et d’usines actuellement opérationnelles pour remplacer rapidement tout le système fossile à l’identique.
Le principal obstacle n’est donc pas seulement la quantité présente dans le sous-sol. C’est la vitesse à laquelle nous pouvons extraire, purifier et transformer ces matières sans provoquer de nouveaux désastres environnementaux et sociaux.
Les principales matières nécessaires
Matière    Principaux usages    Situation prévisible
Cuivre    Réseaux, moteurs, transformateurs, bornes    Principal risque de pénurie industrielle
Lithium    Batteries automobiles et stockage    Ressources importantes, mais production insuffisante à court terme
Nickel    Certaines batteries à forte autonomie    Ressources suffisantes, production concentrée
Cobalt    Certaines batteries    Forte dépendance envers la République démocratique du Congo
Graphite    Anodes des batteries    Production et raffinage dominés par la Chine
Terres rares    Moteurs et éoliennes    Quantités géologiques suffisantes, raffinage très concentré
Aluminium et acier    Véhicules, réseaux, éoliennes    Abondants mais très énergivores à produire
L’Agence internationale de l’énergie prévoit que la demande globale de minéraux critiques pourrait presque doubler d’ici 2040. Celle de lithium serait multipliée par plus de trois, tandis que le cuivre enregistrerait la plus forte progression en volume : environ 7 millions de tonnes supplémentaires. (IEA)
Le cuivre pourrait constituer le premier verrou
Le cuivre est indispensable partout : câbles, réseaux, moteurs, générateurs, transformateurs, centrales et bornes de recharge.
Avec les mines existantes et les projets actuellement annoncés, l’offre de cuivre pourrait être inférieure d’environ 25 % aux besoins de 2035. Autrement dit, les ressources existent probablement dans le sous-sol, mais les projets connus ne permettraient de fournir qu’environ les trois quarts de la demande prévue. (IEA)
Ouvrir une grande mine demande souvent dix à vingt ans : découverte, autorisations, financement, infrastructures, extraction et usine de traitement. On ne peut donc pas décider aujourd’hui de doubler la production mondiale l’année suivante.
Le lithium existe, mais il faut pouvoir le produire
Il n’existe pas, à court terme, de pénurie géologique absolue de lithium. Les ressources identifiées sont importantes et de nouveaux gisements sont régulièrement reconnus.
Le problème est que :
    • toutes les ressources ne sont pas économiquement exploitables ;
    • leur extraction exige de l’eau, de l’énergie et des installations ;
    • la transformation en lithium de qualité batterie reste concentrée ;
    • la demande augmente plus rapidement que la construction de nouvelles capacités.
L’AIE prévoit encore un écart entre la production issue des projets annoncés et les besoins en lithium en 2035. (IEA)
Le cobalt et le nickel ne sont plus indispensables à toutes les batteries
Toutes les voitures électriques n’utilisent pas la même batterie.
Les batteries lithium-fer-phosphate, dites LFP, n’utilisent ni cobalt ni nickel. Elles représentaient déjà environ 40 % des batteries automobiles installées en 2023. Elles sont moins coûteuses, durables et adaptées aux voitures de petite ou moyenne autonomie. (IEA)
Les batteries au sodium pourraient également remplacer le lithium dans certains véhicules urbains et certaines installations fixes. Le sodium est beaucoup plus abondant.
Cela signifie qu’une pénurie de cobalt ou de nickel ne condamnerait pas la voiture électrique. Elle obligerait à changer de technologie, de dimensions et d’usages.
Le véritable problème est la concentration géographique
La dépendance ne disparaît pas nécessairement avec le pétrole : elle change de nature.
En 2025, le premier pays raffineur représentait en moyenne 72 % de la production raffinée des principaux minéraux critiques. La Chine assure plus de 90 % du raffinage mondial de certains produits, notamment le graphite et plusieurs terres rares. L’Indonésie domine le nickel et la République démocratique du Congo le cobalt. (IEA)
Un blocage politique ou commercial pourrait donc arrêter des chaînes industrielles même si le minerai existe ailleurs. Le danger n’est pas uniquement la quantité mondiale, mais le contrôle de son raffinage et de sa transformation.
Remplacer chaque voiture actuelle par une grosse voiture électrique serait une erreur
Si l’objectif consiste à remplacer rapidement chaque véhicule thermique par un véhicule électrique de même poids, de même puissance et disposant d’une batterie de 80 ou 100 kWh, les capacités actuelles seront insuffisantes.
Une transition matériellement plus réaliste suppose : des voitures plus légères ; des batteries adaptées aux besoins réels ; davantage de transports collectifs ; des véhicules partagés lorsque cela est possible ; le développement du train et du fret ferroviaire ; des batteries différentes selon les usages ; des appareils réparables et durables ; un réseau électrique considérablement renforcé.
Une batterie de 40 kWh permet de fabriquer deux voitures avec la quantité de matières nécessaire à une batterie de 80 kWh. Le choix social de la taille des véhicules devient donc aussi important que le nombre de mines.
Le recyclage changera progressivement la situation
Contrairement au pétrole, qui disparaît lorsqu’il est brûlé, le cuivre, le lithium, le nickel et le cobalt restent présents dans les équipements et peuvent être récupérés.
Selon l’AIE, une politique ambitieuse de recyclage pourrait réduire les besoins de nouvelles mines, à l’horizon 2050 :
    • de 40 % pour le cuivre et le cobalt ;
    • de 25 % pour le lithium et le nickel.
Les matériaux recyclés provoquent également en moyenne environ 80 % d’émissions de gaz à effet de serre de moins que les mêmes matériaux provenant de nouvelles mines. (IEA)
Mais le recyclage ne peut pas tout fournir immédiatement : les premières générations massives de batteries sont encore utilisées. Les volumes importants de batteries arrivant en fin de vie n’apparaîtront qu’à partir du milieu des années 2030.
L’électricité doit également être produite et transportée
Posséder suffisamment de lithium ne suffit pas. Il faut simultanément construire : des centrales électriques supplémentaires ; des réseaux à haute et moyenne tension ; des transformateurs ; des moyens de stockage ; des bornes de recharge ; des systèmes permettant d’équilibrer production et consommation.
C’est précisément pour ces infrastructures que le cuivre risque de manquer en premier.
Conclusion
On peut donc répondre ainsi :
Oui, les ressources géologiques semblent permettre une électrification mondiale très importante. Non, elles ne permettent pas de remplacer rapidement et sans transformation chaque machine thermique par son équivalent électrique actuel.
La difficulté est moins une pénurie absolue de matières qu’une combinaison de problèmes : insuffisance des capacités minières ; lenteur d’ouverture des mines ; concentration du raffinage ; besoins considérables en cuivre ; conséquences écologiques et humaines de l’extraction ; surdimensionnement des véhicules et des batteries ; insuffisance des réseaux ; recyclage encore trop récent.
Nous retrouvons ici mon observation sur le pétrole : le problème n’est pas seulement physique, il est aussi économique et politique. Une organisation guidée par la vente du plus grand nombre possible de véhicules lourds exigera énormément de matières. Une organisation définissant collectivement les besoins — déplacements, logement, chauffage, production — pourrait obtenir le même service humain avec beaucoup moins d’énergie et de minerais.
La disponibilité financière reste un problème, d'où la nécessité d'une planification et un changement de modèle économique pour sortir du capitalisme qui par souci de produire du capital néglige l'intérêt collectif humain. La loi du marché n'est plus adapté à l'évolution qu'elle a engendré.
Les aides de l'état au grands rouleurs;
1. Le salarié « grand rouleur » reçoit directement l’aide
L’indemnité de 100 euros n’est pas versée par l’employeur. La demande est déposée personnellement sur impots.gouv.fr, puis la Direction générale des finances publiques verse l’argent directement sur le compte bancaire indiqué dans la déclaration de revenus. Le délai annoncé est d’environ dix jours. (Service Public)
L’employeur : ne reçoit pas les 100 euros ; ne les fait pas apparaître sur la fiche de paie ; ne les comptabilise pas ; ne paie ni cotisations ni salaire sur cette somme.
Pour être éligible, il faut notamment utiliser son véhicule personnel pour travailler, effectuer au moins 30 kilomètres aller-retour par jour ou 8 000 kilomètres professionnels par an, et respecter le plafond de revenu fiscal de référence calculé sur les revenus de 2024. Les véhicules de fonction ou de service sont exclus. (Service Public)
Le salarié peut même bénéficier de cette aide tout en déduisant ses frais kilométriques aux frais réels. L’aide ne vient donc pas automatiquement diminuer la dépense fiscalement déclarée. (impots.gouv.fr)
L’aide se situe donc entièrement entre l’État et le travailleur, c'est en réalité un acte de solidarité des citoyens salariés entre-eux, car l'état reçois ses ressources d'eux.
2. Un indépendant peut recevoir la même aide personnelle
L’indemnité « grand rouleur » n’est pas réservée aux salariés. Un artisan, un agriculteur ou un entrepreneur individuel peut la demander pour son véhicule personnel s’il remplit les conditions de revenu et de distance. (impots.gouv.fr)
Dans ce cas, il reçoit personnellement 100 euros, tandis que ses frais professionnels de déplacement continuent d’être pris en compte selon son régime fiscal. Il peut donc exister un premier cumul entre la prise en charge fiscale des frais et l’aide forfaitaire.
3. Les entreprises bénéficient d’un autre circuit
Les aides professionnelles sont beaucoup plus complexes : transporteurs routiers : subvention calculée selon le nombre et la catégorie des véhicules, jusqu’à 60 000 euros ; pêcheurs : aide calculée par litre de carburant acheté ; agriculteurs : remboursement du droit d’accise et aide de 15 centimes par litre de GNR ; entreprises du BTP : 20 centimes par litre de GNR, avec un plafond ; TPE et PME : possibilité d’obtenir un prêt carburant bonifié ; aides à domicile et infirmiers : indemnités kilométriques ou aides particulières. (info.gouv.fr)
Ces aides sont versées à l’entreprise après une demande accompagnée de factures, d’informations sur les véhicules et de coordonnées bancaires.
Comptablement, le carburant demeure une charge de l’entreprise. La subvention publique apparaît séparément comme un produit ou une subvention d’exploitation. Elle améliore donc le résultat de l’entreprise sans effacer matériellement la facture de carburant.
4. L’entreprise doit-elle réduire son prix grâce à l’aide ?
C’est ici que mon interrogation est pleinement justifiée.
Je ne trouve dans les dispositifs généraux aucune obligation imposant à l’entreprise de diminuer ses prix du montant de l’aide reçue. L’aide est destinée à soutenir sa trésorerie, son activité ou sa rentabilité. Elle n’est pas présentée comme une remise qui devrait obligatoirement être transmise au client.
Le mécanisme peut donc être le suivant :
    1. le carburant est acheté et enregistré parmi les charges ;
    2. l’entreprise détermine son prix en tenant compte de ses coûts ;
    3. le client paie le prix demandé ;
    4. l’État verse ensuite une aide à l’entreprise ;
    5. l’aide améliore son résultat si le coût du carburant avait déjà été entièrement répercuté.
Il faut toutefois conserver une réserve sur la concurrence : une entreprise ne peut augmenter librement ses prix que si le marché, ses contrats et ses clients le permettent. L’aide peut donc aussi compenser une hausse qu’elle n’a pas réussi à répercuter.
Il existe également certains garde-fous. Pour une partie des aides aux transporteurs dépassant 5 000 euros, l’entreprise peut devoir restituer l’aide si son excédent brut d’exploitation, aide déduite, dépasse un certain niveau par rapport à l’exercice précédent. Mais cela ne constitue pas une obligation générale de diminuer les prix facturés aux clients. (legifrance.gouv.fr)
5. Qui finance réellement ces aides ?
Dans la comptabilité publique, elles sont financées par le budget de l’État, donc par l’ensemble de ses ressources : impôts, taxes, recettes diverses et, lorsque les recettes sont insuffisantes, emprunt.
Dans ton analyse de la boucle économique, ces ressources reviennent finalement aux salariés-consommateurs : directement par leurs impôts et leurs taxes ; indirectement par les prélèvements incorporés dans les prix ; ultérieurement par le remboursement de la dette publique et de ses intérêts.
Nous obtenons alors ce paradoxe :
Le salarié finance collectivement l’aide par les ressources publiques. Il la finance une seconde fois lorsqu’il achète les biens ou les services dont le prix comprend le carburant. Mais rien ne garantit que l’entreprise bénéficiaire retranche de son prix l’aide reçue de l’État.
Il ne faut pas encore appeler automatiquement cela un « double paiement », car il faudrait démontrer que l’entreprise a intégralement répercuté la hausse du carburant. Mais il existe bien une possibilité de double compensation : le coût peut être payé par le client salarié dans le prix, puis compensé une nouvelle fois par l’aide publique qu'il finance.
L’« usine à gaz » ne vient donc pas seulement du nombre de formulaires. Elle provient d’un système qui traite séparément chaque profession, chaque véhicule et chaque conséquence de la hausse, sans intervenir sur le prix mondial du pétrole ni sur le mécanisme qui transmet cette hausse à tous les prix comme je l'ai développé depuis le début.
Ainsi l'on ne peut pas laisser croire que cette aide améliore le pouvoir d'achat de tous les salariés.
Seuls les salariés grands rouleurs ont leur pouvoir d'achat amélioré, mais également diminué comme les autres du coût global de l'aide générale de l'état aux non-salariés. De la sorte les salariés sans s'en rendre compte ont leur pouvoir d'achat global qui diminue du montant total
 de cette aide.

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Rédigé par ddacoudre

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Publié le 21 Septembre 2026

Ce que chacun devrait savoir avant d'aller voter.

Théodore Monod décrivait volontiers l’être humain comme un animal encore imparfaitement hominisé, avançant avec une lenteur désespérante vers la maîtrise de lui-même. Il disait que les hommes ont un cerveau "débile".

Cette appréciation ne signifiait pas que l’être humain serait dépourvu d’intelligence. Nos sciences, nos œuvres, nos techniques et nos organisations démontrent exactement le contraire. Elle attirait plutôt l’attention sur la difficulté que nous éprouvons à maîtriser les mécanismes archaïques avec lesquels nous naissons et à les soumettre aux capacités de réflexion, d’anticipation et de coopération développées par la culture.

Nous finissons même par prendre les mots que nous avons inventés pour la réalité elle-même. Un arbre n’est pas « un arbre » pour l’arbre. Il ne le devient que dans le langage humain, afin que nous puissions le reconnaître, le désigner et communiquer à son sujet.

Il en va de même de mots comme monnaie, capital, salaire, dette ou économie. Nous les employons quotidiennement comme s’ils désignaient des réalités naturelles. Ils désignent pourtant des conventions et des institutions inventées par les êtres humains.Puisqu'elles sont inventées par les hommes elles peuvent être changées.

Je voudrais montrer, par l’examen de l’économie, comment une espèce capable de réalisations extraordinaires peut demeurer collectivement soumise à une organisation qu’elle a elle-même créée, sans en comprendre entièrement le fonctionnement.

Du dominant humain au dominant systémique

Les sociétés humaines se sont longtemps organisées autour de dominants identifiables : chef, roi, seigneur, conquérant ou dictateur.

Depuis l’apparition des premières productions accumulables, celui qui pouvait s’en emparer par la force détenait les moyens de commander ceux qui les avaient produites (pillage). Les formes politiques ont changé au cours des siècles, mais les populations sont constamment passées sous l’autorité de nouveaux dominants, eux-mêmes engagés dans une concurrence territoriale, militaire et économique dans des organisations démocratiques où de débat la notion de néolibéralisme qui donne le pouvoir au capital privé de quelques uns..

Les ressources de ces dominants ont également évolué. Le pillage direct a progressivement laissé place aux tributs, aux prélèvements en nature, aux taxes, aux impôts et aux cotisations.

Le pouvoir politique actuel ne vient plus normalement saisir la récolte du paysan ou la production de l’artisan. Il prélève une partie des revenus et de la consommation pour financer les institutions, les services et les protections que la collectivité lui demande d’organiser.

Cette évolution est considérable. Les luttes sociales, la démocratie, l’imprimerie, la scolarisation, les progrès scientifiques et les technologies ont amélioré les conditions de vie et de travail. Mais elles n’ont pas fait disparaître la relation de domination économique. Elles l’ont rendue moins personnelle (S.A) et beaucoup plus difficile à voir.

Le dominant contemporain n’est plus nécessairement un homme. Il est devenu un système : le capitalisme. Les hommes qui le dirigent sont seulement cooptés.

Une dette qui ne peut pas être expliquée par une seule loi

La France connaît des déficits publics presque continus depuis le milieu des années 1970. La dette dépasse désormais 3 500 milliards d’euros.

On entend depuis des décennies les mêmes explications : l’État serait dépensier, il faudrait réduire les services publics, supprimer des fonctionnaires, diminuer les prestations, réformer les retraites et « faire maigrir le mammouth ».

La transformation du financement de l’État constitue bien une partie de l’histoire, mais il serait inexact d’affirmer que la loi du 3 janvier 1973 aurait soudainement interdit à la Banque de France de financer l’État et aurait, à elle seule, créé la dette.

Cette loi a réorganisé les relations entre le Trésor et la Banque de France sans supprimer toutes les avances. L’interdiction juridique stricte du financement direct des États par leur banque centrale est intervenue plus tard, dans le cadre du traité de Maastricht et de l’organisation monétaire européenne, négocié par les sociaux démocrate du PS puis de l'UMP (Lisbonne).

La dette française résulte d’un ensemble de causes : déficits successifs, crises économiques, chômage, vieillissement, politiques fiscales, dépenses nouvelles, ralentissement de la croissance, sauvetages financiers, intérêts versés et choix de financement.

Mais une question plus profonde demeure rarement posée :

Pourquoi une collectivité capable matériellement de produire des hôpitaux, des écoles, des routes, des logements et des connaissances doit-elle emprunter par une convention monétaire aux riches pour mobiliser ses propres capacités humaines et techniques ?
Nous retrouvons là la responsabilité des citoyens qui la renvoient depuis des décennies et du moins depuis les années 70 au système et aux hommes politiques qui ne mentent pas mais omettent de faire le tours de la boucle du système entre le départ du capital et le retour à celui-ci.

L’État n’a pas de ressources indépendantes de la société

L’État n’est pas une personne physique qui travaillerait, produirait et disposerait d’un revenu propre. C’est une personne morale (chose que je regrette car l’état ne paie rien ce sont les salariés qui paient) et une institution politique qui organise des fonctions collectives.

Ses ressources proviennent principalement : des impôts sur les revenus ; des cotisations sociales ; de la TVA et des taxes sur la consommation ; de l’imposition des bénéfices et du patrimoine ; des revenus de certains actifs publics ; et de l’emprunt.

Ces ressources sont prélevées sur l’activité économique générale, mais financées seulement en fin de circuit par les salariés qui eux mêmes l'ignorent, car aucun politiques, aucun économistes, aucun politologues, aucun journalistes, aucun chercheurs économiques, aucun think tank ne leur explique.

C'est une omerta consensuelle "doxatique"d'une messe internationale d'un credo capitaliste.

Qui demandent ?

Les citoyens demandent à l’État et aux collectivités de financer la santé, l’enseignement, la sécurité, la justice, les infrastructures, les retraites, les prestations sociales, la culture et de nombreuses autres missions. Ces demandes sont légitimes : elles correspondent aux besoins d’une société développée.

Mais cela Coûte !

Mais tout service exige des personnes, des bâtiments, des machines, de l’énergie, des matières et des connaissances des institutions démocratiques. Dans notre système, toutes ces capacités doivent être financées par de la monnaie.

Si les citoyens salariés refusent le financement ?

Si les citoyens demandent davantage de services sans accepter les prélèvements correspondants, ou s’ils ne disposent plus de revenus suffisants pour les supporter, l’État couvre la différence par l’emprunt.

C'est ainsi que la dette apparaît donc 1/ dans l’écart entre les besoins collectivement reconnus, les ressources fiscales politiquement acceptées, 2/ la manière dont la monnaie nécessaire peut être obtenue (accord de Maastricht). 3/ les choix politiques public ou privés dont aucun n'est gratuit.

Cela signifie que les citoyens sont seuls responsables de la dette par leurs choix électoraux Dans une démocratie, les gouvernements appliquent les orientations politiques issues du choix des citoyens. Ils doivent financer les services réclamés, répondre aux crises et traiter les difficultés produites par l’organisation capitaliste, sans que les électeurs leur donnent pour mandat de remplacer cette organisation en ne votant pas pour les partis anticapitalistes.

Les citoyens ne décident évidemment pas de chaque crise, mais ils reconduisent le cadre économique dans lequel ses conséquences sont traitées. Ils demandent à leurs gouvernements de maintenir ou d’accroître les services tout en refusant souvent les prélèvements correspondants. Les gouvernements recourent alors à l’emprunt pour exécuter cette volonté contradictoire.

La responsabilité politique.

La responsabilité politique première de la dette appartient donc aux citoyens. Les gouvernements successifs en sont les administrateurs : ils organisent son financement et choisissent ses modalités, mais ils ne font qu’appliquer, dans le cadre capitaliste maintenu par les choix électoraux, la contradiction collective entre les services demandés et leur financement refusé.

Certes les gouvernements choisissent les dépenses, les impôts, les exonérations et les emprunts. Les citoyens n’exercent qu’un contrôle indirect et très imparfait sur ces décisions mais ce sont eux qui les ont élus et ne peuvent pas s'en tirer en disant que c'est de leurs fautes.

Les différentes catégories sociales ne bénéficient pas davantage des mêmes dépenses et ne supportent pas les mêmes prélèvements, mais ces choix ne se font pas en catimini.

Mais la démocratie entretient une contradiction sans l’expliquer: nous voulons les services collectifs sans toujours accepter de reconnaître leur coût. Cela est un comportement conforme aux comportements humains qui ont sévit durant des siècles (recevoir sans participer au coût de production, l'esprit du pillage d'antan dont nous devons pas avoir honte de le reconnaître pour le maîtriser). Nous le voyons encore dans certain drames collectifs.

Pourquoi le prix peut représenter plusieurs fois le salaire net

Prenons un exemple volontairement simplifié. Il ne constitue pas une règle universelle, mais permet de rendre visible le mécanisme.

Supposons qu’un salarié reçoive 1 000 euros nets pour participer à une production.

Pour lui verser ces 1 000 euros, l’entreprise doit également financer les cotisations salariales, les cotisations patronales et différents prélèvements. Selon le niveau de rémunération et les allègements applicables, le coût total du travail pourrait, dans notre exemple, approcher 1 700 à 1 900 euros.

Mais le travail de ce salarié n’est pas le seul coût de la production. Il faut encore financer : les matières premières ; l’énergie ; les bâtiments ; les machines et leur amortissement ; la maintenance ; le transport ; l’administration ; les assurances ; le financement ; les impôts ; la marge nécessaire à la continuité de l’entreprise.

Imaginons la décomposition suivante :

Composition simplifiée

Montant

Salaire net

1 000 €

Cotisations et prélèvements liés au travail

800 €

Matières, énergie et autres services

600 €

Amortissements, administration et financement

300 €

Marge de l’entreprise

300 €

Prix hors taxe de la production

3 000 €

TVA à 20 %

600 €

Prix payé par les consommateurs

3 600 €

Dans cet exemple, le salarié reçoit 1 000 euros nets tandis que la production à laquelle il participe doit être vendue 3 600 euros toutes taxes comprises pour que l’ensemble de la boucle soit financé. Les 2600 correspondent au travail de salariés acheté par l'entreprise et revendu avec tout ce qui s'y rattache.

Cet exemple démontre qu’il ne peut pas racheter l'intégralité de sa production sans productivité ou emprunt.

La réalité cache cela.

Mais dans la réalité il n’achète pas sa production, mais une fraction de la production des autres dont il a besoin et il ne le voit pas. Il peut donc s’arrêter au 1000 € net qu’il a reçus, Avec les 1 000 euros reçus, il ne peut acquérir qu’une fraction de la valeur marchande finale à laquelle son travail a contribué. Environ 1/3 de ce qu’il a produit.

Le principe général reste que le salaire reçu ne permet pas de racheter sa production, même si cela nous échappe parce que celle-ci est achetée par l’ensemble des consommateurs, et avec des proportions diffèrent considérablement selon les secteurs.

Mais le rapport révèle une contradiction collective : les salariés reçoivent une fraction de la valeur monétaire nécessaire pour racheter l’ensemble des biens et services produits. Le complément de la demande doit provenir d’autres revenus, des dépenses publiques, du crédit, des exportations et de la circulation du capital ou de la productivité et de l’emprunt.

Les salariés financent donc collectivement, par leur travail et leur consommation, non seulement leurs revenus, mais également la reconstitution des capitaux qui leur seront de nouveau avancés lors du cycle suivant pour les rémunérer.

Pourquoi taxer les riches ne suffit pas à changer le système

Face à l’insuffisance du pouvoir d’achat et aux besoins de financement public, que refusent d’assumer les salariés, une réponse consiste à demander une contribution plus importante aux plus riches et aux détenteurs de capitaux du seul fait d’une vision sectorielle du processus économique.

Cette demande semble alors justifiée par la recherche de justice sociale face à la concentration considérable des patrimoines auxquels les salariés savent participer, mais pas comment. Mais elle ne suffit pas à sortir du capitalisme, c’est-à-dire du système de fabrication du capital au bénéfice de quelques-uns obtenu par la promesse politique néolibérale que c’était possible disponible pour tous.

Ainsi si l’on taxe davantage une entreprise ou son propriétaire, plusieurs effets sont possibles : une diminution de la marge ou des dividendes ; une réduction de l’investissement ; une pression sur les salaires ; une augmentation des prix lorsque le marché le permet ; un déplacement du capital ; ou une combinaison de ces différentes réactions.

La fiscalité ne change pas la boucle.

La fiscalité peut modifier le partage de la richesse. Elle ne change pas automatiquement la boucle qui a produit toutes ces combinaisons différentes. Elles seront récupérées par le capital au travers de la consommation par les prix et le chiffre d’affaires, il n’est pas inutile de le répéter.

L’argent redistribué par l’État devient le revenu de ceux qui le reçoivent. Ceux-ci le dépensent. Leur consommation devient le chiffre d’affaires des entreprises. Ce chiffre d’affaires reconstitue les coûts et le capital.

un bien être coûteux.
La redistribution améliore légitimement la vie des personnes au prix d'une majoration élevée (trois fois environ). Mais elle réinjecte cet argent dans le circuit dont le capital demeure propriétaire bénéficiaire pour récupérer les avances que la loi l’a obligé à consentir.

C’est pourquoi on ne sort pas du capitalisme en modifiant seulement la distribution de ses résultats. Il faut comprendre et transformer son mécanisme de reproduction.

Le plan comptable : mémoire ou moteur du système ?

Le plan comptable n’a pas inventé à lui seul le capitalisme, le capitalisme est conséquent de l’action des dominants. Le commerce, la propriété et l’accumulation existaient avant sa forme contemporaine.

Mais la comptabilité fournit au capitalisme son langage, sa mémoire et sa règle de continuité.

Elle classe : les bâtiments et les machines comme actifs ; les capitaux apportés comme ressources appartenant à leurs détenteurs ; les salaires et les services publics comme charges ; les ventes comme produits ; le bénéfice comme résultat ; les bénéfices conservés comme réserves venant augmenter les capitaux propres.

L’entreprise doit au minimum reconstituer ce qu’elle a consommé. Si elle ne couvre pas ses coûts, elle disparaît. Si elle ne peut pas investir, elle risque d’être dépassée. Si elle accumule, elle peut grandir, automatiser, conquérir des marchés et absorber ses concurrentes. C’est le combat des groupes internationaux dont les salariés des pays du monde produisent le capital et subissent leurs choix qui exclut l’intérêt collectif s’il n’est pas marchand et rentable.

Même lorsqu’un entrepreneur veut produire quelque chose d’utile, créer des emplois ou exercer un métier qu’il aime, son entreprise reste soumise à cette obligation, tenir ses comptes dans le cadre normatif du plan comptable.

Le capitalisme peut donc être défini ainsi :

Le capitalisme est un système de production organisé juridiquement et comptablement pour assurer la reconstitution et, si possible, l’accumulation du capital privé.

La production des biens et la satisfaction des besoins sont indispensables à son fonctionnement, mais elles sont sélectionnées par leur capacité à faire revenir le capital engagé. Marx avait déjà compris cela.

Le capitalisme ne produit donc pas uniquement des biens. Il produit du capital au moyen des biens.

Et si la possession de ces biens, même au prix fort, satisfait au quotidiens le "reptiliens" nous acceptons les situations qui y conduisent que ce soit l’esclavage, le servage, la servitude, le salariat suivant les siècles. Nous devons alors comprendre que l’émancipation que ce soit par les religions, la philosophie, la scolarité nous a fait passer d’un état à un autre sans modifier le capitalisme dont la base et le besoin de domination animalier, le Vieil homme".

Pourquoi acceptons-nous cette domination ?

Si ce mécanisme nous soumet, pourquoi ne décidons-nous pas démocratiquement de le transformer ?

C’est ici que l’explication économique rejoint la psychologie.

Nous possédons des capacités de réflexion, d’abstraction et d’anticipation remarquables. Mais une grande partie de nos comportements demeure orientée par des mécanismes automatiques de survie, de sécurité, d’appartenance et de recherche de statut qui définissent des paradigmes du "Vieil homme" cité ci-dessus, notre inné.

L’ancienne représentation du « cerveau reptilien » est trop simplificatrice pour décrire scientifiquement notre cerveau. Elle reste cependant une métaphore utile : l’urgence immédiate l’emporte souvent sur la compréhension du long terme.

Celui qui craint de perdre son emploi se préoccupe d’abord du revenu du mois suivant. Il lui importe peu, dans l’immédiat, de savoir quelle part de sa production reconstitue le capital, dès lors qu’il peut manger, se loger et protéger ses proches.

La réflexion sur le fonctionnement général du système exige du temps, de l’éducation et une certaine sécurité. Or le système entretient précisément l’insécurité qui empêche cette réflexion.

Dans L’Hélice, en 1995, j’ai voulu montrer comment la capacité réflexive pouvait être progressivement dominée par les sollicitations immédiates de la vie sociale. Il ne s’agit pas nécessairement d’une régression biologique du cortex, mais d’un recul culturel de son usage critique.

Le désir individuel de domination

L’évolution culturelle a également transformé la domination.

Dans nos relations quotidiennes, chacun cherche une forme de reconnaissance : estime de soi, statut professionnel, réussite, autorité ou prestige. Cette recherche n’est pas condamnable en elle-même. Elle peut encourager l’effort, la création et la responsabilité.

Mais elle devient le relais psychologique du système lorsque la réussite est principalement mesurée par l’accumulation monétaire et la capacité de commander le travail des autres.

Le capitalisme n’est pas seulement imposé d’en haut. Il s’appuie sur le désir de chacun de ne pas rester dominé et, si possible, de devenir dominant à son tour.

La concurrence économique trouve ainsi un puissant appui dans nos comportements :

  • chacun veut améliorer sa position ;

  • chaque entreprise veut dépasser ses concurrentes ;

  • chaque détenteur de capital veut préserver ou accroître son patrimoine ;

  • chaque nation veut maintenir sa puissance.

Le dominant systémique demeure le capitalisme, mais il survit parce qu’il transforme des millions de recherches individuelles de sécurité et de reconnaissance en moteurs de sa propre accumulation.

Ce que nous lui devons et ce qu’il nous coûte

Le capitalisme a contribué à développer la production, les échanges, les sciences appliquées, les machines et une part considérable de notre confort matériel.

Il serait absurde de le nier.

Mais ses défenseurs parlent moins volontiers de ce que son obligation d’accumulation produit également : guerres, exploitation salariale, surexploitation des ressources ; pollution ; réchauffement climatique ; déchets durables ; artificialisation des sols ; concentration des richesses ; remplacement du travail humain sans nouveau mode de distribution ; concurrence militaire et technologique destructive nucléaire ; paralysie des investissements collectifs qui ne promettent pas une rentabilité suffisante.

La sécheresse en fournit un exemple. Nous disposons de capacités humaines, techniques et scientifiques permettant de retenir une partie des eaux hivernales, de recharger les nappes et d’organiser leur distribution. Mais les projets indispensables sont ralentis lorsqu’ils ne procurent pas une rentabilité monétaire suffisamment rapide à un propriétaire du capital.

La capacité réelle existe. C’est son financement comptable qui fait défaut.

Changer la nature du capital

Le problème n’est donc pas seulement de savoir qui possède la monnaie ni de mieux partager les résultats de la boucle existante (la redistribution).

Il faut modifier ce que notre comptabilité reconnaît comme capital.

L’être humain est la seule source capable d’imaginer, d’organiser et de mettre en œuvre la production. Les machines elles-mêmes sont de l’énergie humaine accumulée : elles résultent du travail, de l’apprentissage, des découvertes et de la coopération des générations précédentes.

Le Modèle Joule propose de reconnaître cette réalité.

Le capital fondamental ne serait plus seulement la monnaie détenue par quelques-uns. Il deviendrait la capacité énergétique humaine et mécanique dont dispose collectivement la société pour satisfaire ses besoins.

La propriété privée, le droit d’entreprendre et l’initiative pourraient subsister. Mais l’accès à la vie ne dépendrait plus de l’obligation de vendre son travail au détenteur du capital monétaire.

La question finale n’est donc pas de savoir si l’être humain est intelligent. Ses réalisations le démontrent.

Elle consiste à savoir pourquoi cette intelligence demeure au service de mécanismes archaïques de domination et d’un système comptable qui transforme toute activité, y compris nos progrès et nos besoins, en occasions d’accumuler davantage de capital.

Alors, débiles ou pas ?

Nous préférons payer les intérêts plutôt que financer les services.

Ce que les salariés financent sans le voir

Le salarié voit distinctement, plusieurs opérations : il travaille ; il reçoit un salaire ; il paie des cotisations et des impôts ; il achète des produits ; l’État lui fournit certains services.

Ce qu’il voit moins clairement, c’est le circuit qui relie ces opérations.

Pour produire, l’entreprise avance des capitaux. Elle paie les salaires, les matières, les machines, l’énergie, les intérêts, les assurances, les impôts et les cotisations. Ensuite elle cherche à incorporer ces dépenses dans ses prix, ou les couvrir par le chiffre d'affaires comme principe général. Mais dans la mesure où la concurrence et la demande le permettent toutes ne peuvent pas le faire mais c'est un principe accepté comme concurrence innovante.

Lorsque les consommateurs salariés seulement ( car la consommations des entreprises, des entrepreneurs et des rentiers sont transférés sans que nous nous en rendions compte dans les prix et le chiffre d'affaires) achètent les produits, le chiffre d’affaires permet à l’entreprise : de payer ou de reconstituer les salaires avancés ; de remplacer les matières consommées ; d’amortir les machines ; de payer les prélèvements ; de rembourser les emprunts et les intérêts ; de constituer une marge ; de distribuer éventuellement des dividendes ; et d’accumuler un nouveau capital.

Les salariés financent tout.

Ainsi, les salariés ne financent pas seulement l’État par les prélèvements visibles sur leurs revenus. En tant que consommateurs, ils participent également au financement des coûts, des impôts, des intérêts et des marges incorporés dans les prix des autres consommateurs listés ci-dessus.

Dans la réalité nous ne le voyons pas parce que cela est dilué dans chaque produit ou service que nous achetons.

Cela ne veut pas dire que toute taxe sur une entreprise retombe automatiquement et intégralement sur les consommateurs. Selon la concurrence et le rapport de force, son coût peut réduire la marge, peser sur les salaires, diminuer l’investissement ou être répercuté dans le prix. C'est alors un effet naturel de la concurrence.

Mais, à l’échelle de l’économie, aucun prélèvement ne tombe du ciel. Il est nécessairement supporté, dans les explications économiques selon des proportions variables, par les consommateurs, qu'ils soient les travailleurs, les propriétaires ou les détenteurs du capital. Seuls les salariés n'ont aucun moyens d'en transférer le coût à quelqu'un d'autre.

Les citoyens demandent à l’État des hôpitaux, des écoles, des retraites, des infrastructures, des prestations et de la sécurité. Mais ils refusent simultanément les prélèvements nécessaires pour les financer, parce que ces prélèvements réduisent immédiatement leur pouvoir d’achat.

Ils élisent alors des gouvernements qui maintiennent les services sans augmenter suffisamment les recettes. La différence est empruntée aux détenteurs du capital.

Le citoyen croit ainsi avoir évité l’impôt. En réalité, il a seulement reporté son paiement et accepté de l’augmenter des intérêts.

Exemple chiffré.

Entre 1974 et 2023, les déficits publics cumulés hors intérêts représentent environ 1 188 milliards d’euros. Ce sont, pour simplifier, les services et dépenses que les recettes salariales du moment n’ont pas financés. Durant la même période, les intérêts cumulés ont atteint environ 1 641 milliards d’euros.

Les intérêts ont donc coûté environ 453 milliards de plus que les déficits initiaux qu’ils accompagnaient.

À ces intérêts s’ajoute le fait que le capital emprunté n’a pas disparu. La dette publique atteignait encore 3 101 milliards d’euros en 2023. Lorsqu’un emprunt arrive à échéance, l’État ne le rembourse généralement pas avec un excédent fiscal : il contracte un nouvel emprunt. Le capital roule, et les intérêts continuent.

Il ne faut cependant pas additionner mécaniquement tous les intérêts déjà versés et la totalité de la dette restante, car une partie des intérêts a elle-même été financée par de nouveaux emprunts et se retrouve déjà incorporée dans cette dette.

Le mécanisme n’en demeure pas moins évident : les citoyens avaient le choix entre financer les services au moment où ils les demandaient ou les payer plus tard avec un supplément. Ils ont préféré, par leurs choix électoraux successifs, la seconde solution.dont les prochaines élections ne vont pas se priver de s'étendre dessus comme si cela était la faute des gouvernants précédents.

Ils n’ont donc pas évité le paiement des besoins qu'ils ont demandé. Ils ont transformé une contribution collective en revenu durable pour le capital (doit-on le considérer comme une preuve d'intelligence ou d'un déficit de son utilisation).

La dette publique est ainsi devenue une machine de redistribution inversée : l’État emprunte aux détenteurs de l’épargne ce qu’il n’a pas prélevé, leur verse des intérêts, puis demande aux contribuables présents et futurs d’en assurer le paiement en toute logique, car c'est leur choix politique éclairé ou non.

Les citoyens réduisent aujourd’hui leur pouvoir d’achat pour payer les intérêts des services qu’ils n’ont pas voulu financer hier, tout en restant redevables du capital emprunté pour les fournir.

Ils ont voulu les services sans leur prix immédiat. Ils en paient maintenant le prix capitaliste.

S’ils avaient accepté de financer ces services au moment où ils les demandaient, ils auraient versé environ 1 188 milliards d’euros supplémentaires en prélèvements cumulés de 1974 à 2023 pris comme exemple. En choisissant l’endettement, ils ont supporté environ 1 641 milliards d’euros d’intérêts cumulés, tandis que le capital emprunté demeure à rembourser.

La différence représente près de 453 milliards d’euros courants.Sur cette période, le cumul des intérêts dépasse donc d’environ 453 milliards d’euros celui des déficits hors intérêts. Cette comparaison ne constitue pas une simulation exacte de ce qui se serait produit si chaque dépense avait été financée immédiatement. Elle révèle cependant l’ampleur du supplément versé aux détenteurs de la dette pour avoir différé le financement des services publics.

Les citoyens ont voulu préserver immédiatement leur pouvoir d’achat en refusant une partie du prix collectif des services demandés. Ils ont ensuite dû financer les intérêts, tandis que le capital emprunté continuait de rouler d’un emprunt à l’autre.

Ils n’ont pas supprimé la facture : ils ont transformé une contribution publique immédiate en dette durable et en revenu pour les détenteurs du capital. ils ont perdu le bénéfice d'un financement immédiat plutôt que par l’emprunt, et n'auraient pas eu le capital à rembourser.

Ils ont voulu préserver leur pouvoir d’achat en refusant le prix immédiat des services.

La mauvaise affaire due à l'avarice ou à l'ignorance

Ils ont finalement perdu davantage en intérêts et restent débiteurs du capital. Ce qu’ils n’ont pas voulu verser collectivement à l’État, ils l’ont versé avec supplément aux détenteurs du capital.

Le capitalisme n'a jamais été conçu par et pour les salariés, en voulant se comporter en tant que salariés comme des capitalistes (recherche de plus-value) faire une économie sur les impôts et taxes, ’ils ont offert au capital 453 milliards en plus du capital à rembourser. Il n'y a pas de quoi en être fier et encore moins pour ceux qui depuis des années comme politiques, journalistes, politologues, éditorialistes, économistes et autres commentent, en tant qu'experts une "entourloupe" du vieil homme de puis tant de temps.

 

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Rédigé par ddacoudre

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Publié le 17 Septembre 2026

Pendant que l’actualité se déverse ses faits divers, près de 200 milliards de mètres cubes d’eau renouvelable traversent chaque année notre territoire sans véritable politique nationale de stockage et de répartition.

Chaque année, la France semble découvrir successivement deux catastrophes qui seraient sans rapport entre elles.

Lorsqu’il pleut abondamment, les journaux montrent des routes coupées, des maisons inondées et des rivières sorties de leur lit. Nous nous plaignons alors qu’il tombe trop d’eau. Quelques mois plus tard, lorsque les sols se dessèchent et que les nappes baissent, les mêmes journaux annoncent les restrictions, les récoltes menacées et les communes en difficulté. Nous nous plaignons cette fois qu’il ne pleut plus assez.

Entre ces deux moments, l’eau s’est écoulée vers la Méditerranée, la Manche et l’océan Atlantique.

Nous traitons ainsi l’inondation et la sécheresse comme deux événements séparés, alors qu’elles sont les deux faces d’une même incapacité collective : nous ne savons pas suffisamment retenir l’eau lorsqu’elle est abondante, la laisser pénétrer dans les sols et les nappes, puis la redistribuer lorsqu’elle devient rare.

La France ne manque pourtant pas d’eau à l’échelle annuelle. Elle reçoit chaque année environ 513 milliards de mètres cubes de pluie et de neige. Après évapotranspiration, près de 208 milliards de mètres cubes constituent sa ressource renouvelable moyenne. Notre consommation nette annuelle n’en représente qu’environ 4,1 milliards.

Le problème n’est donc pas seulement la quantité d’eau disponible. Il réside dans sa répartition géographique, dans son irrégularité saisonnière et, surtout, dans l’absence d’une politique nationale suffisamment ambitieuse pour relier les années humides aux années sèches.

Pendant ce temps, notre espace médiatique consacre des heures aux faits divers, aux polémiques passagères et aux petites phrases politiques. Les inondations sont racontées comme des drames. Les sécheresses sont présentées comme des fatalités. Mais la question essentielle est rarement posée : que faisons-nous des immenses volumes d’eau qui traversent notre territoire pendant les mois humides avant de nous manquer en été ?

L'autre problématique est ces villes qui s’inondent sous des trombes d'eau. Couverte de béton ou de bitume, rien ne s'infiltre. Les évacuations d'eau de pluie sont calculées sur une pluviosité moyenne et non sur la plus élevée pour des raisons budgétaires. Ainsi face à l'évolution climatique tout est à repenser, mais qui pose la question, ni les institutions ni les journalistes qui pour le spectacle envoie leurs reporters sous parapluie et avec des bottes faire des pantomimes déplorées.

1. Une société vivant dans l’événement
Une inondation produit des images spectaculaires ; une sécheresse produit des restrictions et des inquiétudes ; les deux événements sont commentés séparément ; une fois l’émotion passée, le débat disparaît ; les faits divers occupent l’espace qui devrait être consacré aux transformations de long terme.
Nous avons une information météorologique de la catastrophe, mais pas encore une pensée politique de l’eau.
2. La France ne manque pas globalement d’eau
513 milliards de m³ de précipitations ; 208 milliards de m³ de ressource renouvelable ; 31 milliards de m³ prélevés ; 4,1 milliards de m³ réellement consommés.

le paradoxe est clair : la pénurie estivale existe, mais elle ne provient pas d’une absence annuelle générale d’eau.

3. L’erreur de calendrier

C’est le cœur de la démonstration : environ 85 % des écoulements ont lieu hors de l’été ; les consommations sont les plus importantes lorsque les débits sont les plus faibles ; quelques pour cent des hautes eaux hivernales représenteraient plusieurs années de consommation nette.

 

L’eau dont nous manquons en août est, pour une part, celle que nous avons laissée partir en janvier.
4. Pourquoi l’eau qui rejoint la mer n’est pas entièrement perdue

Il faut reconnaître clairement que les fleuves doivent continuer à couler pour : préserver les poissons et les zones humides ; alimenter les nappes ; transporter les sédiments ; empêcher l’eau salée de remonter dans les estuaires ; maintenir la qualité de l’eau.

 

Nous ne devons pas barrer toutes les rivières mais nous devons Préler une fraction scientifiquement déterminée des hautes eaux, sans compromettre la vie des bassins.


 

5. Les solutions à combiner

Un ouvrage unique n'est pas indispensable. l'ensemble doit être cohérent : adaptation des barrages existants ; nouvelles retenues dans les sites appropriés ; retenues latérales remplies seulement pendant les hautes eaux ; recharge artificielle des nappes ; restauration des sols, haies et zones humides ; réutilisation des eaux usées ; réparation des réseaux ; transferts limités entre bassins ; canaux ou conduites lorsque la géographie le justifie ; distribution gravitaire depuis les retenues d’altitude.

6. La vraie question : qui finance un projet dont les bénéfices sont collectifs ?

L’absence d’investissement ne démontre pas que ces ouvrages seraient inutiles. Elle révèle que notre comptabilité ne sait entreprendre que ce qui procure rapidement un revenu financier à un propriétaire du capital.

Cela établie naturellement un lien avec mon Modèle Joule : la capacité humaine, technique et mécanique existe, mais la réalisation dépend de la disponibilité du financement monétaire.

7. Une conclusion tournée vers l’action

Il n'y a pas à faire de reproche comme nous aimons si bien le faire mais cela doit déboucher sur une proposition institutionnelle : établir une cartographie nationale des hautes eaux récupérables ; calculer les besoins de chaque bassin à l’horizon 2050 ; inventorier les possibilités de stockage en surface et sous terre ; comparer les coûts des barrages, nappes, transferts et restaurations naturelles ; lancer un programme national sur plusieurs décennies ; créer une autorité démocratique de planification de l’eau. Il me semble que le sujet est plus important que de savoir si les musulmanes doivent porter le voile.


 

Une civilisation adulte ne prie pas pour qu’il pleuve après avoir regardé partir l’eau. Elle organise, longtemps à l’avance, la conservation et le partage de la ressource dont dépend sa vie.

ANNEXE

 

La France ne manque pas d’eau à l’échelle annuelle. Elle souffre surtout d’un décalage entre les lieux et les périodes où l’eau arrive et ceux où elle est nécessaire. Nous laissons passer des volumes considérables pendant l’automne et l’hiver, puis nous découvrons la pénurie locale en été.

Mais toute l’eau rejoignant la mer n’est pas « perdue » : une partie doit impérativement rester dans les rivières pour les écosystèmes, les nappes, les estuaires, la qualité de l’eau et la prévention des intrusions salines.

Les quantités disponibles en France

La France métropolitaine reçoit approximativement 513 milliards de mètres cubes de pluie et de neige par an. Environ 60 % repartent dans l’atmosphère par évaporation et transpiration des végétaux.

La ressource renouvelable moyenne est donc proche de 208 milliards de mètres cubes par an. Elle comprend les précipitations restant après évapotranspiration ainsi que l’eau arrivant des pays voisins. Mais elle peut fortement varier : en 2019, elle n’était plus que de 142 milliards de mètres cubes. Service des données du ministère de la Transition écologique

Élément

Volume annuel approximatif

Pluie et neige reçues

513 milliards de m³

Évapotranspiration

environ 305 milliards de m³

Ressource renouvelable restante

208 milliards de m³

Prélèvements humains

environ 31 milliards de m³

Eau réellement consommée et non restituée

4,1 milliards de m³

Ressource estimée prélevable en préservant les milieux

environ 97 milliards de m³

La différence entre les 31 milliards prélevés et les 4,1 milliards consommés est importante : les centrales, les industries et certains usages prélèvent de l’eau puis en restituent une grande partie au milieu.

Combien finit dans la mer ?

On ne dispose pas d’un compteur unique placé à toutes les embouchures. Mais on peut établir un ordre de grandeur.

Sur les 208 milliards de mètres cubes renouvelables :

  • environ 4,1 milliards sont consommés définitivement ;

    une partie recharge provisoirement les sols, les nappes et les retenues ;

    l’essentiel du reste finit tôt ou tard par rejoindre la mer, directement par les fleuves ou indirectement par les nappes.

L’ordre de grandeur des écoulements annuels vers les mers et les pays voisins se situe donc probablement entre 170 et 200 milliards de mètres cubes, selon les années. Ce n’est pas un volume intégralement récupérable.

Le chiffre le plus révélateur concerne la répartition saisonnière : seulement 15 % du débit annuel des cours d’eau transite pendant l’été, alors que 60 % de la consommation annuelle se concentre à cette période. Ministère de la Transition écologique

En moyenne, cela donnerait approximativement :

Saison

Volume transitant dans les cours d’eau

Été

environ 31 milliards de m³

Reste de l’année

environ 177 milliards de m³

C’est donc bien dans les forts débits d’automne, d’hiver et de printemps qu’il faudrait prélever une fraction de l’eau destinée à être restituée durant l’été.

Que représenterait la récupération d’une petite partie des crues ?

Si nous récupérions seulement une fraction des quelque 177 milliards de mètres cubes transitant hors été :

Fraction stockée

Volume récupéré

1 %

1,8 milliard de m³

5 %

8,9 milliards de m³

10 %

17,7 milliards de m³

La consommation nette annuelle française n’est que de 4,1 milliards de mètres cubes. Théoriquement, récupérer 5 % des écoulements hors été représenterait plus de deux années de consommation nette actuelle.

Cela ne signifie pas que l’on pourrait stocker cette eau au même endroit et la distribuer partout. Mais cela montre que le problème n’est pas d’abord une absence physique d’eau : il tient à l’insuffisance, à la localisation et à l’organisation des stockages.

Ce que représentent déjà les barrages

Les grands barrages français stockent approximativement 12 à 14 milliards de mètres cubes, selon le périmètre retenu. EDF indique gérer environ 6 milliards de mètres cubes dans ses lacs et retenues. Le seul lac de Serre-Ponçon approche 1,3 milliard de mètres cubes.

Un programme ajoutant progressivement 8 à 10 milliards de mètres cubes de stockage ne serait donc pas physiquement inimaginable. Il reviendrait approximativement à augmenter fortement la capacité actuelle, et non à construire quelques « mégabassines » isolées.

Les barrages pourraient remplir plusieurs fonctions : écrêter certaines crues ; produire de l’électricité ; conserver l’eau hivernale ; soutenir le débit des rivières en été ; approvisionner les villes ; assurer certaines irrigations ; constituer des réserves contre les incendies ; éventuellement alimenter des transferts entre bassins.

La quantité tombant sur les montagnes

Il n’existe pas un chiffre national simple regroupant toute la pluie tombant sur les Alpes, les Pyrénées, le Jura, les Vosges, le Massif central et la Corse. Un calcul exact demanderait de croiser les cartes de précipitations de Météo-France avec les limites géographiques et les bassins versants.

Nous pouvons néanmoins établir une première estimation.

En retenant : environ 150 000 km² de territoires montagneux ou de massifs ; une pluviométrie moyenne comprise entre 1 200 et 1 500 mm par an ;

on obtient :

150 000 km2×1,2 m=180 milliards de m3150\,000\ \text{km}^2 \times 1,2\ \text{m} = 180\ \text{milliards de m}^3

et, dans l’hypothèse haute :

150 000 km2×1,5 m=225 milliards de m3150\,000\ \text{km}^2 \times 1,5\ \text{m} = 225\ \text{milliards de m}^3

Ainsi, les régions montagneuses pourraient recevoir grossièrement entre 180 et 225 milliards de mètres cubes de précipitations par an.

Mais ce volume est brut. Une partie : s’évapore ; nourrit les végétaux ; s’infiltre dans les nappes ; reste temporairement sous forme de neige ; doit alimenter les torrents et les rivières ; ne peut matériellement être interceptée.

Si 40 à 55 % devenaient un écoulement récupérable ou infiltrable, le volume hydrologique correspondant serait de l’ordre de 70 à 120 milliards de mètres cubes. Il ne serait évidemment pas question de tout retenir. Stocker seulement 5 à 10 % de cet écoulement représenterait déjà plusieurs milliards de mètres cubes.

Il s’agit ici d’un ordre de grandeur à vérifier massif par massif, et non d’un chiffrage définitif.

Pourquoi ne construit-on pas simplement des barrages partout ?

Les obstacles ne sont pas seulement financiers.

Les meilleurs sites sont souvent déjà équipés

Les grandes vallées encaissées permettant de stocker beaucoup d’eau avec un barrage relativement court ont largement été utilisées au XXᵉ siècle. Les sites restant disponibles peuvent nécessiter des ouvrages plus coûteux pour un volume inférieur.

Les vallées ne sont pas vides

Un barrage peut submerger des terres agricoles, des routes, des habitations, des forêts et des sites naturels. Il faut indemniser, déplacer ou reconstruire.

Les rivières ont besoin de circuler

Les barrages retiennent les sédiments, perturbent les migrations des poissons et modifient la température de l’eau. En aval, les plages, deltas et zones humides dépendent des sédiments transportés par les cours d’eau.

Une retenue perd de l’eau par évaporation

Une retenue peu profonde située dans une région chaude peut perdre une quantité importante d’eau. Les réservoirs profonds, les stockages souterrains et la recharge des nappes sont souvent préférables lorsque la géologie le permet.

Stocker l’eau ne crée pas automatiquement un droit illimité à la consommer

Une nouvelle réserve peut encourager l’augmentation de l’irrigation ou l’installation de cultures très consommatrices. Après quelques années, la nouvelle demande absorbe alors toute la réserve supplémentaire.

Ces objections ne justifient pas l’inaction. Elles signifient qu’un programme doit sélectionner les ouvrages selon leur rendement réel, leur localisation et leurs conséquences.

Peut-on transporter l’eau par canaux ou conduites ?

Oui, techniquement. Mais l’échelle est considérable.

Un milliard de mètres cubes transporté régulièrement pendant une année correspond à un débit moyen de :

1 000 000 00031 536 000≃31,7 m3/s\frac{1\,000\,000\,000}{31\,536\,000} \simeq 31,7\ \text{m}^3/\text{s}

C’est déjà le débit d’une rivière importante.

Une seule conduite de cinq mètres de diamètre devrait transporter l’eau à environ 1,6 mètre par seconde pour déplacer ce milliard de mètres cubes par an. Pour transférer cinq milliards de mètres cubes, il faudrait plusieurs conduites gigantesques ou un grand canal.

L’énergie nécessaire au pompage

Pour élever un milliard de mètres cubes de 100 mètres :

E=mghE = mgh

Cela représente environ 0,27 TWh dans un système parfait, et approximativement 0,35 à 0,45 TWh en tenant compte des pertes.

Dénivelé

Électricité approximative pour 1 milliard de m³

100 mètres

0,35 à 0,45 TWh

300 mètres

1,1 à 1,3 TWh

500 mètres

1,8 à 2,2 TWh

À cela s’ajoutent les frottements dans les canalisations et les stations intermédiaires.

La solution la plus avantageuse consiste donc à stocker l’eau en altitude puis à la distribuer autant que possible par gravité. Dans ce cas, elle peut même produire de l’électricité en descendant.

Le mot « oléoduc » serait remplacé par aqueduc, canal de transfert ou conduite d’adduction. Mais ton rapprochement est pertinent : la France sait transporter du pétrole, du gaz et de l’électricité sur de grandes distances. Elle pourrait techniquement construire des infrastructures comparables pour l’eau.

Ce qu’un véritable plan national devrait envisager

La réponse ne devrait pas se limiter à choisir entre barrages et restrictions. Elle devrait réunir plusieurs solutions.

1. Mesurer les volumes réellement disponibles

Pour chaque bassin versant, il faudrait connaître : les débits hivernaux et estivaux ; les volumes de crue récupérables ; les besoins écologiques ; la recharge des nappes ; les consommations présentes et futures ; les effets attendus du changement climatique.

2. Utiliser d’abord les ouvrages existants

Beaucoup de barrages ont été conçus principalement pour l’électricité. Leur gestion pourrait être réexaminée pour combiner énergie, écrêtement des crues, soutien d’étiage et réserves d’eau.

Il faudrait également restaurer ou sécuriser certaines retenues existantes avant de construire systématiquement de nouveaux ouvrages.

3. Créer des retenues hors cours d’eau

Au lieu de barrer directement une rivière, une retenue latérale peut être remplie seulement lorsque son débit est élevé. Elle laisse ainsi le cours d’eau fonctionner normalement pendant les périodes ordinaires.

Cette solution est différente d’une bassine remplie par pompage dans les nappes : elle consiste à détourner une partie contrôlée des hautes eaux.

4. Recharger les nappes souterraines

Les nappes constituent des réservoirs naturels sans grande surface d’évaporation. Des zones d’infiltration peuvent recevoir une partie des eaux hivernales, à condition que leur qualité et la géologie le permettent.

5. Restaurer les sols, forêts et zones humides

Un sol compacté et imperméabilisé transforme la pluie en crue rapide. Un sol vivant, des haies, des forêts et des zones humides ralentissent l’eau, facilitent l’infiltration et la restituent plus tard.

Ce stockage diffus est moins visible qu’un barrage, mais il peut couvrir des surfaces considérables.

6. Réutiliser les eaux usées traitées

L’eau potable utilisée puis épurée peut servir à l’irrigation, à l’industrie, au nettoyage urbain ou à la recharge contrôlée de certaines nappes. Cela évite d’utiliser une nouvelle eau potable pour chaque besoin.

7. Réparer les réseaux

Les fuites ne constituent pas toutes une perte définitive — une partie retourne au sol — mais elles représentent une dépense inutile de captage, de traitement et de pompage. Leur réduction doit accompagner la création de nouvelles réserves.

8. Étudier quelques transferts interbassins

Des transferts pourraient être pertinents entre un bassin régulièrement excédentaire en hiver et un bassin déficitaire, à condition de ne pas transférer simplement les dommages écologiques.

Ils devraient rester des infrastructures stratégiques, décidées nationalement, et non une multitude de projets locaux sans cohérence.

Sur le fond : la politique française paraît trop souvent attendre la sécheresse pour réglementer les usages, puis attendre les inondations pour constater qu’il est tombé trop d’eau.

La France dispose annuellement de volumes considérables. Stocker seulement 5 % des écoulements hors été représenterait près de 9 milliards de mètres cubes, soit plus du double de sa consommation nette annuelle actuelle.

Cependant, la bonne politique ne serait pas de barrer chaque rivière ni de chercher à empêcher toute eau de rejoindre la mer. Elle consisterait à déterminer scientifiquement, bassin par bassin, la fraction des hautes eaux qui peut être : stockée en surface ; infiltrée dans les nappes ; conservée dans les sols et les zones humides ; transférée vers les régions déficitaires ; puis restituée pendant les périodes sèches.

Le véritable manque français n’est donc probablement pas seulement un manque d’eau. C’est l’absence d’une politique nationale de stockage saisonnier, d’infiltration et de transfert à la hauteur des changements climatiques.

 

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Rédigé par ddacoudre

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Publié le 16 Septembre 2026

Pétrole et guerre en Iran : comment la facture est présentée aux citoyens

Lorsqu’un automobiliste voit le prix du carburant augmenter, il se tourne naturellement vers son gouvernement. Il voit les taxes inscrites sur la pompe, connaît son ministre et peut manifester devant une préfecture. En revanche, il ne connaît ni les producteurs qui ont vendu le pétrole brut, ni les capacités qu’ils conservent volontairement ou matériellement inutilisées, ni les contrats maritimes, ni les compagnies d’assurance, ni les opérateurs financiers qui interviennent dans la formation du prix mondial.

Il demande donc à l’État de diminuer les taxes. C’est compréhensible, mais cela déplace le débat. La collectivité est appelée à renoncer à une partie de ses recettes tandis que les producteurs ayant continué à exporter conservent l’augmentation du prix du brut.

La guerre en Iran constitue une cause réelle de perturbation. Mais une cause réelle peut aussi devenir un écran derrière lequel disparaissent les choix économiques et stratégiques des autres acteurs. Pour comprendre qui paie et qui gagne, il faut remonter toute la chaîne.

Une pénurie réelle, mais qui n’explique pas tout

La perturbation de l’approvisionnement n’est pas imaginaire. Une part considérable du pétrole mondial transite normalement par le détroit d’Ormuz. Les attaques contre les navires et les infrastructures, la fermeture de certaines voies, les détours maritimes et l’augmentation des assurances ont effectivement réduit et renchéri les livraisons.

L’Agence internationale de l’énergie estimait dès juin 2026 que les pertes cumulées de production du Moyen-Orient avaient dépassé 1,3 milliard de barils. En août, la production mondiale a encore diminué de 1,6 million de barils par jour pour atteindre 100,1 millions. Il existe donc une contrainte matérielle incontestable. (AIE, juin 2026, AIE, septembre 2026)

Mais le prix ne représente pas seulement le pétrole physiquement manquant. Il incorpore également :

  • le risque de nouvelles interruptions ;

  • le coût des itinéraires de remplacement ;

  • les assurances maritimes ;

  • la constitution préventive de stocks ;

  • les anticipations des négociants ;

  • les décisions de production des pays non directement touchés.

La rareté est donc à la fois réelle, anticipée et administrée. J'ai déjà explique que c'est le prix de la peur que nous payons et pas celui de l'essence.

Pourquoi les autres producteurs ne remplacent-ils pas les volumes manquants ?

La première question que les citoyens devraient poser est simple : pourquoi les producteurs qui ne sont pas touchés par le blocage n’augmentent-ils pas suffisamment leur production ?

Les gouvernements importateurs peuvent leur demander de le faire. Ils peuvent négocier avec eux, garantir l’achat des volumes supplémentaires ou coordonner l’utilisation des réserves stratégiques. Mais plusieurs limites apparaissent.

D’abord, beaucoup de producteurs situés hors du Golfe exploitent déjà leurs installations à un niveau élevé. Aux États-Unis, la production atteignait encore 13,9 millions de barils par jour en septembre, sans augmentation par rapport à la semaine précédente. Ouvrir de nouveaux puits, installer des équipements et développer des oléoducs ne se décide pas en quelques jours.

Ensuite, une grande partie des capacités théoriquement disponibles se trouve précisément dans les pays du Golfe. Produire davantage ne résout rien si le pétrole ne peut pas sortir par le détroit, les oléoducs ou les ports menacés. L’Irak tente ainsi de transporter une partie de son pétrole par camions vers Kirkouk et la Turquie, mais les quantités restent dérisoires par rapport aux millions de barils habituellement exportés.

Enfin, les producteurs qui peuvent encore vendre n’ont pas nécessairement intérêt à faire redescendre le prix. La logique est facile à comprendre :

Vaut-il mieux vendre davantage à 73 dollars le baril, ou vendre un peu moins à 105 dollars ?

Avant la guerre, un million de barils vendu 73,50 dollars procurait 73,5 millions de dollars. Au prix de 105,40 dollars, la vente de seulement 800 000 barils procure 84,3 millions de dollars. Un producteur peut donc vendre 20 % de moins et encaisser près de 11 millions de dollars supplémentaires par jour.

La concurrence, souvent présentée comme le mécanisme qui doit faire baisser les prix, ne remplit pas automatiquement cette fonction. L’extraction pétrolière exige des investissements lourds, dépend d’un petit nombre de producteurs et repose sur des infrastructures longues à construire. Surtout, celui qui augmente fortement sa production contribue à faire baisser le prix de tous les barils qu’il vend.

La rareté n’est donc pas nécessairement créée de toutes pièces. Mais ceux qui en bénéficient n’ont aucune raison économique de la faire disparaître rapidement.

Une rente exceptionnelle peu visible

Le Brent valait approximativement 73,50 dollars le baril avant la guerre. Il se négociait autour de 105 dollars à la mi-septembre. L’écart approche donc 32 dollars par baril.

Pour chaque million de barils vendus quotidiennement, cette différence représente environ :

32 millions de dollars de recettes supplémentaires par jour, soit près d’un milliard de dollars par mois.

À l’échelle mondiale, en tenant compte de la diminution des volumes effectivement vendus, le supplément de recettes brutes des producteurs peut être estimé entre 2,2 et 2,7 milliards de dollars par jour aux prix actuels. Sur trente jours, cela représente entre 66 et 82 milliards de dollars.

Sur la période allant de mars à août 2026, l’ordre de grandeur pourrait atteindre 350 à 450 milliards de dollars de recettes brutes supplémentaires par rapport à une situation où les prix et les volumes seraient restés proches de leur niveau antérieur.

Il ne s’agit pas intégralement de bénéfices nets. Certains producteurs ont perdu des volumes, des installations ont été endommagées et les coûts de transport ont augmenté. Une partie de la rente est également perçue par les États producteurs sous forme de redevances, d’impôts ou de dividendes versés par leurs compagnies nationales.

Mais pour le producteur qui a conservé ses installations et ses débouchés, comme ceux qui fournissent la France, le coût d’extraction d’un baril n’a pas augmenté de 32 dollars. Une part importante de la différence devient donc une rente exceptionnelle.

Le contribuable est appelé à compenser ce que le producteur encaisse

En France, les manifestants réclament une réduction des taxes. La redevance représente environ 59,4 centimes par litre de gazole et 68,3 centimes par litre d’essence, avant certaines majorations régionales. Cette redevance est principalement fixe : elle ne croît pas avec le cours du pétrole. En revanche, la TVA augmente avec le prix hors taxe. (Guide officiel 2026 sur la fiscalité des énergies)

Une diminution des taxes soulagerait immédiatement les ménages et certaines professions. Mais elle ne ferait pas baisser le prix mondial du brut. Elle transférerait une partie de la facture vers le budget public : moins de recettes pour financer les dépenses collectives, tandis que la rente encaissée en amont par les fournisseurs resterait intacte.

Les professionnels ne se trouvent pas tous dans la même situation. Certains transporteurs disposent de clauses d’indexation et de remboursements partiels de l’accise. D’autres artisans, agriculteurs, pêcheurs ou petites entreprises ne peuvent répercuter immédiatement la hausse en raison de leurs contrats, de la concurrence ou de la faiblesse de leurs clients.

Le salarié, lui, ne peut généralement pas ajouter le carburant à un prix de vente. Pour compenser son trajet domicile-travail, il doit obtenir une augmentation de salaire qu'il rendra au capital majoré ou réduire une autre consommation qui réduira l'activité économique.

La demande d’aide peut donc être légitime. Mais une aide correctement construite devrait être ciblée, provisoire et accompagnée d’une récupération lorsqu’une entreprise a pu répercuter la hausse dans ses prix. Sinon, la même augmentation est payée deux fois : une première fois par la collectivité qui accorde l’aide, puis une seconde fois par le consommateur dans le prix final.

Pourquoi les États-Unis ne terminent-ils pas cette guerre comme celle d’Irak ?

La comparaison avec l’Irak vient naturellement à l’esprit. En 1991, l’armée irakienne était couramment présentée comme l’une des plus importantes du monde. La supériorité technologique et aérienne de la coalition a pourtant permis une victoire militaire très rapide. En 2003, le régime de Saddam Hussein a également été renversé en quelques semaines.

Mais cette comparaison rappelle aussi une leçon essentielle : gagner une campagne militaire ne signifie pas obtenir le résultat politique recherché. L’occupation de l’Irak, la désorganisation de l’État, les affrontements confessionnels et le développement d’insurrections ont prolongé la guerre bien après la chute du régime.

L’Iran constitue en outre un adversaire différent : population et territoire beaucoup plus importants, relief difficile, missiles, drones, forces dispersées et réseaux d’alliés régionaux. La puissance américaine peut détruire des installations et infliger des pertes considérables. Elle ne garantit ni la disparition du régime, ni la sécurisation durable du détroit, ni l’installation d’un ordre politique accepté.

Il faut surtout demander : que signifie « en finir » ? Détruire les capacités nucléaires ? Neutraliser les missiles ? Renverser le régime ? Occuper le pays ? Obtenir la libre circulation maritime ? Chacun de ces objectifs exige des moyens, une durée et des risques différents.

Les opérations publiées par le commandement américain montrent d’ailleurs une succession de frappes, d’interceptions maritimes et d’actions contre les forces iraniennes, mais pas l’existence d’un objectif politique final publiquement défini et rapidement réalisable. (CENTCOM)

Les BRICS sont-ils la raison de cette prudence ?

L’Iran appartient aux BRICS depuis l’élargissement de 2024. Il entretient des relations étroites avec la Russie et la Chine, et il serait invraisemblable qu’aucune consultation diplomatique, économique ou stratégique n’ait lieu entre ces pays pendant une guerre de cette importance. L’adhésion de l’Iran est confirmée par la présidence indienne des BRICS en 2026. (BRICS India 2026)

Mais il faut éviter une conclusion trop rapide : les BRICS ne sont pas une alliance militaire comparable à l’OTAN. Ils ne comportent pas de clause obligeant la Russie, la Chine, l’Inde, le Brésil ou l’Afrique du Sud à défendre militairement un membre attaqué. Leurs intérêts divergent souvent.

La Chine et la Russie peuvent soutenir diplomatiquement l’Iran, commercer avec lui, lui fournir certaines ressources ou chercher à empêcher une victoire américaine totale. Cela peut peser dans les calculs de Washington. Mais nous ne disposons pas de preuve permettant d’affirmer qu’un accord secret entre les BRICS expliquerait à lui seul la durée de la guerre.

La prudence américaine peut plus simplement résulter de plusieurs risques cumulés : extension régionale du conflit, fermeture durable des routes énergétiques, pertes militaires, épuisement des stocks de munitions, réactions russe et chinoise, rejet d’une nouvelle occupation et impossibilité de définir un pouvoir iranien de remplacement.

Une stratégie de prolongation pour enrichir les pétroliers ?

L’hypothèse mérite d’être posée, mais elle ne doit pas être transformée en certitude sans preuve.

Il est démontrable que certains producteurs gagnent énormément à la hausse des prix. Il est également démontrable que les États importateurs n’ont pas mobilisé immédiatement toutes les réponses économiques possibles. En revanche, cela ne suffit pas à prouver que la guerre aurait été volontairement prolongée dans le but de procurer des profits aux compagnies pétrolières.

Une guerre peut durer sans plan unique. Les intérêts militaires, diplomatiques, électoraux, industriels et financiers peuvent se combiner. Certains acteurs peuvent bénéficier d’une situation qu’ils n’ont pas créée ; d’autres peuvent éviter de la résoudre trop rapidement parce que la solution leur coûterait davantage que sa prolongation.

La question raisonnable n’est donc pas : « Existe-t-il nécessairement un complot pétrolier ? » Elle est plutôt :

Quels acteurs ont intérêt à ce que la crise dure, quels moyens possèdent-ils pour la réduire, et pourquoi ces moyens ne sont-ils pas pleinement mobilisés ?

Les citoyens ne sont pas ignorants : ils sont placés devant la mauvaise cible

Dire que les citoyens sont « pris pour des veaux » exprime une colère compréhensible, mais ne décrit pas exactement le mécanisme.

Le citoyen réagit aux informations dont il dispose. Il voit le prix affiché, le montant des taxes et les déclarations de son gouvernement. Il ne voit pas les capacités de production inutilisées, les marges de chaque intermédiaire, les négociations entre États, les contrats d’assurance, les stocks constitués ni les recettes des producteurs.

Son gouvernement est responsable devant lui ; Saudi Aramco, les compagnies internationales, l’OPEP+ ou les négociants ne le sont pas. Il proteste donc contre l’acteur qu’il peut atteindre.

Le véritable abus réside dans l’organisation de l’information : la fiscalité nationale est constamment exposée, tandis que la rente internationale demeure abstraite. On demande alors à l’État de corriger avec l’argent public une augmentation dont une part considérable enrichit des acteurs situés hors de portée démocratique.

Cette crise révèle finalement une question plus large : qui gouverne les ressources indispensables à la vie ? Tant que l’énergie est organisée principalement par la propriété, la rareté, la concurrence et la recherche du rendement, chaque crise réelle devient aussi une occasion d’accumulation.

La guerre explique une partie du prix. Elle ne dispense pas d’examiner ceux qui déterminent la production, ceux qui bénéficient de la hausse et ceux auxquels on demande d’en payer la facture.

La France achète aujourd’hui son pétrole brut principalement aux États-Unis, au Kazakhstan, au Nigeria, à l’Algérie et à la Norvège. Elle n’achète pratiquement pas de brut iranien en raison des sanctions. Ces pays ne subissent pas l'impact de la guerre en IRAN, ils augmentent leur prix parce qu'ils ne sont pas philanthropes, mais capitalistes et s'ajustent au prix mondial pour gagner plus, point.

Alors nous pouvons en appeler au pouvoir, il ne peut pas changer cela et nous paierons d'une manière ou d'une autre. Toutes les radios trottoirs de citoyens et manifestations sont des coups d'épées dans l'eau, le général aurai dit de "veaux"

Pays d’origine

Part du brut importé

Kazakhstan

28 %

États-Unis

16 %

Nigeria

15 %

Algérie

13 %

Libye

11 %


 

À la pompe ou par l’impôt, ce sont toujours les citoyens qui paient

La guerre contre l’Iran et la fermeture du détroit d’Ormuz provoquent une véritable perturbation de l’approvisionnement mondial. Mais cette explication, répétée seule par les médias, dissimule une seconde réalité : les fournisseurs qui ne sont pas touchés par le conflit vendent eux aussi leur pétrole au prix mondial devenu plus élevé.

Les États-Unis, le Kazakhstan, le Nigeria, l’Algérie ou la Norvège ne supportent pas nécessairement une augmentation équivalente de leurs coûts de production. Ils bénéficient néanmoins du nouveau cours international. La pénurie créée dans une région devient ainsi une rente supplémentaire pour des producteurs situés à des milliers de kilomètres du conflit. Les raffineurs et certains intermédiaires peuvent également profiter de l’augmentation des marges, des coûts d’assurance et des anticipations du marché.

L’information médiatique demeure médiocre lorsqu’elle se contente d’affirmer : « la guerre fait augmenter le prix de l’essence ». Elle décrit le déclencheur sans expliquer le mécanisme économique ni rechercher qui encaisse la différence. Elle devrait distinguer la pénurie physique, la hausse du prix mondial, les marges de raffinage, la spéculation, les bénéfices supplémentaires des producteurs et la fiscalité française.

Faute de cette explication, les citoyens se tournent vers leur gouvernement et réclament une diminution des taxes. Cette réaction est compréhensible, puisque l’État est le seul acteur visible et politiquement accessible. Mais elle laisse intacts les bénéfices supplémentaires encaissés par les producteurs et les intermédiaires pétroliers.

Si le gouvernement ne réduit pas les taxes, l’automobiliste paie directement la hausse à la pompe. S’il les réduit ou verse une aide, la dépense est transférée au budget public. Elle sera alors financée par d’autres prélèvements, par une diminution des services publics ou par l’endettement, dont la charge future reposera encore sur la collectivité. Une baisse fiscale peut modifier la personne qui paie immédiatement et soulager temporairement les ménages les plus exposés ; elle ne fait pas disparaître le coût économique.

Les professionnels peuvent, dans une certaine mesure, intégrer la hausse du carburant dans leurs prix. Le consommateur la retrouve alors dans son alimentation, ses transports, ses travaux ou ses services. Le salarié, le retraité et tous ceux dont le revenu ne s’ajuste pas automatiquement ne disposent pas de cette possibilité.

Dans tous les cas, les citoyens finissent donc par payer :

  • directement à la pompe ;

  • indirectement dans le prix des marchandises et des services ;

  • collectivement par les aides publiques ;

  • ultérieurement par l’impôt, la réduction des dépenses publiques ou la dette.

Pendant ce temps, la rente née de la hausse du cours mondial demeure entre les mains des producteurs, des raffineurs et des détenteurs de capitaux qui en bénéficient.

La véritable question politique ne devrait donc pas être seulement : combien l’État doit-il retirer de taxes ? Elle devrait être également : qui profite de la hausse, combien gagne-t-il réellement et pourquoi la collectivité devrait-elle financer une rente privée créée par le fonctionnement du marché mondial ?

La guerre crée ou aggrave la rareté. Le marché capitaliste transforme cette rareté en prix mondial. Les entreprises capables de répercuter leurs coûts les transfèrent dans leurs prix. L’État peut déplacer momentanément la charge. Mais, au bout de la boucle, ce sont toujours les citoyens-consommateurs qui financent le système, tandis que l’augmentation du capital reste acquise à ceux qui possèdent les moyens de production et de distribution.

Les citoyens ont la tête dure, je ne cesse de l'expliquer, au bout du bout ce sont les salariés du privé qui paient TOUT (avec une participation du public et retraités) et toutes les gesticulations citoyennes ne sont que des braiments d'ânes, avec tout le respect que j'ai pour eux, alors vérifié si j'ai raisons ou tord.

 

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Rédigé par ddacoudre

Publié dans #Politique

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Publié le 12 Septembre 2026

Mesdames et Messieurs les secrétaires généraux,
Chers camarades,

À l’approche des prochaines échéances électorales, les déficits de la Sécurité sociale et des retraites vont une nouvelle fois occuper le débat public. Nous entendrons les propositions habituelles : allonger la durée de cotisation, retarder l’âge de départ, réduire certaines prestations, augmenter les prélèvements ou rapprocher davantage les différents régimes.

Depuis plus de trente ans, les mêmes solutions sont appliquées et conduisent aux mêmes régressions.

En 1993, la réforme Balladur a fait passer progressivement la durée d’assurance de 37,5 à 40 ans pour les salariés du privé. Elle a étendu le calcul de la pension des 10 aux 25 meilleures années et remplacé l’indexation sur les salaires par une indexation sur les prix. Les réformes suivantes ont prolongé cette évolution : rapprochement des régimes, allongement de la durée d’assurance, recul de l’âge de départ et développement de l’épargne retraite par capitalisation.

Les mobilisations ont parfois ralenti les réformes, comme en 1995, mais elles n’ont pas permis aux salariés de préserver durablement leurs acquis.

Je ne formule pas ce constat depuis un bureau. Je l’ai vécu comme responsable syndical. Dans une ville de près de 400 000 habitants, nous nous sommes retrouvés à environ 150 personnes sous une banderole pour défendre des droits qui concernaient pourtant des dizaines de milliers de salariés.

Cette disproportion entre l’importance des enjeux et la faiblesse de la mobilisation doit être regardée lucidement. Les salariés n’ont pas toujours trouvé la volonté, la confiance collective ou le courage nécessaires pour défendre leurs propres droits. Ce constat n’est pas un reproche moral : il révèle l’affaiblissement progressif de la conscience syndicale et du rapport de force.

Trente années de discrédit du mouvement syndical

Depuis les années 1990, une stratégie constante a présenté les cotisations sociales comme des « charges », les droits collectifs comme des privilèges, les grèves comme des prises d’otages et les syndicats comme les défenseurs d’un monde dépassé.

Cette représentation répétée a produit ses effets. Les organisations syndicales ont progressivement perdu une partie de leur capacité à structurer la colère sociale. Mais la colère, elle, n’a pas disparu.

Elle a resurgi avec les Gilets jaunes sous la forme d’un mouvement puissant, mais extrêmement hétéroclite, regroupant des citoyens jusque-là éloignés de toute organisation, des travailleurs, des retraités, des indépendants, des abstentionnistes et des militants provenant de sensibilités politiques très différentes.

Des militants du Rassemblement national ou de sa mouvance y ont également trouvé un terrain favorable. Ils ont été particulièrement visibles dans certains rassemblements où le drapeau tricolore était employé comme signe de ralliement identitaire — même si ce drapeau appartient évidemment à tous les Français et ne saurait être abandonné à un parti.

La colère exprimée par les Gilets jaunes possédait des causes sociales légitimes. Mais, faute d’organisation permanente, de représentation reconnue et de projet économique commun, elle a souvent tourné au pataquès. Des revendications contradictoires se sont additionnées sans déboucher sur une construction capable de modifier durablement les règles économiques.

À l’heure où circulent de nouveaux appels à ressortir les Gilets jaunes le 17 octobre, les organisations syndicales doivent s’interroger : vont-elles une nouvelle fois attendre que la colère se développe en dehors d’elles ou vont-elles reprendre l’initiative en proposant une revendication à la hauteur des transformations économiques ?

Une revendication syndicale ancienne devenue actuelle

En 1971, dans le cadre des négociations nationales des carrières et matériaux de construction, j’ai porté au nom de l’organisation syndicale la revendication d’une taxation des machines qui remplaçaient des emplois.

Le patronat avait alors opposé un argument simple : taxer les machines risquerait de ralentir les investissements.

Cet argument devait être entendu dans le contexte industriel de l’époque. Mais, depuis 1971, l’automatisation, la robotique, l’informatique et désormais l’intelligence artificielle ont profondément transformé la production. La puissance productive des machines a progressé beaucoup plus rapidement que la population active et que le nombre d’heures travaillées.

Le problème est maintenant évident : notre protection sociale demeure principalement financée par des prélèvements assis sur les revenus du travail, alors que la production dépend de moins en moins de la seule quantité de travail humain directement employée.

Plus les machines permettent de produire avec moins de salariés, plus elles réduisent potentiellement l’assiette salariale sur laquelle reposent les cotisations. Ce qui constitue un progrès technique devient alors une fragilité sociale.

La circulation réelle de l’argent

Le capital avance les sommes nécessaires au fonctionnement de l’entreprise : salaires, cotisations, matières, énergie, équipements, services et investissements.

Le travail humain, associé aux machines et aux savoirs accumulés, transforme ces avances en biens ou en services. La vente de cette production fournit ensuite le chiffre d’affaires permettant à l’entreprise de couvrir ses dépenses, de renouveler son activité et, lorsqu’elle y parvient, de dégager une marge.

La boucle fondamentale peut être résumée ainsi :

Capital avancé → salaires, cotisations et dépenses de production → travail humain et puissance des machines → biens et services → consommation → prix payés → chiffre d’affaires → reconstitution et augmentation possible du capital.

Les cotisations dites « patronales » sont juridiquement versées par les employeurs, mais elles constituent économiquement un élément du coût de production financé par la valeur ajoutée de l’entreprise. Selon la situation du marché et de la concurrence, leur poids peut être réparti entre les prix, les marges et l’évolution des rémunérations. Mais tout absolument toutes les avances de capital retournent ne fin de boucle à celui-ci.

Une cotisation assise sur la puissance productive automatisée ne serait donc pas une confiscation d’un capital immobile. Elle participerait à la même circulation économique que les autres dépenses de production. Les sommes recueillies deviendraient des pensions, des remboursements de soins, des prestations et des revenus qui retourneraient en grande partie vers l’économie par la consommation au capital. Le gain de salarié se présenterait par ne plus avoir à financer les intérêts de la dette, puisque celle-ci disparaitrait.

Ce que mesure la réserve machine

Dans La République de l’énergie humaine, j’ai cherché à mesurer la puissance productive accumulée dans les machines, les infrastructures, les savoirs et l’organisation.

En retenant, à titre d’hypothèse pédagogique, une productivité horaire moderne environ dix fois supérieure à celle de 1870, les 30 millions d’actifs actuels produisent théoriquement autant que 300 millions d’actifs travaillant avec les moyens de cette époque.

La différence représente environ 270 millions d’« équivalents emplois-machine ».

Ce chiffre ne désigne ni 270 millions d’emplois réellement supprimés ni une somme d’argent déposée quelque part. Il constitue un indicateur de la puissance productive supplémentaire fournie par l’accumulation technique et scientifique.

Le calcul énergétique du Modèle Joule permet d’exprimer cette puissance en équivalent de travail humain. Il ne crée pas une réserve monétaire disponible : il révèle une capacité productive réelle que la comptabilité actuelle enregistre seulement à travers la productivité, la valeur ajoutée, les équipements et les résultats des entreprises.

La revendication consiste à transformer cette mesure physique et économique en une assiette de financement social applicable dans notre système monétaire.

De la « taxation des machines » à une cotisation sur la production automatisée

L’expression « faire cotiser les machines » est une simplification. Une machine ne peut évidemment pas verser elle-même une cotisation. L’entreprise propriétaire ou utilisatrice acquitterait une contribution calculée à partir d’un indicateur représentant la part de production obtenue grâce aux équipements, aux logiciels, aux robots et aux systèmes automatisés.

Cette contribution pourrait être désignée comme une :

Cotisation sociale sur la valeur productive automatisée.

Sa mise en œuvre demanderait de déterminer :

  1. la manière de mesurer la part de valeur ajoutée attribuable à l’automatisation et aux équipements productifs ;

  2. le taux nécessaire pour couvrir tout ou partie des déficits sociaux ;

  3. les modalités permettant de ne pas pénaliser les investissements indispensables ;

  4. les mécanismes évitant les délocalisations ou les contournements comptables ;

  5. la différence à établir entre un investissement qui complète le travail humain et celui qui remplace durablement une assiette de cotisation salariale.

En 2025, le déficit des régimes obligatoires de base de la Sécurité sociale et du Fonds de solidarité vieillesse s’est élevé à 21,6 milliards d’euros, dont 7,2 milliards pour la branche vieillesse.

Il ne s’agit donc pas de prélever les 25 189 milliards d’euros d’équivalence énergétique obtenus dans mon étude comme s’ils constituaient une somme disponible. Ce montant représente une capacité productive théorique exprimée en monnaie. L’objectif est d’en tirer une assiette réelle, vérifiable et limitée, permettant de collecter les 21,6 milliards nécessaires sans prétendre transformer directement toute l’équivalence énergétique en monnaie.

Une occasion historique pour les syndicats

Un mouvement spontané comme celui des Gilets jaunes peut exprimer puissamment une souffrance. Il ne possède cependant ni les structures, ni les compétences permanentes, ni la représentativité nécessaires pour expertiser une nouvelle assiette sociale, la négocier avec le patronat et l’inscrire durablement dans la loi.

Les organisations syndicales disposent encore de cette capacité.

Porter la cotisation sur la valeur productive automatisée leur permettrait de reprendre l’initiative, non par une opération de communication, mais en apportant une réponse concrète à une contradiction devenue centrale : comment continuer à financer les retraites, la santé et la protection sociale lorsque les machines accomplissent une part croissante de la production ?

Il ne suffit plus de défendre chaque droit au moment où il est attaqué. Il faut proposer la nouvelle source de financement permettant de le garantir.

Je demande donc à votre organisation :

  • de soumettre cette proposition à ses économistes et spécialistes de la protection sociale ;

  • d’examiner contradictoirement le calcul de la réserve machine ;

  • d’étudier une assiette juridiquement et économiquement applicable à la valeur productive automatisée ;

  • de porter cette question dans les débats intersyndicaux et électoraux ;

  • et de me faire connaître les raisons précises pour lesquelles cette revendication pourrait être retenue, corrigée ou rejetée.

Cette proposition provient d’une revendication syndicale formulée dès 1971. L’évolution technique lui donne aujourd’hui une urgence et une justification nouvelles.

Les syndicats peuvent laisser la colère sociale continuer à se disperser dans des mouvements sans organisation ni débouché, au risque qu’elle profite principalement au Rassemblement national. Ils peuvent aussi lui donner une perspective, une revendication et une force collective.

La possibilité de reprendre le devant de la scène existe. Encore faut-il décider de la saisir.

La balle est désormais entre vos mains.

Respectueusement et fraternellement,

Syndicaliste retraité – Essayiste
Auteur de La République de l’énergie humaine
Présentation du Modèle Joule

Au-delà du capitalisme et du communisme — Le Modèle Joule https://modele-joule.ddacoudre.chatgpt.site/edition/index.html

Pièces jointes proposées :

  • ANNEXE 1 : Méthode de calcul de la réserve machine actualisé.

Au 11 septembre 2026, la « valeur machine » du Modèle Joule peut être évaluée à environ 26 920 milliards d’euros par an, en équivalent comptable.

Calcul actualisé

Nous conservons les conventions du Modèle Joule :

Élément

Calcul

Résultat

Population active de référence

—

30 millions

Énergie annuelle par personne

300 kcal × 24 h × 365 jours

2 628 000 kcal

Énergie humaine productive

30 millions × 2 628 000

78 840 milliards kcal

Productivité actuelle supposée

10 fois celle de 1870

facteur 10

Équivalent fourni par les machines

9 × 30 millions

270 millions d’emplois humains

Énergie machine équivalente

270 millions × 2 628 000

709 560 milliards kcal

Le dernier PIB annuel complet publié par l’Insee est celui de 2025 : 2 991,1 milliards d’euros. Insee — Comptes nationaux annuels 2025

La valeur monétaire d’une kilocalorie productive devient donc :

2 991,1 milliards €÷78 840 milliards kcal=0,03794 €/kcal2\,991{,}1\ \text{milliards €} \div 78\,840\ \text{milliards kcal} = 0{,}03794\ €/\text{kcal}

La valeur machine est alors :

709 560 milliards kcal×0,03794 €=26 919,9 milliards €709\,560\ \text{milliards kcal} \times 0{,}03794\ € = 26\,919{,}9\ \text{milliards €}

Résultat à retenir
La valeur productive annuelle attribuée aux machines représente, selon les conventions du Modèle Joule, environ 26 920 milliards d’euros en valeur 2025.

L’ancien résultat était de 25 189 milliards d’euros, parce qu’il reposait sur un PIB arrondi à 2 800 milliards. L’actualisation ajoute donc environ 1 731 milliards d’euros, soit 6,9 %.

Pourquoi le résultat correspond exactement à neuf PIB

Il existe une simplification importante :

Valeur machine=(facteur de productiviteˊ−1)×PIB\text{Valeur machine}=(facteur\ de\ productivité-1)\times PIB

Avec un facteur de productivité égal à 10 :

(10−1)×2 991,1=9×2 991,1=26 919,9 milliards €(10-1)\times 2\,991{,}1 =9\times2\,991{,}1 =26\,919{,}9\ \text{milliards €}

Ainsi, même si nous remplacions les 30 millions d’actifs par le chiffre plus récent de 31,4 millions, le résultat final en euros resterait identique : l’énergie machine augmenterait, mais la valeur attribuée à chaque kilocalorie diminuerait proportionnellement.

La précision indispensable

Ces 26 920 milliards ne sont pas une somme d’argent disponible, ni une richesse supplémentaire qui s’ajouterait au PIB. Ils représentent :

l’équivalent monétaire théorique de la capacité productive que les machines substituent au travail humain, selon le facteur de productivité retenu par le Modèle Joule.

C’est donc une valeur comptable annuelle de capacité productive, et non un capital dormant que l’on pourrait directement prélever.

À titre d’illustration, une cotisation théorique de 0,08 % sur cette valeur représenterait environ :

26 919,9×0,08%=21,54 milliards €26\,919{,}9 \times 0{,}08\% = 21{,}54\ \text{milliards €}

Mais, pour transformer cette démonstration en cotisation applicable, il reste à définir comment répartir cette valeur machine entre les entreprises : selon leur valeur ajoutée automatisée, leurs équipements productifs, leurs gains de productivité ou le nombre d’emplois humains remplacés. C’est désormais le point technique central.

  • ANNEXE 2 : Schéma de la boucle économique et proposition d’assiette sociale.

LA BOUCLE ÉCONOMIQUE ET LA COTISATION SOCIALE SUR LA VALEUR PRODUCTIVE AUTOMATISÉE

1. Pourquoi représenter la boucle économique ?

Le débat sur le financement de la Sécurité sociale s’arrête généralement au premier mouvement de l’argent : l’entreprise verse les salaires et les cotisations, le salarié cotise et l’État prélève des impôts et des taxes.

Mais cette première opération ne suffit pas à expliquer le fonctionnement de l’économie. Il faut suivre l’argent jusqu’à son retour.

Lorsqu’un capital est engagé dans une entreprise, il permet de verser des salaires, d’acquitter des cotisations, d’acheter des matières, de l’énergie, des services et des équipements. Le travail humain, associé aux machines, transforme ces dépenses en biens ou en services. Ces derniers sont ensuite mis sur le marché et vendus à un prix.

Le prix payé devient le chiffre d’affaires de l’entreprise. Ce chiffre d’affaires doit permettre, dans la durée, de couvrir les dépenses de production, de renouveler les équipements, de financer un nouveau cycle d’activité et, lorsque cela est possible, de dégager une marge permettant de rémunérer ou d’augmenter le capital.

La boucle fondamentale peut donc être représentée ainsi :

Capital avancé → salaires, cotisations et autres dépenses de production → travail humain associé aux machines → biens et services → mise sur le marché → prix payés → chiffre d’affaires → reconstitution du capital, financement d’un nouveau cycle et augmentation éventuelle du capital.

Sans retour des sommes engagées par l’intermédiaire des ventes, l’entreprise ne peut durablement poursuivre son activité.

2. Les revenus qui permettent d’acheter la production

La production ne peut être vendue que s’il existe, en face d’elle, une demande solvable. Cette demande provient de trois grandes catégories de revenus.

Les revenus directs

Les entreprises versent des salaires en contrepartie du travail. Une partie de ces salaires est ensuite utilisée par les salariés pour se loger, se nourrir, se chauffer, se déplacer, s’équiper et accéder aux différents services.

La consommation des salariés devient alors le chiffre d’affaires des entreprises.

Les revenus socialisés ou différés

Les cotisations sociales, les impôts et les taxes alimentent la Sécurité sociale, l’État et les collectivités publiques.

Ces ressources sont ensuite transformées en :

  • retraites ;

  • remboursements de soins ;

  • indemnités ;

  • prestations familiales ;

  • allocations ;

  • traitements des agents publics ;

  • services collectifs ;

  • commandes publiques.

Les bénéficiaires utilisent à leur tour une partie de ces revenus pour consommer. Les prélèvements initiaux reviennent ainsi, au moins en partie, vers les entreprises sous la forme de chiffre d’affaires.

Les revenus financiers

Les entreprises et les organismes financiers versent également des intérêts, des dividendes, des loyers et différentes rémunérations du capital.

Ces revenus peuvent être consommés, épargnés ou investis. Ils participent donc eux aussi à la circulation économique.

La circulation complète peut être résumée ainsi :

Capital avancé → salaires, prélèvements et production → revenus directs, socialisés et financiers → consommation → prix payés → chiffre d’affaires → reconstitution, rémunération et augmentation possible du capital.

Ce ne sont pas nécessairement les mêmes entreprises qui récupèrent exactement ce qu’elles ont engagé. Le retour s’observe au niveau du circuit économique pris collectivement. Une partie de la consommation peut également alimenter les importations ou une partie des revenus peut être épargnée. Mais le principe comptable demeure : toute somme versée par un acteur est reçue par un autre et réapparaît quelque part dans les comptes de l’économie.

3. Ce que contient le prix payé par le consommateur

Le salarié devenu consommateur ne rachète pas seulement la part de salaire contenue dans le bien ou le service qu’il acquiert.

Le prix peut comprendre :

  • les rémunérations du travail ;

  • les cotisations sociales ;

  • les matières premières ;

  • l’énergie ;

  • les fournitures ;

  • les prestations achetées à d’autres entreprises ;

  • les impôts et taxes liés à la production ;

  • l’entretien et l’amortissement des équipements ;

  • les frais de financement ;

  • les dépenses de recherche et d’innovation ;

  • la marge de l’entreprise.

Dans une économie concurrentielle, l’entreprise ne peut pas toujours répercuter immédiatement et intégralement l’augmentation de ses dépenses dans ses prix. Elle peut être contrainte de réduire sa marge, d’améliorer sa productivité, de modifier son organisation ou d’abandonner une production devenue insuffisamment rentable.

Mais, dans la durée, une entreprise qui ne retrouve pas dans ses ventes les sommes nécessaires à la poursuite de son activité finit par disparaître.

Cela signifie que les cotisations versées par l’employeur ne restent pas définitivement à sa charge. Elles constituent une dépense de production que l’entreprise doit chercher à couvrir par son chiffre d’affaires, donc par les prix payés par l’ensemble de ses clients.

4. La faiblesse de l’assiette actuelle des cotisations

La protection sociale repose encore principalement sur les rémunérations du travail humain.

Une entreprise qui emploie beaucoup de salariés verse une masse importante de cotisations sociales. À l’inverse, une entreprise fortement mécanisée ou automatisée peut augmenter sa production tout en employant proportionnellement moins de personnes. Sa contribution sociale par l’intermédiaire des salaires diminue alors relativement à sa capacité productive.

La machine ne perçoit aucun salaire. Elle ne cotise ni pour la maladie, ni pour la famille, ni pour le chômage, ni pour la retraite. Pourtant, elle peut remplacer une partie du travail humain ou multiplier considérablement sa puissance productive.

Le problème n’est donc pas l’existence des machines. Elles libèrent l’être humain de tâches pénibles, dangereuses et répétitives. Le problème vient du maintien d’un financement social reposant principalement sur le nombre de salariés, alors que la production dépend de plus en plus des équipements, des robots, des logiciels et de l’automatisation.

Le développement technologique réduit ainsi progressivement l’assiette salariale qui finance la protection sociale, sans faire disparaître les besoins de santé, de retraite, de solidarité et de protection.

5. La valeur machine dans le Modèle Joule

Le Modèle Joule propose de mesurer la puissance productive des machines en emplois humains équivalents.

La comparaison historique retenue repose sur l’hypothèse selon laquelle la productivité actuelle serait approximativement dix fois supérieure à celle de 1870. Dans cette convention, un actif d’aujourd’hui, associé aux machines, produit autant que dix actifs auraient pu produire avec les moyens techniques de 1870.

La part humaine représente une unité. La part attribuée aux machines et à l’organisation technique représente donc neuf unités.

Les conventions de calcul sont les suivantes :

  • population active de référence : 30 millions de personnes ;

  • énergie annuelle conventionnelle par personne : 2 628 000 kilocalories ;

  • énergie humaine productive annuelle : 78 840 milliards de kilocalories ;

  • facteur de productivité retenu : 10 ;

  • équivalent humain attribué aux machines : 270 millions de personnes ;

  • énergie machine équivalente : 709 560 milliards de kilocalories.

Le dernier produit intérieur brut annuel complet publié par l’Insee est celui de 2025. Il atteint 2 991,1 milliards d’euros.

La valeur monétaire conventionnelle d’une kilocalorie productive est donc :

2 991,1 milliards d’euros ÷ 78 840 milliards de kilocalories = 0,03794 euro par kilocalorie.

La valeur machine devient :

709 560 milliards de kilocalories × 0,03794 euro = 26 919,9 milliards d’euros.

La valeur productive annuelle attribuée aux machines représente donc, selon les conventions du Modèle Joule :

Environ 26 920 milliards d’euros en équivalent de capacité productive.

La même opération peut être présentée plus simplement :

Valeur machine = (facteur de productivité – part humaine) × PIB.

Avec un facteur de productivité égal à 10 :

(10 – 1) × 2 991,1 milliards = 26 919,9 milliards d’euros.

Le facteur 10 constitue une convention historique et productive qui devra être vérifiée, discutée et éventuellement ajustée par des spécialistes de l’économie, de la productivité, de l’histoire du travail et de la comptabilité nationale.

6. Ce que représentent réellement ces 26 920 milliards d’euros

Cette somme ne constitue pas un capital disponible sur un compte bancaire. Elle ne représente pas davantage une richesse supplémentaire qui viendrait s’ajouter aux 2 991,1 milliards d’euros du PIB.

Elle exprime l’équivalent monétaire théorique de la capacité productive attribuée aux machines par rapport au travail humain de référence.

Il faut donc distinguer :

  • le PIB, qui mesure la valeur ajoutée effectivement produite pendant l’année ;

  • la valeur machine, qui représente une capacité productive humaine équivalente ;

  • l’assiette sociale applicable, qui doit reposer sur des éléments observables dans les comptes des entreprises.

La valeur machine du Modèle Joule est un instrument de mesure et de démonstration. Elle permet de rendre visible la puissance productive que le système comptable actuel attribue principalement au capital, alors qu’elle résulte de siècles de travail humain, de connaissances, d’apprentissages, d’inventions et d’accumulation technique.

7. Proposition d’une cotisation sociale sur la valeur productive automatisée

L’objectif n’est pas de taxer aveuglément les machines ni d’empêcher les investissements.

Il est de faire participer la capacité productive automatisée au financement de la vie sociale lorsque cette capacité complète, multiplie ou remplace le travail humain.

La nouvelle contribution pourrait être appelée :

Cotisation sociale sur la valeur productive automatisée.

Son principe serait le suivant :

Lorsqu’une entreprise utilise des équipements, des robots, des logiciels, des algorithmes ou des dispositifs automatisés pour produire, une partie de la valeur ainsi obtenue entre dans une nouvelle assiette de cotisation sociale.

La machine ne paierait évidemment pas elle-même la cotisation. L’entreprise contribuerait en fonction de la capacité productive automatisée dont elle bénéficie.

Une formule de transition pourrait être étudiée :

Assiette productive automatisée de l’entreprise = valeur ajoutée de l’entreprise × coefficient d’automatisation.

Puis :

Cotisation sociale machine = assiette productive automatisée × taux de cotisation.

Le coefficient d’automatisation pourrait prendre en considération :

  • la proportion de travail effectuée par des équipements automatisés ;

  • le rapport entre la valeur ajoutée et le nombre d’heures humaines nécessaires ;

  • les gains de productivité obtenus grâce aux équipements ;

  • la valeur et l’amortissement des machines, robots et logiciels productifs ;

  • la diminution du travail humain nécessaire pour produire une même quantité ;

  • les différences de productivité entre les secteurs économiques.

Ces critères devraient être définis secteur par secteur. Une usine automobile, une entreprise de transport, une banque numérique, un commerce, une exploitation agricole ou un cabinet médical ne peuvent pas être évalués de manière identique.

Cette évaluation devrait être confiée à une instance nationale paritaire réunissant les organisations syndicales de salariés et les représentants des entreprises, assistés de statisticiens, de comptables et de spécialistes de la productivité. Le pouvoir politique fixerait le cadre légal et resterait présent à titre consultatif dans l’évaluation économique.

8. Une illustration du rendement possible

Sur une valeur machine théorique de 26 919,9 milliards d’euros, une contribution de 0,08 % représenterait :

26 919,9 milliards × 0,08 % = environ 21,5 milliards d’euros.

Cette comparaison montre qu’un taux apparemment très faible appliqué à une capacité productive très large peut représenter une ressource sociale importante.

Elle doit cependant être présentée avec transparence. Puisque la valeur machine théorique correspond à neuf fois le PIB, une contribution de 0,08 % appliquée à cette valeur équivaut comptablement à environ 0,72 % du PIB effectivement produit.

Ce calcul ne constitue donc pas encore une prévision de recettes. Il permet de mesurer l’ordre de grandeur d’un financement possible. Le rendement réel dépendrait :

  • de la définition juridique de l’assiette ;

  • du coefficient d’automatisation retenu ;

  • du taux de cotisation ;

  • des exonérations éventuelles ;

  • du traitement des importations ;

  • des règles européennes ;

  • des mesures destinées à prévenir les délocalisations et les contournements comptables.

9. Les garanties nécessaires

Pour que cette cotisation soit économiquement viable et socialement juste, plusieurs garanties devraient être prévues.

Elle ne devrait pas pénaliser indistinctement tout investissement. Une machine qui protège la santé des salariés, supprime une tâche dangereuse, réduit la consommation d’énergie ou permet de maintenir une activité sur le territoire ne peut pas être traitée exactement comme une automatisation uniquement destinée à supprimer des emplois et à augmenter la rentabilité financière.

Le dispositif devrait donc :

  • préserver les investissements nécessaires à la sécurité et à la transition écologique ;

  • tenir compte de la situation des petites entreprises ;

  • appliquer des règles comparables aux productions importées ;

  • empêcher la délocalisation artificielle des bénéfices et des équipements ;

  • publier les méthodes de calcul utilisées ;

  • garantir que les sommes recueillies financent exclusivement la protection sociale ;

  • faire l’objet d’une évaluation annuelle par les acteurs sociaux.

L’objectif n’est pas d’opposer les salariés aux machines. Il est d’adapter le financement social à une économie dans laquelle la machine prend une place croissante dans la production.

10. La question posée aux organisations syndicales

La revendication d’une contribution des machines au financement social fut déjà avancée syndicalement en 1971. Elle fut alors écartée au motif qu’elle risquait de freiner les investissements.

Plus d’un demi-siècle plus tard, les investissements ont considérablement augmenté, l’automatisation s’est généralisée et les machines ont remplacé une part toujours plus importante du travail humain. Pourtant, la Sécurité sociale continue de dépendre principalement des rémunérations versées aux personnes employées.

La question posée aux organisations syndicales est donc simple :

Pourquoi continuer à faire reposer l’essentiel du financement social sur le travail humain, alors qu’une part croissante de la production est réalisée grâce aux machines, aux robots, aux logiciels et à l’intelligence artificielle ?

La cotisation sociale sur la valeur productive automatisée ne prétend pas fournir immédiatement une formule achevée. Elle constitue une revendication à expertiser, à négocier et à transformer en proposition applicable.

Les organisations syndicales disposent de l’expérience, de la légitimité sociale et des structures nécessaires pour conduire ce travail. Elles pourraient ainsi reprendre l’initiative sur une question essentielle : assurer le financement durable de la Sécurité sociale sans faire dépendre son avenir du seul nombre de salariés employés.

Conclusion

La machine est le produit du travail, de l’intelligence et des connaissances accumulées par les générations humaines. Elle multiplie la capacité de produire, mais elle ne participe pas directement au financement de la vie sociale lorsqu’elle réduit la masse salariale.

La proposition peut donc être résumée en une phrase :

Lorsque la machine complète, multiplie ou remplace le travail humain, la valeur productive qu’elle apporte doit contribuer, elle aussi, au financement de la protection sociale.

Il ne s’agit pas de refuser le progrès technique. Il s’agit d’éviter que le progrès technique détruise progressivement l’assiette sociale qui permet aux êtres humains de vivre.

Source du PIB : Insee, Comptes nationaux annuels 2025, publication du 29 mai 2026.


 

  • ANNEXE 3 : Hélice 1995.

Retraites et Sécurité sociale : ouvrons enfin une nouvelle assiette de cotisation fondée sur la puissance productive des machines

Ce graphique se passe de commentaire la régression de la culture critique est nette et la progression du populiste tout autant que la place du monde transmis par les médias que répètent les réseaux sociaux. pour plus d'indication suivre le lien https://ddacoudre.over-blog.com/2026/06/lire-la-societe-en-image.html.

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Rédigé par ddacoudre

Publié dans #Politique

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Publié le 8 Septembre 2026

L’affaire Bruel et la curée numérique

Quand le monde transmis condamne avant la justice

Je ne sais pas si Patrick Bruel est coupable des faits qui lui sont reprochés. Ceux qui réclament aujourd’hui son exclusion professionnelle ne le savent pas davantage.

C’est précisément le sujet.

Patrick Bruel est mis en examen pour des accusations de viol, de tentative de viol, d’agression sexuelle et de harcèlement sexuel. Il conteste les faits. La justice instruit le dossier. Pourtant, avant même qu’un tribunal ait entendu contradictoirement les différentes parties, une autre juridiction s’est déjà constituée : celle des médias, des réseaux sociaux, des pétitions et des mouvements d’opinion.

Cette juridiction ne dispose pas du dossier. Elle ne vérifie pas les témoignages, ne procède pas aux confrontations et ne recherche pas les contradictions. Elle reçoit des fragments d’information, les partage, les commente et finit par fabriquer une certitude collective.

Nous ne sommes plus seulement devant une affaire judiciaire. Nous assistons à un phénomène de foule organisé par la technologie.

La distance entre le consentement légal et la vie réelle

La loi doit nécessairement définir le consentement. Elle ne peut pas laisser sans protection une personne à laquelle un acte sexuel aurait été imposé. Mais la définition juridique constitue une construction intellectuelle beaucoup plus nette que la réalité des rapports humains.

Le consentement prévu par la loi doit être libre, éclairé, spécifique, préalable et révocable. Cette définition établit un principe nécessaire. Elle ne décrit cependant pas la manière dont se nouent ordinairement toutes les relations sexuelles.

Une relation humaine n’est pas un contrat administratif signé avant chaque geste. Elle se construit avec des paroles, des regards, des rapprochements, des hésitations, des silences et des conventions partagées. Elle comporte parfois des malentendus, des attentes non exprimées, des concessions, des mensonges adressés à l’autre et des mensonges que l’on se fait à soi-même.

À l’exception d’une attirance immédiatement et manifestement réciproque, le désir ne se présente pas toujours simultanément ni avec la même intensité chez les deux personnes. L’un prend généralement l’initiative et cherche à convaincre l’autre. Toute la difficulté consiste alors à distinguer la séduction acceptée, l’insistance maladroite, la pression morale, le harcèlement et la contrainte.

Ces situations ne sont pas identiques. Mais leurs frontières vécues ne possèdent pas toujours la netteté que le droit doit leur donner après les faits.

Cela ne signifie pas que le consentement n’a aucune réalité. Cela signifie que sa réalité se découvre dans un ensemble de circonstances et non dans une formule prononcée devant témoin. Le danger commence lorsque la société oublie cette complexité et applique rétroactivement une définition idéale à des relations faites d’implicites.

Ce qui est contestable n’est pas la faculté humaine d’accepter ou de refuser une relation. Celle-ci existe évidemment. Ce qui n’existe guère dans la réalité, c’est le consentement idéal, parfaitement libre, éclairé, continu et dépourvu de toute ambiguïté que certains discours érigent en réalité ordinaire. Il s’agit d’une construction normative nécessaire au droit pour trancher, mais non d’une description fidèle de la vie humaine. Présentée comme une évidence observable après coup, cette conception absolutiste peut transformer toute hésitation, tout malentendu ou tout regret ultérieur en soupçon d’infraction. La justice doit donc rechercher une contrainte démontrable dans les circonstances, et non fabriquer rétrospectivement une certitude que les personnes elles-mêmes ne possédaient pas nécessairement au moment de leur relation, sans cette obligation de la justice la définition du consentement devient une fabrique de criminels, comme par la loi nous avons fabriqué des criminels de la route, des criminels pédophiles, comme une société qui par la loi parviendrait à se purifier des maux quelle crée. Il n'y a rien de plus fascisant que la recherche d'une purification culturelles pour solutionner des difficultés humaine du à la sédentarisation, à sa concentration pour produire de quoi survivre et à son ignorance séculaire de croire qu'elle à le libre arbitre et détient des responsabilités. Là où elle n'a qu'à assumer les choix que lui ont imposé son environement.

Le mensonge social rend aussi la vie possible

Toute société repose en partie sur ce que j’appelle le mensonge social.

Nous ne disons pas constamment tout ce que nous pensons. Nous dissimulons certaines colères, contenons certains désirs, acceptons des compromis et respectons des conventions qui nous permettent de vivre ensemble sans nous affronter continuellement.

Ce mensonge social n’est pas seulement une tromperie. Il est aussi une protection. Il contient la violence, préserve les relations et rend supportable une existence collective composée d’intérêts et de désirs contradictoires.

La sexualité ne peut pas échapper à ce fonctionnement. Elle comporte ses conventions, ses demi-mots, ses apparences et ses arrangements. Cela ne justifie aucune violence, mais cela explique pourquoi la justice doit se garder de reconstruire artificiellement une certitude parfaite à partir d’une relation ancienne et ambiguë.

Le droit doit trancher : un acte est juridiquement consenti ou il ne l’est pas. La vie, elle, présente parfois des situations dans lesquelles une personne hésite, cède, se tait, se protège ou accepte ce qu’elle n’aurait pas spontanément recherché.

C’est dans cette distance entre la complexité de la vie et la nécessité du jugement que peut naître l’erreur judiciaire.

La peur n’est pas une invention

Tous les êtres humains ne sont pas courageux. Aucun discours moral ne supprimera cette réalité.

Si nous étions toujours courageux, la fuite, l’évitement, la soumission et la dissimulation ne feraient pas partie de nos moyens de protection. Nous nous affronterions probablement à longueur de journée.

Mon expérience militante m’a appris que les hommes ne sont ni continuellement courageux ni spontanément raisonnables. Placés devant le risque de perdre un emploi, un revenu, une position ou l’appartenance à un groupe, beaucoup se taisent, reculent ou acceptent un compromis qu’ils désapprouvent.

Cela vaut également dans une relation sexuelle. Une personne peut ne pas souhaiter pleinement une relation et pourtant ne pas parvenir à s’y opposer. Elle peut redouter les conséquences d’un refus, se sentir impressionnée par la notoriété de l’autre ou choisir de subir momentanément une situation plutôt que d’affronter un danger qu’elle imagine plus grand.

Reconnaître ce choix contraint ne revient ni à condamner celui qui l’a fait ni à déclarer automatiquement innocent celui qui a exercé la pression. Cela signifie seulement que les conduites humaines ne se divisent pas naturellement entre un oui enthousiaste et un non héroïquement défendu.

La justice doit rechercher la nature de la pression, la conscience qu’en avait l’autre personne et les circonstances concrètes de la relation. Elle ne peut se contenter de l’émotion produite par un récit public.

Le poids particulier du mot « viol »

Dans la représentation ordinaire, le mot « viol » évoque encore souvent une pénétration imposée brutalement par un homme à une femme qui se défend.

La définition juridique est plus étendue. Elle comprend différentes formes de pénétration sexuelle et certains actes bucco-génitaux ou bucco-anaux non consentis. La qualification ne dépend donc plus de l’image traditionnelle que la majorité des citoyens associe spontanément à ce mot.

Cette différence entre la définition populaire et la définition juridique produit un choc. Le public entend le mot avec toute sa puissance émotionnelle, mais ignore souvent la diversité des situations auxquelles le droit peut l’appliquer.

Le mot suffit alors à entraîner l’indignation, la répulsion et la volonté de punir. Les distinctions entre accusation, plainte, mise en examen, renvoi devant un tribunal et condamnation disparaissent.

La justice n’a pas encore statué, mais la peine sociale commence.

La foule technologique

Je connais la force d’un phénomène de foule.

Lorsque j’affrontais seul des groupes hostiles au cours de mon activité syndicale, je devais identifier rapidement le meneur. Il fallait comprendre qui orientait le groupe, qui amplifiait sa colère et comment éviter que l’affrontement ne dégénère.

Avec les réseaux sociaux, le meneur devient presque impossible à identifier. Il est remplacé par un mécanisme composé d’algorithmes, de médias en quête d’audience, de militants, de commentateurs et de personnes qui ressentent le besoin de réagir à ce qu’on leur a transmis.

La foule n’est plus réunie dans une même salle. Elle agit à distance, sans visage et sans responsabilité personnelle. Chacun ne produit qu’un commentaire, un partage ou une signature. Mais l’addition de ces gestes peut détruire une réputation, interrompre une carrière et rendre toute défense inaudible.

Nous retrouvons ici la distinction entre trois mondes :

  • le monde vécu par les personnes directement concernées ;

  • le monde factuel que l’enquête judiciaire cherche à reconstituer ;

  • le monde transmis par les médias et les réseaux sociaux.

Le danger apparaît lorsque le monde transmis se substitue au monde factuel. Les citoyens, et peut-être parfois les jurés eux-mêmes, n’abordent plus le dossier avec leur seule capacité de jugement. Ils arrivent chargés d’images, de récits et de condamnations déjà diffusées pendant des mois.

La présomption d’innocence devenue abstraite

Nous répétons que toute personne est innocente jusqu’à ce que sa culpabilité ait été établie. Mais cette formule perd sa portée lorsque l’accusé perd déjà son travail, ses engagements et sa réputation avant d’avoir été jugé.

Patrick Bruel a annulé sa tournée sous la pression des protestations. Cette annulation n’est pas juridiquement une peine. Elle en possède néanmoins certains effets matériels et symboliques.

Peut-on empêcher une personne d’exercer son métier sur le fondement d’accusations qui n’ont pas encore été jugées ? Les organisateurs peuvent naturellement prendre leurs décisions, les spectateurs peuvent refuser d’assister à un spectacle et les militants peuvent manifester. Mais l’addition de ces libertés peut produire une sanction collective que personne n’a formellement prononcée et dont personne n’assume seul la responsabilité.

La question se présente différemment pour Bertrand Cantat, qui a été condamné et a exécuté sa peine. Elle se pose encore autrement pour Gérard Depardieu, condamné en première instance et ayant fait appel. Confondre ces situations empêche de réfléchir sérieusement au droit de travailler avant le jugement, pendant la procédure et après l’exécution d’une peine.

Une société doit savoir ce qu’elle veut : la réinsertion prévue par le droit ou l’exclusion perpétuelle imposée par l’opinion.

Renforcer le secret sans rétablir l’omerta

Il ne s’agit pas de restaurer le silence qui a longtemps protégé les puissants. Une personne doit pouvoir porter plainte, être entendue et bénéficier d’une protection.

Mais le dossier judiciaire ne devrait pas être instruit quotidiennement sur la place publique.

Le secret de l’enquête et de l’instruction devrait être réellement renforcé. Les fuites provenant des dossiers devraient être sanctionnées. Les communications du parquet devraient présenter uniquement des faits objectifs et le stade exact de la procédure. Les médias devraient être tenus de ne jamais présenter comme coupable une personne qui n’a pas été définitivement condamnée.

Faire perdre à une plaignante son droit d’agir parce qu’elle s’est exprimée publiquement serait néanmoins une solution trop dangereuse. Cela permettrait aux puissants d’obtenir l’impunité en invoquant une déclaration médiatique. La justice doit rester accessible, quelle que soit l’attitude publique des parties.

En revanche, parler publiquement ne devrait accorder aucun avantage judiciaire. Une campagne médiatique ne doit jamais remplacer une preuve et sa puissance ne doit jamais déterminer le verdict.

Il faut protéger simultanément le droit de parler et le droit de ne pas être condamné par cette parole seule.

Ce que révèle la guerre

La comparaison avec la guerre doit être conservée, mais comprise dans sa dimension anthropologique.

La civilisation repose sur la maîtrise des frustrations, la règle morale, la peur de la sanction et l’apprentissage de la coexistence. Lorsque la guerre détruit ces contraintes, certains humains libèrent des violences qu’ils contenaient dans la vie ordinaire.

Les violences sexuelles commises pendant les conflits ne proviennent d’ailleurs pas seulement d’un désir individuel libéré. Elles peuvent être organisées, tolérées ou employées comme instruments de domination et de destruction collective.

Il ne s’agit donc pas d’un simple retour à l’homme de Cro-Magnon, dont nous connaissons mal les comportements. L’être humain moderne débarrassé de ses contraintes peut devenir plus destructeur qu’un humain préhistorique, car il dispose de groupes organisés, d’idéologies, d’armes et de moyens techniques incomparablement plus puissants.

La guerre démontre ainsi que la morale individuelle ne suffit pas. Nos comportements dépendent aussi des institutions qui contiennent nos pulsions et empêchent la domination du plus fort.

C’est également la fonction de la justice.

Sortir de l’alternative entre omerta et lynchage

Il ne s’agit pas de défendre Patrick Bruel ni de condamner celles qui l’accusent. Il s’agit de refuser que la foule rende son verdict avant ceux qui ont accès au dossier.

Les mouvements féministes ont légitimement combattu une omerta ancienne. Mais aucune cause, aussi juste soit-elle, ne devrait s’attribuer le pouvoir de punir sans jugement. Lorsqu’une mobilisation exige l’exclusion professionnelle immédiate d’un accusé, elle ne se contente plus de demander justice : elle commence à prononcer elle-même la peine.

La curée qui accompagne certaines affaires rappelle alors, par son mécanisme, les anciennes accusations de sorcellerie : la répétition de l’accusation devient la démonstration de sa vérité, la défense devient suspecte et celui qui demande d’attendre le jugement est accusé de soutenir le coupable.

Nous avons pourtant créé la justice pour sortir de la vengeance et du rapport de force. Elle doit protéger le plus faible contre le puissant, mais aussi l’accusé contre la foule.

La présomption d’innocence n’est pas un cadeau fait aux coupables. Elle est une protection accordée à chacun d’entre nous contre la possibilité d’être un jour condamné par ce que les autres auront entendu dire.

Nous n’avons pas à choisir entre l’omerta et le lynchage.

Nous devons écouter sans condamner, enquêter sans exhiber et juger sans nous laisser gouverner par le monde transmis.

 

L’affaire Bruel et la curée numérique

Voir les détails de l’image associée. Couvertures, images et illustrations de La Curée de Émile Zola

La foule technologique

Je connais la force d’un phénomène de foule.

Lorsque j’affrontais seul des groupes hostiles au cours de mon activité syndicale, je devais identifier rapidement le meneur. Il fallait comprendre qui orientait le groupe, qui amplifiait sa colère et comment éviter que l’affrontement ne dégénère.

Avec les réseaux sociaux, le meneur devient presque impossible à identifier. Il est remplacé par un mécanisme composé d’algorithmes, de médias en quête d’audience, de militants, de commentateurs et de personnes qui ressentent le besoin de réagir à ce qu’on leur a transmis.

La foule n’est plus réunie dans une même salle. Elle agit à distance, sans visage et sans responsabilité personnelle. Chacun ne produit qu’un commentaire, un partage ou une signature. Mais l’addition de ces gestes peut détruire une réputation, interrompre une carrière et rendre toute défense inaudible.

Nous retrouvons ici la distinction entre trois mondes :

  • le monde vécu par les personnes directement concernées ;

  • le monde factuel que l’enquête judiciaire cherche à reconstituer ;

  • le monde transmis par les médias et les réseaux sociaux.

Le danger apparaît lorsque le monde transmis se substitue au monde factuel. Les citoyens, et peut-être parfois les jurés eux-mêmes, n’abordent plus le dossier avec leur seule capacité de jugement. Ils arrivent chargés d’images, de récits et de condamnations déjà diffusées pendant des mois.

La présomption d’innocence devenue abstraite

Nous répétons que toute personne est innocente jusqu’à ce que sa culpabilité ait été établie. Mais cette formule perd sa portée lorsque l’accusé perd déjà son travail, ses engagements et sa réputation avant d’avoir été jugé.

Patrick Bruel a annulé sa tournée sous la pression des protestations. Cette annulation n’est pas juridiquement une peine. Elle en possède néanmoins certains effets matériels et symboliques.

Peut-on empêcher une personne d’exercer son métier sur le fondement d’accusations qui n’ont pas encore été jugées ? Les organisateurs peuvent naturellement prendre leurs décisions, les spectateurs peuvent refuser d’assister à un spectacle et les militants peuvent manifester. Mais l’addition de ces libertés peut produire une sanction collective que personne n’a formellement prononcée et dont personne n’assume seul la responsabilité.

La question se présente différemment pour Bertrand Cantat, qui a été condamné et a exécuté sa peine. Elle se pose encore autrement pour Gérard Depardieu, condamné en première instance et ayant fait appel. Confondre ces situations empêche de réfléchir sérieusement au droit de travailler avant le jugement, pendant la procédure et après l’exécution d’une peine.

Une société doit savoir ce qu’elle veut : la réinsertion prévue par le droit ou l’exclusion perpétuelle imposée par l’opinion.

Renforcer le secret sans rétablir l’omerta

Il ne s’agit pas de restaurer le silence qui a longtemps protégé les puissants. Une personne doit pouvoir porter plainte, être entendue et bénéficier d’une protection.

Mais le dossier judiciaire ne devrait pas être instruit quotidiennement sur la place publique.

Le secret de l’enquête et de l’instruction devrait être réellement renforcé. Les fuites provenant des dossiers devraient être sanctionnées. Les communications du parquet devraient présenter uniquement des faits objectifs et le stade exact de la procédure. Les médias devraient être tenus de ne jamais présenter comme coupable une personne qui n’a pas été définitivement condamnée.

Faire perdre à une plaignante son droit d’agir parce qu’elle s’est exprimée publiquement serait néanmoins une solution trop dangereuse. Cela permettrait aux puissants d’obtenir l’impunité en invoquant une déclaration médiatique. La justice doit rester accessible, quelle que soit l’attitude publique des parties.

En revanche, parler publiquement ne devrait accorder aucun avantage judiciaire. Une campagne médiatique ne doit jamais remplacer une preuve et sa puissance ne doit jamais déterminer le verdict.

Il faut protéger simultanément le droit de parler et le droit de ne pas être condamné par cette parole seule.

Ce que révèle la guerre

La comparaison avec la guerre doit être conservée, mais comprise dans sa dimension anthropologique.

La civilisation repose sur la maîtrise des frustrations, la règle morale, la peur de la sanction et l’apprentissage de la coexistence. Lorsque la guerre détruit ces contraintes, certains humains libèrent des violences qu’ils contenaient dans la vie ordinaire.

Les violences sexuelles commises pendant les conflits ne proviennent d’ailleurs pas seulement d’un désir individuel libéré. Elles peuvent être organisées, tolérées ou employées comme instruments de domination et de destruction collective.

Il ne s’agit donc pas d’un simple retour à l’homme de Cro-Magnon, dont nous connaissons mal les comportements. L’être humain moderne débarrassé de ses contraintes peut devenir plus destructeur qu’un humain préhistorique, car il dispose de groupes organisés, d’idéologies, d’armes et de moyens techniques incomparablement plus puissants.

La guerre démontre ainsi que la morale individuelle ne suffit pas. Nos comportements dépendent aussi des institutions qui contiennent nos pulsions et empêchent la domination du plus fort.

C’est également la fonction de la justice.

Sortir de l’alternative entre omerta et lynchage

Il ne s’agit pas de défendre Patrick Bruel ni de condamner celles qui l’accusent. Il s’agit de refuser que la foule rende son verdict avant ceux qui ont accès au dossier.

Les mouvements féministes ont légitimement combattu une omerta ancienne. Mais aucune cause, aussi juste soit-elle, ne devrait s’attribuer le pouvoir de punir sans jugement. Lorsqu’une mobilisation exige l’exclusion professionnelle immédiate d’un accusé, elle ne se contente plus de demander justice : elle commence à prononcer elle-même la peine.

La curée qui accompagne certaines affaires rappelle alors, par son mécanisme, les anciennes accusations de sorcellerie : la répétition de l’accusation devient la démonstration de sa vérité, la défense devient suspecte et celui qui demande d’attendre le jugement est accusé de soutenir le coupable.

Nous avons pourtant créé la justice pour sortir de la vengeance et du rapport de force. Elle doit protéger le plus faible contre le puissant, mais aussi l’accusé contre la foule.

La présomption d’innocence n’est pas un cadeau fait aux coupables. Elle est une protection accordée à chacun d’entre nous contre la possibilité d’être un jour condamné par ce que les autres auront entendu dire.

Nous n’avons pas à choisir entre l’omerta et le lynchage.

Nous devons écouter sans condamner, enquêter sans exhiber et juger sans nous laisser gouverner par le monde transmis.

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Rédigé par ddacoudre

Publié dans #Politique

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Publié le 6 Septembre 2026

La peur cachée derrière les mots

Dans le paysage politique, quelques mots finissent parfois par tenir lieu de pensée : « gauche », « droite », « extrême droite », « extrême gauche ».

Ces appellations ne sont pas inutiles. Elles permettent de situer approximativement les familles politiques. Mais elles deviennent des caches d’inculture lorsqu’elles dispensent les citoyens, les journalistes et parfois les responsables politiques d’examiner le contenu réel des projets.

On classe un parti, puis on croit l’avoir expliqué. On condamne ou l’on approuve son étiquette sans rechercher les conditions sociales, économiques et psychologiques qui ont conduit une partie de la population à voter pour lui.

Ce que révèle la victoire de l’AfD

Le résultat obtenu par l’Alternative pour l’Allemagne en Saxe-Anhalt en fournit un nouvel exemple. Selon les premières estimations du scrutin du 6 septembre 2026, l’AfD arrive très largement en tête avec environ 44 % des suffrages. Cette victoire électorale ne lui garantit pas encore la direction du gouvernement régional, mais elle constitue un événement politique majeur.

Créée en 2013 autour d’une opposition à l’euro et à la politique européenne, l’AfD s’est progressivement radicalisée. Elle défend aujourd’hui une conception nationaliste et ethnoculturelle de l’Allemagne, combat l’immigration, présente fréquemment l’islam comme une menace et rejette une grande partie de la construction politique européenne.

La branche de Saxe-Anhalt ne fait pas seulement l’objet d’une qualification polémique formulée par ses adversaires : elle est officiellement classée depuis 2023 comme organisation d’extrême droite avérée par le service régional chargé de la protection de la Constitution.

Cependant, prononcer les mots « extrême droite » ne suffit toujours pas à expliquer pourquoi près d’un électeur sur deux a choisi ce parti.

Tous ces électeurs ne sont pas nécessairement des militants racistes convaincus. Certains expriment une hostilité envers les étrangers ou les musulmans ; d’autres votent contre les partis établis, contre le gouvernement fédéral, contre le déclassement économique ou contre le sentiment d’abandon des régions de l’Est. Certains pensent retrouver dans la nation fermée une protection qu’ils ne trouvent plus dans les institutions politiques et sociales.

Comprendre ces causes ne signifie ni les approuver ni excuser les discours xénophobes. Cela signifie simplement qu’on ne combat pas une évolution politique en refusant de comprendre les peurs dont elle se nourrit.

La xénophobie n’est pas une anomalie inexplicable

La méfiance envers l’inconnu appartient aux possibilités du comportement humain. Dans un environnement dangereux, se méfier de ce que l’on ne connaît pas a pu constituer un mécanisme de protection.

Ce que j’appelle, par commodité, le comportement « reptilien » désigne cette tendance ancienne à rechercher une sécurité immédiate, à privilégier ce qui est familier et à considérer rapidement le changement comme une menace.

Il ne s’agit pas littéralement d’un cerveau reptilien autonome qui commanderait nos actes. Notre cerveau fonctionne comme un ensemble dans lequel la perception, l’émotion, la mémoire, le raisonnement et l’environnement social interagissent constamment. Mais l’image demeure utile pour comprendre une difficulté : nous pouvons imaginer intellectuellement une évolution future sans parvenir à la ressentir comme rassurante tant qu’elle n’est pas devenue une réalité vécue.

La peur de l’inconnu n’entraîne pourtant pas automatiquement la xénophobie. Celle-ci apparaît lorsque l’inquiétude est dirigée contre une population entière, définie par son origine, sa religion ou sa culture, et présentée comme responsable des difficultés collectives.

Cette transformation de la peur en hostilité n’est pas seulement individuelle. Elle peut être entretenue par les discours politiques, la répétition médiatique, les réseaux sociaux et la désignation permanente d’un groupe comme source du danger.

La peur est alors utilisée comme une matière première électorale.

Le conservatisme est un frein, non un moteur

Le conservatisme n’est pas nécessairement une anomalie. Il remplit une fonction de ralentissement qui peut être utile à l’évolution humaine.

Devant un changement dont nous ne connaissons pas encore les conséquences, nos mécanismes de protection nous invitent à la prudence. L’être humain n’accepte pas facilement une transformation tant qu’il ne peut pas la reconnaître comme viable et compatible avec sa sécurité.

C’est ce mécanisme que je continue d’appeler, par image, le « reptilien ». Il ne s’agit pas d’une partie indépendante du cerveau qui penserait à notre place, mais de l’ensemble de nos réactions anciennes de protection devant l’incertitude, le danger et l’inconnu.

Le conservatisme peut ainsi jouer le rôle d’un frein. Il ralentit le changement, oblige à en mesurer les conséquences et laisse à la population le temps de l’intégrer dans sa représentation du monde.

Un frein est indispensable à un véhicule. Mais il ne lui donne ni sa direction ni son mouvement.

De la même manière, le conservatisme peut demander des garanties, corriger une évolution trop brutale ou empêcher une innovation dangereuse. Mais il ne peut pas constituer, à lui seul, une politique progressiste, puisqu’il prend pour finalité la préservation de ce qui existe déjà.

Si la conservation avait toujours prévalu sur l’adaptation, nous vivrions encore dans les cavernes.

Les hommes dits de Cro-Magnon appartenaient déjà à notre espèce, Homo sapiens. Ils n’ont donc pas disparu comme une espèce étrangère à la nôtre : nous sommes leurs lointains descendants. Mais leur organisation sociale, leurs techniques, leurs croyances et leur manière d’habiter le monde ont été profondément transformées.

Ils ont survécu biologiquement parce que leurs descendants ne sont pas restés culturellement des hommes de Cro-Magnon.

Nous ne pouvons évidemment pas les qualifier de nationalistes au sens politique actuel, puisque les nations n’existaient pas. Mais leurs groupes devaient eux aussi protéger leurs territoires, leurs ressources et leurs membres, et probablement se méfier de ceux qu’ils ne connaissaient pas. Si cette méfiance avait rendu impossibles les rencontres, les échanges, les alliances, les déplacements et la transmission des connaissances, aucune civilisation n’aurait pu se développer.

La continuité humaine ne vient donc pas de l’immobilité. Elle vient de notre capacité à transformer nos façons de vivre sans cesser d’appartenir à la même espèce.

C’est précisément ce que les nationalistes ne comprennent pas lorsqu’ils présentent une identité nationale comme une réalité ancienne, homogène et définitivement fixée. Toutes les nations sont le résultat de déplacements, de conflits, de rapprochements, de métissages et d’emprunts culturels. La culture qu’ils prétendent figer est elle-même le produit d’évolutions qu’un conservateur d’une époque antérieure aurait probablement combattues.

Le nationalisme confond ainsi la préservation avec la fossilisation.

Il veut faire du frein le moteur de la société et transformer un mécanisme temporaire de prudence en une politique permanente de fermeture. Il promet de retrouver un monde antérieur qui n’a jamais été aussi homogène qu’il l’imagine et qui ne peut plus être reproduit dans une humanité devenue interdépendante.

Cela ne signifie pas qu’il faille imposer brutalement toutes les transformations. Une évolution durable doit être expliquée, expérimentée et rendue suffisamment concrète pour que les mécanismes de protection de la population puissent la reconnaître comme viable.

Une politique progressiste ne doit donc pas mépriser la peur conservatrice. Elle doit l’entendre, répondre aux problèmes réels qui la nourrissent et démontrer qu’une autre organisation est possible.

Mais elle ne doit jamais lui abandonner la direction de l’avenir.

Le conservatisme peut ralentir l’évolution afin qu’elle soit assimilée. Dès qu’il prétend l’arrêter, il ne protège plus la société : il l’empêche de s’adapter au monde qui se transforme autour d’elle.


 

Les déplacements humains ne sont pas nouveaux

La circulation des personnes a toujours accompagné l’histoire humaine. Les populations se sont déplacées pour trouver de la nourriture, du travail, des terres ou une protection, mais aussi pour échapper aux guerres, aux famines, aux persécutions et aux catastrophes.

La France s’est construite à travers des migrations venues de ses frontières européennes, de ses anciennes colonies et de nombreux autres territoires.

Les États-Unis sont nés d’une colonisation européenne qui s’est accompagnée de la dépossession et de la disparition d’une grande partie des populations autochtones. L’Amérique du Sud a connu la conquête, les épidémies importées, l’esclavage, la destruction de sociétés préexistantes, mais également de multiples formes de métissage.

L’Europe n’a pas seulement vécu la suprématie blanche comme un non-dit. Elle l’a longtemps exprimée ouvertement dans la colonisation, les théories raciales et la prétendue mission civilisatrice qu’elle s’attribuait. Après la Seconde Guerre mondiale et la découverte de l’extermination industrielle, l’expression publique du racisme biologique est devenue moralement et juridiquement condamnable. Mais certaines de ses représentations ont survécu sous des formes nouvelles : défense d’une identité prétendument homogène, incompatibilité supposée des cultures ou peur du remplacement de la population.

Les capitaux circulent, les personnes inquiètent

La mondialisation a rendu presque naturelle la circulation internationale des capitaux, des marchandises, des entreprises et des informations. Un capital peut traverser plusieurs frontières en quelques secondes sans provoquer la même émotion qu’une famille étrangère s’installant dans un quartier.

Cette différence est révélatrice.

La circulation du capital est présentée comme une nécessité économique. La circulation des personnes est souvent présentée comme un danger identitaire. Pourtant, les deux appartiennent à la même transformation mondiale.

Les guerres, les régimes autoritaires, les écarts de richesse, les besoins de main-d’œuvre, le dérèglement climatique et la destruction de certaines économies locales produisent des déplacements de population. L’organisation capitaliste du monde y contribue lorsqu’elle permet aux richesses de quitter facilement les territoires sans donner à leurs habitants les moyens d’y vivre.

On accepte alors le départ des capitaux, mais on reproche aux personnes de suivre les emplois, la sécurité et les conditions d’existence.

Reconnaître les problèmes sans désigner des peuples

Cela ne signifie pas que l’immigration ne pose aucun problème réel.

L’accueil, le logement, l’école, la santé, l’emploi, la sécurité, la formation linguistique et la coexistence de pratiques culturelles différentes nécessitent une organisation publique. Lorsque les gouvernements laissent les communes, les associations bénévoles et les habitants les plus modestes gérer seuls ces difficultés, ils créent les conditions du ressentiment.

Les populations qui vivent déjà dans la précarité peuvent alors avoir le sentiment que les nouveaux arrivants deviennent leurs concurrents pour des ressources insuffisantes.

La responsabilité politique consiste à résoudre ces difficultés, non à les nier. Mais elle consiste également à expliquer que leur origine ne se trouve pas dans l’existence d’une religion ou d’une population entière. Elle se trouve aussi dans l’insuffisance des logements, la concentration de la pauvreté, l’abandon de certains territoires, l’inégale distribution de la richesse et l’absence d’une politique internationale capable d’agir sur les causes des migrations.

Ces questions sont rarement suivies jusqu’à leur origine économique. Elles sont enfermées dans des mots : immigration, identité, sécurité, islam, frontière. Le mot remplace alors l’explication.

Des partis différents, une logique comparable

L’AfD allemande, le Rassemblement national français et les autres mouvements nationalistes européens ne sont pas identiques. Ils sont issus d’histoires nationales différentes et ne défendent pas exactement les mêmes programmes.

Ils partagent néanmoins une logique : présenter le repli national, la fermeture des frontières et la limitation des droits des étrangers comme des réponses centrales à des difficultés qui sont également économiques, sociales et mondiales.

Il ne faut pas confondre toute pensée conservatrice avec la xénophobie. On peut vouloir préserver des institutions, des habitudes ou une culture sans désigner l’étranger comme un ennemi. Le basculement se produit lorsque la protection de ce qui existe exige l’exclusion de ceux qui seraient supposés ne pas appartenir réellement à la nation.

Ces partis promettent le retour à un monde plus homogène, plus stable et plus souverain. Mais ce monde ne peut plus être reproduit. Les économies, les technologies, les communications, les ressources et les populations sont devenues interdépendantes.

Pour recréer artificiellement une société fermée, il faudrait multiplier les contrôles, les exclusions et les contraintes. La promesse de protection conduit alors progressivement à une politique autoritaire.

L’histoire n’avance pas automatiquement

Il serait toutefois dangereux de croire que l’évolution humaine se réalisera nécessairement et pacifiquement malgré les nationalistes. L’histoire peut connaître des retours en arrière. Une population inquiète peut démocratiquement confier le pouvoir à ceux qui réduiront ensuite ses libertés.

Lorsque les nationalismes xénophobes sont devenus des politiques d’État, ils n’ont pas supprimé les inégalités qui avaient nourri leur progression. Ils ont déplacé la colère vers des populations plus faibles et produit l’exclusion, la persécution, la violence et parfois la guerre.

Le vote en faveur de l’AfD ne doit donc être ni banalisé ni seulement condamné par une étiquette. Il doit être compris comme le symptôme d’une peur que les dirigeants démocratiques n’ont pas su entendre, expliquer et traiter.

La véritable question n’est pas seulement : « Ce parti appartient-il à l’extrême droite ? »

Elle est aussi :

Pourquoi tant de citoyens pensent-ils désormais que leur protection exige l’exclusion d’autres êtres humains ? Qui entretient cette peur ? Quelles réalités économiques se cachent derrière elle ? Et quelle autre organisation de la société permettrait de rendre la sécurité matérielle à chacun sans transformer son voisin en ennemi ?

La peur de l’inconnu peut ralentir une évolution. Elle ne constitue jamais, à elle seule, un projet d’avenir.

 

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Rédigé par ddacoudre

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Publié le 27 Août 2026

Grand oral devant le Medef : sept candidats, mais toujours la même boucle économique

Les entreprises demandent moins d’impôts, moins de cotisations et moins de normes. Mais puisque leurs coûts sont récupérés dans les prix, qui paiera réellement — et qui financera la vie lorsque les machines remplaceront les salariés ?

Ce n’était pas un débat économique neutre. Le Medef avait choisi cinq thèmes correspondant à ses priorités : fiscalité des entreprises, réindustrialisation, dépenses publiques et dette, coût du travail, normes. Cinq chefs d’entreprise interrogeaient les sept candidats. Le Medef avait d’ailleurs annoncé vouloir placer les préoccupations de ses 65 872 dirigeants consultés « au cœur du débat présidentiel » : 83 % réclament moins de fiscalité et de « charges », 75 % moins de dépenses publiques et 75 % moins de normes. Consultation du Medef

Autrement dit, avant même que les candidats parlent, le cadre était fixé : l’entreprise était présentée comme celle qui paie, et non comme celle qui récupère ses coûts et ses prélèvements dans ses prix et son chiffre d’affaires, comme je l'expliquait dans mon article les hommes politique ne mentent pas. Bref un débat biaisé;

Ce qu’a réellement proposé chaque candidat

Candidat

Propositions principales

Ce que cela signifie réellement

Gabriel Attal

Déficit inférieur à 3 % en 2032, équilibre en 2037, économies sur l’assurance-maladie, les arrêts maladie et le chômage, baisse des cotisations sur les salaires, retraite fondée sur la durée de cotisation, confiance dans l’IA pour augmenter les salaires

Il déplace une partie de la rémunération socialisée — santé, chômage, retraite — vers le salaire net immédiat. Le salarié peut recevoir davantage aujourd’hui, mais être moins protégé demain.

Édouard Philippe

Indemnisation du chômage ramenée à douze mois pour les moins de 50 ans, travail plus long, rapprochement du brut et du net, baisse de 50 milliards des impôts de production compensée par 50 milliards d’aides aux entreprises supprimées

Sa mesure fiscale est essentiellement une ventilation comptable : il enlève 50 milliards d’impôts et retire 50 milliards d’aides. Cela peut modifier les comportements, mais ne crée pas 50 milliards de richesse supplémentaire.

Bruno Retailleau

Baisse de 40 milliards des cotisations et impôts de production, exonération au-delà de la 36ᵉ heure, plafonnement des prestations sociales, sortie négociée des 35 heures, suppression de normes et du principe constitutionnel de précaution

C’est le programme le plus directement conforme aux attentes du Medef : travailler davantage, réduire la protection sociale et libérer l’employeur des règles collectives. Mais le financement manquant de la Sécurité sociale n’est pas expliqué.

Marine Le Pen

Plan annoncé de 125 milliards d’économies, remboursement de la dette, retraite à 60 ans pour ceux ayant commencé avant 20 ans, baisse d’impôts de production, préférence accordée aux entreprises françaises dans la commande publique, maintien conditionnel du pacte Dutreil

Elle cherche manifestement à rassurer le patronat. Mais son plan détaillé n’a pas été présenté : les 125 milliards restent donc une annonce invérifiable. Son programme économique apparaît désormais assez proche de la droite patronale, complété par le nationalisme et l’immigration.

Raphaël Glucksmann

Baisse de la CSG sur les salaires financée par les « mégahéritages », protection industrielle européenne, commande publique européenne réservée aux productions européennes, mesures contre la concurrence chinoise

C’est une social-démocratie industrielle et redistributive. Il veut mieux partager les revenus du capitalisme et protéger la production européenne, mais il ne modifie ni le salariat ni la propriété du capital.

Marine Tondelier

SMIC à 2 000 euros brut, aides aux TPE-PME, prêts à taux zéro pour la transition, fiscalité plus favorable aux PME, protectionnisme européen, maintien des normes environnementales

Elle a justement rappelé que le coût de l’énergie avait davantage augmenté que celui du travail. Mais augmenter le SMIC tout en indemnisant les entreprises reporte une partie du financement vers les impôts, la dette ou d’autres prélèvements.

Jean-Luc Mélenchon

Hausse du SMIC et des salaires, retour vers la retraite à 60 ans, annulation d’une partie de la dette détenue par la BCE, pôle public de financement, impôt sur les sociétés progressif, fiscalité différente pour les profits réinvestis et les dividendes

Il est le seul à avoir frontalement demandé au patronat : « Vous ne voulez plus rien payer, mais qui va payer ? » Il conteste donc le cadre du Medef. Cependant, ses solutions restent principalement fondées sur l’impôt, la dépense publique et la redistribution à l’intérieur de la même circulation monétaire.

Ces propositions et les principaux échanges sont rapportés dans les directs du Monde, de RTL et dans la synthèse de l’AFP.

Ce qui m’a le plus frappé

La phrase la plus révélatrice est probablement celle de Gabriel Attal : l’innovation et l’intelligence artificielle permettraient, à terme, une progression des salaires.

Mais par quel mécanisme ?

Une machine ou une intelligence artificielle peut augmenter la production tout en réduisant le nombre de salariés nécessaires. Si aucun nouveau droit économique n’est créé, le gain de productivité appartient d’abord au propriétaire de la machine. Rien ne garantit qu’il se transformera spontanément en hausse générale des salaires.

Attal suppose donc ce qu’il faudrait démontrer : que les gains technologiques descendront naturellement vers les salariés. Or toute l’histoire du capitalisme montre que cette redistribution dépend des rapports de force, des lois, des syndicats et des règles de financement.

Aucun candidat n’a posé les questions suivantes :

  • Si les machines remplacent des cotisants, comment financeront-elles la protection sociale ?

  • À qui appartiennent les gains de l’intelligence artificielle ?

  • Comment maintenir la consommation si le nombre d’emplois et la masse salariale diminuent ?

  • Pourquoi continuer à faire reposer la solvabilité de la population sur le seul salaire humain ?

  • Comment faire contribuer la production mécanique et numérique au financement de la vie ?

C’est pourtant là que se trouve le véritable problème des prochaines décennies.

Mélenchon a posé la bonne question, mais sans aller jusqu’au bout

Mélenchon a été le plus proche de MON interrogation lorsqu’il a demandé au Medef : « Vous ne voulez plus rien payer, mais qui va payer ? »

C'EST TOUT DE MÊME INQUIÉTANT DE LA PART DE DIRIGEANTS ÉCONOMIQUES, DE NIER AINSI QUE LES SALAIRES QU'IL AVANCENT ILS LES RECUPERENT MAJORE. (La boucle : capital /salaire → travail/production → consommation/prix →chiffres d'affaires/retour capital.

Il a également rappelé une chose élémentaire : si les salaires n’augmentent pas suffisamment, la consommation ralentit et les entreprises finissent elles-mêmes par manquer de clients.

Mais il continue de présenter les entreprises, les dividendes, les héritages et la finance comme des réserves dans lesquelles l’État pourrait trouver durablement de nouvelles ressources. Cette redistribution peut être nécessaire et juste, mais elle ne crée pas une source indépendante de financement.

L’argent prélevé puis redistribué revient ensuite dans la consommation, les prix et le chiffre d’affaires. La boucle continue :

capital → salaires → production → consommation → chiffre d’affaires → impôts et cotisations → dépenses publiques et sociales → nouvelle consommation → retour aux entreprises.

Mélenchon voit mieux que les autres la question de la répartition, mais il ne sort pas encore de cette boucle. Il ne propose ni la mesure énergétique de la production, ni la contribution directe des machines, ni l’abandon progressif de la dépendance salariale.

Les droites ont proposé de déplacer les coûts

Attal, Philippe et surtout Retailleau parlent de « rapprocher le brut du net », de réduire les « charges » et d’augmenter le temps de travail.

Pour le salarié, cela peut paraître séduisant : recevoir davantage sur son compte bancaire. Mais les cotisations ne disparaissent pas dans le néant. Elles financent la santé, les retraites, le chômage et les accidents du travail.

Si on les réduit, quatre possibilités demeurent :

  1. réduire les prestations ;

  2. reporter le financement sur l’impôt ou la TVA ;

  3. augmenter la dette ;

  4. demander aux personnes de payer individuellement leur santé, leur chômage et leur retraite.

C’est donc moins une suppression du coût qu’un déplacement du coût, du collectif vers l’individu.

Retailleau pousse cette logique le plus loin. Il veut supprimer les cotisations au-delà de la 36ᵉ heure tout en faisant travailler davantage. Il augmente ainsi le volume de travail sans alimenter proportionnellement la protection sociale. Il faudra donc nécessairement réduire celle-ci ou la financer autrement.

Le positionnement révélateur de Marine Le Pen

Marine Le Pen a accompli devant le Medef une opération de normalisation économique. Elle a promis de rembourser la dette, de réduire les impôts de production, de protéger les transmissions d’entreprises et de supprimer des taxes et des normes.

Sur le fond économique, elle ne menace donc plus sérieusement le pouvoir du capital. Elle cherche à démontrer qu’elle peut gérer le même système en y ajoutant la préférence nationale, la limitation de l’immigration et une commande publique orientée vers les entreprises françaises.

Cela confirme notre analyse précédente : l’extrême droite ne se distingue pas fondamentalement de la droite patronale par son modèle économique. Elle s’en distingue surtout par son nationalisme, son rapport aux étrangers, à l’identité et à l’autorité.

L’AFP rapporte d’ailleurs qu’elle a promis un plan de 125 milliards d’économies, mais que le détail ne sera présenté que plus tard. En l’état, il est impossible de dire quels services, quelles populations ou quels revenus en supporteront le coût. Synthèse AFP

Mon jugement général

Le débat a fait apparaître quatre variantes du même système :

  • Attal, Philippe et Retailleau veulent réduire les prélèvements et la protection sociale pour restaurer la rentabilité et la compétitivité.

  • Le Pen veut conserver cette orientation économique en la nationalisant et en y ajoutant l’immigration comme explication politique.

  • Glucksmann et Tondelier veulent mieux répartir les richesses, protéger les PME, l’industrie européenne et l’environnement.

  • Mélenchon veut renforcer les salaires, l’État et la redistribution en faisant davantage contribuer le capital et la finance.

Les différences sont réelles et elles auraient des conséquences importantes pour la population. Il serait faux de dire que tous proposent exactement la même politique.

Mais aucun ne remet complètement en cause le principe fondamental : le capital conserve les moyens de production, verse les revenus nécessaires à la consommation, puis récupère cette monnaie dans les prix et le chiffre d’affaires.

Aucun n’a demandé comment remplacer le salaire comme moyen principal d’accès à la vie lorsque la machine produit une part croissante de la richesse.

C’est pourquoi ton impression de médiocrité est justifiée, avec une nuance : les candidats n’ont pas seulement mal répondu ; on leur a posé des questions enfermées dans le cadre comptable du patronat. Le JT a ensuite réduit ces réponses à quelques affrontements sur l’immigration, la dette, l’assistanat et les petites phrases.

Le débat véritable aurait dû commencer par cette question :

Les entreprises demandent moins d’impôts, moins de cotisations et moins de normes. Mais puisque leurs dépenses et leurs prélèvements sont intégrés à leurs prix, qui les finance finalement, et comment financerons-nous la vie collective lorsque les machines remplaceront une part croissante des salariés ?

Personne n’y a répondu.

 

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Rédigé par ddacoudre

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