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10 avril 2010 6 10 /04 /avril /2010 10:25

Si rareté mettait conté

Comme théorie sur la rareté j’ai sélectionné celle de Jean-Marie ALBERTINI dont je rapporte ci- dessous quelques extraits et que je commente dans sa finalité sociologique.

Si la production crée les besoins et si la satisfaction des besoins incite à la production à créer de nouveaux besoins, ce n’est pas demain que l’on viendra à bout de la rareté.

La rareté n’a rien de « naturel ». Dans le règne animal elle n’a pas de sens. L’animal s’adapte à son milieu ou il meurt. La rareté économique a une toute autre signification.

Elle naît de la volonté de posséder ce que l’autre possède, afin de mieux l’imiter. L’autre nous incite à désirer un bien car il craint de voir notre désir se porter directement sur lui, avec quelques conséquences fort désagréables. Il accroît notre désir des choses, qu’il nous présente en faisant semblant de nous les refuser.

Nous l’avons dit, c’est cette relation qui crée la rareté, et non une simple relation aux choses. Son « invention » complétée par celle de la monnaie, s’inscrit dans la quête d’une violence non supprimée mais détournée. Elle est un acte de paix au même titre que l’invention de la monnaie, du travail, et fonde l’activité économique. La monnaie rend les biens échangeables, le désir ne débouche plus sur le vol et la capture, mais sur la production qui permet de se procurer de la monnaie. La nécessité de produire des biens pour accumuler la monnaie institue le travail et développe la rationalité instrumentale, la technique.

La production suscite de nouveaux désirs, les excite et accroît le sentiment de rareté par le désir contrarié de ce que possède l’autre (les « locomotives »). Pour vaincre la rareté, de nouvelles techniques sont mises au point. Nos vieux démons de la violence à l’état plus ou moins brut, qui nous jettent dans la guerre (ou sa préparation, activent cette évolution. La technique et son application à la transformation du monde élargissent le champ des productions possibles. A chaque élargissement du possible, la rareté ne recule pas, elle progresse. Tout progrès technique, toute nouvelle production fait apparaître de nouveaux besoins et exige de nouvelles ressources. La rareté précédente est remplacée par une rareté nouvelle, encore plus contraignante. Les imbrications entre l’organisation des hommes et l’organisation des choses multiplie les accaparements, les inégalités, les désirs et les raretés. »

Dans cette définition de la rareté qui commande notre organisation économique, nous voyons que Jean-Marie Albertini explique un scénario comportemental des individus qui semble inéluctable, et qu’ils vont reproduire sans cesse. L’individu a pour mission de produire des biens pour satisfaire ses besoins de telle manière que la « violence » dont il est porteur se focalise sur le désir des choses et non pas sur les individus. D’une certaine manière nous pouvons en déduire que l’activité économique va servir d’exutoire à l’agressivité voire la violence, et que dans les structures mises en place pour la production des biens et services, chaque individu va pouvoir en fonction de son caractère et des capacités qu’il en ressort y avoir un rôle, ou plusieurs rôles.

Un leurre pour un esprit clairvoyant.

 

Jean-Marie Albertini poursuit : « nous sommes ainsi lancés dans une course sans fin qui condamne à la croissance et par-là même à la rareté. Dieu fasse que nous nous complaisions dans la poursuite de ces leurres, car aujourd’hui nos techniques sont si puissantes que le déchaînement de la violence « traditionnelle » signifierait, le suicide de l’humanité. »

 

Ainsi l’individu, en détournant son agressivité vers les choses pour ne pas se confronter dans des luttes traditionnelles et avoir accès aux biens qu’il convoite dans le cadre de la rareté, a conçu de quoi exterminer l’humanité.

Sous plusieurs aspects : l’un en utilisant sa technologie à la production de ses besoins dans l’ignorance des pollutions qu’il découvre.

 

L’autre en disposant d’armements bactériologiques, chimiques, atomiques qui font fie des frontières des belligérants.

 

Et enfin en réalisant les conditions d’un ralentissement de sa croissance démographique dans les pays riches. Ralentissement dont nous pouvons tirer deux enseignements.

 

L’un, que tout comme d’autres espèces animales lorsque les individus perçoivent qu’il y a une réduction de la capacité nourricière ils prolifèrent moins, c’est à dire font moins d’enfants ou retardent l’événement. Pour nos sociétés cela revient à dire que lorsque les revenus du ménage sont insuffisants ou incertains les couples hésitent, voire ne procréent pas. Réactualisant inconsciemment par-là la pensée Malthusienne.

 

L’autre que si l’activité humaine des pays riches conduit sa population à ne pas croître, cela signifie au minimum que ce mode de vie concerné ne convient pas à notre espèce humaine.

 

D’une certaine manière nous voyons clairement que l’individu est son propre opposant. Cela en maintenant une course à la croissance qui, si elle devait cesser conduirait les individus, par la concurrence aux armes dites de dissuasions auxquels ils se livrent, vers un suicide collectif dans le cadre de luttes communautaristes ou  dogmatiques.

 

C’est à dire de luttes guidées par la foi dans une conviction inébranlable, c’est à dire guider par le sacré et le nationalisme politique, par le suicide altruiste.

 

Mais la course à la croissance n’est pas un événement incontournable, irréversible, une vérité, un absolu.

 

L’activité de la planète nous a démontré qu’il n’y a rien de rigide même pas les roches qui se plient, et nous nous devrions croire que nous sommes condamnés à poursuivre une course à la croissance mortelle, poursuivre un leurre.

 

Nous le sommes seulement parce que nous nous le répétons ou parce que nous ne voulons pas envisager d’autres formes de croissances. Cela au travers d’un conditionnement de base psychique culturel qui grave dans nos cerveaux des schèmes quasi immuables qui rejetteront comme incongrus toutes nouvelles constructions.

 

Par exemple aujourd’hui il ressort de notre mode de vie occidentale un accroissement de la pollution dont presque tout le monde en convient, néanmoins aucun progrès significatif, en dehors des faux-semblants populistes, n’est fait pour y apporter une solution durable. Car les bases de référence sur lesquelles on compte pour y apporter une solution sont celles qui ont justement créé ces pollutions.

C’est à dire, les normes qui nous permettent de comptabiliser la richesse que nous nous gravons dans l’esprit et auquel le cerveau fera appel mécaniquement pour juger d’une situation en l’absence d’une réflexion rétroactive, la monnaie.

Une dichotomie de plus.

 

C’est une dichotomie que de vouloir sur la base de comportements faisant appel aux « vices » développer la socialisation, tout en s’étonnant de voir, ceux mêmes qui prônent ce type de référence aux « vices » faire appel aux forces de police pour réguler les nuisances qu’ils ont fait naître dans les ghettos de la pauvreté.

Tandis que les naïfs s’écriront que les valeurs se perdent et chercheront quelques boucs émissaires chez les soixante-huitards, dans la défaillance des parents, l’émancipation de la femme, l’immigration etc.

 

Alors que par leur vote ignorant des systèmes qu’ils cautionnent, ils vivent sur leurs « vices » et se plaignent de ceux des autres qui se retournent contre eux.

Jean-Marie Albertini poursuit : « le passage de la société traditionnelle à la société moderne se fait au moment où le détournement de la violence, autrefois dominée par le sacré, se réalise principalement sous l’égide de la rareté économique et son instrument : la monnaie.

 

Certes, dans la société traditionnelle, l’économique existe ; mais il est en quelque sorte enkysté, voire intégré dans des rapports sociaux dominés par le sacré et le politique.

La maîtrise de la rareté passe alors par les interdits (du sacré et du politique), par l’exercice de la vertu privée. La pénitence, les carêmes et les abstinences nous apprennent à limiter nos besoins et à nous adapter à l’environnement, à ne pas désirer ce que possède l’autre, notamment le riche. Dans le monde moderne, la dynamique de la rareté économique devient autonome et désacralise la pensée. Cette dynamique n’a pas besoin de notre vertu, mais au contraire de nos vices, ou de certains de nos vices : ceux qui nous incite à posséder plus de choses »... « On ne déduit l’économie, ni de la morale, ni de la valeur, ni, pour ceux qui y croient, de la révolution. Par contre on peut, en leur nom, contester l’ordre économique existant » (...) « En prenant pour hypothèse que l’économie naît de la nécessité de détourner la violence originelle sur les choses, nous ne disons pas que d’autres hypothèses ne sont pas admissibles. Nous introduisons un filtre qui permet d’interpréter autrement ce que généralement les spécialistes appellent l’économie. Nous voyons des choses que d’autres ne voient pas, nous réinterprétons différemment le perçu. Bien entendu, nous ne le faisons pas par plaisir. Nous pensons que les autres hypothèses (filtres) ne nous permettent plus aujourd’hui de comprendre certains phénomènes et qu’il faut donc réexaminer l’économie à partir d’un point de vu nouveau » (...) « Si l’économie n’est qu’une façon de détourner la violence sur les choses et non de supprimer la violence, il est bien normal qu’elle soit le terrain de luttes, d’épreuves de forces, d’empoignades en tout genre. »

 

Dans ce scénario que présente Jean-Marie Albertini, le postula de départ est que l’homme est violent, et qu’il transfère cette violence dans la production des choses. Si l’on s’en réfère au tableau indicatif des références caractérielles le comportement des hommes ayant besoin d’effectués ce transfert seraient donc de nature à appartenir au groupe B (ceux qui donnent les scénarios de vie impulsifs.)

Pourtant des articles parus dans capital actualisent son point de vue. Le numéro 141 de juin 2003 de cette revue titre : « Les menteurs de l’économie », enquête sur les nouvelles ruses, des patrons tricheurs, des vendeurs baratineurs, des charlatans de la bourse, des hommes politiques qui mystifient leurs électeurs. La revue rapporte 25 pages de cas concrets. P. 64, les astuces politique pour enjoliver les chiffres ; P. 70, les plus gros bobards de l’histoire économique ; P. 76, les boniments diaboliques des super vendeurs ; P. 80, l’étonnant succès des produits attrape-nigauds ; P.84 des entreprises expertes... en cachotteries comptables ; P. 88, comment les analystes ont fait flamber la bourse ; P. 91, les rumeurs malveillantes et leurs ravages ; P. 94, Metaleurop, ou comment mener ses troupes en bateau.

Ce type de comportement nous le retrouvons ans le groupe B des personnalités narcissiques, il n’hésite pas à utiliser tous les moyens - chantage, séduction, violence verbale, mensonges - pour parvenir à ses fins, c’est à dire au sommet de l’entreprise et de la fortune. Et s’il essuie un échec il recommence ailleurs ».

Si ailleurs il peut recommencer de jouer son rôle, c’est qu’il existe un scénario de film social où il y aura une place pour son rôle. 

Depuis qu’il existe, ce rôle c’est trouvé sa place dans le scénario de l’économie industrielle. Également des structures systémiques se sont construites ou confortées autour de ces traits de caractères dominants, caractérisant un certain nombre d’individus et le rendre réalisable et efficient dans le fait social, que ce soit par acceptation, parce que les individus se sentent solidaire d’un but, ou par la contrainte, de manière que les structures référentielles élaborées au fil des ans réclameront que le tempérament des individus s’y adaptent, où se suicide.

 

Difficile à partir de ces quelques exemples de flatter les vertus du travail et de vouloir faire croire qu’il concourt à l’épanouissement de l’homme. A moins que l’épanouissement se distingue dans l’art et la manière d’exercer sa violence via l’économique.

 

Il est donc difficile de croire dans les vertus d’un ultra libéralisme débridé de toute contrainte tutélaire sacrée ou politique, d’une morale, d’une philosophie ou d’une éthique. Il semble que les français l’aient compris en voulant réformer le capitalisme, mais ils ne sont pas prêt à changer le scénario du film, c’est ce que va nous démontrer cette élection régionale

 

 

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samagace69 21/12/2011 05:53

Excellent ! , Je ne connaissais pas l'articulation qui existe entre l'économie de la rareté et la canalisation de la violence latente des hommes pour acquérir ce que l'autre possède. un vrai
travail d'ethnologie.
En ce qui concerne la décroissance démographique des sociétés occidentales , je pense qu'il existe un facteur supplémentaire non limité à des considérations économiques.Le recul de la natalité est
aussi constaté dans les milieux aisées à part sans doute des familles catholiques traditionnelles.Pourquoi ? Je formulerai l'hypothèse que le narcissisme individuel pousse les gens à reculer l'âge
de fécondité pour se donner l'illusion qu'ils maîtrisent le prolongement de leur vie en retardant les étapes de la vie (jeunesse ,adolescence, l'age adulte, vieillesse).Merci pour cet article
intéressant à plus d'un titre.

ddacoudre 28/12/2011 00:15



la dénatalité est le résultat non d'un choix du librearbitre maisd'un choix imposé par l'environement qui n'élabore pas un monde ou l'homme puisse vivre, donc il prolifère moins et la qualité de
ses spermatozoïdes reproducteurs diminuent



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